De l autre côté du regard
29 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

De l'autre côté du regard , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
29 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Le cas de Wendie était des plus particuliers. Pour le corps médical, tout était situé dans son esprit. Tout n’était qu’illusion et fruit de pensées délirantes. S’ils savaient ! S’ils savaient, Wendie deviendrait une énigme pour la science. En psycho somatisation, on nommait cela « difficulté de représentation de l’environnement », à quoi s’ajoutait un mal plus rare, le « modelage imaginatif ». Les plus grands professionnels ignoraient que son esprit n’avait rien à voir avec ces visions. La jeune fille était touchée par un mystère que personne n’était capable de comprendre. Personne, pas même elle.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 juin 2011
Nombre de lectures 0
EAN13 9782363150462
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

VORTEX : De l'autre côté du regard
Alexis Sz
ISBN 978-2-36315-182-7

Juin 2011
Storylab Editions
30 rue Lamarck, 75018 Paris
www.storylab.fr
Les ditions StoryLab proposent des fictions et des documents d'actualit lire en moins d'une heure sur smartphones, tablettes et liseuses. Des formats courts et in dits pour un nouveau plaisir de lire.

Table des mati res

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Biographie
Chapitre 1


Au moment où le feu allait passer au vert, un monstre d’une taille inhabituelle se présenta devant Wendie et ouvrit une gueule béante. Etait-elle parsemée de dents ? L’adolescente n’aurait su le dire. L’apparence était trop floue pour en juger. Le monstre sauta sur place et poussa un cri silencieux, sa carcasse dodelinant d’un côté puis de l’autre. Sa façon de bouger était drôle, on se serait cru dans un jeu vidéo. Le corps avait l’apparence d’un dragon et le visage celui d’un serpent, c’est du moins la forme qu’y percevait la jeune fille. Elle se fit la réflexion que si tout un chacun voyait comme elle cette apparition faite d’une matière brumeuse et incolore, on pourrait faire un jeu des nuages, cette gaminerie consistant à y chercher le plus de formes possibles. Elle y aurait volontiers joué avec sa mère, peut-être que cela l’aurait apaisée, qui sait.
Le monstre se tenait debout sur ses pattes arrière, tandis que ses pattes avant lardaient l’espace à coups de griffes. Il semblait prêt à attaquer. Etait-ce elle qu’il menaçait ? Certes pas, et Wendie le savait bien. Pourtant, lorsqu’il se jeta en sa direction, elle ne put s’empêcher d’avoir un mouvement de recul. La créature de brume passa à travers son corps et se mit à la poursuite d’une petite boule blanche, loin, toujours plus loin, jusqu’à disparaître à l’horizon. Seule l’atmosphère clair-obscur resta, omniprésente, parsemée de formes indistinctes dont on n’aurait su dire s’il s’agissait de plantes, de roches ou de constructions. La petite scène que venait de vivre Wendie avait été quelque peu effrayante, mais pas déplaisante.
— Wendie ! Tu fais attention un peu ? Lâche pas mon bras, on est presque arrivé.
— Arrête de stresser, m’an. Tu sais bien qu’on y sera en avance. Comme toujours…
Une petite rue accueillait les passants moins pressés que ceux des grands boulevards. On en aurait compté tout au plus quelques dizaines. Ne nous y trompons pas, nous étions bien à Tokyo un samedi après-midi. On était dans un quartier de restaurants familiaux, lieu loin des clichés de cartes postales. Ici, la clientèle est réduite, et les établissements gardaient leurs portes closes : il fallait sonner et attendre que l’on vienne ouvrir. Chacun comptait rarement plus d’une dizaine de places assises. Ce quartier, Hatsue l’aimait bien : il constituait une de ses innombrables astuces de parcours pour évoluer dans la ville en évitant la foule. Depuis toutes ces années qu’elle étudiait plans et cartes et s’entraînait à les mémoriser, elle aurait pu écrire un guide du Japonais agoraphobe.
— En avance, encore heureux ! On ne peut jamais être pile à l’heure. C’est soit en avance, soit en retard.
Madame HatsueTetsu, mère de Wendie, était une maniaque de l’horaire. Avec elle, impossible d’arriver à l’aéroport moins de deux heures avant le vol. C’était pire encore lorsqu’elle était avec sa fille. Bien entendu, Hatsue avait ses raisons. Sa hantise de perdre Wendie dans la foule était telle qu’elle prenait toujours soin d’étudier le parcours au préalable afin d’éviter les rues trop passantes.
Bien que n’ayant pas le loisir de s’admirer dans un miroir, la jeune fille prenait grand soin d’elle. Ses longs cheveux noirs étaient brillants et soigneusement peignés, elle portait un chemisier « Toyz » dernier modèle histoire d’être à la mode, un jean argent non délavé histoire de ne pas trop l’être non plus, et des chaussures blanches unisexe sans lacet. Cela lui donnait une certaine allure, et son sixième sens lui faisait sentir les regards qui se posaient sur elle. Quant à sa main sur le bras de maman… cela devait au mieux attendrir, au pire paraître ridicule. Il fallait se faire une raison. A un âge où l’on avait besoin d’indépendance, Wendie avait horreur d’être autant maternée. Mais qu’y faire ? Seule, Wendie ne pouvait pas aller bien loin. Elle tenait le bras maternel et s’amusait parfois à le lâcher. Immédiatement Hatsue, par un geste rapide et assuré, remettait la main à sa place. Avec le temps, ses réflexes étaient devenus quasiment professionnels.
Les relations mère-fille étaient parfois explosives. Wendie l’espiègle, Wendie la rebelle qui voulait plus d’autonomie en refusant tout attribut qui lui permettrait un peu plus d’indépendance. Wendie qui était capable de sortir sans autorisation pour se rendre au magasin de musique en comptant sur l’amabilité des passants pour l’y mener. Wendie enfin, qui prenait un malin plaisir à titiller sa mère dès qu’elle en avait l’occasion…
La seule aide non-humaine que la jeune fille acceptait, c’était Baboo, son Happy-Best-Friend série 3 de la société Kwataï, petit chien métallique et électronique qui était en général plus amusant qu’utile. Et même si des modèles étaient à l’étude, Baboo était incapable de la guider dans la rue, se contentant de l’attendre chaque soir devant la porte en remuant la queue.
Hatsue, la cinquantaine naissante, portait un chignon et était vêtue de ses habituels vêtements de bureau, n’ayant, depuis l’accident, plus de séduction à entretenir et n’ayant plus l’envie d’attirer à nouveau. Depuis ce jour, ce terrible matin où Wendie n’était guère âgé de plus de six ans, quelque chose en elle était mort. La mère était fort jolie pour son âge. On remarquait au premier coup d’œil que sa fille tenait d’elle. Si un poète était passé par là, peut-être aurait-il écrit un haïku évoquant une rose fanée au côté d’un bourgeon fleurissant.
Aucune autre forme n’apparaissant devant Wendie, la suite du chemin fut plus calme. Lorsque les entités étaient absentes, la jeune fille ne voyait qu’un désert rocheux parsemé de rayons de lumière. L’ensemble tirait sur le blanc, les reflets étaient de toutes les couleurs. Quant au sol, il se gonflait et se dégonflait lentement comme s’il respirait. Ses souvenirs du monde réel étaient vagues. Elle savait qu’il était plus droit, moins arrondi, et qu’en dehors des tremblements de terre, les éléments inertes y étaient bien moins mouvants. C’était surtout le ciel, les visages ou les plantes qui n’étaient pas clair dans son esprit. Sa mémoire mélangeait sans doute les deux dimensions.
Hatsue s’apaisa quelque peu. Sa fille savait que ce n’était qu’une question de temps. Dans une seconde, une minute, une heure, une nouvelle apparition surviendrait. Le cas de Wendie était des plus particuliers, elle pouvait même prétendre, sans vantardise, qu’il était exceptionnel. Un cas à part qui pour elle relevait du surnaturel, mais pour le reste du monde de la psychiatrie. Pour le corps médical, tout était situé dans son esprit. Tout n’était qu’illusion et fruit de pensées délirantes.
S’ils savaient ! S’ils savaient, Wendie deviendrait une énigme pour la science. En psychosomatisation, on nommait cela « difficulté de représentation de l’environnement », à quoi s’ajoutait un mal plus rare, le « modelage imaginatif ». Dans la petite enfance, c’était fait courant pour ceux qui avaient un tel handicap. A cet âge, les petits s’inventent des châteaux à la place des armoires et des tours à la place des arbres. Au mieux un jeu, au pire une illusion enfantine passagère. Cette façon de modeler l’espace comme on souhaiterait le voir pouvait durer jusqu’à dix ans. Passé cette période, presque tous les enfants avaient une représentation réaliste de ce monde invisible à leurs yeux. Vers onze ou douze ans, il arrivait de croiser encore quelques retardataires. Wendie en avait seize. Les plus grands professionnels ignoraient que son esprit n’avait rien à voir avec ces visions. La jeune fille était touchée par un mystère que personne n’était capable de comprendre. Personne, pas même elle.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents