Black Mambo
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Description


Il existe des territoires où le progrès n’a pas encore éradiqué les vieilles croyances et leurs pratiques. L’Afrique, berceau de l’humanité, en fait partie.
Chamans, Mambos, Sangomas... Autant de sorciers qui œuvrent dans l'ombre à protéger les fidèles, mais aussi à réveiller les anciens Dieux, démons et loas.
Magie blanche ou magie noire, en dehors des frontières de ce continent, tel un serpent, discret et insinueux, elle se répand.
Ainsi, le jeune punk Mika sera initié malgré lui aux secrets du vaudou, en plein carnaval de la Nouvelle-Orléans, et devra composer avec l'esprit des morts, le terrible Baron Samedi et son armée de gamins buveurs de sang.
À Marseille, des meurtres rituels obligent le capitaine Dilaniti à renouer avec ses racines, le Swaziland, un pays sous dictature militaire où règnent encore les traditions liées au Muti, culte tribal qui vampirise la population.
Au Maghreb, les djinns, esprits nés d'un feu sans fumée, peuvent posséder les vivants. La grossesse avait chassé celui qui résidait en Leila. Entourée de son fils et de son mari, la jeune femme devrait être heureuse. Pourtant, un regard brûlant pèse sur son âme.
Trois auteurs reconnues de la nouvelle génération s’associent pour vous conter ces légendes africaines... À leur manière... Trois romans courts, violents et sans concessions, aux accents sauvages de ce continent insoumis.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 29
EAN13 9791090627772
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sophie Morgane Vanessa DABAT CAUSSARIEU TERRAL
Éditions du Chat Noir
Vanessa Terral
L’Ivresse du djinn
Pour son aide précieuse, pour sa gentillesse, son efficacité, tout le temps et les efforts qu’elle a donnés afin de m’aider à trouver des informations bien cachées, je veux remercier très fort Claudette Vuilsteke. Merci de tout cœur : sans vous, cette histoire n’aurait jamais été aussi aboutie ! Merci aussi à sa fille Nadège, pour sa prévenance et de m’avoir permis d’entrer en contact avec elle. Merci d’exister aux revuesAwal (www.frebend.com/awal) etLes Cahiers d’Études africaines (http://etudesafricaines.revues.org), qui m’ont fourni une bonne partie de ma documentation et qui m’ont beaucoup appris. Merci à Jessica pour sa présence, son soutien précieux, ses avis et ses corrections méticuleuses ! Merci à Mona Ben Mustapha pour ses précisions sur la langue arabe et pour ses conseils. Merci à Cécile et Mathieu Guibé, pour leur travail et leur gentillesse, mais aussi de m’avoir offert leur confiance au premier jour et de continuer à le faire. Vous êtes géniaux ! Une pensée à Patricia, une autre à Arnaud ; une pensée à ceux qui m’inspirent et une pour vous, lectrices et lecteurs ! Petite playlist d’ambiance… • Irfan, avec l’albumSeraphim:InvocatioetInvocatio II • Mor Karbasi, avec l’albumThe Beauty and the Sea • Dead Can Dance, avec l’albumToward the Within:Rakim, CantaraEt pour le plaisir :Claire Diterzi, avec l’albumBoucle:La Princesse arabe
L’Ivresse du djinn {1} Jinn(sing.),jnûn(plu., se prononcedjnoun) Créés de « feu clair » (Coran, LV 14), d’une flamme sans fumée, les djnoun sont dotés du libre-arbitre et sexués – au même tit re que les humains. Ils peuvent pénétrer dans leur esprit et prendre le con trôle de leur corps. Souvent, quand une belle femme croise le chemin d’un djinn, celui-ci la convoite. Il cherche alors à la posséder. Leur « vent » est fait de la même substance qu’une partie de l’âme humaine : lerûh. Voilà pourquoi on leur donne parfois ce nom. Je m’appelle Leila et je… Ah, oui, pardon, oui. Bie n sûr, c’est écrit dans le dossier. Quand ça a commencé… ? En fait, je crois que la première fois où il est apparu, c’était bien avant mon mariage. Je venais d ’avoir mon diplôme et mes parents me parlaient tout le temps de ça. Ils voula ient que j’épouse un homme bien, quelqu’un de gentil, qui pourrait subvenir à mes besoins. Je voulais travailler, bien sûr, mais… C’est toujours compliqu é, ces choses-là. J’avais l’impression que ce n’était pas pour moi. Le mariage, je veux dire. J’en ai parlé à une de mes tantes, Fatma, la sœur de ma mère. Fatma n’est pas mariée non plus ; je crois qu’elle ne peut pas avoir d’enfants … Elle m’a dit : Ne t’inquiète pas,kabdis. Dans trois nuits, je t’emmène avec moi. Nous iron à unechât a-fâl, un souper du sort. Tu demanderas à Dieu et à ses serviteurs de répondre à tes questions et tu sauras alors où est ta place. Elle est bizarre, ma tante Fatma. Je sais, je suis beaucoup plus bizarre qu’elle main tenant, mais elle, elle n’est pas possédée. En tout cas, elle n’est pas censée l’être. Mais c’est vrai que j’ai toujours entendu dire : « unebâyra, tu peux être sûr que… » Pardon ? Oui, excusez-moi, j’arrête et je réponds à votre question. J’en étais où ? Ah oui. Trois soirs plus tard, j’étais debout à côté de tante Fatma, sur la terrasse d’une maison que je ne conna issais pas. On chantait, il y avait huit ou dix femmes. Une gamine de dix, onze a ns préparait un couscous sans assaisonnements ni rien. À un moment, la maîtr esse de maison nous a dit que minuit était passé. Ma tante et toutes les autr es femmes ont pris une clef dans leur main gauche et j’ai fait pareil. Puis elles se sont avancées, alignées les unes derrières les autres, jusqu’à la jeune fille. Elle donnait à chacune une poignée de couscous. J’en ai reçu une, moi aussi, d ans ma main droite. Certaines femmes sont restées sur la terrasse, à se mer des grains de semoule dans les coins. J’ai suivi Fatma dans le quartier. Nous avons pris le chemin de la maison et, à chaque carrefour, nous jetions un p eu de couscous en direction
des rues qu’on croisait. Ma tante disait des sortes de prières, je ne me souviens plus très bien. Je les répétais mot pour mot. Elle gloussait : les ombres lui répondaient et ça avait l’air de correspondre à ses vœux. De mon côté, j’étais moins heureuse. Les ombres me montrèrent sept tenue s à un premier croisement, puis un palanquin à un deuxième. Au tro isième carrefour, je vis sortir de l’obscurité mon visage et le haut de mon corps. Il y avait un foulard blanc autour de mon cou, unragbtu– encore une image qui me parlait de mon mariage. Je suis restée là pendant que Fatma s’éloignait. El le venait de jeter ses derniers grains de semoule et avait rangé la clef d ans son sac. Peut-être qu’elle voulait me laisser un peu d’intimité ? Je ne sais p as trop, je me souviens seulement à quel point j’étais furieuse face à mon reflet. Je n’arrivais plus à bouger, je fixais le foulard comme si mon regard po uvait l’enflammer. Je ne voulais pas me marier ; je ne voulais pas d’enfants , ni me retrouver soumise aux caprices d’un homme. Je voulais être libre ! Gérer ma vie et faire ce dont j’avais envie sans rendre de comptes à personne ! Je ne pou vais pas croire que Dieu se soit trompé à ce point sur mon destin. Pourquoi m’avait-il donné de telles envies si je devais me… Pardon ? Oui, excusez-moi, jamais je n’oserais critiquer le Tout-Puissant. Je sais maintenant que c’était l’autre qui parlait en moi. C’est lui qui crée dans mon esprit ces pulsions infamantes et ma volonté, sans l’aide de Dieu, est trop faible pour s’y soustraire. J’étais toujours en train de fixer le foulard quand il a commencé à changer de couleur. Au départ, c’était très subtil, une tou che de rose, comme sur les jeunes pétales des pommiers. Mon fantôme ne bougeai t pas ; son –m o nvisage demeurait toujours aussi inexpressif. La teinte s’est faite plus vive, des taches de rouge sont apparues. On aurait dit des go uttes de sang – et je restais là, sans broncher. Puis le foulard entier est deven u vermeil –rouge sang–, comme si le mariage buvait ma vie à mon cou, comme s’il mangeait mon cœur. Et j’avais toujours ce regard vide, résigné et vitr eux. Ça n’était pas moi, ça ne pouvait pas être mon destin ! J’ai hurlé, hurlé si fort ! Quelqu’un a attrapé mon bras – ma tante Fatma, je l’apprendrais plus tard. Sur l’instant, il n’y avait que cette rage qui brûl ait en moi. J’avais chaud, je transpirais, à croire que la lune avait fait place au zénith. Les mains m’ont lâchée. Il paraît que je l’ai brûlée elle aussi, pa r la chaleur que dégageait mon corps. J’ai jeté le couscous que je tenais encore pour chasser la vision. Deux yeux rouges sont apparus dans les ombres. Ma t ante s’est tue – et moi aussi. Un grand froid m’a saisie. La gueule d’u n chien noir s’est détachée de l’obscurité. C’était une bête énorme, avec une mâchoire carrée et puissante, des épaules très larges. On a cru qu’il allait se jeter à notre gorge et nous tuer sur place. Fatma est tombée face contre terre et a prié le Tout-Puissant. Quant à moi, je… Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai avancé vers le chien. C’était comme si mon corps ne m’appartenait plus : je ressentais le poids des membres, ma respiration, mais je ne le contrôlais plus. J’étais enfermée dans un coin de mon esprit, condamnée à avancer vers cet animal pour me faire dévorer. À un mètre
de lui, j’ai tendu la main. Il ne disait rien – j’a urais presque préféré qu’il grogne plutôt que ce silence qui rendait ce que je vivais encore plus inquiétant. D’ailleurs, maintenant que j’y pense, il n’y avait plus un bruit. Même les pleurs et les prières de tante Fatma s’effaçaient dans la nuit. La bête s’est jetée sur ma main gauche et l’a mordu e. J’ai crié. Une fois, je me suis brûlée sans faire exprès, avec le fer à rep asser : là, c’était pareil. Ses crocs étaient comme du métal chauffé. J’en porte encore la marque, tenez… Oui, pardon, oui… Excusez-moi, à chaque fois que je repasse cette histoire dans ma tête, je suis tellement dedans que j’oublie que c’est moi qui me suis mordue toute seule. C’est vrai… Comment ça se termine ? Oh, on en est presque à la fin, là. Le chien m’a lâchée. Je me suis évanouie et j’ai repris connaiss ance à l’hôpital, dans le service des urgences. Mon père a interdit à tante F atma de me revoir. On a quand même pu échanger quelques mots au mariage d’u n cousin, mais elle ne se souvient plus de grand-chose. La peur a été tellement forte qu’elle a bloqué sa mémoire – c’est ce que les médecins lui ont dit. Oui, bien sûr, voir sa nièce se mutiler et ronger sa main jusqu’au sang, au point d’en avoir plein la bouche, il y a de quoi être secouée. D’ailleurs, elle, elle n’est pas folle comme moi. E lle sait bien ce qui s’est passé cette nuit-là : c’est ce que les médecins lui ont dit. Services psychiatriques du CHU Ibn Al-Hassan, à Fès Extrait du dossier de Mme Leila Benhadj
Lacérémonie du henné Il faisait chaud ce jour-là. Leila suait dans sa te nue bleue brodée d’argent. Idriss avait du retard, mais il n’allait plus tarder. Tout était prêt pour la cérémonie du henné. Les deux officiantes, vêtues de djellabas aux motifs de panthère, avaient tendu des tissus aux couleurs de la fiancée sur le canapé et sur le mur derrière celui-ci. Les invités – des membres des de ux familles – vaquaient ici et là, prenant des nouvelles et faisant connaissance a vec ceux d’en face. Plusieurs hommes étaient sortis fumer, mais la chaleur inhabituelle les avait vite convaincus d’écraser leur mégot et de rentrer boire un verre. Quelques-uns avaient revêtu leur chemise des grandes occasions. Khalil, le plus jeune frère de Leila et son préféré, en faisait partie. En reva nche, la totalité des femmes s’étaient mises sur leur trente et un, rivalisant d e grandes djellabas aux teintes vives et de larges bijoux pour faire honneur aux futurs mariés. Enfin, Idriss passa la porte. Il fut accueilli par des sourires, les mines faussement contrites des hommes et les reproches de s femmes, oubliés aussitôt qu’ils étaient prononcés. Leila admira l’homme. Ses amies le trouvaient beau. Il portait un bouc et ses joues étaient rasée s de frais. Ses cheveux coupés courts, d’un noir profond et chaud, étaient plaqués en arrière par une légère touche de gel parfumé. Certes, son fiancé au rait dû arriver plus tôt, mais ce n’était plus important, maintenant qu’il l’embra ssait sur une joue – une marque d’affection rare qui l’embarrassa. Il dispar ut un instant, afin d’enfiler un costume blanc, et prit place à sa gauche. Leila por tait une couronne de métal argenté, orné de faux diamants, qui la désignait comme la reine de cette journée – en tout cas, le point de mire. Idriss était genti l, attentionné sans se montrer trop envahissant. Il avait une bonne situation, ce qui plaisait à ses parents. Alors pourquoi la future épouse continuait-elle à croire que son mariage était une énorme erreur ? Cette pensée l’avait obsédée durant toutes ces semaines de préparatifs. La jeune femme s’était dit qu’elle dis paraîtrait dans l’agitation de la cérémonie, que le contact du henné propitiatoire la chasserait, mais elle était toujours là, à tourner en rond dans sa tête. Elle c riait parfois tellement fort que Leila n’entendait pas ce qu’on lui disait à côté. U ne femme disposa un petit coussin blanc sous sa main droite. La mariée se pré para à plusieurs heures d’immobilité. Il faudrait orner sa paume et le revers de celle-ci de motifs précis et compliqués, puis la main gauche et enfin ses deux p ieds. Ensuite, bien sûr, le henné devait avoir le temps de sécher. On avait dis posé un plateau avec du thé et de l’eau près du couple, mais elle savait qu’elle n’y toucherait quasiment pas malgré la chaleur : elle ne pourrait pas se rendre aux toilettes avant que la dernière goutte brune fut bien incrustée dans sa peau. La première heure se révéla aussi pénible qu’elle l ’avait imaginée. Les femmes des deux familles dansaient et chantaient po ur divertir les époux, mais leurs gesticulations, leurs rires, leur you-you et le bruit assourdissant des tambours lui donnaient mal à la tête. Dans son malh eur, la pièce se trouvait assez grande pour accueillir l’orchestre dont la mu sique résonnait autant contre
les murs que dans son crâne. Le cameraman venait tr op souvent la filmer, braquant un projo caniculaire sur son visage qui dé goulinait de sueur. Son malaise grandissait, elle voyait flou. Des centaine s de coups d’aiguille parcouraient son visage, tant ses muscles en avaien t assez d’être tirés dans un sourire pitoyable et forcé. Des nausées lui tordaie nt l’estomac. Elle serrait les dents, angoissée. Pourvu qu’elle ne vomisse pas dev ant tout le monde ! Pourquoi avait-elle accepté de se marier ? Pourquoi, pourquoi… ? La salle tournait autour d’elle. Elle ne comprenait plus si les rires célébraient sa joie ou se moquaient de sa mine défaite, de son fond de teint qu’elle sentait partir en grosses coulées. Elle ne voulait pas se m arier – pas à cause de cet homme, Idriss, ni parce qu’elle aurait voulu poursu ivre ses études ou Dieu savait quoi. Elle ne devait pas se marier, tout sim plement parce qu’elle n’était pas faite pour ça. Cette pensée la rendait ivre. So n menton heurta son torse alors que sa conscience vacillait. Sa tête se redre ssa aussitôt. Pourvu qu’on ne l’ait pas vue s’endormir ! Mais Leila ne se faisait pas d’illusion : l’assemblée ne perdait pas une miette de ses gestes et des inconnu s en recevraient l’enregistrement. Les visages se fondaient dans une ronde effrénée ; ses yeux ne parvenaient pas à accrocher des traits familiers , un sourire qui aurait pu la rassurer. Où était sa mère ? Où se trouvaient Ibtis sam, la sœur en qui elle avait le plus confiance, ou son frère Khalil ? Elle ne pe nsa même pas à se tourner vers son époux. Elle ne savait plus rien, hormis la chaleur et cette angoisse qui remontait dans son œsophage, comprimant sa poitrine . Ses poumons n’avaient plus l’espace de s’ouvrir. Puis il y eut un moment – le meilleur des moments – où tout se calma. Son esprit lâcha prise. Sans doute avait-il rejoint le chœur des anges. Elle tomba dans un silence duveteux, aussi tendre et savoureux qu’une pastilla – et vu ce qu’on lui raconta de ses actes, c’était mieux ainsi. Un oiseau chantait au-dehors. Ce fut cette mélodie qui la sortit de sa torpeur. Elle était couchée dans une petite chambre , les persiennes fermées et la fenêtre ouverte. Sa mère se trouvait là, ainsi qu’Ibtissam et leur autre sœur, et même la tante Fatma. Il y avait du monde dans la pièce, mais moins que durant la cérémonie du henné. Elle sursauta. Effarée, elle amena ses deux mains au niveau de sa figure. Seule la droite portait un tat ouage complet ; la gauche n’arborait que quelques traits. Dans une deuxième b ouffée de honte, elle se rappela Idriss. Comment avait-elle pu l’oublier, al ors que l’interruption de la cérémonie devait le toucher aussi durement qu’elle ? Elle regarda autour d’elle, l’esprit plus vif et affermi déjà. Il était assis à son chevet, sur une de ces chaises si vieilles que le s iège avait déjà été rempaillé. Son fiancé se pencha vers elle, l’air sombre. Ses l èvres bougeaient ; il devait être en train de lui parler, mais elle n’entendait rien. À l’instant où elle s’en aperçut, un bouchon sauta dans ses oreilles. Les br uits s’y déversèrent, violents, heurtant ses tympans. Simples murmures, les voix éclataient comme des vitres brisées. Elle porta ses mains à ses tempes et cria : — Taisez-vous ! Et ils se turent.
Des larmes coulaient sur ses joues. Que lui arrivai t-il ? Idriss lui caressa l’épaule afin de la réconforter. D’un geste de la tête, il désigna un homme auquel Leila n’avait pas fait attention. Celui-ci portait une chemise blanche et un pantalon noir. — C’est le docteur Sefraoui. Il est médecin, mais il possède aussi un peu de baraka par la grâce de l’un de ses ancêtres. Il s’interrompit, jeta un coup d’œil aux autres per sonnes présentes. Il y eut des soupirs forcés et des protestations, mais toute s sortirent, même la mère de Leila. Seuls restèrent Idriss et le médecin. Ce der nier prit la parole. Ses doigts tripotaient l’un des petits boutons à sa manche droite. — Mademoiselle, en tant que membre du corps médical, mon diagnostic est que votre cas relève du domaine psychiatrique. Vous n’avez aucun symptôme physique de la crise que vous avez vécue, à part un peu de fièvre et une légère baisse de tension. Toutefois, j’ai déjà croisé des comportements identiques et, avec l’aide de Sidi Harazem, mon saint ancêtre par le sang et par le lait, j’ai appris à reconnaître les malheureux que les djnoun dépossédaient de leur corps. Dites-moi, et ne me mentez pas, par le Très- Grand : avez-vous souvenir de ce qui s’est passé ? Elle réfléchit, inquiète de se tromper. Une sorte d e migraine l’empêchait de se concentrer, un mal étrange puisqu’elle n’en souf frait pas vraiment. Cela ressemblait plutôt à un nuage noir, une semence de tempête où grondaient des éclairs prêts à la déchiqueter. — Non, je… Tout allait très vite, il faisait trop c haud et je me suis évanouie. C’est tout… Non ? Son fiancé et le médecin échangèrent un regard cont rit. Elle détesta ça : être mise à l’écart comme une pauvre créature fragile, stupide et pitoyable. La violence de sa haine la souffla. Quand les yeux des deux hommes se posèrent sur elle, leurs visages s’affaissèrent encore. Sans doute pensaient-ils que son air défait venait de son malaise… Comment imaginer qu’une jeune fille frêle et obéissante avait eu la soudaine impulsion de casser son verre et de leur planter les tessons dans la gorge ? Idriss se pencha vers elle et lui prit la main. Elle dut se faire violence pour ne pas la retirer. — C’est ma faute. J’ai mis trop de temps à arriver à la cérémonie. Le professeur Sefraoui pense qu’un djinn a profité de mon absence. Quand il t’a vue si belle, sans un protecteur pour veiller sur t oi, il est parvenu à s’infiltrer dans la maison et est entré dans ton corps. Tu n’es pas responsable de tout ça. Visiblement, non, elle n’était responsable de rien. N’aurait-elle pas dû en être heureuse ? Si, bien sûr. Au moins, elle n’aura it pas à répondre pour des actes dont elle ne se souvenait pas. Mais il y avait quelque chose de frustrant dans tout ça… Le jeune homme reprit la parole, sans percevoir les émotions qu’il avait éveillées en elle. — Mais rassure-toi, je vais réparer mon erreur. Je connais quelqu’un qui pratique lesra’. Il obligera le djinn à révéler son nom et le contraindra à quitter ton corps. Repose-toi et sois forte. Si tu n’y arrives pas, ce n’est pas grave : un
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