On a tué Lilian
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On a tué Lilian , livre ebook

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Description

Le commissaire MAZÈRE espérait passer de tendres vacances avec son épouse, Angèle, dans une auberge du petit village de Marlay.


Mais c’était sans compter sur une troupe de comédiens venue en tournage dans la région et logeant dans l’hôtel choisi par le policier.


Heureusement, la java du soir est la dernière, celle qui fête la fin des prises de vue. Demain, le calme sera revenu.


Seulement, durant la nuit, on a tué Lilian Bell, l’actrice vedette, la star célèbre et adulée.


Et devinez à qui le gendarme du bourg, le juge d’instruction et même la mère du principal suspect vont demander de mener l’enquête ? Au commissaire MAZÈRE, bien évidemment.


Finis les congés pour le couple... du moins, jusqu’à ce que l’assassin soit sous les verrous...

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Publié par
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EAN13 9791070037324
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LES ENQUÊTES
DU
COMMISSAIRE MAZÈRE

ON A TUÉ LILIAN
Récit policier

Maurice LAMBERT
I
LA STAR ASSASSINÉE
 
En bas, ils ne chantaient plus, ils beuglaient. À croire qu'ils étaient tous ivres comme des portefaix.
Depuis le dîner, ils buvaient du champagne en débouchant avec fracas bouteille sur bouteille ; et les femmes ne se montraient pas moins enragées que les hommes. Longtemps, l'une d'elles avait réclamé à grands cris éraillés : « musique ! musique ! » et, pour la faire taire, quelqu'un avait posé un disque de jazz sur le plateau d'un pick-up.
Aussitôt après, ils s'étaient mis à danser, après avoir repoussé les tables et cassé pas mal de verres. Puis la propriétaire de la voix éraillée ayant sans doute jugé qu'il convenait de donner à la soirée un cachet plus artistique avait décidé de révéler son talent de chanteuse swing et la folie du rythme les avait tous gagnés. Ils n'en avaient pas pour cela imposé silence au pick-up qu'un sentimental, qui tenait à manifester sa répulsion pour les airs d'outre-Atlantique, gorgeait de mélodies sirupeuses.
Un beau chahut ! On se serait cru au milieu d'une fête foraine. Et ils n'étaient pas dix !
Angèle, assise sur son lit, rejeta la couverture d'un geste rageur, considéra la forme immobile étendue à ses côtés et dont un rayon de lune dessinait les contours.
— Tu les entends ?
Bien sûr, Mazère dormait ! Il possédait la faculté de dormir n'importe où et dans n'importe quelles conditions.
Angèle soupira, se souffla sur le nez pour chasser une mèche qui la chatouillait.
— Tu dors ?
— Oui.
— Tu n'entends rien ?
— Non, puisque je dors !
Tant de mauvaise foi révolta la jeune femme. Elle secoua son mari qui grogna, mais ne bougea pas. Alors, elle manœuvra le commutateur placé à la tête du lit. Ébloui, Mazère fit une grimace.
— Petit chameau !
— C'est ça, insulte-moi, maintenant !... J'étais folle le jour où je t'ai épousé, pas possible ! … Si tu étais un homme, tu enfilerais ton pantalon, tu descendrais, tu leur dirais…
— Je leur dirais quoi, mon chéri...
— Que ta pauvre petite femme est sur les nerfs, que…
Elle se tut, enchaîna :
— Ce sont les gens du cinéma, je parie…
— Dame, il n'y a qu'eux et nous dans l'hôtel !
Angèle secoua ses boucles en désordre, plissa les lèvres en une moue tragique.
— Eh bien, ça va être gai !
— Rassure-toi, ils partent demain. Cette charmante manifestation, charmante, mais bruyante, je te le concède, célèbre la fin du film qu'ils sont venus tourner à Marlay. Ce qu'on appelle en termes de métier le dernier tour de manivelle… Après l'effort, la détente, ma douce enfant. La satisfaction du devoir accompli n'exclut pas…
— Zut ! Tu m'embêtes…
Un œil à moitié ouvert, Mazère contemplait sa femme, ébouriffée, boudeuse. Et, telle que, délicieuse. Sa frêle chemise de nuit avait glissé, dévoilant la courbe délicate d'une épaule, un peu de la poitrine ronde et blanche.
Le tableau lui plut, il ouvrit l'autre œil. Sous les draps, un sourire attendri lui vint.
« Ce petit bout de femme est unique, songeait-il. Quelle chance tu as eue, mon garçon, le jour où le hasard t'a conduit sur son chemin ».
Angèle reprenait, d'une voix teintée d'un soupçon d'hostilité :
— Cette Lilian Bell, comment la trouves-tu ?
Il ne put résister au désir de la taquiner.
— Bougrement séduisante ! Elle a un chic…
La jeune femme en fut suffoquée. Elle croisa les bras et défia son mari d'un regard chargé de commisération.
— Et ça se prétend un homme de goût !... Séduisante, la Lilian Bell ! Elle a un gros nez et les cheveux teints ! Et puis, elle marche en canard. Du chic ? Laisse-moi rire. Tiens : as-tu déjà vu un veau en robe de soirée ?...
— Regrets, Angèle, je n'ai jamais vu de veau en robe de soirée. Il m'est, en conséquence, impossible d'établir une comparaison !
Elle se jeta sur lui, le martela de ses petits poings.
— Sale type, tu me fais marcher !
Puis, câline, elle se blottit dans ses bras.
— Avoue que tu la trouves moche. Pour me faire plaisir… N'est-ce pas qu'on dirait qu'elle s'habille dans un Prisunic ?
Mazère parut réfléchir. Faussement conciliant, il accorda :
— Elle devrait choisir des toilettes moins voyantes, mais elle a du chien, ce quelque chose qui plaît et qu'on ne décèle qu'à la longue. Sois franche, réfrène ta jalousie…
Angèle n'en put entendre davantage. Il fallait châtier ce mari insolent. Elle le mordit au cou, avec tant de conviction qu'il poussa un cri. Et, impassible, elle attendit que le coupable sollicitât son pardon.
Mazère prit sa femme dans ses bras.
— Grosse bête, murmura-t-il, sa bouche posée sur la nuque douce et parfumée, grosse bête, une Angèle vaut dix, vingt, cent Lilian Bell !
Et comme, en bas, le tintamarre diminuait, ils s'endormirent, enlacés comme des amoureux de vingt ans. N'empêche qu'ils en étaient à leur sixième année de mariage !
Arrivés la veille à Marlay, pour y passer une quinzaine loin de l'atmosphère étouffante du Paris de juillet, Mazère et Angèle s'étaient installés à l'hôtel du Bœuf d'Or, qui, d'ailleurs, tenait plus de l'auberge que du palace, et ils se préparaient à des vacances reconstituantes dans ce petit village d'Eure-et-Loir auréolé de forêts et de sites pittoresques. Après leur dîner, ils étaient montés dans leur chambre et n'avaient, de ce fait, que très peu vu la bande que, par contre, ils avaient trop entendue. Tout au plus avaient-ils accordé attention à une grande fille aux cheveux platinés et à la mise originale qui parlait fort et buvait sec, une fille qu'au surplus on ne croisait pas sans prononcer un nom adoré du public des salles obscures : Lilian Bell, la vedette « qui recevait mille lettres d'amour par jour », ainsi que s'en glorifiait la firme qui avait eu la chance – et les moyens – de s'attacher cette étoile dont rêvaient tous les collégiens de France.
Au matin, Mazère fut réveillé par des coups frappés à la porte.
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