OSKAL
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Description

OSKAL


GUILLAUME COQUERY


Guillaume Coquery a grandi au pied des Pyrénées.


Primé dans plusieurs concours de nouvelles, avec OSKAL


il signe le premier opus d’une trilogie.


Été 2010, dans un bois proche de Besançon, une joggeuse disparaît. Elle ne sera jamais retrouvée et, étrangement, l’affaire sera vite classée.


2018, à proximité de Toulouse, une danseuse de cirque est retrouvée morte.


Pour le jeune capitaine Damien Sergent et ses coéquipiers, cette affaire a toutes les apparences d’un suicide... jusqu’à ce que certains éléments les conduisent à Besançon.


Sur place, certaines personnes ont tout intérêt à ce que le passé ne soit pas déterré...


Entre manipulation, influence et souvenirs douloureux, l’équipe de Damien Sergent


évolue désormais en terrain hostile.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 56
EAN13 9782490591329
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0041€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Guillaume Coquery
OSKAL
Thriller
 
© M+ éditions
Composition Marc DUTEIL
 
ISBN 978-2-490591-32-9
 
 
 
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
 
Guillaume Coquery
OSKAL
Thriller
M+ ÉDITIONS 5, place Puvis de Chavannes 69006 Lyon mpluseditions.fr
 
À quelques hommes de ma famille, mon père,
mon frère, mon fils.
 
 
PROLOGUE
Besançon 2010
Le commandant Jarier inspira. Il devait se calmer, retrouver le contrôle et composer son numéro. Il allait encore se prendre une réflexion cinglante, c’était certain.
– Allo ! Monsieur le préfet, c’est Jarier.
L’homme ne répondit pas de suite, il l’entendit soupirer, et ce n’était pas de l’admiration.
– Oui qu’y a-t-il ? Je vous ai dit de ne pas m’appeler, vous êtes con ou quoi ?
Le commandant se mit à bredouiller, c’était la première fois que le préfet Bergeron le traitait de con ! Imbécile, idiot, abruti, ça, il y avait eu droit, mais con, c’était inédit !
Le policier esquissa un sourire. Ce qu’il avait à lui dire était de nature à ébranler cet homme charismatique. Il allait se le prendre dans la gueule… Il savoura l’instant.
– Nous avons un problème.
Il s’en voulut immédiatement. Ce n’était pas la phrase qu’il avait préparée ! Il se mordit la lèvre. Il aurait dû lui dire : « VOUS avez un problème », mais, envahi par son mauvais stress, ce n’était pas ce qui était sorti ! Il apprécia tout de même l’effet. La réponse cinglante, habituelle, ne vint pas. Il avait marqué un tout petit point. Ce serait sa victoire temporaire, minuscule certes, mais face à lui, il savait se contenter de peu.
– Je vous écoute Commandant.
Ah ! Il lui donnait du commandant, maintenant !
Le haut fonctionnaire n’était pas né de la dernière pluie, si le flic lui téléphonait, ce n’était pas pour rien. S’il entamait la conversation, en lui disant que lui, préfet de la République, avait un problème commun avec cet idiot, c’est qu’il y avait bien quelque chose. Il serait désagréable un peu plus tard, voilà tout.
– La joggeuse qui a disparu il y a deux semaines, Séverine Bonaud…
Le commandant Jarier marqua une pause, pensant être interrompu, il n’attendit pas trop longtemps. Il ne fallait pas lui laisser trop d’ouvertures. 
– Comme vous le savez sans doute, on a trouvé une trace de sang sur un arbre, à l’endroit où elle est montée dans le 4x4.
– Non, je l’ignorais. C’est le parquet qui suit ce genre d’affaires, je ne m’intéresse pas à ces histoires.
– Vous devriez, monsieur le préfet, L’ADN a été décodé, j’ai reçu cet après-midi les résultats, il s’agit d’un homme. Il est inconnu du FNAEG. 1
– Et alors, en quoi cela me concerne ?
– Le technicien qui a traité le dossier m’a appelé, il y a une correspondance partielle, avec un ADN du fichier central.
– Ce qui signifie ? Arrêtez avec vos devinettes, je n’ai pas le temps.
– Il s’agit d’un lien direct, fils, frère ou père.
– Cela veut dire que vous avez décelé une relation avec un individu déjà fiché ?
– Oui, c’est bien cela, mais le technicien n’a pas le niveau de sécurité suffisant pour entrer dans la base.
– Et donc ?
– Moi non plus, je n’ai pas l’accréditation. J’ai dû demander au commissaire divisionnaire Karpof, c’est lui qui m’a dit de vous appeler pour que vous soyez au courant.
– Où est le problème, bon sang ?
– Vous vous souvenez, lorsque les colis piégés étaient arrivés à la préfecture ? On avait prélevé l’ADN de tout le personnel préfectoral, pour pouvoir isoler l’empreinte génétique du terroriste ? C’est dans ce fichier que l’on a trouvé une correspondance.
– Vous voulez dire que l’auteur de l’enlèvement de cette bonne femme est parent avec un de mes employés ?
– C’est tout à fait ça, monsieur le préfet.
– Qui donc ?
– Euh, c’est un peu embarrassant, comme ça…
– Dépêchez-vous de balancer le morceau, triple idiot.
– Vous ! Monsieur le préfet.
 
L’homme ne dit rien. Jarier n’osait intervenir... Au bout d’un long moment, le haut fonctionnaire reprit la parole. Toute animosité avait disparu. Il se recentra sur l’essentiel, le seul sujet digne d’intérêt... lui !
– Écoutez-moi bien, Jarier, je n’ai plus que mon fils, et je suis sûr… non, je suis certain qu’il n’est pour rien dans cette affaire. Vous allez vous débrouiller comme vous voulez, mais vous me faites supprimer de votre foutu fichier. Je n’y suis pas et je n’y ai jamais été... Me suis-je bien fait comprendre ? 
– Mais, je ne sais pas si l’on peut le fai…
– Taisez-vous ! Je vous ai dit de trouver une solution. Vous dégotez un hacker, surtout choisissez en un bon, et tout est possible. Au besoin, faites vous aider par Karpof ! Ce n’est que de l’informatique, on peut tout faire. Les seuls freins sont le temps et l’argent, il se trouve que j’ai les deux. Vous m’avez compris ? Je ne suis pas… dans… ce… fi... chier !
 Martela-t-il, en détachant chaque syllabe, assénée comme autant de coups de masse dans le cortex de son subordonné. Avant que le flic n’ait eu le loisir d’ajouter quoi que ce soit, le préfet avait raccroché.
CHAPITRE 1
1 ère Partie
L'enquête à St Gaudens
 
St Gaudens Haute-Garonne février 2018
Tom est surexcité, plus d’un mois qu’il attend ça ! Tom a quatre ans et à son âge, le temps est une donnée abstraite, élastique. Depuis que son papa lui en a fait la promesse, depuis qu’il sait qu’il va aller voir les jongleurs, les clowns, les animaux, tous les soirs au moment du coucher, il demande inlassablement :
– Papa, c’est après ce dodo qu’on va au cirque ?
– Non Tom, encore 25 dodos.
..........
– Papa, c’est après ce dodo qu’on va au cirque ?
– Non Tom, encore 7 dodos.
Enfin, le jour tant désiré arriva. Un après-midi complet au cirque, avec papa ! Depuis leur départ, il est intarissable.
– Et les clowns, on va les voir les clowns ? Et les tigres, il y en a des tigres, hein, papa ? Moi j’aime les tigres, ils me font même pas peur les tigres. Moi, ce que je préfère, c’est les zequilibreurs, y’en aura, dis, papa, des zequilibreurs ?
– Équilibristes, Tom, on dit : équilibristes.
– J’ai déjà monté en haut du grosboggan, je suis fort, hein, papa. Je pourrai faire zéquilibreur, quand je serai grand, hein, papa ?
– On dit : équilibristes, Tom... Oui, tu es très fort ! C’est normal, tu as 4 ans, tu es un grand maintenant.
Damien Sergent, quoique passablement saoulé par le débit de paroles de son fils, vivait pleinement ce moment de complicité. En s’installant dans la « loge » tout en bordure de piste, il pouvait voir la fierté et le bonheur dans ses yeux. Le petit n’était que surexcitation, il ne tenait pas en place.
– Il est beau ce cirque, hein, papa ? C’est le plus grand cirque du monde, hein, papa…
Lui était plus dans la réalité. Les « loges » étaient de simples bancs recouverts de velours rouge, maculés de taches brunes dont il valait mieux ne pas chercher l’origine. Le velours, quant à lui, avait connu des heures meilleures. Les poils ras étaient par endroit tellement usés qu’ils avaient disparu complètement au profit de la trame.
Damien, regardait son fils avec une bienveillance émue, souhaitant que le petit conserve son pouvoir d’émerveillement : « J’espère que tu vas garder cette innocence longtemps, petit Tom », se murmura-t-il à lui-même, « Tu as tout le temps de voir le monde tel qu’il est vraiment ». 
Enfin, le Mr Loyal fit l’ouverture de la piste, porté par les cuivres et les tambours. La célèbre fanfare de Jean Laporte, « l’entrée des gladiateurs » résonna. Quand on entend cet air, on sait que le spectacle va commencer. Cette musique, c’est l’ADN du cirque.
À cet instant, Damien, voyant son fils incapable de tenir en place, comme habité d’une furieuse envie de faire pipi, se revoit quelques années plus tôt, à son âge. Il est avec son papa à lui, pour cet après-midi mémorable, dans un cirque qui devait être aussi minable que celui-ci, imaginant sans doute être dans le plus grand cirque du monde, avec le papa le plus fort du monde. Ce papa dont il allait s’éloigner sans espoir de retour, quelques années plus tard…
Damien, dans la routine de la vie, ne prenait pas trop le temps de réfléchir à tout ça. Se remémorer cet événement heureux l’emmena loin, très loin. Il sentit la barbe à papa, l’acidité de la pomme sous sa croûte de caramel rouge, le réconfort de la main paternelle lui caressant les cheveux. À nouveau, le fumet de miel et de sucre, mêlé à l’odeur chaude et douceâtre du crottin des chevaux. Ces diverses sensations olfactives et oniriques se mélangèrent à une douleur au flanc droit, qui devenait de plus en plus réelle ; Tom tambourinait sur son ventre avec son petit poing serré.
– Hey, arrête, petit bonhomme. Tu me fais mal, lui dit-il en riant.
– Papa, papa, c’est maintenant... c’est les zéquilibreurs.
– Équilibristes, Tom, on dit équilibristes.
Le père, revenu à la réalité, expliqua à Tom, puisant sa science dans le programme ; la troupe « les Vassilief » directement venue du cirque officiel de Saint Petersburg, issue d’une grande lignée d’équilibristes de l’ancienne Russie, maniant à la perfection la Palki, la barre élastique portée, aussi appelée la barre russe... Et bla-bla-bla et bla-bla-bla... Damien lève la tête du livret pour découvrir la fameuse troupe et leur perle, Irina ! La seule chose sur laquelle la plaquette ne mentait pas, c’était bien sur la danseuse. Elle était présentée comme la petite princesse du Bolchoï. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’était une pure beauté. Se déplaçant avec grâce, elle n’apportait rien au numéro, mais sa présence le sublimait. À chaque saut périlleux sur la barre élastique, elle changeait de pose, tendant les bras vers l’acrobate, pour déclencher les applaudissements. Sa silhouette était parfaite, son vêtement était en contre-pied de tout ce que l’on voyait d’habitude au cirque. Elle en cachait beaucoup plus qu’elle n’en montrait. Sa tenue, d’un blanc immaculé, ne laissait voir que le bout de ses doigts. Un décolleté, très esthétique, suggérait la naissance d’épaules graciles, tandis qu’un dos nu à la Mireille Darc devait donner le vertige au plus aguerri des fil-de-féristes. Des jambes, interminables, complétaient le tableau.
Les deux porteurs étaient râblés. Le plus proche de Damien était relativement petit, il avait un cou de taureau et des tatouages sur quasiment toutes les parties visibles, hormis le visage. La tête d’un serpent lui remontait le long du cou et allait dormir au creux de son oreille droite. Sur l’avant-bras droit, une jeune fille tenait une canne à pêche à la verticale. L’hameçon s’était pris dans les pans de sa grande robe en corolle et la relevait sur l’arrière, jusqu’à la naissance de ses fesses. Damien sourit en détaillant cet amusant graphisme. Sur le bras gauche, une madone avec son auréole, et l’acronyme international SOS... 
L’autre porteur, était un peu plus grand, avec des oreilles abîmées sans doute par de longues années de pratique du rugby. Un pilier de mêlée, sans aucun doute.
Les acrobates étaient de stature fine, musclés certes, et bien plus que la moyenne, mais longilignes. Un blond et un brun. Le blond était ce que l’on appelle communément un « beau mec », lui aussi tatoué. Il avait, en revanche, des motifs plus traditionnels : un tribal sur tout le bras gauche, et un tatoo très coloré sur le droit, représentant une montre et un loup emmêlés. Il devait y avoir un sens caché, les tatoués aiment bien entourer de mystère le sens de leurs graphies. Le brun était plus banal, pas franchement moche, ni beau d’ailleurs. Il était effacé, dans l’apparence comme dans le numéro : tout tournait autour du blond. La danseuse gagna le centre de la piste, ses mains se mirent à onduler tel un serpent voulant charmer une mangouste... ou l’inverse. Elle fit quelques pas chassés, vers le clou du spectacle, annoncé par les interminables roulements de tambours. Un saut périlleux vrillé plus tard, et déjà, les Vassilief s’éclipsaient sous les bravos. Tom était aux anges.
– Les zéquilibreurs, ils sont trop forts.
Et la danseuse, elle est trop belle, pensa Damien, renonçant à reprendre la faute du petit.
Ce soir-là, Tom fut très long à trouver le sommeil. Au quatrième aller-retour entre la chambre et le salon, Damien haussa le ton.
– Que veux-tu encore, Tom ? Je te préviens, c’est la dernière fois !
– J’ai soif, tu me fais un verre de lait, papa ?
– Et le mot magique ?
– S’il te plaiiiit…
– OK, mais après, tu dors, tu es prévenu.
Après que Tom eut bu son verre de lait et que Damien eut usé de toute son autorité pour éteindre la lumière ; c’est-à-dire, deux allers-retours supplémentaires... le père s’octroya un moment de calme sur le canapé. Le terme  «autorité », chez lui, était un bien grand mot. Depuis qu’ils s’étaient séparés, Béatrice et lui, et qu’il était seul pour élever son fils, il n’osait plus trop hausser le ton. Inconsciemment, il devait penser que Tom avait plus besoin de câlins et d’amour que de remontrances, quitte à friser le laxisme. De son côté, le petit était un vrai gentil gars qui sentait quand son papa avait un coup de blues. Il venait alors lui faire un gros câlin silencieux, et tous deux pouvaient ainsi passer de longues minutes, blottis l’un contre l’autre, sans un mot, ne sachant pas qui réconfortait qui.
Enfin, Tom dort... Et le téléphone sonne.
– Allo, Capitaine Damien Sergent ? Gendarme Tudieu, de la brigade de St Gaudens, le parquet est injoignable, il n’y a pas de magistrat de garde, et l’on a besoin d’un OPJ. Je suis arrivé « presque » par hasard pour un décès, je suis en dehors de ma zone, vous êtes le seul responsable judiciaire que j’ai réussi à contacter. C’est sans doute un suicide, mais je préfère ne pas faire de conn... enfin, c’est ma première fois, vous comprenez…
Damien se demanda ce qu’il y avait à comprendre. Mais, puisqu’apparemment il s’agissait d’un dépucelage professionnel ! Il acquiesça et incita le jeune gendarme à continuer.
– C’est au pré commun, à St Gaudens. Les pompiers sont arrivés, ils vous attendent. J’ai donné pour consigne de ne toucher à rien avant la venue d’un officier judiciaire, et de protéger la zone.
– Entendu, je viens. Il faut m’accorder un peu de temps, je suis seul avec mon fils, je ne peux pas le laisser comme ça. Dans... 30 minutes, je peux être sur place.
Avant de raccrocher, il ajouta :
– Euh, Gendarme Tudieu ?
– Oui, capitaine ?
– Ne paniquez pas, tout va bien se passer. Pour l’instant, vous faites un sans-faute.
CHAPITRE 2
Besançon novembre 1995
Youri Kolienko serrait sa petite Anka contre lui dans la salle d’attente de l’hôpital public. Il était inquiet, le bébé allait arriver avant le matin. Le prénom était choisi depuis le début de la grossesse.
– On l’appellera Irina, comme maman ! avait déclaré Youri, en riant.
– Non ! Décréta Aksana, ce sera Sergei, comme papa. Je ne vais pas te faire une nouvelle fille, mon Youri, ce sera un beau garçon, le descendant des Kolienko que tu attends. Il sera beau et fort, comme toi.
À la troisième échographie, ils durent renoncer à Sergei. Les derniers mois d’aménorrhée furent très compliqués et pénibles. Les contractions avaient commencé dès le sixième mois. Le terme était quasiment atteint. Demain matin, cet épisode douloureux ne serait qu’un mauvais souvenir. Sauf que…
La veille, Youri et Aksana Kolienko étaient arrivés à l’hôpital avec leur fille Anka, aux alentours de sept heures trente. La poche des eaux venait de se rompre. Toute la journée, les contractions étaient trop espacées pour déclencher un réel travail. Le crépuscule venu, la future maman connut un peu de répit. Vers 19 heures, les douleurs devinrent supportables, elle finit même par s’endormir paisiblement.
L’obstétricienne vint plusieurs fois visiter Aksana et la famille Kolienko.
 
– Alors jeune fille, es-tu heureuse d’être bientôt une grande sœur ?
-Oh oui, je suis contente, madame. Mais il va falloir partager les câlins de maman, maintenant.
– Ne t’inquiète pas, les mamans sont des êtres magiques. À chaque naissance, elles doublent leur quantité d’amour. Ta maman va t’aimer encore plus, tu verras, et elle pourra faire quand même quelques câlins à ta petite sœur. Tu as quel âge, Anka ?
Les gens n’avaient jamais eu de mal à mémoriser son prénom, il était très rare en France. Anka n’aimait pas ça, les maîtresses se souvenaient d’elle, dès le premier jour d’école.
– J’ai 10 ans, madame.
– Eh bien, Anka, tu parais bien plus grande que ton âge ! Et pour le reste, ne te fais pas de souci. À tout à l’heure et n’oublie pas de faire des câlins à ta maman.
Vers vingt trois heures, elle se réveilla en sursaut.
– Youri, ça arrive, notre Irina arrive... appelle du monde.
Il n’eut besoin de rien faire, l’alarme du monitoring avait sonné dans la salle de garde, le personnel présent approchait déjà.
La sage-femme souleva les draps, jeta un bref coup d’œil, se saisit du lit d’un geste plein d’autorité, le poussant vers le couloir. Youri demanda inquiet :
– Quelque chose ne va pas ?
– Monsieur Kolienko, Anka va avoir une petite sœur, répondit la dame d’un air enjoué.
Youri posa tendrement un baiser sur le front de sa bien-aimée, Anka lui embrassa les doigts. Ce fut la dernière fois que le père et la fille la voyaient en vie.
Le lendemain, Youri, ivre de chagrin, dut répondre à la pire question que sa fille ne lui poserait jamais dans sa vie.
– Deda, c’est Irina qui a tué maman ?
– Non ma fille, ne dis pas ceci, ne le pense même pas ! Irina est un ange, c’est un cadeau de Dieu ! Youri murmurait en caressant les cheveux d’Anka : les anges ne tuent pas les mamans. Ta maman était très fatiguée, elle n’a pas supporté l’accouchement.
CHAPITRE 3
St Gaudens 2018
Damien Sergent était en poste à Saint-Gaudens depuis un peu plus de quatre ans. Il n’avait aucune mémoire pour les noms des rues et des lieux. Il avait entré l’adresse dans le GPS, et le suivait sans réfléchir davantage. En s’approchant du but, il eut une drôle de sensation, il n’y avait plus grand-chose dans cette direction, à part le cirque. Surprenante coïncidence tout de même…
– Capitaine Sergent, OPJ. Je viens pour un décès.
Le gendarme le regarda avec étonnement ; la voix grave de tout à l’heure, au téléphone, lui avait fourni l’idée d’un homme mûr, solide. Le son contrastait avec l’image. Tudieu pensa que, d’après son grade, le capitaine avait au minimum trente ans. Il ne lui en donnait pas plus que vingt cinq, châtain clair, presque blond. Les traits fins (d’aucuns auraient pu dire féminins), le tout offrant bizarrement une impression de force rassurante. Un contraste étrange ! Le plus frappant venait de son regard, très pâle, presque froid, fait d’un dosage subtil de douceur mâtinée de dureté.
– Bonsoir Capitaine, c’est moi qui vous ai téléphoné.
Puis, bredouillant une presque excuse :
– Gendarme Fabrice Tudieu. Je me suis peut-être emballé trop vite tout à l’heure, c’est sans doute un suicide, euh... « Normal », je vous fais un bref topo ? demanda-t-il. Par acquit de conscience, il accompagna sa question d’un regard interrogatif, puis reprit dans la foulée :
– La victime semble s’être donné la mort par arme à feu. Il y a un pistolet à côté de sa main, et pas de lettre à proximité. C’est l’intendant du cirque qui a déclenché l’alerte. Il était en train de faire son dernier tour de ronde pour vérifier que tout était bien fermé, quand il a entendu le coup de feu. Il est arrivé quasiment de suite à ce qu’il m’a dit... venez, je vous accompagne. 
En emboîtant le pas du gendarme, le flic essaya d’imaginer ce qu’il allait trouver. Le bref compte-rendu ne lui donnait pas d’information sur le sexe, l’âge, ou même l’origine du cadavre. Les termes évoqués par le militaire ; victime, décès suspect, rien ne permettait d’augurer de la suite. Était-ce un jeune gars ou une vieille dame ? Tout pouvait coller à ce stade. D’après les statistiques et ses souvenirs de formation pour un suicide, ce serait plutôt un homme de plus de quarante-cinq ans, pendu chez lui. La seule information qu’il avait faisait état d’une arme à feu, donc, six fois plus de chance de tomber sur un individu mâle. Les femmes voulant se brûler la cervelle sont ultra-minoritaires. Comme d’habitude, il se lança un pari, avec une nette préférence, pour un type de plus de quarante-cinq ans ; possibilité qu’il évalua à soixante-dix pour cent !
Damien s’amusa intérieurement de cette curieuse déformation professionnelle qui le poussait inconsciemment à se préparer au rapport.
Tudieu le précédait, marchant vite, se tournant régulièrement, pour vérifier sans doute si le flic ne l’abandonnait pas... il était jeune, à peine vingt-deux/vingt-trois ans d’après Damien. Il paraissait bien stressé ! Il bifurqua subitement vers une longue caravane attelée à un gros et vieux 4x4. La caravane avait l’air ancienne, mais en très bel état, rutilante. Elle devait être shampouinée souvent... Il le remarqua, car son ramage jurait avec celui de ses deux voisines, qui, elles, étaient ternes et défraîchies, bien que semblant plus récentes. Le propriétaire devait être quelqu’un de très soigneux.
– Venez, capitaine. C’est par ici, je suis juste rentré pour visualiser, mais je suis reparti sans rien toucher. Aucun espoir de survie à ce que j’ai vu.
« Voyons si les stats ont raison », pensa le policier, en s’équipant de la charlotte, du nez de cochon, ainsi que de sur-chaussures en papier. Il entra dans la caravane. La première chose qu’il vit, bien en vue en face de la porte, fut l’affiche des Vassilief. Tous étaient accroupis en arc de cercle, un bras tendu vers la danseuse au centre. Un rapide coup d’œil circulaire permit à Damien de noter la foule de détails girly. L’environnement, était exclusivement féminin : tout était bien rangé, la déco faite de blanc et de couleurs pastel. Il n’avait plus besoin qu’on lui en dise davantage sur l’identité de la propriétaire des lieux.
– Je hais les stats, marmonna-t-il.
– Comment, capitaine ?
– Non, rien, je réfléchissais.
– J’ai pris la liberté de demander un examen externe, les TIC 2 attendent une confirmation de votre part. Le légiste est en route, il devrait arriver d’un instant à l’autre.
– Merci, Tudieu, bon job !
À droite, proche de l’entrée, se trouvait une espèce de salon-dînette avec, en son centre, une table multifonction. Elle pouvait s’abaisser en table basse ou s’étirer en ovale, pour une utilisation familiale. Derrière elle, on voyait une méridienne de cuir rose. La jeune femme était allongée en travers, dans une pose indécente. Un déshabillé très court laissait entrevoir la naissance du string blanc. Les jambes étaient jointes jusqu’aux genoux, et les pieds étaient écartés en une attitude grotesque, les gros orteils se touchant, et les talons éloignés. La chemise de nuit était simplement nouée à la taille, le col largement ouvert sur une petite poitrine au galbe parfait. Vue depuis l’entrée, la vision s’arrêtait à la gorge blanche et lisse. La tête n’était pas visible, elle disparaissait dans le vide de l’autre côté de la banquette.
Les deux bras étaient levés, les avant-bras pendaient eux aussi dans le vide, les mains venant quasiment toucher le sol. À droite, une orthèse rigide bloquait toute articulation du poignet jusqu’au pouce. Un pistolet semi-automatique Sig Sauer SP2022 était au sol, à côté du bras droit de la victime. Le canon au contact d’une large tache de sang encore frais. La moquette épaisse avait pratiquement absorbé tout le liquide : la flaque, d’un rouge vif de sang luisant, ajouté au contraste provoqué par la blancheur de l’environnement, rendait la scène irréelle, presque graphique. Pour couronner le tout, par le hasard des formes et de la chute de l’arme, la tache semblait sortir tout droit du canon du pistolet.
Damien s’approcha en murmurant.
– Irina Kolienko.
– Vous la connaissez ?
– Non, pas personnellement, j’ai emmené mon fils au cirque cet après-midi, j’ai lu son nom sur le programme. Sur la piste, elle ne passait pas inaperçue. Quel gâchis !
Le pistolet avait laissé un trou béant à la place de l’œil gauche, l’arrière du crâne était emporté sur au moins cinq centimètres. Le sofa ainsi que le mur face à eux étaient maculés d’un mélange de sang, de cervelle et de ce qu’ils pensaient être des bouts d’os.
La surprise passé, le capitaine essaya de ne rien laisser paraître. À nouveau concentré, il commença à noter sur son calepin :
-Médocs sur la desserte
-Verre à moitié vide, alcool fort, vodka apparemment.
-Traces de rouge à lèvres sur le verre, un seul verre.
-Balle dans l’œil gauche.
-la victime semble être droitière (vérifier), elle porte une orthèse au poignet droit.
-Moquette nickel, pas de traces de pieds.
-Suicide ? Doute raisonnable... 
Il examina ensuite le pêle-mêle de photographies. Si la plupart étaient prises au cirque, il y avait néanmoins trois images plus personnelles. La première était assez ancienne. Elle représentait une jolie femme, dont la ressemblance avec Irina était frappante. Elle semblait très fatiguée, assise sur un lit d’hôpital, enceinte et proche du terme. À côté d’elle se trouvait une jeune fille rousse : là encore, l’air de famille était plus qu’évident. Il décrocha la photo et lu une date derrière : 09/11/1995 et une légende : «Anka et Aksana, à mes amours. Y ».
La deuxième image la montrait, elle et celui qu’il pensa être son père. Ils étaient au bord d’une piscine, tous deux en maillot de bain. Le paternel avait une pose comique en « danseuse de ballet » : pratiquement sur les pointes des pieds, les bras arrondis comme deux anses opposées d’une tasse, les mains plaquées au niveau de la taille. La moue qu’il faisait ; sorte de surprise outrée, ainsi que l’eau, sur et autour de lui, montraient qu’il venait de se faire copieusement arroser. Irina en face, hilare, tenait un broc en plastique, vide. On avait tracé une bulle sortant de la bouche du père, avec comme légende « je t’aurai un jour ». Au dos de celle-ci, une date et un commentaire : papa et moi 12-08-2010.
La troisième photo, montrait deux jeunes filles qui riaient, toutes deux chaudement vêtues. Deux têtes heureuses qui dépassaient de deux cols de fourrure ; Irina et une amie. L’action avait été immortalisée dans un café, comme en attestait l’annotation ; Clara et moi 10-01-2010. Avec son Smartphone, il prit un cliché de chacune des photos, en soignant la définition et le cadrage du mieux qu’il pouvait. Puis il ajouta à chaque fichier les commentaires marqués aux dos.
À côté du pêle-mêle, on voyait un tableau magnétique qui servait à la prise des notes. On y trouvait mélangés : quelques factures à payer, les courses à faire et les rendez-vous du quotidien. Sans intérêt sauf un Post it, sur lequel était écrit : AKSORAKIN 402. Là encore, il fit une photo. C’était tout ce que lui apprendrait cette pièce pour ce soir.
Il ajouta une annotation sur son carnet.
– Pas de trace de téléphone.
Il s’isola ensuite pour appeler le légiste qui lui confirma être en route. Les TIC étaient en train de se préparer, eux aussi allaient arriver.
Il ne pensait pas, à ce moment-là, qu’il y ait bien eu crime, mais sa première impression était étrange. Il lui semblait que tout était compatible avec un suicide, mais également que tout pouvait laisser planer le doute sur celui-ci.
– Je consigne la zone jusqu’à l’arrivée du légiste. Dressez un cordon de sécurité et écartez-moi tout ce monde.
Les artistes et autres personnels du cirque étaient maintenant une bonne trentaine, réunis autour de la grande caravane.
L’ordre de Damien était sans appel. Le policier qui commande le gendarme... En général, entre les deux corps, ça n’existe pas, mais, quel que soit le grade, Damien était OPJ, et en l’absence de proc, il était l’autorité judiciaire ! La fonction prime sur le grade ou sur les querelles d’armes. De jour, tout est simple, la loi c’est noir ou blanc. À une heure du matin, la règle devient fluctuante en fonction des disponibilités. La nuit, tous les cadres juridiques sont gris... Le capitaine était le représentant de l’autorité, il n’en tirait ni plaisir ni satisfaction déplacée, simplement une intense concentration sur son objectif, qui lui faisait occulter la forme. Ne pas rater les premières constatations, ne pas ruiner la zone, garder toutes les chances de récolter un maximum d’informations.
De toute façon, le gendarme n’en prit pas ombrage et dressa une barrière psychologique à ne pas franchir. Une rubalise rouge et blanche ! Ça avait moins de panache que le : « crime scene, do not cross » des séries télé, mais ça faisait le job.
Peut-être était-ce superflu, peut-être, demain matin, la conclusion serait bien un suicide ? Alors ces précautions n’auraient servi à rien. Mais si son intuition était la bonne, il aurait la satisfaction d’avoir préservé une scène clean. Il avait suivi sa formation, bercé par la rengaine des grands fiascos judiciaires. Les ratés étaient, pour la plupart des cas, dus à de gros dysfonctionnements dans les premières heures et dans les premières constatations. Ils avaient ainsi surnommé la salle des TP salle Vologne, le laboratoire de langue, quant à lui, était devenu : la salle Outreau… Pour ne jamais oublier.
Il sortit de la caravane et se mit à nouveau à l’écart pour appeler la nounou.
– Allo, Karine, désolé. Ça risque de durer plus longtemps que prévu... Encore une fois désolé.
– Ne t’inquiète pas mon capitaine, avait-elle roucoulé en riant.
Sitôt raccroché, il fit volte-face et se trouva nez à nez avec un couple. L’homme l’interpella.
– Vous en avez pour combien de temps ? On doit partir avant demain midi ! Puis, regardant sa montre ... euh enfin, avant midi, on est déjà demain !
– Vous êtes ?
– Je suis l’intendant Christian Vallier, et elle, c’est ma femme, Héliane. C’est moi que j’ai entendu le coup de feu et qu’a appelé le gendarme.
– Effectivement, le gendarme Tudieu m’a parlé de vous. Vous tombez bien, j’ai des questions. Venez, on s’isole un peu. Comment avez-vous su que la détonation venait de cette caravane ?
– Je faisais mon tour, comme tous les soirs. Après le spectacle, tout le monde barricade tout, et moi, avant d’aller au lit, je vérifie que tout est bien fermé. J’étais dans le noir, j’ai entendu le coup de feu, et en même temps, j’ai vu le flash par la fenêtre. Vous savez, j’ai fait du tir sportif pendant des années, alors un coup de pistolet, je sais reconnaître.
– Vous étiez seul, à ce moment-là ?
– Oui, ma femme Héliane, elle nous prépare une tisane pendant mon tour. Quand j’arrive, elle est infusée et chaude comme j’aime... Euh, la tisane hein, pas ma femme ! crut-il bon d’ajouter pour faire un trait d’humour potache. La blague fut accueillie par le regard glaçant du policier... mauvais timing.
– Vous êtes allé de suite à la caravane de mademoiselle Kolienko ?
– Oui, mais j’ai dû faire le tour par derrière, ça m’a pris une plombe parce que je fais attention dans le noir, avec tous ces putains de fils qui traînent partout. J’ai contourné la remorque des fauves : cet après-midi, on a eu un problème, un con a laissé le robinet de la cuve d’eau ouverte, et c’est un vrai bourbier devant !
– Il vous a fallu combien de temps, pour arriver à la caravane ?
– J’ sais pas, au grand max une minute.
– Vous êtes arrivé, et alors, vous êtes entré ?
– Oui, la porte était ouverte.
– Vous voulez dire que le battant était ouvert ?
– Non, la porte, elle, était fermée, mais pas à clé. J’ai fait que tourner la poignée, je suis entré jeter un œil.
– La suite ? Vous avez touché à quelque chose ?
– J’ai que regardé en appelant Irina. Le couloir était suffisamment éclairé pour que je la voie allongée, elle bougeait pas, je me suis approché et j’ai vu le sang, l’arme. J’ai touché à rien, j’vous jure !
– Et ?
– J’ai appelé le gendarme, j’avais le numéro de Tudieu mémorisé, c’est lui qu’a fait la visite de sécurité avant le spectacle.
– OK, merci, monsieur Vallier, on se verra demain matin.
– Ce matin, on est déjà…
– C’est bon, j’ai compris.
– D’accord. Dites-moi quand qu’on se voit, il faut qu’on parte avant midi.
– Je crains que ce ne soit malheureusement pas possible, cette caravane ne bougera pas avant que l’on ait terminé les constatations, et vu où elle est placée…
L’intendant réalisa à ce moment qu’elle était pile à l’entrée du pré. Sans la bouger, point de sortie possible. Il continua en haussant un peu le ton.
– Mais c’est pas possible, on joue ce soir !
Damien lui jeta un regard dénué de toute émotion, la température descendit de quelques degrés, la remarque cinglante suivit :
– Et moi, je ne joue pas ! continua-t-il, cassant. Il y a un décès suspect dans VOTRE équipe, je m’attends à un minimum d’aide, à défaut de compassion. On fera tout pour vous permettre de continuer votre travail, mais pour l’instant personne ne bouge ! L’intendant, comprenant sa bourde, bafouilla une excuse.
– Le terme était mal choisi... Désolé, je l’aimais bien la petite, c’est une catastrophe, mais, aujourd’hui, on a une séance prévue en soirée, il faut terminer de démonter le chapiteau, tout remonter avant dix-neuf heures, et on a deux heures de route. La moitié des billets sont déjà vendus, et si on ne joue p... Hum... enfin, si on ne fait pas notre représentation, il faut rembourser. Vous savez, la gestion d’un petit cirque, c’est très tendu, on survit plus qu’on vit, l’équilibre est précaire.
– Je comprends vos problèmes, monsieur Vallier, mais c’est ainsi. Au fait, épelez-moi votre nom pour mon rapport.
– Christian Vallier avec deux L et un R à la fin.
Puis se tournant vers la femme.
– Et vous, madame ?
– C’est Héliane, avec un H à Éliane.
– Ah bon ?
– Oui, c’est une lubie de mon père, il voulait une Hélène et ma mère une Éliane. Ils ont fait un mix des deux.
Il nota un léger accent. Après réflexion, il pensa qu’elle était grecque.
– Bon, monsieur et madame Vallier, je vous remercie, à plus tard.
Le capitaine tourna les talons et entra à nouveau dans la caravane. Il salua les scientifiques qui venaient d’arriver, leur expliqua ce qu’ils avaient besoin de savoir, et tous se mirent au travail. Pour l’instant, des scellés, quelques photos de la victime et de l’environnement suffiraient.
L’endroit était minuscule. Les deux techniciens en identification criminelle, les fameux TIC, occupaient la majeure partie de la place. Pierre Leds, le légiste de l’IML 3 de St Gaudens, concentré sur la victime, terminait ses premières constatations.
– Au fait, je n’ai pas trouvé de téléphone, si vous tombez dessus, vous me prévenez s’il vous plaît ? demanda le capitaine.
Les techniciens approuvèrent, et repartirent à leur affaire. Damien était impatient d’avoir les premières conclusions de Leds. Ces deux-là s’appréciaient dans la vie et au boulot. S’ils avaient été mécaniciens, plombiers ou employés de banque, ils auraient très certainement été amis, mais leur travail n’était pas classique. Un accord tacite faisait qu’ils gardaient une distance raisonnable, sans que rien ne fût dit. Leurs rapports se limitaient à la sphère pro. Ils avaient aussi une manière bien à eux de fonctionner ! Ils se vannaient en permanence. Les Tom et Jerry de la profession. De l’extérieur, un...

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