Alexandre et les trafiquants du désert
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Description

Alexandre. Sami. Deux adolescents originaires de pays différents, le Canada et l'Egypte. Le hasard les réunit dans le désert, au bord de la mer Rouge. Un danger rôde autour d'eux... La police sait que des trafiquants de drogue ne sont pas loin. Une poursuite haletante s'engage, dans les sables ocres et sous un ciel lumineux. Elle entraînera les deux garçons dans des courses échevelées, où ils croiseront des personnages hauts en couleur et sentiront peser sur eux, au fond d'une mine inquiétante, la malédiction des Pharaons.
Mais les deux garçons rencontreront aussi Karim, l'énigmatique bédouin, et ils trouveront ensemble un trésor plus précieux que l'or des anciens rois d'Egypte: une véritable amitié.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 juin 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782896991372
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Alexandre et les trafiquants du désert

Du même auteur
 
Chez le même éditeur
L’Agonie des dieux, roman, 2005
Ibn Khaldoun - L’honneur et la disgrâce, roman, 2002
Amina et le Mamelouk blanc, roman, 1998, 1999
 
Chez d’autres éditeurs
La sultane dévoilée , roman, Ottawa, Les Éditions David, 2019, 274 p.
Chrétiens d ’ Orient : le courage et la foi , essai, Montréal/Paris, Éditions Médiaspaul, 2015, 192 p.
Sur les traces de Champlain – Un voyage extraordinaire en 24 tableaux , collectif, Sudbury, Éditions Prise de Parole, 2015, 298 p.
Les chemins de la liberté, tome 2 : L ’ ultime voyage , roman, Chicoutimi, Les Éditions JCL, 2014, 362 p.
Les chemins de la liberté, tome 1 : Marie et Fabien , roman, Chicoutimi, Les Éditions JCL, 2013, 356 p.
Le berger du soleil , récit, ill. de Mathieu Hains, Ottawa, CFORP, 2009, p. 3-36.
Frères ennemis , roman, Montréal, VLB, 2009, 356 p.
Le désert et le loup , récit scout, Sherbrooke, Naaman, 1985, 104 p.
Voltaire et Paris , essai, Oxford University Press, Oxford (Angleterre), 1981, 264 p.

Jean Mohsen FAHMY
 
 
 
 
 
 
 
Alexandre et les
trafiquants du désert
 
Roman
 
 
 
 
 
 
 
2007
Cavales
L’Interligne

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
 
Fahmy, Jean Mohsen
Alexandre et les trafiquants du désert / Jean Mohsen Fahmy.
(« Cavales »)
Pour les 12 ans et plus.
ISBN 978-2-923274-08-9
I. Titre. II. Collection.
PS8561.A377A748 2007 jC843’.54 C2007-900925-5
 
 
 
 
 
 
 
L’Interligne
435, rue Donald, bureau 337
Ottawa (Ontario) K1K 4X5
613 748-0850
communication@interligne.ca
interligne.ca
 
 
Distribution : Diffusion Prologue inc.
 
 
ISBN 978-2-89699-137-2
© Jean Mohsen Fahmy 2007
© Les Éditions L’Interligne 2007 pour la publication
Dépôt légal : 1er trimestre de 2007
2 e tirage : 3 e trimestre de 2009
3 e tirage : 4 e trimestre de 2011
4 e tirage : 3 e trimestre de 2014
5 e tirage : 3 e trimestre de 2020
Bibliothèque et Archives Canada
Tous droits réservés pour tous pays

À Alexandre, Sarah, Justin et Vincent,
avec affection





Chapitre premier

Un long voyage





L e soleil montait à peine à l’horizon. Les campeurs, tout joyeux, se préparaient pour une nouvelle journée, pleine de rires, de cris et de jeux.
Quatre tentes étaient disposées en carré dans le désert. Un peu à l’écart, les professeurs faisaient leur toilette à la porte de leurs deux tentes, plus petites que celles des jeunes. Ils bâillaient en s’aspergeant le visage de l’eau qu’ils puisaient dans les cuvettes.
Alexandre regardait avec curiosité Madame Louise et Madame Nathalie qui s’étiraient discrètement. Il les avait toujours vues au collège, habillées de pied en cap, et voilà qu’elles sortaient de leur tente en short et en T-shirt. Il étouffa un rire derrière sa main plaquée sur sa bouche ; autour de lui, ses copains Nicolas, Simon et Mathieu rigolaient en se montrant du doigt les deux professeures.
Monsieur Gérald – « Poil-au-nez » pour la bande de copains – était torse nu et se rasait en compagnie des deux profs égyptiens, à la porte de la tente où ils avaient dormi.
Les campeurs, une trentaine en tout, se dirigèrent vers la mer. Ils avançaient avec précaution, un pied dans la mer tiède et bruissante. Les plus courageux plongeaient dans la vague, tandis que les autres hésitaient au bord de l’eau. Alexandre se mit à asperger d’eau Simon et Mathieu, qui n’avaient encore jamais nagé dans la mer.
L’emplacement du camp était superbe. La grande plage de sable s’adossait à une montagne, l’Ataka, haute de cinq cents mètres. Au-delà de la montagne, le désert et ses dunes de sable s’étendaient à l’infini. La mer Rouge, en dépit de son nom, était d’un bleu inaltérable. Le chaud soleil régnait en maître dans un ciel sans nuages.
En sortant de l’eau, Alexandre se sécha rapidement : il fallait se préparer pour une journée pleine d’aventures passionnantes. Comment aurait-il pu s’imaginer, quelques mois seulement auparavant, qu’il se retrouverait un jour sur cette grande plage isolée, au milieu de ce pays nouveau et fascinant ? Tout cela, c’était grâce à Madame Louise. Malgré son short qu’il regardait à la dérobée et qui la serrait un peu trop à son goût, et ses cheveux ridicules qu’elle n’avait pas eu le temps de coiffer, il dut reconnaître qu’ils lui devaient une fière chandelle, ses amis et lui.

Le tout avait commencé au cœur de l’hiver, au moment où la neige recouvrait la cour de récréation et où le froid mordait la peau et rougissait le nez, les joues et les oreilles.
Le Collège Saint-Marc était près d’un vaste bois. Quelques semaines plus tôt, pendant une récréation à l’intérieur, un élève avait vu à la lisière de la forêt un orignal qui se dandinait tranquillement. Ce fut le délire : tout le monde criait, les élèves se bousculaient devant les fenêtres, et les professeurs mirent de longues minutes pour rétablir l’ordre. Le calme ne revint que quand la bête rentra de nouveau sous le couvert des arbres.
Alexandre avait douze ans (bientôt treize, ajoutait-il avec agacement quand on l’interrogeait là-dessus) ; c’était sa deuxième année au collège, une école privée d’où l’on pouvait voir les collines de la Gatineau et de l’Outaouais. Il regardait avec amusement les petits nouveaux qui venaient d’arriver à l’école, mais restait à l’écart des plus âgés, qui avaient déjà du poil sur les joues et sur le dessus des lèvres.
Alexandre était un bon élève ; tout l’intéressait à l’école. Le collège avait une excellente réputation. Le programme scolaire était exigeant, les professeurs étaient bien gentils mais ne plaisantaient pas avec les leçons, les devoirs, les examens...
Dès le début de la nouvelle année, quelques mois plus tôt, Alexandre avait apprécié Madame Louise. C’était la professeure d’histoire et de géographie. D’entrée de jeu, elle avait dit aux élèves : « Nous allons couvrir le programme, mais nous allons surtout voyager dans le temps et dans l’espace, rencontrer des gens intéressants, découvrir de nouveaux héros et de nouveaux pays, imaginer et rêver… » Alexandre avait bien aimé cette façon d’envisager les études.
Pendant quelques semaines, ils avaient parlé de la Mésopotamie. Puis Madame Louise avait abordé l’histoire de l’Égypte ancienne. Elle était enthousiaste et intarissable : elle connaissait tout de cette civilisation, elle parlait avec chaleur des pharaons, ces rois mystérieux, et des dieux qui avaient des têtes d’animaux.
Alexandre se souvenait des bandes dessinées sur les pharaons qu’il avait lues deux ou trois ans plus tôt. Puis, il y avait eu des films d’animation, et même un film pour adultes qu’il n’avait pas bien compris, où un pharaon construisait une pyramide.
Mais Madame Louise rendait cela encore plus intéressant, encore plus vivant. Elle avait organisé une exposition de dessins, d’images, de photographies et d’objets liés à la civilisation des pharaons. Pendant trois semaines, ce fut la course, la recherche, le travail tard le soir à découper des images, à peindre des affiches, à naviguer sur Internet…
Les parents étaient venus un soir admirer le résultat et avaient félicité la professeure. Quand sa maman s’était penchée vers lui pour l’embrasser, Alexandre s’était senti ridicule et avait regardé ses amis à la dérobée. Heureusement qu’ils étaient, eux aussi, empêtrés avec leurs parents qui voulaient les étreindre !
Puis, un jour, ce fut la surprise. Madame Louise avait un air bien mystérieux en entrant en classe. Après le bonjour habituel, elle avait annoncé quelque chose de quasiment incroyable.
Elle avait connu lors d’un voyage une collègue professeure d’histoire dans un collège privé du Caire, la capitale de l’Égypte. Elles étaient restées en contact, et Madame Louise avait écrit à son amie un long courriel pour parler de l’exposition de ses élèves sur l’Égypte ancienne, et de l’intérêt qu’elle avait suscité.
L’amie de la professeure lui avait répondu tout de suite : puisque les élèves s’intéressaient tellement à cette civilisation, pourquoi le Collège Saint-Marc n’organiserait-il pas un voyage d’études et de vacances en Égypte ? La professeure égyptienne s’engageait à jumeler les petits Canadiens avec des élèves égyptiens de leur âge.
Ce fut le délire dans la classe. Madame Louise dut même hausser la voix pour rétablir l’ordre. Puis elle expliqua qu’il fallait d’abord obtenir l’approbation de Monsieur le Directeur et la permission des parents.
Après quelques hésitations, la direction du collège finit par accepter, et les parents des classes de Madame Louise furent convoqués à une réunion d’information.
La question du coût du voyage fit d’abord hésiter les parents d’Alexandre. Mais le collège s’engageait à organiser des activités de levée de fonds, et ils finirent par accepter.
Ce furent des semaines frénétiques : on frappa à toutes les portes du quartier, on vendit des centaines de tablettes de chocolat et de boîtes de biscuits, on lava des dizaines de voitures (un garagiste, Monsieur Lacroix, avait prêté son terrain gratuitement) et l’on finit par ramasser une somme rondelette pour payer en partie les billets d’avion.
Les parents ajoutèrent leur quote-part et les préparatifs du voyage même commencèrent. Madame Louise envoya des dizaines de courriels à son amie la professeure égyptienne et elle passa des heures à l’agence de voyages pour trouver des billets à un prix raisonnable.
La neige avait fondu depuis plusieurs semaines quand les quinze participants au voyage se retrouvèrent, un beau matin de mai, à l’aéroport de Montréal. Les parents de huit élèves avaient assuré le transport de tout le groupe des voyageurs.
La maman d’Alexandre, Madame Campeau, avait les larmes aux yeux en embrassant son garçon. Les autres parents étaient aussi émus et Alexandre et ses amis, malgré leurs plaisanteries, étaient vaguement inquiets. Ils finirent par monter dans l’avion en se retournant à plusieurs reprises pour agiter la main.
Alexandre avait déjà pris une fois l’avion pour se rendre à Winnipeg, où vivait une de ses tantes. Pour Nicolas, Simon et Mathieu, c’était leur première envolée et Alexandre, l’air suffisant, leur donna mille conseils avant le départ de l’avion.
Madame Louise était là, souriante, dynamique comme d’habitude. Madame Nathalie, une autre prof d’histoire, ainsi que Monsieur Gérald, un professeur d’éducation physique, l’accompagnaient. Madame Nathalie était bien fine, mais les élèves se moquaient de Monsieur Gérald, qui avait commencé sa carrière bien avant leur naissance à tous – autrement dit dans l’Antiquité – et qui se rasait mal, d’où son surnom de Poil-au-nez.
Ils se retrouvèrent, douze heures plus tard, au Caire. Dès la descente de l’avion, ils furent pris dans un tourbillon de chaleur, de bruit, de paroles, de gens. Même Madame Louise semblait un peu affolée. Heureusement que son amie, la prof égyptienne, était là pour les attendre avec deux autres collègues. C’était une dame un peu grassouillette, qui s’appelait Madame Nadia ; comme elle avait les cheveux frisés, Mathieu la baptisa tout de suite Madame « Crépue ».
On les emmena dans un grand dortoir, qui servait aux internes du collège privé du Caire. Assommés par la fatigue, ils ne tardèrent pas à s’endormir.
Les trois jours suivants furent un véritable tourbillon. Il fallut tout d’abord faire connaissance avec les élèves de la classe de Madame Nadia. Les deux groupes, les Canadiens et les Égyptiens, restèrent plusieurs minutes à se regarder en chiens de faïence. Ils finirent pourtant par se mêler les uns aux autres et la glace fut bientôt rompue.
Madame Nadia et ses collègues du Collège de la Sainte-Famille – c’était le nom de l’école privée du Caire qui participait à ce jumelage – avaient préparé un programme étourdissant. On visita les pyramides et Alexandre et ses amis se décrochaient la tête afin de voir le sommet de ces montagnes de pierre, qui se perdait dans le ciel bleu.
Le lendemain, ils passèrent trois heures au Musée des Antiquités, où la momie de Ramsès II leur sembla tout à fait cool, tandis que le trésor de Toutankhamon, avec ses sarcophages en or et son masque mystérieux, les laissa bouche bée pendant de longues minutes.
La dernière journée fut consacrée à une visite du Caire antique, avec ses églises enfouies sous terre, et la ville du Moyen Âge, aux innombrables souks mystérieux et aux superbes mosquées qui lancent dans le ciel leurs minarets comme des flèches de pierre.
Au matin du quatrième jour, ils prirent un autobus qui traversa le désert avant de les amener au bord de la mer Rouge, non loin de Suez. Les organisateurs avaient en effet décidé de faire camper les Canadiens et leurs nouveaux amis égyptiens sur une plage du désert. Madame Nadia avait expliqué ce choix : « Au Canada, avait-elle dit, vous avez un désert de neige en hiver. Ici, nous avons un désert de sable pendant toute l’année. Vous allez pouvoir comparer. »
On arriva sur la longue plage juste avant le coucher du soleil, à temps pour monter les tentes. Après un bon repas, un feu de camp réunit la trentaine de nouveaux amis autour d’un bûcher qui pétillait dans la nuit. Alexandre et ses camarades d’école commencèrent à entonner les derniers succès des Cowboys fringants et des Trois Accords. Mais ils s’aperçurent bien vite que leurs hôtes ne connaissaient pas ces chansons. Ils finirent tous par se rallier autour des airs les plus récents du groupe Black Eyed Peas et de 50 Cent, que tout le monde connaissait suffisamment pour les fredonner.
Les professeurs ne tardèrent pourtant pas à ordonner le couvre-feu et il fallut se retirer sous les tentes. Les jeunes protestèrent pour la forme, car ils étaient tous épuisés.
On avait mélangé les petits Égyptiens avec leurs invités canadiens. Alexandre était un peu dépité, car, seul de ses amis, Mathieu se retrouvait avec lui, tandis que Nicolas et Simon avaient été placés dans d’autres tentes. Mais il se consola vite en constatant que parmi ses compagnons de tente égyptiens se trouvait Sami.
Alexandre avait tout de suite remarqué Sami. Bientôt douze ans, la mine décidée comme pas un, une énergie toujours bouillonnante, le jeune Égyptien était un boute-en-train qui faisait rire tout le monde. Alexandre, qui se disait qu’ils se ressemblaient beaucoup tous les deux, s’était vite lié à lui. Depuis quarante-huit heures, ils ne se quittaient plus, même si leurs accents respectifs les faisaient rire. Alexandre avait l’impression que le jeune Égyptien roulait toute une poignée de cailloux dans sa bouche en parlant français, tandis que Sami interrompait son nouvel ami à tout bout de champ en disant : « Quoi ? Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? » Ils avaient donc décidé, afin de mieux se comprendre, de ralentir leur débit.
Juste avant de s’endormir, Alexandre s’était dit qu’il avait bien de la chance. Le lendemain promettait d’être une journée palpitante.


Chapitre deux

La chasse au trésor





A près la toilette et le bain de mer, l’agitation atteignit son comble. En effet, une grande chasse au trésor devait clôturer, dans l’après-midi, toute une série de préparatifs fébriles.
La matinée se passa bien vite. À un moment donné, Poil-au-nez et un professeur égyptien quittèrent le camp, l’air de rien. Les plus futés comprirent tout de suite : les deux professeurs s’en allaient dans la montagne voisine pour semer les indices et cacher le trésor.
Dans le camp, mille rumeurs commencèrent à circuler : à quoi allait donc ressembler ce trésor ? Leur offrirait-on quelques livres, quelques romans à lire ? Les visages se plissaient alors de façon dédaigneuse. Ou peut-être chaque membre de l’équipe gagnante se verrait offrir un T-shirt orné d’une photo de pyramide ? Alors là, les visages s’épanouissaient vraiment.
Bientôt, après le déjeuner, et malgré la chaleur très vive, les campeurs quittèrent la plage en quatre groupes. Chaque équipe s’éloigna à tour de rôle et à quelques minutes d’intervalle pour partir à la recherche du trophée, qui semblait alors aux jeunes bien plus précieux que tous les trésors de Star Trek .
L’équipe dont faisaient partie Alexandre, Mathieu et Sami s’appelait les Rouges. Elle était dirigée par un collégien cairote du nom de Rafik. Les professeurs l’avaient choisi parce qu’il avait treize ans et qu’il était beaucoup plus grand que les autres, mais Alexandre et Sami se moquaient de lui dans son dos, car il était lent et réfléchissait beaucoup avant de prendre une décision.
La première partie de la chasse est aisée. Une carte, remise par les professeurs, indique clairement la direction à prendre. Les Rouges se dirigent donc d’un pas vif vers l’Ataka, l’imposante montagne qui grandit à vue d’œil.
Bientôt, au pied de l’Ataka, les choses commencent à devenir un peu plus difficiles. La carte aboutit à un petit sentier. À partir de là, il faut suivre les indices semés plus tôt par Poil-au-nez et l’autre professeur. Alexandre, Sami, Rafik et les autres, le nez à terre, marchent lentement, scrutant chaque recoin, chaque rocher. Le soleil tape dur et les garçons halètent un peu, car le sentier monte régulièrement.
De temps en temps, un cri joyeux fuse, les garçons se bousculent, pleins d’excitation : l’un d’entre eux vient de repérer l’indice qu’ils cherchent : quelques cailloux disposés à terre en forme de flèche, deux branches d’un buisson rabougri nouées d’une manière spéciale, etc. ; et la chasse reprend, dans l’excitation qui monte au fur et à mesure que le but approche.
La grimpée a été rude et tous les garçons n’ont pas ménagé leurs efforts. Aussi, une halte est décidée ; on se reposera dix minutes, avant l’ultime effort. Mais voilà que Sami proteste : les autres équipes vont peut-être rejoindre les Rouges, qui risquent ainsi de rater le trophée à la dernière minute ; lui, Sami, n’est même pas fatigué. Et il propose de précéder l’équipe, pour préserver leurs chances.
Rafik réfléchit, hésite ; mais Sami, bouillonnant, insiste, supplie presque : il faut absolument battre de vitesse les autres équipes. Et puis, Alexandre se lève : lui aussi, il est pressé, il va accompagner son nouvel ami. Et les deux garçons disparaissent bientôt à un tournant du sentier, après avoir convenu avec Rafik et les autres qu’ils les attendront une fois qu’ils auront trouvé le trophée.
Après un bref repos, les Rouges qui sont restés repartent à l’assaut de la montagne. Ils ne peuvent plus être très loin du trophée, puisque les indices sont de plus en plus rapprochés. Il faut bientôt s’arrêter, car le signe ultime annonce que le trophée est tout près et qu’il s’agit de le chercher et de le trouver.
Les garçons sont déçus : Alexandre et Sami ne sont pas là. Ils ont dû sûrement suivre une des nombreuses fausses pistes que les professeurs avaient semées, pour compliquer un peu les choses. Ces fausses pistes tournaient toutes court au bout de quelques dizaines de mètres. Allons ! Les deux garçons n’allaient pas tarder à les rejoindre.
Est-ce que le trophée est encore là, ou bien une autre équipe les a-t-elle battus de vitesse ? La meilleure manière de s’en assurer est de rechercher le précieux trésor ; les garçons se mettent à remuer chaque pierre du sentier, à contourner chaque rocher, à fouiller chaque buisson, chaque fourré.
Soudain, un grand cri fuse : Mathieu exécute une danse d’Indien, tenant en main le précieux butin, qu’il vient de trouver dans une fente du rocher qui surplombe un des côtés du sentier. Tous se précipitent, tous s’arrachent le trésor : il s’agit d’une plaque de bois où est gravée une belle croix du Nil – le symbole de vie chez les anciens Égyptiens –, entourée de l’inscription suivante : Collège Saint-Marc – Collège de la Sainte-Famille – Canada-Égypte.
C’est un vrai délire : emboîtant le pas à Mathieu et à Rafik, les garçons se mettent à danser, à tourner, à virevolter, à lancer des cris en se tapotant la bouche, et à se donner de grandes claques dans le dos.
Quelques minutes plus tard, les garçons voient arriver les équipes des Blancs et des Verts, écoliers haletants, affairés. Ils exhibent fièrement leur trophée devant les camarades déçus. Bientôt, la dernière équipe, celle des Bruns, est là aussi. Les vainqueurs triomphent un peu bruyamment, mais tout le monde admet que le combat a été loyal. Et le trophée, que l’on voulait d’abord cacher, circule bientôt entre les mains de tous les amis, admiratifs et un peu jaloux.
L’après-midi est maintenant très avancé. Il faut penser à retourner au camp. Rafik a l’air de plus en plus embêté. C’est que Sami et Alexandre ne sont pas encore là. Rafik, d’habitude calme, commence à sentir la moutarde lui monter au nez. Il va les secouer, ces deux-là, dès qu’ils reviendront.
Les amis commencent à avoir faim. Rafik se concerte avec les autres chefs d’équipe. Ceux-ci le tranquillisent bien vite : Sami et Alexandre ont dû revenir sur leurs pas. Ils sont sûrement au camp, et peut-être même se baignent-ils tranquillement dans la mer en attendant leur retour. Bref, il faut retourner au camp sans plus tarder.
Le retour est rapide, car le sentier, maintenant, descend au lieu de monter. Bientôt, les tentes sont visibles et les silhouettes de Madame Louise, de Madame Crépue et de Poil-au-nez se détachent sur le ciel où le soleil se couche dans un feu d’artifice de lumière et de couleurs. Rafik se précipite :
— Sami et Alexandre sont-ils là ?
Les professeurs sont surpris.
— Sami et Alexandre ? Non, ils ne sont pas là.
Rafik sent alors l’angoisse lui serrer très fort la gorge et c’est avec beaucoup de difficulté qu’il explique aux professeurs ce qui s’est passé. Mathieu, Simon et Nicolas pâlissent aussi, tandis que les autres camarades, sentant une soudaine tension, se rassemblent en petits groupes et commencent à chuchoter.
Madame Crépue ne tarde pas à réagir. Elle demande à un de ses collègues de partir immédiatement, accompagné de Poil-au-nez, sur le sentier de la chasse au trésor, qu’ils connaissent bien puisqu’ils y ont semé eux-mêmes les indices. Les deux profs partent d’un pas rapide, et les amis d’Alexandre s’étonnent et s’émerveillent de voir leur vieux prof d’éducation physique, celui-là même dont ils se moquent si souvent, partir d’un pas souple, l’air grave et déterminé.
Le souper des quatorze jeunes canadiens et des quatorze jeunes égyptiens se passe dans un silence impressionnant. Les professeurs eux-mêmes chuchotent quelquefois, derrière leurs mains posées devant leur bouches, mais restent silencieux la plupart du temps. Tous sentent bien que quelque chose cloche, et personne ne veut déranger Madame Louise et Madame Crépue, qui ne participent pas au repas et se sont retirées dans leur tente, d’où on les entend converser avec animation.
La nuit est maintenant bien tombée et ce n’est que trois heures après leur départ que Monsieur Gérald – plus personne n’ose dire Poil-au-nez – et l’autre professeur sont de retour, sombres et taciturnes. Ils se sont rendus jusqu’au lieu où le trophée avait été caché ; nulle part ils n’ont trouvé la moindre trace de Sami et d’Alexandre ; pour fouiller les environs du sentier et étendre les recherches, il faut être beaucoup plus nombreux, disposer de lampes, de sifflets, peut-être même de cordes.
Les professeurs décident de se concerter tous dans une tente. Tous les amis sont bien calmes et les chefs d’équipe prennent en main la cérémonie du coucher qui est bien abrégée et qui se fait dans un silence et une morosité qui contrastent avec la joie des soirs précédents.
Rafik, Mathieu, Nicolas, Simon, tous sont envahis d’une envie très grande de pleurer, et les autres amis n’en mènent pas large non plus. Tout le monde est bientôt sous les tentes et un grand silence tombe sur le camp, sauf dans la tente où sont réunis les professeurs.
Que faire ? Il y a peu de possibilités d’agir sur-le-champ. Madame Louise et Madame Crépue décident d’un commun accord de ne pas prévenir les parents d’Alexandre et de Sami – ce qui aurait été facile grâce à Internet – et d’attendre la suite des événements. De toute façon, les professeurs et les élèves qu’ils encadrent ne peuvent rien entreprendre à eux tout seuls. Et bientôt, dans le chuchotement de la conversation, le mot « police » revient à plusieurs reprises.
Dans le noir de la nuit, Poil-au-nez et deux collègues égyptiens marchent sur une petite route goudronnée qui longe la plage. Ils se pressent tous les trois vers la cabane – éloignée de deux kilomètres environ – qui abrite un minuscule poste de garde-côtes ; ils y arrivent rapidement. Mais, comble de malchance, la cabane est vide et la petite patrouille de garde-côtes qui y loge ne s’y trouve pas ce soir-là.
Madame Nadia n’hésite pas. Elle appelle sur son cellulaire le directeur du Collège de la Sainte-Famille au Caire. La conversation est brève, mais tendue. Le directeur trouve assez rapidement le numéro qu’elle recherchait et bientôt, dans la salle du commissariat de police principal de Suez, la grande ville la plus proche, le téléphone sonne avec insistance.


Chapitre trois

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