Enchantement Tome 3 : La table d émeraude
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Enchantement Tome 3 : La table d'émeraude

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Description

Je suis navrée, navrée de t’avoir laissé mon amour ; navrée d’avoir abandonné mon équipe. Mais je le sens, elle est là, tout près... la Table d’émeraude.
Là-bas, au-dessus des canyons, par-delà les volcans, la forêt et le désert, dans l’océan, c’est là que je la trouverai. Un voyage sans fin au bout du monde et au bout de mon âme.
Suivez-moi dans la pénombre, là où la mort côtoie la vie, marchant sur une ligne mince entre la raison et la folie.
Fermez les yeux et respirez avant que l’obscurité ne chasse ce qu’il reste de lumière. Suivez-moi, elle est là… la Table d’émeraude.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782925009054
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La magie est partout, c’est elle qui crée la vie
et nous permet de continuer d’espérer.


PRÉFACE
BLACK
— Black ! Black, réveille-toi !
Ah ! Ma tête ! Je me ressaisis pour voir qui me hurle après, pour la faire taire. Ma tête est traversée d’élancements et ce cri strident est insupportable. Je plisse les yeux pour tenter d’éclaircir ma vision brouillée. Flicka est là, au-dessus de moi, forçant avec ses doigts pour ouvrir mes paupières, en me scrutant sous tous les angles.
— Que fais-tu ici ? Où est Lou ? je lui demande.
— C’est à toi de me le dire petite tête ! dit-elle en me relevant la tête et en écrasant un bout de papier sur mon visage.
Je me relève, encore sonné, et je saisis le bout de papier qu’elle me tend. Sur la note écrite à la main, je peux lire :
Cher Black, mon Black…
Je suis navrée de t’avoir fait prendre de la potion de Morphée, mais je n’ai pas eu le choix. Je dois partir chercher la pierre des magiques noirs et je sais que tu ne m’aurais pas laissé y aller seule. Pourtant, il le faut, car jamais ils ne vont laisser une équipe de magiques, et encore moins un membre du conseil, entrer dans leur monde. Comme je suis la seule qui peut trouver la pierre de vertu, je n’ai pas eu d’autres options.
À bientôt, mon amour, j’espère que tu trouveras la force de me pardonner.
Lou, ton Eurydice
Je déchire la lettre et me relève d’un bond. J’émets un seul sifflement et les chaises ainsi que tout ce qui se trouve sur la table se fracassent sur le mur, laissant Flicka, légèrement paniquée.
— Black, calme-toi ! À quelle heure as-tu bu la potion ?
Je regarde l’horloge suisse qui indique une heure de l’après-midi.
— Il y a douze heures…
— Alors elle est déjà là-bas !
Je réfléchis pendant quelques instants et je remercie ma prévenance basée sur mon intuition.
— Flicka, va chercher les autres et retrouvons-nous à l’avion dans trente minutes maximum, nous partons pour l’Angleterre.
Flicka ne se fait pas prier et elle part aussitôt rejoindre les autres. Une fois seul, je me concentre pour accéder à la potion que j’ai mise dans le verre de whisky de Lou hier. Mon cerveau se sépare en deux et je vois dans mes songes ce qu’elle voit. Oh Lou ! Dans quel pétrin t’es-tu encore retrouvée, mon amour ?! Elle fixe une sorte de tissu rouge, mais je n’arrive pas à bien voir, car elle est si loin et le signal ne semble pas constant. Puis je hurle dans mon esprit :
— Lou !
Elle ne répond pas.


CHAPITRE 1
« En amour, la seule victoire c’est la fuite. »
Napoléon Bonaparte
LOU, dix heures plus tôt
Je prends place dans l’avion et maintenant que j’ai fui la ville magique, je prends conscience de mon acte et des conséquences qu’il aura sur Black et sur mon équipe. Je sais qu’ils n’aimeraient pas que je les aie exclus de cette mission, mais j’espère qu’ils comprendront mon raisonnement et, pour leur faire avaler cela, je dois absolument trouver la pierre le plus rapidement possible. Je sais très bien qu’une fois que Black se sera réveillé, il va partir à ma poursuite. Je sais aussi que j’aurais pu fausser ma destination sur la note que je lui ai laissée, mais en même temps je me dis que j’aurai peut-être besoin d’eux si les choses tournent mal, je veux simplement avoir une longueur d’avance. Je repère mon siège qui se trouve près de l’allée. À mes côtés, un homme en complet noir me regarde d’un air sérieux. Je lui offre mon sourire le plus courtois, espérant briser un peu le froid qui l’habite. Cela ne semble pas fonctionner, il se tourne vers son portable. Il est probablement en voyage d’affaires. J’aimerais moi aussi pouvoir dire que je suis en voyage d’affaires, mais au contraire, j’ai plutôt un fardeau sur les épaules et maintenant la colère de Black à venir.
Mon amour…
J’ai toujours détesté le décollage, j’ai l’impression que de ne plus toucher terre me fait perdre tous mes repères et je dois dire que sans Black, mon monde tourne à l’envers. J’ai l’impression que ma vie actuelle ne m’appartient pas, qu’elle est suspendue dans le temps jusqu’à ce que la quête soit terminée. Hier, j’aurais voulu tout oublier et passer la nuit avec mon Orphée, mais je sais trop bien que je n’aurais pas voulu le quitter ensuite. Ma mère a sacrifié sa vie pour cette quête, alors je ne dois pas laisser mes sentiments me détourner d’elle, c’est un bien plus petit sacrifice. Mais maintenant que ma course vers l’aéroport est terminée, je prends le temps de me remémorer les quarante-huit dernières heures, mais surtout mes derniers instants avec Black, son regard lorsqu’il a compris que c’était moi, et ses lèvres. À cette pensée, je caresse les miennes me rappelant à quel point mon corps a besoin du sien. Puis je sors de mes songes lorsque l’homme à mes côtés toussote.
Ce dernier fixe son ordinateur portable, affairé à je ne sais trop quoi, mais il semble très concentré. Avec son complet et son engin, il représente bien le parfait petit humain pris dans ses habitudes, mais s’il savait ce qui l’attend… moi je le sais.
Je n’ai pas parlé à mon équipe de la vision que j’ai eue lorsque la bulle de verre s’est écrasée dans la forêt de Clo. Je suis encore hantée par ces images d’horreur et j’ai l’impression que d’en parler à mon équipe aurait fait en sorte de concrétiser ma vision. Comme si en prononçant ces mots à voix haute, cela les rendait réels. La vraie raison pourquoi je suis partie en trombe et pourquoi la réussite de cette mission est rendue une obsession, c’est que la guerre arrivera. Je l’ai vue comme si j’y étais. Des milliers d’humains et de magiques gisant sur le sol, le feu, l’obscurité, des cris, la famine, la haine, la violence… l’horreur tout autour de nous et aucune porte de sortie, à part moi. Dans ma vision, je me vois l’espace d’un instant debout au milieu de tout ce chaos et pendant un court moment, l’espoir m’envahit comme une certitude absolue. Ma vision n’a duré qu’une fraction de seconde, mais cet instant m’a fait comprendre à quel point mon rôle est déterminant.
Je prends une grande respiration et je regarde tout autour de moi ces gens insouciants de leur destin, souriants à l’idée de partir en vacances ou de rentrer au pays et moi je suis là, en route pour m’offrir en sacrifice au loup. Je me remémore ce que Charles nous a expliqué pour le cousin de Gertrude qui n’est pas un magique noir, mais un de leurs « employés ». Son nom est Archie et il travaille apparemment pour les magiques noirs. Je sais que Charles lui a déjà parlé pour savoir s’il pouvait organiser notre entrée dans le monde des noirs et l’homme lui aurait raccroché au nez. Mais, il semble qu’il habite dans l’un des districts de la ville des magiques en banlieue de Londres et il paraît qu’il est très connu là-bas ; je ne devrais donc pas avoir de difficulté à le trouver, du moins je l’espère.
Soudainement, l’avion occasionne quelques secousses et j’agrippe les accoudoirs de mon siège fermement. À cet instant, je m’ennuie de l’avion de Black… et de lui surtout. L’homme d’affaires toussote pour attirer mon attention et il me dévisage comme si je l’exaspérais au plus haut point. Comme je m’apprête à lui glisser un mot, ses yeux descendent sur ma main gauche et je remarque aussitôt que c’est son bras que j’agrippe fermement et non l’accoudoir. Je retire ma main aussitôt.
— Puis-je vous offrir quelque chose à boire, Mademoiselle ? demande une hôtesse tout en me saisissant l’épaule d’une manière rassurante.
Elle a probablement aperçu mon visage inquiet et s’est donné comme mission de me rassurer, si elle connaissait les vraies sources de mes inquiétudes, c’est elle qui serait en boule sur le sol.
— Un Fanta, s’il vous plaît, je me contente de lui répondre.
L’hôtesse revient quelques instants plus tard avec l’objet de ma convoitise.
Une seule gorgée et je me sens déjà rassurée. C’est impressionnant comme nous sommes conditionnés par les éléments extérieurs. Un peu comme un malade qui se sent mieux après une soupe poulet et nouilles. Mon remède a toujours été le Fanta. Quand j’étais petite, ma mère avait l’habitude de m’emmener au parc tous les dimanches après-midi, elle appelait cela son moment mère-fille. Nous allions nourrir les carpes japonaises au jardin d’eau et, pendant que je buvais mon traditionnel Fanta, nous discutions ensemble des bons et mauvais moments de la semaine. Nous commencions par le mauvais et nous terminions avec le bon. Ma mère est tellement positive et je crois que cela a déteint sur moi. Vivre ce moment à la fin de chaque semaine me donnait le pouvoir de reprendre le train-train du lundi avec un tableau vierge, prête à changer le monde.
Aujourd’hui, je bois ma boisson et je vais peut-être vraiment le changer. Je m’en veux d’avoir mis fin à notre rituel du petit rendez-vous, j’ai l’impression de m’être éloignée de ma mère d’une certaine façon. Lorsque Joemy m’a trompée, ma mère m’a emmenée le dimanche suivant pour notre rituel et lorsqu’elle m’a demandé quel avait été mon mauvais moment de la semaine, je n’ai pas trouvé la force de le lui révéler. Un peu comme si le fait de ne pas le dire signifiait que rien n’était arrivé. Je n’ai jamais dit à mes parents pourquoi Joemy et moi nous n’étions plus ensemble et, les dimanches suivants, je me suis mise à trouver des raisons pour ne pas aller au rendez-vous habituel. Je me sentais idiote d’avoir caché quelque chose d’aussi important et, comme mentir n’est pas quelque chose qui me convient, j’ai préféré fuir ces moments de vulnérabilité. Après trois ou quatre semaines de refus de ma part, ma mère a cessé de me demander pour aller au parc. Je sais que cela l’a blessée. Bon ! C’est décidé, lorsque toute cette histoire sera terminée, j’irai boire un verre de Fanta avec ma mère au parc.
Comme j’avale une grande gorgée, je sens une vague d’espoir m’envahir et j’en ai bien besoin. Ce petit geste si familier me ramène directement dans ma vie d’avant, je veux dire ma vie illusoire d’humaine normale. Je regarde tout le monde autour et, maintenant que je me trouve en dehors du monde magique et de mes amis, j’ai l’impression qu’au fond je suis comme tous ces gens, une fille simple qui part en voyage en Angleterre, alors qu’en réalité, je suis une enfant de la lune… donc unique, et je suis loin de partir en voyage de plaisir.
La chanson suivante résonne dans mes écouteurs comme un dur rappel à la réalité, Mad World, de Gary Jules :
All around me are familiar faces
Des visages familiers sont tout autour de moi
Worn out places, worn out faces
Endroits usés, visages usés
Bright and early for their daily races
Très tôt pour leurs courses quotidiennes
Going nowhere, going nowhere
Allant nulle part, allant nulle part
C’est vrai que les humains sont pris dans leur course quotidienne sans savoir ce qui les attend vraiment. Pendant que la chanson continue, j’aperçois l’éclat de l’écran électronique d’un petit garçon assis juste dans le siège avant. Mon cœur s’arrête lorsque je vois ce qu’il regarde sur YouTube. En fait, sur la vidéo, on peut voir un homme avancer dans une ruelle, le corps complètement en feu.
— Maman, regarde ! L’homme il a pris feu, c’est un superhéros, dit le petit garçon à sa mère.
Un superhéros ? S’il savait !
— Mais non, mon chéri, c’est seulement un trucage, il ne faut pas que tu croies tout ce que tu vois sur Internet.
Je ne leur révèle pas qu’il s’agit d’un magique de feu, c’est mieux qu’ils croient au trucage. Par contre, je m’inquiète de cette vidéo, est-ce quelque chose qui arrive souvent ? Est-ce que les magiques ont l’habitude de montrer leurs capacités aux yeux des humains ? J’en doute fortement. Je vais devoir en parler avec Black lorsque je reviendrai de l’Angleterre.
L’homme d’affaires semble remarquer mon intérêt pour ce qui se passe dans l’écran de mon jeune voisin, puisqu’il me fixe attentivement. Je décide donc de fermer les yeux pour le reste du voyage, il est préférable que je dorme un peu en prévision de la journée qui m’attend.
***
Je suis réveillée par l’homme qui tente de passer par-dessus moi, alors je présume que nous sommes arrivés à destination. Je me sens fébrile puisque c’est la première fois que je voyage outre-mer ! J’ai l’impression d’être une exploratrice à la conquête d’un nouveau monde. L’aéroport de Hearthrow à Londres est très achalandé. Je dois trouver un transport qui pourra me conduire jusqu’à ma destination. La ville magique la plus proche de Londres, selon Charles, se trouverait dans la réserve naturelle de Ruislip Woods. Si je me fie à mon portable, le trajet devrait prendre environ une vingtaine de minutes.
Je parviens à me faufiler au travers de la foule de voyageurs, ce qui est facile lorsqu’on n’a pas de bagages, je trouve alors un taxi et je lui donne ma destination en lui demandant de me conduire à l’entrée du parc. Le trajet ne dure pas longtemps, je paie alors le chauffeur avant de sortir de la voiture. Ce sont mes économies du voyage en Grèce qui paient mon voyage impromptu en Angleterre. Je ne me doutais pas du tout, il y a quelques mois, que toutes ces heures passées à travailler à la bibliothèque serviraient à financer un voyage en Europe pour sauver le monde !
Comme c’est une belle journée ensoleillée, il y a déjà plusieurs touristes agglutinés à l’entrée du parc. Je dois dire que je n’ai pas beaucoup d’information quant à la position exacte de la ville magique, mais je vais faire comme depuis le début de cette quête et suivre mon instinct. J’emprunte donc un des sentiers en paliers de bois qui entrent dans la forêt. J’adore me retrouver seule dans la nature, je suis heureuse que le beau temps attire les autres touristes vers la plage près du lac, ce qui me laisse le loisir de partir explorer en toute tranquillité. L’odeur fraîche de feuilles et de terre humides m’a toujours réconfortée, c’est tellement parfait que la plupart des villes magiques soient plongées au cœur de la nature.
Après environ trente minutes de marche, je m’arrête pour faire le point et décider quelle direction prendre, puisque le parcours de bois forme un « Y » devant moi. Si j’étais une ville magique, où me cacherais-je ? Certainement pas là où tous les humains circulent. Je décide donc de sortir du sentier pour aller directement dans la forêt. J’aime vraiment le type de végétation qui m’entoure avec ces arbres crochus et distancés les uns des autres. On se croirait en plein conte de fées ! Ah ! Mais, bien sûr ! La forêt qui cache la ville magique est une illusion et à l’endroit où je me trouve, la végétation semble plus particulière que le reste de la forêt du parc, ce doit être ici. Mais pourquoi est-ce que je ne vois pas la ville ? Je fais les cent pas en me posant cette question. Je dois certainement obtenir une quelconque confirmation pour entrer dans le mirage et j’imagine donc les habitants de la ville rire à mes dépens pendant que moi j’avance à l’aveuglette à travers eux.
— Hé ho ! Il y a quelqu’un ? Est-ce qu’un magique m’entend ? Je suis l’une d’entre vous.
Aucune réponse, j’essaie pendant quelques minutes encore et je me dis que je suis probablement au mauvais endroit dans le parc. Puis, j’ai une idée farfelue. Je me retourne et je lance une immense boule d’énergie sur un arbre. Aussitôt, des bras m’enserrent et me tirent à l’intérieur du mirage. Excellent, c’est exactement ce que j’espérais !
— As-tu complètement perdu la tête ? me lance un homme assez grand et bien bâti.
Les traits sérieux de son visage me rappellent ceux des gardiens de ma ville. Il poursuit en me saisissant le bras me guidant vers une petite tourelle en pierre :
— As-tu oublié le protocole ?
Je regarde autour de moi et je ne vois pas d’autre bâtiment que cette tour. Je réponds alors au gardien :
— De quel protocole veux-tu parler ?
— Quel protocole ?! Mais de quelle planète viens-tu ? On doit toujours aviser de notre visite dans une nouvelle ville magique afin d’obtenir un laissez-passer pour entrer dans le mirage. Te rends-tu compte que tu aurais pu te faire repérer ?
Oh ! Oh ! Il n’est pas content !
— Il n’y avait personne autour et vous ne répondiez pas à mes cris.
— Nous ne prenons pas de chance, tu aurais pu être une humaine qui crie des absurdités.
— Des absurdités ? Si je crie que je suis une magique, il me semble que c’est assez clair non ?
— Peu importe, tu as contrevenu au règlement, je dois donc t’interroger.
— Où est la ville ? je lui demande en le suivant bien malgré moi.
— Elle n’est pas loin, ceci est l’une des tourelles pour les maîtres de l’illusion qui protègent la ville.
Il me fait entrer et je m’assois sur l’une des chaises de bois de l’autre côté d’une petite table de métal. L’intérieur de la tour est assez simple, avec ses murs de pierres et des fenêtres rectangulaires qui font presque le tour de la pièce, nous donnant ainsi une vue de 360 degrés sur l’extérieur.
— Alors ! Quel est ton nom ? D’où viens-tu et que viens-tu faire ici ?
Bon, je n’ai pas envie de perdre mon temps précieux ici, car Black se réveillera dans environ cinq heures et je veux être rendue le plus loin possible dans ma quête, alors aussi bien coopérer et répondre rapidement à ses questions.
— Je me nomme Lou, je viens de la ville magique de la forêt de Green Mountain, dans le Vermont, aux États-Unis. J’ai été élevée par des humains et récemment trouvée par des magiques ; c’est pourquoi je ne suis pas encore habituée avec vos protocoles.
— Je vois ! ceci explique tout, dit-il en m’examinant de la tête aux pieds.
Je ne réponds pas à son insulte, je suis maintenant immunisée contre les regards des magiques par rapport à mon style vestimentaire.
— Tu n’as pas répondu à la dernière question, qu’es-tu venue faire ici ?
Je ne sais pas quoi lui répondre sans éveiller des soupçons. Pense Lou, pense !
— Comme j’ai du rattrapage à faire sur ma vie de magique, j’ai voulu visiter le monde le plus rapidement possible. J’ai toujours voulu voir Londres, je trouve que c’est une bonne façon de rattraper le temps perdu.
Oh là, là, je crois que je m’en suis sortie. Merci au cours de Flicka sur la façon de démontrer de l’assurance dans une conversation, je crois que cela va fonctionner.
L’homme se lève et apporte un plat de bonbons à la gelée sur la table, en m’invitant à me servir. Je saute sur son offre, car je suis complètement affamée. L’homme se frotte le menton en me fixant intensément.
— Il y a un détail qui m’échappe, tu as mentionné que des magiques t’ont trouvée et ceux-ci te laisseraient partir de l’autre côté de l’océan, dans un monde que tu connais à peine et sans même prendre le temps de nous contacter pour nous avertir de ta présence !
Oh zut ! Je suis foutue ! Bon, je vais lui raconter n’importe quelle histoire, en espérant qu’il va me croire sur parole. Je me place le dos très droit et lui réponds de la manière la plus confiante dont je suis capable.
— Ils ont averti de ma venue, nous avons contacté le cousin de mon amie. Il habite ici dans le village. Il devait m’envoyer un transport à l’entrée du parc, comme convenu, mais personne n’est venu. C’est pourquoi je me suis avancée jusqu’ici en tentant de vous trouver.
L’homme acquiesce de la tête.
— Bien !
Ouf ! Je suis sauve.
— Mais dis-moi (oh, zut ! pas une autre question| !), quel est le nom de ce contact ?
Oh ! Oh ! Je suis prise au piège, s’il décide de le contacter pour savoir si je dis vrai, je risque de me retrouver dans le pétrin. Je décide donc de tenter le tout pour le tout. Je me concentre comme je ne l’ai jamais fait et j’utilise mon don de persuasion sur le gardien.
— Son nom c’est Archie. Tu peux me guider jusqu’à sa maison et je m’organiserai avec le reste.
— Oui, je vais faire cela et tu pourras t’organiser une fois rendue là-bas.
Je rêve ? Cela a fonctionné, il ne me pose pas de question plus précise. Ouf !
L’homme se recule dans son siège en croisant les bras derrière sa tête.
— Archie, alors ! Cela ne m’étonne pas de lui, toujours à contre-courant.
— Je ne le connais pas vraiment, mais il paraît qu’il est très connu ici ?
— Ah ! Ah ! Ah ! Connu pour ses frasques, oui !
La curiosité envahit probablement mon visage, car il se charge aussitôt de poursuivre son portrait de mon futur nouvel ami.
— Archie est tout un spécimen. Tu sais qu’il est un Achille ?
— Un Achille ?
Il me regarde en soupirant, décidément celui-ci n’est pas très patient.
— J’oublie que tu es une petite tarzanne.
— Oh ! Ça suffit avec ce mot, je l’ai bien assez entendu déjà.
— Mais c’est le terme pour un magique élevé en dehors du monde magique, c’est peu commun, heureusement !
Je ne prends pas la peine d'argumenter à son « heureusement », et je poursuis avec ma question.
— Alors, qu’est-ce qu’un Achille ?
— Un Achille c’est un caillou dans la chaussure pour nous. Un peu comme le mythe du talon d’Achille, c’est le point faible de notre société. Un Achille naît magique, mais sans don attitré. Parfois, celui-ci maîtrise un second don, mais je pense qu’Archie n’en a aucun. Il est si torturé par ce défaut qu’il a tenté de créer une potion pour obtenir un don, mais bien sûr, ceci est impossible. La conséquence a été désastreuse, il a maintenant une apparence hideuse comme s’il avait été banni.
Pauvre homme, il est maintenant doublement mouton noir, à cause de son apparence et de son absence de don.
— Parfait, alors conduis-moi à Archie, je dois le rejoindre.  
L’homme acquiesce et ouvre le chemin vers la ville.


CHAPITRE 2
« Le monde sauve les apparences au lieu de sauver la réalité. »
Salvatore Di Giovanna
LOU
Après quelques minutes de marche au travers de la forêt, nous arrivons finalement à la ville et je dois dire que je reste bouche bée ! Je m’attendais à voir une architecture comparable à la ville de Green Mountain, mais non ! Devant moi, il y a un immense château de pierres entouré d’une forteresse.
— In-cro-ya-ble!
— N’est-ce pas magnifique ? Notre ville fortifiée est l’une des plus anciennes villes magiques, mise à part Atlantide.
Je suis complètement ébahie par la beauté des détails qui ornent la cloison de pierres qui entoure la ville. Plusieurs sculptures de dieux et de déesses décorent les murs, lui donnant un air céleste. Tout autour du mur, un immense fossé nous empêche d’atteindre la porte d’entrée. J’aurais voulu entrer tout de suite et voir ce nouveau morceau de casse-tête du monde magique, mais le fossé est un obstacle à ma spontanéité.
— Euh ? Où est le pont-levis ? je demande au gardien, tout en m’approchant du ravin.
Celui-ci est très escarpé et je vois de l’eau vers le fond, un classique ! Il n’y a pas d’alligators comme on en voit dans les contes, mais il y a tout de même une créature, je vois l’eau bouger de manière irrégulière.
— Il n’y a pas de pont-levis, il y a un pont qui apparaît seulement pour les habitués de la ville.
— Alors comment vais-je me rendre de l’autre côté si je ne suis pas une habituée ?
— Tu dois passer la petite épreuve. Tu dois utiliser ton don pour parvenir à la porte.
— Mais j’ai le don d’arrêter le temps, comment peut-il m’aider ?
— Je ne peux pas te dire comment réussir l'épreuve, seule toi peux le faire. Pour trouver Archie, tu n’auras qu’à suivre la rue Principale jusqu’au bout, puis tourner à gauche, tu devrais y voir sa maison. Ne t’en fais pas, elle est difficile à manquer, elle est placardée d’avertissements.
L’homme part dans la forêt sans attendre ma réplique, me laissant seule devant ce défi.
J’approche du fossé pour me positionner juste en face de la porte, histoire d’évaluer la distance. Cela ne semble pas si loin, peut-être que je peux sauter… ou bien ?
Je regarde autour, il ne semble y avoir personne, alors pourquoi pas une petite tornade pour me transporter ? Comme je suis sur le point de déployer les vents, quelques enfants magiques de l’autre côté de la porte m’observent en ricanant. Bon, je crois que je vais devoir m’abstenir, je ne peux pas dévoiler à tout le monde que je suis une enfant de la lune, surtout pas pendant que je suis seule ici, en pays étranger.
Comment faire ? Même si je fige le temps, cela ne fera pas apparaître le pont ! Mais je me dois d’essayer.
Je passe les prochaines minutes à figer le temps, lancer des boules d’énergie, figer le temps en lançant des boules d’énergie… mais le seul résultat que j’obtiens, ce sont encore plus de rires des petits gamins qui m’observent.
— Vous pourriez m’aider au lieu de rigoler !
Les petits font signe que non de la tête. Je me penche un peu plus vers l’avant pour observer les environs, peut-être que je peux descendre et escalader l’autre paroi du fossé. Comme je me penche pour repérer la créature invisible, je me courbe un peu trop et je tombe, puis je m’écrase sur une surface dure et… Bien sûr ! Le gardien m’a joué un tour, il y a un pont, il est simplement invisible. Les enfants sourient avant de partir rapidement vers l’intérieur de la ville. Je me relève et la sensation est étrange, puisqu’il n’y a rien sous mes pieds. Je parviens tout de même à traverser de l’autre côté du pont.
La ville est incroyable avec ce petit look « anglais » qui rend tout plus distingué. La ville magique de chez nous est un peu plus petite et bien remplie avec ses rues et ses bâtiments qui partent dans tous les sens, et j’adore, mais j’avoue que les rues bien ordonnées et distancées de cette ville me réconfortent. Ce qui est particulièrement unique, c’est la diversité des couleurs. En fait, toutes les maisons sont peintes d’une couleur vive, passant du bleu royal, vert lime, rouge pompier, au jaune soleil. On pourrait se croire devant une toile de Gauguin. Il règne dans l’air une odeur différente, un peu comme celle d’une maison en pain d’épices, vous savez cette odeur qui rassure, durant la période des fêtes. Je me sens tout de suite bien dans cette ville colorée, avec les enfants qui gambadent en riant pendant qu’une musique festive guide mes pas. Malgré l’ambiance qui a tout pour me mettre de bonne humeur, il manque l’élément principal. C’est un peu comme si je reprenais mon souffle après une course folle et je suis là, au beau milieu de la rue, me demandant pourquoi j’ai osé quitter Black aussi rapidement. J’aurais pu établir un plan avec lui… l’intégrer dans cette mission risquée.
Je me ressaisis, Black en a encore pour quelques heures avant de se réveiller, je vais tenter de récupérer la pierre aussi vite que possible afin de retrouver mon amour. Je longe la rue jusqu’à un poteau en bois torsadé de rubans multicolores et sur lequel plusieurs écriteaux pointent en tous sens. Une fois la flèche pour la rue principale repérée, je suis ce chemin qui me mène directement à un canal. Cela doit être une erreur !
— Pardonnez-moi, Monsieur, je demande à un passant qui flotte sur l’air. Pouvez-vous me dire où se trouve la rue Principale ?
— C’est le canal juste ici, Mademoiselle, vous n’avez qu’à utiliser l’une des gondoles. Bonne journée ! termine-t-il en filant sur l’air à toute allure.
Un tour de gondole, on se croirait à Venise ! Je suis donc les conseils de l’homme et me dirige vers une des petites embarcations. Il n’y a pas de rame ni personne pour me conduire, alors je ne suis pas certaine de vouloir utiliser ce moyen de transport. Je m’approche du bord de l’eau et tente maladroitement d’embarquer dans la petite gondole qui bouge en tous sens.
— Est-ce que je peux vous aider ? me demande un jeune homme qui arrive, les bras chargés de pâtisseries.
Juste à la vue de son trésor, mon ventre crie famine. C'est alors que je perds l’équilibre et le jeune homme m’attrape juste à temps.
— Ce que j’essaie de dire c’est que je ne viens pas d’ici et je dois me rendre au bout de la rue Principale, pouvez-vous m’aider ?
J’espère que je n’aurai pas à payer pour cela, car excepté la monnaie d’humains, je n’ai rien sur moi. C’est la conséquence d’être partie de l’autre côté de l’océan sans avertir mon mécène !
— Certainement, vous avez devant vous un chauffeur de gondole accrédité et comme vous êtes de l’extérieur et que je me sens généreux aujourd’hui, je veux bien vous conduire où vous voulez, Mademoiselle.
C’est mon jour de chance !
— Alors, où voulez-vous aller exactement ? me demande-t-il en m’aidant à prendre place à bord de la gondole.
— Je dois me rendre au bout de la rue Principale, chez Archie, vous le connaissez ?
Le garçon pouffe de rire en recrachant une bouchée de son croissant.
— Le fou ? Tout le monde le connaît ! Que voulez-vous aller faire là-bas ?
— C’est un parent éloigné.
Il me regarde d’un air incrédule, mais à mon grand soulagement, il n’en demande pas plus.
— Voulez-vous un beignet ? Vous semblez affamée à la façon dont vous lorgnez chacune de mes bouchées. En plus, vous devez goûter celui-ci, c’est la spécialité de la ville : un beignet fourré au gâteau au fromage et une garniture à la barbe à papa.
Il ne prend pas le temps d’écouter ma réponse, et le met directement dans ma bouche.
— Incroyable ! je lui réponds, la bouche pleine.
— Alors, Mademoiselle, allons chez Archie !
Le jeune homme se lève et en agitant les bras, une vague passe derrière la gondole nous poussant doucement dans le canal. Je comprends qu’il est du signe de l’eau, ce qui est parfait pour effectuer ce travail. La balade est douce, me laissant le temps d’observer l’architecture singulière de la ville. De plus, je me rends compte que la plupart des rues sont des canaux et je trouve cela génial.
— Avez-vous envie de vous amuser un peu ? ricane l’homme en me lançant un deuxième beignet pour mon plus grand plaisir.
— Oh oui ! je lui réponds.
Aussitôt, il agite les mains plus intensément et une plus grande vague déferle sous le petit bateau, nous poussant rapidement plus loin dans le canal. L’homme bouge les bras comme un chef d’orchestre et la gondole surfe littéralement de droite à gauche, suivant les mouvements de ses bras comme une luge de bobsleigh. Le vent dans mes cheveux et les milliers d’odeurs sucrées qui m’envahissent me permettent de suspendre le temps pour un instant, savourant ce moment de folie. Après quelques courts instants, l’embarcation s’immobilise, là où le canal s’arrête. Le jeune homme débarque et m’aide ensuite à mon tour.
— C’est juste là ! Vous voulez que je vous attende ? me demande-t-il, tout en pointant un petit chemin de terre menant dans un boisé.
— Non, non, ça va, je vais me débrouiller. Merci beaucoup pour le transport, c’est très gentil !
L’homme embarque à nouveau et part aussitôt, en m’envoyant la main.
Je reprends mon souffle après la balade en gondole, tout en me dirigeant vers le petit sentier. Plus j’avance, plus je me rapproche d’un terrain d’où une maison se dégage. La scène est tellement en contraste avec tout ce qu’on peut apercevoir dans le reste de la ville. Si tout est couleur et joie dans la forteresse, ici tout est sombre et triste. La bâtisse est digne d’un film de Tim Burton avec cette allure délabrée. Il pourrait y avoir un nuage et des éclairs au-dessus de la maison, je n’en serais pas surprise. Cet Archie est décidément un ermite et il ne fait rien pour aider sa situation, en laissant sa maison décrépir ainsi. En m’approchant un peu plus, je peux apercevoir de nombreux écriteaux étalés un peu partout sur le terrain et la bâtisse. Ceux-ci portent des inscriptions telles que : « Prenez-garde », « Interdiction de passer » ou « Terrain privé ». Je ne me conforme pas aux conseils de ces écriteaux et j’avance directement vers la porte d’entrée. Sur celle-ci se trouve une sorte de gargouille en heurtoir de porte. Je la saisis et la frappe sur le bois défraîchi de toutes mes forces. Celle-ci prend vie et hurle :
— Personne n’entre ici !
Je suis stupéfaite et je ne sais trop si je dois lui répondre. Est-ce que cette chose est vivante ? S’agit-il d’une créature, ou bien tout simplement d’un objet magique ? Je tente ma chance et m’approche de celle-ci en murmurant :
— Je dois parler à Archie.
Le heurtoir reste sans vie et sans réponse. Je le saisis donc à nouveau le frappant contre la porte un peu plus fort que la première fois et la créature me mord la main.
— Outch !
— Personne n’entre ici ! me répète-t-elle à nouveau, mais en grognant cette fois.
Bon ! Ce n’est pas la peine que j’essaie par la porte d’entrée, je vais devoir essayer par une autre porte. En redescendant du balcon, une des marches se décloue et me catapulte au sol. On croirait un système de défense.
Oh ! Ça ne se passera pas comme ça ! Je fais précautionneusement le tour de la maison, cherchant une autre façon d’entrer, tout en vérifiant le sol, comme s’il pouvait être miné. À l’arrière de la demeure, il y a un autre petit balcon avec une porte, je me dirige vers elle à la hâte, tout en vérifiant à tâtons la première marche qui semble être bien fixée. Probablement qu’Archie ne s’attendait pas à recevoir quelqu’un d’aussi motivé que moi à le rencontrer et il n’a pas prévu de piège pour l’arrière de sa maison. Maintenant, j’espère que la porte n’est pas verrouillée.
C’est ma chance, elle ne l’est pas. J’ouvre doucement la porte en entrant sans faire de bruit. Autour de moi, il y a de multiples étagères remplies de pots de verre contenant des choses étranges et indescriptibles. J’avance doucement, tentant de ne pas faire trop de bruit.
Soudainement, j’entends un cri strident et quelque chose atterrit directement dans mes cheveux, les agrippant et les tirant vers le haut. Mais qu’est-ce que c’est ?
— Lâchez-moi ! je crie de toutes mes forces.
Je parviens alors à me retourner légèrement, mais suffisamment pour apercevoir la créature qui me tient en otage. Au-dessus de ma tête, il y a un singe volant. Oui, un vrai de vrai singe volant, comme dans Le Magicien d’Oz. Il n’est pas très grand, plutôt de la taille d’un capucin avec des ailes de chauve-souris et il s’en donne à cœur joie dans mes cheveux, me tirant vers la pièce principale en poussant un cri insupportable.
— Tiens, tiens, que m’as-tu ramené là, Loco ? demande une voix rauque. Amène-la-moi.
Le singe couine et m’entraîne rapidement vers l’homme qui se trouve dans l’ombre. Sans crier gare, celui-ci me lance un filet au même moment où le singe me relâche au sol.
— Mais qu’est-ce que ?…
— Ne te débats pas pour rien, ceci est un filet pour bloquer tes pouvoirs et te maintenir au sol.
Je relève les yeux pour voir son visage. Archie est un homme dodu, bossu, aux dents pointues et aux cheveux blancs clairsemés, mi-longs et gras. Il porte des lunettes, ce qui n’arrive jamais à un magique, et il est vêtu d’une sorte de sarrau blanc de scientifique, troué et sale.
— Oh ! La potion ! Allez viens, Loco. Il me laisse là, en plan, pendant qu’il court vers une table de métal où trônent des alambics et des marmites fumantes.
— Alors, où en étais-je ? Ah oui ! La fleur de lotus.
Il saisit la fleur blanche et la dépose dans l’une des marmites, puis verse le contenu dans un gobelet en bois, qu’il avale aussitôt. En toussotant, il crache un jet de feu, puis s’éponge le front. Il se penche et relève son long sarrau en contemplant ses jambes maigres qui contrastent avec son ventre bedonnant. Il jette alors le gobelet sur le mur en hurlant.
— Ce n’est pas cela ! Quelle est mon erreur ? Pourquoi je n’y arrive pas ?
Il saisit son visage en tirant sur ses traits et en se tapant ensuite sur la tête avant de répéter :
— Pourquoi je n’y arrive pas ?
— Peut-être que je peux vous aider ? je lui demande.
Il fait les cent pas dans la salle sans me regarder.
— Je n’ai pas le temps de m’entretenir avec toi, je dois trouver. Il farfouille ensuite parmi tous les pots de verre entourant la grande pièce, cherchant je ne sais quoi.
— Je peux t’aider Archie, je lui dis, cette fois de manière plus familière.
Il laisse tomber le pot qu’il tenait, celui-ci éclate en mille morceaux sur le sol.
— Comment connais-tu mon nom ?
— Je suis une amie de ta cousine, Gertrude.
— Ah ! C’est Charles qui t’envoie ? Je lui ai dit que je n’avais pas le temps.
Il fait encore les cent pas et poursuit :
— Je n’ai pas le temps, pas le temps du tout.
— Et si je te disais que je peux t’aider ?
— Tu ne peux pas m’aider, c’est impossible !
— Dis-moi toujours, on verra bien.
— À moins que tu aies des pouvoirs extraordinaires, je doute que tu ne puisses m’aider.
— Aïe !
Le singe me lance des cailloux au travers du filet.
— J’ai des pouvoirs extraordinaires, je peux te les montrer si seulement tu arrêtes ce singe fou, je lui réponds, toujours en tentant d’esquiver les cailloux.
Archie s’immobilise, puis vient auprès de moi et s’agenouille au sol.
— Loco ça suffit, laisse-la parler où je te prive de tes bananes.
Le singe hurle et vole jusque sur le dessus d’une tablette à l’autre bout de la pièce.
— Alors de quel pouvoir on parle exactement ? Serais-tu… ?
Il place la main sur sa bouche, très excité tout d’un coup, puis il reprend son souffle avant de poursuivre :
— Un maître de potion ?
— Non, mais…
— Alors tu ne me sers à rien, me coupe-t-il en se relevant.
Je ne sais pas quoi faire… est-ce que je dois lui dire ou non ? En même temps, le temps presse et s’il voit mes pouvoirs, il va très certainement vouloir me guider à ses précieux magiques noirs.
— Je suis une enfant de la lune, je lui crie, avant de changer d’idée.
— Comment ? C’est impossible, ne te joue pas de moi petite femme, j’ai déjà toléré ta présence dans MA maison trop longtemps.
— Je ne te mens pas, je suis vraiment une enfant de la lune et si tu me laisses la chance, je vais te le prouver.
Archie ne répond pas, il reste là à fixer le néant comme s’il essayait de se demander quelle est la bonne chose à faire. Le singe vole jusque sur son épaule et me lance à nouveau un caillou comme si celui-ci voulait faire comprendre à son maître ce qu’il serait mieux de faire.
— OK, je veux bien te laisser me montrer cela, mais je t’avertis : si tu me mens, ou si tu essaies de détruire ma maison, j’enverrai mes amis magiques noirs à ta poursuite.
Le singe se cache les yeux, découragé par son maître.
— D’accord !
L’homme repousse le singe et retire le filet qui se trouve sur moi, sans toutefois m’aider à me relever. Il se croise les bras et attend ma démonstration en toussotant.
Et si je me vengeais un peu de ce nabot de macaque. Comme s’il avait compris mon regard insistant sur lui, il part à voler vers le fond de la pièce. Je pousse alors l’air en sens contraire, ce qui force la bête à revenir vers nous.
— Bon, très bien tu es du signe de l’air, cela ne prouve en rien que tu es une enfant de la lune.
Je ne prends pas le temps de répondre au commentaire d’Archie, je me contente de poursuivre ma démonstration en envoyant une petite boule de feu sur la queue du singe qui crie en volant en tous sens. J’envoie sans plus tarder de la pluie sur la queue de mon nouvel ennemi, pour éteindre la flamme, et je termine le tout en le figeant en plein vol sous les yeux ébahis d’Archie.
— Je n’en reviens pas ! C’est incroyable ! Pourquoi Charles ne m’a pas dit cela tout de suite, je lui aurais dit de t’envoyer sur-le-champ !
Le singe se défige et retombe comme une roche sur le sol avant de se secouer et d’aller se cacher sous une étagère.
— En fait, s’il savait que je t’ai dit cela, il m’en voudrait. Tu vois, cela doit rester entre nous, si l’on se comprend bien ?
— Euh, oui… peu importe, mais dis-moi, pourquoi as-tu besoin de moi ?
— Je dois me rendre chez les magiques noirs dès que possible.
— Pourquoi ? As-tu envie de mourir ?
— Disons qu’ils ont un objet qui est important pour moi afin de retrouver la Table d’émeraude et je crois que tu représentes une bonne porte d’entrée vers eux.
— C’est vraiment fou ce que tu me demandes ! Es-tu consciente de l’endroit où tu veux aller ?
— Je sais, c’est dangereux, mais je n’ai pas d’autres options. Alors je suis désolée d’être entrée dans ta maison comme cela, mais tu ne répondais pas à la porte.
— Je ne réponds jamais, c’est souvent des enfants qui se moque de moi.
— Oh ! Je suis désolée.
— Bah ! Ne le sois pas, je préfère de loin être seul, alors ils peuvent bien raconter ce qu’ils veulent sur mon compte, tant que cela les éloigne de chez moi, c’est parfait. Dis-moi, tu as faim ? me demande Archie qui est beaucoup plus enthousiaste qu’à mon arrivée.
— J’ai toujours faim !
— Parfait, alors suis-moi à la cuisine, je vais tenter de trouver quelque chose de potable pendant que nous préparerons notre plan.
— Notre plan ? je lui demande en le suivant au travers des rangées d’étagères.
— Oui, celui pour te faire entrer chez les magiques noirs.
Nous arrivons dans une autre pièce, en fait c’est difficile à déterminer, puisqu’elles sont aussi encombrées les unes que les autres. Archie tire une chaise et me fait une petite place à la table en déplaçant quelques bouquins et éprouvettes.
— Alors, voici ce que j’ai de plus royal à offrir à quelqu’un d’aussi extraordinaire qu’une enfant de la lune.
Il verse un sac de miniguimauves dans un bol qu’il remplit de crème chantilly et il arrose le tout d’une sauce au chocolat.
— C’est parfait, merci ! Je prends une bouchée et je regarde partout autour de moi. Pourquoi toutes ces choses, Archie ?
— Ah ! souffle-t-il. C’est compliqué, mais si je te montrais plutôt ?
J’acquiesce en avalant une autre immense bouchée.
— D’accord, alors laisse-moi préparer le nécessaire, je reviens dans quelques minutes.
— Loco, tu laisses mon invitée tranquille, est-ce qu’on se comprend ? dit-il à son petit ami poilu qui est venu se poser sur le bout de la table, juste en face de moi.
Archie sort de la maison, me laissant seule avec Loco. Je mange en le fixant et surveillant ses moindres gestes, de peur qu’il ne me lance à nouveau quelque chose. La petite bête suit ma main à chaque bouchée que je prends.
— Tu as faim ?
Il montre les dents comme ces petits singes qu’on voit dans les films comiques.
— Viens ici, je vais te donner une guimauve, si tu es sage cette fois.
Le singe s’envole et atterrit juste en face de moi en tendant doucement la main. J’y dépose une guimauve qu’il mange aussitôt et tend la main à nouveau. Nous continuons ce petit jeu jusqu’à ce qui ne reste plus de guimauves du tout. Le singe se met à s’énerver en lançant le plat… Sale bête ! Il vole en tous sens et lance tout ce qu’il trouve, comme s’il était possédé.
— Mais tu es complètement fou ! Arrête !
Je me lève et saisis la première chose que je trouve pour parer les objets qui fusent en tous sens. Mon bouclier de fortune est en fait un cadre contenant une photo sur laquelle un jeune homme blond, assez beau, porte un uniforme de marin et pose fièrement.
— Mais que se passe-t-il ici ? Loco ! Ça suffit !
Archie saisit le filet qui avait constitué ma cage un peu plus tôt et le lance dans les airs, capturant le singe en plein vol, le forçant à atterrir au sol.
— Que lui as-tu fait ?
— Rien, j’ai juste voulu être gentille et lui partager mon repas.
— Ah ! Les xiao ne doivent pas manger de sucre, cela les rend fous. Nous allons devoir le laisser sous ce filet le temps qu’il reprenne ses esprits.
— C’est quoi des xiao ?
— Ce sont des singes volants de la Chine. J’ai récupéré celui-ci lors d’un voyage. En fait, il est entré dans un de mes bagages et je me suis rendu compte de sa présence que lorsque celle-ci bougeait en tous sens, après qu’il ait mangé une palette de chocolat qui s’y trouvait. Il est très gentil normalement, il n’est juste pas habitué aux visiteurs.
J’ai de la difficulté à croire qu’il puisse être gentil, mais je me sens quand même fautive de lui avoir causé cet état en lui offrant des guimauves.
— Qui est-ce sur cette photo ? je lui demande en lui montrant le cadre qui me servait de protection.
Je vois le malaise sur son visage lorsqu’il récupère rapidement le cadre.
— C’est moi… il y a longtemps.
Je regarde la photo, puis lui, et j’ai de la difficulté à le croire.
— Suis-moi, je vais tout t’expliquer.
Nous sortons de la cuisine et il me tend une poche remplie de poissons, pendant que lui en saisit deux. Je ne lui demande pas la raison, je me contente de le suivre. Il ouvre une petite porte de bois grinçante qui donne sur une sorte d’ascenseur étroit. Nous entrons et il appuie sur un bouton qui amorce notre descente, celle-ci me paraît interminable.
— Où allons-nous ?
— Nous sommes presque arrivés, sois patiente.
L’ascenseur s’immobilise et la porte s’ouvre sur une sorte de grotte humide.
— Où sommes-nous ?
— Ici, ma chère… il se tourne vers moi. Oh, je ne sais même pas quel est ton nom !
— C’est Lou.
— Alors, ici Lou, c’est mon travail et toute ma vie. Suis-moi !
Il avance dans la grotte jusqu’à une ouverture sur l’extérieur. Si je peux me repérer, nous sommes dans le bas du canal qui entoure la forteresse de la ville… exactement là où il semblait y avoir des créatures. Je regarde les poissons et je comprends qu’il fait le même travail que moi à l’écurie.
— Alors, c’est toi qui nourris les animaux ? Je fais le même travail que toi dans la ville d’où je viens.
— Ce ne sont pas des animaux… en fait, pas tous, me répond-il aussitôt d’un ton insulté.
Mais qu’y a-t-il donc au fond de cette eau ? Archie ouvre les sacs de poissons et semble faire le tri en plongeant ses bras au fond du sac pour ressortir quatre ou cinq des plus gros d’entre eux, qu’il dépose sur une petite table.
— OK, tu peux verser le sac, mais ne mets pas tes mains dans l’eau.
Je suis son conseil et déverse le contenu dans le canal. Aussitôt, de grosses bulles remontent à la surface et cinq têtes en ressortent. Les créatures sont hideuses, un mélange très étrange. Elles ont une sorte de tête de poisson avec des traits humanoïdes, garnie de crinières de lion aux couleurs variant du bleu, au vert ou au mauve. Leur torse ressemble à celui d’un humain et le bas de leur corps comporte une queue de poisson assortie à leur crinière.
— Est-ce qu’ils sont une espèce de sirène ?
— Oui, ce sont des merrows. Ils viennent de l’océan près des côtes de l’Irlande. Ceux que tu vois sont des mâles. Ils détestent les humains et ils tolèrent ma présence simplement parce que je les nourris. Un merrow a normalement un chapeau de plume rouge qui lui permet de marcher sur terre pour retourner à l’océan. Sans leur chapeau, ils sont pris au piège ici. Les habitants de cette ville les collectionnent et conservent leur chapeau pour les maintenir prisonniers.
J’en ai le souffle coupé. Les apparences sont tellement trompeuses : les habitants de cette ville peignent leurs bâtisses de toutes les couleurs, emplissent les rues de musique festive, mais se moquent bien du pauvre Archie qui semble si aigri par sa maison décrépie et son allure. Mais au fond, c’est lui le plus empathique et le moins cruel. Les merrows finissent de manger le poisson en deux instants et ils poussent alors un cri strident vers Archie. Leurs cris ressemblent drôlement à ceux de Chewbacca dans Starwars et cela me fait bien rire.
— Pourquoi ris-tu ?
— Oh rien, je suis juste contente de pouvoir faire cela.
Il verse le reste du contenu de ses sacs dans l’eau et une fois qu’il a terminé, les merrows s’en vont plus loin dans le canal.
— Alors, que voulais-tu m’expliquer en me montrant cela ?
— Attends quelques instants.
Quelques petites bulles font surface et une magnifique jeune femme sort juste après. Elle a les cheveux bruns, parfaitement ondulés, et des traits délicats. Elle porte un bikini, mais pas le bas ! Elle a une queue de poisson elle aussi !
— Une autre sorte de sirène ? je lui demande.
— Non, c’est une merrow aussi, les femmes sont juste complètement… différentes. Ses yeux brillent comme des boules de cristal lorsqu’il la regarde.
— Qui est-ce Archie ? demande la merrow d’une voix mélodieuse, mais inquiète.
— Oh, ma chérie, je te présente Lou, notre espoir.
Ma chérie ? Notre espoir ? Je me demande de quoi il parle.
Il s’approche de l’eau et caresse doucement la joue de la jeune femme comme s’il s’agissait du plus précieux des trésors. Je ne peux m’empêcher de penser à Black en regardant cette scène.
— Lou, je te présente ma femme, Elola.
— Ta femme !?
— Oui, ma femme, assieds-toi et laisse-moi te raconter notre histoire, tu comprendras mieux certaines choses.
Je prends place à ses côtés, près de l’eau, pendant qu’il donne les plus gros poissons qu’il avait mis de côté à Elola. Celle-ci les déguste en écoutant son mari me raconter leur histoire.
— Tu vois, j’ai cent ans Lou, et comme j’étais un Achille, mes parents m’ont rejeté et m’ont abandonné au début de mon adolescence, lorsqu’ils se sont rendu compte que je n’avais aucun don. Nous vivions dans un village magique d’Irlande et ce n’était pas bien vu pour mes parents. Comme je n’avais pas d’endroit où aller et que je ne valais pas mieux qu’un humain aux yeux des miens, j’ai décidé de me mêler à ceux-ci pendant un certain temps ; de toute façon, ils ne voyaient pas la différence, je n’avais aucun pouvoir. Il fallait simplement que je change d’endroit le plus souvent possible pour éviter de montrer que je ne vieillissais pas comme eux. J’ai fait le tour du monde, c’est comme cela que j’ai trouvé Loco, il y a cinquante ans environ. J’ai dû utiliser des anneaux de mirage pour cacher ses ailes, car le petit démon ne voulait pas me quitter. Je me suis ensuite enrôlé dans la marine, ils m’ont même permis de garder Loco, qui était un peu la mascotte du groupe. Un jour, je suis parti faire un tour en voilier, seul, et je suis tombé sur Elola qui était prise dans un filet de pêcheur. Heureusement que c’est moi et non un humain qui l’ai trouvée. Normalement, les merrows se tiennent loin de la vue des humains.
— Un groupe des miens m’avait pourchassée et je me suis prise dans ce filet par inadvertance. Mais mon amour m’a trouvée, dit Elola, en caressant à son tour la joue de son mari.
Archie donne un baiser sur la tête de son amoureuse et poursuit son histoire.
— Nous sommes devenus amoureux dès le début, mais bien sûr, ce n’est pas évident puisque je ne suis pas moitié poisson comme elle. Par contre, les merrows ont le pouvoir de se déplacer sur la terre lorsqu’ils portent leur chapeau, et ce, pendant une courte période de temps. Nous profitions de chaque instant ensemble. J’ai quitté le monde des humains pour vivre près d’elle sur mon voilier. Nous avons parcouru les mers pendant plusieurs années et nous nous sommes mariés à la façon humaine, sur une plage à Hawaï. Tout était parfait, mais, il y a environ vingt ans, un magique chasseur de créatures a réussi à contrôler ma douce et l’a capturée sans que je ne puisse faire quoi que ce soit. J’ai réussi à la retrouver par la suite. Les magiques noirs l’avaient achetée et ils l’avaient donnée à cette ville magique en guise de traité de paix, comme ils font souvent des affaires ensemble. Les magiques noirs ont gardé son chapeau rouge, elle est donc prisonnière ici. Je me suis ensuite fait embaucher par la ville, prétextant que j’étais un expert en merrows, ce qui est le cas. Ils m’ont laissé cette maison.
— C’est tellement injuste. Pourquoi n’as-tu pas expliqué la situation ?
— Les créatures ne sont pas considérées comme nos égaux dans le monde magique, Lou, tu le sais bien.
— Oui et je ne suis pas d’accord avec cela du tout. Et pourquoi tu ne demandes pas le chapeau aux magiques noirs ?
— Lou, cela briserait leur accord avec la ville magique. Et je ne peux pas non plus aller le voler, ils ne me laissent pas entrer. Je me suis donc allié avec eux, je suis un peu leur commissionnaire entre la ville et eux. Je guette leurs moindres faits et gestes, attendant d’avoir l’occasion de récupérer le chapeau.
— Et pour ton apparence ? je lui demande, tu n’as pourtant pas été banni.
— Non, je n’ai pas été banni. En fait, j’essaie depuis vingt ans de trouver une potion qui me donnera la capacité de me transformer en merrow à mon tour. Malheureusement, ce n’est pas possible et les nombreux essais ont donné cela, dit-il en se pointant.
— Mon amour, ce n’est pas important de quoi tu as l’air, c’est ce qu’il y a ici qui compte pour moi, dit Elola en touchant le cœur d’Archie.
Je me lève d’un bond.
— Je vais t’aider, guide-moi auprès des magiques noirs et j’irai récupérer le chapeau d’Elola.
— Mais comment vas-tu y parvenir ?
— Elle est une enfant de la lune, ma belle. Désolé, Lou, je sais que tu ne voulais pas que j’en parle, mais elle doit comprendre pourquoi tu es notre espoir.
— Non, ça va Archie, je lui fais confiance.
— Tu vas vraiment faire cela pour nous ?
— Oui, je dois me rendre chez les magiques noirs, alors c’est un échange de service.
— Je ne pourrai pas te guider jusqu’à l’intérieur, car comme je te l’ai dit, ils ne me laissent pas entrer. Mais dans environ trois heures, ils organisent leur banquet bisannuel et je peux te faire entrer à ce moment-là. Je crois que c’est le destin qui nous offre cette chance, tu arrives ici exactement la journée de ce banquet. Par contre, nous allons devoir revoir ton look.
— Qu’est-ce qu’il a mon look ? je lui demande en me regardant moi-même.
— Tu n’as juste pas le look qu’il te faut. Fais-moi confiance.
— Alors, dépêche-toi d’aller lui créer son look, mon chéri.
— D’accord, à bientôt mon amour ! Et les deux s’embrassent.
— Bonne chance, Lou, et merci de faire cela pour nous, dit Elola qui part ensuite en nous laissant remonter par l’ascenseur.
— Je suis vraiment peinée de tout ce qui t’arrive, Archie, et je vais faire tout en mon pouvoir pour vous aider.
— Merci, Lou, c’est très apprécié.
Nous partons ensemble vers Londres. Archie dit qu’il a un contact là-bas, qui peut m’aider avec mon look.


CHAPITRE 3
« On compare parfois la cruauté de l’homme à celle des fauves, c’est faire injure à ces derniers. »
Fiodor Dostoïevski
LOU
Londres est magnifique ! Même si j’aimerais pouvoir visiter, je me rapproche de mon but et Black se réveillera d’ici deux ou trois heures, alors je n’ai pas envie de perdre mon temps à faire du tourisme.
— Il faut que je t’explique comment les magiques noirs fonctionnent, Lou, me dit Archie en m’invitant à prendre place sur un petit banc de pierre dans un parc peu achalandé.
— Tu vois Lou, les humains ont des légendes avec ces fameux vampires. Leurs légendes s’inspirent de faits bien réels. Les magiques noirs ne s’alimentent pas que de sucre, vois-tu ? En fait, ils utilisent aussi… le sang. Plus précisément le sang de jeunes femmes humaines.
— Je croyais que les magiques ne pouvaient pas avoir un quelconque lien avec les humains ?
— Mais, d’où sors-tu ?
— C’est une longue histoire, mais pour abréger, j’ai été élevée par des humains et je n’ai découvert que très récemment que j’étais en réalité une magique. Il y a un mois, je ne connaissais pas du tout votre monde.
Archie se recule sur le banc en se frottant le menton
— Cela explique beaucoup de choses finalement. C’est pourquoi tu es si différente. Jusqu’à maintenant, Lou, personne ne m’avait accordé de l’attention et de la compassion comme tu l’as fait.
— Alors pour les magiques noirs ?
— Bon, je vais essayer d’être plus précis, puisque tu sembles ne rien connaître.
— Hé !
— Alors, les magiques ont le droit de côtoyer les humains par affaires, mais ils ne peuvent pas les inclure dans leur vie privée, c’est trop difficile de cacher leur identité dans le quotidien. Si les magiques se mêlent aux humains par affaires, ils doivent changer d’endroit après un certain temps, s’ils se font trop remarquer, puisqu’ils ne vieillissent pas.
C’est triste de l’entendre parler des magiques à la troisième personne, il ne s’inclut pas, puisqu’il ne possède pas nos capacités. Pas étonnant qu’il ait voulu se mêler aux humains ou devenir un merrow.
— Les magiques noirs ont décidé de faire l’inverse des magiques et de se mêler au lieu de s’éloigner. Tout cela pour provoquer les autres magiques. Ils occupent quelques bureaux à travers Londres, mais toujours dans l’ombre de leur communauté. Ils ont l’air d’hommes et de femmes d’affaires, mais crois-moi, tu ne veux pas connaître les affaires qu’ils brassent réellement. Tu vois, ils ont conclu un accord avec le comité, puisqu’ils sont incontrôlables et que le comité veut toujours tout contrôler.
Je ne peux m’empêcher de me mordre les lèvres en pensant à Black et ce contrôle qu’il veut imposer.
— Bref, le conseil leur a donné le droit d’utiliser les humains comme ils l’entendent, pourvu qu’ils ne laissent pas de traces et qu’ils ne fassent rien aux magiques. De plus, aucun membre du conseil, sauf le magique noir qui en fait partie, n’est admis dans les quartiers des magiques noirs, sous peine de briser le traité. En échange, les magiques noirs se tiennent tranquilles et ne causent pas de torts aux autres villes magiques.
J’ai le tournis et le cœur qui remonte dans ma gorge. Je me lève et je titube en avançant en diagonale… Black ! Pourquoi les laisses-tu faire leurs horreurs aux humains ? Tout d’un coup, j’ai l’impression de ne plus être dans mon corps, comme si je voulais me déconnecter de tout ceci.
— Ça va, Lou ?
— Pourquoi haïssent-ils les humains, que leur ont-ils fait au juste ? Pourquoi les membres du conseil ne sont-ils pas intervenus ?
— Écoute Lou, tu vas devoir laisser un peu de ton empathie de côté si tu veux survivre plus de cinq minutes avec les noirs. Le conseil a tenté pendant longtemps de les empêcher et crois-moi Lou, il y a eu des périodes beaucoup plus sombres où les magiques noirs tuaient magiques et humains sans scrupule. C’est la seule solution qu’ils ont trouvée pour les contenir. La seule, crois-moi, et cela me peine de te le dire. Je me suis attaché aux humains pendant les années que j’ai vécu avec eux. Je pense comme toi, mais parfois quelques gouttes de sang doivent couler pour éviter l’hémorragie.
— Je ne suis pas d’accord et, crois-moi, je vais trouver cette Table d’émeraude et il n’y aura plus d’injustice.
Archie approche de moi et me saisit les épaules en me relevant.
— Tu mérites d’être celle qui aura le pouvoir de nous sauver Lou, ton âme est pure, mais n’oublie pas que dans tout combat, il y a forcément une perte d’un côté comme de l’autre.
— Alors, continue ton explication qu’on en finisse.
— Comme je te disais, ils utilisent le sang des jeunes humaines, non pas pour se nourrir, mais pour avoir accès aux pouvoirs obscurs.
— Pouvoirs obscurs ?
— Oui, comme tu le sais, les magiques ont des pouvoirs bien déterminés reliés aux cinq éléments, mais il existe aussi des pouvoirs plus sombres, accessibles seulement lorsque des magiques noirs volent l’essence de vie de jeunes âmes pures.
— De quels pouvoirs parles-tu exactement ?
— Eh bien, il y a la possession, quand l’âme d’un magique noir peut entrer et contrôler le corps d’une âme pure. Il y a aussi l’invocation, qui permet de faire appel à une âme damnée et finalement, maîtriser les runes, cela permet de conjurer des sorts très puissants à l’aide de symboles.
Les runes… comme dans la grotte de Clo avec le sorcier qui a tué tout son village. Cela veut dire qu’un magique noir a brisé le traité, ce n’est pas bon du tout.
— Mais très peu de magiques utilisent ces pouvoirs, car tu ne peux utiliser l’essence, qui est le sang, que pour un pouvoir par grande consommation. Comme les magiques noirs doivent se restreindre dans leurs enlèvements d’humains, le prince noir a limité la consommation au minimum. Et s’il y a un pouvoir qui attire les noirs plus que tout, c’est la vie prolongée. Ils peuvent concentrer l’essence pour augmenter leur espérance de vie. On dit que le prince a plus de deux mille ans.
— Alors, comment vais-je pouvoir entrer dans leur petit groupe ?
— Voilà, tu vois le pub de l’autre côté de la rue ?
J’acquiesce en admirant le superbe bar d’allure ancienne qui est juste devant nous.
— Eh bien, aux yeux des humains, il s’agit d’une poissonnerie peu ragoûtante. Les maîtres de l’illusion qui la gardent créent une illusion et émettent une odeur qui repousse les humains. À l’intérieur de ce pub, qui est en fait une ancienne salle de spectacles, se déroule la sélection.
— La sélection ?
— Oui, certains magiques noirs, appelés les chasseurs, se promènent dans le monde pour trouver de jeunes femmes sans trop d’attaches. Les chasseurs sont souvent très charismatiques et attirent les filles avec leurs charmes. Une fois qu’ils gagnent leur confiance, ils apposent une rune sur leur épaule. Le Raidho qui est une sorte de « R » qui permet de contrôler la victime. La jeune femme tombe sous l’emprise du chasseur et obéit à toutes ses commandes. Pour les récompenser, le Prince leur donne plus de rations de sang que les autres magiques noirs, leur permettant ainsi d’utiliser plusieurs pouvoirs. Ils peuvent aussi disposer de leurs victimes pour tous leurs petits plaisirs, tant qu’ils les gardent en vie et en santé pour nourrir la communauté. Lorsque la jeune femme vieillit et que son sang perd de son efficacité, ils détruisent les preuves.
— Tu veux dire… qu’ils les tuent ?
— Crois-moi, la mort est une délivrance pour ces femmes, car même si elles sont contraintes d’obéir aux ordres, elles sont pleinement conscientes.
Je me demande si Black est au courant de tous ces détails. Il ne peut pas être pleinement conscient de toute cette souffrance et fermer les yeux.
— Je ne vois toujours pas comment tu vas me faire entrer dans cet enfer.
Archie essuie ses mains sur sa chemise et marmonne de manière inintelligible.
— Je n’ai rien compris, qu’as-tu dit ?
— J’ai dit que nous allons te faire passer pour l’une des jeunes femmes.
— Pardon ?! Il y a un million de raisons qui font que cela ne peut pas fonctionner. Tu n’es pas un chasseur, je suis une magique et non une humaine et il n’est pas question que je devienne un de leurs jouets de sadiques !
— J’ai mon plan Lou, les chasseurs emmènent toujours plusieurs candidates pour le banquet de sélection. Les magiques votent ensuite pour les dix candidates qu’ils souhaitent conserver et les autres sont jetées dans la rue avec un sort d’oubli et un effacement de rune. Je vais recréer la rune sur ton épaule et tu vas te faire passer pour une humaine, ce ne sera pas difficile, tu es probablement plus humaine dans l’âme que magique. De plus, j’ai un contact que j’ai appelé tantôt lorsque je suis allé chercher le poisson, elle me doit plusieurs services et je lui ai demandé de s’occuper de te préparer sans poser de questions. Pour ne pas compromettre la marchandise, les magiques noirs utilisent des magiques normaux pour préparer les filles. Le plus important pour toi, c’est que tu te fasses choisir.
— Et comment dois-je faire une chose pareille, si je suis censée être sous l’emprise de la rune ?
— Tu dois afficher un air naïf, apeuré légèrement, et fragile. Tu as de la chance, ils préfèrent de loin les blondes. La seule chose que tu n’aimeras pas, c’est la rune.
— Et pourquoi cela ?
— Je dois la brûler sur ta peau pour qu’elle ressemble le plus possible à celle des chasseurs. Heureusement, j’ai pu observer le symbole pendant toutes ces années, alors je vais être en mesure de le reproduire.
— Vas-y ! je lui réponds en remontant ma manche sans réfléchir, de peur de changer d’idée.
Archie me regarde l’air étonné, il s’attendait certainement à de la résistance de ma part.
Il sort une sorte de petite baguette métallique de sa poche et, en la secouant, celle-ci devient rouge à l’extrémité. De sa main droite, avec un feutre qu’il avait déposé sur le banc, il trace le symbole sur mon épaule. Puis, sans plus attendre, il appuie la baguette après s’être assuré que nous étions seuls. Je mets ma main sur ma bouche, me mordant les doigts en essayant de retenir un cri de douleur. Comme je suis un peu gaffeuse, je suis plutôt habituée à la sensation de brûlure, mais pas de manière aussi prolongée.
— Voilà, j’ai essayé d’y aller le plus rapidement possible. Mais je peux te dire que la mission a réussi, la rune est parfaite.
Je regarde le résultat qui est déjà cicatrisé, probablement grâce à cette baguette.
— Bon, si on allait voir ton contact, je dois me changer les idées pour ne pas penser à cette douleur.
— Tu es vraiment courageuse, Lou ! Je ne pourrai pas t’aider de l’autre côté, lorsqu’ils t’auront emmenée avec eux, alors tu devras improviser à partir de là. Crois-tu que tu y arriveras ?
— Je suis bien parvenue à entrer dans la maison de l’ermite de la ville magique, alors qu’est-ce que quelques magiques noirs à côté de ça ?!
— Tu es vraiment un petit bout de femme surprenant. Je vais te guider vers mon contact, mais je ne pourrai pas interagir avec toi. Elle va te prendre en charge et moi je vais devoir partir… Le prince n’aime pas que je sois ici. Mais, je vais t’attendre à la ville magique et si tu as besoin de moi, parle avec mon contact, elle saura me joindre et elle est toujours dans ce pub. Bonne chance Lou !
Nous entrons à l’intérieur du pub et celui-ci m’éblouit par sa beauté si distinguée. L’endroit ressemble à un vieux cabaret théâtre avec son plafond mouluré et de grands rideaux en velours rouge couvrant les murs entre des colonnes en bois ouvré. Cette splendeur contraste avec les actes odieux qui se déroulent sous ce même toit. Un long bar d’époque longe un côté de la pièce et au fond de celle-ci, une magnifique scène aux allures burlesques occupe l’espace. L’endroit est vide, ce qui me rassure pour le moment.
— Suis-moi, murmure Archie en me guidant vers une porte en velours côtelé, sur le côté gauche de la pièce.
Juste comme nous passons la porte, une femme grande et mince aux allures distinguées fait un signe de la tête à Archie. Celui-ci me saisit par les épaules et me guide rapidement à l’intérieur, puis il part en refermant la porte, ne me laissant pas le temps de le saluer.
Dans cette autre pièce, se trouvent déjà environ une trentaine de jeunes filles toutes en état végétatif. J’imagine qu’elles ont eu droit à un calmant, le temps de leur préparation. Je me contente donc d’être le plus calme possible.
— Viens ici ma chérie, me dit la dame en me montrant une chaise placée devant un miroir. Un étrange sentiment de déjà vu m’envahit comparativement à la journée de préparation avec Flicka avant notre départ pour l’Atlantide. En cet instant, j’aimerais tellement que mon équipe soit là auprès de moi.
Je prends place sur la chaise et je regarde la femme que je salue maladroitement :
— Bon... Bonjour !
Elle ne me répond pas, mais me fait signe de ne pas parler. Puis, elle brosse mes cheveux soigneusement, les parfumant et les recouvrant d’une poudre scintillante. Au lieu de me maquiller, elle enlève plutôt la moindre trace de maquillage qu’il restait sur mon visage, puis elle pince un peu mes joues pour les faire rougir.
— Outch !
— Silence mon enfant, me dit-elle en me tapant sur la main. Je ne sais pas ce qu’Archie t’a dit, mais je te suggère de garder le silence si tu ne veux pas m’obliger à te donner la même potion que celles-ci. Elles seront en état de zombie jusqu’à ce qu’elles se retrouvent en prison. J’ai promis à Archie de te laisser consciente, bien que je trouve cela stupide, étant donné les tortures que tu vas subir, mais ne m’oblige pas à rompre ma promesse.
Je m’apprête à répliquer, mais je comprends à son regard qu’il vaut mieux pour moi que je ne dise mot, mais je voudrais bien savoir ce qu’elle veut dire par torture. Doucement, elle fait une tresse avec mes cheveux, s’appliquant comme le ferait une mère avec sa fille.
— Lève-toi.
Je me lève et elle me guide vers le centre de la pièce. Je remarque que toutes les jeunes femmes sont coiffées et habillées de la même manière. Elles sont assises sur des sofas capitonnés en tissu blanc, de type victorien. Pauvres filles, elles ne savent pas dans quelle situation elles se trouvent. Elles se contentent de fixer le néant comme si elles étaient toutes hypnotisées.
La femme fait un geste de la main et mes vêtements sont retirés sur-le-champ, me laissant en sous-vêtement. Par réflexe, je me couvre aussitôt.
— Chérie, j’en ai vu d’autres, nous n’avons pas de temps à perdre. Tu vas devoir jouer la comédie et rester indifférente à tout ce qui se passera sur la scène plus tard. La seule chose que tu auras le droit d’exprimer, c’est la souffrance ; ça, ils adorent ! La potion que je donne aux filles pour les garder sages les rend insensibles à tout sauf à la douleur. Et si tu veux te faire choisir, bien que je ne comprenne pas pourquoi, tu dois leur montrer à quel point tu souffres.
Elle me caresse le visage doucement.
— Tu as l’air si angélique, je suis certaine qu’ils ne pourront pas te résister.
D’un autre geste de la main, elle guide une nuisette et me l’enfile à distance. Je présume qu’elle a le don de télékinésie.
J’aperçois mon reflet dans le miroir lorsqu’elle termine de me préparer et, en effet, avec cet accoutrement, j’ai l’air inoffensive. Je suis consternée que ce soit ce qu’ils recherchent, mais je dois jouer le jeu. Je regarde quelques instants les autres filles et j’imite leurs regards vides en me regardant dans le miroir.
— Tu seras parfaite, me dit la dame en ouvrant une porte dans le fond de la salle.
— Mesdemoiselles, suivez-moi, c’est l’heure du banquet. Puis elle s’approche de moi et me murmure : Prends ce que tu veux ici, tu n’as rien à craindre, mais surtout ne démontre aucune expression.
Nous la suivons toutes dans l’autre pièce et je me mêle au groupe, imitant leur démarche. L’autre salle est une immense salle à manger d’allure ancienne avec une très grande table remplie de toutes les meilleures sucreries et divers desserts.
— Servez-vous mes filles, plus vous mangez, plus vos maîtres seront contents.
Je présume qu’ils aiment leur sang bien sucré et cela me laisse un mauvais présage sur la suite des choses, mais je meurs de faim et, comme je n’ai aucune idée quand sera mon prochain repas, je vais en profiter.
Je prends place à la table comme toutes les autres filles, et je remarque qu’un des murs de la salle est pourvu de fenêtres donnant sur un couloir déjà bien rempli de yeux sombres.
Ils sont là… les magiques noirs. Mon cœur arrête de battre un instant, puis je me souviens de ce qu’a dit la dame, je ne dois pas me faire remarquer, je dois agir comme les autres. Je fais donc comme si rien d’étrange n’était en train de se passer et je remplis mon assiette de beignets et de guimauves garnis de sauce au chocolat. Du coin de l’œil, je tente de remarquer les êtres qui nous observent si attentivement. Leurs iris sont noirs comme le pétrole, ce qui contraste avec le blanc de leurs yeux. Leurs peaux blanches presque translucides leur donnent des airs fantomatiques. Ils sont tous vêtus de noir, mais d’une façon excentrique et étrangement élégante. Je crois qu’ Éloï se plairait dans ce style vestimentaire. Je poursuis ma dégustation, en tâchant de ne pas laisser transparaître toutes les saveurs qui m’envahissent, je ne m’habituerai jamais, je crois, à me nourrir de tous ces délices.
Après plus d’une heure à nous empiffrer comme si notre vie en dépendait, la dame revient nous chercher et nous reconduit dans la salle de préparation. Là-bas, elle nous retouche pour retirer toute trace de nourriture, puis elle nous guide finalement dans la salle principale qui est toujours vide. Elle nous fait monter sur la scène et nous place sur des chaises qui sont cachées de la salle par un grand rideau en satin rouge. La femme reste sur la scène pendant plusieurs minutes, le temps que la salle se remplisse. J’entends les rires malsains et les voix pénétrantes des magiques noirs qui se trouvent tout près de nous.
— Bien, Mesdames, dans quelques minutes, je vous ferai signe et vous allez rester debout, et ce, pour toute la durée de la sélection, moi je vais partir, mais vous allez toutes écouter la voix du gardien en chef. Vos runes vous obligeront à répondre à sa commande.
Elle dit la dernière phrase en toussotant devant moi pour être certaine que j’ai bien compris la commande. Je hoche discrètement de la tête.
Je ne comprends pas comment elle peut travailler pour les magiques noirs en sachant très bien ce qu’ils vont nous faire. Je présume d’ailleurs que c’est pour cela qu’elle ne reste pas, elle fait l’autruche et se déculpabilise probablement en se disant que nos souffrances ne doivent pas être si intenses.
Quelques minutes plus tard, elle nous fait signe de nous mettre debout et d’un geste de la main, elle empile les chaises et les range derrière un rideau.
— Bien, maintenant je vous laisse et je vous souhaite bonne chance, mes chéries.
Même si elle doit être complètement folle, je ressens un certain inconfort à la voir partir, puisqu’elle est la seule magique soi-disant normale ici. Je n’ai pas envie de me retrouver seule contre tous ces vautours et je ne peux certainement pas compter sur la horde de zombies que sont ces jeunes femmes pour me réconforter. Une musique que je ne connais pas, mais qui est assurément humaine se fait entendre. La chanson parle de sang dans la plaie… c’est assez de circonstance ! Je sens comme une énergie puissante approcher de nous, quelque chose d’obscur.
Un homme qui mesure presque deux mètres nous approche. Il a les cheveux noirs comme tous les autres magiques noirs, mais ce qui est impressionnant outre sa grandeur, c’est sa posture imposante, comme un lutteur chargé au stéroïde. Malgré sa carrure, il est habillé comme un soldat des forces secrètes plutôt qu’un combattant.
— Alors, voyons ce que mes petits chasseurs m’ont rapporté aujourd’hui.
L’homme passe devant chacune d’entre nous, nous relevant le menton en nous examinant, puis avec un crayon marqueur noir, il inscrit sur le blanc de nos nuisettes un numéro pour nous identifier. Je porte le numéro douze et je dois dire que cela m’a demandé toute ma concentration pour ne pas perdre mon calme, surtout lorsqu’il s’est approché de ma fausse rune. Il faut croire qu’Archie a bien fait son travail, car il a poursuivi son chemin vers les autres filles.
— Très bien, mes jolies, je vais maintenant ouvrir le rideau et le maître de cérémonie va diriger la sélection. Pendant ce temps, vous ferez tout ce que je vous demanderai.
Je pense à ces pauvres filles qui ne comprendront pas ce qui se passe lorsqu’elles se retrouveront dans les prisons des magiques, je vais devoir réussir la mission et les sauver.
Première étape, me faire choisir.
— Lou !?
Black !? Oh ! Il a dû mettre la potion d’invasion dans mon verre hier ! Quel couple on fait, lui avec la potion pour entrer dans mon esprit et moi avec la potion pour l’endormir. Je ne peux pas lui répondre, le grand gardien nous fixe. Maudite potion ! Pourquoi est-ce qu’il peut parler dans mon esprit et pas moi ?
— Lou, réponds-moi, je vais devenir fou, est-ce que tu es blessée ? Je fais signe que non de la tête, légèrement.
— Tu ne peux pas parler, c’est cela ? me demande-t-il. À son timbre de voix, j’ai l’impression qu’il est furieux et désespéré à la fois.
— Lou, écoute-moi bien, je perds le signal, tu es trop loin. Je pars tout de suite à ta recherche, mais ne va pas chez les magiques noirs avant que nous soyons arrivés. Tu as déjà failli me tuer lorsque j’ai lu ta lettre et tu sais bien que je ne peux pas mourir.
J’ai le cœur qui se resserre, j’ai envie de lui hurler que je suis désolée, que j’essaie d’agir pour le mieux et que poursuivre une quête aussi difficile demande de prendre des décisions courageuses… ou stupides.
Le rideau s’ouvre sur une salle remplie de plus d’une centaine de magiques noirs, dont tous les yeux sont fixés sur nous.
— Non ! hurle Black avec fureur dans ma tête… de la même voix caverneuse et possessive que lors de notre première rencontre dans son manoir. Lou, tu as réfléchi à ce que tu viens de faire ? Tu t’es jetée directement dans la gueule du loup. Tu es sur la scène de la sélection. Lou, NON !!!
J’ai envie de pleurer et de crier avec lui dans ma tête et tous ces yeux fixés sur moi, c’est la réalisation d’un cauchemar des plus terrifiants.
— Lou, tu vas m’écouter, tu ne feras rien. Essaie de résister à leur torture, ils n’aiment pas les femmes fortes. Je ne veux pas qu’ils te choisissent. Ils te retourneront dans la ville et j’irai te retrouver. Nous trouverons une façon d’entrer dans leur monde ensemble.
J’ai envie d’écouter ses conseils, en fait j’aurais dû inclure mon équipe dans le processus.
— Lou, je perds le signal, je dois ménager la potion à cause de la distance, les effets se dissipent plus rapidement. Je vais couper le contact pour quelques minutes et je vais le reprendre en entrant dans l’avion. Je t’en supplie, résiste mon amour, ne fais plus rien d’insensé, je n’ai pas attendu quatre mille ans pour te perdre après si peu de temps.
Le désespoir est pur dans son timbre de voix et cela me fend le cœur. Je suis cinglée d’avoir cru que c’était la chose à faire, mais en même temps, je ne peux pas supporter de les mettre tous en danger.
Dans la salle, des hommes et des femmes se lèchent les lèvres en nous examinant comme si nous étions un appétissant repas.
Un homme couvert d’un chapeau haut de forme d’une hauteur vertigineuse et vêtu d’un costume noir en paillettes approche du centre de la scène en flottant dans les airs avant de saisir une sorte de corne d’abondance, comme le faisait Bethany lors des différents évènements.
— Mes chers comparses, que voilà une belle cuvée ! Je voudrais que nous applaudissions nos douze chasseurs pour les fruits de leur récolte si fructueuse.
Au bas de la scène se trouve douze hommes portant des habits ressemblant au gardien qui nous a affublées de nos numéros. La foule les applaudit, lançant parfois des éclairs et des boules de lumière dans les airs en guise d’applaudissement. Les chasseurs les saluent, puis s’en vont prendre place près du bar. L’animateur poursuit.
— Alors, les belles jeunes dames ont bien mangé et certains de nos magiques les plus haut placés ont pu avoir un avant-goût de la marchandise durant le banquet. Maintenant, les deux magiques qui ont gagné au tirage pourront venir sur la scène goûter au sang de chacune de nos candidates. Ils élimineront, s’il y a lieu, celles qui n’ont pas un goût désirable, ce qui est assez rare. Ensuite, ils détermineront leurs « top cinq » qui seront automatiquement sélectionnées. Les autres passeront au test suivant pour votre plus grand plaisir.
Et voilà, je savais dans quoi je m’embarquais lorsqu’Archie me l’avait proposé, mais d’être là et de le vivre c’est différent. J’espère que mon sang les répugnera pour que je puisse suivre les conseils de Black.
Sur la scène arrivent deux magiques noirs : un homme et une femme qui montent nous rejoindre. Ils ont l’air extatiques et c’en est dégoûtant. Chacun d’eux se place à droite de la file et la femme tient une petite dague affilée dans sa main. Elle saisit la main de la première fille et entaille légèrement l’intérieur de sa paume, puis elle l’approche de sa bouche et lèche l’intérieur comme le ferait un chat… bon un chat vampire, disons ! Elle semble en pleine extase et passe la main à son comparse qui la dévore comme s’il embrassait une amoureuse, mais la vision est beaucoup plus horrible. La jeune femme avait déjà poussé un petit cri pour la coupure, mais elle est rapidement retournée à son état de zombie.
Les deux magiques continuent leur petit manège et je vois les numéros défiler pour arriver jusqu’au mien : numéro douze. Je dois rester immobile. La femme prend ma main, elle a les mains si froides ! Elle enfonce la lame dans ma chair et je sens qu’après la brûlure ressentie pour la rune, la douleur est forte, mais je parviens à refréner ma réaction. L’homme lève un sourcil interrogateur, comme s’il ne comprenait pas mon absence de réaction, mais la femme interrompt son interrogation en saisissant ma main pour la lécher. Elle fige sur place et continue de lécher ma plaie comme s’il n’y en avait pas assez pour elle… ce n’est pas bon… pas bon du tout.
— Hé ! C’est à mon tour maintenant. La femme se retourne et lui grogne littéralement après, puis retourne à ma main.
— Cela suffit, tu dois laisser le tour à l’autre. Vous avez le droit de goûter, non pas de vous rassasier, cela est réservé aux magiques supérieurs, lui dit le gardien en la repoussant et en donnant ma main à l’autre magique, comme s’il s’agissait d’un cocktail de bienvenue.
L’homme dévore l’intérieur de ma main comme si sa vie en dépendait et, encore une fois, le gardien doit intervenir.
— Dois-je en conclure qu’elle sera sélectionnée ? demande le maître de cérémonie.
Aussitôt les deux hochent la tête positivement. Le maître de cérémonie s’approche alors de moi et lève ma main en l’air en disant :
— Nous avons donc une première candidate sélectionnée.
Non, non, non ! Black sera furieux !
La foule applaudit et hurle mon numéro comme si j’étais un cheval de course qui venait de remporter une victoire. Le maître de cérémonie me guide vers une chaise placée sur le côté de la scène, tout près de quatre autres chaises positionnées en demi-cercle. En quelques minutes, les autres sièges se remplissent par d’autres candidates, mais avec un peu moins d’enthousiasme que lorsqu’ils avaient goûté mon sang. Je peux d’ailleurs apercevoir des regards dans la salle me dévisager en se léchant les lèvres, mais je dois rester de glace, puisque je suis sensée être en état végétatif. Si au moins Black pouvait me parler encore, cela me calmerait un peu, même si sa voix est caverneuse lorsqu’il utilise cette potion.
— Maintenant que les cinq premières sont sélectionnées, nous allons choisir les cinq dernières qui se joindront au groupe. Gardien, veuillez procéder avec la première candidate. Une fois que vous aurez fait le test sur chacun d’elle, le public votera pour les candidates qu’il souhaite conserver. Comme toujours, Gardien, vous pouvez user de vos talents et de votre imagination pour mettre nos demoiselles à l’épreuve.
Que vont-t-ils leur faire ? Je ne suis pas certaine de vouloir assister, impuissante, à cette cérémonie. Le gardien s’approche de la première fille, il fait ensuite signe à une femme magique qui se trouve à l’arrière de la scène. Celle-ci s’approche de l’homme avec un plateau roulant rempli d’articles inquiétants, notamment des dagues, des bâtons avec piques et quelques douteuses potions. Il saisit une fiole noire et en verse le contenu dans une petite coupe qu’il fait boire à la brunette immobile. Ensuite, il saisit la coupe et la remplit d’un deuxième liquide, vert cette fois, qu’il boit lui-même en un instant.
Le maître de cérémonie approche et commente la scène comme s’il s’agissait d’un jeu télévisé
— Alors, je vois que vous avez choisi la potion d’Algea ! Vous commencez sérieusement cette fois. N’oubliez pas qu’elles doivent rester vivantes et assez fortes pour supporter la vie dans les donjons.
Le gardien se contente de cracher au sol en guise de réponse et il relève ensuite ses manches. Si je me souviens bien, Algea était un enfant de la déesse de la discorde et il représente la douleur. Ce n’est pas bon signe.
Le gardien écarte les jambes et les bras de la jeune femme, la plaçant en position d’étoile verticale. Puis, il passe ses mains au-dessus d’un de ses bras sans y toucher. Il dit le mot douleur et la jeune femme saisit son bras et hurle comme si celui-ci était en feu. Je suis complètement atterrée par la vue de cette pauvre femme et je sens un reflux acide remonter dans ma gorge. Le gardien demande à la fille de se replacer en position, ce qu’elle fait, répondant à sa commande comme envoûtée. Alors, la rune sur son épaule s’illumine brièvement d’une lueur jaune serin. Une fois qu’elle est replacée à la position initiale, l’homme recommence son petit manège qu’il répète encore et encore jusqu’à ce qu’il ait fait le tour de ses quatre membres. La jeune femme s’écroule au sol, évanouie par la douleur et la foule hurle comme si leur combattant préféré venait de remporter une manche.
Ils sont inhumains ! Qu’est-ce que je raconte, ils ne sont pas humains, ils sont magiques, mais ils ne sont pas des magiques non plus, non, plutôt des monstres tout droit sortis de l’enfer.
— Bien ! Très bien, Gardien ! Tu peux maintenant passer à la concurrente numéro deux. Alors que lui réserves-tu à cette petite rousse ?
L’animateur semble si jovial que c’en est déstabilisant, en contraste avec l’horreur qui se déroule sous nos yeux.
Le gardien observe chacun des articles sur le chariot, passant son doigt délicatement sur les lames tranchantes. Je ne peux pas regarder… c’est insupportable ! Je savais que les magiques noirs représentaient le mal incarné, mais entre le savoir et le voir il y a tout un monde.
Le gardien saisit une seconde fiole qui ressemble à un oursin. Il saisit la main de la deuxième concurrente et lui pique le doigt contre une des épines.
— La potion de Phobos, alors ! s’exclame l’animateur, en levant les bras au ciel.
Si je me souviens bien, Phobos est le fils d’Arès et d’Aphrodite, il incarne la panique. Les cris de désespoir de l’humaine confirment mon hypothèse. Elle court en tous sens et s’arrache même une mèche de cheveux, se réfugiant en boule dans un coin de la scène, en larme. Je ne sais pas ce qu’elle a vu, mais je présume que c’est allé la chercher au tréfonds de son âme.
— Lou ?
Oh ! Black est revenu.
— Lou, que s’est-il passé ? Oh , c’est vrai, tu ne peux pas parler. Essaie de regarder autour de toi que je voie bien ton environnement.
J’essaie de regarder discrètement autour de moi pendant que les yeux sont rivés sur la pauvre fille.
— Tu as été sélectionnée ! Ils t’ont fait souffrir ces salauds ! Que t’ont-ils fait ? Je te jure que je vais les exterminer jusqu’au dernier.
Je fais signe que non et je lui montre la coupure dans ma main en espérant qu’il comprenne.
— Ils ont goûté à ton sang et ils t’ont sélectionnée pour cela. Bon ! Lou, je ne crois pas que tu pourras reculer. Par contre, essaie de te faire discrète, je prends l’avion dans quelques instants et je viens te chercher. Je ne pourrai pas communiquer avec toi pendant que je serai dans les airs alors, je t’en prie, mon amour, ne fais rien d’insensé.
Le gardien a saisi l’une des dagues pendant que Black me parlait. Il l’applique légèrement sur le biceps de la troisième participante, celle-ci saigne, mais ne réagit pas.
— Tous des sadiques, me dit Black en regardant la scène par mes yeux. L’avion a décollé et je perds le contact tranquillement. Lou, on se voit aussitôt que j’arrive.
Je fais signe que oui de la tête, mais je suis complètement distraite par la scène devant moi. Comme la fille n’a pas réagi, le gardien s’est placé devant elle et a placé la lame sur le ventre de celle-ci.
— Noooon !!!
Je crie en me levant et lançant une immense boule d’énergie combinée à une tempête de vent et de feu pour entourer les jeunes femmes. C’est impossible pour moi de rester là consciente, pendant qu’ils torturent ces pauvres femmes sans qu’elles puissent se défendre.


CHAPITRE 4
« Souvent le désespoir a gagné des batailles. »
Voltaire
BLACK
— Non Lou ! Qu’est-ce que tu as fait ?
Je ne peux pas croire qu’elle s’est exposée comme ça ! Je vais immédiatement voir le pilote
— Il faut redescendre tout de suite, j’ai perdu le contact avec elle.
— C’est impossible monsieur Black, la montée est bien entamée.
— Je veux que vous redescendiez dès que possible.
— Bien.
Je sors de la cabine de pilotage pour rejoindre les autres vers l’arrière, puisque je les ai à peine vus. Je claque la porte de la cabine et frappe le premier siège que je trouve.
— Que se passe-t-il, Black ? me demande Charles avec sa pipe en bouche.
— Il se passe qu’elle a agi de façon irréfléchie encore une fois.
Soudain, je reçois un coup de griffes et je me retourne pour voir un chat noir et blanc qui grogne.
— Qu’est-ce que ce chat fait ici ?
— C’est le chat de Lou, dit Flicka en prenant la bestiole. Mais ce n’est pas vraiment un chat, c’est Gertrude. Elle est prise sous cette forme, car je l’ai guéri pendant qu’elle était transformée, lors du combat contre Bethany.
Gertrude, hein ? Pas étonnant qu’elle me grogne après, elle m’en veut de l’avoir fait bannir. Je n’ai pas le temps de m’en préoccuper.
— Peu importe que ce soit Gertrude, ou qui que ce soit d’autre, les animaux sont interdits ici.
Je remarque soudainement leur air incertain. Puis, j’avance dans l’allée et je vois que Flicka a apporté son furet et Clo, son renard.
— Mais qu’est-ce que c’est que cela ?
— Chut ! murmure Pyros.
Je m’approche de lui et je vois un blouson en cuir sur le siège à ses côtés qui gigote. Je le retire pour apercevoir le bébé chupacabra.
— Vous êtes incroyables ! Mon avion n’est pas un zoo.
— Dis-nous plutôt ce qui est arrivé à Lou. Je t’ai simplement entendu demander au pilote d’atterrir. Que se passe-t-il ? me demande Élo ï en caressant le fennec de Clo.
J’explique rapidement ce qui s’est passé et dans quel pétrin Lou s’est retrouvée.
— Je crois qu’elle a fait la bonne chose, énonce Charles d’une manière détendue.
Je saisis mon visage en l’arrachant presque sous mes ongles, tellement je sens que mes nerfs vont lâcher, et je perds un peu patience en lui répondant.
— Comment peux-tu dire que ce soit une bonne chose, Charles ? Ils savent ! Ils savent qu’elle est une enfant de la lune maintenant.
Et lui de me répondre de son calme désarmant :
— C’est une bonne chose, car ils ne lui feront pas de mal. Ils auront besoin d’elle… en un morceau.
Je me ressaisis un instant, c’est probablement vrai.
— Tu as raison, c’est certain qu’ils vont vouloir l’utiliser pour retrouver la Table d’émeraude et la distraction devrait durer juste assez longtemps pour nous donner le temps d’arriver.
Je rejoins aussitôt le pilote et lui demande de ne plus atterrir et de nous guider jusqu’à Londres le plus rapidement possible. Puis je retourne voir les autres.
— Je vais devoir vous laisser quelques instants, je dois régler un petit détail.
Sans prendre le temps de m’expliquer davantage, je me dirige vers ma cabine, en refermant la porte derrière moi.
Une fois seul, je m’étale de tout mon long sur le lit et l’espace d’un instant je me rappelle le moment passé avec Lou en ce même endroit.
Pourquoi se dirige-t-elle toujours dans la gueule du loup ? Elle ne comprend pas qu’elle me rend complètement fou. Je crois qu’elle est une bête sauvage et qu’on ne peut lui dicter sa conduite, mais je ne peux pas me résigner à la perdre à nouveau. Elle va devoir composer avec moi, car je ne laisserai plus jamais une telle situation arriver. Lou Mills va m’avoir dans les pattes, comme une ombre, pour le reste de sa vie.
Si au moins elle m’avait accordé une nuit… une nuit pour nous réunir, une nuit pour enfin la faire mienne, parce qu’elle est à moi et je suis à elle, et il n’est pas question que je laisse une de ses décisions stupides et impulsives nous séparer à nouveau.
Je me ressaisis, puisque je dois contacter le comité. En fait, une partie du comité. Je saisis la plume de phénix qui se trouve dans ma poche de jean et je remonte la manche de ma chemise pour tracer les runes correspondantes aux membres du comité. Wunjo qui est une sorte de « P » pour la reine blanche et Algiz, un « Y » à trois branches, pour ma rune à moi. Ensuite vient le Uruz, une sorte de « N » pour Yaro qui vient de la Chine et qui représente le membre du comité qui est un magique neutre ; il a une connaissance incroyable du monde qui nous entoure et il est toujours de bon conseil. Je laisse tomber la rune de Thanatos, puisqu’il est le sujet même de ma réunion improvisée. Je termine donc mon rituel avec la rune de la connexion : Gebo, un « X ».
Après quelques minutes d’attente, apparaissent en hologrammes devant moi : Yaro et la reine blanche.
— Que nous vaut cette réunion, Black ? Nous n’avions pas à nous rencontrer aujourd’hui, et où est Thanatos ? demande Yaro.
— Je dois m’entretenir avec vous deux seulement.

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