Un mort dans la tempête
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Description

Élaborer et perpétrer un assassinat sont des actes relativement simples... surtout quand on le fait régulièrement... par écrit, dans le cadre de romans policiers.


Résoudre des crimes commis par autrui, voilà qui est moins aisé que ne pourrait le penser un piètre écrivain tel que moi !


Quand on ne parvient pas à vivre de sa plume et que toutes les connaissances acquises ces dernières années ont rapport aux homicides et autres joyeusetés du genre, en matière de reconversion, tu as le choix entre les deux côtés de la barrière. L’illégal, bien plus rémunérateur, mais dont les bénéfices sont plus difficiles à justifier auprès de ton banquier et du fisc, ou celui de tous les héros de papier de ta jeunesse depuis Sherlock Holmes jusqu’à Kurt Wallander en passant par Jules Maigret...


Mais j’aurais bien voulu les voir, moi, tous ces enquêteurs de pacotilles si leur première affaire avait consisté à élucider un meurtre avant le décès de la victime, isolés sur une île en plein milieu de l’océan en compagnie d’une dizaine de suspects et au cœur d’une tempête !...

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EAN13 9791070038208
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

CHAPITRE I
Présentation de l'auteur
 
Mes parents m'ont toujours dit : « Quand tu rencontres, dans un contexte professionnel, une personne pour la première fois, présente-toi bien dans les deux sens du terme : soit avenant, poli, agréable, et fais de toi une description concise, mais pertinente ! »
Pour ce qui est de la politesse et de la bonne tenue, profitez-en, cela ne va pas durer. Ces deux qualités – si tant est qu'elles en soient – ne sont pas les premières mises en avant quand des proches parlent de moi ; en même temps, je n'ai plus de proches.
En ce qui concerne mes éléments biographiques, contentez-vous de savoir que je me nomme CHYUFA – en majuscule, j'y tiens ! – que je suis sur terre depuis plus d'une quarantaine d'années et que je suis écrivain-détective !
CHYUFA, vous vous en doutez, ce n'est pas mon véritable patronyme. Mais le vrai, on s'en fout, personne ne le connaît à part mon percepteur. Et ce n'est pas avec ce que je gagne que celui-ci a pu le retenir à force de s'occuper de mon dossier.
Je suis écrivain, ouais, ne vous en déplaise…
Rassurez-vous, vous ne manquez ni de culture ni de mémoire si ce nom ne vous dit rien : je suis un écrivain méconnu… pour ne pas dire inconnu.
Pour autant, contrairement à ce que certains disent, je ne suis pas un écrivain raté. Comment pourrait-on être un écrivain raté ? Cela n'existe pas, les écrivains ratés ! Il y a juste ceux qui ont du succès… et les autres.
Moi, je fais partie des autres… je me cache même derrière l'immense foule des auteurs anonymes.
C'est bien simple, j'ai à peine plus de lecteurs que de conquêtes féminines ou masculines à mon compteur.
Plus très jeune, pas très beau, pas du tout mince, encore moins riche, mon potentiel de séduction est aussi faible que le pouls de Vercingétorix – qui est tout de même mort il y a plus de deux mille ans, je le rappelle aux plus incultes d'entre vous.
Pas grave, de toute façon, je me passe de toute promiscuité.
C'est le moment de vous prévenir que si vous espérez suivre les aventures d'un héros calibré sur ceux des grands succès littéraires du genre policier actuel ou passé, vous allez être déçus.
Le prototype de l'enquêteur d'hier, c'était : jazz, petites pépées, whisky et feutre mou.
Celui d'aujourd'hui : musique classique – avec une préférence pour Gustav Mahler, ne me demandez pas pourquoi – bimbos, whisky et dépression.
Dans mon cas, je me contente du triptyque : heavy metal, cinéma asiatique, littérature populaire de jadis…
Pas d'alcool, pas de passé trouble et, surtout, pas de gonzesse. Rien ! Nada ! Passez votre chemin les lecteurs érotomanes avides de scènes luxurieuses.
Je sais bien ce que vous vous demandez : c'est quoi ce foutu blaze de CHYUFA – en majuscules, j'y tiens ! – Normal qu'il ne vende pas de bouquins avec un tel nom.
Je vous répondrai : pas faux ! Mais je m'en fous, je ne suis pas dévoré par l'ambition, ni celle de conquérir des lecteurs, ni celle de faire plaisir à mon banquier en engorgeant mon compte de millions d'euros durement gagnés à la sueur de ma plume.
J'écris pour moi, pas pour les autres. Je ne suis pas écrivain pour devenir célèbre et riche. Je suis écrivain parce que je le suis, c'est tout.
Depuis tout petit, j'ai toujours écrit.
Des conneries, tout d'abord.
Des conneries, par la suite.
Des conneries… pour finir.
Mais des conneries variées, parfois niaises, des fois subtiles, souvent drôles, rarement ineptes… enfin, ce n'est que mon avis – qui n'est pas objectif, mais je le partage.
Gamin, mes rédactions faisaient toujours vivre des personnages aux noms improbables d'une débilité confondante – j'étais jeune, j'étais bête. Maintenant je suis bien plus âgé, plus mûr et surtout plus con.
Monsieur Lafritgrasse revenait souvent dans mes élucubrations scripturales. Il n'était pas rare qu'il fût accompagné d'un curé, l'abbé Bette – qui monte… Cela me faisait rire. Pas mon professeur de français, apparemment.
Comme quoi, même petit, mes lecteurs n'avaient pas de goût.
J'ai l'écriture dans le sang, ne cherchez pas, c'est ainsi. Pourtant, j'ai longtemps été exsangue après mes frasques collégiennes.
Mais j'ai retrouvé ma substantifique moelle à la sortie du lycée… durant mon service militaire.
J'avais fait des études d'électronique sanctionnées avec succès par les diplômes du BAC et du BTS obtenus tous les deux avec mentions ! Quel charlatan faisais-je déjà ! À moins que le système scolaire ne soit qu'une vaste supercherie.
Probablement un peu des deux.
J'étais à peu près aussi doué pour l'électronique qu'un cul-de-jatte peut l'être pour le triple saut. Faut dire que je n'aimais pas trop ça non plus.
Vous vous demandez sûrement pourquoi j'ai passé des années à suivre ce cursus si je n'en appréciais pas la matière principale ? Et si vous vous ne le demandez pas ou que vous vous foutez de la réponse, je vais vous la donner quand même.
À cause de la conseillère d'orientation du collège.
Quand elle m'a demandé ce que je voulais faire plus tard, j'ai répondu : « J'en sais rien ! ». Alors, elle m'a assuré : « Tu feras de l'électronique, c'est un secteur d'avenir ! ». J'ai dit : « D'accord ! ». Elle m'a rétorqué « Dégage ! ». Et j'ai dégagé pour m'en aller au lycée le plus proche de chez moi afin de limiter les dépenses pour mes parents qui n'avaient pas vraiment les moyens de me faire suivre de véritables études.
M'en fous, je lui avais menti à cette abrutie de conseillère d'orientation. Je savais ce que je voulais faire : travailler dans un zoo pour m'occuper des animaux. J'adore les animaux, vivants pour en prendre soin, et morts dans mon assiette, bien cuits. Je ne suis que contradictions.
De toute façon, pour suivre des études de vétérinaire ou ce genre de chose, il fallait que je quitte le giron familial et que j'aille en pension.
Mes parents n'avaient pas un radis pour payer les frais. Ce qui n'aurait rien changé, je ne voulais pas aller en pensionnat, partager ma chambre avec des ados attardés qui passeraient leur temps à se foutre de ma gueule ou à me faire chier. Je n'ai jamais aimé la compagnie des autres. Les autres, ils sont tous cons. Je suis plutôt misanthrope dans mon genre. Non, en fait, j'étais excessivement timide. Farouche, pudique, sauvage. Une timidité maladive. Incapable de dire un simple mot à une fille qui me plaisait.
Les femmes vous diront que la timidité, chez un homme, c'est touchant… quand il est beau. Parce que, quand il est gros et moche, je peux vous assurer que la seule émotion qu'elles ressentent face à une telle détresse, c'est au pire un grand éclat de rire, au mieux un mépris total.
Ah ! Mince, je me suis perdu dans mes digressions. C'est tout moi, ça, mes idées partent dans tous les sens et quand je prends un chemin, je ne peux m'empêcher d'en explorer un autre si un embranchement se présente à moi.
J'en étais à « J'ai l'écriture dans le sang »… et ma circulation a repris son cours durant mon service militaire.
Oui ! il faut que je vous prévienne également que mes idées sont telles des chats noirs, elles peuvent porter le malheur en leur sein, mais elles retombent toujours sur leurs pattes.
Du coup, ma circonvolution littéraire sur mes études n'avait d'autre but que de préciser les circonstances dans lesquelles j'ai retrouvé ma soif d'écriture.
Mes études brillantes m'avaient orienté, durant mon service militaire, vers le poste convoité – je ne sais pas par qui – de permanent hertzien dans l'Armée de l'air.
L'Armée de l'air, ça m'allait bien, j'ai toujours eu la tête dans les nuages.
Pour intégrer ce corps d'élite, j'avais dû passer des épreuves redoutables. C'était pendant les fameux « trois jours » qui duraient au mieux une journée et demie. Il fallait répondre à des questions pas si simples comme, par exemple « Nom ? Prénom ? Date de naissance ? » Ne rigolez pas, certains en étaient incapables – on peut trouver tout un tas de défauts au service militaire et Dieu sait si j'en trouvais à l'époque, mais il permettait la seule expérience de mixité sociale d'une existence.
Je ne me souviens plus des autres questions, mais elles ne devaient être guère plus compliquées. J'ai été le premier à rendre ma copie… comme toujours.
C'est une tactique personnelle : être le premier à quitter la salle d'examen ! Du moins, l'un des premiers. Cette méthode offre deux avantages. Si tu t'es planté, au moins, tu as perdu un minimum de temps et quand tu vas vite, tu n'as pas le loisir de revenir sur ce que tu as répondu, ce qui t'évite souvent de remplacer de bonnes réponses, par des mauvaises. Et, dans tous les cas, tu as perdu un minimum de temps.
Ne vous en déplaise, ça a toujours fonctionné pour moi. Tous les diplômes, je les ai obtenus grâce à cette méthode… mon code et mon permis de conduire, itou…
Bref, j'ai été dirigé vers l'Armée de l'air. Les gonfleurs d'hélices, comme disait mon père qui, lui, avait été dans l'Armée de terre… Chauffeur d'élite en Allemagne.
Bon, moi, je suis parti moins loin : Orange. Moins loin, mais pas la porte à côté quand même. Perpignan – Orange : 250 bornes, de nuit, par train.
C'est l'une des premières fois que j'allais prendre le train – je déteste les voyages – et l'une des rares fois où j'allais passer plusieurs jours loin de chez moi – je déteste les voyages, je viens de vous le dire.
Je ne vous explique pas l'appréhension qui m'avait saisi. En clair, j'avais la trouille. Heureusement, deux mois avant le jour du grand départ, comme je suis parfois un abruti, j'avais voulu soulever une bouteille de gaz de 100 kg – j'aime bien faire le mariole.
Ceci dit, 100 kg, ça devait le faire puisque j'arrivais à porter un pote sur chaque épaule à l'époque et le poids des deux ajoutés dépassait largement le quintal – surtout quand ils étaient remplis d'alcool. J'aurais dû le préciser à mes reins, car, pour eux, la bonbonne était bien plus lourde. Mon dos a fait « clac ! », moi j'ai fait « aïe ! » et j'ai passé deux mois à me déplacer à la Robocop – en plus lent et en plus raide. Au moins, j'allais éviter la corvée de l'armée.
Mes quetsches ! Quelques jours avant le départ programmé, hop, la douleur a disparu comme par enchantement. Au revoir le mal, bonjour Orange !
Je n'avais plus beaucoup de temps pour me préparer. Alors, j'ai commencé à m'organiser. Je me suis acheté de belles chaussures de marche violettes – pourquoi violettes ? Je n'ai jamais su – j'ai fait mon paquetage et je me suis renseigné sur les formalités à suivre.
En premier lieu, le train. Bon, ça, c'était simple. Monter dans le wagon à la gare de Perpignan, en descendre à Orange.
Après, se rendre de la gare d'Orange à la Base Aérienne 115 ! Là, comme je suis un malin, j'avais téléphoné à la Base pour savoir s'il y avait une navette. Que nenni ! me répondit-on à l'autre bout du fil. Taxi ou marche à pied.
Bon, en plus d'être issu d'une famille pauvre, je suis assez pingre. Quand je peux économiser mon argent, même si cela réclame de faire un peu d'exercice, je n'hésite pas, je me dépense plutôt que d'être dépensier. Alors, j'ai regardé sur une carte Michelin pour voir l'itinéraire pour me rendre à bon port – qui était en fait une base militaire.
Arrivé à la gare d'Orange, je n'étais pas le seul troufion. Un groupe de gars d'une vingtaine d'années, désabusés, le crâne rasé et un grand sac sur l'épaule, ça ne trompe pas l'être perspicace que j'étais déjà à l'époque.
Ils n'avaient pas dû être aussi malins que moi et n'avaient pas pensé à bigophoner, car ils attendaient à la sortie de la gare, agglutinés, espérant un car qui ne viendrait jamais.
Je rigolais en mon sein en prenant la direction de la route de Camaret – dont le curé a les sacoches qui pendent, comme tout le monde le sait – menant à la BA 115 – BA signifiant Base Aérienne et non Bonne Action, je peux vous l'assurer.
Je ne me suis pas marré longtemps. Au bout de quelques minutes, j'avais mal aux pieds. Mes godasses étaient belles – surtout violettes – mais je n'avais pas eu le temps de les faire à mes panards. Plusieurs kilomètres, comme ça, en pleine nuit, en boitant, les choses commençaient bien. Je ne voyais pas comment cela pourrait être pire !
Je ne tardais pas à avoir une réponse à cette question. Bientôt, je fus dépassé par un bus militaire empli des jeunes abrutis avec lesquels j'avais voyagé – qui n'étaient pas si abrutis, du coup. Putain, on m'avait floué – je reste digne et poli dans la douleur et la rage – il y avait bien une navette.
Plus tard, j'appris que le central téléphonique sur les bases était tenu par des appelés. Tu parles si celui que j'ai eu au bout du fil doit encore bien se bidonner de sa blague, surtout s'il m'a vu me traîner jusqu'au poste de garde, les pieds illuminés par les ampoules, rincé, en sueur, à plus de quatre heures du matin.
Les gars du bus que j'ai réveillés en entrant dans la chambrée pour m'allonger vers les cinq heures ont sûrement bien ri eux aussi, surtout en pensant que le lever se faisait à six heures du mat.
La légende veut que l'on t'apprenne à marcher à l'armée ; moi j'ai exercé avant même d'être incorporé.
J'ai passé la journée dans le gaz. Je ne me souviens plus trop comment elle s'était déroulée.
Heureusement, je ne suis pas resté longtemps à Orange. Le temps de remplir des formalités et j'étais affecté à une autre base. Elle serait probablement plus proche – aux trois jours, on m'avait dit que l'armée cherchait désormais à rapprocher les appelés de chez eux.
Du coup, je me suis retrouvé à la BA 114… Aix-Les-Milles, à Aix-en-Provence, ce qui rajoutait une cinquantaine de kilomètres à mon exode…
Ceci dit, la Base d'Aix-Les-Milles est très sympathique, pour celui qui aime les chambrées, les marches et les cocoyes – les fusiliers commando.
Des gens sympathiques ces cocoyes. Ailleurs, le bizutage consistait à te mettre de la merde dans les rangers, à te couper les lacets, ce genre de choses. Les cocoyes, entre eux, ils s'enfermaient dans une armoire métallique et la jetaient par la fenêtre – quand la chambrée se trouvait à un étage pas trop élevé, ce ne sont pas des sauvages non plus – ou dans les escaliers.
Bon, vous voyez, je digresse encore. Tout ça, pour vous expliquer comment mon sang et ma sueur se sont mués en encre.
Je fais court. On m'a filé des slips kangourous blancs, des tenues vertes – pour le terrain – des tenues bleues – pour le bureau – des rangers noires. On m'a envoyé chez le coiffeur – qui était aussi doué pour l'art capillaire que moi pour l'électronique. Celui-ci s'est bien amusé avec son ciseau et sa tondeuse – je vous rappelle que je suis fan de heavy metal et à l'époque j'avais la coupe « hardos » cheveux longs tombant au milieu du dos.
Après un mois à apprendre à marcher en plein cagnard, un sac sur le dos, à expérimenter la marche au pas, à faire des demi-tours réglementaires, à saluer, à retenir les différents grades, il était temps d'obtenir une nouvelle affectation au poste de permanent hertzien – le con qui attend que les équipements radio tombent en panne pour aller les réparer.
Raaa ! J'allais enfin me rapprocher. Il y avait deux postes à pourvoir. Un à Narbonne, à moins de cent kilomètres de chez moi et un autre à la Base Aérienne 200 à Apt-Saint-Christol, sur le plateau d'Albion.
Heureusement, l'armée faisait en sorte de rapprocher les appelés de chez eux… J'ai atterri à Apt-Saint-Christol.
Départ, gare de Perpignan avant minuit ; arrivée à celle d'Avignon vers trois heures du matin. La navette démarre à six heures. Trois heures, donc, à attendre dans la gare d'Avignon avec les clodos qui venaient y chercher refuge durant la nuit.
Et le bus, il ne fallait pas le louper, sinon, t'étais bon pour te taper 70 bornes – la distance séparant la BA 200 de la gare la plus proche – à pinces ou en auto-stop.
Bon, je débarque sur la zone militaire sensible – la base abritait des silos de lancement de missiles balistiques – en tenue d'aviateur – la bleue : veston, pantalon, calot, bleu sombre, chemise bleu clair ; chaussette, chaussures de ville et gants noirs.
Là, on me montre le lieu de mon affectation : un bunker, en sous-sol où je devais rester quasi H/24. Seules sorties autorisées : pour les repas, et pour se rendre dans des locaux abritant une partie du matériel de communication, quand celui-ci était en panne.
J'étais une quiche en électronique – mais ça, personne ne le savait là-bas, à part moi – du coup, entre l'espoir d'un dysfonctionnement pour avoir l'occasion de respirer un peu d'air pur et la crainte d'être totalement incapable de résoudre le moindre problème technique… je passais de bonnes journées.
D'accord, je n'étais pas seul dans ce bunker qui, en fait, était comme un étage d'immeuble, mais sous terre, sans fenêtre, fermé par des portes étanches et aéré par un système de ventilation. Non, on était même nombreux puisqu'en plus de moi et de mon supérieur, il y avait les gars des communications – dont ceux qui répondaient au central téléphonique. Au final, ça en faisait du monde et, du coup, de la promiscuité. Problème, je suis légèrement claustrophobe et misanthrope.
Enfermé en sous-sol en permanence, je commençais sévèrement à déprimer. Les conditions étaient propices, il faut bien l'avouer. C'est la raison pour laquelle le système de roulement et de récupération était plutôt intéressant. Du fait que j'étais disponible H/24 – dès qu'une alarme sur un équipement sonnait, je devais illico aller réparer et ce que je sois en train de dormir ou bien de manger – je ne passais que deux jours sur base pour quatre jours de récup à la maison.
Sur une BA normale, le système aurait été avantageux… pas à la base d'Apt. Car, les seules navettes gare d'Avignon – BA 200, ne se faisaient, dans le sens aller, que le lundi matin et dans le sens retour, que le vendredi après-midi, en clair, quand le militaire moyen arrivait ou partait. Mais je n'étais pas un militaire moyen, mais un permanent hertzien qui quittait la base ou y pénétrait n'importe quel jour de la semaine et rarement aux jours de navettes.
Du coup, restait à faire le trajet à pinces – trop long, vous vous doutez bien – ou en auto-stop.
Ainsi, quand je devais prendre mes fonctions en semaine, lorsque j'arrivais à la gare d'Avignon à trois heures du mat, au lieu d'attendre le car sagement dans le hall, je prenais mon paquetage sous le bras, je traversais, de nuit, les quartiers malfamés d'Avignon – en tenue bleue, qui ressemblait, de loin, à celles des gendarmes – pour accéder à l'entrée de la nationale et faire du stop, au petit matin, en espérant que quelqu'un aurait la bonne volonté de me conduire jusqu'à destination.
Raaa ! Je me souviens de mon premier voyage désorganisé. Il faisait encore nuit, quand un type s'est arrêté. Mine cheloue, mais avais-je le choix ? Je monte, je précise que je vais à Apt – mais ma tenue suffisait à lui faire connaître ma destination – le gars repart, on discute un peu, mais pas trop et, soudain, mon regard se porte sous le volant. Des fils pendaient. Le gus me dit : « Ouais, j'avais pas les clés ». Je réponds : « OK ! » et je commence à flipper grave. M'enfin, le mec m'a déposé tranquillement à Apt et m'a souhaité une bonne journée.
Tout cela pour vous expliquer l'état d'esprit dans lequel j'étais à passer mes journées à attendre dans un bunker sans voir le soleil, sans respirer d'air pur, à espérer la relève pour me barrer, mais à la redouter en même temps, car cela signifiait que je devais me taper presque cent bornes en stop pour aller prendre le train. Puis, chez moi, à angoisser à l'idée de repartir m'enfermer sur base et de devoir faire du stop de nuit pour y arriver. Sans compter la crainte permanente qu'une alarme se déclenche pendant que j'étais de service et que je ne sache pas régler le problème.
Du coup, vous vous doutez bien que je déprimais à qui mieux mieux. Pour occuper mes longues heures d'attente, je n'avais trouvé qu'une activité : la lecture. Je lisais et je lisais. Du Stephen King, principalement. Et l'univers de Stephen King, quand tu as le cafard, c'est comme proposer de jouer à la roulette russe à un suicidaire, à condition d'utiliser un pistolet au lieu d'un revolver.
Alors, pour faire passer le bourdon qui résonnait sans cesse dans ma tête, je me suis mis à écrire. Je ne vous cache pas qu'il était loin le temps où mes récits fantasques étaient tournés vers la gaudriole. Ceux-là étaient mâtinés de fin du monde, de guerre nucléaire, d'isolement, de longues marches....
Mais bref, j'avais repris goût à l'écriture par le biais d'un des aléas que la vie s'amuse à mettre sur notre route.
Seulement, même après être retourné à la vie civile, mes écrits n'en étaient pas moins morbides pour autant.
Ma sœur était enceinte et, pour l'occasion, j'imaginais un futur à sa progéniture en écrivant un roman autour d'un gamin de huit ans qui assassinait et démembrait des enfants plus jeunes que lui – bah, quoi ! si tous les pires sadiques ont une mère, c'est bien qu'une mère peut enfanter d'un grand sadique.
J'avoue que le résultat était assez mauvais, depuis je me suis amélioré et, surtout, j'ai trempé ma plume dans l'encre sympathique – celle qui fait rire, pas celle qui s'évapore.
Vous ai-je dit que j'étais fainéant ? Je ne crois pas, non – que je vous l'ai déjà dit, car le constat est véridique.
Je ne me voyais pas passer huit heures par jour à l'usine ou, comme mon père, sur les chantiers. Écrire, par contre, le cul bien calé dans mon grand fauteuil, devant l'écran de mon ordinateur à laisser mes doigts vagabonder sur les touches de mon clavier, tout en grignotant des cacahouètes et en sirotant du coca, cela m'allait bien. D'autant qu'il était assez rare que j'écrive huit heures par jour. Le reste du temps, je pouvais ainsi le passer à mater la télévision.
C'était le job idéal. Une ou deux heures à tapoter, t'envoies le manuscrit à un éditeur, il te file...

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