50 AE
125 pages
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Description

Août 1977. Lorsque Luc se rend avec ses amis au premier festival punk au monde, dans les Landes, il est loin d’imaginer que quarante ans plus tard, cette période de sa vie ressurgirait violemment.


Pourtant, alors qu’il s’installe dans une petite ville du Gard, Un meurtre réveille en lui une foule de sentiments qu’il pensait appartenir au passé. Le pardon, l’oubli et la rédemption seront-ils possibles ?


Entre punks, skinheads et bikers, 50 AE : première fois est un thriller musical qui vous emmènera dans un tourbillon de décibels, de fureur et d’énergie brute.



50 AE : première fois est un premier roman mêlant polar, thriller et musique, basé sur des événements ayant existé.


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Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782490591862
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Exrait

50AE première fois
BARRAS
50AE première fois
Thriller
M+ ÉDITIONS 5, place Puvis de Chavannes 69006 Lyon mpluseditions.fr
 
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
© M+ éditions
Composition Marc DUTEIL
ISBN 978-2-490591-86-2
 
À Loreleï.
Quand tu liras ce livre, tu découvriras de la musique.
De dinosaures. De la putain de bonne musique.

À tous mes amis qui sont partis trop tôt, trop vite, trop jeunes.
PROLOGUE
Près de Sabran, samedi 27 juillet 2013
Il est presque deux heures du matin quand le 4x4 et les motos stoppent dans le petit chemin en terre.
–   Allez, sortez-la et foutez-la à l’arrière, sur le plateau.
Des bras musclés la soulèvent sans effort. Elle tente de lutter, mais en est totalement incapable. Elle cherche à hurler, mais rien ne sort de sa bouche… Son esprit retrace les événements et elle en arrive à une tragique conclusion.
Ils m’ont droguée, ces salauds vont maintenant me violer. Viens vite mon amour, je t’en supplie    !
–   Allez mignonne, ne pleure pas, tu vas te régaler    !
–   Et nous auss… aussi on va sse rég… régaler    !
Le conducteur du pick-up, qui semble être le «    chef    », tire avec violence sur sa robe, la déchirant et laissant apparaître son soutien-gorge.
–   Hé, elle est bien gaulée la rebeu… Tu sais que tu m’excites déjà    ? fait-il en déboutonnant la braguette de son jean.
Il la soulève et la pénètre violemment, dans un geste sauvage et rapide. Elle n’esquisse pas un geste, mais arrive toutefois à fermer les yeux. Le violeur la gifle de toutes ses forces et lui tient fermement les joues de sa main droite.
–   Regarde-moi, salope, regarde-moi    !
Quelle haleine, j’ai envie de vomir   !
Il jouit en elle et se retire immédiatement.
–   À toi, Gros Mike    !
Gros Mike prend le relais, l’écrase littéralement sous lui, il la prend encore plus sauvagement que le premier, elle manque de s’évanouir, le souffle coupé. L’haleine fétide de son agresseur lui donne à nouveau l’envie de vomir, mais elle fixe les patchs brodés sur le blouson de son bourreau.
Après quelques minutes qui lui semblent des heures, Gros Mike laisse la place à un autre, tout aussi dégoûtant.
Mon amour, où es-tu   ? Viens me sortir de là, ils vont me tuer… par pitié   !
Son calvaire continue encore et encore, elle n’a plus aucune notion du temps qui passe, ni de combien de fois elle a été abusée. Son corps n’est que meurtrissures, les coups reçus au visage, sur sa poitrine et un peu partout sont là pour en témoigner.
–   Allez, les gars, foutez-la dans le fossé, on se casse au Chapitre, on a mérité une bonne bière    ! Et les capotes, on les jettera en route.
Elle est poussée sans ménagement dans le fossé, le puissant moteur du 4x4 rugit, les pneus projettent de la poussière et de la terre, les motos en font de même et disparaissent dans la nuit.
Elle parvient à se relever au bout d’un long moment. Elle ne sent plus rien, elle est comme dans un rêve horrible, elle veut oublier ce qui vient de se passer, elle se dit que c’était un cauchemar, sans succès.
Elle marche, tel un robot, sa robe déchirée, elle ne ressent pas la fraîcheur nocturne sur sa peau, ne sent pas les larmes couler sur ses joues. Seule une phrase tourne en boucle dans sa tête.
Juju, viens me sauver, je t’en supplie, viens me sauver…
Mont-de-Marsan, jeudi 4 août 1977
Quelle chaleur   ! Demain, c’est le grand jour   ! Un festival punk en pleine cambrouse, à Mont-de-Marsan, dans les Landes. On y était déjà l’an dernier pour la première édition, mais à part les Damned, le reste n’avait pas grand-chose de punk. Il faut dire que le mouvement venait juste de naître. Mais cette année, c’est sûr, le festival va cartonner. Avec une affiche comme celle-là, il va falloir tenir la distance, imaginez-vous un peu : les Bordelais de Strychnine seront là, les Parigots d’Asphalt Jungle et de 1984 aussi. Ainsi que les Lou’s, un groupe cent pour cent féminin, même si je ne suis pas sûr qu’elles soient de Paris. Mais il y aura surtout les Rosbifs, qui débarquent en nombre avec des groupes débutants ou presque, encore méconnus du grand public, mais ô combien talentueux et prometteurs. Pensez donc : The Police, The Boys, The Damned, qui ont sorti leur premier 33 tours en février et The Clash, dont le premier disque date d’avril   ! Si les petits cochons ne les mangent pas, ces groupes pourront percer, c’est moi qui vous le dis   !
On vient d’arriver avec ma chérie Helen et nos trois potes inséparables, trois loustics    ; «    Le Duc    », Ritchie et «    La Colle    ». Avec moi, Luc, dit «    Bouton    », on est donc cinq, unis comme les trois mousquetaires, ou plutôt comme les cinq doigts de la main, à avoir fait la route depuis la banlieue toulousaine en plein cagnard. Bien serrés dans ma magnifique Simca 1100 ES de couleur «    Rouge Sumatra    », il nous a fallu rouler plus de quatre heures, en traversant le Gers, sur des routes de campagne qui ont pour habitude de ne voir passer que des tracteurs et des moissonneuses. Le fabuleux moteur et sa puissance phénoménale de soixante chevaux ont grandement participé à cette chevauchée à fond de train, et ce, en dépit des nombreuses pauses. Pour mettre de l’essence, vérifier l’eau du radiateur, et afin de nous désaltérer aussi.
–   Helen, tu me passes une Craven s’il te plaît    ?
–   Désolée, je n’en ai plus. J’ai tout fumé les Craven A. Si tu veux, il me reste un peu de chocolat.
J’ai rencontré Helen deux ans auparavant, lors d’un échange scolaire. Et puis tout est allé très vite. J’ai tout de suite flashé sur cette petite rousse d’un mètre soixante et cinquante kilos à tout casser, un visage d’ange constellé d’adorables taches de rousseur qu’illumine une magnifique paire d’émeraudes. Elle est native de Belfast, mais a déménagé avec sa mère à Londres à la suite du divorce de ses parents. On est tombés raides dingues amoureux, elle est restée en France et, dans la foulée, nous avons conçu un très joli petit garçon   ; un petit Patrick qui lui ressemble en tous points. Paddy, comme elle le surnomme parfois en lui chantant des berceuses de son enfance. Certes, être parents à dix-neuf ans n’est pas simple du tout, mais nous avons l’insouciance de notre jeunesse, mes parents sont cools et nous aident du mieux qu’ils peuvent. Bien que n’ayant aucun diplôme (j’ai raté deux fois mon bac, préférant la musique et les sorties avec mes amis), j’ai trouvé un boulot comme magasinier. Un boulot totalement abrutissant, inintéressant au possible, mais qui remplit la marmite, un vrai boulot de punk rocker. On vit chez papa et maman, c’est pratique, on n’a pas de loyer à payer et ma mère est ravie de garder de temps en temps son petit Patrick pour le pouponner. Cela nous laisse la possibilité de sortir, d’aller voir des concerts, même si l’offre est bien plus restreinte à Toulouse qu’à Londres. Helen connaît pas mal de monde dans ce milieu punk londonien naissant, c’est elle qui se débrouille pour avoir un maximum de disques que tous ces groupes débutants sortent là-bas. C’est une copine de Dave Vanian, le chanteur des Damned. Elle me l’a présenté l’an dernier quand ils sont venus pour la première édition de ce festival et on a bien ri avec ces cinq gars bien déjantés.
Patrick est donc resté chez papi et mamie, nous sommes libres pour ce week-end qui s’annonce chaud, dans tous les sens du terme.
–   Je m’en fous du chocolat, c’est une clope que je veux    ! lui répond notre ami depuis la banquette arrière. Et rajoute :
–   De toute façon, au prochain patelin, je passe devant, on étouffe ici, même les sardines ont plus d’espace dans leurs boîtes    !
Lui, c’est Ritchie (Alain pour l’état civil, mais, comme on lui trouvait une lointaine ressemblance avec Richard Nixon…). Ce gros nounours de près de deux mètres et pesant bien dans les cent-dix kilos est vêtu été comme hiver d’un tee-shirt déchiré et d’un blouson en jean sans manches clouté sur les épaules. Et quand il vous jette son œil noir, peu nombreux sont ceux qui ont envie de continuer à sourire…
–   Tiens, prends une Camel et tais-toi, on n’entend plus la musique, lui répond Le Duc, qui est assis au milieu.
Il n’est pas plus duc que baron, mais il porte de grosses lunettes rondes qui lui donnent un air de hibou. Rien de plus simple.
L’œil sur le compteur pour constater que nous filons à la vitesse démentielle de quatre-vingts kilomètres à l’heure, je jette un œil dans le rétro et leur annonce.
–   Ritchie, tu pourras passer devant si la Reine d’Angleterre t’y autorise…
Un coup de poing dans mon épaule de la part de ma chérie, une moue faussement boudeuse et je poursuis.
–   On a frôlé l’incident diplomatique, mais je crois qu’elle te cédera la place. Et puis j’ai pensé à un truc, il va falloir que j’interdise de fumer dans la bagnole.
–   Oui, oui, c’est ça, enlève-nous nos libertés. Et pourquoi pas nous obliger à mettre la ceinture de sécurité tant qu’on y est    ? Et allons-y, interdisons aussi de fumer dans les bars, qu’en penses-tu Monsieur liberticide    ?
–   Ça va, La Colle, c’est de la science-fiction tout ça.
La Colle est le plus, comment dire, poète de nous tous. Il tire son sobriquet du fait qu’il est tout le temps défoncé à la colle à rustine, surtout la Dissoplast. Mais il est cultivé et nous fait rire très souvent.
En repensant aujourd’hui à ce périple, je suis certain que les ploucs ont encore de quoi raconter à leurs amis ou familles pendant un moment    ! De quoi alimenter les conversations dans les chaumières pendant les longues soirées d’hiver. Je me souviendrai longtemps de la tronche qu’ils tiraient en nous voyant débouler tous les cinq dans leurs troquets minables dont les sols sont systématiquement recouverts de sciure et qui dégagent un parfum suave. Un subtil mélange de fumier et de fumée de Gauloises et Gitanes papier maïs. Avec nos looks, nos cheveux décolorés à l’eau oxygénée et nos grandes gueules, nous ne passons pas inaperçus et nous ne faisons pas vraiment couleur locale. Mais je crois que ce qui les fait le plus flipper et qui les intrigue fortement aussi, ce sont les épingles à nourrice que nous avons plantées dans les joues. La mienne est reliée à mon oreille par une chaîne, tout comme celle d’Helen, une lame de rasoir est accrochée à celle de «    Le Duc    ». Ritchie, lui, c’est l’anneau dans le nez qui amuse les hommes de la terre, leur rappelant certainement les bestiaux qui sont les seuls qu’ils connaissent à porter ce genre de «    bijou    ». Mais leurs sourires s’effacent vite généralement devant le regard que leur lance notre ami Ritchie.
Le périple se poursuit en passant par les métropoles locales, Vic-Fezensac, Nogaro, Le Houga. À certains moments, nous nous prenons pour des colons traversant le Far West. Le trajet est long, la température élevée et nos trois potes sont sacrément serrés à l’arrière. Heureusement que le poste radiocassettes balance de la bonne musique dans les haut-parleurs pourris. Mais on s’en fout, on connaît les titres par cœur et on ne se prive pas de brailler, presque tout le temps en «    yaourt    », ce qui éclate toujours Helen. Le disque éponyme des Ramones tourne en boucle, qu’est-ce qu’on aime ce son nouveau, cette énergie à nulle autre pareille. Des morceaux joués à la vitesse supersonique (le titre le plus long dure deux minutes trente-cinq), des chansons déjà cultes telles «    Blitzkrieg Bop    » et son fameux refrain «    Hey Ho Let’s Go    ». Ou encore le morceau préféré de «    La Colle    », le non moins célèbre «    Now I Wanna Sniff Some Glue    ». Mais il y a également les Buzzcocks, les Vibrators, les Damned et bien sûr les Sex Pistols. En arrivant finalement à Mont-de-Marsan, on file au camping, direct. Il commence déjà à se remplir et on trouve vite un emplacement de choix, avec un peu d’ombre et loin des toilettes, quasiment au même endroit que celui où on était l’an dernier. On y plante nos deux tentes, une pour Helen et moi, les trois autres compères se partageant une minuscule tente achetée dans un surplus militaire. Enfin, suffisante pour trois personnes, mais avec la place prise par Ritchie, elle semble minuscule.
–   On s’en fout, La Colle dormira dehors ou dans la bagnole, dit-il en riant (et en mettant une grande claque dans le dos de notre pote).
–   Ouais, bien sûr, au moins je ne sentirai pas l’odeur infecte de tes pieds, riposte ce dernier avant de replonger son nez dans sa poche en plastique en continuant à sniffer sa colle à rustine.
–   Hey, les gars, vous n’allez quand même pas commencer à vous chemailler    ! On monte tout ça rapidos et on va se balader en ville, OK    ? leur lance Helen avec son délicieux petit accent anglais pour lequel je craque à chaque fois.
–   Chamailler, Helen, chamailler, je lui réponds en souriant et clignant de l’œil. J’aime bien la reprendre quand elle commet de petites fautes de français. Mais elle parle néanmoins très bien notre langue, en tout cas bien mieux que moi la sienne.
Les tentes sont à peu près bien montées, les duvets, certainement inutiles avec cette météo estivale, s’y trouvent rangés, tout comme ce qui va nous servir de nourriture, c’est-à-dire du pain de mie, de la confiture et des boîtes de pâté Lou Gascoun. Ne reste dans la voiture bien fermée à clé que notre bien le plus précieux : la glacière remplie de Kronenbourg. Qui ne resteront pas fraîches, ni pleines bien longtemps, c’est à parier    !
Un peu plus loin, il y a le coin des Espagnols. Enfin, des Basques espagnols. Ils sont une bonne centaine, venus en bus de Bilbao et de ses environs, à hurler, à gueuler, à chanter. Et à fumer. En arrivant près de l’endroit où ils se sont installés, on partage des bières, ils partagent des joints. La Colle laisse tomber pour un instant sa poche plastique pour tirer quelques bouffées bien corsées. Il se met à partir dans des délires dont lui seul a le secret, racontant à qui veut l’entendre que les arènes de Mont-de-Marsan sont en fait une base d’observation des extraterrestres, construite par les Romains. La preuve    ? C’est bien qu’on a appelé les planètes Mars, Jupiter, Vénus, hein    ? Le Duc est bien touché également. On reste avec eux un moment, mais la communication n’est pas des plus faciles, aucun de nous ne maîtrisant vraiment la langue de Cervantès. Ni couramment, ni même partiellement. Alors, certes, en mettant des «    o    » et des «    a    » à la fin des mots français, on peut tomber juste quelquefois… mais on ne tient pas une conversation entière de cette façon. D’autant plus que dans l’état où nous sommes, la gymnastique grammaticale est un sport risqué. Et que nos interlocuteurs parlent, on le suppose, plus le basque que le castillan…
On se décide donc à aller faire un tour en ville, pour prendre la température de cette petite bourgade s’apprêtant à accueillir des milliers de jeunes. Il y a fort à parier qu’ils seront prêts à tout et survoltés à l’idée de participer à ce «    Woodstock punk    ». Le centre-ville se situant à environ deux kilomètres, nous pouvons laisser au camping notre magnifique Simca 1100 et y aller à pied. Nous errons donc dans ce bourg tranquille, croisons quelques flics qui ne nous paraissent pas particulièrement vindicatifs, ils patrouillent en établissant une discrète surveillance des magasins et édifices publics, mais ne procèdent à aucun contrôle d’identité au faciès, c’est bon signe. Tout au plus sont-ils curieux et dubitatifs à la vue de nos looks. Nous voyons quelques punks et punkettes sortir d’une antique parfumerie, nous imaginons facilement que la brave dame a vendu tout son stock de maquillage, de khôl et de fards à paupières. Les flics s’attendent très certainement à un déferlement de violence et de dégâts en tout genre, j’espère qu’on leur donnera tort.
Nous en profitons pour aller nous ravitailler dans une supérette locale et en ressortons avec quelques bouteilles de bière fraîches (de la Valstar, la «    bière des stars    »), deux baguettes de pain et deux saucissons. Plus, sortie du blouson du Duc, en bonus, une bouteille de Floc de Gascogne.
–   Il faut bien goûter aux spécialités locales, dit-il en levant la bouteille après en avoir bu une belle gorgée et en claquant sa langue, comme s’il s’agissait de Dom Pérignon.
La Colle, lui, tout fier, nous montre également sa prise de guerre : un énorme marqueur indélébile.
–   Tu vas faire quoi avec ça    ? lui demande Helen en riant.
–   Fais gaffe, planque-le, tu peux aller en taule pour ça, rajoute en s’esclaffant Ritchie.
–   Pff , z’êtes con les mecs, ça peut être fun, en plus ça sent vachement bon, nous répond-il.
Je lui mets les mains sur les épaules, le regarde dans les yeux et lui dis :
–   Non, sans déc., tu vas pas te mettre à sniffer ça maintenant, tu vas vraiment pas bien La Colle    ! Allez, file-moi ça avant que tu fasses des conneries. Je lui prends le marqueur et le fourre dans la poche arrière de mon jean. Nous nous asseyons sur un banc, en face de l’immeuble de la Police municipale, à l’ombre des arbres et faisons un sort au Floc ainsi qu’aux baguettes et saucissons.
–   C’est pas mauvais, cette merde, dit Le Duc en s’essuyant les lèvres du revers de sa main et en repositionnant ses lunettes qui glissent vers le bout de son nez. Un peu sucré, mais bon. Et un peu chaud peut-être aussi. Hey, Ritchie, tu veux pas aller demander à l’épicière qu’elle te mette la bouteille au frais    ?
–   Si tu veux, fait ce dernier en prenant la bouteille presque vide et en commençant à se diriger vers l’épicerie de sa démarche si caractéristique, tel un plantigrade en quête de miel. Franchement, vous êtes difficiles    ! s’exclame-t-il en s’asseyant de nouveau par terre.
Nous restons là, dans une relative fraîcheur, profitant de cette belle journée. Nous savons qu’il faut y aller doucement sur l’alcool, que le week-end sera long et nous voulons à tout prix voir tous ces groupes. Je crois qu’on s’est même tous endormis quelques minutes, on s’est sentis ragaillardis par cette pause. Sur le chemin du retour vers le camping, à hauteur du commissariat, on entend un sacré boucan. On attend quelques instants et sept ou huit Harley rutilantes arrivent, dans un boucan d’enfer, mais à une vitesse très réduite pour se garer en épi, prêtes à repartir, juste devant la maison poulaga.
Comme de bien entendu, les bikers descendent de leurs montures d’acier comme de vrais cow-boys des temps modernes. Il ne manque plus que la poussière, les buissons épineux et une musique d’harmonica. On se regarde un instant et j’ai tout de suite un mauvais pressentiment :
–   Qu’est-ce qu’ils viennent foutre ici ces marioles    ? Vous croyez qu’ils vont faire partie du S.O 1    ?
–   Ne parle pas de malheur, Luc, me répond Le Duc, je peux pas les blairer ces vicelards, on sait qu’ils ne viennent que pour la baston….
–   Et moi, j’adore ça, ajoute notre ami Ritchie en tapant son poing droit dans sa main gauche, j’espère bien qu’il y aura de l’animation…
–   Non, je suis sûre que tout se passera bien, répond Helen, ça va être un cool festival.
Je la prends dans mes bras en lui disant :
–   Un festival cool.
Je note malgré tout un soupçon d’inquiétude dans sa voix. Mais je m’imagine certainement des trucs. Helen n’est pas du genre à s’inquiéter inutilement, elle est toujours de bonne humeur et possède cette faculté de systématiquement voir les choses du bon côté. Peut-être que son sixième sens, le fameux sixième sens féminin, l’avertit de quelque danger    ? Les bikers se dirigent vers l’entrée du commissariat et, au moment de rentrer, un petit trapu se retourne et nous lance un regard pas vraiment amical en nous détaillant de la tête aux pieds. J’en fais de même et grave dans ma mémoire ce personnage. Cheveux longs, blonds, une peau très claire, presque blanche, et un regard qu’on ne peut pas oublier. L’œil droit pratiquement fermé, la paupière barrée par une grosse cicatrice très visible, verticale, partant du dessus du sourcil pour finir sur la pommette. Mais l’œil gauche est vif, d’un bleu presque transparent, et semble vouloir scruter à travers moi. C’est très dérangeant et je me sens mal à l’aise en le voyant. Je dois être le seul, car personne ne dit un mot et je décide de ne pas en parler à mes camarades.
De retour au camping, j’ai comme un flash et trouve immédiatement une utilité au marqueur : juste devant nous est garée une Mini Austin toute blanche, immatriculée 33. Je me précipite, me mets à genoux et sors le marqueur de ma poche. Et avec la plus grande application, j’écris sur la portière «    ANARCHY IN MT MARSAN    ».
Le fou rire collectif qui suit est mémorable, à se rouler par terre en nous tenant les côtes tellement nous trouvons cela fun. Nous revenons près de nos tentes, des Parisiens viennent d’arriver, on en profite pour allumer la voiture et écouter quelques cassettes. Ils sont très sympas, ils font partie de la bande qui accompagne les Asphalt Jungle. Nous discutons un long moment, on descend encore quelques bières tout en restant raisonnables.
Les premiers bus d’Anglais arrivent également. Après un très long voyage et avoir traversé quasiment la France du Nord au Sud, ils sont claqués mais prêts pour ce rendez-vous unique. Nous trouvons curieux que des Anglais décident de descendre dans notre Sud-Ouest voir un tel festival, venant du pays où tout se passe, où il y a des tonnes de concerts chaque semaine dans le moindre pub.
La soirée se passe ainsi, au gré des rencontres, les gens vont et viennent, s’arrêtent un moment pour chanter ou danser, et finalement l’heure de mettre la viande dans le torchon 2 arrive, ce qu’on fait sans se faire prier. La journée de demain s’annonce sous les meilleurs auspices, je n’avais pas idée qu’elle finirait aussi mal.
Villefranche d’Alès, samedi 7 avril 2018
–   Et c’est avec fierté que je vous présente ici nos deux nouveaux arrivants qui, je n’en doute pas, donneront à notre commune un nouvel élan. Grâce à notre volonté, notre dynamisme et notre attractivité, nous récoltons les fruits de notre politique d’accueil et d’installation de commerces en centre-ville.
–   Monsieur le Maire, dans votre programme électoral, vous disiez attirer ici des commerces de proximité afin de dynamiser le centre-ville, est-ce exact    ? questionne le journaliste local en lui tendant son dictaphone. Un antique autocollant proclame fièrement le nom du journal. «La Loupe».
–   Absolument, c’est ce que nous sommes en train de réaliser et c’est la raison de notre présence ici même.
–   Un salon de tatouage et un magasin de disques sont-ils des commerces de première nécessité dans notre ville    ?
–   Je vous reconnais bien là, Gonthier, toujours à voir le verre à moitié vide, lui lance le maire d’un air condescendant.
Il fait un clin d’œil à la jeune femme installée à ses côtés.
–   Interrogez donc cette charmante tatoueuse et son mari et dites-leur que vous et vos amis ne voulez pas d’eux ici.
La tatoueuse se rapproche un peu plus de son conjoint et lui murmure «    Quelle ambiance    !    ».
–   Loin de moi cette idée, répond le journaliste. Puis, se tournant vers le jeune couple. Nous vous souhaitons bien évidemment la bienvenue dans notre jolie ville, et sachez que nous nous réjouissons de votre présence. Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez décidé de venir vous installer ici    ? Vous êtes originaires de Paris, me semble-t-il, est-ce exact    ?
–   Oui et non, lui répond la jeune tatoueuse. Mon époux Tom et moi-même venons effectivement de la région parisienne, mais je suis originaire du Gard et j’ai toujours eu envie de revenir y vivre. Je cherchais un endroit où m’installer dans le Sud, au soleil. Disons que j’en avais assez de la grisaille parisienne.
–   En ce qui me concerne, ajoute Tom, j’ai décidé de quitter mon emploi dans la fonction publique pour ouvrir un magasin de disques afin de pouvoir suivre Marie et assouvir ma passion. C’est un vrai projet de vie que nous avons    ! Mais je vous en prie, entrez donc visiter le studio de tatouage de Marie, le «    Studio Saphir    ».
Le maire, le premier adjoint, quelques notables locaux et le journaliste de la feuille de chou du coin entrent cinq minutes dans le studio, car il n’y a pas grand-chose à visiter. Ils adressent des commentaires élogieux à Marie sur la décoration et l’agencement et sont totalement rassurés lorsqu’elle leur explique sa vision du tatouage et son obsession pour le respect des normes d’hygiène. Ils jettent un œil aux différents books que présente la jeune tatoueuse puis sortent. Sur le trottoir où l’on peut voir les deux boutiques, Monsieur le Maire pose avec Marie et Tom pour quelques photos que prend Gonthier, le journaleux qui officie également en tant que photographe et caméraman à l’occasion. Puis ils se rendent au magasin juste à côté, le «    Croque Vinyles    ». Le maire s’arrête devant les bacs et regarde les disques (ou fait semblant de les regarder). Chaque invité l’imite, plongeant le nez dans les 33 et 45 tours.
Le maire s’exprime une nouvelle fois devant le dictaphone.
–   Voyez-vous, Gonthier, ces disques ont une âme, une histoire. Ce ne sont pas de simples fichiers informatiques compressés composés de basses, de bruits électroniques et de sons qui se répètent sans cesse en boucles interminables. Regardez, dit-il en tenant dans ses mains un disque imprimé représentant une main de squelette qui pointe un revolver devant une balle de base-ball, regardez, ce disque est une rareté, une pépite. Puis se tournant vers Tom il ajoute :
–   Je vois que vous avez de très bons goûts musicaux, jeune homme…
–   Euh , c’est-à-dire que ce n’est pas vraiment…
–   Ne soyez pas modeste, mon cher, je vois bien que vous proposez d’autres styles bien moins intéressants. Mais je peux vous assurer que si vous étoffez votre offre de rock sudiste, votre magasin ne désemplira pas et les affaires seront florissantes, je peux vous en donner ma parole.
Il regarde l’étiquette au dos en tordant légèrement la bouche et reprend :
–   Qui plus est, si vous me consentez une petite ristourne, il n’est pas exclu que nous fassions des affaires, voyez-vous.
La visite inaugurale des deux nouveaux commerces prend fin, le maire, son équipe et la presse locale laissent Marie et Tom seuls parmi les bacs de disques.
–   Et bien, remarque Marie, quel drôle de personnage, ce maire ! Comment tu l’as trouvé    ? Je n’aime pas du tout sa façon de me regarder pour tout t’avouer. Et c’était quoi, ce disque    ?
–   Je ne sais pas, ça m’a paru bizarre à moi aussi. Et son regard, pour tout dire, m’a mis mal à l’aise. Il pourrait facilement jouer dans un film d’horreur. Mais c’est vrai qu’il a l’air plus qu’à droite, le gars. Et comme tous les mecs normalement constitués, il a craqué sur ma petite Marie à moi. Quant au disque, c’est une rareté de Lynyrd Skynyrd. J’avais eu un gros coup de bol dans un lot il y a une paire d’années. Et aujourd’hui, il vaut dans les 400 euros, imagine un peu…
–   En tout cas, la mairie ayant viré à l’extrême droite, je ne sais pas si on va être les bienvenus ici…
–   Et bien on invitera les copains antifas pour se faire tatouer et acheter des disques, on participera à notre façon à la résistance. Et si jamais c’est trop malsain, on ira s’installer ailleurs.
–   Il faudra d’abord rembourser les prêts pour notre installation et notre appart, au passage.
–   Bien sûr, ça c’est un détail. Mais souviens-toi que «    plaie d’argent n’est pas mortelle    ». Et puis, tu as entendu    ? Si je change de came, les affaires vont être florissantes, fait Tom en appuyant sa remarque d’un clin d’œil.
–   Et donc, tu comptes balancer tous tes disques punk et reggae pour passer à du rock sudiste    ?
–   Et ouais, je me sens l’âme d’un vrai businessman. Place aux drapeaux sudistes partout    ! dit Tom en enlaçant tendrement Marie et en lui murmurant «    que dalle, ils vont en bouffer du keupon et de la musique jamaïcaine, ces gros porcs    ».
Ils restent un moment comme ça, sans bouger, enlacés au milieu de dizaines de vieux disques, dans cette odeur particulière qu’ils aiment tant. Ils vont enfin vivre une vie tranquille dans cette petite ville du sud de la France.
Villefranche d’Alès, samedi 21 avril 2018
Marie prend petit à petit ses marques dans ce nouvel environnement. Peu de clients, pas vraiment d’engouement pour ses motifs quelque peu délirants, pleins d’humour. L’article paru dans le journal local a commencé à provoquer son petit effet et l’accueil qui leur a été réservé est plutôt positif. Tom et Marie sont contents et satisfaits de pouvoir s’intégrer doucement dans cette petite ville tranquille. Et le bouche-à-oreille fonctionnera, sans aucun doute. Dans ce métier, c’est de toute façon le meilleur moyen de réussir. Le sérieux du travail, l’amabilité, l’écoute des clients. Alors elle ne dit rien quand on lui demande des symboles de l’infini sur le poignet, des étoiles derrière l’oreille, des mandalas ou des attrape-rêves. Heureusement que les dauphins sautant dans le soleil couchant sont passés de mode. Mais elle a aussi rencontré des gens sympas qui adhèrent à ce qu’elle propose, et elle a pu réaliser d’autres motifs que ceux que l’on voit partout et sur tout le monde.
Il en est de même pour Tom, les ventes ne décollent pas vraiment, mais les gens viennent de temps en temps, poussent la porte de son magasin et flânent en regardant les bacs. La clientèle est constituée de gens de cinquante à soixante ans, ceux qui ont connu et conservé chez eux des platines vinyles et qui préfèrent acheter des originaux plutôt que des rééditions que l’on peut trouver dans les grands magasins spécialisés. Et en discutant avec certains, il s’est rendu compte une fois de plus que l’habit ne fait pas le moine. Comme le conseiller de clientèle (il n’aimait pas le terme de banquier) qui a financé leurs projets professionnels et leur appartement. En parlant avec lui, Tom et Marie ont appris qu’il est fan des Jam et qu’il connait personnellement des membres des Ablettes et d’Oberkampf… Et il ne manque pas d’humour, ce qui ne gâche rien.
Leur appartement, un peu vieillissant mais à fort potentiel, comme l’avait si bien décrit l’agent immobilier, se situe au-dessus du «    Croque Vinyles    ». Avec les moyens dont ils disposent, Marie et Tom n’envisagent les travaux de rafraîchissement que dans un futur indéfini et certainement assez lointain. Les deux magasins étant côte à côte, ils apportent à la rue une ambiance musicale lorsque le temps est au beau, c’est-à-dire assez souvent dans cette région. Et une musique jamaïcaine, tantôt ska, tantôt rocksteady donne à cette petite rue des allures caribéennes. Quelquefois, Tom met du punk, du vrai comme il dit, des millésimes allant de 1976 à 1980. Alors, dans ces moments, Londres se rapproche de Kingston, Wardour Street d’Orange Street. Les voisins, dans l’ensemble, apprécient, et certains en profitent pour amorcer la conversation avec ces deux petits jeunes. Marie et Tom leur proposent régulièrement un café, les invitent à rentrer dans leurs «    shops    ». Ils se font doucement une place dans cette communauté peu habituée, mais pas réfractaire à leurs passions.
Ce matin-là, Marie, comme à son habitude, bichonne son salon, passant un coup d’aspirateur et préparant la venue de sa première cliente de la journée, Aurélie. Une jeune fille avec laquelle Tom a également sympathisé depuis le jour où elle avait voulu en savoir un peu plus sur la scène punk d’Irlande du Nord. Il lui avait parlé des Outcasts, Rudi, Undertones et, bien entendu, des Stiff Little Fingers. Ils avaient écouté ensemble quelques titres, il lui avait raconté quelques anecdotes et elle avait adoré. Dommage que son salaire de caissière au supermarché du coin ne lui permette pas de tout acheter    ! Aujourd’hui, elle vient se faire tatouer un anneau de Claddagh, un symbole celte représentant deux mains tenant un cœur. Pendant la session, Marie apprend d’Aurélie que le choix de ce motif est pour elle comme une évidence. En effet, elle a rencontré depuis quelque temps l’homme de sa vie.
–   Enfin, l’homme de ma vie… du moins un bon coup au lit    !
–   Ah d’accord, je vois, mais ce n’est pas tout à fait pareil, non    ?
–   Je ne sais pas, c’est à toi de me le dire, dit Aurélie en riant.
–   Euh , joker, je peux    ?
–   Mais oui, ne t’inquiète pas. Je plaisante    ! En tout cas, c’est cool que vous soyez venus vous installer ici, il n’y a rien, c’est mort ce bled.
–   Pas de jeunes de ton âge avec qui sortir et t’amuser    ?
–   Ben si t’es fan de foot et/ou de rap, oui, là tu peux avoir des tonnes de potes. Sinon…
–   Oui, je vois, mais tu sais, c’est aussi à toi de trouver comment t’évader, à toi de trouver des centres d’intérêt et pourquoi pas de les partager, de les diffuser. Justement, un peu comme nous ici.
–   Ah oui, un peu comme une évangélisation    ? Vous venez en territoire païen pour prêcher la bonne parole    ?
Décidément, cette petite a de la répartie et de l’humour, se dit Marie. Elle répond :
–   Tout à fait. On a notre dermographe et notre platine vinyle, et comme des pèlerins, on est venus catéchiser les infidèles dans ce désert culturel, n’en déplaise à ce cher maire.
–   Hey , ne dis pas du mal de tonton en présence de la brebis noire de la famille, je t’en prie.
–   Comment ça tonton    ? Tu es la nièce de…
–   De Paul Desmoulins, oui Madame, fait Aurélie d’un faux air snob. Puis elle rajoute d’un ton plus grave :
–   De ce cher oncle qui déteste les noirs, les arabes, les basanés, les asiat’, les pédés, les putes, les chômeurs, les drogués et tous ceux qui écoutent de la musique autre que celle d’Elvis et tout ce qui n’est pas bien «    blanc-blanc    ». Autant te dire que dans la famille je ne suis pas sa préférée et qu’on s’évite soigneusement. Il programme même ses venues au magasin quand je n’y suis pas, c’est pour dire.
–   Eh bien dis donc, fait Marie en levant la main et en arrêtant un instant de tatouer. Et ton copain, il le connaît    ? Il en dit quoi    ?
–   Ah , tu parles… Il est d’origine kabyle et s’appelle Amray. C’est joli, hein    ? Tu sais ce que ça veut dire    ?
–   C’est vrai, c’est joli, ça sonne bien, c’est très doux. Mais pour la signification, je dois t’avouer que j’ai oublié mes cours de berbère depuis un moment…
–   Et bien, ça veut dire l’amoureux…
–   Héhé , c’est un signe ça, ou je ne m’y connais pas    !
Aurélie rougit légèrement et continue :
–   Alors tu penses bien qu’avec tonton, ce n’est pas vraiment l’amour fou. De plus, Amray est au chômage, alors ce n’est pas sur lui qu’il faut compter pour nous donner un coup de pouce. Le seul truc, c’est l’appartement qu’on loue et qui appartient à la mairie. On le loue pas trop cher, on peut dire que c’est le seul «    avantage    » qu’on a eu de mon oncle. Et encore, il n’y est pour rien, je ne lui ai jamais demandé un quelconque piston. De toute façon, on s’en fout, on ne lui doit rien et on est bien ensemble.
–   Et c’est ce qui compte, crois-en mon expérience. Et voilà, c’est fini, tu peux aller te voir dans le miroir, ma belle.
–   Waouh , c’est magnifique, plein de détails, les petites roses autour, le contraste, j’adore    ! dit-elle en lui déposant un gros baiser sonore sur la joue.
Aurélie finit de se rhabiller, paie et écoute attentivement les derniers conseils d’entretien de son tatouage tandis que Marie finit de nettoyer son poste de travail. Une nouvelle bise plus tard, elle franchit la porte en sautillant. La joie de vivre de cette gamine fait plaisir à voir, se dit Marie. Puis le bruit caractéristique de grosses cylindrées américaines résonne dans la rue. Marie jette un œil dehors et voit trois grosses Harley chevauchées par des hommes vêtus de cuir, portant des lunettes noires et roulant sans casque, les crânes recouverts de bandanas. Ils se garent sur le trottoir d’en face et se dirigent d’un pas lent vers le studio. Un frisson incontrôlable parcourt le corps de Marie.
«    On dirait que les ennuis commencent    », pense-t-elle en tremblant.

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