Vendetta sicilienne
37 pages
Français

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Vendetta sicilienne , livre ebook

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Description

Le vieux Martino Morgani a été condamné au cachot après que Luigi Locatello, neveu d’un juge, et Benedetto Campestre lui ont tendu un piège pour le faire accuser de vol.


Felipe Morgani, le fils du détenu, décide de prendre le maquis afin de venger son père dans la pure tradition de la Vendetta sicilienne...

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EAN13 9791070031803
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Vendetta sicilienne
Récit d'aventures

par Charles RICHEBOURG
CHAPITRE PREMIER
 
Le grand autocar rouge et or de l'Agence Sicilienne de Voyages s'arrêta pile au sommet de la côte, juste en face de la croix de pierre grise érigée à la mémoire de Julietta Cantalupo, comtesse de Montecattini, tuée en cet endroit dans un accident d'automobile.
Marcello Albarone sauta à terre avec la souplesse gracieuse d'un sylphe, et il prit place sur une grosse pierre plate tandis que les quarante-huit occupants du véhicule se groupaient en demi-cercle autour de ce piédestal improvisé.
Enveloppant d'un geste large le paysage lumineux qui s'étendait à ses pieds, le guide prit la parole d'une voix chaude de baryton, harmonieuse comme les accents du violoncelle :
— Vous jouissez ici, Mesdames et Messieurs, d'un panorama inoubliable. Située au fond d'une baie de rêve, Palerme déploie devant vous l'éventail de ses monuments et de ses palais et au-delà du Monte Pellegrini dont vous apercevez la sombre silhouette, la Mer Tyrrhénienne étale le miroir d'azur de ses vagues plus transparentes que le cristal.
Albarone était un poète ; dès qu'il parlait, on oubliait sa casquette galonnée de cicerone officiel, et ses auditeurs suivirent avec intérêt la courte incursion qu'il fit dans le passé :
— Au cours des siècles, la Sicile a connu les vicissitudes d'une histoire tumultueuse. Colonisée par les Phéniciens puis par les Grecs, enjeu de la lutte entre Rome et Carthage, dévastée par les Goths, les Vandales et les Sarrasins, l'île a dû attendre l'invasion normande pour connaître enfin une courte période de prospérité, sous la sage administration du comte Roger.
Le guide évoqua ensuite les troubles qui ravagèrent le pays lorsqu'il passa de la maison d'Anjou à celle d'Aragon, le rattachement au Royaume de Naples, l'intervention de Garibaldi en 1860, et enfin, pour couronner cette fresque brossée à larges traits, le débarquement qui préluda à la libération. Puis, d'une voix vibrante, il tira les conclusions de son exposé :
— Trente siècles d'oppression étrangère entrecoupés de quelques décades de liberté ont donné au peuple un amour farouche de l'indépendance. Le Sicilien est un passionné ; il ne connaît d'autre loi que celle que lui dicte sa conscience !
« Pour lui, le vrai, c'est ce qu'il croit vrai ; le juste, ce qu'il pense être juste. Et personnellement, j'attribue à cette conception simpliste de la morale les drames souvent sanglants dont, aujourd'hui encore, les journaux se font l'écho.
« Après cette trop longue digression, il ne me reste, Mesdames et Messieurs, qu'à vous convier à remplir vos yeux du spectacle grandiose de la nature. Puisse sa sereine majesté vous faire oublier les mesquineries de notre humaine faiblesse !
Un murmure d'approbation salua cette péroraison inattendue ; on pardonnait le pompiérisme du style pour se laisser bercer par la musique des paroles, et, passant sans transition de la langue du Dante à celle de Shakespeare, le guide poursuivit :
— Ladies and gentlemen, situated in the curve of a lovely bay, Palermo offers to the visitor...
Puis, après un cours résumé en français à l'usage de deux couples parisiens, Marcello Albarone donna le signal du départ et le car démarra pour disparaître au tournant de la route, dans un grand nuage de poussière.
Sur le côté supérieur du chemin, les raquettes épineuses des figuiers de Barbarie servaient de haies aux vergers d'orangers et de citronniers qui s'étageaient à flanc de coteau, jusqu'au sommet de la montagne.
Les stridulations des grillons et des cigales tissaient une toile de fond monotone au silence paisible de cette journée ensoleillée ; et de temps en temps, jaillissant d'entre deux pierres comme un trait d'arbalète, un lézard jetait un éclair d'émeraude sur le sol d'ocre jaune.
Une voix enfantine couvrit un léger bruit de pas, puis une figure ronde et éveillée apparut soudain dans le feuillage :
— Tu peux venir, Francesca... Ils sont tous partis !
D'un bond de chèvre la gamine sauta sur la route, en contrebas de son poste d'observation, et emportée par son élan elle dut faire quelques pas en arrière pour tendre la main à celle à qui s'adressait son rassurant message.
— Prends d'abord la corbeille, Maria ! Es-tu sûre que personne ne nous épie.
— Certaine ! riposta la fillette en s'emparant d'une manne d'osier où deux pains énormes voisinaient avec une flasque de chianti. Du reste, à quoi bon tant de précautions ?... Je connais ma leçon, ne crains rien : nous allons porter quelques provisions à la vieille Nana, sur la route de Partinico !
Rassurée, une jeune femme vint rejoindre l'enfant ; elle était svelte, mais son corps rayonnait d'une jeunesse robuste, et son visage eut été beau sans la ride soucieuse qui lui déformait la bouche, formant un pli d'amertume à la commissure de ses lèvres.
— Il nous faut être prudentes...
Elle avait la voix grave des filles du Sud ; une voix de contralto, presque tragique ; cependant, enhardie par la solitude totale que lui avait annoncée sa petite compagne, elle poursuivit, sur un ton plus enjoué cette fois :
— Encore cinq cents mètres et nous arriverons au torrent ! Le lit en est desséché à cette époque de l'année ; c'est par là que nous rejoindrons la Gorge du Loup, à l'abri des regards indiscrets !
— N'as-tu pas peur de blesser tes pieds nus aux arêtes tranchantes des pierres ?
Francesca lança à la fillette un regard où la sévérité le disputait au reproche :
— Ne suis-je pas la sœur de Felipe ?... dit-elle d'une voix sourde. Ne sommes-nous pas solidaires depuis qu'il incarne la haine de notre famille ?... Il risque sa vie, lui ! Et moi, à peine quelques gouttes de sang !
La gamine hocha la tête :
— Moi aussi je voudrais que mon frère devienne bandit ! déclara-t-elle avec conviction, comme Felipe Morgani !
— Tu ne sais pas ce que tu dis... répliqua l'aînée. N'est pas bandit qui veut...

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