Nuage de cendre
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Description

En 1783 des éruptions volcaniques apocalyptiques recouvrent l’Islande de cendre, détruisent les récoltes et provoquent une famine. C’est dans ce pays dévasté que deux représentants de l’autorité coloniale danoise vont s’affronter dans un conflit qui sera jugé par l’assemblée populaire traditionnelle.


La rivalité des deux hommes se cristallise autour de deux orphelins, Sunnefa, considérée, à dix-huit ans, comme la plus belle femme de l’île, et son frère cadet Jón, coupables d’inceste et victimes de la société traditionnelle luthérienne.


Les paysans qui observent les faits forment le chœur pluriel qui commente la tragédie et permet une grande diversité de points de vue, voix, lettres et journaux des protagonistes qui font lentement progresser le mystère autour du crime central.


La nature est un personnage à part entière, les glaciers, les déserts et les torrents intensifient les sentiments et les haines qui se développent.



La présence du mal devient palpable dans cet impitoyable duel à mort.

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EAN13 9782864248170
Langue Français

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Exrait

Dominic COOPER

NUAGE DE CENDRE

Un roman sur l’affaire de Sunnefa Jónsdóttir
Traduit de l’anglais (Écosse)par Céline Schwaller

Éditions Métailié 20, rue des Grands Augustins, 75006 Paris www.editions-metailie.com 2012
Titre original : Men at Axlir © Dominic Cooper, 1978, 1992 Traduction française © Éditions Métailié, Paris, 2012 ISBN : 978-2-86424-817-0
Résumé
En 1783 des éruptions volcaniques apocalyptiques recouvrent l’Islande de cendre, détruisent les récoltes et provoquent une famine. C’est dans ce pays dévasté que deux représentants de l’autorité coloniale danoise vont s’affronter dans un conflit qui sera jugé par l’assemblée populaire traditionnelle.
La rivalité des deux hommes se cristallise autour de deux orphelins, Sunnefa, considérée, à dix-huit ans, comme la plus belle femme de l’île, et son frère cadet Jón, coupables d’inceste et victimes de la société traditionnelle luthérienne.Les paysans qui observent les faits forment le chœur pluriel qui commente la tragédie et permet une grande diversité de points de vue, voix, lettres et journaux des protagonistes qui font lentement progresser le mystère autour du crime central.
La nature est un personnage à part entière, les glaciers, les déserts et les torrents intensifient les sentiments et les haines qui se développent. La présence du mal devient palpable dans cet impitoyable duel à mort.


Biographie
Dominic Cooper est né en 1944 et vit en Écosse dans la région d’Argyll. Il est l’auteur de Vers l’aube et du Cœur de l’hiver qui a remporté le Somerset Maugham Award et la mention spéciale du Prix des Lecteurs du Télégramme remis par la librairie Dialogues à Brest en 2007.
Pour mes parents
AVANT-PROPOS
Sunnefumálid (l’Affaire Sunnefa) est une histoire vraie bienconnue de la plupart des Islandais. Mais hormis les faits consignésdans les annales de l’Assemblée et dans les versions diverses– voire complètement différentes – de cet incident qui sont apparues aux temps modernes, peu de faits précis sont facilementdisponibles. Dans toutes les versions que j’ai lues, les noms etles dates prédominent, alors qu’il manque, dans l’ensemble, lesmotifs éventuels ainsi que les conclusions définitives.
L’Islande était au XVIII e siècle une colonie danoise – ce qu’ellefut d’ailleurs de 1380 à 1918. Et, comme ce fut le cas dans toutesles colonies, il régnait une certaine animosité entre colons etindigènes. Mais, dans ce cas particulier, je pense que les griefs desindigènes envers leurs maîtres étaient encore plus justifiés qu’entemps habituel.
La principale raison de ces griefs était qu’un monopole commercial, qui perdura jusqu’en 1770, instituait que les Islandais pouvaientfaire commerce uniquement avec des marchands danois. Sesachant sans concurrents, ces derniers étaient souvent coupablesnon seulement de proposer des cours de change ridiculement basmais aussi de vendre à la population islandaise des produitsavariés. À une époque où le niveau de vie général atteignait déjàà peine le seuil de subsistance, ceci suffisait évidemment à entretenir une profonde aversion envers les Danois.
Les lecteurs trouveront peut-être utile de savoir que les nomsislandais obéissent à un système patronymique. Si, par exemple,Jón Magnússon a un fils prénommé Eiríkur et une fille prénommée Anna, les noms complets de ses enfants seront EiríkurJónsson et Anna Jónsdóttir. La seule exception à ce système étaitque quelques-unes des plus grandes lignées, en général d’originedanoise, prenaient un véritable nom de famille. Il est égalementintéressant de noter que les femmes islandaises gardent leur nomlorsqu’elles se marient.
Je voudrais remercier les nombreux Islandais dont l’hospitalitéet la gentillesse m’ont permis d’écrire ce livre, et si je ne peux lesnommer tous individuellement, je voudrais au moins mentionnermes très bons amis de Kópavogur, Hrafn Hardarson et AnnaSigrídur Einarsdóttir, qui m’ont infatigablement apporté leursconseils et leur enthousiasme. Mes plus sincères remerciementsà eux deux.
D.C.



… en systirin hét Sunnefa. Hún var talin fríðustkona á Íslandi um þær mundir.

… et la sœur s’appelait Sunnefa. Elle étaitconsidérée à l’époque comme la plus belle femmede toute l’Islande.

Gísli Konrádsson, Huld
 
GUNNAR THÓRDARSON, MÉDECIN (1)
Le bruit de la bague d’Elise Rosenberg tintant contre sonverre en cristal me tira de ma rêverie. La conversation étaitaussi animée que d’habitude mais revenait éternellement surles mêmes sujets : le prix du beurre, une nouvelle dentellearrivée à bord du dernier bateau venu du Danemark, lesdifficultés pour convaincre les fermiers de la soudaine raretédu tabac (ils pensaient simplement qu’on le conservait dansl’espoir d’obtenir de meilleures offres) et l’inépuisable bouilliede scandales, de politique et d’intrigues qui avait réussi à filtrerhors de Reykjavík par l’intermédiaire des capitaines de navireset des rares bulletins d’information passés de date. Je pouvaispeut-être me contenter de boire une gorgée de vin, faire uncommentaire en passant et les laisser reprendre le fil de leurdiscussion… Mon âge et mon talent apparemment hors ducommun pour imiter un homme écoutant avec intérêt mepermettraient peut-être de me réfugier dans mes propres pensées sans me faire à nouveau happer par la conversation. Il mesuffisait d’un sourire ou d’un hochement de tête par-ci par-là,juste assez pour maintenir la bienséance de mon silence. Moi,mon vin et le monde qui tournait : c’était tout ce que je désiraisvraiment.
En ce soir de juin 1804, nous étions huit autour de la tabled’Anders Rosenberg, marchand danois, dans sa maison situéesur les pentes qui s’élevaient derrière la petite ville. La tableétait drapée de lin blanc immaculé. Les meilleures bougies decire produisaient des flammes vives et régulières dans leurschandeliers en argent, de sorte que d’innombrables petiteslumières flamboyaient sur les couverts, le cristal et la porcelainedanoise. La plupart des plats avaient été remportés et leshommes tiraient philosophiquement sur leurs cigares cependant qu’Elise Rosenberg et les autres femmes picoraient demenus plaisirs dans le petit bol de sucreries qu’elle avait sortiavec cérémonie pour l’occasion. Derrière la fenêtre située faceà moi, la lumière du soleil de minuit s’étendait tendrementdans le ciel. Sur l’île basse de Videy, sa chaleur effleurait lesflancs du mont Esja.
Pendant un moment, je retombai dans ma rêverie. Maisquelques instants plus tard, il y eut une soudaine accalmiedans la conversation et je saisis ma chance.
– Bon, Anders, dis-je, je crois que je ferais mieux d’y aller.J’ai promis à ma sœur d’être de retour à Audnir dans la matinée.
– Vous avez perdu l’esprit, Gunnar ! s’écria Elise. Commentpouvez-vous envisager de faire tout ce trajet à cheval sans avoirpris de repos ? À votre âge ! Non, non, c’est hors de question ; vous dormirez ici cette nuit et nous vous renverrons chez vousdemain matin après un solide petit-déjeuner.
Elle fit claquer sa langue et secoua la tête telle une matroneindignée.
– Soixante-quatorze ans peut sembler canonique pour unefemme comptant aussi peu de printemps, répondis-je en riant,mais j’ai passé la plus grande partie de ma vie à cheval, etquelques heures de plus ce soir ne me feront pas de mal. Onn’a pas besoin de beaucoup de sommeil à mon âge. Et de toutefaçon, ajoutai-je, regardez donc comme la nuit est belle !
Tout le monde se tut et se tourna vers la fenêtre. Et il s’agissait vraiment d’une nuit exceptionnelle, sans un souffle, aveccet étrange éclat d’un rose poussiéreux qui planait au-dessusde l’étendue de la mer où les caps de Kjalarnes et d’Akranesreposaient légèrement sur les eaux.
– Verriez-vous un inconvénient à ce que je fasse le cheminavec vous, Gunnar ? demanda Kjartan Hardarson. Je dois moi-même aller jusqu’à Hvalfjardarströnd.
Kjartan était un grand jeune homme de dix-sept ans bienbâti, brun, avec un long nez et des yeux lents qui vivait à laferme de Bakki, à Hvalfjardarströnd. Son père l’incitait constamment à se lier d’amitié avec le fils Rosenberg, dans l’espoirqu’une proximité entre les deux garçons augmentât ses chancesd’obtenir des marchandises à crédit dans les magasins d’Anders.Mais Kjartan n’appréciait pas les manières malsaines du jeuneDanois et sa façon condescendante de s’exprimer. Il avaitaccepté l’invitation à cette soirée uniquement pour être agréableà son père et, la plupart du temps, il n’avait fait guère plusqu’afficher une politesse respectueuse.
– Je serais ravi de ta compagnie, répondis-je.
Une fois encore, Elise tenta de protester ; et Anders cherchalui aussi à me détourner de mon but en me proposant plusde vin. Mais j’étais à présent impatient d’échapper à cettepetite enclave danoise pour profiter de cette nuit estivale.À mon âge, on ne pouvait jamais avoir la certitude de voir unautre été.
Me levant de table, je fis rapidement mes adieux aux autresconvives avant de me tourner pour remercier mes hôtes, lesquels se tenaient côte à côte et me souriaient. Ils avaient tousdeux les mains croisées sur leur ventre rebondi ; et avec l’éclatdes bougies posées sur la table, le tableau dégageait une impression de confort prospère et de sécurité telle que je faillis éclaterde rire. Dans cette maison chaude bourrée de colifichets et detous les objets superflus mais apparemment indispensablesqu’on trouvait chez les bourgeois aisés, l’existence n’allait pasau-delà du lent va-et-vient des navires commerciaux, du trocavec les fermiers et des rares soirées avec le gouverneur ou unautre Danois. Comment pouvait-on vraiment s’attendre à cequ’ils sachent quoi que ce soit de notre pays ?
– Merci encore, Elise. Une soirée extrêmement agréable.
– C’est toujours un plaisir de vous voir, Gunnar. Vousdevez absolument revenir nous rendre visite bientôt. Vous êtesà Audnir depuis un an maintenant et nous ne vous voyonspresque plus. Vous ne devez pas nous négliger autant.
– Ah, vous savez ce que c’est… Bonne nuit, Anders !
Je sortis et fis le tour de la maison où je trouvai Kjartan déjàen selle, contemplant en silence la mer qui s’étendait à l’ouest.
Il faisait assez clair même si tout paraissait légèrement platet sans relief. De temps à autre, un soupçon de brise se levaitautour de nous alors que nous nous éloignions à travers lacolline, mais c’était plus sous la forme d’un doux renflementd’air paresseux que d’un coup de vent. Devant nous, l’île deVidey reposait dans la mer telle une baleine endormie. Tandisque nous avancions sur le sol changeant, les sabots des chevauxfaisaient entendre leur étrange cadence. Pierres, mousse, boue,lave concassée et doux marécages où l’on s’enlisait. Des moutons remuèrent puis se levèrent autour de nous dans lecrépuscule fleuri avant de disparaître. De gros nuages sentantle poisson nous enveloppaient, nous rappelant les fermesdisséminées tranquillement dans les plis de la terre. On sentaitaussi la mer elle-même, une puissante odeur de sel et d’alguesqui faisait toujours penser aux centaines de kilomètres d’eaufroide qui nous séparaient du monde. Le monde ? L’Islande etle monde ? Oui, c’est ainsi que nous avons toujours vu leschoses.
Nous chevauchâmes à vive allure un moment, chassant peuà peu la griserie de la soirée. Nous cheminions en silence,notre seul contact les rares moments où nos jambes se touchaient quand les chevaux cherchaient leur chemin à traversles rochers. Je me surpris à jeter un coup d’œil à mon compagnon de temps à autre, et la lumière nocturne dévoilait unvisage sévère aux sourcils fournis qui regardait droit devant luiau-dessus de la tête de son cheval. Je souris intérieurement ausouvenir des colères et de l’indignation sans bornes de ma jeunesse. Ah ! pensais-je, oui, ah… ! La ferveur du jeune homme,l’apparente complaisance du vieillard. Une histoire vieillecomme le monde !
– Bon alors, c’était comment au juste ? demanda-t-ilsoudain d’une façon assez agressive.
– Quoi ? Qu’est-ce qui était comment ?
– Toutes ces histoires dont ils parlaient au dîner. Voussavez, l’époque des Feux de la Skaftá.
– Pourquoi me poses-tu cette question ? répondis-je sèchement en lançant mon cheval à un trot rapide qui le laissa vitederrière moi. Lorsqu’il finit par me rattraper, il était un peuessoufflé. Il reprit la parole plus calmement.
– Eh bien, j’avais dans l’idée que vous étiez dans le Sud aumoment des éruptions.
Nous poursuivîmes notre chemin un moment.
– Oui, c’est vrai, dis-je enfin. J’étais à Sída quand tout acommencé.
Un terrible engourdissement m’envahit brusquement l’esprit.La douceur de cette nuit estivale se fendillait à la seule évocation de ces anciennes horreurs. Je me sentis soudain écrasé parun indicible épuisement au souvenir de ces années effroyables.
– C’était vraiment terrible ? demanda doucement Kjartanen braquant sur moi un regard fixe.
– Terrible ? soufflai-je. Les chevaux gravissaient lentementune côte. Oui, c’était terrible.
Nous arrêtâmes nos chevaux au sommet de la côte et restâmes assis face à face.
– Alors, ce que j’ai entendu dire est vrai : vous étiez biendans l’Est avant de venir à Audnir.
– Oui, répondis-je, l’esprit déjà ailleurs. Je suis arrivé là-basen 1785, après la mort de l’ancien médecin. Et j’y suis resté jusqu’àla fin de ma carrière. Je n’ai pris ma retraite que l’année dernière.
– Et où étiez-vous exactement, dans l’Est ?
– Au bord du Lagarfljót. À Skógargerdi. J’occupais la maison du médecin, là-bas.
– Dans ce cas, vous avez dû connaître le shérif Wium.
Je lui lançai un regard pénétrant. Son visage était sévère,presque accusateur.
– Oui, dis-je. Je l’ai connu.
– Alors pourquoi avez-vous pris sa défense ce soir ? Ce typeétait un parfait salaud !
Un petit vent taquin passa entre nous. J’eus un souriretriste.
– Les jeunes ont toujours été plus prompts à suivre leurspassions qu’à examiner les faits.
– C’est de Hans Wium dont vous parlez ? demanda-t-ilplus calmement.
– Non, répondis-je avec une aigreur involontaire. Je parlede toi.
Il se tut et mit un moment avant de reprendre la parole.
– Mais tout le monde sait ce qu’il a fait. À cette malheureuse fille et à son frère.
– Bon, tu vas m’écouter maintenant, dis-je en cherchant àravaler ma colère. Un jour viendra où tu découvriras que personne ne sait rien avec certitude. Que tout n’est qu’unequestion de perception et d’opinion. Hans Wium est mort ily a quinze ou seize ans, quand tu n’avais qu’un an ou deux.Comment peux-tu sérieusement affirmer connaître la vérité àpropos de ce qu’il a fait ou pas ?
Pendant un moment, il ne répondit pas. Il se contenta dese frotter un sourcil avec le bas de la main.
– Mais vous ? Vous savez ?
Ma colère, qui avait été passagère et incontrôlable, commençait maintenant à s’écouler comme le reflux du ressac, melaissant simplement anéanti et triste.
Je repensai à la dernière année de la vie de Hans, là-basdans l’Est, à la campagne défigurée par la cendre, aux personnesmortes ou au seuil de la mort, et à mes longues discussionsavec Einar dans la petite pièce de Hjardarhlíd pendant quel’homme alité agonisait dans la chambre voisine. C’était unmonde lointain, un monde que depuis des années à présentj’essayais d’éradiquer de ma mémoire. Je pensai aussi à Pétur,perturbé et amer jusqu’au bout, enfermé dans sa solitude àHvannabrekka, sous la colline abrupte où la neige couverte decendre s’étendait en champs d’une pâleur sale. Et de nouveauà ce pauvre Jón, un géant pitoyable rongé par la confusion etle désespoir, la dernière fois que je l’avais vu dans le Land,toutes ces longues années plus tôt.
Mais, en vérité, j’étais arrivé trop tard dans cette histoire.J’avais vu ceci, entendu cela, écouté Einar me raconter toutce qu’il avait vu et entendu – mais même à l’époque il y avaitdes blancs, des blancs qui ne pourraient désormais plusjamais être comblés, car les personnes susceptibles de raconter ce qui s’était vraiment passé étaient toutes mortes. Avais-je le droit d’affirmer catégoriquement que je connaissais lavérité ?
– Moi ? Non, pas vraiment. Peut-être que personne nepeut le savoir avec certitude. C’était idiot de ma part de direune chose pareille.
Je m’interrompis, mortifié et plus du tout sûr de moi.
– Mais tu sais, Kjartan, les gens ont tort de parler de HansWium comme ça, de dire que c’était une espèce de criminel.C’était peut-être un homme mauvais, peut-être qu’une grandepartie de ce qu’on a dit sur lui est vrai. Moi, je ne le crois pas.Mais personne ne sait vraiment et, selon moi, il est déplacé dejuger les hommes de la sorte. Si je devais dire ce que je croisêtre la vérité, je dirais que Hans était avant tout un hommehonnête – parfois aussi faillible que n’importe qui et assurémentmoins fort et sûr de lui qu’il ne l’aurait voulu. Mais, dansl’ensemble, je dirais qu’il était honnête en cela qu’il a menéune vie dictée par la compassion.
– La compassion ? explosa à nouveau Kjartan. Commentpouvez-vous sérieusement dire ça ? Où diable était la compassion dans ce qu’il a fait ?
À nouveau, je soupirai. Un manteau, une grosse bague enargent et les mots enfiévrés du mourant… De quel droit ledéfendais-je ainsi ?
Je fis pivoter mon cheval et repartis.
– Quelle nuit ! m’écriai-je, soudain à nouveau ému par lajoie sans partage qu’elle m’inspirait. Est-ce qu’il t’arrive, dansdes moments semblables, d’avoir l’impression de venir denaître, que les souvenirs de ta vie passée ne sont que deshistoires entendues quelque part ?
Kjartan rit doucement à côté de moi.
– Marchons au pas, dis-je avec chaleur au bout d’un moment,m’apercevant tout à coup que depuis longtemps maintenantje ressentais le besoin d’expliquer les choses. Et je te raconteraice que je sais à propos de Hans Wium.
“C’est après les Feux de la Skaftá, l’été de l’année 1785, queje suis arrivé à Skógargerdi. Mais non, si tu veux comprendrequelle était la situation pendant mes premières années dansl’Est, je ferais mieux de revenir un peu en arrière et de te parlerdes Feux.
“Depuis 1754, l’année où je suis revenu de Copenhague, oùj’étudiais, j’exerçais la profession de médecin dans toute lapartie sud du pays. La tâche était quasiment impossible. Jefaisais de mon mieux mais la faim et la maladie frappaientpar tout, et les gens perdaient souvent la raison tant ils luttaientpour simplement survivre. Il est difficile d’imaginer commentils parvenaient à tenir le coup.
“À vrai dire, si on y réfléchit, nous n’avons presque connuque des catastrophes au cours du siècle dernier, à commencerpar la grande épidémie de variole de 1718 qui a décimé environun tiers de la population. À l’époque où je suis né, en 1730, lepays était déjà à genoux à cause de la famine et de la maladie.
“Pendant la plus grande partie de mon enfance, ça a étécomme ça. Et même plus tard, quand je suis revenu de l’étranger, peu de choses semblaient avoir changé. En fait, au coursdes six premières années après mon retour au pays, il paraîtque quelque dix mille personnes sont mortes, simplement defaim. Ensuite, le Katla est entré en éruption, juste sous laglace, ce qui a déclenché des inondations dévastatrices. Et en1766, l’Hekla s’est lui aussi réveillé, entrant dans une phased’activité qui a duré sans interruption pendant presque deuxannées entières. Et pourtant, aussi incroyable que cela puisseparaître, le pire restait à venir.
“L’hiver 1782 a été long et extrêmement rude, avec desgelées ininterrompues et une couche de neige beaucoup plusépaisse que la normale dans le Sud. Comme d’habitude, noussurvivions tant bien que mal en priant simplement pour quele printemps n’arrive pas trop tard. Alors que l’hiver entamaitses derniers mois, nous ne pensions plus qu’au soleil à venir età ce moment miraculeux où la glace commence à se craqueler.
“Alors qu’avril succédait à mars, nos espoirs continuaientcomme toujours à grandir en prévision des beaux jours. Maisle mois de mai arriva ; et alors que le soleil grimpait de plus enplus haut dans le ciel, les gelées et les chutes de neige ne s’arrêtaient pas. Avant d’avoir pu réellement comprendre ce qui sepassait, le printemps avait pris fin et les soi-disant mois d’étéétaient arrivés. Mais les jours passaient et la terre demeuraitaussi dure que de la pierre, et la couche de neige toujours aussiépaisse. Alors, petit à petit, nous nous sommes laissé écraserpar un désespoir tenace, ce désespoir sans fond qui ne naîtqu’après des espoirs anéantis.
“En fait, cette année-là, il n’allait y avoir ni printemps niété. Début juin, on parlait de plaques de glace flottante devingt kilomètres, même au large de la côte sud, ce qui est vraiment inouï. Et bien sûr, avec un temps pareil, l’herbe n’apratiquement pas poussé, si bien que la récolte a donné à peineassez de foin pour nourrir quelques bêtes. Notre régime secomposait principalement de mousse de montagne, de racinesd’angélique et d’algues. Et ainsi, un millier de personnes supplémentaires sont mortes. De mémoire d’homme, cela avaitété l’été le plus froid jamais connu. Inutile de te dire ce queressentaient les familles avec des enfants en bas âge en voyantles jours recommencer à raccourcir et le nouvel hiver se profilerdans le ciel.
“Mais, d’une façon ou d’une autre, nous avons survécu à cenouvel hiver. Et quand le dégel a fini par arriver l’annéesuivante, nos cœurs se sont réjouis à la vue des premiers brinsd’herbe verte. Il est vrai qu’en avril, une éruption s’est produiteen mer, au sud-ouest, au large de Reykjanes, et qu’une nouvelleîle s’est formée. Mais cela nous a fait rire de bon cœur, d’unrire de soulagement qui était d’abord dû à l’idée que l’été seraitbientôt là mais aussi au fait que l’éruption s’était produite loinde la terre. Nous étions tous faibles, terriblement faibles, aprèsles années précédentes. Mais, au moins, nous pouvions soufflerun peu, c’est ce que nous pensions. Il n’y aurait pas d’autreéruption si peu de temps après. Doux Jésus, quel mauvaiscoup du sort !”
“Telle était la situation quand, la troisième semaine du moisde mai 1783, j’ai quitté Víkí Mýrdal, où je vivais à l’époque,pour traverser le Mýrdalssandur en direction de l’est afin defaire ma tournée dans les fermes de Sída et Fljótshverfi. Letemps était lumineux et clair. Les fermiers et leurs épousesavaient le moral au beau fixe et disaient que le Seigneur avaitenfin jugé bon de nous accorder des jours meilleurs après toutce que nous avions traversé. Et je me suis donc mis au travail…”
Je m’arrêtai, tout à coup accablé par les souvenirs de cetété-là. Je sentis mes épaules s’affaisser et mon menton retombersur ma poitrine tandis que les chevaux dérapaient sur unepente boueuse qui descendait vers un cours d’eau.
Kjartan me prit par le bras.
– Vous allez bien ?
– Oui, oui…
Mais j’avais le cœur battant et la bouche sèche.
Les chevaux traversèrent le ruisseau, se cabrèrent et remontèrent sur l’autre rive. De là où nous étions, sur le terrain platqui s’étendait derrière Gufunes, on apercevait l’entrée de lavallée qui montait jusqu’à Mosfell, sous le mont Esja. Il n’yavait pas un bruit alentour à part les coups étouffés des sabotsdes chevaux dans l’herbe. Tout semblait retenu par la paix etpar l’étrangeté de la nuit nordique.
 
LES FEUX DE LA SKAFTÁ
La petite ferme de Skál était isolée au pied des collines.À  l’est, il n’y avait qu’une cinquantaine de kilomètres de terresagricoles avant les énormes falaises du Lómagnúpur. Et au-delà du Lómagnúpur il n’y avait pratiquement rien. Rien àpart les noires plaines de sable glaciaire et les innombrablesrivières, grandes et petites, qui se tortillaient et se frayaienttant bien que mal un chemin du glacier jusqu’à la mer.
Les rivières de ces plaines de sable étaient profondes,tumultueuses et terriblement froides ; et tenter de les franchirà gué revenait toujours à se remettre entre les mains de la providence. Qui savait comment avait changé le lit d’une rivièreau cours des quelques jours écoulés depuis la dernière traversée ? Vous aviez rencontré quelqu’un qui se vantait d’arrivertout juste de l’Ouest en ayant franchi la Skeidará, sans trop dedifficulté. Alors vous envisagiez de tenter votre chance, peut-être seulement un ou deux jours plus tard, à l’endroit précisdont il vous avait parlé. Mais là, votre cheval faisait un mètrede plus au nord de l’itinéraire de l’autre homme, trébuchaitdans un trou profond, se faisait renverser par le courant etvous vous retrouviez dans les eaux tumultueuses où se mêlaientboue et glace fondue. Si par bonheur votre cheval avait de lachance et était bon nageur, peut-être parvenait-il malgré toutà traverser puis à trouver un endroit au milieu de la glace pourressortir. Mais peut-être pas. Ce qui était certain, en toutcas, c’est que vous, avec vos vêtements lourds, ne pouviezque battre des bras et hoqueter quelques secondes avant quele froid vous paralyse ou qu’un rocher vous assomme, etvotre gentille femme n’avait plus de mari pour prendre soind’elle.
Non, pour la plupart des gens, pendant la plus grandepartie de l’année, les falaises du Lómagnúpur marquaient lafin de la route vers l’est. Tout ce qui se trouvait de l’autre côtédes plaines de sable aurait aussi bien pu être dans un mondeà part. C’était ce qui donnait à Skál et aux autres fermes de larégion cet air d’être tenues à l’écart, juste au bord des choses.
Dans l’après-midi du dimanche 1 er juin 1783, dit Gunnar àKjartan, il se trouvait à la ferme de Skál où, assis dans l’herbe,il bavardait avec le fermier et sa famille, profitant tous d’untemps qu’ils n’avaient pas eu depuis deux ans.
Tout à coup, ils entendirent un grondement sonore, provenant de quelque part en haut derrière la colline. Et un instantplus tard le sol se mit à trembler, un doux frémissement quine dura qu’un instant. Une brève interruption puis un autretremblement, cette fois-ci une oscillation légère qui se transforma rapidement en une violente secousse, à tel point qu’ilsfurent tous projetés au sol. Tout devint brumeux et flou,même le soleil semblait bondir dans le ciel bleu de l’été.
Quand la secousse fut passée, ils restèrent étendus, silencieux et immobiles, osant à peine bouger.
– Dieu du ciel, pourvu que ça s’arrête là… murmuraquelqu’un.
En amont de la vallée fluviale, de petits nuages de poussièreet de sable flottaient encore vaguement dans le ciel. À partcela, tout était calme, le ciel aussi dégagé et bleu qu’avant.
Tout le reste de la journée, ils se surprirent à parler à voixbasse, terrorisés à l’idée de ce qui pouvait encore se produire.Et en effet, peu après minuit, alors qu’ils étaient allongés dansleurs grands lits sans parvenir à dormir, tout recommença, lestremblements et les secousses se poursuivant toute la nuit.
Au cours de la semaine suivante, les tremblements cessèrentmais le ciel devint bas et plombé, barbouillé d’une étrangeteinte violacée. Pour une raison inconnue, la rivière qui coulaità l’ouest, la Skaftá, avait énormément enflé et était devenuecomplètement infranchissable.
Et pourtant, ce week-end-là, le ciel s’éclaircit et tout semblaredevenu normal. Leur moral remonta dans une fièvre desoulagement.
C’est alors qu’ils sellaient les chevaux pour se rendre àl’église qu’une brusque série d’explosions successives résonnadepuis les collines situées au nord et, lorsqu’ils se retournèrent,ils virent un énorme panache de fumée s’élever dans le ciel. Denouvelles explosions suivirent et quelques instants plus tard lacendre se mit à tomber. À midi, il ne restait plus qu’un demi-jour brouillé. Et, ce soir-là, les tremblements reprirent unenouvelle fois.
Désormais, tout n’était plus que déflagrations et obscurité.En dépit de l’énorme quantité d’eau que la rivière avait charriéeplus tôt, la Skaftá avait maintenant presque disparu, laissantun petit filet d’eau de la taille d’un ruisseau de montagne.Quand la pluie se mit à tomber, la cendre qui recouvrait le solse transforma rapidement en une épaisse couche d’une bouillieà la texture graveleuse.
Mais bien pires que les retombées de cendre furent les gazacides qui arrivèrent après la pluie. Tout le monde se mitbientôt à suffoquer, à se plaindre de brûlures aux yeux et d’irritations sur le moindre centimètre de peau nue.
Après être restés confinés aussi longtemps à l’intérieur, Gunnaret les autres ressentaient un besoin urgent de comprendre plusprécisément ce qui se passait. Gunnar et le fermier s’emmitouflèrent donc avec soin et, des couvertures enroulées autour de latête, ils partirent en direction de la rivière, tandis que leurs chevauxhennissaient et éternuaient en roulant constamment des yeux.
À la rivière, le bruit était assourdissant. Le cours d’eaudemeurait quasiment inexistant mais, en remontant un peu laberge, ils finirent par comprendre pourquoi.
Car dans le canyon où l’eau coulait d’habitude se dressaitun gigantesque mur de lave, une coulée de quinze mètresd’épaisseur, rouge et orange avec des marques noires là où desplaques de mâchefer s’effritaient de sa façade. Le mur semblaitse déplacer lentement mais son avancée vers eux, accompagnéede fumée et de bruits semblables à des canons et des tambours,pétrifia les deux hommes.
Lorsqu’ils rebroussèrent chemin le long de la rivière, ilsaperçurent un autre cavalier sur la rive opposée et allèrent à sarencontre au milieu du lit de la rivière à sec.
– Tout le monde va bien à Skál ? cria l’autre homme àtravers son masque.
– Pour le moment, répondit le compagnon de Gunnar. Etvous ?
– Pas bien. Perdu ma mère hier soir. La pauvre vieillen’arrivait simplement plus à trouver assez d’air…
– Deux des fils de Hjálmar, à Hóll, sont partis vers le nordhier pour essayer de jeter un coup d’œil. Apparemment, c’estassez loin, mais les fermes situées plus haut dans la vallée onttoutes été abandonnées. Tout le monde est chez nous pour lemoment. Nom de Dieu, si seulement cette saleté d’air voulaitbien s’éclaircir ! Les pauvres bêtes ne supporteront pas ça beaucoup plus longtemps.
En revenant à Skál, il se remit à pleuvoir mais la pluie étaità présent chargée de sable et de fins éclats de pierre ponce.
Pendant les six semaines suivantes, l’éruption se poursuivitsans faiblir et une partie de la coulée de lave, qui débordait dulit de la rivière, commençait à menacer Skál. La lave se mit àavancer si vite que la famille dut se lever au beau milieu de lanuit, réunir quelques affaires et s’enfuir.
À la fin du mois de juillet, la chaîne de bouches volcaniquesavait atteint une longueur de vingt-cinq kilomètres. Et alorsque la première coulée s’était tarie, une nouvelle était apparueà l’est. Pendant les sept mois suivants, cette deuxième couléecouvrit de poussière et de fumée les collines et balaya lesplaines en allant vers la côte. Les fermes de Fljótshverfi – oùGunnar était désormais – se retrouvèrent complètement coupées du reste du pays, piégées entre les feux et les infranchissables déserts de sable.
Bientôt, les températures hivernales se mirent à chuter – et defaçon vertigineuse – si bien que, contrairement à la normale, denombreux fjords furent bloqués par les glaces. Pendant ce temps,l’île entière gisait sous le nuage de cendre et, à la fin de cet hiver-là, le pays semblait bel et bien maudit, la majeure partie de sapopulation ayant été décimée par la famine et la maladie.
Mais le printemps finit tout de même par arriver. Au coursdes dix mois précédents, les gens n’avaient vu ni le soleil ni lalune à cause de l’épaisse brume qui recouvrait le pays. Pendantces dix mois, ils avaient survécu à ce calvaire dans un crépusculeempoisonné, des êtres moribonds errant dans un monde àmoitié mort. Et maintenant que l’hiver était enfin terminé,tout le monde avait besoin d’un franc soleil et de vents tièdes.
Mais le franc soleil et les vents tièdes ne vinrent jamais vraiment. Alors que certains ports se libéraient peu à peu de la glace,des navires de ravitaillement commencèrent à arriver de l’étranger. Mais la demande de vivres était telle que les prix échappèrent bientôt à tout contrôle. Et de toute façon les fermiers,qui payaient rarement en espèces, n’avaient rien à troquer.
Le calme régnait à nouveau sur le pays. Mais c’était le calmede la mort.
C’est au début de l’année suivante, au cœur d’un autrehiver inflexible, qu’une nouvelle arriva de Reykjavík : le gouverneur, Stefán Thórarinsson, avait été informé par le ministrede Copenhague, Hans Kristoffer Didrik Victor von Levetzau,que le gouvernement danois envisageait l’évacuation de toutela population islandaise vers les régions inhabitées du Jutland.
Pendant que les Danois se querellaient à propos du coûtd’une telle opération, les Islandais, furieux et indignés, s’élevèrent contre cette proposition, avec l’impression qu’on lesconsidérait comme un simple troupeau de bêtes devant êtretransféré vers de meilleurs pâturages. Pour finir, cependant, onjugea que le coût serait simplement trop exorbitant, de sorteque le pays fut gracieusement autorisé à continuer de sedébrouiller tant bien que mal.
 
GUNNAR THÓRDARSON, MÉDECIN (2)
– Tenez, buvez un coup, dit Kjartan. C’est de l’eau-de-viede maïs. Anders me l’a donnée pour mon père. Je suis sûr quele paternel ne nous en voudra pas de l’avoir goûtée.
Nous bûmes à la petite flasque de cuir et sourîmes en sentant l’alcool nous griffer la gorge. Peu à peu, mon esprits’ouvrait, sortant de l’obscurité de l’épaisse brume bleue et dela cendre. Je fermai les yeux et levai la tête vers le ciel, humantl’air translucide. Nous bûmes à nouveau.
– Mais finalement ? Vous vous en êtes sortis ?
– Oh, nous nous en sommes sortis. De justesse. C’est cequ’on fait toujours, non ?
Je ne pus contenir une note d’amertume dans ma voix.
– Et ensuite, vous êtes parti dans l’Est ? Pour remplacer lemédecin de là-bas ?
– C’est ça. Tu comprends, les premiers bateaux à atteindreles fjords de l’Est n’avaient pas seulement apporté de la nourriture, ils nous avaient aussi apporté la variole.
– Dieu du ciel ! Incroyable !
– Comme tu dis. Tout à fait incroyable. Quoi qu’il en soit,le vieux Björn, le médecin de là-bas, a été l’un des premiers àêtre emportés. J’ai laissé mon assistant s’occuper du Sud et jeme suis hâté de rejoindre l’Est pour prendre la relève. J’ai prisle bateau à Víkí Mýrdal et j’ai accosté à Seydisfjördur, l’endroitmême d’où la maladie était partie. Bon sang, il y régnait unede ces pagailles ! Bref, je suis resté là-bas environ un mois, àfaire ce que je pouvais, puis je suis allé dans les terres pourm’installer dans la maison du médecin…
Nous gardâmes le silence un moment. Mais, alorsque nous remontions sans nous presser la vallée qui s’étendait en contre bas de Mosfell, Kjartan m’interrogea à nouveau.
– Alors, ce doit être à peu près à ce moment-là que vousl’avez rencontré.
– Qui ça, Hans ?
– Oui. Il devait déjà être assez vieux à l’époque.
– Hans ? Oui. Il devait avoir un peu plus de soixante-dixans, je suppose. Remarque, il paraissait beaucoup plus vieux.Il n’était pas heureux.
– Et c’est par lui que vous avez entendu parler de Sunnefa ?
– Non, j’en ai surtout entendu parler par Einar, qui avaitété le secrétaire de Hans depuis son tout premier poste deshérif, dans les Vestmannaeyjar, quand il était jeune. Mais j’aiaussi appris des choses par d’autres… par Gudný, la sœur deHans, et par Sunnefa et Jón en personne.
– Alors, vous...

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