Nolan & Touzani T2 : Un monde d ombres
124 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Nolan & Touzani T2 : Un monde d'ombres

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
124 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description


Lorsque Nolan se retrouve à mener l’enquête sur un meurtre horrible et qu’Ismaël s’impose pour en faire partie, il n’a pas d’autre choix que de faire équipe avec lui. Poursuivre un serial killer méthodique et pervers ne peut qu’avoir des répercussions sur leur vie privée. Pourtant, ils feront tout ce qu’ils peuvent pour que cette enquête n’ait pas trop de conséquences sur leur relation.


En parallèle, Martin Nolan se met en quête de son passé, non sans réticences. Accompagnés du journal intime de sa mère, nous suivons pas à pas ses découvertes. Les pressions et les tensions qui pèsent sur leurs épaules auront-elles raison d’eux ou leur permettront-elles de renforcer leur couple naissant ? Les révélations personnelles auxquelles Martin devra faire face vont-elles l’affaiblir ou, au contraire, le construire ?


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782375210130
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Nathalie MARIE










Un monde d’ombres

Nolan & Touzani
Tome 2















Mix Editions
Avertissement de l'auteur : Cette histoire est une fiction, ses personnages fictifs. Elle ne se base en aucun cas sur des connaissances précises et avérées sur la police. Elle trouve son inspiration dans des informations relayées par les médias et dans l’imaginaire qu’elles suscitent.

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait fortuite. Cette histoire et ses personnages m’appartiennent.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
À Mix Editions pour avoir accepté ce manuscrit et à toute l’équipe pour le travail qui a été réalisé sur Un monde d’ombres.
 
À Jeannine, toujours fidèle au poste. Merci pour tes relectures.
 
Aux lecteurs qui permettent à ce livre d’exister et à ceux, fidèles, qui sont un soutien permanent .
 
 
 
 
Le journal de Louisa



Un jour de soleil

La vie est belle, superbe. Aujourd’hui, j’ai passé ma journée à regarder les gens. Il faisait beau, ils se promenaient. J’ai eu droit à de nombreux sourires. J’avais ma petite robe à fleurs, celle que j’aime tant, qui me parle de chaleur et du printemps. J’étais heureuse. Alors, j’en ai profité ; je sais que ça ne dure jamais.


Le soleil est toujours là

Quatre jours sans coup de blues ! Je ne suis pas complètement stupide. Ce n’est pas qu’à cause de ce ciel bleu resplendissant. Mes parents sont absents, ils sont partis voir la famille de mon père. Je ne pouvais pas m’y rendre avec eux, je passe le bac dans une semaine et je dois réviser. Sans leur présence, je peux le faire, installée dans le jardin. Je me suis mise dans un coin sans vis-à-vis et en maillot de bain. Ma peau a déjà commencé à brunir. C’est si joli un corps bronzé. J’ai intérêt à avoir mon bac avec mention, sinon je n’ai pas fini d’en entendre parler. Mon père m’a promis quelques belles baffes si ce n’était pas le cas. Le regard noir de ma mère m’a suffi pour savoir qu’elle n’en pensait pas moins. Elle ne me frappera pas, elle sait pouvoir compter sur son mari. Ceci étant, je ne m’inquiète pas trop, j’ai toujours été excellente. Je n’ai jamais eu le choix. J’espérais pouvoir partir et m’éloigner pour mes études. Ce ne sera pas le cas. Mes parents ont refusé de me payer une vie étudiante. Je suis condamnée à rester ici. J’ai froid maintenant. Ils ne sont pas là et, pourtant, ils gâchent ma journée.


Un dimanche à pleurer

Un lever aux aurores, comme tous les dimanches, et du temps de perdu pour ressembler à une petite fille modèle. Je déteste ces robes blanches et immaculées que je dois porter pour aller à la messe. Je déteste aller dans ce lieu glacial et jouer à l’enfant parfaite pendant les deux heures que l’on passe à l’église. Il y a l’avant, où on se salue. L’heure où il me faut écouter le prêtre avec attention ou, tout du moins, en donner l’impression. Et l’après, où mes parents restent une heure à discuter avec les uns et les autres, alors que je maintiens un sourire de façade qui a obligation d’être convaincant. Puis, c’est le repas dominical, silencieux pour moi. Je n’ai pas grand-chose à dire et parler des actions bénévoles que je suis contrainte de faire me sape le moral. L’obligation les rend pesantes. Qu’elles aient pour seul rôle de donner une bonne image de moi les rend perfides.
Après, je peux m’enfermer dans ma chambre. Sous couvert d’étudier, je lis des livres interdits, ceux qui parlent d’amour et, accessoirement, de sexe. Si mes parents venaient à le découvrir, je ne donne pas cher de ma peau.


Indifférence

J’ai eu mon bac avec mention très bien. Je n’ai eu le droit à aucun mot de félicitations, juste cet échange de sourires entre mes parents et leur hochement de tête de satisfaction. Je ne suis rien pour eux, juste un faire-valoir que l’illusion de perfection habille. Je me suis enfermée dans ma chambre et j’ai sorti mon petit miroir. Il est beau et futile. J’aime qu’il soit les deux. Je me suis regardée, j’ai scruté mon regard. Mes yeux sont bleu foncé. Je les ai sondés, ils ne m’ont rien dit. Je ne sais pas qui je suis, j’ai été façonnée par mes parents.


Pleurer serait trop tendre

Vacances chez mes grands-parents maternels, avec mes parents : un ennui mortel, des jeux de rôle incessants et des hurlements que je retenais. Je me suis scarifiée pour la première fois. Il fallait que cette douleur s’efface, qu’elle trouve un point d’ancrage que je puisse comprendre. C’est bon cette douleur physique, admissible et saisissable. C’est beau ce sang qui coule et qui colore la peau. Il va falloir que je trouve un autre endroit que mes poignets.


Respirer

J’ai intégré une école prestigieuse au cœur de la ville. J’étudie la gestion et la communication. Je dois tout donner pour espérer gagner la liberté. Je n’ai pas d’autre choix si je veux mon autonomie. Le mariage pourrait être une autre solution pour m’évader, mais mes parents me destinent à une alliance avec un homme qu’ils auront choisi, un de leur congrégation, un qui soit comme eux. Plutôt mourir.
Les journées sont longues et je m’en réjouis. Loin de chez moi, je peux respirer. Je suis avec des jeunes de mon âge qui vivent normalement. Je ne peux pas accepter leurs invitations à sortir. Pourtant, c’est un second souffle, loin de ces années où mes parents pouvaient tout contrôler. L’institution dans laquelle je vivais ma seconde vie était sans mystère pour eux. Ils sont amis avec le directeur de l’école primaire, celui du collège et, bien évidemment, celui du lycée. Dans cet établissement, ils n’ont aucune mainmise. J’ai failli continuer dans cette lancée et faire mes études supérieures dans le privé. Ma chance a été d’être acceptée dans cette école à la réputation sans faille, illustre. M’en interdire l’accès aurait été stupide. Ils peuvent se gausser devant leurs connaissances, amis et famille, de la réussite de leur fille si parfaite. J’ai envie de vomir, mais je préfère me gorger de cet oxygène non vicié. J’arrive à être un tant soit peu moi-même, je me découvre. Je m’épuise aussi à passer d’une personnalité à une autre, d’une humeur à une autre. La journée, j’ai envie de rire. Le soir, j’ai envie de mourir. La nuit, je ne dors que d’un œil, l’esprit divisé par les deux.
CHAPITRE 1



La ruelle était sombre, étroite et inquiétante. Les bâtiments hauts cachaient la lumière du jour et l’odeur putride qui y régnait donnait envie de se boucher le nez. Celle de fuir n’était pas absente. Martin Nolan fit quelques pas et regarda autour de lui. Trois voitures de police étaient garées à l’entrée et protégeaient l’accès. Les gyrophares émettaient des lumières bleutées qui amplifiaient le malaise causé par cette atmosphère malfaisante. Son cœur battait à un rythme soutenu. Il savait que ce qu’il allait découvrir serait au-delà de tout ce à quoi il avait déjà dû faire face, s’il exceptait la découverte du corps sans vie de sa mère. Il avança encore, puis observa les quelques flics déjà sur place, et le Doc accroupi. Les visages blêmes de ses collègues et la posture raide du médecin confortèrent ses premières impressions. Il voulut respirer à seule fin de décrisper ses muscles et d’alléger sa cage thoracique. Il en fut pour ses frais. L’odeur de mort lui vrilla le ventre. Il n’avait plus qu’un pas à faire, il n’avait pas le choix : il le fit.
— Qu’est-ce qu’on a ?
Le Doc tourna la tête et Nolan se retrouva face à un visage fermé, au regard impénétrable. Il était en mode professionnel, encore plus que d’habitude, et il l’était déjà sacrément en temps normal. Ce n’était pas bon signe.
— C’est vous qui allez vous occuper de cette affaire ?
— Y’a des chances.
Le Doc poussa un soupir et se releva.
— Ce n’est pas votre jour de chance, Martin. Une femme, jeune, violée et assassinée d’un coup de couteau dans le cœur. Son sac était à côté d’elle et elle a encore ses bijoux. Le vol n’est pas le motif. Un fou et peut-être un sadique.
— Un sadique ?
— Il n’a pas fait preuve de beaucoup de pitié et il lui a rasé la tête.
Martin Nolan haussa un sourcil et baissa les yeux. Il avait pris ces quelques minutes pour se blinder, elles ne furent pas suffisantes. S’il parvint à contenir ses émotions dans l’expression de son visage, froid et figé, il n’en fut pas de même avec ses mains. Elles tremblèrent, il les glissa dans les poches de son jean.
La victime était une jeune femme d’à peine vingt ans, encore habillée. Seule sa jupe était relevée, révélant ainsi son intimité brutalisée. Elle avait un visage de poupée que son manque de cheveux ne dénaturait pas. Un visage d’ange bouleversé par une frayeur sans nom. Pas de sang, si ce n’était la tache rouge sur son chemisier bleu pâle, et pas de trace de coups apparents non plus.
Le Doc reprit la parole.
— Sa posture n’est pas naturelle. Le tueur l’a mise en scène.
Le regard de Nolan descendit et il chercha à voir à travers celui du médecin. Ce dernier avait raison. Le corps mince reposait sur le bitume, dans une position des plus sages qui rendait l’exposition de son intimité plus déplacée encore. L’innocence et l’obscène se mêlaient dans un entrelacement horriblement surprenant. La vue de l’inspecteur Nolan se troubla et il ferma les yeux. Un meurtre aussi ignoble ne serait pas facile à résoudre. Dans son for intérieur, il sut qu’il y en aurait d’autres, sauf si la chance s’invitait dans la danse et qu’il trouvait ce détraqué rapidement.
— Les photos ont été prises et j’ai fait des relevés. Il va me falloir un peu de temps pour chercher et trouver ce qui pourra vous aider.
— Faites ce qu’il faut, Doc. De mon côté, je vais faire le tour des lieux.
— Je l’emmène avec moi et Marc va rester avec vous. Vous pouvez compter sur lui pour vous assister dans la récupération d’indices.
Nolan le remercia d’un signe de tête et salua l’homme qui lui avait été désigné. Ils se connaissaient, il était l’un des adjoints du médecin. Ensemble, ils rejoignirent le groupe de flics déjà sur place et se concertèrent quelques minutes. Pendant plus de deux heures, ils ratissèrent les lieux, ne négligeant rien et scellant tout ce qui leur tombait sous les yeux. Nolan acquit une conviction : cette jeune femme n’avait pas été tuée ici.

Son retour au commissariat se fit dans une tension dont il n’arrivait pas à se libérer. Un poids terrible lui pesait sur l’estomac. Il avait résolu plusieurs affaires de meurtre au cours de sa carrière, avait assisté à des enquêtes sordides et observé un certain nombre de morts. Celui-ci était différent, le plus immonde de tous. Il passa par le bureau de Bricks et lui relata le peu qu’il savait. La mine soucieuse de son patron le conforta dans ses impressions. Il n’était pas au bout de ses peines.
Puis, Nolan rendit visite au Doc, récupéra les informations qu’il trouva dans le sac de la victime et regagna ses pénates. Il réalisa quelques recherches simples pour l’identifier et en connaître un peu plus sur elle. Le peu d’éléments qu’il trouva l’amena à confier cette mission à Jordan, l’informaticien. L’enquête préliminaire avait démarré, même si sans le rapport du légiste, il ne pouvait se jeter dans la mêlée. Sonder l’esprit du tueur et chercher à entrer dans sa tête allaient être une nécessité. Nolan n’était pas profiler et il ferait appel au spécialiste comportemental pour l’aider dans cette errance au cœur d’un esprit détraqué, mais sans s’y coller un tant soit peu, il ne pourrait pas aller loin. Martin prévoyait quelques belles insomnies. Il en faisait moins depuis qu’il était avec Ismaël et il se sentait plus serein. Même ses ombres s’étaient calfeutrées. Elles n’étaient plus une lutte quotidienne contre lesquelles il devait batailler pour pouvoir avancer. Face à cette nouvelle enquête, il y avait pourtant de fortes chances pour que ses nuits soient perturbées. Il se surprit à espérer que l’âme errante de la victime ne vienne pas tournoyer autour de lui. Ce vœu pieux ne lui sembla pas irréalisable. Martin Nolan avait changé et sa vie était bien moins sombre. Il ferma les yeux quelques secondes et sonda son environnement. Rien, il ne perçut rien. Son souffle se libéra, il était soulagé. Il avait envie d’y croire.

En début d’après-midi, Ismaël Touzani fit son entrée dans son bureau, le visage grave et inquiet. Ils évitaient le plus possible de se parler au travail en dehors des enquêtes qui les occupaient. Ils auraient fait de même si tout le commissariat avait été au courant de leur relation, mais ils y mettaient de l’opiniâtreté parce que ce n’était pas le cas, et qu’Ismaël n’avait encore rien décidé à ce sujet. Martin s’en battait les couilles. Sa vie personnelle avait toujours été privée, il n’avait pas besoin que son amant s’affiche et les révèle. Il y avait le boulot, il y avait leur intimité, et il ne souhaitait pas particulièrement de point de rencontre entre les deux.
— J’ai appris pour le meurtre dont tu vas t’occuper.
— Ouais, un sacré merdier, si tu veux mon avis.
— Tu sais qui est la victime ?
— Un nom sur une carte d’identité et un permis de conduire, une adresse et un visage qui n’a pas fini de me hanter. Jordan est dessus, je n’ai rien trouvé de sérieux avec une recherche basique.
— Qui va travailler avec toi sur l’affaire ?
— Je ne sais pas encore. Bricks n’a rien dit à ce sujet.
— Je peux me mettre sur les rangs ?
— Si on est tous les deux sur cette enquête, nos soirées vont être morbides.
— On n’aura qu’à la laisser aux portes du boulot.
Martin offrit un regard suspicieux à Ismaël. Il le trouvait toujours aussi beau, d’une beauté qu’il aurait pu qualifier de mignonne ou d’attendrissante. Il aimait de plus en plus son visage aux traits fins et son corps délicatement musclé. Ses boucles noires étaient son paradis, ses yeux sombres, sa perte. Il ne désirait pas qu’Ismaël participe à cette enquête et qu’elle s’immisce dans la relation qu’ils étaient en train de construire. Elle allait le malmener et l’étirer dans tous les sens. Il aurait voulu que son amant s’en éloigne et lui permette, par la même occasion, de s’en distancier. Pour la première fois depuis qu’ils se connaissaient, Martin s’imagina avec un Ismaël qui n’aurait pas été flic.
— On ne pourra pas s’en couper si facilement. C’est toujours le cas, mais là, ce sera pire, crois-moi. Je préférerais que tu n’y sois pas mêlé, mais je comprends que tu en aies envie. C’est une opportunité professionnelle et, dans cette optique, elle a de quoi soulever l’intérêt.
— J’ai tout autant envie d’arrêter l’assassin que toi, Martin.
— Je n’en doute pas une seule seconde. Je ne t’empêcherai pas d’en faire la demande à Bricks, tout comme je n’émettrai pas un refus s’il me demande mon avis. Mes réticences sont d’ordre personnel.
Ismaël observa Martin quelques secondes. Il aimait ce type comme un dingue, à en perdre la tête parfois et surtout lorsque son corps était fiché dans le sien, ou inversement. Il aurait aimé lui faire plaisir, mais son boulot avait son importance et il voulait être à égalité avec lui, que ce soit avec Martin ou avec l’inspecteur Nolan. Cette enquête l’intéressait et participer à l’arrestation d’un taré pesait son poids dans la balance. Il refusait d’être mis sur la touche pour la seule raison qu’il partageait le lit de cet homme à l’esprit protecteur. Réussir à lui cacher sa sensibilité, si peu exposée, n’avait pas été possible en étant si proche. Il partageait sa vie, même s’ils ne vivaient pas ensemble. Martin était un homme renfermé, avec un cœur plus gros que lui, une âme sensible et généreuse. Ismaël quémandait tout cela, tout autant que sa force et son intransigeance. Si leur relation avait été mise en péril du fait qu’ils partagent le même boulot, il se serait peut-être arrêté pour y réfléchir et trouver une alternative. Ce n’était pas le cas. Martin n’exigerait jamais un tel renoncement de sa part et seul l’avenir leur dirait si cette spécificité posait problème ou non. En attendant, il espérait travailler avec Martin Nolan sur le meurtre horrible dont ce dernier avait écopé.
— Je vais de ce pas solliciter Bricks.
— Tu as toutes tes chances. Ça va être une enquête longue et difficile et si ça ne s’arrête pas à ce seul meurtre, les médias vont nous coller aux basques. De vraies sangsues, ces chasseurs de faits divers et de sensationnel. Peu doivent avoir envie de prendre le risque de s’y coller.
— Tu crois qu’il va y en avoir d’autres ?
— C’est une éventualité qui a fait plus que m’effleurer l’esprit. Ce que j’ai vu et le peu qu’a pu me dire le Doc tendent vers une récidive. Il y a quelques indices qui laissent à penser qu’on a affaire à un cinglé, de ceux qui deviennent des tueurs en série.
— Merde ! On va être sur le pont plus souvent qu’à notre tour.
— C’est exactement ça. Je ne crois pas qu’il soit possible de vivre normalement et de dormir tranquille quand on court après un tel mec.
— Je veux tout de même en être !
Martin lui offrit un fugace sourire, né de l’enthousiasme et de la détermination qu’affichait son amant. Ismaël ne savait pas dans quoi il mettait les pieds, et lui pas beaucoup plus, mais il répondait à l’appel. Il était tout autant disposé à donner des heures pour faire enfermer ce dangereux criminel. Dès qu’il aurait vu les photos, il perdrait sa gaieté spontanée. Si Martin n’était pas pressé d’assister à sa déconvenue, Nolan était impatient de se jeter dans la bataille. Plus le temps passerait et plus ils rencontreraient de difficultés.
Ismaël quitta le bureau sous le regard soucieux de Martin. Ils allaient se retrouver potentiellement en danger et cette pulsion protectrice qu’il ressentait envers Ismaël n’avait pas fini de le malmener. Son regard s’assombrit, ses paupières s’abaissèrent et il se frotta les yeux. Il venait de vivre quelques semaines paisibles, une dizaine pour être précis, celles qui séparaient Noël de ce jour funeste. Il avait bien fait de profiter de cette nouveauté, le calme ne pouvait apparemment pas perdurer dès qu’il était concerné.
Cinq minutes plus tard, Ismaël était de retour, la mine satisfaite.
— Le patron est d’accord. On commence par quoi ?
Nolan rouvrit les yeux et se perdit un bref instant dans la vision d’un Ismaël à croquer. Son jean délavé épousait idéalement ses cuisses et sa chemise lui conférait un sérieux qui lui allait bien. De dos, il savait qu’il était tout aussi appétissant. Il adorait ses fesses idéalement proportionnées et légèrement bombées. Il chassa ses pensées libidineuses. Avec un peu de chance, il pourrait les mettre en pratique ce soir.
— On va rendre visite au Doc. Il a dû avancer, ne serait-ce qu’un peu. Nous verrons Jordan après.
Ensemble, ils se rendirent dans cet antre que Nolan abhorrait et qui le mettait très mal à l’aise. Les dés étaient jetés, la bataille commençait.
Le journal de Louisa



Joie tendancieuse

Les mois filent et c’est formidable. Plus vite j’aurai fini ces trois années qui me séparent de mon diplôme et plus vite je pourrai m’affranchir de cette vie pesante. Mes parents ne changent pas et ne changeront jamais. Ils sont aussi étroits d’esprit que les pensées qui les habitent. Ils ont un mal fou à accepter que je leur échappe pendant les longues heures qui m’éloignent de leur emprise.
Je cache les changements qui se sont opérés en moi, cette ouverture sur le monde que m’offre cette vie étudiante. Je m’éloigne d’eux bien plus qu’ils ne le perçoivent. Cela ne les empêche pas de rechercher toute trace d’évolution dans ma façon d’être et de fouiller mes affaires pour être sûrs que je ne mène pas une vie dépravée. J’aimerais être une rebelle au cœur libre et faire toutes ces saloperies dont ils ne peuvent m’accuser. Ils se rendent malades à les imaginer, la peur au ventre qu’elles puissent devenir réalité. J’affiche une gaieté surfaite pour les rendre un peu plus dingues. C’est un plaisir pervers, presque aussi agréable que mes lectures sexy.
J’en suis arrivée à une réalité incontournable : je déteste mes parents et cette perfection qu’ils ont marquée au fer rouge sur ma peau et dans mon être. Ils ont fait de moi une personne fragile, aux émotions exacerbées et prisonnière d’un carcan dont je ne sais comment me défaire. Ils ne regardent que ce qu’ils veulent bien voir et nient ce qui leur crève les yeux. Je suis anorexique depuis l’âge de quinze ans et je brutalise ma peau depuis plusieurs mois. Me voir jouer avec la nourriture fait hurler mon père. Ces petits bouts d’aliments que je découpe consciencieusement dans mon assiette le rendent dingue et font naître le mépris de ma mère. J’ai reçu quelques gifles pour ce manquement aux civilités de base. Je n’arrive pas à m’en défaire. Quand mon père me force à manger, je vomis dans les toilettes ce don nourricier qu’ils me font. Leur désir de perfection est devenu ma seconde nature, ma seconde âme. Je me maudis de me retrouver ainsi à suivre leurs pas et à répondre à cette exigence.
Je les déteste, je me déteste.


Tentation

Je suis déchirée et j’ai envie de tout casser. Plus que tout, je fantasme sur une valise pleine que j’aurais remplie de mes mains, de ma poigne solide pour la soulever et de la porte d’entrée claquant derrière mon dos.
Il est si mignon. Mieux que cela, il est beau. Emmanuel. Un prénom doux, joli, qui me fait du bien. Des semaines qu’il me regarde et que je le sens m’épier. Des jours et des jours à me demander si je dois l’encourager ou le fuir comme la peste. Saloperie de parents ! Ils sont là, toujours là, comme une autre partie de moi, à me parler dans ma tête, à me menacer, à me mettre en garde et à m’obliger à les prendre en compte. J’ai dix-neuf ans et, par moment, je me demande si j’en ai dix ou cent.
Emmanuel suit le même cursus que moi : gestion et communication. Nous sommes dans la même classe. Je lui plais, je l’ai compris, et il me plaît, c’est évident. Je ne sais pas quoi faire. Il m’attire terriblement. Il est l’interdit, l’envie de sensations nouvelles et un besoin d’être aimée. C’est dangereux. Il m’est impossible de savoir si c’est lui ou ce qu’il représente. Il est une fenêtre ouverte sur des découvertes et la représentation de cette peur viscérale qui rend mes parents si cons. Perdre ma virginité avant le mariage, avec un inconnu qui ne ressemble pas à ce qu’ils ont prévu, ne pourrait que les rendre fous. C’est si tentant, autant que l’est Emmanuel.


Division

Je me suis laissée faire, j’ai laissé Emmanuel m’embrasser. Il est doux, gentil et attentionné. Comment résister ? Depuis, je suis perdue. Il y a ce regard qu’il pose sur moi, celui que font peser mes parents, et le mien, indéchiffrable, même pour moi. Mes humeurs ont toujours joué au yoyo. Elles sont montées dans un grand huit. J’ai peur que ce soit inscrit sur mon visage et que mes parents me tombent dessus. J’ai peur qu’Emmanuel se rende compte que je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler une jeune femme équilibrée. J’ai peur que mes deux mondes se percutent et qu’on me prive du deuxième. J’ai mal à l’intérieur de moi, c’est devenu insupportable. Je préfère la douleur physique, je dois absolument faire couler mon sang.


Perversion

Ses mains m’ont caressée, elles ont exploré ma peau, cajolé mes seins. C’était agréable, mais je ne voulais pas me laisser emporter. C’est cette retenue absurde qui porte le visage de mes parents et parle d’imperfection. Emmanuel m’a touchée, il a poursuivi cette souillure que ses baisers ont entamée. Je sais que ce sont des réflexions stupides, mais je suis incapable de les refouler. Toujours cette altération qui me poursuit partout et qui déforme tout ce que je vis : le don que je fais de mes heures de libre en aidant les autres, le plaisir que je prends à me maltraiter, le peu de nourriture que j’avale, les baisers d’Emmanuel que j’aime et qui m’avilissent.


Partir

Je pourrais mourir que ça n’aurait que peu d’importance. Qui se souviendrait de moi avec un sourire attendri et peiné pour mon absence ? Qui ? Mes parents ne la remarqueraient peut-être même pas. Emmanuel ? C’est bien possible. Nous sommes ensemble depuis plusieurs semaines et, malgré son désir que je perçois nettement, il se montre patient. Il n’a pas l’air de vouloir me forcer à quoi que ce soit et, parfois, son regard déborde de tendresse. Je ne sais pas trop ce qu’il voit en moi. Il me trouve belle, charmante et intelligente. Est-ce suffisant ? J’aimerais le croire. Je sais déjà que les actes ont plus d’importance que les mots. Si je décidais de fuir, est-ce qu’il me suivrait ?
CHAPITRE 2
 
 
 
La pièce était froide, blanche et aseptisée. Le corps sans vie de Pascaline Pasquier reposait sur la table dure devant laquelle avait officié le Doc. Elle était une petite chose fragile, pâle et attristante. L’économie de mouvement s’imposait dans ce lieu, tout autant que le silence. Pourtant, Nolan et Ismaël étaient venus chercher des réponses.
— Elle est morte d’un coup de couteau dans le cœur et a été violée peu de temps avant. Elle n’a pas été brutalisée, pas dans le sens commun du terme. Pas de coups, juste des ecchymoses, des bleus dus à la contrainte pour la maîtriser. Par contre, il a apposé sa marque sur elle.
Martin se chargea de l’échange sous le regard attentif d’Ismaël.
— Quelle marque ? Où ?
— Dans la nuque. Un mot : pureté .
Le Doc retourna délicatement le corps et exposa les stigmates qui meurtrissaient la peau.
— Il a utilisé un couteau. Peut-être celui dont il s’est servi pour la tuer.
— Des empreintes ? De l’ADN ?
— Non, il devait porter des gants. Je n’ai rien retrouvé sous ses ongles et seulement quelques fibres de textile d’une couleur différente des vêtements qu’elle portait. Pas de quoi en tirer grand-chose. Elles n’ont rien de particulier. Pas de cheveux, pas de peau, pas d’empreintes et il a utilisé un préservatif. Aucun résidu, aucun poil pubien. Un monstre méthodique et prudent.
— Selon moi, il ne l’a pas agressée et violée dans la ruelle.
— Je ne pense pas non plus. Le peu que vous avez trouvé et que Marc a étudié n’a rien donné. C’est chou blanc.
— Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Un malade se promène dans la ville et nous n’avons rien sur lui, absolument rien.
— La victime vous apprendra peut-être quelque chose.
— Il faut l’espérer, sinon je ne vois pas trop ce que nous allons pouvoir faire.
Leur discussion avec Jordan ne fut pas beaucoup plus révélatrice. Pascaline Pasquier était orpheline et avait grandi dans un orphelinat. Ses parents étaient décédés alors qu’elle n’avait que six ans et aucun membre de sa famille ne l’avait réclamée. La seule personne qui aurait pu s’en charger était sa grand-mère. Depuis, elle était morte elle aussi. Cette jeune femme avait à peine dix-neuf ans et occupait un studio dans une résidence proche du centre-ville. Elle travaillait dans un salon de coiffure, pas très loin de chez elle. Elle vivait seule s’ils s’en référaient à sa déclaration d’impôts.
Son travail et son lieu de vie étant les seules données qu’ils avaient sous la main, ils se rendirent à l’un et à l’autre. Son appartement était d’une grande simplicité, propre et rangé, chaleureux. Avec peu de moyens, elle avait réussi à se créer un environnement agréable qu’elle entretenait. Ils firent le tour du petit espace, fouillèrent ses affaires et jetèrent un œil sur ses papiers. Ils ne trouvèrent pas grand-chose, si ce n’est quelques photographies la représentant seule ou avec des amis de son âge. Deux ou trois, toujours les mêmes. Quelques-unes avaient pour décor le salon dans lequel elle travaillait. C’était une belle jeune fille, au sourire jovial et avec un reste de timidité qui la rendait plus que charmante. Ils ressortirent et gagnèrent le centre-ville, plus moroses qu’ils ne l’étaient déjà.
Leur visite au salon de coiffure les plomba un peu plus. C’était un commerce à échelle familiale et Pascaline y avait fait son apprentissage avant d’y être embauchée. La patronne, une femme d’une cinquantaine d’années, s’était attachée à elle et sa collègue était sa meilleure amie. Le salon fut fermé dès que les deux clients présents eurent quitté l’endroit. La souffrance marquait leurs traits et il était difficile de rester stoïque devant ces visages ruisselants de larmes. La discussion qui suivit leur apporta quelques éléments d’importance. Pascaline avait travaillé la veille et si ces dernières n’avaient pas réagi avant la police, c’était parce qu’elle était en congés ce jour-là. Le tueur l’avait agressée, violée et tuée dans une même foulée. Il ne l’avait pas gardée avec lui pendant plusieurs jours, pas même quelques heures. Elle avait quitté son travail vers dix-neuf heures trente, comme à l’accoutumée. D’après le Doc, elle était morte aux alentours de vingt-et-une heures. Ils apprirent que c’était une jeune fille sans histoire, sortant peu et seulement entourée de rares amis proches. Tous avaient un lien avec le salon de coiffure. Elle n’avait gardé aucun contact avec l’orphelinat ni avec ceux qui y avaient vécu en même temps qu’elle. Elle n’avait pas de petit ami.
Ils quittèrent les lieux passablement troublés. Ismaël fut le premier à prendre la parole.
— Elle n’a rien d’une fille qui aurait provoqué une situation à risque.
— Pas de prime abord, en tout cas. Sa vie sociale n’ouvre aucune porte. Nous allons enquêter sur l’orphelinat et y faire un tour. Elle a peut-être laissé dans son sillage un amoureux transi qu’elle a rejeté.
— Tu crois que ce meurtre pourrait être la vengeance d’un amant éconduit ?
— Franchement, non. Ça m’étonnerait même beaucoup, mais nous n’avons rien à nous mettre sous la dent. Autant ne négliger aucune piste. L’orphelinat est à plus de cent kilomètres, nous nous y rendrons demain.
Ils passèrent les heures suivantes à analyser les photos que le Doc leur avait transmises, mais rien ne leur sauta aux yeux. Ils firent un nouveau tour dans la ruelle et passèrent une heure à se balader dans les environs. Leur instinct ne les alerta pas plus. Dépités, ils se retrouvèrent chez Ismaël à discuter et à se creuser la tête. Il ne fallut qu’une demi-heure à Martin pour qu’il y mette un terme. Ils étaient en train de faire exactement ce qu’il voulait éviter.
— Stop ! Si nous ne voulons pas devenir dingues et saper les moments que nous passons ensemble, il va falloir faire quelques efforts. Je n’y crois pas particulièrement, mais si c’est déjà comme ça dès le premier jour, c’est foutu d’avance.
— Merde ! Tu m’as prévenu, mais c’est tellement naturel.
— Le piège est là. Ce n’est pas quelque chose de négatif d’échanger sur le boulot, mais si nous ne faisons pas attention, nous ne ferons plus que ça. L’enquête va s’intensifier, se compliquer et nous envahir petit à petit. Plus elle durera et plus elle nous minera. Si nous ne préservons pas un espace pour souffler, nous allons y laisser des plumes.
— Tu as raison… Je vais instaurer un rituel.
— Un rituel ?
— Ouais, un truc qui me dira que je suis à la maison et qu’il me faut passer à autre chose. Un acte symbolique qui me permettra d’opérer cette cassure.
— Tu n’en fais pas un peu trop, là ?
— Je commence seulement à mesurer ce que signifie être pris dans les filets de son boulot. Je ne veux pas perdre les moments que je passe avec Martin au bénéfice de Nolan. J’y tiens trop.
Amusé, Martin lui fit un sourire et crocheta sa nuque. Il l’attira à lui et l’emmena dans un baiser très excitant.
— C’est un moyen très parlant. Me faire bander peut avoir ce pouvoir.
— Il a la bonne idée d’être réciproque.
— Tant mieux… Je vais aller prendre une douche. C’est un acte symbolique qui pourrait m’aider. Nu et sentant bon le propre, je devrais être à même de devenir ton rituel.
— Une bonne bière fraîche, ça pourrait le faire aussi.
— Tu es un chieur, Martin, sans aucune once de romantisme.
— Va te ritualiser symboliquement. Je te promets d’être ton sacrilège.
— Il va te falloir faire de gros efforts si tu veux réussir à émouvoir mon cœur. Tu es nul avec les mots et les sentiments.
— Est-ce que je réussis à émouvoir ce qui se cache dans ton pantalon ?
— Tu es de plus en plus mauvais, Martin.
— On parie que dans une heure tu changeras d’avis ?
— Nan, je ne joue pas à ces jeux infantiles.
— Froussard !
Le rire au bord des lèvres, Ismaël tourna le dos à Martin et gagna sa salle de bains. En trente secondes, il était nu. Dix de plus et il se glissait sous l’eau chaude en poussant un soupir d’aise. Ils avaient réussi à plaisanter sur le sujet, tout en cherchant des procédés pour se distancier de leur boulot si prenant. L’intelligence de Martin et sa capacité à regarder les choses avec objectivité, ainsi que sa maturité, leur permettaient d’agir en conséquence. Prendre une douche dès qu’il rentrerait chez lui, sans attendre, pouvait être une solution à partir du moment où il le décidait. Faire l’amour, tout de suite après, était le meilleur moyen de remporter la victoire. Pour cela, il fallait que Martin ne le lâche plus d’une semelle, ce qui n’était pas gagné.
Un corps puissant se glissa contre le sien et une érection ferme lui cajola les reins. Ismaël se cala contre ce torse musclé et s’enveloppa dans les bras de Martin. Une douche et du sexe en même temps, c’était la réponse idéale. Il l’avait souhaité, espéré, et Martin répondait présent. Son amant était si férocement fiable. C’était un trait de sa personnalité qui le rassurait. Il avait cru que l’amour de ses parents, de sa famille, était une valeur stable. En grandissant, et en découvrant son homosexualité, il en avait été moins sûr. Puis, il avait compris que ses doutes avaient un goût de certitude. C’était une perte énorme de réaliser que l’amour parental n’était pas inconditionnel et pas plus fort que les croyances, les opinions ou les réputations. Avec Martin, Ismaël n’avait pas ces indécisions. Peut-être qu’un jour, son compagnon découvrirait que certains aspects de sa personnalité étaient incompatibles avec les siens et il déciderait de mettre un terme à leur relation, mais cela n’aurait rien à voir avec des préjugés, des rejets stéréotypés ou un manque de bienveillance. Cette solidité qu’il lui offrait était devenue une ancre à laquelle il aimait être raccordé. Il la voyait comme un parfait opposé à la vindicte que ses parents lui avaient opposée. Ismaël s’en nourrissait...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents