Des vers dans le fruit
207 pages
Français

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Des vers dans le fruit , livre ebook

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Description

Pendant près d’un an, une équipe de malfaiteurs commet des vols à main armée dans différentes régions de France. Les cibles ne sont jamais les mêmes. Le mode opératoire diffère à chaque opération, prises d’otages, parfois grande violence, et le nombre d’attaquants n’est jamais le même, ils changent de partenaires régulièrement. Les Services Régionaux de Police Judiciaire et l’Office Central de Lutte Contre la Criminalité Organisée vont avoir de grandes difficultés à identifier ces truands. Quand enfin ils vont comprendre à qui ils ont affaire, la surprise sera énorme.
Ce roman est librement inspiré d’une affaire qui a défrayé la chronique au début des années quatre-vingt-dix. L’action se situe de nos jours avec toute la technologie et la science qui facilitent bien les recherches.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 juin 2021
Nombre de lectures 3
EAN13 9782312081748
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Des vers dans le fruit
Michel Lapierre
Des vers dans le fruit
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
Du même auteur :
Le droit à l’indifférence – Coming out chez les flics.
Témoignage . Editions Michalon 2015.
Coup de gomme .
Roman policier. Editions du Net . 2016
La grenouille.
Roman policier. Éditions du Net . 2017
Le maudit du canal.
Roman policier. Éditions du Net . 2018
Le cinquième fils Aymon .
Roman policier. Éditions du Net . 2020
Une fin en soie.
Roman policier. Réédition . Éditions du Net . 2020
En co-écriture avec Denis Bruyère :
L’Histoire des pompiers du Pays d’Alby -sur- Chéran .
Histoire . Éditions « Je fais mon livre ». 2017
Bonjour papa !
Pièce de théâtre. Comédie . 2017
Une seule injustice, un seul crime, une seule illégalité… suffit à perdre l’honneur, à déshonorer tout un peuple. C’est un point de gangrène, qui corrompt tout le corps.
Charles Péguy
Œuvres en prose.

Ce n’est pas la profession qui honore l’homme mais c’est l’homme qui honore la profession.
Louis Pasteur
Préambule
Entre 1985 et 1990, dans la région lyonnaise, une équipe de malfaiteurs a commis en cinq ans près d’une centaine de vols à main armée. Ecumant dans un premier temps les PMU, ils sont vite passés aux grandes surfaces et aux banques. Violents dans leur manière d’opérer, plusieurs personnes ont été tuées au cours de leurs méfaits.
La PJ de Lyon particulièrement la BRI et le groupe de Répression du Banditisme, travaillant en étroite collaboration avec la Sûreté Urbaine, ont mis longtemps à les identifier tant ils étaient rusés. Ils changeaient de partenaires à chaque braquage, ne permettant pas d’avoir des signalements récurrents.
La BRI de Lyon a beaucoup travaillé sur cette affaire, et avec minutie, cherchée les indices permettant l’identification puis l’arrestation des voyous. Tout cela à une époque pourtant pas si lointaine, où l’informatique, les traces ADN, les moyens techniques de suivre les téléphones portables, étaient encore de la fiction.
Je me suis donc librement inspiré de ces faits pour écrire ce roman, dont je situe l’action de nos jours, avec toute la technologie et la science qui facilitent bien les recherches.
Chapitre 1
Samedi 2 mai. 20 h 30. Ouistreham
Marie-Solange, aime bien que tout soit en ordre avant de s’installer confortablement dans le salon devant la télévision, histoire de se détendre un peu avant d’aller se coucher.
Anaïs sa fille aînée, est depuis longtemps dans sa chambre en train de réviser ses cours. Le Bac approche à grand pas et elle veut mettre toutes les chances de son côté pour réussir.
Gaétan, le « petit dernier » de 13 ans, est devant sa console de jeux comme tous les soirs, surtout le samedi, il a la permission de longue durée jusqu’à dix heures, mais pas plus tard !
Marie-Solange, feuillette le programme télé et comme d’habitude elle ne sait pas trop quoi regarder. Plus il y a de chaînes, plus les programmes sont difficiles à choisir. Elle recherche surtout les documentaires historiques, forcément, en tant que professeur d’histoire c’est ce qui l’intéresse le plus, ou une bonne pièce de théâtre. Tiens, elle opte pour le divertissement ce soir.
Elle est tellement absorbée par la comédie de boulevard, qu’elle entend à peine le carillon de la porte d’entrée.
Elle regarde sa montre, 21 h 15. Qui peut bien venir sonner à cette heure-ci ? Pensant que c’est peut-être une de ses voisines, elle va ouvrir. Elle a à peine entrebâillé, que la porte est violemment poussée.
Trois hommes, tout habillés de noir et portant une cagoule ne laissant apparaître que les yeux et les lèvres, se précipitent dans la maison et referment derrière eux. Le plus grand lui met la main devant la bouche, lui fait faire volte-face et la pousse dans le salon.
« Dis à tes mômes de venir tout de suite, sans gueuler, si tu veux que tout se passe pour le mieux.
– Mais qu’est-ce que vous nous voulez ?
– Tu le sauras assez tôt, appelle tes chiards !
– Anaïs, Gaétan venez tout de suite !
– Plus fort ils n’ont pas entendu !
– Ils doivent avoir leur casque sur les oreilles. » L’homme se retourne vers ses deux comparses.
« Deux et trois montez les chercher, pas de violences inutiles et amenez-les au salon ! »
Les deux types grimpent à l’étage, leurs chaussures souples ne font pas de bruit.
Anaïs , dos tourné à la porte de sa chambre, casque sur les oreilles, est plongée dans « Hernani » de Victor Hugo . L’homme masqué lui place la main gauche sur la bouche et lui attrape le bras droit.
« Chut ma belle petite poulette, personne ne t’entend, il est inutile de crier, laisse-toi faire et il ne t’arrivera rien ! »
Il la pousse à plat ventre sur son lit, lui place un bâillon devant la bouche et lui lie les mains dans le dos avec des liens en plastique.
« Aller debout on descend rejoindre maman ! »
Gaétan lui aussi, casque sur les oreilles, assis en tailleur sur son lit, ne lève pas les yeux de sa tablette quand la porte de sa chambre s’ouvre brusquement. Il pensait que sa sœur venait le taquiner, et ne réagit pas quand le type lui arrache la tablette des mains. Il reste bouche bée, incapable de prononcer un mot. L’homme lui plaque sa main sur la bouche et, comme sa sœur, il se retrouve bâillonné et entravé les mains dans le dos. Il essaie de crier mais rien ne sort de sa gorge, il se laisse guider comme un pantin jusqu’au salon.
Marie Solange, est assise dans le canapé, seules ses mains sont entravées.
« Mais que nous voulez-vous, ne nous faites pas de mal ! Laissez mes enfants tranquilles. Faites -les asseoir à mes côtés s’il vous plaît. »
Anaïs est poussée à la droite de sa mère et Gaétan à gauche.
Le premier homme qui semble être le chef, se place devant les trois prisonniers.
« Vous voilà réunis ! Nous allons passer plusieurs heures ensemble, alors surtout restez calmes et il ne vous arrivera rien. Tout d’abord où sont vos téléphones ?
– Le mien est là sur la table du salon, ceux des enfants doivent être dans leur chambre.
– Numéro deux va les chercher. »
Quand son comparse revient quelques instants après avec les portables, le troisième larron, éteint les appareils.
« Nous savons que vous n’avez pas de téléphone fixe, et votre maison étant reliée à une centrale de télésurveillance, nous avons pris soin de neutraliser le système.
– Mais que nous voulez-vous enfin, s’énerve la mère de famille, nous n’avons pas d’argent prenez ma voiture si vous voulez, ma carte bleue, mais laissez-nous tranquille !
– Calmez-vous. Ce n’est pas votre argent ni vos biens qui nous intéressent. C’est vous et vos enfants. Vous êtes nos otages…
– Oh non ! S’écrie-t-elle, ce n’est quand même pas pour…
– Précisez votre pensée belle dame !
– Le travail de mon mari !
– Bravo ! Vous êtes championne ! Dans quelques heures, vers 3 heures du matin, une autre équipe va investir le Casino dont votre mari est le directeur des jeux. Juste après la fermeture au public, il y a la comptée de la nuit, et c’est à ce moment que nos amis vont se servir dans la caisse. Vous allez nous servir de monnaie d’échange si je peux dire ainsi. Si tout se passe bien, vous serez sains et saufs, s’il y a un ennui je vous laisse imaginer ce qu’il va vous arriver. J’espère que nous n’en arriverons pas là. En attendant, nous allons essayer de passer le temps de manière civilisée et tout ira bien ! »
Chapitre 2
Au cours de la même nuit. 3 h 30. Casino de Ouistreham
La nuit est claire. Les vagues de l’Océan viennent s’échouer sur la plage à quelques encablures du bâtiment du Casino. Les derniers clients sont partis à trois heures. Seules les voitures du personnel stationnent sur le parking situé à l’arrière.
Deux Peugeot 508 breaks noirs entrent dans l’aire de stationnement.
Trois hommes, revêtus de tenues noires d’intervention, siglées POLICE dans le dos, cagoules relevées sur la tête, porteurs pour certains de fusils de gros calibre, descendent de chaque véhicule. A l’approche de la porte située au sur la façade arrière, ils se dissimulent le visage, sauf un.
Il s’approche de la porte et sonne.
« Oui, c’est pour quoi ?
– Désolé de vous déranger, c’est la Police Judiciaire de Caen. Nous avons eu une information laissant entendre que vous alliez être victime d’un vol à main armée en fin de nuit, et nous souhaiterions entrer pour tendre un piège aux malfaiteurs quand ils arriveront.
– Attendez… qu’est-ce que vous racontez… personne ne nous a rien dit…
– Ecoutez, il est évident qu’on n’allait pas vous prévenir. Leur informateur fait partie de votre personnel, qui actuellement, est en train de compter l’argent avec les responsables de chez vous. Nous allons entrer pour le neutraliser, et attendrons ses comparses.
– … Je veux bien vous croire mais montrez-moi à la caméra une carte de police, déjà, et je préviens le directeur des jeux. »
L’homme s’exécute. Le vigile lui demande de patienter. Une minute plus tard dans l’interphone il reprend contact.
« Je vais accompagner le directeur des jeux, il vient vous voir.
– Dites-lui de se dépêcher ! »
Un instant plus tard, la porte s’ouvre. Accompagné par l’agent de sécurité, un homme d’une quarantaine d’années, allure sportive, se présente.
« Frédéric Garnier, directeur des jeux, a qui ai-je l’honneur.
– Capitaine Soubeyran de la PJ de Caen brigade d’intervention, dit l’homme en présentant à nouveau la carte de police. Comme je le disais à votre agent de sécurité nous avons la certitude que vous allez, avant la fin de la nuit, être victime d’un vol à main armée par une équipe de truands parisiens, renseignés par une personne travaillant chez vous, et présente actuellement en salle de comptage. Nous allons entrer pour le neutraliser et interpellerons les malfaiteurs à leur arrivée.
– Attendez… je souhaiterais avoir plus de précisions… »
Il n’a pas le temps d’en dire plus l’homme a rabattu sa cagoule sur son visage et avec l’aide de deux de ses comparses pousse violemment la porte. Les six individus se précipitent à l’intérieur. Ils neutralisent les deux hommes.
« Numéro Quatre , chope le vigile qui est en train de faire sa ronde et tu montes avec lui en salle de surveillance, personne ne doit téléphoner. Vous deux, dit-il en s’adressant au directeur des jeux et au premier agent de sécurité, venez avec nous en salle de comptage. »
Ils poussent devant eux les deux hommes dont les mains ont été entravées dans le dos par des liens en plastique.
Les quatre autres membres du personnel qui étaient occupés à compter l’argent liquide, suspendent leurs gestes et les regardent entrer avec effarement.
« Debout tout le monde les mains en l’air, et face au mur. Lance le chef du commando. Nous allons récupérer vos téléphones portables et les neutraliser. On ne s’approche pas de la place du directeur, nous savons que sous la table il y a un bouton permettant de lancer l’alarme à la Gendarmerie. Cela ne vous servirait de toute façon à rien, nous avons neutralisé le relais téléphonique, vous êtes totalement isolés du monde extérieur. »
Tandis que deux des malfaiteurs récupèrent les téléphones et fouillent tout le monde pour ne rien laisser au hasard, les autres commencent à remplir d’argent de grands sacs en toile.
« Ah ! J’allais oublier une chose. »
Le chef sort un téléphone d’une poche de son treillis, il compose un numéro.
« On est dans la place, on commence la cueillette. Passe-moi qui tu sais… bonjour, ne quittez pas. Monsieur Garnier, il y a quelqu’un qui veut vous parler !
– Quoi ? répond le directeur des jeux, qui est-ce ?
– Surprise, je tiens le téléphone près de votre oreille, allez-y parlez !
– Allô ?
– Frédéric ! Oh chéri ils ne t’ont pas fait de mal au moins…
– Marie Solange, hurle-t-il, mais… les salauds, où sont les enfants…
– A côté de moi ils nous tiennent en otage depuis des heures…
– Ils ne vous ont pas brutalisé au moins ?
– Non rassure toi, mais c’est épouvantable… j’espère que ça va vite se terminer…
– Ça suffit, la discussion est terminée. Numéro un, tu fais comme on a dit. J’envoie un SMS quand c’est bon.
– Qu’est-ce que vous allez faire à ma famille ? hurle Frédéric Garnier.
– Rien de plus si vous êtes tous corrects. Voilà ce qui va se passer, nous allons terminer notre récolte, qui est excellente apparemment. Nous savions qu’un samedi soir c’était “Jackpot”, mais ça dépasse nos espérances, merci ! Donc, vous allez rester dans cette pièce que nous prendrons le soin de fermer à clé derrière nous. Même si vous arrivez à vous libérer avec vos mains entravées ne tentez rien avant quarante-cinq minutes, car pendant ce temps-là, Monsieur Garnier, votre famille sera toujours entre nos mains. Lorsque nous serons suffisamment loin, je donnerai le signal à mes amis pour qu’ils quittent votre maison, en laissant vos proches dans l’impossibilité de bouger. Quand nous serons tous en sécurité, c’est nous qui préviendrons les gendarmes, soyez encore un peu patient et tout se passera bien. »
Un quart d’heure plus tard, les six malfaiteurs, ayant regroupé tout le monde dans la salle de comptage quittent les lieux.
Chapitre 3
Même nuit. Caen . 5 h 30
Il se demande si c’est dans son rêve ou dans la réalité. Son téléphone sonne. Il ouvre les yeux. Non c’est la réalité.
« Commandant Noiret, c’est la SIC {1} désolé de vous déranger. Nous venons d’avoir un appel du Centre Opérationnel de la Gendarmerie, un très important vol à main armée avec prise d’otages vient d’être commis au Casino de Ouistreham. Le procureur de la république vous co-saisi de l’enquête. Il demande que vous vous rendiez sur place dans les meilleurs délais.
– Oula ! La journée commence mal ! Pas de soucis, je me rends sur les lieux. Contactez mes collègues du groupe criminel de l’Antenne PJ, qu’ils me rejoignent dans les meilleurs délais. »
Ça y est l’adrénaline le propulse hors du lit. Il se précipite sous la douche, et dix minutes plus tard le voilà parti.
Le « p’tit Juju » aime ça ! Décidément ça bouge dans le secteur. Il avait peur en étant nommé dans le Calvados, après des années en PJ à Paris, de s’ennuyer un peu. Que dalle oui. Ils enchaînent les grosses affaires. Surtout le banditisme, c’est sa came. Il a passé de nombreuses années à la BRI, et puis, le 13 novembre 2015, il y a eu la fracture. Il faisait partie des premiers à entrer dans la salle de spectacle, au milieu du chaos. L’enfer. Ils étaient préparés à tout sauf à ça. Il a été un des rares à tenir le choc, au début. Dans les deux années qui ont suivi, il a morflé comme beaucoup de ses potes, surtout son meilleur ami Martial. Il a voulu fuir le continent. Comme son compagnon de l’époque était réunionnais, il s’est fait muter sur l’île. Mais il ne trouvait plus ses marques. Ils se sont séparés et il est revenu. On lui a proposé cette place au SRPJ de Rouen qui recrutait pour son Antenne de Caen. Nommé commandant, il est l’adjoint de la jeune commissaire qui se repose beaucoup sur lui et écoute ses conseils « d’ancien ».
Une vingtaine de minutes plus tard il se gare sur le parking du Casino, au milieu des véhicules de Gendarmerie.
« Commandant Noiret, vous avez été rapide ! Lui lance Olivier Demontreux le procureur.
– Une affaire comme celle-ci me fait monter dans les tours Monsieur le procureur ! Expliquez-moi, en quelques mots.
– Dans un premier temps une première équipe de trois individus cagoulés et vêtus de noir, prend en otage la famille du directeur des jeux vers 21 h 30. A 3 h 30 une seconde équipe de six autres cagoulés et revêtus de combinaisons noires siglées “POLICE” dans le dos, se présente au Casino prétextant venir attendre des truands qui doivent perpétrer un braquage. Ils préviennent le directeur des jeux qu’il doit collaborer sans vagues car ils tiennent sa famille. Ils raflent la mise et partent vers 4 heures. La famille est relâchée une demi-heure plus tard. D’après ce que nous avons pu reconstituer, ils ont brûlé leurs voitures pas très loin de la maison du directeur des jeux et ils sont partis dans une direction inconnue. Ce sont eux qui ont appelé la gendarmerie vers 4 h 30. Les militaires sont venus délivrer la famille à son domicile et le personnel coincé dans une pièce au Casino. Pas de victimes, juste des traumas psychologiques.
– Montant du préjudice ?
– 900 000 euros environ.
– Ah oui quand même ! Je pense que nous allons bosser avec les gendarmes de la SR de Caen ?
– Oui, je sais que vous avez de bonnes relations avec eux. En ce qui me concerne, je vais transmettre le dossier à la JIRS {2} de Rennes, vu le type d’établissement visé, le nombre et l’organisation des agresseurs. »
Les deux hommes entrent dans le Casino. Le commandant Evenoux de la SR vient vers Juju.
« Salut Julien, le vigile et le directeur des jeux ont été les premiers à voir les gars arriver. Celui qui devait être le chef leur a montré une carte de police pour les mettre en confiance, tu peux leur montrer ta carte ?
– Oui bien sûr. Ils ont pu voir au moins un visage de ces mecs ?
– Oui mais pas très longtemps. Le gars qui devait être le chef avait une barbe fournie, peut être un postiche, et il a très rapidement descendu sa cagoule dès qu’il est entré dans les lieux. »
Ils se rendent dans la salle de comptage où plusieurs témoins commencent à être entendus.
« Monsieur Garnier est le directeur des jeux dont la famille a été prise en otage. Voici le commandant de police Noiret de la PJ de Caen. Est-ce que la carte que vous a présentée l’individu ressemble à celle du commandant ? »
Julien sort sa carte.
« Non, je suis certain, elle n’était pas comme celle-ci, je ne l’ai pas vu très longtemps, mais il y avait une sorte de dessin comme une médaille au centre, et je me souviens qu’il était écrit, sous le mot “police”, capitaine de police.
– Je pense que le gars a utilisé un ancien modèle de carte, on en trouve sur le Net. Je vais regarder tout de suite. »
Julien recherche sur son téléphone et rapidement montre l’écran au témoin.
« Comme celle-ci ?
– Oui, c’est ça, demandez au vigile je suis sûr. »
L’agent de sécurité confirme l’information dans les instants qui suivent.
« Déjà, je suis un peu rassuré de savoir que c’est un faux policier, jusqu’à preuve du contraire. De la même façon les tenues qu’ils portaient devaient être des imitations grossières. »
Les équipes, policiers et gendarmes, sont constituées. Les témoins sont entendus. Les photos et recherches techniques, empreintes, traces ADN, sont également effectuées par des policiers et gendarmes techniciens de scènes de crime. Vu que les individus, au casino ou chez le directeur des jeux, portaient des gants, peu de traces sont relevées.
Julien et le commandant de gendarmerie emmènent Frédéric Garnier chez lui, il va pouvoir enfin serrer les siens dans ses bras. La famille a vécu une nuit d’angoisse. Comme il faut absolument recueillir en urgence des informations sur les malfaiteurs ils répondent avec lassitude aux questions des enquêteurs.
« Madame Garnier, lui demande Julien, y a-t-il un ou plusieurs détails aussi simples soient-ils qui vous reviennent sur ces hommes.
– Celui qui était le chef, était le seul à parler. Il était très grand.
– Quelle taille à peu près ? Plus grand que votre mari par exemple ?
– Oui, mon mari mesure un mètre soixante-quinze, il devait faire au moins vingt centimètres de plus.
– Ah oui quand même ! Et un détail physique, une cicatrice, un bout de tatouage…
– Vers l’œil gauche, au-dessus de la pommette, une cicatrice en forme de patte d’oie, trois petits traits. La cagoule était artisanale et les trous pour les yeux étaient mal découpés, on voyait surtout à gauche une partie du haut de la joue, c’est pour ça que j’ai vu ça.
– Les yeux quelle couleur ?
– Bleus très clairs.
– Rien d’autre ?
– Non… enfin si… son accent.
– Etranger ?
– Non pas du tout, très français, mais pas de notre région…
– A quelle région pensez-vous ?
– Je ne sais pas, je n’ai jamais entendu cet accent, plutôt du sud…
– Marseillais ?
– Oh non pas du tout… je ne sais pas, mais sûr et certain ce n’était pas un accent du nord de la France. »
Voilà des indices qui n’allaient pas faire avancer l’enquête !
Julien et Sylvain Evenoux se rendent ensuite sur le lieu où ont été brûlées les voitures, sur la route de Saint-Aubin d’Arquenay, à un kilomètre à peine de la maison de Frédéric Garnier. Entre deux bâtiments désaffectés, les carcasses noircies fument encore. Les pompiers ont ouvert les hayons arrière des deux breaks.
« Regardez ce que nous avons sorti des voitures, montre le capitaine des pompiers. »
Des restes de combinaisons calcinées. On distingue sur l’une d’entre elles un morceau de tissu blanc sur lequel on peut encore lire « POL ».
« Ils ont vraiment pris toutes les précautions, et y a-t-il des traces d’autres voitures qui ont servi à leur fuite ? demande Julien au responsable des techniciens de scène de crime.
– Hélas , peut-être y en avait-il, mais les pompiers sont entrés avec leurs véhicules sur le terrain et ont certainement, sans le vouloir, écrasé leurs traces. Nous avons trouvé dans une poubelle juste à côté de l’un des bâtiments, un sac en plastique, dans lequel il y avait les téléphones de toutes les personnes prises en otages, dans la maison du directeur et au Casino . Ils avaient pris la précaution de les éteindre. Nous les restituerons à leurs propriétaires après les avoir examinés.
– Apparemment ce sont eux qui ont appelé le Centre Opérationnel de la Gendarmerie, demande Julien.
– Oui, à 4 heures 32 très exactement, téléphone à carte prépayée sans doute, impossible à localiser.
– Vous avez l’enregistrement ?
– Oui, un homme sans aucun accent, signale simplement que des voitures sont en feu route de Saint Aubin et qu’il faut aller sur cette même route à l’angle du chemin des pèlerins, chez monsieur Garnier, des personnes sont en danger. Il a raccroché.
– Pas de témoins éventuels qui auraient remarqué quelque chose ?
– Vous savez ici c’est assez désert, et une nuit de samedi à cette heure-là il n’y a pas grand monde. »
Voici une enquête qui commence mal, peu d’indices, des individus organisés, impossible d’orienter vers une « belle équipe » pour le moment.
Julien va faire remonter toutes les informations à l’Office Central de Lutte Contre le Crime Organisé, afin de chercher des connexions avec d’autres affaires du même genre.
Il n’est pas au bout de ses peines…
Chapitre 4
Vendredi 5 juin. 14 h 30. D 986 dans l’Hérault
Peu de circulation sur cette route aujourd’hui.
Les trois convoyeurs de fonds parlent du week-end qu’ils vont passer en famille. L’un va aller pêcher dans les environs de Frontignan, l’autre va s’occuper de son jardin, qui déjà, en ce début d’été, commence à souffrir de sécheresse. Le troisième, quant à lui, le plus jeune des trois, va faire la fête avec ses potes.
Ils viennent de récolter les liquidités des grandes surfaces du secteur, encore deux supermarchés et ce sera le retour à la maison mère au nord de Montpellier.
A l’approche de Saint Martin de Londres, des panneaux clignotants signalent une zone de travaux. Une camionnette blanche et jaune avec gyrophares bloque la route, et des employés vêtus de chasubles jaunes avec des drapeaux invitent le fourgon blindé à bifurquer à droite dans une petite route.
« Curieux, on ne nous avait pas prévenus de cette déviation, s’étonne le chauffeur.
– Ils ont oublié de nous prévenir ! lui répond le chef de bord qui s’apprête à signaler l’incident par radio. »
Ils ont à peine parcouru cinquante mètres dans le petit chemin, qu’ils n’en croient pas leurs yeux. Devant eux, six individus cagoulés de noir, en treillis marron, les braquent, certains avec des kalachnikovs, d’autres avec des pistolets, et un, au centre, genou à terre, est porteur d’un lance-roquettes.
Les trois convoyeurs sont tétanisés. Le chef de bord en a laissé tomber le micro de la radio.
Un des individus vient de placer sur le pare-brise, avec une ventouse, un paquet carré de vingt centimètres de côté. Une petite lampe rouge clignote sur le dessus. L’homme montre ostensiblement une télécommande. Le message est clair !
Pour confirmer leur détermination une rafale de pistolet-mitrailleur est tirée sur le côté droit du lourd véhicule.
« Faites pas les cons, ne vous faites pas buter pour un salaire de misère. Balancez vos flingues par les fentes sur le côté, et sortez les mains sur la tête. »
Les trois hommes comprennent la détermination de leurs attaquants. La rage au ventre, ils se séparent de leurs armes, et sortent en baissant la tête.
A peine en dehors du véhicule, ils sont jetés au sol face contre terre.
« Bougez surtout pas ! On vous attache les mains dans le dos et on va vous mettre des sacs en toile sur la tête, n’essayez pas de jouer aux héros. »
Une fois attachés, ils sont conduits à une vingtaine de mètres par deux des attaquants.
« On va rester avec vous pendant que nos potes se servent dans la tirelire, après on va effacer nos traces, et on vous abandonne. Il y aura bien des bons pèlerins pour vous secourir après notre départ. Je vous rassure, on va pas vous buter, on n’est pas des sauvages. Petite précaution toutefois, je récupère vos portables, je les éteins, vous les retrouverez dans quelques heures ! »
Deux truands emportent des sacs remplis d’argent dans le coffre de leurs voitures. Quand il ne reste rien dans le camion, celui qui semble être le chef de l’opération, fait signe à tous de rejoindre les véhicules de fuite. Seul reste en place le porteur du lance-roquettes. Quand tout le monde est à l’abri, il tire sur le fourgon. La détonation est puissante. Le véhicule se soulève sous l’impact et prend feu.
Les malfaiteurs à bord de deux breaks Renault Talisman noirs, sur le toit desquels sont placés des gyrophares bleus, quittent les lieux en direction de Montpellier. Les quatre autres qui bloquaient la circulation sur la départementale pendant ce temps, sont montés dans la fausse camionnette de balisage, laissant sur place des panneaux triangulaires clignotants et des barrières blanches et rouges.
Les trois convoyeurs, ont été terrifiés par la déflagration, ils sont devenus sourds. L’un d’entre eux a réussi à retirer le sac de toile qu’il avait sur le visage, et les mains toujours liées dans le dos, parvient à enlever ceux de ses collègues. La fumée noire qui se dégage du fourgon est étouffante.
Des automobilistes intrigués par le feu du véhicule se sont arrêtés. Les secours sont appelés.
Chapitre 5
Même jour. Même lieu. 15 h 45
Dès qu’elle a reçu l’information, Leïla Benhamouche {3} , commandante de police, numéro deux de la Brigade de Répression du Banditisme au SRPJ de Montpellier a rameuté une dizaine de ses collaborateurs et demandé le renfort d’éléments de la BRI {4} .
Ce petit bout de femme, aux longs cheveux très bruns, qu’elle coiffe avec une tresse, au regard noir d’ébène, ne s’en laisse pas conter. Ceux qui la pensent frêle et fragile sont dans l’erreur la plus totale. Son passe-temps favori, les sports de combat et arts martiaux, qu’elle pratique régulièrement, son compagnon étant professeur de Ju - Jitsu .
Elle a commencé toute jeune avec le judo, puis le karaté, mais depuis sept ans, elle pratique le Krav Maga , une méthode d’autodéfense d’origine Israélo -tchécoslovaque, combinant des techniques provenant de la boxe, du judo, du ju-jitsu et de la lutte. Elle a été formée alors qu’elle était en région parisienne par Eric , un major formateur de cette discipline. Elle est championne de la région Occitanie .
Responsable depuis deux ans d’un groupe chargé des cambriolages et vols d’objets d’art, elle a été nommée adjointe au commissaire de la brigade de répression du banditisme. Elle dynamise ses troupes qui la suivent les yeux fermés.
Quand elle se présente sur le parking, elle rejoint Gérald Dassonville le procureur de Montpellier en pleine discussion avec les gendarmes de la Section de Recherches.
« Ah, commandante Benhamouche, vous allez travailler dans un premier temps en co-saisine avec la Section de Recherches, cette affaire est importante et je pense que la mixité de service sera utile. Vu le type d’affaire et l’organisation des voyous, je vais transmettre le dossier à la JIRS de Marseille.
– Pas de problème Monsieur le procureur, pouvez-vous me donner un aperçu de la situation ?
– Nous avons deux scènes de crime, une ici et l’autre à deux kilomètres environ en direction de Montpellier. »
Le magistrat résume l’attaque du fourgon.
« La seconde scène se situe un peu plus loin sur la gauche, dans un chemin. A un endroit éloigné de la route. Les malfaiteurs ont brûlé leurs trois véhicules, deux breaks Renault et une camionnette.
– Ce sont vraiment de grands malades, ils pouvaient mettre le feu à la végétation ! le coupe Leïla.
– Ils l’ont fait dans un endroit empierré qui ne risquait pas de communiquer le feu aux alentours.
– Y a-t-il des victimes ?
– Une chance, aucune victime, trois convoyeurs traumatisés, certes, mais sans blessures.
– On a une idée du préjudice ?
– Pour le moment nous en sommes à des estimations, environ deux millions d’euros.
– Ah oui ! Une idée des moyens de fuite employés et des directions prises ?
– Aucune. Les gendarmes sont intervenus le plus vite qu’ils ont pu avec les pompiers, ils étaient sur place quinze minutes après le départ des malfaiteurs. »
Tandis que leur chef écoute le magistrat, les policiers de la PJ vont au plus près de la carcasse du fourgon blindé. Les gendarmes, que la plupart d’entre eux connaissent, leur donnent des compléments d’information.
Les techniciens de scène de crime de la PTS {5} et de la gendarmerie recueillent méticuleusement des indices.
Le major François Demangeon, un des adjoints de Leïla, et la brigadière-chef Sandrine Elvin, s’approchent des convoyeurs assis dans l’une des ambulances de pompier.
« Ça va messieurs ? Vous vous remettez un peu ? demande François.
– Disons que pour l’instant, on décompresse, on a cru notre dernière heure arrivée, surtout quand ils ont placé un petit paquet sur le pare-brise sur lequel clignotait une petite lampe rouge. Le truand qui l’a placé, s’est écarté et de sa main droite il a agité une télécommande, ça voulait tout dire ! Les gendarmes qui font les recherches techniques ont retrouvé un morceau de ce paquet, c’était du bidon, il n’y avait pas d’explosif !
– Vous pourriez nous donner un signalement, un indice même infime sur ces gars ?
– C’est allé tellement vite, ils étaient nombreux, il y en avait six, devant et autour de nous, tous en treillis marron, avec des cagoules noires sur le visage qui ne laissaient voir que leurs yeux et leur bouche.
– Des gants ?
– Oui, sauf celui qui tenait la téléc… oh putain… pardon, ça me revient, le gars quand il a levé la main droite et agité la télécommande, sa manche de treillis a glissé et j’ai parfaitement vu un tatouage sur son avant-bras, face interne. On aurait dit comme une queue de serpent. Vous l’avez vu ça aussi les gars ? dit-il en se tournant vers ses collègues.
– Il me semble oui, répond l’un d’entre eux, mais j’étais trop occupé à regarder la lampe qui clignotait.
– Ceux qui ont parlé avaient-ils un accent ?
– Il y en a qu’un seul qui a parlé, ce devait être le chef, il avait un accent particulier, certainement pas du sud de la France en tout cas.
– Ils étaient tous grands, petits ?
– Il y en avait deux qui étaient très grands dont le chef, plus d’un mètre quatre-vingt-dix, les autres il y en avait de toutes les tailles. Un plus petit que tous les autres. Par contre, parmi ceux qui nous ont déviés sur le parking il y en avait un très gros, un mètre soixante-dix environ et très fort qui boitait.
– Ils étaient masqués ceux-là aussi ? demande Sandrine.
– Oui avec des foulards comme en ont souvent les gens sur les chantiers, le gros était tout rouge et suait à grosses gouttes.
– Vous les avez vus partir ?
– On était dans la fumée du feu de notre véhicule, et sonné par l’explosion. Malgré la surdité que cela nous a provoqué, on les a entendu partir à toute allure en direction de Montpellier. »
Il sera difficile de leur en demander plus. Aucun témoin direct de l’attaque n’a été recensé. Pendant le temps de l’agression, les quelques automobilistes circulant sur la départementale, avaient été stoppés de chaque côté par les comparses en tenue de chantier. Ils ont simplement entendu l’explosion, vu la fumée et le feu du fourgon et deux véhicules noirs partir à grande vitesse. C’est peu.
Leïla et quelques-uns de ses collègues, se rendent sur le lieu de destruction des voitures. C’est un endroit très isolé. Les premières maisons sont à près d’un kilomètre. Personne n’a rien vu de particulier, des hommes partir dans plusieurs voitures ou moto, rien. Deux femmes ont entendu une sorte de détonation provenant du lieu et elles ont vu alors la fumée, elles ont appelé les pompiers. Mais elles sont formelles pas de personnes suspectes s’enfuyant.
Les techniciens de scène de crime de la gendarmerie qui étaient les premiers sur les lieux, pensent que les malfaiteurs ont utilisé des engins incendiaires programmés pour déclencher les feux dans les véhicules quelques minutes après leur départ.
Ce sont eux aussi qui ont découvert dans un sac poubelle éloigné des sinistres, les trois téléphones portables des convoyeurs. Ils vont les examiner en laboratoire pour tenter de découvrir des traces ou indices, sans grand espoir toutefois.
Policiers, gendarmes et magistrat se rendent compte qu’ils ont affaire à une équipe très organisée. Il va falloir répondre à de multiples interrogations. Ont-ils une source d’information chez les convoyeurs ? Pourquoi, alors qu’ils avaient récupéré le butin, ont-ils détruit le fourgon blindé avec une roquette ? D’où viennent-ils ? Est-ce une équipe locale ?
Chapitre 6
Lundi 8 juin. Caen . Bureaux de l’Antenne PJ
Julien Noiret ne tient pas en place. Plus d’un mois après le hold-up du Casino de Ouistreham, il doit le reconnaître, il n’avance pas dans son enquête. Il a mobilisé l’ensemble des enquêteurs du service, rien ne bouge. Des vérifications très poussées ont été effectuées particulièrement sur le personnel du Casino. Aucune relation avec des individus défavorablement connus des services de police.
Les gendarmes de leur côté ont cherché surtout des itinéraires de fuite qui auraient pu être empruntés par les malfaiteurs. Là encore rien. Pourtant, les pandores sont allés jusqu’à examiner les images des caméras installées aux différents péages d’autoroutes et aux sorties de Caen. Il faut dire que le choix est large si l’on passe par des autoroutes, et encore plus large si on emprunte des routes nationales.
Les militaires ont passé des heures à regarder les sorties de la région de Caen, la RN 158 qui devient l’autoroute A 88 à hauteur de Falaise, et de là vers Orléans et le centre de la France.
L’autoroute A13 qui va vers Rouen puis Paris, et l’A84 qui va en direction de Rennes.
Utilisant plusieurs voitures, sont-ils tous partis dans la même direction ?
Julien a contacté l’Office Central de Lutte Contre le Crime Organisé. Avec le peu de données qu’il possède, il paraît difficile de relier ces malfrats à d’autres vols à main armée commis dans toute la France.
La PTS n’a pas pu aider les enquêteurs, pas de traces ADN, pas d’empreintes. La maison du directeur des jeux a été passée au peigne fin attendu que les trois hommes qui séquestraient la famille sont restés de 21 h 30 à 4 h 10. Ils avaient pris la précaution de mettre des surchausses sur leurs chaussures, ils n’ont pas quitté leurs gants un instant, et pour se désaltérer ils utilisaient des gourdes attachées à leurs ceintures. Rien n’a été laissé au hasard.
Julien appelle comme tous les lundis matin la juge Francine Le Tyevan de la JIRS qui a délivré une commission rogatoire :
« Vendredi matin, l’Office Central m’a envoyé la liste des plus importants braquages ayant eu lieu sur le territoire national au cours des six derniers mois. Rien ne peut relier nos truands à un de ces méfaits. Leur nombre est un élément à prendre en compte, habituellement ils ne sont jamais plus de quatre voire cinq, sauf pour les grosses opérations, mais cela ne dépasse jamais sept, au maximum huit agresseurs. Nos individus sont très bien organisés, presque militairement.
– Vous n’avez pas d’équipe sur la Normandie qui puisse leur correspondre ?
– Non hélas, ils viennent d’une autre région, et là c’est une aiguille dans une botte de foin. Les itinéraires de fuite ont été examinés par les gendarmes, Rouen, Paris, le centre de la France puis au-delà le Sud-Est, la Bretagne qui peut permettre de rejoindre le Sud-Ouest. C’est désespérant.
– Je comprends commandant, allez, ne lâchez rien, je suis sûre que vous y arriverez. »
Le « Petit Juju », va voir ses collègues dans les différents bureaux. Il a réussi à les motiver au point que leurs conversations ne tournent qu’autour de cette affaire qui devient obsessionnelle. Plus de blagues à deux balles de Stéphane, le boute-en-train du service. Décidément cette affaire traumatise bien du monde !
Chapitre 7
Samedi 4 juillet. 6 h 30. Bruges (banlieue de Bordeaux )
Cette journée est bien partie pour être très chaude. Maryline, comme tous les matins, s’est levée la première. Son mari et ses fils dorment encore.
Avant de partir elle fait un petit tour dans le jardin. Ses fleurs, plantées avec amour, font grise mine. Elles manquent d’eau, et hier encore, Charly, son dernier fils, a oublié de les arroser ! Ah ces ados, si seulement il y avait une application sur son smartphone ou sur sa tablette ne serait-ce que pour lui faire penser à l’arrosage des plantes ! Quant à son frère aîné, il préfère aller retrouver ses copains et copines pour aller à la plage. Elle verra çà ce soir.
Elle quitte la maison. Un vrai bonheur le matin à la fraîche de faire le petit kilomètre qui la sépare de son travail. Elle arrive presque au bout de la petite rue. A hauteur d’une camionnette noire, elle est surprise par l’ouverture brutale de la porte latérale. Deux hommes en treillis noirs, visages masqués par une cagoule de la même couleur, ne laissant apparaître que les yeux et la bouche, sortent du véhicule et lui barrent le passage. Elle n’a même pas le temps de réagir qu’ils se jettent sur elle, lui mettent un sac en toile sur le visage, et la projettent à l’arrière de la fourgonnette.
Maryline comprend tout de suite ce qui lui arrive, elle se met à trembler. Ses jambes ne la portent plus. Avec une certaine délicatesse, l’un des hommes l’aide à s’asseoir à même le sol. Elle sent la présence de plusieurs individus.
« Bonjour belle Maryline, lui dit celui qui l’a aidée. Tu vois je connais ton prénom, mais pas seulement. Je sais beaucoup de choses sur toi et ta famille, ton gentil mari Arthur, tes deux garçons, Nicolas l’aîné, et Charly ton ado… je pense que tu as compris où nous voulons en venir. Nous sommes polis et courtois, on t’amène à ton travail. Quand nous arriverons, nous resterons un peu en arrière et toi tu iras sonner à la porte. Dès que l’un des deux vigiles aura ouvert, nous entrerons. Surtout, tu ne dis rien à ces deux gardes qui sont dans le magasin. Pas de signe, rien. Nous serons très rapides, et surtout ne t’amuse pas à les alerter, car actuellement une autre équipe est entrée chez toi et tient ton époux et tes fils en respect. Tu ne veux pas qu’il leur arrive malheur, hein ? Alors tu fais comme on a dit. Tu vas voir, ça va bien se passer. »
Il ne leur faut pas longtemps pour arriver à l’hypermarché.
La camionnette roule lentement sur le grand parking vide, et vient se garer à l’arrière du bâtiment. Aucun vis-à-vis. Des murs enclavent l’arrière de la grande surface.
Le même homme aide Maryline à se lever et à descendre de la fourgonnette. Il se penche à son oreille et lui murmure :
« Je vais t’enlever ce vilain sac qui va t’avoir décoiffée, désolé. Tu vas aller sonner. Ne t’occupe pas de nous, nous sommes juste derrière toi. Nous savons que la caméra de surveillance a été cassée ce week-end, c’est ballot hein ! Nous serons de chaque côté de la porte, allez vas-y ! »
Il enlève le sac qui masquait son visage. Maryline est pâle, ses joues ruissellent de pleurs. Elle marche en titubant jusqu’à la porte. Arrivée devant la sonnette, elle respire un grand coup et appuie sur le bouton.
« Coucou c’est Maryline ! réussit-elle à sortir sans tremblement dans la voix, et sans pleurer.
– Bonjour, on vient t’ouvrir. Nous avons délicatement pensé à mettre la climatisation en route dans ton bureau ! A tout de suite. »
Dans la minute qui suit, la porte s’ouvre. Les deux vigiles n’ont pas le temps de réagir que six individus se précipitent sur eux. L’un des deux gardes, très grand et musclé, veut tenter de repousser les assaillants et sortir la bombe à gaz lacrymogène qu’il porte à sa ceinture. Un de ses agresseurs rompu au combat ne lui en laisse pas le temps. L’attaque des deux gardes est d’une grande violence. Le premier qui avait ouvert la porte, plus petit que son collègue, tombe au sol, le visage tuméfié, et perd connaissance. Le grand costaud est neutralisé avec brutalité. Ils sont attachés les mains dans le dos puis poussés et enfermés dans une pièce se trouvant au début d’un grand couloir qui dessert les bureaux. Leurs téléphones portables leurs sont enlevés et éteints, de même que celui de Maryline. Deux des agresseurs restent près des vigiles.
Maryline est conduite jusqu’au bureau du directeur dont elle possède la clé.
« Comme tu peux le voir nous connaissons tout de ce qui se passe ici, que tu es la comptable de ce magasin depuis plus de douze ans, que tu possèdes les clés du bureau du directeur et surtout celles du grand coffre situé dans une pièce sans fenêtre derrière son poste de travail ! Allez, dépêche-toi, ouvre le coffre et laisse-nous faire ! »
La pauvre fille tremble tellement qu’elle a de la peine à composer le numéro qui permet d’ouvrir l’énorme armoire forte. Dès que la porte est ouverte, quatre hommes du commando se saisissent des sacs entreposés, non sans avoir vérifié rapidement leur contenu.
Tandis que ses comparses emmènent le butin vers la porte de sortie, le chef s’adresse à Maryline.
« Voilà , tu as été très gentille. Je vais te lier les mains sur le fauteuil directorial, tu seras mieux assise que par terre. L’armoire du téléphone du magasin a été neutralisée, on ne peut ni appeler ni recevoir d’appels. Vous retrouverez vos téléphones dans la journée. Nous allons, dans vingt minutes, libérer ton mari et tes fils, avec consigne de n’appeler personne. C’est nous qui allons prévenir les secours pour ces pauvres vigiles malmenés. Ils s’en sortiront, t’inquiète pas, c’est des costauds. Je te mets un bâillon sur la bouche, pas trop serré et un petit sac sur le visage. Allez salut ma belle et… merci ! »
Quelques instants plus tard, elle entend la porte d’entrée qui se referme.
Chapitre 8
Même jour. Début de matinée
Lorsqu’à 7 h 16 l’appel est arrivé sur le « 17 » au Centre d’Information et de Commandement du commissariat central de Bordeaux, l’opérateur a cru à une mauvaise plaisanterie comme ils en reçoivent à longueur de temps.
« Surtout ne m’interrompez pas ! Envoyez un de vos équipages à l’hypermarché de Bruges. Faites venir un des responsables du magasin sinon personne ne pourra vous ouvrir. Vous y trouverez des personnes qui vous expliqueront ce qui est arrivé. Ne trainez pas il y a des blessés. »
Le brigadier Germain, lève la main droite. Le commandant de permanence comprenant que quelque chose de particulier se présente se déplace vers l’opérateur qui lui fait écouter l’appel qu’il vient de recevoir.
« Quel hypermarché ? Sur cette commune il y en a deux et un supermarché. Faites apparaître la liste, vous contactez les responsables du premier, moi je prends le second, et vous Sandrine prenez le troisième. Pour gagner du temps, Jocelyn vous envoyez des équipages sur les parkings de ces trois établissements. »
La grande salle est en ébullition. Tandis que l’on s’affaire sur les suites à donner au curieux message, les huit autres opérateurs continuent à répondre à différents appels.
Pour être une véritable ruche, le volume sonore n’est pas élevé. Devant chacun, trois écrans d’ordinateurs. Sur un, le détail de l’intervention en cours avec adresse, motif de l’appel, détails pouvant être utiles aux intervenants, et les possibilités d’alerter dans le même temps les pompiers, le SAMU au besoin. Une icône permet de déclencher l’information par radio et sur le terminal du véhicule, à un équipage de police localisé à proximité du lieu d’appel. Sur l’autre écran, une localisation précise sur un plan, du lieu d’intervention. Sur le troisième tout ce qui peut permettre l’avis à différentes autorités, ou des détails comme les numéros de téléphone ou adresse des responsables d’un établissement intéressant l’appel en cours.
Sur le mur, face à l’amphithéâtre sur lequel se tiennent les opérateurs, plusieurs écrans affichent le retour des caméras de vidéoprotection installées sur l’ensemble de l’agglomération. Gérées par les policiers municipaux, apparaissent maintenant les images en provenance des trois parkings de grandes surfaces de la commune de Bruges .
La société de sécurité responsable du premier hypermarché n’a pas constaté de déclenchement d’alarme sur l’établissement, mais envoie toutefois sur place une voiture avec deux vigiles et demande à l’un des directeurs du magasin de venir les rejoindre.
Le gérant du second objectif, le supermarché, informe la société de gardiennage et se rend au magasin où il va attendre les policiers.
Le directeur de l’autre hypermarché est surpris. Il va se rendre immédiatement sur place, mais avant, il va joindre les agents de sécurité qui, comme chaque jour sont présents dans le magasin à partir de 4 h 30, pour savoir si tout est normal.
Dans la minute qui suit, il rappelle la salle de commandement. Il est très inquiet, personne ne répond au magasin, et la société de sécurité ne peut pas joindre ses agents sur leurs portables et sur leur radio.
« Jocelyn, envoyez plusieurs équipages sur cet hypermarché route du Médoc. Pas de deux tons surtout. »
Le premier équipage qui arrive sur place, fait lentement le tour du magasin. Toutes les portes sont fermées. Ils sont en train de contourner le bâtiment pour voir s’il est possible d’accéder par l’arrière, quand deux autres patrouilles les rejoignent.
Le plus gradé de tous, un major, prend la direction de l’intervention. Il décide de déplacer une partie des intervenants le long du mur jusqu’à la porte de service, le reste des policiers étant aux aguets sur le parking.
Près de dix minutes se sont écoulées quand le directeur du magasin, accompagné de deux membres de la société de sécurité privée, se présente.
Le major, s’étant emparé des clés, ouvre la porte. Arme à la main, il tire à lui le battant, puis, suivi de deux gardiens de la paix, il entre doucement. Dans la pénombre il se rend compte qu’il se trouve dans un hall d’entrée sur lequel donnent plusieurs portes fermées. Pas un bruit.
« Police ! L’établissement est cerné. Quelqu’un m’entend ? »
Des bruits sourds se font entendre. Il ouvre la porte en face de lui. Les coups portés sont plus nets.
Les policiers pénètrent dans un couloir sans lumière. Des cris étouffés et de nouveaux coups contre une cloison les guident vers une porte. D’un grand coup de pied à hauteur de la serrure, le major, rompu au sport de combat, a raison de la frêle fermeture.
Au sol, entravés dans le dos par des liens en plastique, le visage recouvert de sacs en toile noire, deux hommes hurlent.
Ils sont libérés de leurs liens et rapidement identifiés par leur tenue comme étant les vigiles. L’un d’eux est assez grièvement blessé à la tête, il a perdu beaucoup de sang. Il tombe dans l’inconscience. L’autre, épuisé, trouve la force de parler.
« Plus loin dans le couloir, la troisième porte à droite, c’est le bureau du directeur. La comptable y a été conduite. Les truands lui ont demandé d’ouvrir avec son trousseau. La porte est blindée, prenez mes clés. »
Aussitôt le major et deux gardiens se précipitent, de faibles plaintes sont perceptibles.
Quand ils pénètrent dans la pièce, ils rassurent Maryline, assise dans le fauteuil directorial.
« Ne craignez rien madame, c’est la police, c’est fini. Nous sommes maîtres des lieux, les voyous sont partis. Je vais vous enlever le sac en toile que vous avez sur le visage tout doucement. »
Le bâillon qu’elle porte sur la bouche est trempé de salive. Elle pleure, elle n’arrive plus à crier.
« Allez chez moi, mais faites attention ils ont pris ma famille en otage ! Vite s’il vous plaît !
– Donnez-moi votre adresse.
– 33 rue Emile Videau à Bruges. Pourvu qu’ils ne leur aient pas fait de mal.
– Ne vous inquiétez pas nous allons envoyer du monde chez vous. »
Il sort du bureau et demande d’une part, des secours pour les personnes blessées et d’autre part l’envoie d’une équipe d’intervention pour une présomption de prise d’otages au domicile de la comptable.
Chapitre 9
Même jour 8 h 45. Même lieu
Antonin Lapaillerie n’a pas traîné pour venir sur place dès qu’il a été informé. Le charismatique chef de la Brigade de Répression du Banditisme du SRPJ de Bordeaux, sent d’entrée de jeu qu’il va, avec son équipe, avoir fort à faire pour mettre la main sur les auteurs du braquage. La quarantaine, l’homme à la carrure de rugbyman, est un incontournable de la PJ. Il y a débuté à vingt et un an comme inspecteur, puis il y a cinq ans maintenant, poussé par sa hiérarchie, le commandant Lapaillerie est devenu commissaire. Trois ans après il est revenu dans son ancien service, la BRB, où il a pris la place de chef. Travailler avec cet athlète au crâne rasé est un bonheur pour ses anciens collègues. Strict dans le travail, cela ne l’empêche pas d’être en empathie avec tout le monde. Le terrain ne lui fait pas peur, pas plus que la procédure.
Il est très heureux de voir arriver sur le parking de la grande surface Virginie Peydecastaing, la procureure. C’est une élégante grande femme brune aux yeux d’un noir profond. Antonin, dragueur impénitent, se fend d’un large sourire. Tout en la dévorant des yeux, il lui résume ce qui s’est passé.
« Des vigiles la nuit ici ? Il n’y a pas de centrale d’alarme dans cet établissement ? s’étonne la magistrate.
– C’est la première question que j’ai posée au directeur. En fait ce magasin est l’un des derniers à avoir une centrale d’alarme ancien modèle. Lorsque le soir le magasin ferme, l’alarme, reliée à un PC de sécurité privée, est mise en service. Sur les centrales récentes, il y a plusieurs zones qui peuvent être branchées ou débranchées, une pour la surface de vente, une pour les réserves et une pour la partie administrative, dans laquelle se situe une armoire forte placée dans le bureau du directeur. Sur cette centrale là, tout est mis sous alarme en même temps. Comme il y a une équipe qui vient le matin à 4 h 30 pour les mises en rayons et la réception des marchandises, deux vigiles, toujours les mêmes depuis cinq ans, viennent et coupent l’alarme, puis s’installent dans la partie administrative pour que personne ne vienne s’y promener.
– Je comprends. Donc les malfaiteurs étaient bien renseignés pour kidnapper la comptable sur le trajet qu’elle emprunte et l’amener ici pour se faire ouvrir la porte.
– Absolument cela va être la priorité de nos recherches. Lorsque la porte a été déverrouillée, les malfaiteurs sont entrés dans la place. Les vigiles ont tenté de les en empêcher, mais ils ont été frappés et l’un d’entre eux est assez touché. Les pompiers et le SAMU s’en occupent. La comptable a été contrainte d’ouvrir les coffres qui contenaient les recettes de ces deux derniers jours. Avant de partir ils ont ligoté, bâillonné et mis un sac en toile sur la tête des vigiles qu’ils ont enfermé dans une pièce. Même chose pour la comptable, enfermée dans le bureau du directeur. Avant de partir ils ont dit à cette femme qu’ils avaient pris en otage sa famille et qu’ils préviendraient eux-mêmes les secours vingt minutes après leur départ, et qu’ils emportaient les portables. Ceux-ci seraient retrouvés dans la journée sans en dire plus.
– Vous êtes allé libérer la famille ?
– La Sécurité Publique a dépêché des effectifs discrètement autour du pavillon de ces personnes. Le GIPN et le groupe d’Intervention de la BRI ont été déclenchés très rapidement. Voyant que rien ne bougeait ils ont investi la maison, et ont découvert le père et les deux fils prenant leur petit-déjeuner, ne comprenant rien à ce qui se passait. La prise d’otages était un coup de bluff.
– Avez -vous retrouvé leur véhicule abandonné dans le secteur ?
– Non Madame. Pour le moment le signalement assez vague que nous en avons, une fourgonnette Mercedes de couleur foncée, a été diffusé largement dans l’agglomération et cela n’a encore rien donné. Venez voir les personnes et les lieux.
– On a une idée du montant du préjudice ?
– Un peu plus de huit cent mille euros.
– Ouch ! C’est énorme ! Déjà une idée de gens du coin qui auraient pu effectuer ce coup ?
– Encore trop tôt pour se prononcer Madame la procureure, en tout cas, c’est une équipe très organisée et renseignée.
– Combien étaient-ils ?
– Huit apparemment. Un chef avec six assaillants et un chauffeur resté dans la fourgonnette pendant que les autres entraient dans les lieux. Tous cagoulés, vêtus de treillis noirs, et gantés. Quelques détails éventuels, le chef semblait très grand, et il s’exprimait avec un accent.
– Etranger ?
– Non c’est un français, mais un accent d’une province peut être du sud. Nous allons essayer d’en savoir plus dans la journée, car la comptable et le vigile le moins touché, sont encore sous le choc. »
Ils rejoignent près des victimes le commandant Bertrand Fourcassiès, le numéro 2 de la BRB. Le grand martiniquais, accueille la magistrate avec son grand sourire, dévoilant une blanche dentition digne d’une légendaire publicité !
« L’un des vigiles, Philippe Dupeu , est salement amoché. Un traumatisme crânien a été constaté par les urgentistes qui vont l’évacuer maintenant vers le centre hospitalier. Le second Adrien Servan est heureusement moins touché. Des coups lui ont été portés mais il tient le choc. Quant à madame Maryline Cousiney , la comptable, elle est psychologiquement perturbée, non seulement par son enlèvement, mais aussi par le souci qu’elle s’est fait lorsqu’ils lui ont fait croire que ses fils et son mari étaient pris en otage. Nos collègues de la BRI et du GIPN les ont conduits ici pour qu’ils puissent la rassurer.
– Nous pourrions les voir ?
– Oui bien sûr, nous les avons installés dans le magasin. Le directeur de la grande surface est venu les rejoindre il y a quelques minutes. »
Arnaud Bellandon, le directeur de l’hypermarché a décidé de fermer le magasin à la clientèle pour la matinée. Les cadres, venus plus tôt à sa demande, s’occupent du personnel qu’ils tiennent éloigné des services administratifs occupés par la PTS et les enquêteurs. Ceux qui, depuis 4 h 30, s’occupaient de la mise en rayon des produits frais ne se sont rendu compte de rien.
« Combien de temps a duré l’agression ? demande Virginie Peydecastaing.
– Difficile à dire avec précision, mais moins de dix minutes » lui répond Bertrand Fourcassies dont le portable se met à sonner. Il se tourne et répond très vite. Il fronce les sourcils. « Où ça ? Envoyez moi l’adresse par SMS, demandez l’envoie de techniciens de la PTS que personne ne touche à rien dès que les pompiers auront tout éteint. » Il se retourne vers la magistrate et le patron de la BRB. « C’était la salle de commandement, ils ont été informés vers 7 h 45 que les pompiers se déplaçaient sur un feu de véhicule, sur la route qui mène à Blanquefort. Vu que le plan de recherche de nos voyous avait été déclenché, ils n’ont pas envoyé tout de suite du monde sur cette intervention. Il y a un peu plus d’une demie heure un équipage de la police municipale s’est rendu sur place. La voiture qui cramait était une camionnette, et le feu s’était communiqué à la végétation. Quand tout a été éteint, les municipaux se sont rendu compte qu’il s’agissait d’une fourgonnette Mercedes. Ils ont fait le rapprochement avec notre affaire. La salle de commandement vient de dépêcher du personnel. Je vais me rendre sur place avec des collègues, vous voulez venir Madame la procureure ?
– Non commandant, je reste ici pour voir les victimes, tenez-moi au courant.
– Je reste ici aussi, lui précise Antonin Lapaillerie, tu nous diras ce qu’il en est, prends deux collègues avec toi. » Il ponctue sa demande par un clin d’œil à son adjoint en lequel il a une grande confiance, et dont il connaît le professionnalisme pour avoir fait équipe avec lui quand il était officier.
Chapitre 10
11 h 30. Salle de réunion au SRPJ de Bordeaux
Tous les enquêteurs présents sur les lieux du braquage et de la découverte de la camionnette brûlée sont présents, de même que des chefs de groupe de la Sureté Départementale, étant entendu avec les magistrats que les deux services collaboreraient sur l’affaire.
La Procureure de la république a tenu à être présente.
Attendu que tous les policiers étaient répartis dans des groupes de travail disséminés sur les différents lieux, Antonin Lapaillerie, est revenu en détail sur le mode opératoire. Il ressort surtout des points à éclaircir rapidement : Comment et quand la caméra de surveillance du parking arrière a été neutralisée. Est-il courant que des caisses aussi importantes ne soient pas déposées en banque ou dans les locaux d’une société de transfert de fonds ? Comment et par qui les malfaiteurs ont eu connaissance de l’adresse de la comptable ? Comment les malfaiteurs savaient que la famille de cette même employée était constituée d’un mari et de deux garçons ? Différentes équipes vont être chargées de ces recherches, réunion en fin de journée pour faire le point. Avant de laisser les enquêteurs commencer leur travail, Bertrand Fourcassies donne les informations sur la fourgonnette découverte brûlée.
« Les lieux se situent au début de la route qui mène à Blanquefort sur la gauche, un petit chemin au bout duquel se trouve, à environ huit cents mètres, une exploitation agricole. A l’endroit où ils se sont arrêtés, personnes ne pouvait les voir, ni de la route, ni de la ferme. Ils ont mis le feu au véhicule et n’ont pas traîné. La carcasse va être examinée par la PTS et des experts sapeurs-pompiers. Des restes de vêtements brûlés ont été découverts, ils vont aussi être analysés. En cherchant sur les lieux immédiats, nous avons découvert un sac-poubelle marron de petite taille, et quelle n’a pas été notre surprise d’y trouver des téléphones portables, éteints. Nous pensons bien évidemment à ceux de la comptable et des vigiles. Ils sont partis à l’analyse, avant d’être restitués à leurs propriétaires. Pour ce qui est de la fuite de nos voyous, le mystère est entier, avaient-ils planqué un ou des véhicules relais dans le coin ? Des complices sont-ils venus les récupérer ? Nous avons un gros travail à effectuer sur les vidéoprotections se trouvant dans le secteur. Quant à l’itinéraire qu’ils ont pris pour partir, il y a le choix, une multitude de directions s’offraient à eux. Il y a du boulot pour tout le monde, les amis ! »
La procureure informe les enquêteurs qu’en raison du type d’agression dans cette affaire, du nombre de malfaiteurs et de leur organisation, elle transmet le dossier à la JIRS de Bordeaux, ce qui va permettre d’avoir plus de moyens à leur disposition. C’est le juge Emmanuel Tramasset va être chargé de l’instruction. Les policiers aiment beaucoup travailler avec ce jeune magistrat, car sous son allure juvénile se cache un remarquable chasseur. Un juge « à l’ancienne » comme le surnomment les flics, très près des enquêteurs, se déplaçant souvent avec eux sur le terrain, participant aux perquisitions, et au cours des interrogatoires des suspects, il ne faut pas lui manquer de respect. Gare à celui qui le prend pour un gamin.
Chapitre 11
12 h 30. Dans le centre de Bordeaux
Dès que chaque groupe de la BRB, renforcé par des éléments de la Sureté Départementale, a eu sa « feuille de route », Antonin Lapaillerie a, de son côté, commencé à cogiter sur l’affaire. Traditionaliste dans sa façon d’agir en la matière, comme le lui ont enseigné les nobles anciens de la PJ, il va se rencarder auprès de celui qui est encore considéré comme le « parrain » du milieu bordelais, si tant il est vrai que cette institution n’est plus aussi structurée que par le passé.
Benoît Lorvancier n’a pas mis longtemps à répondre.
« Tiens, c’est marrant, je me suis dit que j’allais recevoir un appel de la poulaille, salut commissaire !
– Tu as un don de prémonition, vieux voyou !
– Non j’écoute les radios locales figure toi, et depuis ce matin ils n’arrêtent pas de broder sur le braquage de l’hypermarché de Bruges, alors forcément…
– Tu t’es dit le “gamin” de la PJ va me demander des tuyaux !
– On est fait pour s’entendre mon p’tit poulet. Allez viens dans mon restaurant, je t’attends pour déjeuner entre quatre yeux, mais je te le dis tout de suite, je n’ai pas grand-chose à t’apprendre…
– Comme d’habitude, mais je voudrais avoir ton avis.
– Amène-toi, j’ai faim ! »
Comme dans toutes les grandes villes, circuler en voiture dans Bordeaux à midi n’est pas évident. Antonin, tout en restant attentif à sa conduite, pense à cette affaire qui leur tombe sur les bras, et d’entrée de jeu il a compris qu’ils allaient galérer. Rien, pas un indice pour le moment et la science de la PTS ne leur donne pas d’espoir, peut-être avec la voiture brûlée, et encore ! Ou alors, l’analyse des portables retrouvés ? Après une demi-heure de galère de circulation, il se gare dans le parking le plus proche du restaurant où l’attend le vieux bandit, qui l’a déjà appelé deux fois en cours de route.
Il entre dans le bel établissement au fond duquel, assis à une table devant un verre de vin rouge, celui qui a fait régner sa loi sur le milieu bordelais pendant des décennies, se lève en le voyant traverser la salle. Taillé encore comme une armoire à glace, les cheveux blancs, des petits yeux bleus perçants, le personnage ne semble pas changer. Il porte allègrement ses 83 ans, même si depuis quelque temps il s’aide d’une canne pour marcher. Il ouvre grands les bras.
« Salut mon p’tit poulet, je suis heureux de te voir ! dit-il en l’embrassant.
– Moi aussi ma vieille canaille, heureusement qu’on a des gars qui font des conneries, cela nous permet de nous retrouver !
– Dire que tu es devenu commissaire, ben dit donc mon gars, ça, c’est du bon boulot ! Allez assieds toi, tu prends un verre de Bordeaux bien sûr en apéro !
– Ce sera le seul verre du repas, tu sais que moi ce n’est pas mon truc.
– Ah ça, on peut pas dire que tu tapes dans le goulot toi, j’ai connu des anciens de ton service qui crachaient pas dessus. Mais toi tu es un sportif, tu fais toujours du rugby ?
– Toujours ! Bon, comme je ne peux pas rester trop longtemps, au cours du repas je vais t’expliquer ce qui nous tombe dessus. »
Tandis que les deux compères se délectent d’une entrecôte bordelaise, Antonin, sans trop donner de détail, explique le braquage de l’hypermarché.
« Penses-tu que des gars du coin se mouilleraient dans un braco de ce genre ?
– Tu sais, Antonin, il y a encore une dizaine d’années, un turbin comme celui-ci, je t’aurais dit que ça pouvait être la bande à un tel ou à tel autre, mais maintenant, on ne sait plus qui fait quoi, puisqu’ils font du n’importe quoi, et on ne sait plus qui est qui, ni d’où ils sortent. Des banlieues ? D’une autre ville ? D’un autre pays même. En attendant nous, nous avions un honneur, jamais des gens de notre secteur n’auraient enlevé une jeune femme, jamais ils auraient séquestré une famille, ce ne sont pas des hommes, ça, ils n’ont pas de couilles. Nous, on montait au braco avec des armes, les trois quarts du temps sans munitions, uniquement pour faire peur, jamais de grande violence, juste le nécessaire pour se faire obéir. Vu ce que tu me dis, tes mecs, ils sont bien renseignés. Ils ont fait un gros travail de repérage en amont.
– C’est notre point de vue effectivement, on va creuser sur les connaissances de bien des gens.
– Si jamais j’entends quelque chose, je pense à toi, parce que je n’aime pas que des petits cons, dangereux en plus, viennent sur les terres bordelaises comme ça, en pays conquis. Nous les vieux brigands du coin, on n’est plus très nombreux, on n’a pas fait de mal aux gens. Des violences, il y en a eu entre nous, c’est différent. On a magouillé dans le malhonnête, mais proprement. Maintenant tu vois pour mes vieux jours j’ai cet établissement qui me suffit largement pour me faire vivre et faire vivre mon fils qui en est le patron. Antonin, je ne balance pas par plaisir, tu le sais, mais je ne supporte plus ceux qui se disent des voyous et qui n’ont pas d’honneur, ceux qui osent tirer sur des poulets, et pire sur des pompiers, ceux-là, je te les balancerai avec plaisir. »
En quittant l’établissement, le flic sait qu’à partir de maintenant, grâce au réseau du patriarche, toutes les informations relatives à l’affaire lui seront communiquées.
Chapitre 12
Même jour 14 h 30. Hôtel de police de Bordeaux
Quand il revient à l’hôtel de police, Antonin constate que c’est l’effervescence à la BRB. Une vraie ruche, les auditions des témoins sont en cours et, pour ne pas gêner le travail des enquêteurs, il reste sur le pas de la porte des différents bureaux.
Le directeur interrégional de la PJ, le commissaire général Gérald Servant, et son adjoint le commissaire divisionnaire Philippe Darbon, viennent le rejoindre alors qu’il va pour s’installer derrière sa table de travail.
« Alors Antonin, te connaissant je me doute que tu es allé à la pêche aux tuyaux…
– Ça, chef vous me connaissez bien. Un coup pareil va faire du bruit dans Landerneau, disent les Bretons, alors je suis allé voir.
– Ton interlocuteur privilégié ? Lorvancier ?
– Qui d’autre ? Il ne reste plus tellement de gens du milieu capables d’avoir des oreilles partout. Il ignore pour le moment qui peut avoir commis le coup, des gens étrangers à Bordeaux , selon lui, mais il va se rencarder et me tenir informé, j’ai une grande confiance en lui.
– Oui, il l’a prouvé. En attendant nous étions dans les couloirs et discrètement nous avons écouté ce qui se disait, la comptable est anéantie. Jamais elle ne s’est sentie épiée, suivie. Quant au directeur du magasin, il a le contrecoup des faits maintenant. Lui aussi se pose beaucoup de questions, comme nous !
– Je ne sens pas des gens du coin faire un coup comme ça. Ce qui m’inquiète c’est qu’ils semblent très organisés, le coup a été bien préparé. Ils savaient que les caisses des deux derniers jours de la semaine étaient encore sur place.
– Pourquoi d’ailleurs ?
– Ce matin le directeur nous a expliqué que les caisses du jeudi, qui est la moins importante de la semaine, et celle du vendredi sont ramassées dans la matinée du samedi par une société de transfert de fonds. Celle du samedi est récupérée en fin de journée. Moi, ce qui m’intrigue, c’est la précision quant à la famille et l’adresse de la comptable, c’est là-dessus que nous allons gratter. Je vais voir ce qui va ressortir de l’examen de la camionnette calcinée, et surtout les analyses des portables retrouvés.
– Tu as contacté l’OCLCO {6} pour savoir s’il y a des affaires similaires ?
– Pas encore j’attends d’avoir plus d’infos pour remplir leur fiche relative au mode opératoire, c’est surtout là-dessus qu’ils travaillent et font des rapprochements. Pour le moment on est un peu à la ramasse, on a tellement de choses à vérifier.
– Tu veux du monde ? On tape dans la division criminelle si tu veux pour te renforcer.
– Je vous dirai ça, pour le moment on tient le choc. Bertrand est sur le lieu de découverte de la voiture, le connaissant il va gratter un maximum. »
Chapitre 13
Dans un garage de l’hôtel de police
C’est une véritable salle d’autopsie pour les véhicules. Les spécialistes de la PTS, quand ils ont emménagé dans le nouvel Hôtel de police, ont demandé à avoir un lieu où ils peuvent examiner en toute tranquillité et surtout avec toutes les précautions d’usage, des véhicules ou des objets volumineux qui leur sont confiés. L’espace est très vaste, il occupe l’emplacement de trois boxs de stationnement. Aux côtés de trois techniciens, seuls deux, voire trois enquêteurs, sont tolérés au cours des « examens », à condition de revêtir une combinaison blanche à capuche, un masque, des surchausses et des gants. Aujourd’hui, un pompier expert, est à leur côté.
De puissants projecteurs éclairent la carcasse calcinée, posée sur une bâche blanche.
Le responsable technique, à l’aide d’une grosse pince, ouvre le capot du moteur, et se penche sur la droite. Il va directement vers la partie mécanique où se trouvent en principe les organes de distribution de carburant. Après avoir pris des photos, éclairé par un assistant, il sort une pièce.
« Et voilà ! C’est ce que je pensais, dit-il en se retournant vers le lieutenant Germain Hontaille , le plus jeune de la BRB , et le brigadier-chef Francis Trévien . Voici comment ils ont mis le feu à la camionnette. Ceci est le reste d’un dispositif de plus en plus répandu chez les “brûleurs” de voiture : ils attachent avec un ruban adhésif, sur les durites d’essence qui arrivent au carburateur, cette pièce qui est une sorte de détonateur pour feu d’artifice, qui peut être déclenché avec un téléphone, ou, et c’est le cas ici, avec une petite minuterie. Cela leur laisse le temps de s’en aller et, dans les minutes qui suivent, la voiture prend feu. Je pense que notre ami pompier va pouvoir essayer de voir si des traces de carburant peuvent être décelées sur ce qui reste des tissus des sièges, et des treillis que les malfrats portaient.
– Apparemment le véhicule était totalement embrasé quand les pompiers sont arrivés.
– Oui, effectivement, mais les premiers témoins qui se sont arrêtés ont utilisé des extincteurs, un sur le moteur, un autre sur les sièges avant, ce qui va peut-être nous permettre de déterminer si de l’essence a été ajouté pour accélérer la combustion. »
Dans les minutes qui suivent, les restes des treillis noirs et cagoules, sont sortis du véhicule et déposés sur la bâche blanche. C’est avec des pincettes que chaque lambeau de vêtement est examiné. Du fait de l’eau utilisée pour l’extinction peu de chance de trouver un ADN ou autre trace génétique, toutefois en mettant un peu de réactif chimique sur un morceau de tissu, le pompier expert est formel, de l’essence a été versée sur tout ce qui se trouvait dans la camionnette.
Les plaques d’immatriculation complètement noires, laissent apparaître lettres et chiffres, la vérification effectuée au fichier des immatriculations a révélé qu’il s’agissait de fausses plaques.
Aucune possibilité d’identifier le véhicule par le numéro de série apposé sur la plaque d’identification rivée, en principe, dans le capot moteur. Elle a été enlevée. Reste peut-être une possibilité : faire « remonter », comme le disent les techniciens, le numéro frappé sur la culasse. La méthode consiste à limer cette pièce mécanique à un endroit précis, et avec de l’acide, on peut, pendant un temps très court, faire apparaître le numéro d’origine, car les couches de métal ont gardé dans une certaine profondeur les numéros frappés. L’opération doit être effectuée rapidement, car l’acide ronge le métal très vite. Ceci peut être valable si le moteur est d’origine, s’il a été remplacé, aucune identification n’est possible.
En dehors de la méthode employée pour mettre le feu, rien ne permet d’apporter du nouveau dans l’enquête.
Chapitre 14
Route de Blanquefort
Avec son look « Rasta », Bertrand Fourcassies ne passe pas inaperçu. Ses cheveux longs crépus coiffés en chignon et l’impression qu’il donne de danser en marchant, surprennent quand il annonce son appartenance à la police judiciaire. Il joue de son charme avec son éternel grand sourire, et il faut se méfier de la nonchalance qu’il cultive, car c’est un chasseur au sens professionnel du terme. Rien ne lui échappe. Quand on sait quel papa poule il est avec ses cinq enfants, et la tendresse qu’il apporte à sa douce compagne, on reste ébahi quand on connaît le nombre d’affaires criminelles importantes qu’il a contribué à résoudre. Les truands bordelais qui ont eu affaire à lui le craignent, et les magistrats, comme ses supérieurs, reconnaissent un flic méticuleux et rigoureux.
Accompagné par Annelise et Patrice avec lesquels il travaille depuis plusieurs années, il est revenu sur les lieux où la camionnette a été découverte en feu, et sont allés voir l’agriculteur dont l’exploitation se trouve à près de huit cents mètres, au fond d’une allée boisée.
Il ne peut apporter de l’eau au moulin des policiers, il se trouvait dans un champ à deux kilomètres environ de là et a simplement vu la fumée.
Ne voulant pas rester sur un échec, Bertrand décide d’aller en direction de Blanquefort. A l’Office de Tourisme il demande la liste des hôtels et chambres d’hôtes de la ville. A trois, ils se partagent les recherches, en commençant par le centre de la commune, bien qu’ils ne se fassent guère d’illusions, une équipe de plusieurs hommes ne passe pas inaperçue, et ce serait étonnant qu’ils aient pris le risque de résider dans un seul et même lieu.
Au bout d’une heure de recherches, dans le centre-ville et ses abords immédiats, aucun hôtel ou assimilé ne semble avoir accueilli une équipe d’une dizaine d’hommes. Mêmes recherches infructueuses dans les campings du secteur.
Bertrand a demandé aussi la liste des chambres-d’hôtes et autres lieux pouvant accueillir des touristes. On lui a communiqué quelques adresses et numéros de téléphones. Après plusieurs appels, rien ne correspond à ce qu’ils recherchent.
Même jour dans les locaux de la PTS
Benoît Legrand est un méticuleux. Pour faire le travail qui lui est confié c’est un atout non négligeable. Certains disent même de lui qu’il est tatillon. Il fait partie d’un groupe d’enquêteurs en charge d’examiner les téléphones de toutes marques, les ordinateurs, tablettes et autres appareils électroniques. On lui a confié en fin de matinée les trois téléphones portables découverts dans un sac poubelle sur le lieu de destruction de la camionnette Mercedes.
Les auteurs les ont éteints. Attendu qu’ils semblent appartenir à la comptable et aux vigiles de l’hypermarché c’est un jeu d’enfant de les allumer en ayant les numéros.

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