Un instant d’éternité
241 pages
Français

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Un instant d’éternité , livre ebook

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Description

Laissez-moi vous transporter dans un voyage envoûtant des massifs vosgiens à la montagne de la Table en Afrique du Sud. Vous y découvrirez Jean, pilote aventurier, impliqué dans le vol d’une clé multiséculaire qui bousculera toutes ses certitudes. Il lui faudra lever les mystères qui l’unissent à celle qui l’a sauvé et tenter d’échapper aux sombres projets d’une organisation redoutable. Une aventure palpitante bercée d’émotions et de poésie. « À travers une écriture riche, le caractère mystique et poétique du récit se révèle progressivement dans une narration crescendo pertinente et sibylline... Un récit qui se découvre comme un cheminement sentimental et initiatique mémorable. » Sélection des éditions Persé « Une quête mystique et profondément boulversante... » Editions Amalthée

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782381240879
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Laurent Tomassoni
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un instant d’éternité
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
FABRIQUÉ EN FRANCE
ISBN : 978-2-38124-087-9
© 14 mars 2021, YOUSTORY
Tous droits de reproduction, d’adaptation, de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
L’auteur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre.
 
 
À ma femme, Sema et à Camille, ma fille.
 
 
Un amour qui n'a pas le sentiment d'être éternel
n'a jamais commencé.   
André Frossard
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le crash
 
La France est belle, encore plus belle quand elle semble figée dans une immobilité parfaite où les détails des paysages vous invitent à d’autres voyages, songeait Jean aux commandes de son Robin. Tant de lieux étaient encore à découvrir qu’il lui faudrait mille vies pour les arpenter.
Il venait de passer le pays d’Avignon et suivait sa route vers le nord-est. La météo en ce mois de juin était agréable et l’aérologie un vrai velours. Aux premiers borborygmes, il se réjouit de l’étape gastronomique qu’il allait s’offrir sur la Terre des Ducs. Après avoir passé le relief du magnifique parc naturel du Haut Jura, et admiré la beauté du Lac Léman, il croisa vers le nord-ouest au cap 270, et ne tarda pas à gagner les installations de l’aérodrome de Nuit-St-Georges. Il effectua un tour de piste avec vue plongeante sur les coteaux de la route des Grands Crus et un final aux abords du château de la Berchère. Il exécuta un atterrissage parfait. Au loin, depuis la terrasse de l’aéroclub, une jeune femme manifestait par sa gestuelle exaltée, toute son impatience. Jean comprit qu’il avait certainement dû manquer à Margaux.
Il ne s’était pas trompé, à peine avait-il sauté du renfort de l’extrados de l’aile, qu’elle plongea littéralement sur lui et l’embrassa fougueusement. Il laissa passer l’impétuosité de l’ex Miss Côte-d’Or, puis savoura pleinement son retour sur le plancher des vaches.
Après un voyage éthéré dans les basses couches de l’atmosphère, Il aimait retrouver le contact de la terre et de la nature. Son être s’ouvrait à la vie comme une véritable reviviscence, toutes les jouissances étaient bonnes à prendre, à commencer par les doux parfums en exhalaison, et les chants mélodieux concertés par tous ces orchestres ailés.
Le cabriolet rouge fendait les petites routes de campagne ; d’un bras étendu, Jean jouait avec les herbes. D’un geste preste, il cueillit au vol une marguerite insolente qu’il glissa sur le lobe délicat de sa passagère.
Jean appréciait dans cette relation récente, la légèreté qu’ils s’accordaient. Seul l’instant était à l’honneur, rien d’autre ne comptait. Aucun embarras ne venait jamais ternir leurs rendez-vous passion, comme ils avaient fini par les baptiser.
Seul leitmotiv : Le plaisir, l’amusement, la communion dans l’instant des choses, des corps et de leurs revendications les plus passionnées, et qu’à cela ne tienne toujours en des lieux nouveaux et inattendus. La journée au château de Gilly se termina par la silhouette nue de Margaux dans le contre-jour de la fenêtre donnant sur l’arrière du parc…
Le lendemain, un sentiment étrange envahit Jean à l’instant même où il verrouilla la verrière coiffant le cockpit. Un souci de démarrage renforça ce mauvais pressentiment juste avant d’entreprendre son vol pour l’Alsace. Il accusa le bulletin ATIS 1 relatif à l’aéroport de Strasbourg-Entzheim qui n’indiquait qu’une faible présence de cumulus mais une visibilité et un plafond OK.
Il avait tout de même noté que la température était proche de celle du point de rosée, et que dès lors il pouvait s’attendre à rencontrer des zones nuageuses saturées.
Il bascula sur la fréquence radio de l’aérodrome :
– Bonjour Nuits-St-Georges, merci encore pour votre hospitalité, Ici Fox -Whisky Papa Sierra Oscar 2 je quitte le parking pour le point d’attente.
 
– Station de Nuits à Sierra Oscar, deux planeurs en final et c’est à vous ! Bon vol !
Jean s’aligna et lança aussitôt son Robin à plein régime sur la piste en herbe. Il prit cap vers l’Alsace, en espérant que le massif vosgien lui exposerait sa palette de bleu et qu’il pourrait en volant proche
 
1 (De l'anglais Automatic Terminal Information Service)
2 (Alias l’immatriculation française du Robin F-WPSO)
 
des cimes, percevoir les zones qui l’intéressaient ou tout au moins repérer des voies d’accès. Aux prémisses des premiers sommets, un spectacle surprenant s’offrit à lui. L’alternance des reliefs aux couleurs marines turquoises s’apparentait à un océan suspendu, les dernières crêtes enneigées formaient l’écume des vagues, un voile blanc floutait la frontière entre le ciel et la terre. On aurait dit une huile marine de William Turner baignant dans une sublime opalescence.
Toute cette beauté ensorcelait insidieusement l’esprit de notre pilote, qui imperceptiblement glissait vers le cœur du tableau, où des nitescences anormales dansaient en volute. Les lueurs intérieures au cockpit échappaient peu à peu à la vigilance de Jean, happé par cette atmosphère céleste si particulière qui l’envahissait insidieusement.
Brusquement ses compas magnétiques se mirent à danser, le régime des vents s’emballa. Le Dieu Éole l’assenait frénétiquement ! Une nuée d’encre s’abattit, rattrapée par d’énormes nuages buvards qui celèrent tout espoir d’orientation. Une instabilité spirale phénoménale entraîna le Robin dans une vrille, projetant Jean aux limites de son harnais et de ses capacités d’acceptation de la force centrifuge. Contre toute attente, alors que la fin semblait être la seule parade à cet enfer de Dante, une exultation l’extirpa du voile noir, et il vit le visage spectral d’une jeune femme qui l’inondait de bienveillance. Sans pouvoir l’expliquer, l’accélération se fit moindre, puis le Robin s’enroula avec fracas dans l’épaisseur des sapins.
Une voix douce et familière lui dit paisiblement :
– Tout va bien, vous êtes en vie. Je ne sais pas comment, ni par quelle sainte Grâce, mais vous avez réchappé à votre crash. Ne vous inquiétiez pas, j’ai prévenu les secours. Surtout ne bougez pas.
À en croire les nombreuses parties disloquées, enguirlandées dans la futaie et les sous-bois, le choc avait dû être terrible ! Un vrai miraculé, pensa-t-elle, avant de le dévisager longuement. Il dégageait quelque chose d’animal, une beauté sauvage et sensuelle. Sous sa crinière ébouriffée, perçaient de magnifiques yeux aux reflets bleu acier, bouleversants et poignardant à la fois. Il émanait de lui une puissante aura. Elle ressentit comme des flux la parcourir et remonter le long de son échine. Sa très grande sensibilité aux ondes la fit reculer.
Elle le fixa intriguée…
Il lui sourit…
Un vrombissement sourd pénétra la montagne. La géolocalisation moderne faisait merveille. Moins de vingt minutes après son appel au 112, ils étaient là, ces héros oubliés du quotidien. Qu’ils étaient beaux dans leur uniforme et dans leur bel oiseau, aux couleurs de l’ara !
Avec une autorité posée mais certaine, les hommes de la sécurité civile du peloton héliporté contrôlaient la zone. Dans un vacarme assourdissant, ils opéraient par une gestuelle précise, chacun des actes qui allait permettre le rapatriement du blessé. Jean avait perdu connaissance après le dernier sourire rendu et ne réalisa pas son transport vers l’hôpital civil de Strasbourg.
 
 
 
 
 
L’hôpital
 
Jean peinait à entrouvrir ses yeux. La lumière blanche le pénétrait avec violence et comme si cela ne suffisait pas, un mal de tête tonitruant rendait son retour à la conscience véritablement difficile. Il regarda tout autour de lui et découvrit étonné qu’il était alité dans ce qui semblait être une chambre d’hôpital. Bizarrement, la vue qui s’offrait était en parfaite inadéquation avec les installations modernes qui l’environnaient. L’officine pharmaceutique qu’il décela, semblait être d’un autre temps, celui des apothicaires. Il devina d’ailleurs, mirés par la lumière du soleil, les vases de monstres polychromés, appelés aussi pots à thériaque. La façade de l’officine aux colombages géométriques et aux encorbellements continuait à capter le peu de lucidité qui l’animait, quand un personnel de santé fit irruption dans la chambre.
Une énergie débordante jaillissait de ce petit bout de femme, au point que même les vibrations émises par ses cordes vocales auraient suffi à réanimer le plus désespéré des traumas comatiques.
Jean fut happé par cette sinusoïde de vie. Son teint rosit comme un premier communiant et à son grand étonnement, il lui demanda s’il n’était pas trop tard pour savourer un thé vert.
Ne manquant pas de lire le prénom, Monique, inscrit sur le badge qui pendait, il ajouta :
– Si je pouvais avoir deux sucres, chère Monique.
Amusée et charmée de l’aura retrouvée par son patient, Monique consentit et abandonna toutes idées de diagnostic. Il se ferait, mais après le thé !
Quand elle regagna la chambre 468, Jean de Gennes tel un praticien de la nobilitas, patientait divinement, antiquement, et décocha un sourire à la vue du plateau où le breuvage précieux était encore fumant. Son regard d’Apollon transperça Monique, qui à son tour rougit. Pour la première fois en vingt ans de carrière, notre infirmière au caractère pourtant volontaire, succombait au charme de ce qui semblait n’être pour elle qu’un jeune homme. Elle continuait à le regarder silencieusement et lui à sourire des yeux.
Les parfums éthérés de la menthe avaient balayé toute atmosphère hospitalière et durant un laps de temps, Monique se revit, en plein milieu du souk de Marrakech, dégustant un thé à la menthe, bercée par les effluves d’épices et d’odeurs délicieuses. En lieu et place de son amour de jadis, Jean avait jailli comme un coup de sirocco et se présentait tel son compagnon. Ce souvenir tronqué fit reprendre à Monique tous ses esprits, avec la certitude que ce patient était l’étrangeté même. Avec lui prônait une atmosphère malicieuse et suave, et tout comme pour le thé vert, on ne pouvait échapper à ses voluptés.
Après un considérable effort, Monique endossa son rôle de soignant et entreprit son diagnostic.
– Savez-vous quel jour nous sommes ?
– Samedi !
Nous étions dimanche 22 mai.
– Et savez-vous où vous êtes ?
– Dans ce qui semble être une chambre d’hôpital, mais je ne me souviens de rien. Pourriez-vous m’en expliquer les raisons.
– Vous avez subi un traumatisme crânien et vous semblez présenter une amnésie rétrograde. Nous avons procédé à un scanner qui ne révèle aucune hémorragie intracrânienne. Ce qui est positif. Au demeurant, aucune atteinte neurologique décelée. Vous devriez recouvrer la totalité de votre mémoire sous peu. Pouvez-vous me décliner votre identité et votre adresse ?
– Jean de Gennes et je réside à Nice au 89 quai des États-Unis.
– Vous rappelez-vous des raisons de votre présence en Alsace et des circonstances qui vous ont conduit ici ?
– Très franchement, pas du tout.
Le visage de Jean prit un air plus grave, la douce légèreté qui avait accompagné son réveil, n’était plus. Sa voix même devint plus tranchée. Une multitude d’interrogations surgit en lui. Un flot d’adrénaline traversa son être et toute la quintessence de son esprit fut retrouvée.
Parmi toutes les anormalités, celle qui entama le plus sa réflexion, se résumait à cette tasse de thé vert dont il ne parvenait plus à détacher son regard. Pouvait-il d’ailleurs en parler, au risque de voir se prolonger ce séjour qui décidément ne lui appartenait pas. Son amnésie partielle y suffisait déjà.
Monique continuait à prendre ses constantes et demanda à Jean de lui indiquer une personne à prévenir. Elle pensait évidemment qu’un homme tel que lui se devait d’avoir une ravissante épouse ou tout du moins une promise.
Pourtant, Jean lui communiqua le nom d’un ami et voulut savoir où se trouvait son portable.
– Je vais vérifier. En attendant veuillez rester dans votre lit. La clé de votre rétablissement passe d’abord par du repos. Entendu jeune homme !
 
Il ne pouvait envisager le moindre repos. Il tentait de reconstituer le puzzle de ces derniers jours, mais trop de pièces semblaient encore manquantes. Antoine son ami de toujours trouverait certainement les réponses mais pour cela, il lui fallait avant tout recouvrer son portable ! Il regretta de ne pas avoir questionné davantage l’infirmière sur les circonstances de son hospitalisation.
Une nouvelle série de rais, cadencée comme un code morse, venait de bombarder les photorécepteurs de la rétine de Jean, et ses yeux se posèrent à nouveau sur l’officine pharmaceutique.
Un dédale de pas lui indiqua l’arrivée d’un groupement de personnes. Jean allait enfin savoir.
 
 
 
 
 
Mathilde
 
Mathilde aimait ces réveils bercés par les tintements des clochers de la ville mêlés au chant des hirondelles. Une phase d’étirements et de roulements de son corps dans les draps finissait de parfaire cet état de grâce.
D’un geste assuré, elle saisit son iPhone et envoya sa playlist du moment. Son appartement en attique dans le vieux Strasbourg revêtait du sacré et lorsqu'elle gagna sa terrasse au levant, une forme de béatitude l’envahit. La température estivale était propice au farniente et en qualité d'indépendant, elle décida que cette journée lui appartiendrait. Elle glissa de son fauteuil vers le bain de soleil tout en allumant une cigarette. Elle se laissa aller à la rêverie.
Un bref signal sonore l'extirpa de ses songes. Elle prit son smartphone et lu le message de Béa.
"Il va bien".
Cette nouvelle la galvanisa. Elle envoya une invitation à déjeuner à Béa pour 12 h 45. Elle était habitée d’une truculence rare et regretta de ne pas avoir fixé son rendez-vous plus tôt. Pour amenuiser quelque peu son impatience, elle décida d’entamer un jogging. Elle enfila un short en gris chiné à la taille côtelée, assortit d’un haut court en tulle et partit courir le long des rives de l’Ill. Mathilde dégageait dans sa course une sensualité qui troublait manifestement la gent masculine et cela l’amusait. Après trois quarts d’heure d’efforts, elle rejoignit son appartement et glissa sous la douche. Elle affectionnait particulièrement ce ruissellement qui semblait la laver de tout, jusqu’à son esprit.
Elle fila sur la terrasse, déroula son drap de bain et offrit son corps à l’astre solaire tout en repensant aux circonstances exceptionnelles qui l’avaient conduite à sauver cet homme. Son visage enjôleur n’avait eu de cesse de l’habiter durant tout le week-end et semblait même lui devenir familier. Elle se surprit l’espace d’un instant à caresser l’idée de prendre de ses nouvelles, tout comme elle l’aurait fait pour un proche, se rassura-t-elle. Pourtant, il demeurait un illustre inconnu tombé du ciel.
Elle se rappela soudain l’imminence de son rendez-vous et sauta littéralement dans sa saharienne préférée. Elle attrapa au vol une fine ceinture pour souligner sa taille impeccable et glissa dans ses sandales compensées. Un dernier regard furtif pour considérer la bonne tenue de son appartement et elle dégringola les escaliers. Elle aimait se retrouver dans cette douce effervescence des rues et ruelles de Strasbourg sillonnées à l’année par les touristes lui donnant un air de vacances. Elle aimait se surprendre des mille et un détails qui ornent et parachèvent si superbement les vieilles bâtisses, et adorait sentir les étals de primeurs aux fruits insolents. Tout cela dans une jovialité intrinsèque liée sans doute à ce carrefour de l’Europe depuis 2000 ans. Elle résista même à la tentation d’avaler subrepticement un bretzel, sachant que Béa pouvait surgir à tout moment. Il fallait l’avouer, Mathilde avait une addiction certaine pour le ou la bretzel. Elle avait la capacité tout au long de la journée et parfois même de la soirée de s’attaquer à ce petit anneau bronzé sans genre qui symbolise tout l’art de la pause par sa représentation des bras croisés.
Sa réflexion à peine terminée, elle vit la silhouette élancée et soignée de sa meilleure amie qui la devançait alors d’un pâté de maison. Elle gomma en un instant cet écart et agrippa la taille de Béa.
Tout sourire, nos deux comparses descendirent la rue du vieil hôpital et gagnèrent la terrasse du restaurant où elles avaient leurs habitudes. Divinement accueillies et installées, elles commandèrent à Charlie une bouteille de rosé château Minuty.
– Alors ? interrogea Mathilde.
– Alors quoi ? répondit aussi rapidement Béa.
– Comment cela, alors quoi ? À croire que je sauve des gens tous les jours ! C’est vrai, je t’embête avec mes banalités… Et…
– Il va bien ! Répondit Béa, ne résistant pas aux supplications de son amie.
– Il va bien ! C’est tout ! T’as rien d’autre à me dire ! s’enflamma Mathilde.
– Il ne devrait pas trop tarder à sortir, au grand désarroi de certaines… Mais bon ce qui compte, c’est qu’il aille bien !
– Si tu me flanques encore un « il va bien » ma vieille, tu vas déguster ! lança Mathilde avant de réaliser toute la teneur de la phrase de Béa. Et comment ça, au grand désarroi de certaines ?
– Oh, mais dis donc ! Quel intérêt soudain pour mes patients ! Ajoutons à cela une petite dose de jalousie, et nous avons tous les ingrédients pour un feuilleton de l’été ! Lâcha Béa sur un air moqueur.
– D’abord sans moi, il n’aurait jamais été ton patient s’offusqua Mathilde. Si tu pouvais m’éviter tes insinuations à deux balles ! Je trouvais légitime de m’enquérir de son état, voilà tout ! M’a-t-il demandé ? Comment l’as-tu trouvé ?
Le bon Charlie coupa court à leur conversation et présenta dans une homélie rare sa nouvelle carte bistronomique. Béa profita un long moment de la situation, elle s’amusait de l’impatience de Mathilde, et faisait en sorte d’entretenir la verve déjà exceptionnelle de leur hôte.
Charlie à peine parti, Mathilde la questionna de plus belle.
– Tu l’as fait exprès, maudite que tu es ! Alors !
– Concernant ta première question, non, il ne t’a pas demandé et oui j’avoue que cet homme à quelque chose d’irrésistible. Un magnétisme étrange sur le service et nous sommes tous, et je dis bien tous, sous son hégémonie. Pour un peu, j’aurai couché son bon de sortie et avec lui s’il me l’avait demandé. Et au lieu de ça ?
– Au lieu de ça quoi ? questionna Mathilde intriguée.
– Eh bien je déjeune avec mon emmerdeuse préférée !
– Oh, je te remercie pour ta délicatesse. Je dois t’avouer que durant tout le week-end, je me suis inquiétée de son état et l’idée folle d’aller lui rendre visite ne m’a pas quittée, finit par lui confier son amie.
– Je vois, tel un ange tutélaire… Dit Béa sur un ton narquois. Et bien dans ce cas, trinquons aux divinités et aux miracles. Attention quand même ma belle, tout ce qui tombe du ciel n’est pas béni !
Béa cette fois-ci ne parvint plus à se contenir et partit dans un fou rire qui n’échappa à personne et surtout pas à Charlie, intrigué :
– Je veux en être ! Racontez-moi, demanda-t-il impatient aux deux jeunes femmes.
Mathilde gênée, ne savait quoi dire et Béa toujours hors de contrôle continuait à glousser dans sa serviette.
– Figure-toi, tenta d’expliquer Mathilde un peu dans le désordre, que j’ai sauvé la vie d’un homme ce week-end, qui par un hasard impossible a été soigné par cette dégénérée. Cela friserait presque le canular si cet inconnu ne s’était pas craché en avion à mes pieds. Au sens propre du terme.
Béa repartit en éclat de plus belle et Mathilde descendit cul sec son rosé de Provence, devant un Charlie pantois.
– Quelle histoire ! En gros, ma belle, tu es la nouvelle Sainte-Bernarde des Vosges ! Plaisanta-t-il à son tour.
Cela en était de trop, on vit Béa totalement hilare, décoller et fuser à l’intérieur de l’établissement à la recherche sans doute d’une échappatoire pour recouvrer quelque peu de sérénité. Son rire et sa course sensuelle dans sa robe en imprimé fleurie déclenchèrent une douce frénésie dans les tables alentour. Mathilde, lâchée au même instant par Charlie, se retrouva seule et ciblée par les regards et ne sachant plus quelle contenance adoptée, elle s'engonça encore un peu plus dans son fauteuil. Elle tenta de recentrer ses pensées mais la douce ivresse du rosé l’invitait à la légèreté. Elle se ravit du retour de Béa, qui lui glissa plus sereinement :
– Pardon ma chérie, mais avoue toi-même que tout ceci est assez cocasse. Alors comme ça, tu voudrais lui rendre visite et…
La sonnerie d'urgence de son smartphone mit terme au dialogue. Béa prit connaissance silencieusement du message et marqua son étonnement.
– Eh bien ma chère, sache que ton pilote s'est envolé et aussi curieux que cela puisse paraître sa dernière action, fut de photographier la vitrine de l'officine pharmaceutique qui faisait front depuis sa chambre !
D'un ton quelque peu agacé et survolté, Mathilde s'offusqua que l'équipe de Béa l’ait laissé partir. La doctoresse coupa court en lui rappelant qu'il en était ainsi et qu'un patient pouvait encore décider d’être soigné dans l’hôpital de son choix.
Une chappe semblait s'être abattue sur l'humeur si enjouée de Mathilde, au point que Béa n’eut d'autre choix que de lui commander une mirabelle pour la booster, puis la força à l'accompagner jusqu'à l'hôpital.
Mais rien n’y faisait, le regard porté avait perdu toute magie. Quelle étrange affaire, la vie ! D’un seul instant, l’évolution des états rendait les choses si différentes. Mathilde, malgré de faux airs, ne pouvait dissimuler son mal-être à la sagacité de Béa, qui comprit qu’il serait vain en cet instant, d’envisager quoi que ce soit. Elle préféra même retourner seule vers l’hôpital. Mathilde tout en spleen, remonta les étroites ruelles et regagna renfrognée son nid. L’ivresse plaisante du Minuty avait laissé place à une gêne gastrique, que désormais seul un repos opportun pouvait apaiser. Étrangement, le sentiment de vide ressenti, lorsqu’elle apprit le départ de Jean, ne fit que croître à mesure que le temps semblait se creuser. Ce mal-être se conjuguait à l’effet de l’alcool pour gagner plus profondément son corps en meurtrissures. Que lui arrivait-il ? Elle si forte, si indépendante, si mature quant à la vie, quant aux hommes. Sa poitrine se resserrait, sa respiration devenait inconfortable, sa bouche se desséchait, aussi aride que son humeur. Cet état détestable lui rappelait l’enfer de sa rupture. Ce sentiment d’abandon, d’être seul au monde revenait, rejaillissait en elle sans qu’elle ne puisse en gérer le flux. Elle était submergée par un sentiment amoureux dévastateur pour un illustre inconnu destructeur d’avion ! Elle si caparaçonnée à tout !
Les sonneries et les notifications se succédaient, mais Mathilde n’y prêtait aucune attention, perdue dans ce soudain mal être. Elle oscillait dangereusement sur sa chaise, comme sur un perchoir.
Un bruit sourd déchira l’espace. Cette fois-ci, il s’agissait de son propre crash. En cascade, le mobilier environnant avait déversé tous les acteurs faisant rôle d’objets utiles ou de déco. Elle venait d’effectuer la moitié d’un looping avant de terminer affalée de tout son plat, la tête dans les revues.
Dans ce capharnaüm de répandu, surgit un cliché de la vieille pharmacie de l’hôpital civil, collé littéralement au bout de son nez.
À sa rage d’avoir dévasté son ordre cosy, se rajouta cette vision de ce qu’elle cherchait à oublier : Lui. Encore lui !
 
 
La bande de copains
 
Le soleil inondait déjà la ville, les cafés et les terrasses avaient été pris d’assaut. Antoine Constanti dégustait tranquillement son cappuccino tout en dévorant des panisses. Rien ne pressait, hormis la lecture de l’article paru dans Nice matin. Les conversations allaient bon train. Çà et là, il grappillait quelques anecdotes croustillantes sur les affaires locales, les infidélités de certains, les drames et fantasmes d’autrui et cela suffisait à son bonheur. Tout comme Jean, Antoine malgré une bonne trentaine entamée, continuait à apprécier cette vie légère, sans engagement réel, mais dans laquelle le voyage et le vol se devaient d’être omniprésents.
Son regard partit en malice lorsqu’en pages régionales, il vit le titre suivant : « Sauvé par Sainte Odile », article dont il était l’instigateur avec la complicité d’un autre pilote privé, Xavier Delcourt.
Xavier, journaliste au style satirique, n’avait pas failli à sa réputation, et l’occasion avait été trop belle pour ne pas l’avoir saisi. Il avait maintenant leur miraculé, Jean et son F-SO (Fox Sierra-Oscar) convertit en Feu Saint-Oscar. Tout l’article n’était que gausseries et pasquinades, et Antoine ne pouvait littéralement plus lire le texte tant les larmes de rires embouaient sa vision. Feu Saint-Oscar allait être un joli quolibet pour son ami Jean.
Il chevaucha hilare sa Ducati Scrabbler parquée à l’ombre d’un magnifique pin parasol et prit la route en direction de l’hôpital Sainte-Marie. À chaque passage de panneau indiquant sa destination, il pouffait un peu plus dans son casque, en se répétant St Odile, St Marie, St Jean et feu Saint Oscar, amen…
Arrivé à l’hôpital St Marie, il suivit la ligne verte indiquant le service de traumatologie. Après un dédale de couloirs, il vit un attroupement féminin qui se tenait en front devant une chambre. Antoine repéra immédiatement St Jean et son nouveau paradis. Le cortège d’anges s’éthérisa au fur et à mesure qu’il s’approchait de la chambre 214. La voix et la verve de son occupant confirmèrent sa bonne analyse. À croire que tout le personnel soignant féminin s’y était donné rendez-vous. Par quelle malice encore Jean les avait-il séduites ?
Il n’en crut pas ses yeux quand il visualisa la raison de cet attroupement. Jean tenait à remercier chacune d’elles pour leur accomplissement. Mais c’est dans la manière de les remercier qui l’interloqua. Il sentit que quelque chose d’étrange se tramait.
Jean manipulait avec une dextérité sans pareille une théière marocaine, et jouait avec le flux du nectar dans un accord parfait tout en contant tel un berbère les malices de son breuvage.
Elles buvaient ses paroles et suivaient chacun de ses gestes, la scène était surréaliste !
Ce qui l’était davantage, c’était l’aversion pour le thé qu’Antoine lui connaissait.
Tout en continuant à regarder son meilleur ami charmer ces dames, il s’approcha discrètement du Dr Charles qui avait effectué le transfert, afin de connaître le diagnostic de Jean.
– N’ayez nulle inquiétude, la preuve s’il en est.
Le docteur regarda dans la direction de Jean avec un sourire malicieux et reprit :
– Je pense que le traumatisme était somme toute assez léger. Quant à sa mémoire, elle semble totalement recouvrée, mais par sécurité nous le garderons encore cette nuit, pour le bien de tous à priori, et de toutes il en va sans dire, souligne-t-il, le regard complice.
Il est vrai qu’en seulement 48 heures, Jean était parvenu à créer tout un réseau d’amitié et d’entraide. Aucune chambrée voisine dont il ne connaissait déjà son occupant, voire sa famille, aucun personnel dont il ne connaissait la fonction. Grâce à lui, des gens qui ne faisaient que se croiser, partageaient aujourd’hui leurs cultures, leurs histoires autour d’une tasse de thé et d’une profusion de délices sucrés.
Jean agissait en catalyseur. Il comprenait, captait chaque attitude, un mentaliste toute catégorie, pourvu d’un magnétisme et d’une beauté sauvage.
– Antoine, s’exclama Jean ! Viens que je te présente à mes amis, et surtout merci de t’être soucié de moi.
Doux euphémisme, songea Antoine. J’ai remué ciel et terre pour organiser son retour avec une précision d’orfèvre, et lui, compare ma prestation à une simple tracasserie !
– Salut ma poule, content de te retrouver fringant, lâcha-t-il enjoué. Comme quoi un petit crash de temps à autre… ! Je n’en dirais pas autant de Fox-Sierra Oscar. Nous l’avons rebaptisé avec les gars, Feu-Saint Oscar, cela semblait plus en conformité avec les lieux, ricana Antoine. Mais, que s’est-il produit là-haut ? Tu as été victime d’une apparition soudaine du mirage Fox-Saint Odile ?
Antoine se tordait de rire de cette sainte image, et tentait de reprendre plus sérieusement le cours de son investigation, mais il comprit rapidement qu’il serait vain et rabat-joie d’épiloguer sur l’accident. L’important était de vivre cet instant de partage, et il y prit part avec bonheur.
Le soir venu, Jean de Gennes éprouva le besoin de sortir, de dérouler quelques pas au grand air et de s’offrir une cigarette. À peine la porte franchit, l’air du soir chargé de ses exhalaisons contrasta si brusquement avec l’air conditionné, qu’il ouvrit son torse pour imprégner au plus profond de son être, ces minuscules molécules toutes fragrantes d’odeurs, diffusant lentement leurs parfums et leurs caractères. Il surplombait maintenant le parc de l’hôpital, où se mêlaient les cyprès de Provence, les noisetiers de Byzance, les massifs bien soignés et rangés. La lune se jouait des feuillages en alliance avec la brise de terre. Une tranquillité absolue régnait. Seul un merle, quelque peu en décalage horaire, jouait encore sa sérénade. Il appréciait particulièrement son phrasé mélodieux aux notes flûtées et sifflées à la fois. Il plongeait alors dans les douces nostalgies de l’enfance et dans cette béatitude qu’il essayait toujours de retrouver pour parfaire sa communion avec la nature. Il aimait ces moments d’introspection inattendus où s’imposaient parfois des évidences, des nouveaux choix de vie qui n’attendaient finalement que son ouverture d’esprit.
Pourtant, la réalité du jour ou plutôt du soir, était difficile à accepter : il se sentait seul, affreusement seul, et n’avait d’attrait pour rien. Aucune réjouissance à l’idée de quitter l’hôpital, ni même de revoir ses proches. Tout cela n’était que désintérêt. L’état même de son avion l’indifférait. Subitement une envie de thé à la menthe le gagna et provoqua en lui un foisonnement de questions qui resta sans réponse. Il ressentit tout aussi soudainement et étrangement le besoin de revoir la photo qu’il avait prise devant l’officine pharmaceutique. Il grossit successivement l’image et se perdit dans son visage.
 
 
Béa
 
Malgré son air débonnaire, Béa continuait à gamberger sur la situation de son couple, jour après jour elle s’interrogeait sur son devenir. Édouard, qu’elle avait connu sur les bancs de la faculté de médecine, et dont elle était restée la complice dans beaucoup de domaines, avait changé. Ce qui au départ l’avait charmé, n’était plus.
Ce matin-là, elle feignit d’être trop lasse et de vouloir garder le lit afin d’éviter sa compagnie. Son stratagème fonctionna à merveille. Mais il lui fallait prévoir une intrusion en terrain hostile à la seule fin d’aller s’offrir, à la dérobée, un double ristretto et une cigarette. Elle profita de connaître chacune de ses habitudes matinales, pour l’esquiver. Sa tentative de récupération de la tablette se solda par un plongeon in extremis sur le canapé. Son ultime audace aurait pu lui en compter. Il fallait aussi qu’elle gagne avant lui la chambre. Elle enfila à toute trombe l’escalier en colimaçon qui donnait un double accès à l’étage. Sa furtivité couplée à une vélocité impressionnante lui permit de regagner son lit et de poursuivre le simulacre de son sommeil.
Quand enfin, elle entendit la porte d’entrée se refermer, elle se redressa ragaillardie du succès de sa supercherie. La maison lui appartenait !
Elle dégaina son IPod et plongea la maison dans une ambiance musicale plutôt 60’S. Al Green était à l’honneur. Tous ses mouvements se voyaient endiabler en une gestuelle sensuelle. Elle tournoyait de temps à autre sur elle-même, jouant sa starification d’artiste. Elle apparentait alors sa nuisette satin rouge à sa tenue de scène et la brosse à dents électrique à son micro, bien sûr ! Plus rien ne l’habitait. Elle se sentait bien. Édouard, son travail n’existaient plus. Il n’y avait qu’elle et ses chorégraphies exaltées.
Béa était belle dans tous ses attributs. Sa taille de 1,74 cm lui offrait des jambes infinies au galbe parfait. Quand elle enfila au diapason du moment une de ses robes pull fétiches orangé jaune à la coupe courte et sa paire de bottes en cuir brun, l’image que le miroir lui renvoya, était sublime. Ses cheveux blonds et longs finissaient de parfaire son allure. Comme il lui restait encore une certaine marge horaire, elle décida d’aller se pavaner sur une terrasse du centre-ville pour capter la douceur du soleil du matin. Elle sauta dans son Jeep Cherokee et quitta par le gué, les jardins du moulin.
Sa passion pour l’équitation avait conduit Béa à louer une parcelle pour ses chevaux il y a plus de quinze ans sur les terrains du Baron d’Osthoffen qui lui voua crescendo une bienveillance paternelle sans limite. Ce lien privilégié lui permit l’acquisition d’un magnifique moulin sur la commune du même nom, bâtisse qu’elle continuait à réhabiliter. Les travaux étaient à la hauteur des lieux : spectaculaires. Le décor pastoral environnant était d’une telle beauté, entre les méandres de la Bruche et une nature généreuse, que quelques sacrifices s’imposaient. Le paysage bucolique environnant était capital à l’équilibre de Béa, pour ne pas dire vital.
En compagnie d’Ella son épagneul breton, elle arpentait par tous les temps, les prairies et les aulnaies marécageuses. Béa savait que sa chienne ne résistait pas aux levées buissonneuses. Ses instincts de chasse l’obligeaient à toujours aller débusquer, poules d’eau, perdrix, faisans et cela quel qu’en soit l’entrecroisement végétal à franchir. Sitôt extirpée des mûriers sauvages ou des roselières, Ella arborait toujours des yeux éclatants de fierté. Ella et sa maîtresse partageaient avec passion ces moments de nature.
Béa passa la porte de l’hôpital. Elle était constituée d’une tour du 13 e siècle, ayant la particularité d’être coiffée d’un lanternon transformé en observatoire et qui devait offrir un panorama de choix sur Strasbourg. Elle s’était promis qu’un jour elle profiterait de sa position et de ses liens avec le doyen de la faculté de médecine, pour se voir confier le temps d’une nuitée les clés du passé. Elle caressait depuis longtemps le fantasme d’être enlevée dans une belle robe baroque, les yeux masqués d’un bandeau de soie et portée là-haut dans la nuit étoilée ; des drapés aux volutes féeriques habilleraient la pierre, la table serait divinement dressée dans une alcôve illuminée de lumières douces et chaudes, et versant sur les toits de la ville. Elle s’abandonnerait alors à tous les libertinages.
Un coup de klaxon mit sévèrement fin à sa rêverie. Elle gagna sa place de parking attitrée et fila chez Charlie. Comme de coutume, elle eut droit à un accueil flattant sa sublime beauté, même si les regards portés par la gent masculine sur place l’avaient déjà confirmé. Elle choisit une des rares tables bistrot encore libres et se délecta sous le doux soleil du matin d’un petit-déjeuner salé où de belles tranches fines de jambon de pays venaient parfumer son palais. Ses appels passés à Mathilde restèrent vains.

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