Brunehilda première reine de France
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Description

Sa vie a le parfum d’un thriller.


Elle en a le goût de plomb, de fer et de feu. Pourtant tout avait bien commencé.


Princesse wisigothe, pétrie de romanité, enfant gâtée par la richesse et le pouvoir, la voilà mariée... et amoureuse. Reine d’Austrasie, épouse de Sigebert Ier. Tout est paradis dans le meilleur des mondes.


Mais c’est sans compter avec une fortune contraire. Nous sommes en 565.


La pythie lui avait dit : va vers ton destin que personne ne peut t’envier.


L’engrenage s’enclenche et les assassinats successifs de sa sœur à la cour de Neustrie et de son époux par traîtrise vont lui forger une volonté de fer. Elle a encore cinquante ans à vivre, cinquante ans de combats permanents. Dotée d’un caractère hors norme, elle voudra protéger sa descendance jusqu’à la folie. Sa dernière action sera de confier une armée à son arrière-petit-fils de douze ans. Ainsi en allaient la vie et la mort sous les Mérovingiens.


C’est le portrait sanglant d’une dynastie qui se meurt sur les marches du monde moderne. Brunehilda aura donné à son royaume de caractère germanique un destin européen

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EAN13 9782374538839
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Exrait

Présentation
Sa vie a le parfum d’un thriller.
Elle en a le goût de plomb, de fer et de feu. Pourtant tout avait bien commencé.
Princesse wisigothe, pétrie de romanité, enfant gâtée par la richesse et le pouvoir, la voilà mariée… et amoureuse. Reine d’Austrasie, épouse de Sigebert Ier. Tout est paradis dans le meilleur des mondes.
Mais c’est sans compter avec une fortune contraire. Nous sommes en 565.
La pythie lui avait dit : va vers ton destin que personne ne peut t’envier.
L’engrenage s’enclenche et les assassinats successifs de sa sœur à la cour de Neustrie et de son époux par traîtrise vont lui forger une volonté de fer. Elle a encore cinquante ans à vivre, cinquante ans de combats permanents. Dotée d’un caractère hors norme, elle voudra protéger sa descendance jusqu’à la folie. Sa dernière action sera de confier une armée à son arrière-petit-fils de douze ans. Ainsi en allaient la vie et la mort sous les Mérovingiens.
C’est le portrait sanglant d’une dynastie qui se meurt sur les marches du monde moderne. Brunehilda aura donné à son royaume de caractère germanique un destin européen.




Passionnée par l'histoire et les religions anciennes, Christine Machureau s’est aussi adonnée aux voyages lointains. Toujours curieuse de documents non utilisés, sa formation scientifique lui donne l’avantage d’une grande rigueur dans ses recherches. C’est ainsi qu’alliant ses deux passions, elle nous rend, dans un contexte historique et aventureux, des romans extrêmement attachants.
BRUNEHILDA
PREMIÈRE REINE DE FRANCE
La Gloire et le Sang
Christine MACHUREAU
Les Éditions du 38
À Jacques, mon mari.
Pour toujours et à jamais.
Tu as pris toutes mes larmes
et emporté mon cœur.

Advienne que pourra…
Préambule
Nos ancêtres les Gaulois… Combien de fois avons-nous entendu cela ?
Oui, c’est vrai. En partie.
Les Gaulois sont des Celtes dont l’histoire est riche de résistances et d’intelligence. La Pax Romana les a amollis. Mais qu’importe, ils jouissent de leurs acquis et survivent dans le souvenir de grandeurs déchues, la leur et celle de l’Empire romain, affaibli et noyé justement par trop de grandeur. Déferlant en bandes sauvages, les Germains, toujours en quête de richesses aisément acquises, saisissent un pouvoir laissé vacant par Rome. Ils franchissent le Rhin et ne rencontrent pratiquement pas d’obstacle à leur voracité.
Ces Germains sont des Francs. Ils poseront sans le vouloir vraiment les fondations de notre pays. Comment peut-on créer les prémices d’une nation sans grande passion pour une terre ? Sigebert, troisième fils de Clotaire, en aura la grandeur et, plus surprenant, c’est son épouse, Brunehilda, princesse wisigothe venue du pays chaud d’au-delà des Pyrénées qui, délaissant la quenouille, représentera la force nécessaire à cette formidable ambition.
C’est l’histoire secrète de cette reine d’exception que je vous propose ici. Mais c’est la sœur putative du roi Sigebert qui vous la contera, car rien ne vaut les contemporains pour disséquer l’intimité de l’Histoire.
Avertissement
J’ai longuement songé au nom que je donnerai à mes héroïnes. En ce qui concerne l’identité de Brunehaut, il y avait pléthore de dénominations. Il me fallait choisir et tout en restant dans l’histoire, je voulais me démarquer un peu. Depuis le XIIIe siècle, donc après son existence, c’est Brunehaut, mais il y eut l’aspect germanique et l’allure latine. On entend donc Brunehaut, Brunehilde, Brunichildis. Alors ce sera Brunehilda, rarement employé, mais tout aussi authentique. Reine magnifique.
Et il y a la demi-sœur de Sigebert… Je voulais un son germanique, sans être trop rude à l’oreille, j’ai trouvé Carlyne. Personnage ambigu.
Je vous laisse découvrir ce roman.
REGNUM FRANCORUM
LA GLOIRE ET LE SANG
Chapitre 1
An 565

— Bruni ! Bruni !
La voix de la mère de Brunehilda résonne dans l’escalier de pierre. Ses deux suivantes se raidissent au garde-à-vous en attendant la tornade imminente. La reine est ronde sans être grasse. De taille moyenne, elle agite les bras comme des roues de chariot, chacun sachant que le geste double l’efficacité de la parole. De la parole, elle ne manque point, une voix de stentor la précède souvent. Pas toujours… quand le roi Athanagild est présent le ton se fait murmure, un moyen comme un autre de forcer son époux à tendre l’oreille devant tous. On repère la reine Goswinthe de loin, car elle promène dans tout le palais une chevelure d’un roux flamboyant. Elle a d’ailleurs tendance à mettre le feu partout où elle passe. Eligease, sa secrétaire, ouvre la porte en grand pour laisser passer la reine.
— Brunehilda, ton père te réclame au salon de réception. Arrange-toi un peu !
La jeune fille a quinze ans et justement elle se préparait à aller voir son amie Cloaram… Ho ! Pas tellement pour elle… mais pour son frère… il est beau comme un Dieu de l’Olympe ! Ce petit jeu dure depuis un certain temps. Alors elle a mis une nouvelle tunique.
— Changez-moi cela. Je veux qu’elle porte sa robe bleu et or, avec ce diadème.
Le ton ne supporte pas la réplique.
Brunehilda comprend que ce n’est pas pour la punir ou la réprimander que son père a besoin d’elle. Comme depuis bientôt deux ans, c’est encore un prétendant qui veut la voir. Quand Athanagild comprendra-t-il qu’on ne mène pas les filles comme des génisses au taureau ? Elle ne veut pas se marier ! D’ailleurs sa sœur aînée ne l’est pas encore. Elle veut rester à la cour de son père où les distractions sont nombreuses, dans un cadre qui lui convient. Il espère toujours que la vue d’un homme va la séduire… Les hommes, ce n’est pas ce qui manque ! Ils ne sont pas aussi beaux que son dieu de l’Olympe qui, lui, n’est pas encore aussi beau que son père ! Cette prestance indéniable que cultive le roi est soigneusement entretenue par différents artifices… Il ceint dès le matin une couronne de laurier d’or tel un empereur romain. À propos, il a duré sur son trône plus que le dernier de ces patriciens. Une barbe amoureusement brossée, parfois même tressée, est juste raccourcie pour laisser la place à un torque où s’enchâsse une pierre bleue qui vient d’au-delà des mers. Et sa toge, une nouvelle tous les matins, est bordée de fils d’or. Sa chevelure châtaigne parsemée de nattes et d’amulettes est la seule concession qu’il fait à ses ancêtres issus des plaines herbeuses si lointaines que l’on peine à s’en souvenir…
Richild relève les cheveux bouclés de sa maîtresse avec des pinces de fer que cachera le diadème amené tout exprès par sa mère. En deux ou trois mouvements, voilà Brunehilda parée comme une châsse. Le nez droit et le regard aigu, son visage est empreint d’une beauté martiale. Le cou souple et les bras ronds, son buste généreux s’appuie sur une taille fine. Grande et musclée, elle est couronnée de la même chevelure brûlante que sa mère. Elle n’est pas sainte, même si un poisson orne sa peau de vierge. La mère attend, le menton levé et c’est en frôlant les dalles que les deux femmes, têtes droites et épaules raides, toujours précédées par Eligease, se dirigent vers la salle principale du palais. Des flambeaux noircissent les murs dans les recoins sombres, agitant les ombres passantes. Elles rejoignent une porte colossale en bois de cèdre du Liban que gardent pas moins de six soldats qui se mettent à quatre pour faire pivoter un énorme vantail. C’est un dallage à la romaine parsemé de griffons qui déroule ses couleurs ocre et bleu sous leur pas vif. Juste face à la porte, Athanagild, roi des terres d’Hispanie, siège sur une estrade en ébène, ce qui ajoute de la solennité aux entrevues. Il n’est pas seul.
Sur sa droite deux barbares aux épaules larges, à la peau rougie de soleil, se campent fermement sur leurs jambes, telles des statues de bronze. Les deux femmes se postent sur le devant du trône venu de Syrie, incrusté de nacre. Elles inclinent le chef et attendent que leur époux et père leur adresse la parole, ce qui ne tarde pas. Ni la mère ni la fille n’ont jeté un regard aux invités. Goswinthe par un mouvement tournant se retrouve sur un siège à deux pas de l’époux roi, mais en retrait. Brunehilda est debout derrière sa mère. Elles peuvent maintenant détailler les émissaires du roi Sigebert d’Austrasie.
Ils sont bels hommes. Aussi grands par la taille qu’Athanagild, ils portent les cheveux clairs à hauteur des muscles du haut du bras. La moustache est tombante à la mode gauloise. La barbe est courte et soignée. Leur cou puissant cerclé d’un torque en argent guilloché tranche sur les bracelets en or des biceps. Les dagues sont somptueuses, argent et ivoire. Ils ont déposé à l’entrée leur épée, car on ne leur en voit pas. Ils ont fixé leurs yeux sur le visage de Brunehilda, qui n’a pas vu les hommes caresser sa croupe du regard.
— Ma fille, pendant que nous conversons, veux-tu nous jouer une ballade ? Point trop fort…
Ces émissaires doivent être importants pour que son père la mande pour une ballade… La jeune fille du haut de ses quinze printemps est méfiante, on a tant voulu de fois la marier ! La ballade des roses, elle la connaît plus que par cœur et cela lui permettra de jouer sans y penser et d’observer. Elle cale l’instrument sur sa cuisse et lance une note. Le son est clair et les pierres lui font écho. Sous ses cils veloutés, elle regarde le groupe des hommes. Une femme sait voir les yeux fermés…
Et ce qu’elle remarque ne la rassure guère. Son père tarde à parler et tous ont les yeux fixés sur elle. Elle saute une note… exprès… Ces vieux chevaux sur le retour ne s’en rendent même pas compte ! Elle aura vite fait de s’en débarrasser. Elle ne veut pas savoir le nom du noble homme qui s’intéresse à elle. Sa mère, aussi instruite qu’elle en latin, mathématiques grecques, religion et musique, a eu l’oreille alertée. Elle se penche vers le roi.
— Cette enfant va encore tout faire capoter. Interromps ce récital et renvoie-la.
L’époux lève la main et dans une expiration à la limite de l’irritation, la princesse lâche l’instrument. Elle incline la tête vers son père et se retire d’un pas décidé. Le lourd vantail se referme et Goswinthe soupire, soulagée.
— Nous avions entendu parler de la beauté de la princesse « Haut roi des terres chaudes ». Elle est en deçà de ce que nous savions. Permettez que nous appelions nos serviteurs ? Nous voudrions ne pas repartir sans votre réponse et sans offrir quelques présents à la princesse d’Hispanie.
Hum… accepter les présents, c’est déjà une réponse… Athanagild consulte son épouse du regard. C’est elle qui fera plier l’enfant. Le pourra-t-elle en l’état ? Imperceptiblement, la reine a fermé les yeux. C’est un oui.
— Faites.
L’un des deux hommes quitte la salle et aussitôt les deux vantaux tournent sur leurs gonds de bronze. Six barbares plient sous les coffres. Un émissaire les fait poser à même le sol et, grandiloquent, dans un geste majestueux, les descelle un par un.
Athanagild ouvre subrepticement la bouche et la referme aussitôt. Il ne peut décemment montrer sa surprise. Car il aime l’or Athanagild, et c’est là présent de roi. Ce Sigebert doit être bien riche… il y a là un coffre rempli à ras bord de pièces de toutes sortes. Un autre de gemmes, de vases, de perles. Un autre encore renferme des fourrures. Et, surprise, un autre, des livres religieux, un autre des statuettes d’ivoire, des défenses de morse, animal fabuleux que peu connaissent. Alors comme pour enfoncer le clou, d’une cache profonde du dernier coffre, le barbare exhibe une dague de chasse au manche étincelant d’or et de pierres carminées, appelées rubis, dans un écrin d’ivoire. C’est un cadeau d’Empereur… Athanagild s’en saisit, le rouge lui monte aux joues. Il ne manque pas de richesses, mais c’est là pièce exceptionnelle. On voit les émissaires plisser les yeux, ils savent qu’ils ont gagné, réussi leur tâche, encore qu’il faille toujours craindre dans ce genre de mission diplomatique un retournement politique. Mais l’affaire semble vraiment bien engagée.
Chapitre 2
Le Wisigoth venait de voir s’éloigner les émissaires du roi d’Austrasie. Ils avaient été logés dans une dépendance de la Villa {1} . La reine était retournée à ses activités. Il se leva lourdement en plissant les yeux qu’il avait légèrement étirés vers les tempes. Irrésistiblement, il était attiré par les coffres ouverts sur des trésors considérables. Il se campa devant, les poings sur les hanches, remontant ses mâchoires en signe de perplexité. Pour réfléchir, il devait être à l’aise. Il héla un esclave qui n’était pas loin et réclama son ceinturon. Cette toge qui vous liait un bras l’ennuyait à mourir. Un bon cuir cerclant sa panse de buveur de bière, et il se sentait déjà mieux.
Il s’approcha des présents et immergea sa main forte aux doigts courts et boudinés dans l’amas de pièces d’or. Qui d’autre qu’un roi pouvait ressentir ce contact sensuel de l’or glissant sur sa peau ? En majorité des solidus {2} … bonne monnaie, il en fallait toujours plus… Il plongea dans une ivresse incommensurable. Ce cliquetis pouvait engendrer un délire. Il eut envie d’enfouir sa tête dedans ! Sentir sur ses joues ce toucher doux. Il respira à pleins poumons l’odeur aigre du métal qui chauffait.
Ce mariage devait lui rapporter plus que cela ! Il le conditionnerait à la signature d’un traité. Quelque chose de fort, pour protéger définitivement ses frontières du Nord, et puis quelques terres en plus, et puis ce serait aussi un traité d’assistance. Que le partenaire vienne à la rescousse en cas d’attaque. Il s’arrangerait pour que dans les faits cela se limite à sa propre défense… Il y a toujours moyen… Athanagild se frotta brusquement les mains. Ce mariage se ferait. Avant d’appeler son secrétaire, il eut encore une autre idée. Si le roi Sigebert ne laissait pas d’héritiers ? Il fallait que ses terres lui reviennent ! Oui, c’était même une excellente idée. Ces Francs valeureux guerriers et têtes chaudes s’égorgeaient par plaisir. Si le roi d’Austrasie mourait avant que d’avoir engrossé sa fille, ses terres devaient lui revenir, à lui, roi d’Hispanie. À propos, si lui-même mourait, c’est bien la moitié du pays qui tomberait dans l’escarcelle de Sigebert ! Le contraire devait être vrai !
En ce qui concernait Brunehilda, cette fois-ci, il maîtriserait la situation, il n’écouterait que l’intérêt du pays, enfin, le sien. Il avait concédé trop de libertés à son épouse, qui, sous ses dehors détonants avait laissé la bride sur le cou de ses deux filles. Il aurait fallu qu’il s’en rende compte plus tôt. Le mal était fait et il avait deux sauvageonnes, bien éduquées, instruites connaissant le latin, des notions de grec, d’histoire romaine, de mathématiques, sachant se servir d’une lyre, chanter à l’occasion, filer finement, mais avec trop de volonté pour des femmes et trop de caprices pour des princesses. Il allait y mettre le holà et foi de roi d’Hispanie, ce mariage se ferait !
Il passa le reste de la journée à faire l’inventaire des cadeaux en soupesant chaque pièce. Dieu lui pardonnait cet amour de l’or, il en était sûr, car il en faisait profiter les évêchés de son royaume. L’on est évêque ou l’on est pape, mais sans jamais cracher sur le bon or. Athanagild et le moine Egelhard travaillèrent fort tard cette nuit-là. Ne jamais remettre au lendemain les bonnes choses à écrire en vue de bons projets.

*

Cloaram, blondinette un peu fade, mais sage et bien éduquée, filait la laine des moutons de son père. Ce dernier était gouverneur des troupeaux royaux. À ce titre il bénéficiait d’une maison dans l’enceinte de la Villa royale. Pas aussi près qu’il aurait voulu de la demeure du roi, mais c’était un premier pas. Dans le patio ombré par deux orangers et quelques autres plantes arrosées soigneusement, les deux jeunes filles se congratulèrent. L’une était pleine de colère, et l’autre, les larmes au bord des yeux, expliqua en hoquetant :
— Père vient de recevoir un pli du roi. Mon frère doit partir sur l’heure en Septimanie {3} pour… écoute-moi cela ! Compter les moutons ! Comme s’il ignorait qu’il en a douze mille dans les garrigues ! Père est souvent en déplacement et mère se sentait rassurée d’avoir son fils sous la main ! Au lieu de cela, nous serons seules lorsque Père sillonnera les sierras de par chez nous !
— Enfin… seules, c’est relatif… Vous avez bien des gardes…
Le visage de Brunehilda déjà blanc de colère vira au pourpre de la rage. Elle avait traqué Egelhard le moine secrétaire pour le questionner. Brave homme perdu dans l’étude quand son maître le roi ne le mandait pas. Depuis l’enfance, il avait cinq ans lui avait-on dit, ses parents en expiation à on ne sait quelle faute, avaient consacré leur fils aîné à l’Église de Rome. Enfin… presque. De longue date, il s’était converti à l’arianisme et contestait, dans son cœur, la divinité de Jésus. Tant est que les profondes études favorisant la réflexion vous entraînent sur les chemins de l’hérésie. Mais, vérités en deçà des Pyrénées, mensonges au-delà. Tous les Wisigoths étaient des disciples d’Arius. Venue d’Alexandrie l’Égyptienne, cette explication trop logique, démystifiante, heurtait les évêques dévoués à Rome. {4}
Il avait connu la princesse encore nourrisson et avait pour elle une grande tendresse. Il ne résista pas longtemps au harcèlement de la jeune fille.
— Oui, c’est vrai, ils ont parlé de toi. Oui, les émissaires sont des Francs. Ils viennent de la part du roi d’Austrasie qui serait bien aise d’être ton époux. Ton père n’a pas dit non.
— Il n’a pas dit non ! Alors c’est qu’il a dit oui ! Contre quoi me vend-il ?
— Il…
Dans sa bure de chanvre, soudain Egelhard prit peur. Une suée lui poussa sous les aisselles. Il ne pouvait tout dire, fût-ce à la princesse. On en avait écartelé pour moins que cela à la cour d’Athanagild !
— Écoute, cela suffit, va donc interroger ton père.
Il planta là la jeune fille qui savait maintenant de quoi il retournait. L’affaire était grave, car précédemment ses parents l’avaient toujours entretenue des propositions de mariage. Le silence total n’augurait rien de bon. Dans la journée, elle ne put voir ni son père ni sa mère et la visite à son amie confirma ses craintes. Ils savaient donc ses visites à Cloaram et même son but secret. L’intrus, dès potron-minet, était exilé. Quelque chose serrait la gorge de Brunehilda. Elle se trouvait bien seule. Ses parents, appuis naturels d’une enfant, se dérobaient. Elle serait vendue et ne savait pas pour quoi ni pour combien. Le piège allait-il se refermer ?

*

Une convocation des émissaires se déroula dans le plus grand secret. Si les pourparlers échouaient, il n’était nul besoin d’ébruiter l’affaire. Les participants ne souhaitaient pas qu’un échec soit imputé à l’une ou l’autre des parties, chacun ayant plus à perdre qu’à gagner. Le vieil Egelhard considérait les demandes de son maître proprement exorbitantes. À son habitude, Athanagild voulait le beurre et l’argent du beurre. Mais c’était une négociation. On pouvait en rabattre sans démériter. Le moine observa attentivement les deux Francs. Il fut surpris par leur habileté à ne rien laisser paraître malgré les démentielles exigences. Ils ne pouvaient répondre en lieu et place du roi d’Austrasie. Voyant qu’une porte était ouverte à la négociation, l’un d’eux sortit un écrin d’ivoire de morse ciselé de fines lignes noires et le remit, sur un coussin de soie noir, à la reine Goswinthe, pour sa fille. C’était, réalisé avec un soin extrême, le portrait de Sigebert.
— Revenez demain au soleil le plus haut. Nous vous confierons nos cadeaux pour votre roi. Et vous pourrez partir. Avec une escorte de vingt de mes guerriers jusqu’aux frontières des Gaules, votre voyage se fera aisément.
Athanagild, ce roi du sud, arlequiné de latin et de germain, avait un rêve secret, se faire couronner Empereur à l’égal d’un Romain. Et qui sait ? Peut-être en lieu et place ! Il lui fallait la paix et des terres. Seuls les rêves de grandeurs perdurent et celui-ci lui pinçait les tripes.
Chapitre 3
Brunehilda est effondrée sur son lit de paille et de fourrures. Un étroit rai de lumière fait miroiter la poussière que le carrelage multicolore attire. Cela retombe dans une nuit perlée et revient d’on ne sait où. Ce mouvement perpétuel la calme, mais ne dissimule pas les larmes. Richild l’esclave s’approche. Sa minceur émeut. Elle use les guenilles de sa maîtresse qui ne sont pas sans grandeur. Restes de galons, lin tissé finement, parfois si léger qu’elle peine à ne pas se geler. Mais elle hérite aussi des chainses de chanvre. Tout cela serait beau si elle n’était pieds nus. Elle aime sa maîtresse. La princesse ne la bat que rarement. Elle veille à ce qu’elle ait suffisamment à manger. Elle dort sur une paillasse au pied de son lit ce qui lui fait profiter des braseros l’hiver. Richild ne se rappelle plus d’où elle vient. La marâtre, celle qui s’occupe des esclaves femelles, lui a dit qu’elle était arrivée ici à l’âge de quatre ou cinq ans. Elle doit à sa relative beauté d’être auprès de la princesse. Une chance que beaucoup lui envient. Elle voudrait la consoler. On parle sans détour devant quelqu’un qui ne compte pas et Richild ne compte pas. Elle sait. Elle sait ce qui se trame. Elle sait aussi que sa maîtresse peut pleurer, hurler, son destin est scellé. Les enjeux sont trop importants. Elle voudrait avancer la main vers elle, la consoler, mais il lui est interdit de la toucher en dehors de son service. Elle peut l’habiller, la coiffer, lui laver les pieds, mais en dehors de son service, la frôler même lui vaudrait le fouet.
Brunehilda la devine toute proche. Elle se retourne.
— Va-t’en ! Sors, je ne veux voir personne !
La jeune fille a constaté la différence dans l’attitude de ses parents. Ils ne la consultent pas. De la fenêtre du premier étage de son appartement personnel, une aile du palais, elle a vu les émissaires repartir. Ils avaient l’air satisfaits. Ils avaient belle allure, mais leur maître est sans doute comme beaucoup de rois barbares, puant, violent et sale. Il envoie ce qu’il a de mieux parmi ses proches. Mais ? Elle peut fuir ! Pour aller où ? Son aînée, elle, on la laisse tranquille ! Elle a deux ans de plus, elle devrait se marier d’abord. Il faut qu’elle lui demande ce qu’elle sait et un conseil ne serait pas de trop, mais elle ne lui ressemble pas. Sa sœur coupe la poire en deux, ménage chèvre et chou, se tait, au mieux murmure… Consulter Galswinthe, Galswinthe, c’est tout ce qui lui reste. Presque homonyme de leur mère elle ne suit pas son exemple. Elle rêve d’épouser un poète, Grec si possible ou Romain à la rigueur. Point d’élan vers le pouvoir. Au fait que pourront en faire les parents ? Brunehilda se le demande bien !
L’appartement de sa sœur est proche du sien. Deux pièces, des tentures de coton l’été, un carrelage aux arabesques usées, un réduit pour la toilette et des coffres pour les toges. L’antichambre ne désemplit jamais. Les quémandeurs sont légion. Chacun sait que cette princesse, première-née, n’héritera pas du trône. C’est une fille et l’on ne peut l’imaginer commander des guerriers, tenir tête à un envahisseur quelconque. La loi salique l’empêcherait. Mais c’est son époux qui régira le royaume et mieux encore, son premier-né qui portera le sang de son grand-père maternel. Alors elle peut se souvenir de vous… Ses subsides sont importants et elle les distribue volontiers. Elle assiste parfois au Grand Conseil lorsqu’elle a une demande particulière à poser. Brunehilda avait prévu cet encombrement. Caché dans son dos, un fouet de cuir tressé. Elle le fait claquer sur les dalles et le reflux des manants est immédiat. Le prochain coup, si nécessaire, s’abattra sur les épaules voûtées.
Orienté au nord le logis est frais. Toledo brûle dès le printemps sur l’enclume des plateaux. On perçoit l’air grésiller. Plus rien ne bouge en plein midi, ni hommes ni bêtes. Seules les cigales frottent leurs élytres l’une contre l’autre, espérant une fraîcheur particulière. La jeune fille frissonne en entrant dans la petite pièce de réception.
— Je me doutais que c’était toi. J’ai entendu ton fouet claquer ! Ne peux-tu faire cela chez toi et t’en dispenser chez moi ?
— Non. Je ne me vois pas faire la queue au cul des gueux.
Galswinthe soupire. Elle a deviné ce qui amène Bruni. Elle semble toujours alanguie sous ses draperies légères. Cela frappe Brunehilda. Sa sœur ressemble à son père tandis qu’elle-même tient de sa mère pour le caractère volcanique. Elle ne se fiera pas à cette nonchalance affichée. Galswinthe sait choisir ses mots, mais n’a pas le geste qui détermine une volonté claire.
— Ma sœur, on veut me marier à un barbare. As-tu, toi l’aînée, des précisions sur mon destin ?
— Jusqu’ici tu as évité toute union. Tu sauras te débarrasser de celle-ci !
Ruse. Que va faire sa sœur ?
— Hum… l’affaire semble plus sérieuse. On ne m’en parle pas.
— Tu seras reine, ma petite sœur. C’est un sort enviable et d’ailleurs es-tu née pour être autre chose ?
Brunehilda pince les lèvres. Illusoire cette idée d’être éclairée par Galswinthe. Comme toujours l’aînée avait professé la sagesse. Brunehilda nommait cela de la soumission. C’était la seule attitude tolérée par les hommes qui tordaient le monde à leur image.
— Ne peut-on choisir son destin ? Éblouir sa vie de ses propres désirs ?
— Ton drame c’est d’être née fille. Qu’y pouvons-nous ? Aie du courage ma petite, nous nous taillons un destin à notre propre image. Viens, je vais te montrer la fine toile que j’ai reçue de Mossoul. On dirait une brise.
Galswinthe fuyait toujours les situations drastiques. Mais où cela la mènerait-elle ? Un jour ou l’autre il faut se confronter à une destinée contraire. À ce moment-là, c’est la force et l’énergie personnelle qui feront naître l’influx nécessaire à un destin plus conforme à nos désirs.
— Galswinthe ! N’espères-tu rien de la vie ?
— Il est des contraintes contre lesquelles on ne peut rien.
Les deux jeunes filles faisaient couler entre leurs doigts graciles ce lin diaphane aux couleurs de l’arc-en-ciel. Mais la beauté ne console pas de tout.
Brunehilda avait quelques mois devant elle. Les émissaires allaient rendre compte à leur roi, Sigebert Ier. Traverser toute la Gaule jusqu’à Metz en Gaule belge, cela prend du temps même en passant à travers la Burgondie, dans la vallée du Rhône.

*

Il fallait qu’elle sache. Une seule solution lui restait, consulter la devineresse. Homme ou femme c’était difficile à dire. Sa mère l’avait déjà fait, déguisée en pauvresse, mais la pythie avait crevé le subterfuge. Elle ne serait pas si ridicule, elle irait en princesse et obtiendrait une réponse digne de son rang. Le bois de chênes-lièges qui servait de refuge à la sorcière n’était pas loin du palais. Brunehilda saurait y aller sans garde. Elle attendrait tout simplement que Kill, l’amoureux de Richild, soit en faction à l’entrée de la villa. Il l’arrêterait comme il avait consigne, en demandant un guerrier pour escorter la princesse. Elle le menacerait de révéler qu’il tétait du rince cochon pendant les gardes ! Cet alcool pourrait tuer un taureau. Après la peur, elle calmerait le jeu en lui faisant remettre par Richild une petite gourde en terre vernissée de cet extrait des râpes de la treille parfumé au romarin. Cela humait bon et vous brûlait jusqu’aux tripes. Pendant les hivers glacés du centre de la péninsule, cela vous tenait si chaud que vous pouviez rester dans le froid toute la journée. Mais l’été, c’est la cervelle qui flambait ! L’on retrouvait parfois les imprudents en plein soleil, les yeux grands ouverts sur des étoiles inconnues, si les corbeaux ne les avaient pas déjà picorés.
Chapitre 4
— Va boire ton rince cochon et n’insiste pas, Kill ! Tu ne voudrais pas laisser mauvais souvenir à une future reine n’est-ce pas ?
L’homme est courbé, sa lance brille au soleil. Il jette un œil à l’esclave Richild. Brunehilda sait leur secret. Et voilà la princesse et sa jument, précédées par Richild, qui avance vers les bois. Hier, l’esclave a prévenu la pythonisse. Le sous-bois domestiqué à sa lisière s’épaissit et l’ombre propice à la fraîcheur tisse l’air d’un lourd mystère. Il faut aller jusqu’à ne plus pouvoir avancer, droit vers le soleil couchant. Bien difficile à voir le soleil à travers cette futaie compacte ! Mais le sentier est visible et les chênes-lièges, torturés dans leurs fibres, à la peau écorchée, pleurent en silence. Chacun vient à son heure et nul ne se croise. Un rideau d’épineux barre l’étroite sente.
— Il faut attendre, maîtresse, elle va venir.
Brunehilda descend de la jument qui souffle dans ses babines et piaffe deux fois. Est-ce un signal ? D’un coup, sur le côté apparaît une vieille femme. C’est elle, pense la princesse. Elle ne l’a jamais vue, mais le doute n’est pas possible. Mais est-ce bien un être humain qui brandit une crosse de bois tintinnabulant sous la masse des os qui pendouillent sans ordre ? Des branchettes et des feuilles d’un lierre sec et poussiéreux lui servent de chevelure, mais la blancheur dénonce un poil rare et feutré. Une peau presque noire sous la crasse croûteuse, un nez courbé sur des lèvres minces et des yeux qui flamboient au fond des orbites.
Elle touche de sa crosse la tête de Brunehilda.
— Toi seulement.
Mais la langue n’est pas le wisigoth, c’est un sabir mâtiné d’un vieux patois, l’ibère, qui vient des îles de l’est. Pourtant, c’est un miracle, mais elle a compris. Docile pour une fois, la jeune fille la suit et découvre sous la ramure d’un genévrier hors d’âge un passage circulaire comme le terrier d’un lapin géant. Dans la courette de ce qui se veut une habitation, deux poules et trois chats sauvages rôdent en silence. La cabane en rondins, couverte de pierres plates, s’orne de guirlandes laiteuses de toiles d’araignées millénaires. Partout des herbes folâtrent et l’on pressent qu’elles ne sont pas là par hasard.
Juste un banc le long de ce qui pourrait être une fenêtre. La devineresse fait signe à Brunehilda et enjambe le banc avec une étonnante agilité. À cheval sur la planche, la robe informe suit le mouvement. Elle sort de sa poche une poignée de petits os, lapins, poules, furets, oiseaux, écureuils. Ils sont tous différents. Elle en fait deux tas et les jette sur la planche de bois. Seuls ont signification ceux qui ne sont pas tombés du banc. Elle retire une omoplate de sanglier pendue à son cou et rassemble ces os. Avec le second tas qu’elle étale soigneusement sur le banc, elle fait signe à la princesse de choisir trois os. Brunehilda fait semblant de se concentrer, mais en réalité elle tremble d’angoisse. Tel un livre ouvert sur l’infini des devenirs, son choix est crucial. Cet os, plutôt que celui d’à côté, et tout bascule ? Il lui semble qu’elle marche entre deux précipices et veut éviter la chute. Elle hésite et la vieille femme grommelle.
— De toute façon, tu mourras, c’est notre sort à tous.
Alors advienne que pourra. Elle choisit le dernier, le plus petit, sans doute un os d’oiseau. Il est fin et léger. Et la prophétesse de hocher la tête. Elle range soigneusement tout ce qui ne servira pas dans sa poche. Sous le banc, on ne pouvait le voir, un flacon contenant un liquide… Elle en avale une gorgée qui lui laisse une trace verdâtre sur le menton.
— Deux ! Car tu es reine.
Et le flacon de nouveau délivre sa magie. La voilà qui se balance d’avant en arrière, les yeux fermés, accompagnée d’un son rauque qui sort de sa gorge aux fanons nervurés par l’âge. Maintenant, elle vaticine.
— Oh ! Oh ! Que d’or ! Gagné dans les batailles, et tout perdre, et tout recommencer ! Et les hauts et les bas et toujours tu renais de tes cendres ! Toujours reine jusqu’au jour ultime. Une femme te perdra et pourtant tu lui survivras. Reine d’un pays de froidure, reine des complots, des batailles cachées. Reine et roi tu seras. Et tes fils régneront. N’est-ce pas le destin des rois ? Point de paix, mais grand amour par le glaive tranché. Et ta sœur bientôt, couronnée d’éphémère, te liera par meurtre.
La vieillarde, soudain, les yeux révulsés, se prend la gorge à deux mains et secoue sa tête.
— Oh non, pas ça !
Elle s’abat sur le banc en proie à une pure terreur. La bouche ouverte sous la surprise, Brunehilda ne sait que faire. Patienter peut-être ? Elle n’attend pas longtemps. En quelques soubresauts la pythonisse se redresse et, lançant sur la jeune fille des yeux hagards, elle ajoute :
— Va-t’en ! Sauve-toi, il est encore temps ! Choisis la pauvreté, la solitude ! Je te chasse maintenant et ne reviens pas ! Jamais !
Affalée sur son banc, la sorcière semble dans un état de grand délabrement. Secouée de spasmes, ses pleurs redoublent lorsqu’elle comprend que Brunehilda s’éloigne. Quelle est la vision qui la glace d’horreur ?
Brunehilda marche d’un pas ferme, le bas-ventre noué par une sourde colère. Elle franchit le goulet de ronces et file droit sur sa jument. À grands pas, Richild tente de la suivre. Elle voit sa maîtresse enfourcher sa monture et disparaître à la première courbe de la sente. Non, elle ne courra pas. Elle rentrera à son allure. Le dos arrondi sur l’échine du cheval, la princesse va trop vite au milieu des branches basses. Par miracle ni la bête ni sa cavalière n’auront de déboires. Elle passe le poste de garde pendant que le complice de cette équipée, Kill, médusé, la regarde entrer dans la ville. Dans son appartement, elle jette ses bottes souples de cavalière à la volée et s’effondre sur sa couche de bois et de cordes. Les coussins traversent la pièce et son corps en convulsions silencieuses secoue sa chevelure de feu.
D’abord, elle sait maintenant, elle sait. Nul n’est besoin de révolte, de marchandage, ni même de fuite ! Pour récolter la pauvreté ? Merci ! Fuyarde, elle serait privée de sa famille, mais pauvre en plus ? Devrait-elle déterrer des navets en grattant la terre de ses ongles et ne point se satisfaire d’un trône ? Donc la messe est dite. Mais deux phrases tournent dans sa tête. Elle ne les comprend pas. La vieille a dit :
Reine et roi tout à la fois tu seras.
Chez les Francs, elle le sait, les femmes ne règnent pas, pas plus que chez les Wisigoths. Mais reine et roi, qu’est-ce à dire ?
Et ta sœur bientôt, couronnée d’éphémère, te liera par meurtre.
Pourtant, dans quelques mois elle quittera sa sœur, comme ses parents, et ne les reverra jamais.
Le reste lui semble être les aléas d’une vie de reine. Mais quelle est la vision dernière qui faillit tuer la devineresse ? Elle l’a chassée ! Elle, princesse de Tolède !
Chapitre 5
À grands coups de bottes en cuir de ses vaches Sigebert rabattait les morceaux de bois acérés comme des poignards qui tapissaient la souche éclatée par la hache. L’homme, mais est-on un homme lorsque l’on est roi ? Il avait éloigné d’un geste de la main les deux leudes harnachés comme en guerre, supposés protéger son auguste personne. Il les savait proches, mais au moins avait-il l’illusion d’être seul. Assis, le menton dans son poing, il plissait les paupières pour se concentrer et revivre l’arrivée de ses émissaires près d’Athanagild.
Il avait joué fin en ne demandant pas la main de l’aînée des filles du roi d’Hispanie. Il connaissait l’ambition de ce seigneur. Devenir Empereur à la place de l’Empereur ! Arracher Rome aux griffes de Constantinople, car Rome avait sombré. Pour être crédible, il tenterait l’union de l’aînée avec un patricien, car il en restait quelques-uns.
Il ne pouvait refuser cette union avec...

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