Enchantement Tome 2 : Atlantide
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Description

J’ai rêvé d’une île immense perdue au milieu de l’océan. Une île légendaire où tout semble possible, tout sauf lui dire la vérité...
Black, mon destin m’empêche de te révéler ma véritable identité, je dois donc arriver à trouver la Table d’émeraude pour qu’enfin nous soyons réunis. Pour que les magiques et les humains puissent vivre en harmonie, ou du moins, pour empêcher cette guerre qui prend forme à l’horizon.
Avec mon équipe, nous nous rendons en Atlantide pour découvrir le premier indice de notre quête. Je suis confiante que mes amis sauront m’appuyer dans cette mission incroyable ! L’Atlantide ! Vous imaginez ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 septembre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782925009047
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Tome 2





Maintenant que vous croyez en la magie, embarquez dans l’aventure...


Chapitre 1
« Je tiens ce monde pour ce qu’il est : un théâtre où chacun doit jouer son rôle. »
Shakespeare
Sept jours ! Sept jours que je n’ai pas vu ses magnifiques et mélancoliques yeux bleus. Pour être plus précise, depuis notre fameux baiser après les évènements de Las Vegas, je n’ai pas vu ni même entendu parler de Black. J’ai tenté de l’apercevoir à sa fenêtre du haut de ma tourelle, mais aucune lumière ne provient de sa chambre depuis notre dernière rencontre. Je me suis raisonnée à ne pas courir pour aller le voir, car j’ai l’impression que c’est lui qui doit faire les premiers pas. Maintenant que je connais son identité, ou plutôt la mienne, je ne sais pas si je vais pouvoir contenir mes émotions si j’accours au pas de sa porte ; ma maladresse me démasquerait à coup sûr. De toute façon, je suis certaine qu’il ne me croirait pas si je lui avouais qu’en fait Eurydice, c’est moi. Du moins, c’est ce que j’essaie de me répéter pour me convaincre de ne pas y aller. Je dois attendre le bon moment, quand toute cette quête sera terminée. J’ai peur par contre ! Et si Orphée ne voulait pas de moi ? Et s’il aimait mieux celle que j’étais avant ? Je dois trouver une façon de savoir où il se cache, juste pour m’assurer que tout va bien. Comme je m’étire afin de mettre un terme à ma grasse matinée, je sens quelque chose qui remue en dessous des couvertures chatouillant mes jambes, et quelle odeur ! Je crois savoir de quoi il s’agit.
— Merlin ! Sors tout de suite de là, petite peste ! dis-je à mon nouvel ami.
C’est un peu devenu sa routine matinale depuis que nous avons emménagé tous ensemble dans cette maison. On dirait qu’il a ressenti mon dégoût pour lui et qu’il s’est donné pour mission de gagner mon affection. Je dois l’admettre, il a un peu pris le rôle que Nyx jouait pour moi avant. Bien que je ne fasse plus de cauchemars la nuit, j’aime bien notre petit rituel du matin. Parfois, je me sers de Merlin pour envoyer des messages à Flicka, pour son plus grand bonheur.
Je dois me lever, car aujourd’hui nous avons une journée chargée. En fait, Charles nous a contactés pour nous dire qu’il avait nos anneaux pour l’Atlantide et qu’il viendrait voir nos progrès dans deux jours. Malheureusement, cette semaine n’a pas été très productive. Peut-être est-ce la transition d’être tous ensemble sous le même toit, on peut voir cela comme une fraternité d’université. Bon, probablement moins intense, puisque nous n’avons pas organisé de soirées, mais disons que nous avons fait la fête entre nous et nos recherches pour la Table d’émeraude n’ont pas été très efficaces. J’ai bien essayé de les ramener à l’ordre, mais en même temps je me suis dit que nous avions droit à ce petit moment de répit. Un petit instant suspendu dans le temps avant que nos vies chavirent vers quelque chose de beaucoup plus dangereux et chaotique. Et je dois dire que j’ai pris bien du plaisir dans les derniers jours. Mes nouveaux amis m’ont organisé un tour guidé de la ville et nous avons enfin planifié la fameuse journée d’initiation avec la tournée de tous les restaurants sucrés. Malgré la diversité de ce que j’ai pu manger, le Chaudron Sucré reste mon endroit favori, peut-être parce que c’est le premier où je suis allée et que cela me rappelle Black, d’une certaine façon. En fait, tout me le rappelle…
Je me lève et j’enfile une robe noire en tissu brut et mon traditionnel blouson en cuir. Cette semaine, Flicka et moi sommes allées courir les boutiques. Je lui ai fait comprendre qu’elle ne peut pas passer ses journées à choisir mes tenues ; nous avons donc créé ensemble un style hybride qui me ressemble davantage. Décontracté-chic, comme elle aime l’appeler et cela me convient. J’ai l’impression que ça colle mieux avec la nouvelle moi, une magique élevée par les humains, chevauchant les deux univers en tentant de préserver son équilibre. Le meilleur des deux mondes à vrai dire. J’aimerais tellement pouvoir partager tout ceci avec mes parents, mais ils ne comprendraient pas et cela risquerait de les mettre en danger. Je suis heureuse que Charles les ait envoyés en croisière pour l’été, je n’ai pas à m’inquiéter pour eux ni eux pour moi. Nous avons discuté brièvement ensemble cette semaine et j’ai dû sortir un talent jusqu’ici non maîtrisé : le mensonge. Je crois que ceci a bien fonctionné ou alors c’est la potion que Charles leur a fait boire qui aide à créer l’illusion, mais, peu m’importe, l’important c’est qu’ils soient en sécurité. Je descends rejoindre les autres qui sont déjà tous bien prêts au salon, tout en prenant le petit-déjeuner. Décidément, ma vie d’humaine déteint encore sur moi, car je n’arrive pas à dormir aussi peu que les magiques.
— Eh bien, il n’est pas trop tôt, madame la marmotte ! Es-tu prête pour notre journée sérieuse ? me lance Flicka en agrippant Merlin qui dormait paisiblement au creux de mes bras.
— Prête ? Je suis prête depuis le début de la semaine, c’est vous qui m’avez corrompue au vice et à la débauche ! je lui réplique en me servant un bol de céréales au chocolat.
— Le vice et la débauche ?! Nous n’avons pas exagéré tant que ça Lou ! Manger du sucre, se coucher tard et aller à l’école n’est pas si négligent ! lance Pax qui a décidément pris son aise dans le groupe. Il n’est pas aussi discret que je le croyais finalement.
Il fait référence à l’école, car mes chers amis ont décidé que je devais passer toutes mes matinées à l’école des petits magiques, là où les jeunes magiques vont pendant leur enfance. Ils ont jugé que comme je n’y étais jamais allée, il me fallait au moins assister aux cours du matin. Ce sont des mages, qui donnent les cours. Les mages sont des magiques d’au moins cent cinquante ans qui sont spécialistes dans l’histoire de notre peuple. NOTRE peuple… ! J’ai encore de la difficulté à y croire. Moi, une magique !
J’aime notre petite routine du matin en groupe. Flicka et Pax s’assoient au comptoir-bar de notre superbe, ou plutôt défraîchie, cuisine en bois. Ensemble, ils cherchent des informations sur les différents sites de magiques et d’humains au sujet de la Table d’émeraude. Ils n’ont pas voulu nous révéler le fruit de leurs recherches et préfèrent garder le tout pour le retour de Charles. Je crois que Pax aime maintenir ce petit secret avec mon amie, partager cela ensemble doit lui donner l’impression d’être plus près d’elle.
— Alors c’est quoi le plan de match, capitaine ? me lance Éloï, assise avec les pieds sur l’accoudoir d’un canapé en tissu vert à carreaux.
Je me suis habituée à son faux air nonchalant ; au fond, je sais qu’elle se plaît bien avec nous.
Aucune réponse ni aucune réaction de la part de Pyros. Même après une semaine à le côtoyer de près, je n’arrive toujours pas à le cerner. Il prend son rôle de garde du corps très au sérieux, me suivant de près à chacune de nos sorties. Toutefois, je sens qu’il commence à s’ennuyer. Il aime l’action, notre petit Pyros, je vais devoir remédier à cela.
— Bon, je crois que nous nous sommes bien amusés cette semaine, mais il est plus que temps que nous passions aux choses sérieuses. J’aimerais un compte rendu de ce que vous avez fait durant ces quelques jours. Je me tourne vers Flicka et Pax, ils vont devoir partager un peu de leur petit secret.
— Très bien, bande de curieux, Pax, vas-y, montre-nous ce que tu as trouvé, dit Flicka en se levant de son banc et rejoignant Pyros assis sur le long canapé.
Ce dernier expire bruyamment et se colle contre l’accoudoir pour éviter tout contact avec Flicka, comme si celle-ci avait une maladie contagieuse. Pax se dirige vers sa chambre et revient quelques instants plus tard avec un sac de cuir brun qu’il ouvre tout en dispersant le contenu dans l’air : une poudre mauve semblable à celle que Charles avait utilisée chez lui pour me parler de l’histoire des magiques.
— Donc, vous savez que nous avons fait des recherches Flicka et moi. Je devrais dire moi seulement, car Flicka n’a pas fait grand-chose. Voilà le nouveau Pax, sarcastique à souhait, et j’adore ça.
— Toi, là !!! lui répond mon amie en lui lançant un des coussins poussiéreux du canapé où elle se trouve. Je t’ai supporté moralement et c’est tout aussi important, tu sauras !
Il se contente de lui faire un clin d’œil avant de poursuivre sans lui répondre.
— Alors, comme je le disais, nos recherches ne nous ont pas beaucoup éclairés, voici toutefois ce que nous avons réussi à récolter. Comme vous le savez tous, la Table d’émeraude a été créée par Hermès, le père de notre cher Aaron. Cette Table devait être pour les humains, mais les dieux l’ont cachée pour que seule une âme pure – un enfant de la lune – puisse la trouver.
— Jusqu’ici rien de nouveau, monsieur l’intello ! Éloï, la cynique, bâille en signe d’ennui.
— Elle serait faite d’émeraude pure et contiendrait le secret du pouvoir des dieux. Pour les alchimistes, les disciples de Hermès, elle comporterait le secret de la pureté absolue.
Pendant que Pax parle, on peut voir les images défiler sur l’écran de fumée, ce qui rend cela un peu plus intéressant.
— Comme tu nous l’as dit Lou, Zach est un descendant d’alchimiste. Comme ses parents ont été tués lorsqu’il était jeune, nous ne savons pas ce qu’il connaît ou non à propos de cette Table, mais j’imagine qu’il se trouve au même point que nous, exception faite que c’est nous qui avons la clé… toi.
L’idée que je sois le centre de toute cette quête m’inquiète un peu. J’ai l’impression qu’un lourd fardeau repose sur moi… et si j’échouais ? Pax tousse, probablement pour me sortir de mes pensées. Allez Lou, reprends-toi, tu dois leur montrer que tu sais exactement ce que tu fais.
— Alors on devrait enquêter un peu sur nos deux joyeux lurons, le fils du créateur de la Table et le fils des disciples de l’alchimie, continue Pax qui semble réellement fier de nous présenter le fruit de ses recherches.
— Alors je me charge de ces deux-là, j’ai envie de leur démolir le portrait depuis notre petit voyage à Las Vegas, dit Pyros le preux chevalier, toujours prêt à se rendre là où il y a de l’action.
— Pyros, avant de faire quoi que ce soit, nous devons attendre le retour de Charles. Ma vision montrait bien l’Atlantide et je crois que c’est exactement là que nous devons nous rendre, je lui réponds pour calmer un peu ses ardeurs.
— Ta vision… pff ! Ce n’est pas très utile comme don pour l’instant. Une semaine que Charles est parti et tu n’as eu aucune autre vision.
Sacré Pyros ! Je me suis habituée à l’entendre râler. J’ai compris qu’il valait mieux ne rien dire, attiser le feu ne fait qu’empirer son tempérament bouillant. J’aimerais pouvoir lui répondre que j’ai eu des visions toutes les nuits depuis une semaine. Non, pas de visions sur la Table d’émeraude, non, mais des visions sur Orphée et moi, dans notre ancienne vie… ou plutôt mon ancienne vie, car lui, il se trouve toujours dans la même, aussi étrange que cela puisse paraître.
Pax poursuit, m’épargnant une argumentation avec Pyros.
— Selon mes recherches, la Table serait résistante à tous les éléments, donc indestructible, ce qui est une bonne chose, car elle ne peut pas avoir disparu. Il nous suffit donc de la trouver. Je crois que tu as raison, Lou, de vouloir aller en Atlantide, les humains, ou plutôt les disciples de Hermès, le surnommaient Hermès l’Atlante, croyant qu’il venait d’Atlantide, la cité perdue. Bien entendu, nous savons tous qu’Atlantide n’a pas disparu… Bon, peut-être que nos mirages l’ont effacée du monde visible pour les humains, mais cet indice devrait nous conduire à la source de la création de la Table. Puisqu’on sait que la civilisation magique de l’Atlantide est la plus ancienne et que la Table est très ancienne elle aussi, je pense que ce serait un bon début.
Il poursuit dans son entrain, montrant des images d’Atlantide. Celle-ci semble être une île hexagonale au milieu de l’océan. Je me sens privilégiée à l’idée de m’y rendre, c’est comme si tous les contes fantastiques que j’ai lus dans ma courte vie allaient prendre vie juste pour moi !
— La position de la Table n’est précisée nulle part, par contre il y a quelques suppositions. Certaines sous-entendent qu’elle se trouverait sous la pyramide de Khéops, d’autres dans une grotte on ne sait où, finalement d’autres encore disent qu’elle serait cachée dans l’arche de triomphe qui, elle, a disparu du temple de Salomon lors de sa destruction, poursuit notre Pax plus qu’enthousiaste.
— Alors, finalement ce que tu nous dis, c’est que tes recherches n’ont servi à rien ? grogne Pyros tout en sculptant un petit bout de bois avec son fameux canif.
— J’ai trouvé plusieurs informations, mais rien d’utile pour l’instant. De toute façon, dis-nous ce que toi tu as accompli de si merveilleux cette semaine, Pyros ?
— OK, les gars, ça suffit ! Avant d’aller voir ce que Pyros nous a préparé, laissons parler les filles, dis-je en me levant pour je ne sais quelle raison… peut-être pour briser la tension naissante.
— Bon, j’espère que vous êtes prêts à me louanger, car je viens de nous trouver des éléments indispensables à notre quête. J’ai demandé à mon père de me présenter à l’un des meilleurs couturiers du monde magique. Bon, il m’a posé plusieurs questions, mais je lui ai bien dit que cela servirait pour une mission top secrète pour Black.  Flicka part vers sa chambre et en ressort avec un grand sac de cuir brun. Elle a l’enthousiasme d’une gamine à Noël et c’est toujours très contagieux, du moins pour moi.
— Un couturier !!! Sérieusement ! lance Éloï d’un ton plus que sceptique.
— Laisse-moi terminer, pas n’importe quel couturier, Monsieur Froufrou ! 
Monsieur Froufrou, je me demande bien ce que nous réserve notre amie et j’ai envie de me ranger du côté d’Éloï cette fois-ci. Un couturier, et avec un nom pareil !
— Attends, tu veux dire LE monsieur Froufrou ? Celui de la ville magique près de Paris, en France ? reprend Éloï, beaucoup plus enthousiaste cette fois.
— Exactement ! Mon père le connaît depuis très longtemps et il lui devait quelques services. Et comme nous sommes très chanceux, il était justement en visite cette semaine pour venir chercher de nouveaux textiles. 
— Attendez, est-ce qu’il y a quelque chose que je ne saisis pas, mais qu’est-ce qu’il a de si spécial, ce monsieur Froufrou ? je rétorque aux deux filles, mal à l’aise de ne pas comprendre leur enthousiasme.
— Monsieur Chiffon est un supposé champion dans les tenues magiques, répond Pyros en lançant son canif qui se plante dans le sac de cuir de Flicka.
— Eh ! Cela a coûté une fortune, tu ne peux pas faire attention ! S’il y a un seul trou dans l’un des uniformes, je t’envoie toi-même expliquer ça à monsieur Froufrou, lui répond Flicka tout en retirant le couteau de Pyros et en le déposant sur le comptoir de cuisine, loin de son propriétaire. Plus impressionnant que tes petites armes ! poursuit-elle.
— Je ne vois pas ce qu’un bout de tissu peut faire de mieux qu’une arme de métal ! réplique Pyros en se dirigeant vers la cuisine pour récupérer son arme de prédilection.
— Laisse faire mon frère, Flicka, et montre-nous ce que tu as ! lance Éloï, maintenant plus qu’intéressée.  
— OK, alors puisque vous le demandez, je me lance ! Premièrement, Lou, puisque tu ne connais pas ce couturier, laisse-moi t’expliquer qui il est. Monsieur Froufrou est un spécialiste des armes magiques, un des meilleurs et je crois que c’est ce qui dérange notre cher Pyros. 
— Pfff ! s’esclaffe Pyros, en hochant la tête en signe de désaccord.
— Il a perfectionné son œuvre dans les uniformes spéciaux, particulièrement ceux pour protéger les magiques importants. On s’arrache ses collections en Atlantide et je l’ai rencontré un peu plus tôt cette semaine pour lui faire part de vos dons et caractères. Je lui ai fourni les mensurations que j’ai prises de vous ainsi que vos photos et il est revenu avec une collection tout spécialement conçue pour nous. Comme je lui ai dit que ceci était une mission top secrète, il m’a fait promettre que nous devions lui retourner les uniformes une fois la mission achevée. Il dit que ses créations sont le summum de sa carrière.  Flicka ouvre son sac discrètement pendant que nous attendons impatiemment.
— Alors ! Commençons par mon cher ami Pax !!! Froufrou a été très inspiré par tes exploits au sujet des mirages. Il t’a créé un costume qui te permettra de devenir une partie de tes mirages. Tu vas pouvoir disparaître au travers d’eux !  Flicka sort du sac un chemisier de lin blanc du même genre que celui que Pax a l’habitude de porter, toutefois celui-ci est beaucoup plus stylisé, il est bordé d’un immense col blanc qui remonte en pointe comme une cape de Dracula. Le devant du chemisier ressemble plus à une tunique de soldat de plomb entrelacée de boutons et de cordes, le tout ton sur ton. Pax enlève son pull pour enfiler immédiatement la nouvelle tunique et je remarque que Flicka rougit à la vue des abdos de Pax. La tunique lui va à merveille. Flicka s’approche de lui et replace aussitôt le col, le fixant droit dans les yeux. C’est un peu embarrassant d’être toujours spectatrice de leurs petits échanges sans que ni l’un ni l’autre ne prenne conscience de ce qu’ils ressentent vraiment l’un pour l’autre.
— Cela te va très bien, Pax. Alors ! Fais-nous une petite démonstration, histoire de voir que tout fonctionne bien, lui demande gentiment Flicka en s’éloignant de lui.
— D’accord, vérifions si ce monsieur Froufrou est aussi bon qu’il le prétend, dit Pax en reculant pour analyser sa tenue. Pax se passe les mains sur le torse et se met à tousser avant de s’agenouiller au sol, une main sur le cœur, crachant maintenant du sang.
— Pax ! Oh mon Dieu, mais qu’as-tu ? Enlève cette tunique elle doit te causer un problème. Vite vous autres, aidez-moi !! crie Flicka, hystérique.
Je me lève pour rejoindre Pax au sol, suivie d’Éloï et de Pyros qui accourent pour porter secours à notre ami. Nous déchirons la tenue, mais Pax se désintègre en poussière juste devant nos yeux.
— NONNNNN !!!!!! PAXXX !!!! Flicka hurle en frappant le sol dans l’hystérie générale, comment est-ce possible ?
— Mesdames, pourquoi vous agiter comme ça ? Je sais que vous m’aimez bien, mais quand même ! lance une voix derrière nous.
Nous nous tournons vers la voix, et Pax est là, sur le canapé, allongé de tout son long, les bras derrière la tête avec un air nonchalant.
— On peut dire que ton Froufrou est très efficace. J’ai créé l’illusion que j’étais devant vous alors que le costume m’a permis de disparaître, et ce, en une fraction de seconde.
— C’est incroyable, imagine toutes les possibilités ! s’esclaffe Pyros en rejoignant Pax sur le canapé en lui tapant dans la main.
— Oh toi !!!!! Toi tu ne t’en sortiras pas comme ça !!! Ne me fais plus jamais ça ou je… lance Flicka vraiment énervée en pointant Pax du doigt.
— Ou tu quoi ? Flicka ?… Tu lances Merlin à mes trousses ? lui répond Pax amusé.
— Ou je ne passe plus aucune soirée film avec toi. 
Elle lui donne un bon coup sur l’épaule avant de grogner et de retourner à son sac de cuir. J’ai l’impression que Pyros déteint un peu trop sur notre cher Pax.
— Bon, reprenons ! Laissez tomber vos enfantillages, on a des choses sérieuses à faire ! Le prochain uniforme est pour Éloï et crois-moi, tu es plus que chanceuse de pouvoir avoir cette création. Flicka sort une combinaison noire moulante du même style que celles qu’Éloï porte normalement, à la différence qu’il y a des pointes noires sur les épaules. Éloï semble ravie, puisqu’elle sourit légèrement en arrachant le vêtement des mains de Flicka.
— Alors à quoi ça sert si c’est si spécial ? demande-t-elle à Flicka, qui s’amuse un peu trop de notre enthousiasme.
— Cela te permettra de développer ton sens du toucher. En portant cette combinaison, tu seras en mesure de ressentir la présence des gens autour de toi, et ce, même s’ils sont assez éloignés. 
Éloï court enfiler la combinaison, en nous demandant de changer de place dans la pièce. Elle revient quelques instants plus tard et je dois dire que la tenue lui va à merveille, tout à fait dans son style. Elle a placé un bandeau noir sur ses yeux probablement pour tester à l’aveugle ses nouvelles capacités, puis sans prévenir, elle nous lance une boule de glace à chacun en une fraction de seconde, et ce, sans nous voir.
— Ouch ! Ça ne va pas, tu es folle ou quoi, ça pince ! lance Flicka en secouant sa veste maintenant recouverte de glace.
— Je suis impressionné ma sœur ! Alors, ce monsieur Froufrou n’est pas si inutile finalement, s’exclame Pyros, l’air un peu plus intéressé maintenant.
— Pour toi Pyros, je crois que tu vas apprécier. Voici un gant d’énergie, la toute dernière invention de Froufrou.  Flicka sort un gant de cuir brun aux bouts troués, sur le dessus duquel se trouve un petit tube noir. Elle le donne à Pyros qui l’enfile aussitôt. Celui-ci le pointe vers Flicka avant de répliquer : Alors, à quoi ce petit joujou peut-il bien servir ? 
— Attention ! Ceci est un condensateur de pouvoir. Pour un élément de feu comme toi, il te permettra de concentrer le feu en un seul point, comme un laser. Sois prudent, il m’a dit que c’est très efficace. 
Pyros dévie la main et vise un des coussins sur le canapé où se trouve Éloï, celui-ci explose en mille morceaux sous le rayon du laser de Pyros.
— Génial ! dit-il sans trop d’expression.
— Idiot ! Tu aurais pu me faire exploser, je suis juste à côté ! crie Éloï en lançant un autre coussin à son frère qui retient un rire.
— Pour moi, il a conçu un bandeau de cuir qui me permet d’émettre une basse fréquence pour attirer des animaux vers moi afin de communiquer plus facilement avec eux. 
Flicka pose sur son front un bandeau magnifiquement travaillé qui va à merveille avec son style. Elle ferme les yeux et en quelques secondes Merlin accourt du deuxième étage et monte sur son épaule.
— Super, la folle aux animaux a son petit joujou. 
Oh ! Oh ! Pyros s’attire des ennuis s’il continue avec son mauvais caractère.
— Ah, là non !  Flicka ferme les yeux et quelques instants plus tard une vingtaine de souris grimpent sur Pyros, se faufilant dans son pull et son pantalon.
— OK ! OK ! Stop, dis-leur d’arrêter ! 
— Seulement si tu t’excuses à genoux ! dit Flicka en croisant les bras.
— Jamais, lui répond-il, en se débattant pour retirer les rongeurs.
J’avoue que je m’amuse aussi à le voir se trémousser si impuissant ; même Éloï retient un rire, j’imagine qu’elle a sa vengeance pour le coussin.
— Très bien alors, si tu ne veux pas me supplier, je peux dire à mes amies d’élire domicile sur toi… pour toujours. 
— Bon d’accord !  Pyros s’agenouille tant bien que mal, à cause des bêtes qui l’incommodent. Je suis désolé Flicka, tu n’es pas folle. Maintenant, fais-les partir… s’il te plaît.  Je vois qu’il se tourne la langue tellement ce n’est pas dans ses habitudes d’implorer.
— Tu vois, ce n’est pas si difficile que ça.  Flicka fait un geste de la main et toutes les créatures laissent Pyros en un instant. Celui-ci regagne le canapé en grognant, sans oser toutefois émettre un commentaire de plus.
— Et pour moi ? Qu’est-ce que monsieur Froufrou a prévu ? je demande, impatiente de recevoir à mon tour mon uniforme.
Flicka se mord les lèvres, l’air inquiet.
— Désolée Lou, je n’ai rien pour toi. Froufrou n’est pas familier avec le pouvoir de contrôler le temps… qui est un peu plus rare. Par contre, il m’a affirmé qu’il allait travailler là-dessus pour te revenir avec quelque chose dès que possible. Il avait l’air d’ailleurs très allumé par ce défi, alors ne t’inquiète pas. 
Je sens les regards se tourner vers moi, attendant ma réaction. Je ne dois pas laisser paraître ma déception.
— Oh, ça va, je suis certaine que l’attente en vaudra la peine.
  Je vois au visage de Flicka qu’elle est soulagée d’un poids.
— Bon ! Avant de voir ce que Pyros nous a préparé, Éloï parle-nous de tes découvertes. As-tu trouvé des informations importantes cette semaine, grâce à tes oreilles bioniques ? 
Éloï se lève et se dirige vers le comptoir de cuisine pour attraper un croissant au chocolat. Elle croque une immense bouchée, prenant son temps, histoire de faire durer le suspense.
— Allez, dis-nous ce que tu as trouvé, on doit savoir, lance Pax en agrippant Flicka, la forçant à s’asseoir sur ses genoux ; il a décidément pris son aise avec elle, celui-là.
— Alors, ça vous intrigue, hein ? Bien, j’ai passé la ville au peigne fin et personne ne semble être au courant de ton statut, Lou… Personne sauf peut-être une. 
— Quoi ? Qui ?  Elle ne peut pas avoir une information comme celle-ci et la garder pour elle, c’est insupportable.
— Doucement Lou, assieds-toi, je vais te le dire, mais calme-toi ce n’est pas si grave. 
— Pas si grave ! Ma vie dépend de la confidentialité de cette information, alors oui, c’est grave !  Je m’assois au sol, le visage dans les mains, attendant de connaître mon sort.
— Je ne peux pas croire Éloï que tu aies une information aussi importante et que tu ne m’en aies pas parlé. Tu sais que je dois veiller à la sécurité de Lou, mais comment veux-tu que je la protège d’une menace que je ne connais pas ! répond Pyros avec beaucoup d’ardeur cette fois.
Je crois qu’elle a touché une corde sensible. Je suis heureuse de voir qu’il prend sa mission au sérieux et cela me rassure un peu.
— Du calme Pyros ! Il n’y a rien de précis pour le moment et jusqu’à ce matin je n’avais pas cette information. 
Je vois dans la respiration de Pyros qu’il est prêt à bondir sur la menace, attendant les informations de sa sœur.
— Bon, comme vous le savez, je fais ma tournée habituelle de la ville le matin et le soir depuis notre retour de Las Vegas. J’ai entendu plusieurs conversations sur les raisons qui ont poussé Bethany à bannir Zach de la ville. Tous croient qu’il a trahi Bethany, sans en connaître la vraie version. Personne n’est au courant de notre petite escapade en Californie. La plupart savent que nous sommes en mission pour Black, sans savoir laquelle, et c’est là que ça se gâte. J’ai surpris une conversation téléphonique de Bethany ce matin. Elle utilise un téléphone crypté, je n’ai donc pas pu savoir à qui elle parlait, par contre j’ai pu entendre ses paroles. Elle disait qu’elle commençait à se poser des questions sur ton association avec Black. Elle ne sait pas ce qui se passe exactement, mais elle compte bien le découvrir. Elle ne sait pas où Black se cache et elle trouve cela étrange. 
— C’est tout ? je lui réponds un peu sceptique.
— Oui, c’est tout. Elle a seulement dit qu’elle allait trouver pourquoi Black t’accorde autant d’attention. À son timbre de voix, je crois qu’elle n’aime pas que tu joues dans ses plates-bandes, termine-t-elle en dégustant le reste de sa pâtisserie.
— Bon ! C’est juste une histoire de gamine et de jalousie, rien pour s’affoler, répond Pyros en se passant la main derrière la tête.
— De jalousie ! Je ne sais pas comment elle peut s’imaginer qu’il y a quoi que ce soit entre Black et moi. En réalité, juste le fait qu’elle puisse penser à lui de cette façon me rend folle ! Toutefois, je n’ai pas envie que mes amis s’imaginent quelque chose. Je ne peux pas penser à lui de cette façon, pas avant la fin de cette mission.
La tribu me regarde comme si je venais de leur dire quelque chose d’absurde, comme si c’était écrit sur mon front « je suis folle de Black ».
— Bon alors, qu’est-ce qu’on fait avec ça, Lou ? me demande Pax en soufflant dans les cheveux de Flicka.
— Je crois que le mieux pour l’instant, c’est de ne rien faire. Si on fait quoi que ce soit envers elle, elle risque de se douter qu’il y a quelque chose. Mieux vaut continuer comme si de rien n’était. Par contre Éloï, porte une attention particulière à ses conversations, maintenant que tu sais où chercher, concentre-toi sur elle sans te faire repérer. 
— Parfait ! Bon, si on allait voir ce que mon frère a préparé. 
— Allez au jardin, je vous rejoins bientôt, nous dit Pyros en partant pour son atelier qui se situe sur le côté de la maison.
Nous nous rendons à l’extérieur. Bien que notre jardin ne soit pas à la hauteur de celui de Black, le nôtre a tout de même un certain cachet. Un peu rustique avec toutes les mauvaises herbes qui poussent un peu partout, mais j’ai toujours adoré les fleurs sauvages et indomptables. Je préfère leur côté impulsif et imprévisible comme si la nature avait le dernier mot, car en réalité c’est le cas. Je déteste ces jardins trop maîtrisés où l’on force la nature à être ce qu’elle n’est pas. Avez-vous déjà vu une forêt où les plantes seraient placées par sections bien ordonnées ? L’air du matin transporte des milliers d’odeurs tout en faisant danser les abeilles, c’est magnifique ! Ces moments fixent le temps, comme si rien de grave n’arrivait, comme si toute cette folie n’existait pas. Juste moi et ce moment parfait.
— Alors, êtes-vous prêts pour mes armes suprêmes ? Et surtout est-ce que vous les méritez ? lance Pyros tout en trimballant deux sacs de tissu noir.
— Arrête de nous faire languir et montre-nous ce à quoi tu travailles tous les soirs depuis une semaine, je lui réponds impatiente.
— Alors, je vous ai bien étudiés et je crois avoir créé pour chacun l’arme, ou l’outil parfait. Premièrement, Pax, ton don de planer est super, mais j’ai eu envie de le perfectionner un peu. Attrape !  Pyros lance une paire de chaussures blanches à Pax qui les attrape aussitôt.
— Des chaussures ! Te moques-tu de moi ? Je ne porte pas de chaussures et tu le sais. 
Oh, oh ! mon ami a l’air vraiment énervé.
— Du calme le ninja ! Je sais que tu n’en portes pas, mais si je te disais que ces chaussures vont te permettre de te propulser beaucoup plus haut dans les airs ! 
Pax lève un sourcil interrogateur et enfile les chaussures sans rien dire. En un instant, il flotte et les chaussures luisent légèrement avant de le faire monter à quelques mètres au-dessus de nous. Il fait le tour du terrain, puis redescend avec un contrôle absolu. Il rit un bon coup, puis avance vers Pyros pour lui serrer la main en lui tapant sur l’épaule, probablement en signe d’approbation.
— OK, je veux bien porter des chaussures… à l’occasion. 
Je vois bien à son sourire qu’il est plus que content de la création de Pyros.
— Maintenant, pour toi petite sœur, je sais que tu adores ton bouclier de glace et que tu t’en sers beaucoup. Je pense que la glace n’est peut-être pas le meilleur élément pour la résistance. Je t’ai donc créé un super bouclier.
Pyros a un genre de bracelet de métal qui lui couvre l’avant-bras et, en tournant son bras d’un geste brusque, un large bouclier se déploie en tourbillon.
— Allez, Lou, lance-moi une boule d’énergie. 
Je ne me fais pas prier et je lui envoie une immense boule d’énergie. Pyros recule légèrement, mais le bouclier, lui, reste intact.
— Impressionnant ! lance Éloï à son frère avant de lui arracher le bracelet pour tester elle-même le superbe bouclier.
— Bon, je vois que tu aimes, c’est parfait ! lui répond Pyros très fier.
— Je l’adore, merci frérot ! dit-elle en enlaçant impulsivement Pyros comme s’ils n’avaient pas de spectateurs.
Je suis heureuse de voir qu’ils sont émotifs parfois eux aussi. Ils se séparent comme s’ils venaient de réaliser qu’ils montraient un côté d’eux qu’ils ne voulaient pas qu’on voie.
— Maintenant pour toi Flicka, je t’ai créé quelque chose qui nous sera très utile, je crois. Tu sais, ton don de guérison est probablement l’un des plus importants si nous allons au combat, mais aussi l’un des plus compliqués à utiliser. Imagine que tu doives guérir l’un d’entre nous et que tu reçoives des attaques au même moment, il serait alors impossible pour toi de soigner qui que ce soit. Voici donc une capsule d’isolement. Tu la places en bandoulière sur ton torse et, si tu as besoin de guérir quelqu’un pendant un certain temps, tu appuies dessus et elle se nourrira de ton don pour créer une bulle qui te protégera de toute attaque. Fais attention toutefois, car elle utilisera ton énergie et si la blessure est trop grave, cela risque d’être impossible sans te vider de toute ton énergie. Tu ne peux donc pas l’utiliser à profusion dans un même combat, mais une fois que ton énergie est rechargée, elle est réutilisable. 
Flicka saisit la ceinture noire qui est garnie d’une demi-bulle de verre au centre, elle l’enfile et appuie fermement. Au même moment, une immense bulle l’entoure. Pyros me fait signe de lancer une boule d’énergie à nouveau, ce que je m’empresse de faire. Flicka me regarde avec un immense sourire lorsque la boule d’énergie se fracasse sur sa bulle. Puis elle la referme en appuyant à nouveau sur sa ceinture.
— Ouf ! OK, je comprends pourquoi tu dis que je ne peux pas faire cela à répétition, je me sens plus faible, je n’imagine pas si je devais le faire en guérissant quelqu’un, mais en cas de force majeure ce sera très pratique, merci, Pyros. 
Pyros sourit en se passant la main derrière la tête, il est probablement mal à l’aise avec les compliments, mais sérieusement, il est incroyable ! Je n’arrive pas à croire qu’avec un tel talent, il se contente de rester dans mon équipe. Il pourrait faire fortune dans le monde magique avec ces armes géniales ! Je ne lui en parlerai pas, je n’ai pas envie de lui en donner l’idée.
— Bon maintenant Lou, au contraire de Flicka, moi je vais t’en donner une arme.
— Hé ! Ce n’est pas parce que je ne voulais pas, ce n’est pas de ma faute si son don est exceptionnel ! lance Flicka insultée par la réplique de Pyros.
Celui-ci poursuit comme si personne ne lui adressait la parole.
— Alors pour toi, Lou, j’ai beaucoup réfléchi. Qu’est-ce qu’on donne à quelqu’un qui a déjà presque tous les pouvoirs ? Je sais que tu détestes la violence et la cruauté et j’ai repensé à la scène du filet, alors que nous étions chez Black. Si tu pouvais désarmer tes adversaires, ce serait un atout pour toi qui n’aime pas la manière forte.
OK, alors il se préoccupe de moi assez pour créer quelque chose qui va me convenir réellement, je suis intriguée. 
— Je t’écoute, je lui réponds en croisant les bras.
Il sort quelques armes d’un des deux sacs, des fusils pour la plupart. Puis il s’approche de moi et me saisit le bras, avant d’y apposer un bracelet fait d’un métal noir.
— Ceci est un bracelet à base de magnétite. Tu pourras, à l’aide de tes pouvoirs, contrôler les armes humaines faites d’acier. Tu pourras donc désarmer à distance. 
Je me concentre et je fais un test avec les armes que Pyros a placées sur le sol. Ces dernières se mettent à vibrer sur place, puis d’un geste brusque de ma main, les armes se dirigent vers la droite, frôlant les pieds de Pyros.
— Wow !! Ça, c’est vraiment trop génial ! Est-ce que cela fonctionne avec d’autres éléments ? je lui demande tout en examinant mon superbe bracelet.
— Oui, en fait tout ce qui est fabriqué principalement d’acier. 
— Pyros, tu es un génie, dit Flicka.
— Et pour toi Pyros ? As-tu fabriqué une autre de tes super armes ? je lui demande, curieuse de savoir.
— En fait j’ai été pas mal occupé avec vos armes cette semaine, et mon canif est encore rempli de surprises que je ne vous ai pas montrées. Nous verrons en temps et lieu. 
— Bon d’accord, je crois que vous devriez vous exercer avec vos nouveaux accessoires, moi j’ai une petite course à faire, je serai de retour pour notre sortie de ce soir. 
Je les laisse en espérant que Pyros sera trop occupé avec les autres pour me suivre. Une fois franchie la porte de la maison, mes espoirs sont floués.
— Attends Lou, tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement. Où vas-tu comme ça ? Je dois m’assurer de ta sécurité et jusqu’à maintenant j’ai bien réussi, alors ne vas pas tout gâcher. 
— Écoute Pyros… je n’en peux plus que tu me suives au pas comme ça. Je veux aller nourrir les créatures de l’écurie seule ! 
— Pas question, j’ai vu comment tu étais téméraire avec les créatures diaboliques et je n’ai pas envie de voir l’accident de l’autre jour se répéter. 
Pyros fait référence à un soir où j’ai voulu nourrir le dragon et j’ai failli lui servir de repas en glissant dans le déversoir à nourriture. S’il n’avait pas été là, j’aurais probablement livré un combat qui se serait mal terminé.
— Je comprends, mais je sais maintenant ce que je dois faire. D’ailleurs, il y a quelque chose que je veux faire seule. 
Je n’ai pas envie de lui parler de Black… Le silence a assez duré, je dois aller voir Justin pour qu’il me dise où il est parti depuis une semaine.
— Lou, écoute-moi. Je sais que tu aimes ton indépendance et tout le reste, mais avec ce que ma sœur nous a révélé à propos de Bethany, ce ne serait pas prudent. Regarde, les autres sont bien occupés à s’exercer avec leurs nouveaux atouts, alors tu peux me faire confiance je ne révélerai pas ton petit secret.  
Je regarde par la fenêtre pour constater qu’en effet ils sont tous trop occupés à rigoler en essayant leurs uniformes, ou leurs nouvelles armes pour se préoccuper de moi, je n’ai pas envie par contre que Pyros constate mon inquiétude au sujet de Black. Cela contribuerait à appuyer leurs soupçons quant à mes sentiments pour lui. Je n’ai pas envie qu’ils aient une raison de plus pour m’en parler, j’ai déjà assez de difficulté à les contrôler moi-même et Dieu sait ce qui arriverait si Black était au courant de la vérité sur mon identité. C’est certain qu’il ne me laisserait jamais mettre ma vie en danger pour la Table d’émeraude et je ne peux pas me permettre ce risque. Je dois réussir coûte que coûte.
— Je n’ai pas de petit secret ! je lui réponds en essayant d’être la plus convaincante possible.
— Oh, Lou, ne joue pas à ce petit jeu avec moi. Je sais très bien où tu veux aller. Il n’est pas en ville, on a déjà vérifié. Je sais très bien que tu en pinces pour Black, je me souviens de ton visage la semaine dernière lorsque nous sommes partis de son manoir. Tu avais l’air… anéantie. Beaucoup trop concernée pour quelqu’un qui n’éprouve rien pour lui. 
— Rien, tu l’as dit, il est prétentieux et… et pas du tout mon genre. J’étais concernée, car j’ai peur qu’il ne se lasse de nous et qu’il ne finance plus notre mission. Et comme il n’a pas donné signe de vie depuis une semaine, j’ai peur d’avoir eu raison. En tant que cheffe de cette équipe, je dois m’assurer de nos intérêts. 
Je peux lire la confusion sur son visage, comme s’il croyait d’une certaine façon mon petit discours. Bien, très bien ! J’aurais dû être comédienne, ou politicienne. Ah ! Ah !
— Bon alors, pas la peine de faire des cachettes, allons directement au manoir. 
Je ne pourrai pas m’en débarrasser. Peu importe, je dois savoir où est Black, alors assez perdu de temps.
— Bien alors, allons-y ! 
Nous nous dirigeons donc vers le manoir de Black, la course n’est pas longue, puisqu’il se trouve assez près de notre maison. Je me demande si le choix de celle-ci est la décision de Charles, ou celle de Black, pour qu’il puisse avoir un œil sur son investissement. Mon cœur tressaute une fois franchie la grille du terrain. Tellement de souvenirs refont surface et je ne peux m’empêcher de soupirer. Heureusement, Pyros ne semble pas le remarquer. Une fois arrivée à la porte, je retiens mon poing avant de frapper. Et si Black était revenu ? Et s’il ne voulait pas me voir ? Comme si Pyros détectait mon hésitation, il frappe à l’immense porte de bois, me rappelant à la réalité et me redonnant par le fait même mon assurance. Après tout, Black ne peut pas me dire qu’il fait partie de l’équipe et disparaître ensuite sans donner signe de vie. La porte s’ouvre sur un Justin plus qu’heureux de me revoir.
— Miss Mills !! Entrez ! J’étais justement en train de préparer une recette de gaufres. J’attendais votre venue plus tôt cette semaine et j’ai gaspillé bon nombre de gaufres à vous attendre, dit le rouquin en nous guidant vers la salle à manger.
— Comment cela, tu nous attendais ??? Je ne t’ai pas dit que nous passerions ! je lui réponds, le ton empreint de surprise.
— C’est une demande de Black, il m’a averti que vous passeriez certainement. Je suis heureux de voir qu’il avait raison. Assoyez-vous, j’arrive avec la montagne de délices dans quelques instants.
Je suis un peu insultée à l’idée que mes actions soient si prévisibles aux yeux de Black. Alors, il était certain que je viendrais à la source pour savoir où il est passé. Pourquoi ne m’a-t-il rien dit ? Il voulait voir si j’allais me languir de lui au point de venir quémander sa présence jusqu’à sa porte ? Je parie que Justin le contactera aussitôt que je serai partie pour lui dire que son plan a fonctionné. Je ne lui donnerai pas ce plaisir. Je dois partir sur-le-champ et ne pas assouvir ma curiosité. Si je demande à Justin où il se cache, c’est un peu comme s’il gagnait cette partie. Comme je pars, une odeur familière et rassurante envahit l’espace. Satané Justin et ses gaufres diaboliques ! Bon, juste une, et je pars tout de suite après. Je regarde Pyros engouffrer une montagne de ces délices, comme si sa vie en dépendait… traître !
— Justin, je m’ennuyais vraiment de tes talents… tu devrais venir habiter chez nous, tu aurais un fan-club au lieu d’un propriétaire fantôme. 
— Lou a raison, nous sommes tous admirateurs de ta cuisine, dit Pyros la bouche bien remplie.
Comme si Justin attendait que je lui pose la fameuse question sur la localisation de son patron, il reste là sans rien dire, attendant la suite. Je ne lui ferai pas ce plaisir. Puis une idée malsaine me traverse l’esprit, peut-être que c’est une mauvaise idée, mais une semaine sans nouvelles, c’est bien assez. Je dois activer les choses, et vite. Nous quittons pour l’Atlantide dans deux jours et si Black veut faire partie de l’équipe, il doit revenir.
— Justin, j’adore tes gaufres, mais je suis venue te parler pour que tu transmettes un message à Lord Black. 
Pyros me regarde d’un air intrigué une bouchée de gaufre devant sa bouche.
— Tu peux dire à Black que nous n’aurons plus besoin de ses services, nous avons trouvé un autre mécène très profitable pour nous. Viens, Pyros, nous devons préparer notre rencontre de demain avec lui. 
Pyros ouvre la bouche pour parler, mais je lui donne un coup de pied presque discret sous la table avant de l’agripper par le bras, l’empêchant de terminer son assiettée, à son grand malheur.
— Merci, Justin, à la prochaine. 
Je vois à l’air de ce dernier qu’il ne comprend pas du tout ce qui vient tout juste de se produire. Je fais le tour de la table rapidement pour lui donner un baiser sur la joue.
— Merci pour tous tes délices, j’ai adoré te connaître. Peut-être que notre nouveau mécène te fera une offre ridiculement si élevée que tu ne pourras pas refuser de venir travailler pour nous. Je lui tape sur l’épaule, lui offrant un superbe sourire espiègle avant de partir au bras d’un Pyros plus que surpris.
Une fois rendu à l’extérieur et loin des oreilles curieuses, il arrête de marcher me saisissant par les épaules.
— Es-tu complètement folle ? À quoi as-tu pensé ? Pourquoi lui as-tu dit ça ? As-tu un autre mécène en vue et tu ne nous en as pas parlé ? C’est pour ça que tu voulais venir ici seule ? 
Oh ! Oh ! Il a l’air énervé ! Est-ce que j’ai pris la bonne décision en disant tout ça à Justin ? Peut-être que j’ai fait une gaffe, mais je devais faire quelque chose, n’importe quoi ! Je sais au fond de moi que ce n’est pas rationnel du tout. Nous aurions très bien pu partir sans lui pour l’Atlantide et je sais aussi que nous ne trouverons pas un autre mécène, il nous a donné carte blanche. Mais j’ai eu la réponse que je voulais : Black n’est pas en danger ; si tel était le cas, Justin se serait empressé de nous le dire. Donc Black est parti sans raison apparente et, de plus, il tient pour acquis que j’allais m’inquiéter assez pour venir le voir chez lui. Le fait que je sois à ce point prévisible m’a poussée à réagir, impulsivement !
— Je n’ai pas d’autre mécène Pyros. 
— Es-tu tombée sur la tête ? Pourquoi as-tu dit ça à Justin ? Il a probablement contacté Black déjà et il va retirer l’aide qu’il nous donne. Nous n’avons pas les moyens de financer une quête comme ça ! Comment penses-tu que j’ai réussi à créer ces armes suprêmes en si peu de temps ? Avec des moyens illimités, on peut venir à bout de tout, mais maintenant… ! Tu nous as mis dans une position impossible ! Pourquoi ?
Je ne peux pas lui dire les vraies raisons… Personne ne doit savoir ce que je ressens, encore moins Black lui-même.
— J’ai mes raisons. 
— Et quelles sont-elles ? Lou, tu ne peux pas nous demander de choisir ton équipe, d’organiser nos vies en fonction de toi sans nous expliquer les gestes stupides que tu fais. 
Là, il va trop loin.
— Rien ne te retient, je peux très bien trouver un autre créateur d’armes, tu peux partir si tu veux. Mais si tu choisis de rester Pyros, tu vas devoir me faire confiance. Est-ce que tu me fais confiance, Pyros ?
Je m’approche à deux centimètres de son visage, le pointant d’un doigt assuré. Je vois dans ses yeux sinistres qu’il n’est pas d’accord, mais comme j’attends qu’il s’en aille, l’improbable arrive.
— Parfait ! Je te fais confiance Lou. J’espère que tu sais ce que tu fais. 
— Oui parfaitement ! En fait, je ne suis pas sûre du tout, mais cela ne doit pas paraître. N’en parle pas aux autres d’accord ? Je peux compter sur toi ? 
— Bien sûr ! Je ne pense pas qu’ils cautionneraient ta folie aussi facilement que moi. Mais je dois te dire Lou, j’adore ton audace ! Tu as du cran et j’admire ça. 
— Bon, allons-y, Pyros ! Nous devons aller nourrir les créatures !   


Chapitre 2
« Aucun homme n’a assez de mémoire pour réussir dans le mensonge. » 
Abraham Lincoln
Nous nous rendons à l’écurie comme nous avons l’habitude de le faire depuis une semaine. Puisque Pyros est mon garde du corps et me suit comme une ombre, nous avons tous les deux pris notre petite routine ensemble. Normalement, je m’occupe des créatures pacifiques pendant que lui s’occupe des créatures féroces. Comme les créatures diaboliques ne doivent être nourries qu’une fois par semaine, nous l’avons fait au début de celle-ci et c’est aujourd’hui que nous devons le refaire. Je pars donc vers mon allée favorite pendant qu’il se dirige vers celle du centre. Je ne peux m’empêcher de penser à Zach, lorsque je viens ici, comment a-t-il pu me trahir comme ça ? Je me demande d’ailleurs où il se cache et ce qu’il fait. Je sais, c’est malsain après ce qu’il m’a fait, mais il a été mon premier ami ici, et tout ce qu’il a fait, c’était dans le but de sauver les humains de ce qu’il croit être une menace : nous !
Je me sens tellement déchirée à l’idée qu’une guerre entre les magiques et les humains pourrait éclater. Les humains sont ma famille, ma vie jusqu’à aujourd’hui et les magiques sont mes origines et ma vie passée avec Orphée. Si je n’étais pas au courant des dernières semaines et au sujet de ma mère biologique, il est probable que je me serais rangée du côté de Zach, alors comment puis-je lui en vouloir ? Bon ! Je dois aller rejoindre mes amis et poursuivre le travail que Zach faisait si bien avec eux. Un jour, je vais les délivrer de cette grotte sombre. Je lance quelques guimauves à la licorne, puis un peu de foin et j’arrive ensuite à l’enclos de Fury, le cheval ailé de Black. Je suis heureuse qu’il l’ait gardé ici, un peu comme s’il l’avait laissé pour moi, pour me laisser une partie de lui, sachant très bien que je passe ici tous les jours.
— Alors Fury, comment vas-tu aujourd’hui ? 
Le cheval s’approche de moi collant son front sur l’enclos tout en me fixant droit dans les yeux.
— Moi aussi je m’ennuie de lui ! Il nous a laissés ici sans signe de vie, mais ne t’en fais pas, je sais qu’il va revenir très bientôt, crois-moi ! 
Je lui caresse le cou avant de lui donner un baiser sur le museau. Il est bien nourri, je poursuis alors ma quête dans le couloir vers mon ami le yéti. Maintenant, avec mon don pour créer de la glace, c’est facile pour moi de givrer sa cage, au grand plaisir de la créature. Nous avons dit à Jézabel que c’est Éloï qui fait ça, afin de ne pas éveiller les soupçons sur mes capacités. Je lui donne quelques sucettes glacées, lui gratte un peu la tête avant de poursuivre vers l’enclos d’Harry. Celui-ci a déjà le bras sorti attendant ses friandises. Je lui caresse doucement la main, ce qu’il adore à chaque fois, puis il retourne dans un coin de l’enclos déguster son butin, accroupi au sol. Maintenant, mon moment favori ! Je me dirige tout au fond, entendant déjà mes petits espiègles frapper les barreaux de leur cage.
— COLIMATA !!! crient-ils tous en chœur.
— Salut Athos, Porthos et Aramis ! Comment allez-vous aujourd’hui, mes chers amis ? 
Ils n’ont pas posé de questions au sujet de Zach ni même prononcé son nom et je leur en suis reconnaissante. Je présume qu’ils m’aiment bien et que la compagnie de Zach ne leur manque pas. Il faut dire que je les gâte beaucoup. Chaque jour, je leur apporte une petite surprise : un jeu de dames, des livres d’images, de petits hamacs, mais ce qu’ils m’ont demandé hier, ce sont de petites épées et des chapeaux comme les mousquetaires. Je leur avais apporté un livre illustré pour enfant qui montrait d’où venaient leurs noms et, hier, ils m’ont pointé ardemment les chapeaux et les épées. J’ai donc trouvé le tout dans une petite boutique de jouets en ville.
— Alors, comme demandé, mes amis, voici vos accessoires.  
Ceux-ci s’empressent de les porter avant de me gratifier d’un spectacle de combat, un peu comme une pièce de théâtre au vaudeville.
— Lou, j’ai terminé, est-ce que tu viens ? Nous devons nourrir les bêtes diaboliques si nous voulons avoir le temps de nous préparer pour ce soir, crie Pyros de l’autre côté du couloir.
— Bon, je vous laisse mes amis, voici vos vers juteux, on se voit demain !
J’espère que le gardien de l’écurie prendra bien soin d’eux après notre départ pour l’Atlantide.
— Bye ! Bye Lou ! chantent les trois en chœur en faisant une révérence théâtrale, probablement pour souligner la fin de leur petite mise en scène, puis ils continuent leur combat comme si je n’étais plus là.
Je pars pour rejoindre Pyros et me diriger vers l’allée des créatures diaboliques. Bien que j’y sois déjà allée une fois, je reste quand même fébrile. Ce couloir pourrait donner des cauchemars à plusieurs, pourtant je suis plus curieuse qu’apeurée.
— Alors, j’espère que je n’aurai pas besoin de te sauver du dragon cette fois ? me demande Pyros, le ton empli de sarcasme.
— Tu sais que je n’ai pas besoin de toi, je peux très bien me débrouiller seule. 
— Ah ! Je ne suis pas sûr de ça ! Prouve-moi le contraire, je vais te suivre, et tu vas nourrir les créatures toi-même… Toutes ! 
Je pense aux créatures qui se trouvent dans cette allée et je ne suis pas sûre finalement que je puisse y arriver seule. Toutefois, je suis bien trop orgueilleuse pour le lui avouer.
— Parfait, alors suis-moi, je lui lance en le tirant par le bras.
La première créature est une vieille amie maintenant, son enclos est plus que sécuritaire, mais je ne peux m’empêcher de frissonner à la mémoire de celle-ci : la chimère ! Je me souviens du combat dans la grotte et le bruit des os de Zach se fracassant contre la paroi rocheuse, puis de Black, sans lequel la chimère aurait eu raison de moi. Comme je ne veux pas laisser transparaître mon malaise, je me mets en action. En ouvrant la porte du frigo qui se trouve à même la paroi rocheuse, je sors tant bien que mal une chèvre. Je la tire de toutes mes forces au sol et la glisse dans la trappe qui se trouve sur le devant de l’enclos. Une fois la chèvre bien positionnée à l’intérieur, je peux ouvrir la double porte qui permet à la chimère de saisir sa proie. C’est difficile de s’imaginer qu’une créature croisée entre le lion, le serpent, mais surtout la chèvre, puisse vouloir faire un acte de cannibalisme comme ça. Je retiens un air de dégoût et me tourne vers Pyros, en étant fière de moi, tout en croisant les bras. Malheureusement, celui-ci ne semble pas du tout impressionné…
Le deuxième enclos est en réalité un miroir teinté. De l’autre côté se cache une créature immonde : une goule ! Cette bestiole ressemble à un humanoïde, version film d’horreur. Son dos est voûté, ses pieds ressemblent à deux immenses griffes, sa peau a une couleur laiteuse, et il y a deux immenses globes oculaires d’un blanc pur luminescent à la place des yeux. Son regard, d’ailleurs, est réputé pour paralyser celui qu’il fixe, c’est pour cela qu’elle a une cage en miroir, pour éviter qu’elle croise notre regard. Normalement, en liberté, cette créature se nourrit de cadavres humains qu’elle déterre. Ici, pas question que nous lui donnions cela, nous la nourrissons donc de cadavres d’animaux que nous laissons pourrir sous la terre pendant un certain temps, avant de les déterrer pour les lui donner.
Je me dirige donc vers un petit monticule de terre, munie d’une pelle. Je me retourne pour voir Pyros qui est bien appuyé sur le mur de la grotte, les bras croisés en me regardant. Il est bien trop heureux de ne pas avoir à faire ça. Je lui réponds d’un sourire forcé et m’attelle à la tâche afin d’en finir au plus vite. Je repère un des petits drapeaux blancs qui m’indique où creuser et, après quelques minutes, j’arrive à dégager un petit porcelet bien décomposé. L’odeur se dirige aussitôt à mes narines et je sens la bile remonter le long de ma gorge. Tout en enfilant de longs gants et un tablier de plastique, je remonte mon pull, espérant bloquer l’insupportable odeur.
Le porcelet est bien mûr et fin prêt pour la goule, car celui-ci se décompose dans mes mains. Je le glisse dans un seau que je traîne jusqu’à la paroi du miroir. Munie d’une échelle et d’une corde sur poulies, je peux me rendre à la petite porte du haut pour nourrir la goule. Avant, je dois me munir d’une paire de lunettes spéciales qui empêchera la bête de me paralyser lorsque je vais ouvrir la porte. Je monte donc au haut de l’échelle et hisse le seau de toutes mes forces. Même si je veux prouver que je suis capable, la gravité fait son effet et le seau retombe au sol, laissant le porcelet en lambeaux sur la terre.
— Laisse-moi t’aider, dit Pyros en poussant les restes du mammifère à l’intérieur du seau avant de le hisser avec la corde jusqu’au sommet où je me trouve toujours. Bon, je laisse mon orgueil de côté, l’important c’est le résultat.
— Merci, mais j’aurais pu y arriver seule, j’ai été déconcentrée par l’odeur !  
— Oui, bien sûr… et il ne serait rien resté de ce pauvre petit cochon. De toute façon, on a assez perdu de temps, Lou, on doit terminer et rentrer. 
— Très bien, on continue alors ! 
On se dirige tous les deux vers le troisième enclos, celui-ci ressemble à un immense vivarium hermétique. À l’intérieur se trouve l’hydre, une créature avec un immense corps de chien musclé garni de neuf têtes de reptiles. La tête principale est dorée et se trouve au centre du corps. Si l’on coupe cette tête, deux autres repoussent aussitôt, ce qui rend cette créature presque immortelle. En effet, elle exhale un poison par son souffle, et ce, même lorsqu’elle dort, c’est pourquoi elle se trouve dans cet aquarium. L’hydre ne se nourrit pas plus d’une fois par six mois, d’un bœuf, et l’opération est plus que complexe à réaliser. La seule chose que nous devons faire aujourd’hui c’est de nous assurer que tout est normal dans son enclos et ouvrir le robinet pour remplir son seau d’eau. Une fois terminé, il ne nous reste plus qu’une seule créature à nourrir et certainement la pire d’entre elles.
Nous nous dirigeons donc vers le fond du tunnel, celui-ci débouche sur une grande salle immense qui est clôturée d’un métal très résistant. De l’autre côté se trouve un immense dragon noir. Même les illusions des maîtres de Black ne parviennent pas à faire ressentir ce que je ressens en présence de cette sublime et terrifiante créature. Celle-ci nous aperçoit et approche son museau tout près de nous, nous fixant de son regard pénétrant. On dit que les dragons peuvent lire votre âme, je me demande ce qu’il peut bien lire dans la mienne. Je frissonne alors, tellement son regard me terrifie. Normalement, il aurait pu nous calciner avec son souffle de feu, mais Jézabel a fait créer un sortilège par Black qui empêche le dragon de le faire lorsqu’il se trouve à l’intérieur de cet enclos. Pour le nourrir, nous devons monter un escalier qui débouche sur une plateforme où se trouve un autre enclos, celui-ci contenant un troupeau de moutons. Nous devons lui en donner trois, que nous glissons par le dévidoir qui se trouve à notre droite. La dernière fois, ma manche s’est prise dans une des pattes de moutons et j’ai glissé avec eux dans le dévidoir, si Pyros n’avait pas été là pour me rattraper, le dragon n’aurait pas fait de distinction entre moi et les bêtes laineuses. Cette fois-ci, je remonte mes manches et agrippe fermement chacun des moutons, prenant soin de ne pas m’accrocher. Une fois les trois biens déposés, nous pouvons partir immédiatement, je n’ai vraiment pas envie d’entendre les cris de ces pauvres bêtes lorsque le dragon entamera son repas.
— Bien joué, Lou ! Tu t’en es bien tirée, me dit Pyros souriant légèrement.
— Plutôt bien ! Tu veux dire que c’était parfait ! 
— Si l’on oublie la goule, alors oui ! 
— Bon, allez ! On va rejoindre les autres ! 
Nous partons pour retourner à notre petite maison afin de réaliser la soirée que je prépare depuis quelques jours.
***
Lorsque nous arrivons à la maison, Pax, Flicka et Éloï sont déjà assis au salon, prêts pour notre petite escapade en groupe. En fait, je les ai convaincus de sortir de la ville pour une nuit. Je sais que Charles ne serait pas trop d’accord avec cette idée, mais avant que celui-ci ne revienne de son voyage d’enquête et qu’il nous ramène à notre réalité brutale, je veux montrer à mes nouveaux amis un peu de mon ancienne vie. J’ai envie de leur faire découvrir le monde des humains et ma maison, histoire qu’ils comprennent d’où je viens. Comme mes parents sont en croisière à l’autre bout du monde, je peux très bien occuper les lieux comme bon me semble. On dirait que je vais l’avoir enfin ma petite fête improvisée à l’insu de mes parents, comme cela aurait dû se passer il y a bien des années.
Comme s’ils entendaient mes pensées de l’autre côté du globe…
— Lou, tes parents ont appelé, ils veulent avoir un entretien téléphonique avec toi par « Skype » , ils disent que tu le leur promets depuis déjà quelques jours et ils veulent voir ton appartement et tes colocs, me lance Flicka en me donnant la tablette de verre.
J’aurais dû me douter que le mensonge ne pouvait pas durer, je vais devoir inventer quelque chose. Je fais les cent pas dans la pièce et Pax me rejoint.
— Je peux t’aider avec ça Lou, je n’ai qu’à créer une illusion et tes parents n’y verront que du feu. 
— Mais bien sûr ! Pax, tu es un génie !!! je lui réponds en l’enlaçant de toutes mes forces. Je poursuis en m’adressant aux autres : OK, tout le monde, Pax va créer une illusion et donner l’impression que nous sommes dans un appartement en Grèce. Je vous demande donc de faire semblant d’être mes colocs d’études, le temps d’un appel vidéo à mes parents. 
— Et qu’est-ce qui te fait croire que nous allons t’aider dans tes combines ? demande Éloï, assise avec les pieds sur l’accoudoir du petit canapé, affairée à sa manucure noire fatale.
— Parce que vous êtes mes amis et que vous faites partie de mon équipe, on ne laisse jamais tomber son équipe, je lui réponds avec mon plus beau sourire et mes yeux implorants.
— Bon d’accord, mais tu devras nous laisser le choix du bar où nous allons sortir ce soir, me répond-elle sans même me regarder.
— Marché conclu.
Je n’ose pas lui dire qu’à Woodstock il n’y a pas beaucoup de choix en matière de bar, mais bon… je ne veux pas gaspiller mes chances. Je contacte ma mère sur le portable que Charles leur a offert , étant donné que mon père lui a fait promettre de laisser le sien à la maison, ce dont elle ne se souvient pas d’ailleurs, à cause de la potion de Charles pour les convaincre de faire leur petit voyage.
— Ma chérie !! Comment vas-tu ? Tu es difficile à joindre, tu sais ! Je sais que tu rêves de ce voyage depuis toujours, mais tout de même, tu aurais pu me faire voir ton appartement bien avant !
Je suis heureuse de voir ma mère. C’est toujours un réconfort à travers la folie qui m’entoure.
— Je sais, désolée… ici c’est la folie et il y a tellement de belles choses à voir et à apprendre que je ne vois pas le temps passer. 
— Alors, montre-moi cette superbe vue dont tu me parlais l’autre jour !!
Ah ! Moi et ma grande langue. J’avais tellement peur de me mélanger dans mes mensonges que j’en ai trop dit et maintenant je dois vivre avec les conséquences.
— Oui bien sûr, la belle vue sur la Méditerranée de Santorini. Je le dis assez fort pour que Pax me comprenne en espérant qu’il sache à quoi je fais référence. Soudainement, je sens un vent chaud et humide me caresser la joue, puis une odeur d’eau salée. Je me retourne pour m’apercevoir que l’appartement est complètement transformé en grande pièce blanche bordée de fenêtres où des rideaux de lin blanc flottent avec la brise, laissant entrevoir un paysage à couper le souffle. J’ai envie de pleurer tant j’ai rêvé à cet instant depuis longtemps, imaginant chaque infime détail. Je sais que c’est un mirage de Pax, mais il faut dire qu’il est un maître dans son art, car je jurerais y être réellement. Mais il faut que je conserve un air neutre, puisque pour mes parents, je dois déjà être habituée à tout ceci. Je fais une rotation sur moi-même tenant la tablette à revers pour que mes parents puissent voir la pièce.
— Alors voici mes colocataires : Pax qui vient de Chine, Éloï et son frère Pyros qui viennent tous deux de Louisiane et finalement, Flicka qui habite près de chez nous. Je remarque, aux airs étonnés de mes comparses, qu’ils ne s’attendaient pas à ce que je donne leurs vraies identités et ils ont raison, encore une fois, ma nervosité m’a mise dans le pétrin.
— Ce sont des noms plutôt originaux, j’adore ! lance mon Père qui a poussé ma mère pour me saluer du même coup.
— Bon, je vous montre la vue de mon balcon et ensuite je vous laisse, nous sommes sur notre départ pour une sortie éducative. 
— À cette heure ! Mes chéris, il doit être vingt heures en Grèce en ce moment ! répond ma mère aussitôt d’un air abasourdi. Zut ! J’ai oublié qu’en Grèce il est sept heures de plus qu’ici ! Heureusement que Pax semble y avoir réfléchi, puisque le soleil se couche doucement.
— Oui, en fait nous partons pour Athènes pour environ dix jours. Alors tu t’imagines mon énervement. Je dois terminer cet appel au plus vite. Je me dirige donc à l’extérieur, moi-même complètement hypnotisée par l’illusion de Pax.
— Alors voilà ! je leur réponds en tournant la tablette pour leur montrer tous les toits bleus et les magnifiques maisons d’un blanc pur, teinté légèrement d’orangé par le soleil qui entame doucement sa descente.
— Bon, alors, je dois vous laisser, nous devons partir sous peu. On se reparle un autre jour. 
— OK, bye, ma chérie, nous sommes si fiers de toi et je suis heureuse de voir que tu as tout ce dont tu as toujours rêvé. Bye, bye.
Je termine la conversation et je songe… ce dont j’ai toujours rêvé. En fait, jamais je n’aurais pu imaginer ce qui se passe dans ma vie en ce moment, mais ce dont je rêve ces jours-ci, il n’y a que moi qui peux en être au courant. Je rêve de ses yeux bleus-blancs qui me transpercent et de notre baiser échangé… ou plutôt de moi lui volant un baiser. Orphée !
— Lou, tu n’es pas tellement douée avec les mensonges n’est-ce pas ? me dit Pax en me rejoignant sur le balcon improvisé.
— Merci Pax ! Pas seulement pour mes parents, mais pour moi aussi. La vision que tu as créée est mon rêve depuis si longtemps, et de pouvoir le vivre, même juste un peu me donne de l’espoir. 
— Ça me fait plaisir Lou. J’ai toujours aimé la Grèce moi aussi, je présume que cela fait partie de nos racines à nous les magiques.  
— Bon, avez-vous fini de discuter, on doit préparer notre sortie ! nous balance Flicka en tapant sur nos épaules.
Pax efface son mirage, me laissant sur ma faim, mais je me fais une promesse à moi-même que ceci n’est que partie remise. Une fois cette mission terminée, je vais aller en Grèce par mes propres moyens.
Après quelques préparations, nous sommes enfin prêts à partir. L’écurie est bien entretenue et nous serons de retour demain, Charles ne se rendra compte de rien.
***
Nous partons tous ensemble avec la voiture de Flicka ; une petite Chevrolet Bel-Air convertible d’un jaune crème. Cela va tellement bien avec mon amie, elle est amusante, tout comme elle. Nous nous installons tous, le cœur léger et les cheveux au vent. Pendant l’espace d’un instant, j’ai envie de suspendre le temps. Être ici, maintenant, et oublier ce que nous sommes. Prétendre pour un moment que nous ne sommes que de simples jeunes adultes humains flirtant avec l’idée qu’il n’y a pas de fin et que l’avenir est devant nous. Nous rions et chantons sur les airs de la radio jusqu’à notre arrivée à Woodstock. Apercevant les premiers paysages de la ville où j’ai vécu toute ma vie, un sentiment de calme m’envahit. J’indique à Flicka le chemin pour nous rendre chez moi et je suis heureuse de savoir que Gertrude a élu domicile chez Charles pour le temps de son voyage. Il voulait qu’elle soit ainsi plus près de moi si jamais j’en avais besoin. Je me sens toutefois un peu mal à l’aise de lui mentir à elle aussi en quittant la ville à son insu. Mais ma culpabilité n’est que de courte durée, lorsque j’aperçois enfin ma maison. Je ne peux m’empêcher de sourire bêtement en regardant les autres. Depuis trois semaines, je baigne dans leur monde et, ce soir, c’est à mon tour de leur montrer ce que j’aime.
— Alors c’est ça ta maison ? On dirait plutôt une baraque, me dit Pyros d’un air de dégoût. Je ne suis pas étonnée, je sais très bien qu’il n’a pas envie d’être ici… il déteste les humains, car ils ont tué ses parents.
— C’est peut-être une baraque, mais c’est MA baraque ! Allez, venez, on entre.
Je fais faire le tour du proprio à mes amis et chacun choisit sa place pour la nuit. Je ne m’étonne pas que Pyros ait choisi le superbe canapé de ma mère, je n’ose pas lui dire qu’elle en serait très contrariée, il risquerait de l’abîmer plus qu’il ne le fera.
— Alors c’est quoi le plan de match ? Qu’est-ce que tes chers petits humains font pour s’occuper ? demande Pyros, le ton toujours plein de venin.
— Eh bien, j’ai pensé qu’on devrait aller se chercher quelque chose pour cuisiner ensemble un vrai repas d’humain ! Ensuite, nous irons danser au bar du coin !
— As-tu dit au bar du coin comme UN bar ? me lance Éloï en levant un sourcil interrogateur.
— Oui, désolée, il n’y a pas beaucoup de bars par ici, mis à part des bars pour touristes dans les hôtels, mais crois-moi, on va s’amuser, je lui dis en me dirigeant vers le minibar de mes parents.
— Si on commençait par une de mes spécialités, un tousqui ! Venez m’aider ! J’allume la radio en invitant mes amis à sortir l’alcool que contient le bar. Nous nous dirigeons ensuite vers l’îlot de la cuisine et dans un grand bol à punch nous mélangeons un peu de tout ce qu’il y a comme liquide dans le frigo, avec un peu de tous les alcools. Je sors une série de verres disparates, car je suis tellement maladroite que j’ai brisé presque tous les ensembles de verres de mes parents. Ce qui a créé une superbe collection inédite de verres variés. Comme mon père le dit souvent, une collection aussi unique prend du temps à réaliser. Je présume qu’il me disait cela pour que je me sente moins mal. Espérons que je ne détruirai pas ce qu’il en reste.
— Je voudrais porter un toast. À vous, mes nouveaux amis, et merci de me suivre dans cette quête. Je veux que ce soir on ne réfléchisse pas à ce qui s’en vient et qu’on profite du moment présent.
Nous levons tous nos verres en dansant au son de la musique, même Pyros participe, j’ai l’impression qu’il apprécie ma compilation rock !
— OK, j’ai une règle pour ce soir ! Nous devons vivre comme des humains, donc les filles je vais vous prêter mes vêtements et Pax je vais certainement trouver quelque chose dans les tenues de mon père pour toi. Pyros, pas besoin, ton look grunge fonctionne bien… un peu marginal, mais ça va parfaitement.
— Il est où le contrat qu’on a signé pour changer de style en échange d’une soirée ?! Éloï et son style, même Pyros semble regarder ses vêtements, il doit être déçu que son accoutrement habituel, soit celui qui ressemble le plus à ce qu’un non magique porterait.
— Hé ! Du calme, moi j’ai envie de donner une chance à Lou. Depuis qu’elle a découvert son appartenance au monde magique, nous avons tous contribué à la rendre comme nous. Et si, pour une soirée, on lui rendait la pareille ? Et je doute que nous nous fondions dans la masse au bar ce soir si nous restons ainsi.
Flicka, je l’adore ! Une éternelle optimiste c’est tellement rafraîchissant au contraire des deux jumeaux.
— Moi je veux bien, ce sera amusant, un peu comme un jeu de rôle, propose Pax probablement pour encourager Flicka plus que moi.
— Peu m’importe, plus vite on le fait, plus vite cette soirée sera terminée, lance Pyros qui reprend une troisième portion de notre punch improvisé.
— Bon, allons-y, je suis curieuse de voir ce que tu vas nous offrir comme accoutrement !
— Ce n’est pas tout ! On doit vraiment jouer le jeu complètement, donc jusqu’à demain je ne veux pas qu’on utilise nos dons, aucun ! Tous arrêtent de boire et me regardent comme si je venais de leur dire d’arrêter de respirer.
— Écoutez, on ne peut pas risquer de se faire repérer. Nous allons donc laisser nos armes ici.
— Je ne suis pas d’accord du tout, Lou ; c’est mon devoir de te protéger et nous sommes vulnérables ici.
— OK ! Apporte ton couteau suisse si tu veux. Pax, tu peux garder les chaussures parce que pieds nus ce ne sera pas subtil, mais pour les autres nous jouons le jeu jusqu’au bout. Nous ne risquons rien ici, personne ne sait que nous sommes là.
— Stupide soirée et stupides règles !
— Bon Pyros ! Ça suffit ton petit caractère, on a compris, tout t’énerve et tu n’es pas content. Peut-on passer à autre chose maintenant ?
Je lui dis tout cela comme le ferait une mère qui gronde son adolescent en pleine crise d’hormones. Je comprends par son langage non verbal qu’il ne s’attendait pas à ça de ma part. Il se contente de faire un léger « oui » de la tête et retourne s’asseoir dans le salon, avec une bière cette fois, qu’il a trouvée dans le réfrigérateur.
— Alors Lou ! Si tu nous montrais ta chambre et les tenues que l’on doit porter, dit Flicka en nous entraînant Éloï et moi par la main.
Je trouve cela amusant de la voir nous tirer à travers toute la maison sans savoir exactement où nous allons. Finalement, on termine par ma chambre et les deux éclatent de rire. Je me sens un peu insultée et je ne peux m’empêcher de froncer les sourcils.
— C’est juste que… Lou ! Tu as vu ta chambre ? C’est rempli d’affiches sur la mythologie et sur les Dieux grecs. Je croyais que les jeunes humaines affichaient des groupes de musique ou d’acteurs, non ? ricane Flicka en examinant chaque détail de ma chambre, comme si elle cherchait à comprendre chaque aspect de ma personnalité.
— C’est juste qu’on dirait que c’était déjà bien en toi, tu sais… nous ! continue Éloï en s’installant sur mon lit, s’allongeant de tout son long.
Flicka ouvre les portes de ma penderie et se tape dans les mains, complètement enjouée.
— Alors, je suis vraiment impatiente de voir ce que tu me réserves comme ensemble, c’est drôle d’avoir les rôles inversés pour une fois. Allez, vas-y ! Je vais porter ce que tu me donneras, me dit-elle en s’assoyant à côté d’Éloï sur le lit.
— Très bien alors ! Pour toi Flicka, ce sera cette magnifique petite robe d’été faite d’un tissu de coton de couleur jaune avec de petites fleurs blanches brodées. Pour accompagner le tout, voici des sandales en plastique transparent pour faire compétition à tes superbes chaussures invisibles de l’autre jour. Je présente chaque article comme s’il s’agissait de précieux vêtements de marque, alors que c’est tout ce qu’il y a de plus simple, mais je crois que ça les fait bien rire.
— Pour toi Éloï, voici une jupe en jean élégamment effilochée, ainsi qu’un superbe pull noir. Le tout accompagné de chaussures Converse vieilles de dix ans ! Je vois bien à son visage qu’elle n’est pas très heureuse de ce que j’ai choisi, elle saisit la jupe et la tient à distance comme si c’était une moufette.
— Bon, allez les filles ! Enfilez ça, je vais aider Pax à trouver quelque chose à porter. Et je vous défends d’enfiler autre chose que les tenues que je vous ai données.
Je guide Pax jusque dans la chambre de mon père, incertaine de ce que je peux trouver pour lui. Pax s’approche de moi et se met à murmurer.
— Lou… Flicka est ton amie, pas vrai ? Il s’appuie sur la commode de bois et expire profondément en fixant le plafond et se frottant le visage.
— C’est certain. Pourquoi ?
Je sais très bien où il veut en venir, mais je veux embarquer dans son petit jeu, j’aime bien le voir tourner autour du pot. Je sais, c’est malsain, mais c’est plus fort que moi.
— Je ne sais pas comment te dire ça…
Pauvre lui, je vois bien qu’il ne sait pas comment en arriver au but, je dois l’aider.
— Tu l’aimes bien ?
Je vois le soulagement sur son visage.
— Oui, en fait, entre nous deux, plus que bien, je… elle me rend fou ! Mais j’ai peur de ne pas être son genre.
— Écoute-moi Pax, je pense que tu es son genre, mais qu’elle ne le sait pas encore. Laisse-lui le temps et si je peux te donner un conseil, sois indépendant. Amuse-toi ce soir, tu pourrais être étonné.
Je vois à son demi-sourire qu’il a de l’espoir.
— Alors, voyons ce qu’on peut trouver. Mon père est assez cool je devrais découvrir quelque chose de super. Tiens ! Tiens… si on la jouait confiant ce soir ?
Je sors de la penderie une chemise blanche et un jean de marque.
— Va essayer cela dans la salle de bains, je t’attends.
Pax revient et, wow ! je dois dire que le tout lui va à merveille ! La chemise est parfaitement coupée pour lui, traçant bien le fruit de ses entraînements d’art martial. Décidément, Pax est bien bâti. J’analyse mon œuvre en tournant autour de lui.
— Il manque juste deux petits détails.
Je me rapproche et, en un mouvement éclair, je lui ébouriffe les cheveux, puis je termine le tout avec une paire de lunettes de soleil. Il a l’air d’une vedette avec son sourire d’un blanc immaculé.
— Parfait ! Bon, allons voir ce que les filles trament.
Nous descendons au salon pour constater que les filles ne sont toujours pas descendues. Après quelques verres de punch et quelques chansons d’air guitare avec les gars, elles descendent finalement. Éloï arrive en premier et je dois dire que le look rock décontracté lui va à ravir, elle me paraît plus accessible. Finalement, Flicka descend et franchement, sa petite robe simple s’harmonise tellement bien avec sa joie de vivre, elle resplendit. Je me retourne pour voir le regard de Pax qui en dit long. Puis, comme s’il se souvenait de notre discussion, il dépose les lunettes sur ses yeux et toussote en se dirigeant vers la cuisine pour se servir un autre verre. Flicka aussi semble saisie par le look de Pax, elle est là, figée sur la dernière marche de l’escalier, le fixant la bouche ouverte. Je m’approche d’elle discrètement et murmure :
— Ferme la bouche ou la bave va couler sur ta belle robe.
Elle fronce les sourcils et se dirige vers Pyros, le poussant pour avoir une place sur le canapé.
— Bon, comme on a perdu beaucoup de temps avec tous les préparatifs, nous n’avons pas vraiment le temps d’aller chercher quelque chose pour cuisiner, alors je vais commander de la pizza.
— De la quoi ? demande Flicka intriguée.
— De la pizza, vous n’en avez jamais mangé ?
Ils me font signe que non de la tête.
— Ah ! Ça, c’est une honte ! Je vais remédier à cela immédiatement.
On reçoit, quelque temps plus tard, trois pizzas extra larges, chacune a une saveur différente et, à mon grand étonnement, tous en raffolent.
— C’est tellement étrange de manger salé au lieu de sucré comme repas. Normalement, on mange le salé après le repas et c’est plutôt rare, dit Pyros qui a l’air d’adorer.
— En fait, pour moi c’est de manger du sucre au repas qui est étrange, je lui réponds aussitôt.
Je me rends à la cuisine pour ranger les derniers trucs avant notre grande soirée et je ne peux m’empêcher de sourire en les regardant chanter et danser ensemble dans le salon, ils ont tellement l’air heureux. J’ai l’impression d’avoir trouvé une deuxième famille avec eux.
— Alors êtes-vous prêts pour notre petite escapade ?
— C’est certain ! Je vais démarrer l’auto ! crie Flicka en agrippant ses clés.
— Euuh !! Non ! On a bu et de plus je vais toujours en ville à pied, c’est donc ce que nous allons faire.
Ils se retournent tous en même temps et se mettent à rire comme si ce que je venais de dire n’avait aucun sens.
— C’est ma soirée et nous allons faire cette petite balade ensemble !


Chapitre 3
« Quand le chat n’est pas là, les souris dansent. »
Je sors en agrippant au passage les clés de la voiture de Flicka, histoire qu’ils soient tous obligés de me suivre. Je n’ai pas à aller loin pour qu’ils viennent lentement, mais sûrement. Après quelques instants, nous avançons à un bon rythme et tous semblent apprécier mes descriptions du paysage et anecdotes sur les habitants du coin. Après plusieurs minutes, nous arrivons à notre destination. Le bar est un mélange entre une boîte de nuit et une brasserie. Étrange, mais j’ai toujours aimé venir faire un tour pour voir les autres danser au son de la musique, mais je n’ai jamais eu un groupe avec lequel participer. En entrant, je suis heureuse de ne pas reconnaître quelqu’un, je n’ai pas envie de discuter ce soir et je veux m’amuser. Nous commandons quelques verres au bar avant de choisir une table près de la piste de danse. Il est tôt et la soirée n’est pas encore à son apogée, mais la musique est bonne. Si au moins je n’étais pas aussi coincée, je pourrais ouvrir le bal en brisant la glace.
— Allez, Lou, viens, on va danser ! Montre-nous ce que tu sais faire !
Je n’ose pas lui dire que je ne danse pas normalement, je préfère boire mon cocktail d’un coup et profiter du courage de Flicka pour me motiver.
Nous n’avons pas à danser plus d’une chanson seules sur la piste, avant que Pax et Éloï ne nous rejoignent, suivis de plusieurs autres personnes qui sont arrivées entre temps. Pyros surveille nos affaires en nous regardant d’un air blasé.
Après plusieurs cocktails, je suis toujours sur la piste de danse, hurlant et chantant à tue-tête avec les filles qui ont l’air de s’amuser autant que moi. Je sens la piste se remplir au fur et à mesure que la soirée avance et cela devient de plus en plus difficile de bouger, tellement qu’un homme s’est positionné près de moi dansant d’une façon un peu trop envahissante à mon goût. J’essaie de trouver Pyros du regard, mais je ne le vois pas et plus j’essaie de m’éloigner, plus l’homme se rapproche. Je sens son souffle dans mon cou, je croise son regard l’espace d’un instant et il a l’air dans un état d’ébriété très avancé. Chaque parcelle de moi a envie de réagir et je sens l’énergie se concentrer au niveau de mes mains. Je dois rester calme et garder le contrôle ; il ne faut pas que j’explose ici, les non magiques ne doivent pas être au courant de notre existence. Charles serait furieux de devoir créer une potion d’oubli pour une ville au grand complet. Je sens autre chose que l’énergie qui veut déborder, je sens une présence, quelque chose d’envahissant qui me pénètre complètement. Comme je me retourne pour voir d’où cela peut bien venir, l’homme n’est plus là. Je ne sais pas quand il est parti, mais il n’est plus là. Pourtant la présence semble toujours m’envahir.
La musique change pour quelque chose de suave et langoureux, une musique latine. Je me laisse habiter par les notes, suivant chaque son avec mon corps en entier. Je croise Pax du coin de l’œil, qui danse avec, Éloï ! Je crois qu’il prend mon conseil un peu trop au pied de la lettre et je suis certaine que Flicka ne sera pas heureuse de ça. Comme je me retourne pour la voir, celle-ci s’est trouvé un autre partenaire. Je vois bien au regard que Pax me lance qu’il ne s’attendait pas à ce résultat… pauvre Pax. J’aperçois enfin Pyros au bar, je crois qu’il parle à quelqu’un, mais je n’arrive pas à voir qui, puisque la foule me cache son interlocuteur. J’oublie cela, me laissant envahir par le moment présent, qui je suis et où je suis, en dansant tout simplement.
Comme je me retourne, je vois un homme me saisir la main pour me faire tournoyer. Pourquoi pas, après tout, il n’y a rien de mal à danser. L’homme doit avoir dans la fin vingtaine, assez joli, et à voir ses mouvements de bassin, il est assez doué avec ce genre de musique. Entre deux tours sur moi-même, mes yeux croisent les yeux de l’interlocuteur auprès de Pyros et mon cœur s’arrête. Là, dans ce bar à Woodstock, dans ma ville : Black ! Black est là, appuyé au bar et il me transperce de son regard. Trop sous le choc, je me laisse guider par le danseur sans trop savoir quoi faire. Celui-ci me fait tourner, m’appuyant contre lui un peu à l’image du film Danse lascive et je présume qu’il interprète mon inaction comme une approbation pour continuer son petit manège. Je le suis dans ses mouvements, mais chacun de mes gestes est pour Black, je me surprends moi-même à danser comme je ne l’ai jamais fait. Je ne sais pas pourquoi, ce n’est pas mon genre, mais une partie de moi a envie de provoquer Orphée… mon Orphée. Je sais que cela ne donnera rien, mais je ne peux m’en empêcher. J’aimerais qu’il m’aime moi, pour moi, non pour celle que j’ai été dans une autre vie. Je vois qu’il ne semble pas du tout heureux de mon soudain entrain et il agrippe le comptoir d’une main. Son visage reflète des émotions contradictoires, un mélange de désir et de colère. Après une semaine sans le voir, sa beauté me coupe le souffle. L’espace d’un instant, j’imagine que le danseur c’est Black et je passe la main sur sa nuque caressant ses cheveux. Black ravale difficilement détournant le regard un instant. OK, je dois arrêter mon petit jeu, ce n’est pas bien ni pour moi ni pour lui. Comme je vais me libérer, le danseur agrippe mes fesses, me rapprochant de lui dans une étreinte impossible à défaire. Je me retourne pour implorer Black, mais celui-ci est déjà rendu à nos côtés et repousse l’homme d’un seul geste, m’agrippant de son autre bras par la taille et me ramenant à lui. L’homme comprend au regard de Black qu’il ne doit pas répliquer et il part aussitôt de la piste de danse. Je ne sais pas s’il m’a libérée par jalousie ou pour mon inconfort apparent, mais je suis heureuse qu’il l’ait fait. Black me fait tourner et me ramène contre lui d’une manière plus que sensuelle.
— Alors, le petit lapin est vilain ce soir, murmure-t-il dans le creux de mon oreille.
Je me rapproche pour le fixer dans les yeux, incapable de formuler une seule phrase cohérente, alors je me contente de sourire bêtement. Black danse comme un dieu… ou un demi-dieu je devrais dire. Il me guide d’une manière sensuelle, mais aucunement déplacée. Après quelques tours, il saisit ma tête en me penchant, mais au lieu de me laisser tomber comme lors de notre dernière danse, il me rapproche dangereusement de lui frôlant mes lèvres des siennes et respirant bruyamment comme s’il souffrait. Oh mon Dieu ! Mais je ne peux pas laisser une telle chose arriver, où est-ce que j’ai la tête ! Je dois m’éloigner de lui avant que je ne lui révèle qui je suis et que je fasse échouer notre mission. Je le regarde, paniquée, et je cours à l’extérieur du bar sans me retourner. Il faut que je prenne l’air. Je vois par la fenêtre du bar que Black empêche Pyros de me rejoindre, ils échangent quelques mots, puis Black se dirige vers la sortie. Oh zut ! Je reprends ma course me dirigeant vers le pont de l’autre côté de la rue. Ce vieux pont couvert est mon lieu de ressourcement lorsque je ne vais pas bien, depuis que je suis toute petite. Je cours de toutes mes forces afin d’éviter qu’il ne me trouve, car je suis affaiblie par l’alcool et je doute que ce soit une bonne idée de discuter avec lui maintenant. Comme j’arrive sous le pont de bois, j’entends des pas en écho aux miens. Zut !
— Pas si vite petit lapin, pourquoi t’enfuis-tu comme ça ?
Oh ! sa voix… Elle est si profonde qu’elle résonne en moi.
Il arrive tout près et me saisit par les épaules.
— Pourquoi veux-tu te débarrasser de moi Lou ?
Je sens la panique sur son visage.
— Pourquoi dis-tu ça ? Je ne veux pas me débarrasser de toi !
Il serre les mâchoires et prend de la distance.
— Tu as dit à Justin que tu avais trouvé un autre mécène. Dis-moi, qui est-ce ?
Je sens son impatience dans sa voix et je ne peux m’empêcher de rire, je n’étais pas certaine que mon plan avec Justin allait fonctionner aussi rapidement.
Il avale difficilement avant de reculer et de me tourner le dos, se passant les mains dans les cheveux.
— Et cela te fait rire ! Je ne suis qu’une blague pour toi. Tu tournes ma vie à l’envers et pour toi ce n’est qu’une blague !
Oh ! Je ne pensais pas qu’il le prendrait aussi mal. Je me dirige vers lui, le contournant pour lui faire face.
— Black, je n’ai pas d’autre mécène. Je… j’étais inquiète de ne pas avoir de tes nouvelles et quand je me suis rendue chez toi et que Justin m’a dit que tu t’attendais à ce que je me rende là pour quémander ta présence, cela m’a rendue furieuse. Comme si j’étais aussi prévisible que ça. J’ai voulu trouver un moyen de te faire revenir, je suis désolée que tu l’aies pris aussi mal, je ne pensais pas que tu y croirais réellement.
— Je vois. Puis il se met à marcher, quittant le pont.
— Hé ! Où est-ce que tu vas ?
— Chez toi.
— Chez moi ? Et moi alors ?
— Toi, petit lapin, tu marches avec moi.
— Et les autres ?
— Mon chauffeur va les ramener plus tard, je crois que les filles voulaient continuer la soirée, viens.
Je m’approche de lui et il s’arrête pour me fixer.
— Tu es vraiment surprenante, Lou Mills.
— Et pourquoi donc ?
Il se contente de sourire tout en marchant.
— Alors vas-tu me dire où tu étais ?
— À vrai dire, mademoiselle Mills, j’étais parti voir une ancienne amie à moi.
Je fronce les sourcils, que veut-il dire ? Il sourit en voyant ma réaction.
— Lou… vraiment, où crois-tu que j’étais ? Je suis parti à la recherche d’Aaron et de Zach. Je ne pouvais pas laisser les choses ainsi après ce qu’ils t’ont fait.
Je sens dans son timbre de voix que cela le rend furieux, mais je ne peux m’empêcher d’avoir peur pour Zach. Il n’a aucune chance contre Black.
— Est… est-ce que tu les as retrouvés ?
— Non, honnêtement, je ne pensais pas être parti plus de deux jours, c’est pour cela que je ne suis pas venu te voir, mais surtout j’avais peur que tu essaies de m’en dissuader. Et pour Justin, navré, une partie de moi espérait vraiment que tu viennes le voir… me voir. Chaque jour je l’ai contacté et chaque jour tu n’étais pas passée. Je dois dire que cela m’a un peu brisé le cœur, mais ce matin quand il m’a dit que tu étais passée et que tu ne voulais plus de moi dans ta vie…
Il arrête de marcher et me fixe longtemps sans rien dire.
— Comment m’as-tu trouvée ?
— Disons que j’ai un allié dans ton équipe.
— Pyros ? C’est certain que c’est lui le traître, je songe en riant.
— Je l’aime beaucoup, je sais que tu le trouves difficile d’approche, mais crois-moi Lou, il a vraiment à cœur la réussite de cette mission ainsi que ta protection et, pour moi, ce sont les deux choses les plus importantes.
La réussite de la mission, je comprends, il veut trouver sa femme et une partie de moi est heureuse que ce soit moi, mais l’autre est inquiète. Et si, à la fin, il était déçu de ce que je suis devenue dans cette vie ?
— Lou, Pyros m’a dit que tu avais demandé de sortir sans les armes qu’il a préparées pour vous. C’est vraiment irresponsable, pour toi comme pour ton équipe. Zach peut se trouver n’importe où et c’est exactement pour cette raison que tu dois rester dans l’enceinte de la ville lorsque nous ne sommes pas là.
Maintenant que j’ai dégrisé un peu, je me rends compte de l’absurdité de la situation.
— Mais les autres, ils sont au bar sans armes !
— Il les a apportées dans un sac. Et sans toi avec eux, ils sont moins une cible.
— Alors je suis vraiment un danger pour eux ? Je ne l’avais jamais vu comme ça, mais je ne veux pas qu’ils soient en danger à cause de moi.
— Ne t’en fais pas Lou, ils se sont engagés pour devenir des guerriers et ils sont courageux.
Nous marchons en silence pendant quelques minutes, échangeant des regards. J’aimerais tellement savoir ce qui se passe dans cette tête magnifique. J’entends le tonnerre gronder et quelques instants plus tard une pluie diluvienne s’abat sur nous.
— Vite, cours Black, nous sommes presque rendus chez moi.
Quelques instants plus tard, nous arrivons finalement sur le balcon de ma maison, complètement trempés. Tout en reprenant notre souffle, nos regards se croisent. Le voir comme cela trempé et ses vêtements collés sur la peau me rappelle notre épisode de la douche. Nous restons là, sans rien dire, à nous fixer pendant quelques instants, puis un frisson me parcourt.
— Entrons Lou, tu es trempée et la nuit est fraîche.
Nous nous dirigeons vers ma chambre, sans trop savoir pourquoi. Puis je le vois sourire à la vue des images accrochées sur mon mur. Il s’arrête devant mon pull « God’s girl » qui trône sur une pile de livres.
— God’s girl, vraiment ? Puis, il s’approche de moi et passe son doigt sous le rebord trempé de mon pull.
Oh ! Il faut que je détourne la conversation !
— Je crois qu’on devrait se changer. Laisse-moi voir ce que je peux trouver pour toi.
Je pars chercher des serviettes et j’attrape au passage un des pantalons de pyjama de mon père.
— Tiens, cela devrait t’aller, je lui dis en lui lançant la serviette et le pantalon de pyjama.
Il retire son pull humide, et j’ai le souffle coupé à la vue de son corps parfaitement ciselé. Il remarque mon regard, car il me rend un sourire coquin. J’aurais dû lui trouver aussi un pull ou un tee-shirt, c’est difficile pour moi de rester concentrée. Il enlève alors son pantalon et je fige, me tournant aussitôt. Heureusement qu’il porte un boxer !
— Tu peux te retourner, petit lapin.
— OK, à mon tour de me changer, tourne-toi.
Il se tourne et je ne sais pas pourquoi je ne suis pas sortie de la pièce plutôt, mais il est trop tard. J’enlève mon pull et mon pantalon et j’enfile une longue chemise de nuit. Je me souviens tout à coup qu’il y a un long miroir et je croise les yeux de Black dans celui-ci, il a tout vu. Ses yeux s’obscurcissent passant du bleu blanc au gris et je croirais même l’entendre grogner. Je ne sais pas où il va dormir, puisque tous les lits sont pris, mais je me dépêche de parler plus vite que je ne réfléchis.
— Tu peux dormir ici, avec moi si tu veux, tous les autres lits sont pris.
Zut ! Pourquoi, je m’aventure sur un terrain aussi dangereux ?
— Je ne dormirai nulle part ailleurs, Lou.
Il me dit cela d’un ton si confiant et calme comme si c’était une évidence.
Je ne sais pas où me mettre, comme si un énorme éléphant prenait toute la place dans la pièce, puis il me tend la main, ouvre les couvertures et entre dans MON lit. Le plus grand problème est que celui-ci est un lit simple, ce qui veut dire que nous allons dormir vraiment rapprochés l’un de l’autre. Il se positionne le plus à l’extrémité me laissant tout l’espace possible à mon grand soulagement. J’entre donc à mon tour, me plaçant sur le côté tout en lui faisant face, pour garder un certain contrôle.
— Est-ce qu’il t’arrive de rêver d’avoir deux vies ? me demande-t-il le regard plein d’espoir.
Pourtant je ne peux pas répondre ce qu’il voudrait entendre.
— Non, notre vie représente ce que nous sommes et le fait qu’elle soit unique la rend merveilleuse.
Il se mord les lèvres et acquiesce comme s’il était à la fois en accord et en désaccord. Il regarde ma chambre et caresse l’espace sur le lit entre nous deux.
— As-tu déjà… tu sais, invité un garçon ici pour la nuit ?
— Non, avec Joemy, nous allions plutôt dormir chez lui.
— Alors Lou, je suis le premier qui dort avec toi, ici ?
Son timbre de voix est légèrement trop langoureux et son odeur m’enivre, je ne sais pas si je vais survivre à cette nuit.
— Oui Black, le premier.
Il se contente de humer et replace une mèche de cheveux derrière mon oreille laissant sa main sur ma joue.
— Si belle… me dit-il, sans retirer sa main.
Je sens une tension s’établir entre nous, une connexion si profonde qu’elle fait rejaillir en moi des milliers d’images. Des images de ma vie d’avant, celle que j’ai brièvement partagée avec lui avant ma mort.
— Comment as-tu réussi à l’aimer même après quatre mille ans ?
Je sais que je ne devrais pas m’aventurer sur ce terrain, mais j’ai besoin de savoir. Je l’entends soupirer, comme si je le ramenais à la réalité une fois de plus. Il se tourne sur le dos en fixant le plafond les bras croisés derrière la tête.
— Comment cela aurait-il pu en être autrement ? Tu sais, dans le monde des magiques nous avons tous une âme sœur. Les humains aussi, mais leurs émotions sont moins stables et souvent ils la côtoient sans la reconnaître. Nous, les magiques, une fois que nous l’avons trouvée, notre âme est liée à cette personne. Toutefois, on peut se côtoyer dans une vie et ne plus jamais se retrouver dans les autres. Moi je suis toujours dans cette vie, mon âme cherche à remplir le vide qu’elle a laissé lorsqu’elle est partie. Puis, il y a la culpabilité, celle de savoir qu’elle souffre tous les jours où moi je respire. Il n’y a pas une seconde qui passe sans que je pense à elle. Même quand…
— Même quand quoi ?
— Quand je suis avec toi. Je sais, c’est absurde et cruel pour toi de te dire cela, mais d’une certaine façon, tu me la rappelles et cela me calme. Savoir que je peux veiller sur toi m’aide à me sentir moins impuissant. Et je fonde beaucoup d’espoir sur la réussite de cette quête, Lou. Je dois la sortir de là, est-ce que tu comprends ?
Je ressens toute la peine qui habite cet homme si malheureux et j’aimerais lui enlever ce poids.
— Je comprends parfaitement.
C’est tellement étrange de savoir qu’il parle de moi en fait et je me retiens de tout mon être pour ne pas lui avouer mon identité à cet instant.
— Je… je me demandais une chose, si tu as attendu quatre mille ans, jamais tu n’as ressenti de l’amour pour une autre femme ?
— Lou cette partie-là est morte avec elle. Je ne parle pas d’un amour de jeunesse, je parle de celui qui maintient en vie, qui donne une raison de vivre. Tout le reste n’a aucun sens si un tel amour n’est plus. J’ai l’impression que toutes ces années, j’ai été en hibernation, comme un zombie qui erre sans raison. Mais, depuis que tu es là… j’ai l’impression qu’un feu éteint en moi recommence à brûler lentement. Et je t’en remercie, tu m’as donné une raison de me battre, tu me rappelles ce que cela fait de ressentir des émotions aussi fortes.

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