Trop de suspects
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Description

Voilà une bien étrange affaire dont est chargé le commissaire Odilon QUENTIN. En effet, un riche lord anglais est retrouvé assassiné d’une balle de revolver, dans un petit pavillon décrépi qu’il louait depuis quelques semaines.


Le dossier, de prime abord, à tout de classique : un crime crapuleux, car le coffret de la victime contenant des liasses de billets a disparu.


Mais le policier découvre rapidement que les fréquentations douteuses du notable font que le nombre de suspects potentiels est trop important pour que cela soit honnête...


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Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782373474367
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Odilon QUENTIN
* 39 *
TROP DE SUSPECTS
Roman policier
par Charles RICHEBOURG
CHAPITRE PREMIER
LA « VILLA DES CHANTERELLES »
Un slogan publicitaire fort à la mode prétend que, dans toutes les carrières, la connaissance des langues étrangères constitue un atout maître, sorte de passe-partout pas bien lourd à porter qui tôt ou ta rd trouvera son utilité pratique.
Tout ça, c'est du bla-bla-bla, de l'exportation dir ecte de la Maison « Bobard et Compagnie ». En voulez-vous un exemple ?... Le c ommissaire Odilon Quentin, de la Police Judiciaire. Parfaiteme nt ; l'« as » du Quai des Orfèvres !
Sous prétexte qu'il connaissait quelques rudiments d'anglais, on lui avait refilé le dossier Palmerston. Pourtant, le gros pol icier était tout juste capable de traduire à peu près correctement quelques phrases s ombrement idiotes, propres à enrichir le vocabulaire d'un potache de quatrième : « Avez-vous vu le chapeau de ma tante ? Non, mais j'ai vu le parapluie du pro fesseur. »
Pour l'Administration (avec un « A » majuscule), ce tte science embryonnaire suffisait amplement, c'est ce que les mandarins à m anches de lustrine appellent pompeusement « l'utilisation des compétences ». N'e mpêche qu'au début tout au moins, le commissaire considéra cette enquête co mme un clou de son cercueil.
Cet homme massif, aux allures plébéiennes et à la s ilhouette de marchand de bestiaux, émaillait ses discours d'expressions p eu académiques ; il avait le juron facile et roulait ses cigarettes lui-même, en tre ses gros doigts boudinés. Dès lors, il se sentait bizarrement dépaysé dans la proche compagnie des puissants de ce monde, fussent-ils défunts !
Ce n'était pas un complexe à proprement parler ; ma is plutôt une sensation de gêne qui, en le forçant à s'observer, lui enleva it une partie de ses moyens.
En tous cas, l'affaire débuta par une communication téléphonique anodine : M. Laubespin, l'actif directeur de la P. J., était à l'appareil :
— C'est vous, Quentin ?... Voulez-vous prendre une voiture et vous rendre à Saint-Mandé, de toute urgence ?... Oui ; le Juge d' Instruction Crèvecœur vient de me passer un coup de fil ; il vous attend à la« Villa des Chanterelles »...Les photographes et l'anthropométrie sont déjà sur les lieux. Paraît qu'il y a eu du vilain dans le secteur !... Je compte sur vous.
Fort heureusement, le grand sachem ignorait à ce mo ment de qui il s'agissait ; sinon il eût arrondi des phrases inter minables ornées de fioritures plus ou moins littéraires, et la conversation se se rait éternisée pendant Dieu sait
combien de temps, sans profit pour personne.
Quoi qu'il en soit, Quentin enfila les manches de s on pardessus, en maugréant à cause du rhumatisme qui lui ankylosait le coude gauche ; il accrocha machinalement sa canne de Java à son poign et et rectifia la position de son chapeau. Puis, en passant devant la permanen ce, il réquisitionna Chenu qui s'y tournait les pouces.
Le commissaire appréciait ce jeune inspecteur intel ligent et ambitieux qui tant de fois déjà lui avait apporté la preuve tangi ble de son dévouement et de ses capacités(1)e depuis le. D'autre part, en le faisant participer à l'enquêt début, Quentin éviterait par la suite bien des mise s au point ou des redites fastidieuses.
De son côté, Chenu accepta avec empressement l'occa sion de collaborer une fois de plus avec celui que, dans le secret de son cœur, il appelait son « père spirituel » ; et comme le patron l'entraînai t vers le garage, il se permit une question :
— C'est vous qui êtes désigné pour le meurtre de Sa int-Mandé, Chef ?
Stupéfié par tant de pénétration, le gros policier s'arrêta au beau milieu du couloir :
— Tu es au courant ?... grommela-t-il, bourru selon son habitude.
— Pas précisément ; mais Prunier a piqué une tête à la permanence il y a une dizaine de minutes ; or, il habite dans les env irons ; juste à la limite de Vincennes.
— Qu'est-ce qu'il a raconté ?
— Pas grand-chose ! On a trouvé un type assassiné, à la« Villa des Chanterelles ».
— C'est tout ?...
— À peu près ; le collègue s'est borné à ajouter : « paraît que c'est une drôle d'histoire » !
— Tu connais la source de ses informations ?
— Oui ; rien d'officiel : une simple conversation d ans l'autobus ; avec le mari et la femme à journée du commissariat.
C'était maigre ; et durant tout le trajet, Quentin se retrancha dans un silence maussade, hanté par l'obscur pressentiment d'une ca scade d'embêtements. À certains moments, le cerveau humain est ainsi sujet à d'étranges prémonitions...
Arrivé à l'église de Saint-Mandé, le chauffeur dut s'informer à quatre reprises avant de découvrir la« Villa des Chanterelles ». Il est vrai qu'elle était perdue dans un bled invraisemblable à plus de trois kilomè tres de là, à l'orée du bois de
Vincennes, dissimulée aux regards indiscrets par un taillis aussi impénétrable qu'une forêt vierge.
— En fait de jardin, c'est plutôt négligé... observ a Chenu.
La bagnole se rangea derrière les voitures du parqu et et de l'anthropométrie ; puis, suivi de son subordonné, Q uentin s'engagea dans un étroit sentier bordé de noisetiers, écartant d'une main rageuse les branches mouillées qui lui fouettaient le visage.
Le trajet ne fut guère long, car au bout d'une quarantaine de mètres les deux hommes découvrirent la maisonnette que les habitant s de la région décoraient du nom de « villa ». Ce n'était même pas un bungalo w ; tout juste un petit pavillon de pierres meulières recouvertes d'un crép i en ciment, genre tyrolien, où d'énormes taches d'humidité dessinaient des auréole s d'un vilain jaune sale.
L'ensemble était sinistre et miteux au point de res sembler à un décor de mélodrame ; surtout au milieu de cette solitude hos tile, où le vent faisait gémir les branches des arbres pour accompagner le bruisse ment des feuilles vernies par la pluie d'automne.
Un parc mal entretenu fait toujours songer à un cim etière ; ici, c'était encore pis ; peut-être à cause de l'atmosphère saturée de moisi et de pourriture. Rien d'étonnant d'ailleurs : au pied de chaque souche, d 'énormes champignons verdâtres paraissaient suer le poison !
Au moment où Quentin se disposait à poser la main s ur la poignée de la porte, celle-ci s'ouvrit toute large, livrant passa ge aux spécialistes des empreintes et aux photographes qui venaient de term iner leur boulot. Ils saluèrent le commissaire et disparurent, sans mot d ire, pressés, eut-on dit, de retrouver sur la route de l'air respirable.
Le juge d'instruction Crèvecœur accueillit les deux fonctionnaires de la P. J. sur le seuil de l'habitation, avec un visible soula gement. Une carrière déjà longue lui avait appris à se méfier de son propre g énie déductif ; il faisait confiance à ses auxiliaires ; et sans s'occuper de son greffier et du substitut du procureur de la République qui formaient un groupe morose au fond du hall, il résuma brièvement ce qu'il savait du drame :
— Je prendrai les choses depuis le début, exposa-t- il d'une voix coupante. Ce n'est certes pas transcendant, mais malgré tout, vous y verrez plus clair. Il y a deux mois environ, un agent immobilier de Saint-M andé, M. Lemoine, fait passer dans les journaux une annonce offrant en loc ation la« Villa des Chanterelles »r., dont les propriétaires résident sur la Côte d'Azu
« Lemoine n'a guère d'espoir de trouver preneur, ca r la saison des vacances touche à sa fin ; mais on lui a confié la gestion d e la bicoque et il fait son métier. Les événements doivent cependant démentir son pessi misme : huit jours ne se
sont pas écoulés depuis la publication du communiqu é qu'il reçoit d'Angleterre une réponse accompagnée d'un chèque barré, représen tant la contre-valeur de six mois de loyer. L'affaire réputée irréalisable e st faite !
— Comment s'appelle le locataire providentiel ?
— Lord Arthur, treizième marquis de Palmerston. J'o uvre ici une parenthèse ; le gentilhomme anglais est, paraît-il, propriétaire d'un château historique dans le comté de Bradford ; dès lors, je me demande bien ce qui a pu le pousser à venir s'enterrer dans ce trou. C'est l à un des multiples aspects du problème que vous aurez à résoudre.
Le commissaire approuva d'un simple signe de tête ; il connaissait son interlocuteur, et ce dernier lui sut gré de son mut isme, car il poursuivit sur un ton moins sévère cette fois :
— Le noble aristocrate débarque donc à Calais une s emaine plus tard ; il prend le train pour Paris, se fait conduire à Saint -Mandé, se présente à l'Agence Immobilière, et finalement, il se déclare enchanté lorsque Lemoine lui fait les honneurs de la cambuse où nous nous trouvons.
— Telle est tout du moins la version du gérant de b iens... insinua le gros policier, légèrement ironique.
— En effet ; mais les déclarations de l'agent immob ilier trouvent une double confirmation dans les faits et dans les témoignages . D'abord, Lord Palmerston passe sept semaines consécutives aux« Chanterelles »exprimer ni sans plainte ni regrets ; ensuite il affirme à qui veut l'entendre qu'il adore vivre comme un ermite au fond des bois.
— Curieuse mentalité généralement le confort.
;
d'autant
plus
que
les
Anglai s
apprécient
— Je vous répète exactement ce que m'a appris la po lice locale ; il vous appartiendra évidemment de vérifier l'exactitude de ces renseignements ; mais permettez-moi de vous faire remarquer que l'origina lité est une tournure d'esprit typiquement anglo-saxonne.
— C'est juste ; veuillez excuser mon interruption.
— Le pavillon est meublé et Palmerston s'y installe sans perdre un instant. En présence du représentant des propriétaires, il o uvre la malle qu'il a fait transporter en taxi ; puis il déboucle ses valises. Au cours de l'opération, le gérant d'immeubles constate que son nouveau locatai re est possesseur d'un coffret d'acier contenant probablement de l'argent liquide, des bijoux ou autres objets de valeur. Il vous appartiendra d'en obtenir une description aussi détaillée que possible, car je vous signale dès à présent que la caissette métallique est actuellement introuvable.
— Parfait !
— Lord Arthur offre alors un verre de cognac à son interlocuteur, et il profite de l'occasion pour le prier de lui procurer de tout e urgence une femme de ménage. C'est ainsi que Sidonie Bigot entre en serv ice deux jours plus tard.
« Vous questionnerez évidemment cette femme ; elle vous apprendra en quoi consistait son travail et vous donnera des pré cisions concernant le genre de vie de son employeur. Mais attention. Les rensei gnements officiels concernant la fille Bigot sont franchement mauvais : moralité plus que douteuse, fréquentations inavouables, etc.
— Il est extraordinaire dans de telles conditions q ue Lemoine ait cru devoir la recommander, surtout à un Lord !
— L'objection est valable ; toutefois, elle ne rési ste pas à l'examen. Au moment de son engagement, la grosse Sisi était prat iquement la seule bonne à tout faire disponible à Saint-Mandé. Or, ne l'oubli ez pas, Palmerston était pressé.
« Quoi qu'il en soit, la femme de ménage se rendait chaque jour à son travail dès sept heures du matin. Aujourd'hui elle était mê me en avance de dix minutes sur son horaire normal ; elle a trouvé ouverte la p orte d'entrée du pavillon ; celle du living l'était également, et au milieu de la piè ce, le marquis de Palmerston gisait, baignant dans son sang.
« Affolée, Sidonie Bigot a couru jusqu'au commissar iat local, à trois kilomètres d'ici ; elle a raconté sa sinistre décou verte et elle attend présentement que vous l'interrogiez. Elle prétend a u surplus n'avoir touché à rien.
— Empreintes ?...
— Les experts en ont relevé un nombre inusité, appa rtenant à une douzaine de personnes différentes. Les agrandissements photo graphiques nous révéleront peut-être des détails intéressants.
— Comment a-t-on assassiné Lord Arthur : couteau ?... revolver ?...
— À première vue, l'arme du crime semble être un au tomatique...
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