Toto Fouinard - Le secret de la somnambule
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Toto Fouinard - Le secret de la somnambule , livre ebook

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Description


LE SECRET DE LA SOMNAMBULE




« Où Toto Fouinard fait travailler sa cervelle et laisse les autres travailler des pieds et des poings. »


M. Suberbie est retrouvé mort, dans sa chambre, étranglé par une cordelette. Les soupçons se portent rapidement sur un serrurier qui lui réclamait de l’argent et l’avait menacé physiquement. Les certitudes de la police sont d’autant plus fortes que l’ouvrier résiste violemment à son arrestation. Mais, comme le chef de la Sûreté se méfie d’une nouvelle erreur judiciaire, il fait appel à Toto Fouinard pour confirmer ou infirmer ses doutes. Le détective accepte la mission, soutenu par son ami Michel qui, pour bien connaître le serrurier, ne le croit pas coupable.




JULES LERMINA (1839 – 1915) est un romancier français principalement connu pour les suites qu’il a données à de grandes œuvres de la littérature (« Les mystères de Paris », « Le comte de Monte-Cristo », ...) et de nombreux autres ouvrages, mais il est aussi l’auteur de petits romans destinés à être diffusés en supplément de journaux de l’époque. C’est le cas des aventures de Toto Fouinard, ce jeune détective drôle, fougueux et attachant, qui œuvrera sur 12 enquêtes savoureuses.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782919564934
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

couve
Toto

Le Petit Détective Parisien

*

**

***

Le Secret de la Somnambule

De

Jules LERMINA

***

**

*

D’après le récit complet publié le 19 janvier 1909 dans la publication hebdomadaire « LA VIE D’AVENTURES »

*

 

Où Toto Fouinard fait travailler sa cervelle

 

et laisse les autres travailler

 

des pieds et des poings.

CHAPITRE PREMIER

CETTE CANAILLE DE CASTILLON

 

QUAND éclata dans Paris la nouvelle de l'assassinat de la cité Bergère, il n'y eut qu'un cri : c'était comme la reproduction d'un crime récent (1) qui avait provoqué une émotion considérable et dont les principaux incidents se trouvaient, à peu de détails près, reproduits dans la nouvelle affaire.

Les époux Suberbie occupaient depuis plusieurs années un petit hôtel, encastré au milieu de hautes maisons, à l'angle que forme le passage entre la cité Rougemont et la rue Bergère, tout proche de la papeterie Marion.

Le pavillon, un peu en retrait, était précédé d'une cour fermée par une grille et à laquelle quelques arbustes verts donnaient une apparence de jardinet.

Par-derrière, il donnait sur une cour très étroite qui le séparait des maisons du faubourg Montmartre.

Il se composait d'un rez-de-chaussée et de deux étages, le second mansardé et recouvert d'un toit d'ardoises à pente très raide.

Ce matin-là, Catherine Vigué, la petite bonne à tout faire qui constitue toute la domesticité de la maison Suberbie, entra comme d'ordinaire, à huit heures, dans la chambre de son maître pour lui apporter la tasse de chocolat qu'il avait l'habitude un peu épicurienne de déguster dans son lit.

Disons tout de suite que la chambre de Mme Suberbie se trouve au même étage, mais de l'autre côté du palier.

Mlle Hélène Lerbet – belle-fille de M. Suberbie qui a épousé en secondes noces la veuve Lerbet – habite le second étage où elle a disposé un petit atelier de peintre.

Le rez-de-chaussée comprend la salle à manger, la cuisine, un petit office et la chambre de la bonne. Au sous-sol, des caveaux pour le vin et le charbon.

Ces quelques détails donnés, revenons à la catastrophe.

Catherine avait donc pénétré dans la chambre de M. Suberbie qui ne fermait jamais sa porte à clef. D'ordinaire, elle trouvait son maître éveillé, les rideaux fermés et la chambre dans l'obscurité. Lui, très placide, attendait dans son lit, les yeux mi-clos.

Or, cette fois, elle fut toute surprise de se trouver en pleine lumière. Cependant, sans s'en émouvoir autrement, elle dit à son maître :

« V'là vot'chocolat, m'sieu ! »

Toto

Et, délibérément, elle traversa la chambre en s'approchant du lit.

Elle poussa un cri de surprise. Le lit était vide et semblait n'avoir pas été défait. Elle se retourna vivement.

Or, dans la chambre, se trouvait un large paravent qui d'ordinaire était replié dans un coin. Le paravent était ouvert et renversé en avant, dans la direction d'un canapé – d'ancienne forme – qui s'appuyait le long du mur.

Elle le releva rapidement et alors vit avec horreur le corps de M. Suberbie étendu sur le dos, les jambes pendant au bas du canapé jusqu'à terre.

Et tout de suite elle constata que le cadavre – car le malheureux était mort – portait au cou une cordelière de soie, assez mince, qui, par un nœud coulant, creusait un sillon dans la chair.

Affolée, elle se précipita sur le palier, en criant au secours, et tambourina à la porte de sa maîtresse, située juste en face de celle dont elle sortait, appelant :

« Madame ! madame ! Monsieur est mort ! »

Elle entendit Mme Suberbie se jeter au bas de son lit, courir à sa porte, tirer le verrou. Elle apparut sur le seuil.

En quelques mots, Catherine lui dit l'affreuse vérité et Mme Suberbie s'élança dans la chambre de son mari.

La catastrophe n'était que trop réelle : en vain Mme Suberbie coupa vivement la corde qui étranglait son mari. Il était trop tard. L'asphyxie était complète.

Les deux femmes coururent alors vers l'escalier, descendirent et, ouvrant la porte extérieure de la maison qui conduit au jardinet par un perron de quelques marches, appelèrent à l'aide.

Des voisins accoururent, puis des agents et enfin le commissaire de police. On téléphona à la Préfecture.

Les premières constatations établirent des points importants.

Le crime remontait à plusieurs heures : le médecin requis, le docteur Grunberg, qui justement se trouvait en consultation dans un des magasins du faubourg Montmartre, affirma que la catastrophe avait dû s'accomplir dans les premières heures de la nuit.

La corde qui avait servi à la strangulation était une longue torsade de soie, de l'épaisseur du petit doigt. L'assassin avait préparé un nœud coulant qu'il avait jeté au cou de la victime, et comme cette corde était assez longue, il avait serré le nœud très probablement en la roulant autour de son poignet, et en augmentant ainsi la force de traction.

La mort avait dû être instantanée.

Tout à coup Mme Suberbie, qui jusque-là luttait difficilement contre une syncope, se dressa en criant :

« Mais, ma fille ! Hélène ! Où est-elle ?... »

En effet, la pauvre femme s'étonnait que la jeune fille, qui couchait à l'étage mansardé, juste au-dessus de la chambre de son père, ne fût pas accourue au bruit.

Était-ce donc que la malheureuse enfant avait été elle aussi la victime d'un meurtre ?

Mme Suberbie et Catherine remontèrent précipitamment. La porte de la jeune fille était fermée en dedans. Et d'abord les coups et les appels restèrent sans écho. Mais enfin, on entendit la voix de la jeune Hélène qui, bâillant et s'étirant, demandait d'un ton plutôt gai ce qui se passait et pourquoi on ne la laissait pas dormir.

Mais cette heureuse ignorance ne devait pas être de longue durée.

La jeune fille comprit toute l'horreur de la situation et vint ouvrir, en peignoir de nuit : sa mère tomba dans ses bras en sanglotant. S'étant vêtue à la hâte, Hélène suivit sa mère dans la chambre de son père et se précipita sur le corps inanimé, avec des cris d'angoisse.

Rappelons tout de suite qu'Hélène n'est que la belle-fille de M. Suberbie. Mais elle n'avait que six ans quand sa mère, veuve de M. Lerbet, son premier mari, avait épousé Suberbie en secondes noces. Ayant aujourd'hui dix-huit ans, il y avait douze ans qu'elle était habituée à considérer le mari de sa mère comme son père, et sa désolation prouvait l'affection toute filiale qu'elle lui portait.

Entre temps, le chef de la police de sûreté, un membre du parquet et des inspecteurs, procédaient à une première enquête.

Dans la maison, rien de spécial n'attirait l'attention.

Nous avons dit que le rez-de-chaussée comportait une grande pièce, la salle à manger. La famille Suberbie avait dîné la veille, à sept heures et demie, comme de coutume.

La petite bonne avait desservi, lavé la vaisselle et tout remis en ordre. Son travail était terminé quand ses maîtres – les deux époux et la jeune fille – étaient remontés à leurs chambres respectives.

Cette salle à manger était d'aspect banal : aux murs garnis de l'inévitable plinthe de chêne, avec panneaux de papier vert velouté, étaient accrochés quelques photographies et des assiettes sans valeur.

On parvenait à l'étage supérieur par un escalier en colimaçon, aussi étroit qu'il le fallait pour tenir le moins de place possible. Par quatorze marches, on accédait au palier du premier étage.

De goûts très simples, M. Suberbie avait organisé à très peu de frais cette maison dont le loyer était peu élevé 1 400 francs par an.

Le seul luxe qu'il se fût permis avait été de faire tendre sa chambre d'étoffe en damas de laine brune à bon marché, à ramages brochés ton sur ton, travail qui avait été exécuté, non par un tapissier de choix, mais par un bricoleur payé à l'heure.

La chambre de monsieur était peu spacieuse, meublée d'un lit, d'une armoire à glace, d'une table-bureau, de deux fauteuils et d'une chaise. Par terre, un tapis fourni par un grand magasin de nouveautés. Pas de rideaux au lit qui était de métal, avec ornements de cuivre.

Tout de suite, la Sûreté constata que sa fenêtre, donnant sur la petite cour, derrière la maison, n'était pas fermée, ce que pouvait expliquer d'ailleurs la douceur relative de la température.

Ainsi que l'avait remarqué la servante, les rideaux que le maître fermait d'ordinaire très soigneusement étaient grands ouverts.

Que ce fût M. Suberbie lui-même qui les eût laissés le soir dans cet état, c'était plus que probable. Car ces rideaux s'ouvraient et se fermaient par un système de cordons se manœuvrant de l'intérieur.

Aucune trace de pas ne fut relevée sur le tapis, sur le palier, ni sur l'escalier garni lui aussi d'une moquette grisâtre – ni dans le petit jardinet du devant dont le sol, cependant, était recouvert d'un sable de rivière, très fin, très sec, et dans lequel la moindre empreinte eût été visible.

Bien que la porte de M. Suberbie fût restée ouverte pendant la nuit, cependant il paraissait improbable que l'assassin eût pénétré par là.

Restait cette hypothèse que le misérable s'était introduit dans la chambre de la victime par la fenêtre de la cour : et des indices probants établirent rapidement que cette supposition était fondée.

En effet, sur le pavé de cette petite cour, il était naturel qu'on ne relevât aucune trace de pas : mais une échelle assez haute pour parvenir à la hauteur du premier étage se trouvait placée le long du mur de refend de la maison voisine ; elle était couchée dans le sens de la longueur, mais elle était légère et facile à dresser.

Un inspecteur de la Sûreté l'installa et gravit les échelons.

Rien n'était plus aisé que de s'élever à la hauteur de la fenêtre de M. Suberbie, d'enfourcher le balcon et d'entrer dans la chambre.

Le cadavre du malheureux était vêtu. Pantalon et veston de maison. La chemise à plastron empesé, les manchettes au poignet, M. Suberbie avait donc été surpris avant qu'il se fût dévêtu pour se mettre au lit.

Bien qu'il fût assez grand et de forte corpulence, il faut croire que l'attaque avait été si soudaine qu'il n'avait pas eu le temps de se mettre en défense.

L'assaillant, s'élançant de la fenêtre, lui avait jeté autour du cou la cordelette préparée d'avance, puis l'avait renversé sur le canapé : une torsion de la main avait suffi pour produire la strangulation.

Quel était l'assassin ? Qui connaissait assez les maîtres de la maison pour se diriger ainsi à coup sûr, en choisissant exactement l'heure où M. Suberbie était seul dans sa chambre ?

Le doute ne devait pas durer longtemps.

Voici que dans la cour, presque au-dessous de la fenêtre, un des inspecteurs de police ramassa un ciseau à froid, à demi caché entre deux rainures de pavés.

Et à peine la bonne Catherine y eut-elle jeté les yeux, qu'elle s'écria :

« Je reconnais ça ! Ça appartient à cette canaille de Castillon ! »

 

 

(1) Voir le numéro 11, « L'Étrange Affaire du Père-Lachaise » [Retour]

CHAPITRE II

 

IL est nécessaire de donner quelques détails sur cette malheureuse famille, si douloureusement éprouvée.

M. Suberbie n'est pas tout à fait un inconnu, et il y a deux ans à peine que son nom fit quelque bruit, alors qu'il fit des expériences d'automobile, avec moteur à l'air comprimé, expériences qui, d'ailleurs, ne parurent pas démonstratives et ne furent pas suivies d'essais définitifs.

Âgé de cinquante-quatre ans, M. Suberbie, né d'une excellente famille bourgeoise – son père était notaire à Argenteuil – avait reçu une excellente éducation et était sorti en très bon rang de l'École polytechnique.

Il avait été attaché immédiatement à une grande maison de métallurgie à Saint-Ouen, où, après avoir appris patiemment le maniement et la théorie de tout l'outillage, il était arrivé au poste très important de directeur des services intérieurs. À trente ans, il se faisait un revenu de près de quinze mille francs par an, qui, joint à l'héritage que lui avaient laissé ses parents, constituaient une quasi-fortune.

Mais Suberbie, d'un caractère...

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