Exode
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Description

La Terre se meurt.


Des individus triés sur le volet, première génération d’une longue odyssée, embarquent sur l’Exode à destination d’Éden, une exoplanète.


299 ans après le décollage, dans l’atmosphère confinée du vaisseau, Félicité, fille déchue du commandant Aaron, vit au niveau moins deux avec les passagers les plus modestes et s’interroge sur son avenir tout en s’inquiétant pour la santé mentale de sa mère qui décline chaque jour davantage.


Quelle sera sa place sur le nouveau monde ?


Mais les incidents se multiplient.


Le commandant sombre dans la paranoïa, l’état délabré du vaisseau inquiète le moine Saul, et le diacre Loïc prépare un coup d’état, laissant craindre le pire.


Félicité, aidée d’Elias, un archange affecté à la surveillance des passagers et au maintien de l’ordre, vont unir leurs forces et se rebeller pour réaliser le rêve de leurs ancêtres : voir le ciel orangé d’Éden.



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Publié par
Nombre de lectures 3
EAN13 9791093889542
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

EXODE
 
Roman SF
 
 
 
 
 
 
 
 
Laurence Lécluze
 
À Jeannine et Aimé, mes étoiles.
 
J’ai vu la beauté de la Terre, mais aussi sa fragilité.
Thomas Pesquet
 
J’aimerais bien mourir sur Mars, mais pas pendant l’impact. Elon Musk
 
Être un homme, c’est sentir, en posant sa pierre,
que l’on contribue à bâtir le monde.
Antoine de Saint-Exupéry, La terre des hommes (1939)
 
Prologue  :
288 après George Beats
 
 
Pressée de toute part dans la foule compacte venue assister à l’office, Félicité se redressa sur la pointe des orteils pour apercevoir l’autel sur lequel sa mère serait châtiée. Les conversations à voix basse des adultes allaient bon train. Chacun y allait de son commentaire sur l’événement que tous attendaient depuis déjà deux semaines. Personne ce matin n’était venu chercher la fillette de onze ans, recluse dans son compartiment. Elle avait traversé seule les couloirs et les pièces communes sous les regards insistants des passagers. Les joues en feu, luttant pour rester droite, elle avait toutefois préféré garder les yeux baissés, priant le seigneur pour que les larmes qu’elle sentait monter ne coulent pas. Inutile de vérifier : aucun de ceux qu’elle avait croisés ne manifesterait de compassion. La plupart parce qu’ils étaient convaincus du forfait, les quelques autres parce qu’ils étaient trop lâches ou trop apeurés pour en douter publiquement.
Maintenant, dans la salle tout en longueur pompeusement appelée la nef, ils piaffaient d’impatience depuis la fin du sermon dominical. L’autel s’était vidé de ses dignitaires depuis quelques minutes et la vue du chevalet dressé par Loïc, le diacre, excitait la foule. Comme personne ne s’écartait et qu’elle ne voyait rien, Félicité décida de jouer des coudes pour se rapprocher. Le cœur battant à tout rompre, elle chuchota d’une voix pressante :
— Laissez-moi passer ! S’il vous plaît, laissez-moi passer !
Un homme se retourna vers elle. Lorsqu’il la reconnut, il la toisa froidement, avant de faire un signe de la main en s’écartant. Loin d’être amical, son geste montrait à quel point elle était devenue insignifiante, misérable… coupable elle aussi, souillée par la faute de sa mère. D’autres suivirent son exemple et firent un pas en arrière. Consciente de leurs regards lourds sur ses épaules, elle s’avança dans l’allée ainsi dégagée jusqu’au premier rang des fidèles. Elle n’eut pas le temps de s’attarder sur le chevalet et les préparatifs de Loïc qui étalait avec soin les lanières en cuir d’un martinet sur un guéridon tendu d’un drap blanc. Son attention fut attirée par la tenture carmin menant à la sacristie qui se soulevait. Le commandant Aaron en sortit, suivi de près par August, Chaim et Saul, ses subalternes et responsables des étages. La mine grave, les mains enfouies dans les larges manches de leurs chasubles blanches, ils avancèrent jusqu’à l’extrémité de l’estrade. Au centre, dominant de sa large stature ses acolytes et la foule massée à ses pieds, Aaron leva les mains, dévoilant de longs bras maigres et pâles. Aussitôt, les murmures se turent et tous s’inclinèrent avec dévotion, un genou à terre, la tête basse. Félicité fit de même, trop habituée au rituel de la génuflexion pour résister.
La voix suave qu’ils avaient entendue officier quelques instants auparavant avait perdu sa douceur lénifiante. Le commandant haussa le ton et prit soin d’articuler chaque syllabe prononcée.
— Chers tous, il y a deux semaines, une femme du niveau supérieur a été montrée du doigt par une conscience - bénie soit-elle ! - horrifiée devant le spectacle de sa fourberie, outrée par l’ampleur même de sa trahison. L’adultère !
Aaron s’interrompit. Il ferma les yeux. Ses longs doigts vinrent froisser ses paupières pour chasser l’horrible scène qu’il visualisait.
— Hors des liens du mariage, l’union des corps n’est que vulgaire accouplement, pulsion bestiale, manifestation indécente d’une libido insatiable ! rappela derrière lui August d’une voix chevrotante.
Un murmure d’assentiment parcourut la salle.
— Cette femme est la mienne ! Leah ! cracha enfin Aaron, les yeux exorbités, postillonnant son dégoût sur les premières têtes inclinées de ses ouailles.
Le commandant fit une longue pause, comme pour reprendre ses esprits avant de continuer.
— Le tribunal que j’ai moi-même présidé, misérablement réduit au silence par mon tourment, précisa-t-il, a statué sur sa faute. La justice des hommes a prononcé sa sentence. Leah et son engeance, dont je ne peux plus désormais authentifier l’origine, ne sont plus ni ma femme ni ma fille. Elles seront bannies au niveau moins deux et perdront tous les droits réservés aux passagers de marque.
Félicité, toujours courbée vers le sol, se sentit chanceler sous le choc. Elle dut poser la main à terre pour ne pas tomber. Elle allait donc suivre sa mère dans son chemin de croix ! Quitter sa confortable cellule du pont supérieur pour une simple couchette dans un dortoir du sous-sol ! De quoi était-elle coupable, elle ? Ce père, déjà si distant, la reniait donc définitivement ! Sous la frange de ses cheveux, elle osa lever les yeux sur lui. Le teint d’Aaron, d’ordinaire couperosé, était écarlate. Son doigt vengeur était dirigé vers la silhouette menue que Loïc poussait maintenant vers eux. Terrorisée devant la fureur paternelle, elle hoqueta, plaquant la main sur sa bouche pour réprimer une nausée.
Aaron continuait :
— Leah, présente-toi devant notre fondateur, le grand George Beats dont la dépouille gît auprès de nous dans sa sainte intégrité. Que tes artifices de femme vénale soient jetés à ses pieds, et que nue devant sa justice divine, tu te repentes de tes fautes. Lui seul pourra intercéder en ta faveur devant le Seigneur. Et sache que sans preuve de son pardon, tu demeureras à jamais parmi les pestiférés !
Pieds nus, Leah s’avança. Ses yeux fébriles fouillèrent l’assistance et se posèrent sur Félicité. Elles ne s’étaient pas revues depuis deux longues semaines, depuis la terrible accusation publique et l’arrestation qui avait suivi. Mue par le chagrin et la peur la petite fille se releva d’un bond, bousculant la femme agenouillée à ses côtés.
— Maman !
— Félicité ! s’écria Leah, désespérée.
— Saul ! s’exclama Aaron avec une autorité méprisante. Occupe-toi donc de cet agneau égaré dont tu as désormais la charge ! Qu’il n’entrave en rien la bonne marche de cette cérémonie.
Saul attrapa Félicité et la ceintura de ses bras maigres. Cette dernière agita les jambes, donnant des coups de talon dans les tibias du moine. Elle se mit à hurler, couvrant ses imprécations. Son père s’approcha d’elle et la gifla.
— Tais-toi donc ! Sinon tu subiras le même sort que ta traînée de mère ! Loïc ! Ne tardons plus !
Chaim et August dépouillèrent Leah de la liquette en coton des détenus qui la couvrait. Les bras de Saul, refermés sur Félicité comme un verrou, empêchèrent celle-ci de s’élancer pour secourir sa mère. Plaquée contre lui, le visage baigné de larmes, s’étouffant dans la morve qui lui coulait dans la gorge sans qu’elle puisse se moucher, elle espéra un instant que le moine l’emporterait loin de cet insupportable spectacle.
Au contraire, elle l’entendit, penché sur son oreille :
— Regarde bien, fillette, et souviens-toi !
Désormais nue, Leah fut présentée devant le caisson transparent contenant le corps debout et embaumé de George Beats, instigateur de leur voyage, fondateur et figure adorée de leur colonie. D’un geste ferme, August fit plier le cou de Leah, faisant d’elle une suppliante misérable attendant son salut. Le silence devint pesant dans l’assemblée. Ils étaient tous tendus vers un possible signe de pardon du grand homme. Un miracle. Comme aucune manifestation divine ne survint, Aaron fit un geste vers Loïc qui répondit d’un hochement de tête compassé à son invitation. Il arracha la main que Leah tenait sur sa poitrine puis celle qui dissimulait son sexe aux regards avides des passagers. Il ligota ses poignets au chevalet, lui écarta les jambes et attacha aussi ses chevilles. Félicité chercha le regard de sa mère, espérant lui communiquer son amour, son soutien, sa force. Mais elle se rendit alors compte que Leah n’était plus là : ses yeux si bleus, si expressifs s’étaient assombris jusqu’à paraître noirs et vides dans sa figure d’un blanc de craie. Seul son corps était encore exposé, son esprit traumatisé s’était échappé. Félicité comprit à cet instant que la mère qu’elle avait connue jusqu’alors avait disparu. Jamais plus Leah ne serait la même.
— Maman, gémit-elle avec désespoir.
Loïc caressa avec une douceur sensuelle les lanières du grand martinet, s’attardant sur les pointes qui les terminaient. Les pieds solidement plantés sur le sol, il se plaça devant la jeune femme exposée et d’un geste vif, il balança son bras pour venir cingler la poitrine offerte aux coups.
Leah gémit. Félicité se mordit les lèvres et le sang vint remplir sa bouche de sa saveur minérale. Elle ne put se retenir. La nausée lui souleva le cœur. Elle vomit sur les mains de Saul qui ne sembla pas le remarquer, absorbé par le masque tragique de Leah.
Implacable, Aaron se mit à compter à chaque fois que le cuir vint déchirer les chairs tendres du ventre de sa mère.
Félicité sentit frémir la foule autour d’elle. Écœurée, elle l’entendit accompagner avec ferveur le commandant.
Félicité s’affaissa contre Saul.
Le monde devint noir.
 
 I 
299 après George Beats
 
Semaine 3
mercredi
 
 
Message intercom de la mi-journée du mercredi, semaine 3 de l’année 299 après G. B. :
« Que George Beats veille sur nous ! Passagers de l’ Exode , voici votre actualité. Souhaitons la bienvenue à Thomas, fils de Barnabé et Ruth. Le bébé et la maman se portent bien et quitteront l’hospice dès ce soir. Nous embrasserons toute la famille à l’office de 17 heures et nous prierons ensemble pour que le seigneur guide cet enfant de la 16 e et dernière génération ! Il fera ses premiers pas sur Éden ! Réjouissons-nous ! »
 
Dans sa cellule du niveau moins deux, Félicité ne dormait pas. Elle se sentait oppressée par le plafond trop bas de sa couchette. Elle tendit la main pour en toucher le revêtement gris. Du bout des doigts, elle le caressa, captant sur la pulpe sensible de ses phalanges le ronronnement imperceptible des moteurs. Plaquant sa paume entière sur le mur, elle se mit à guetter les soubresauts qui, de plus en plus souvent, altéraient le rythme du vaisseau. Les yeux grands ouverts dans l’obscurité, le cœur serré, elle ne put s’empêcher de psalmodier la première prière, celle que tous les enfants de l’ Exode apprenaient avant même de savoir marcher :
Seigneur tout-puissant,
Écoute l’humain errant
Sur le chemin du néant.
Montre-lui la Voie,
Renforce sa Foi.
Car il renonce aux joies,
Il combat les mécréants,
Il supporte sa peine
Pour espérer l’Éden.
Seigneur tout-puissant,
Écoute l’humain errant.
Félicité s’appliqua à mettre toute la conviction nécessaire dans la supplique pour que le seigneur entende ses mots. Elle souhaitait de tout son cœur retrouver le sommeil et une certaine sérénité. Mais comme toujours, une partie d’elle-même semblait la regarder prier avec scepticisme. En quoi sa prière changerait-elle leur sort ? Elle chassa de son esprit ces idées incongrues et blasphématoires. Mais bien sûr, le seigneur l’entendrait ! Ne veillait-il pas sur eux ? Ne pourvoyait-il pas aux besoins de ceux qu’il avait sauvés il y a si longtemps du déluge ? Pourquoi les abandonnerait-il maintenant ? Alors qu’ils étaient si près d’Éden ?
L’onde d’un grincement sinistre s’infiltra jusqu’à ses doigts. Perdant le fil de ses pensées contradictoires, Félicité retint sa respiration, attendant l’explosion qui n’allait pas manquer de suivre. Ainsi elle disparaîtrait en un instant, dissoute dans l’espace froid et hostile sans jamais n’avoir rien connu d’autre que les coursives mal éclairées du niveau moins deux, ses cabines exiguës, son eau recyclée, la nourriture en cachets et la lumière artificielle. Un coup d’œil vers la forme sombre de l’autre côté de l’étroite allée de la cabine la rassura un peu. La fine couverture que sa mère avait frileusement remontée sous son menton ne bougeait pas. Il en fallait plus à Leah pour altérer son sommeil. À quarante ans à peine, elle n’était plus que l’ombre de la jolie femme dessinée sur une feuille froissée qu’elle gardait sous son oreiller. Très pâle, les yeux cernés, les joues creuses et soulignées de deux rides profondes, d’une minceur inquiétante, Félicité n’entendait le son de sa voix que lors des séances obligatoires de prière commune dans la nef ou devant l’écran de leur habitacle. La veille, épuisée par son dernier quart à l’unité des machines de recyclage, Leah s’était effondrée sur sa couchette sans même prendre le temps de saluer sa fille. Félicité s’était habituée à la morne indifférence de sa mère, mais à cet instant elle aurait bien aimé pouvoir se réfugier dans la chaleur de ses bras, fermer les yeux et se sentir à l’abri, protégée. Comme lorsqu’elle était petite fille… C’était il y a si longtemps !
Elle soupira. Répétant encore une fois la première prière, Félicité ferma les yeux. Elle releva les genoux sous sa poitrine, bien décidée à ne plus écouter les gémissements du vaisseau et encore moins la petite voix perfide dans sa tête. Ils fissuraient bien trop sa foi et son espoir.
Le grésillement de l’écran mural surprit Félicité.
Elle roula sur son étroite couchette en grognant. Avec l’impression d’avoir à peine fermé les yeux, elle posa ses pieds sur le revêtement métallique grillagé, prenant quelques secondes le pouls du grand vaisseau. Le frémissement régulier chatouilla la peau de ses orteils. Un soupir de soulagement lui échappa :
— L’ Exode a tenu un jour de plus…
Le rappel musical se fit entendre à nouveau. C’était l’heure de commencer cette journée. Dans sa minuscule cabine, elle n’eut qu’à faire un pas pour venir se positionner sur les contours de pieds dessinés sur le sol. Elle sentit sa mère venir se positionner à côté d’elle, faisant visiblement un effort pour garder la tête haute. Félicité soupira et suivit le rituel de présentation matinale comme un automate répondant placidement aux sollicitations de la voix sortant de l’intercom avant de toucher de son index l’écran tactile et assurer ainsi aux gestionnaires du rez-de-chaussée sa présence. Leah fit de même avant de se recoucher sans un regard pour sa fille. À cet instant, toutes les personnes des niveaux moins un et moins deux et leur famille faisaient le même geste. Un manquement à la présentation et c’était l’assurance de voir débarquer dans les minutes suivantes une équipe d’archanges.
Elle n’avait jamais rencontré la garde avant leur installation au fond de cette coursive habitée par les familles les plus pauvres du vaisseau. Alors que sa mère délirait, le corps lacéré et douloureux, Saul avait envoyé deux archanges. Sans entrer dans leur nouvel espace vital, ils avaient vérifié de loin l’état de Leah, demandant avec froideur de ses nouvelles. Comme Félicité, terrifiée par le casque grillagé qui recouvrait leur visage, et par la matraque que le plus imposant caressait à son flanc, était incapable de répondre, ils s’étaient contentés d’observer la mère et la fille en silence, pendant d’interminables minutes : Félicité, les yeux gonflés de larmes, assise au bord d’un tabouret repliable, les mains jointes sur les genoux comme interrompue dans une prière et Leah, recroquevillée sur la laine rêche d’une couverture, bavant et râlant des invectives incompréhensibles.
— Félicité, fille de Leah, tu es affectée à l’usine des vivres. Tu es attendue demain à six heures, niveau moins trois. Débrouille-toi pour que ta génitrice soit debout demain elle aussi. Elle est attendue à l’entretien des machines, unité de retraitement des déchets, même sous-sol.
Les portes de leurs voisins s’étaient ouvertes avec précaution, chacun vérifiant le départ des gardes avant de reprendre ses activités du soir, qui consistaient le plus souvent en quelques échanges fatigués dans la coursive avant l’extinction des lumières. Des têtes, curieuses, s’étaient permis de dévisager les nouvelles venues par leur porte laissée ouverte. Elles étaient célèbres depuis la diffusion en boucle de la condamnation de la femme du commandant Aaron sur les écrans jalonnant les couloirs du vaisseau et les cellules familiales. Félicité entendait les chuchotements excités, les rires gênés de ces hommes et de ces femmes, ravis par le spectacle de la déconfiture d’une dame du niveau un, mais perturbés par les yeux égarés de sa petite fille.
Félicité secoua la tête pour chasser ces souvenirs honteux. Il était plus que temps d’entamer cette journée. Elle effleura l’épaule de sa mère. Comme à son habitude, Leah sursauta à son contact avec un cri sourd. N’attendant plus depuis longtemps le moindre geste de tendresse de sa mère, Félicité se détourna sans un mot vers le distributeur de nourriture. La jeune fille passa sa main sous l’orifice en bas d’un tube inséré dans le renfoncement du mur au-dessus de la table pliante. Elle regarda sans appétit le disque brun et rond qui chuta dans sa paume. Épais d’un centimètre, d’un diamètre de six, cet amalgame d’aliments et de vitamines dont elle ne connaissait pas la nature saurait au terme d’une mastication laborieuse alimenter son organisme pour les huit heures à venir. Elle travaillait pourtant à sa fabrication depuis le bannissement de sa mère à ce niveau. Mais, comme les autres ouvrières, elle se contentait de peser les doses quotidiennes de poudre avant de les insérer dans le compacteur. Les questions qu’elle avait posées à son arrivée à ce poste étaient restées sans réponse. Et alors qu’elle s’étonnait innocemment sur le peu de saveur de la nourriture, le contremaître lui avait répondu :
— Cesse tes remarques ! Contente-toi de faire ton travail. George Beats, béni soit-il, a su rassembler dans cette hostie tout ce dont nous avons besoin pour nourrir nos corps. Nul besoin de goût. L’essentiel est de survivre pour procréer la génération qui posera le pied sur Éden ! Nous ne sommes que des maillons dans la chaîne !
Félicité soupira. Encore une fois, la petite voix en elle s’élevait et protestait, réclamant autre chose. Mais quoi ? Cette envie obscure la taraudait régulièrement. Elle était frustrée de ne savoir comment l’assouvir. Effrayée aussi. Félicité savait qu’elle était dangereuse…
D’un autre trou dans la cloison sortit un gobelet contenant de l’eau tiède. Immobile, debout le dos contre sa couchette, Félicité fit passer chaque bouchée avec de petites gorgées de liquide. Puis, une fois encore, elle signala machinalement aux gestionnaires la prise de sa portion quotidienne par une pression sur l’écran mural. Elle frotta ensuite son index sur ses dents pour en détacher les dernières miettes. Elle prit son sac à dos dans lequel elle mit une tenue propre et son nécessaire de toilette. Ce soir, elle passerait aux sanitaires communs de l’étage pour prendre sa douche hebdomadaire. Cette perspective fit naître un sourire sur ses lèvres. Cette demi-heure pendant laquelle elle glisserait son corps sous le jet brûlant de l’eau puis sous le souffle chaud de la ventilation serait un des rares instants pendant lesquels elle se laisserait aller à ressentir du contentement. La petite voix au tréfonds de son être se mettrait à chanter doucement, l’encourageant à lâcher prise. Elle sentirait alors ses muscles se relâcher, se détendre. Elle frôlerait de son gant sa peau devenue sensible. Elle penserait à Jude, à son sourire charmeur, à ses cheveux blonds dans lesquels elle aimerait tant passer la main…
Mais elle devrait faire attention, se souvint-elle, contrariée. La semaine précédente, elle avait croisé les yeux suspicieux d’une femme. Les seins tombant sur son ventre mou, ses larges hanches moulées dans une serviette, elle avait interrompu son trajet vers la sortie pour l’observer, attentive. Elle, la fille de la putain, qui prenait du plaisir à sa toilette.
— Telle mère, telle fille ! avait-elle sifflé avant de disparaître dans les vapeurs chaudes des douches.
Cette réprobation manifeste avait bouleversé Félicité qui s’efforçait chaque jour de se fondre dans le décor du niveau moins deux.
Onze années étaient passées, mais personne n’avait oublié la déchéance de Leah. Personne n’avait oublié qu’elle était sa fille.
Tous attendaient qu’elle fasse comme sa mère.
Tous attendaient sa chute.
Leah qui, ce matin comme tous les autres matins, fixait Félicité sans paraître la reconnaître.
Une nausée violente souleva la poitrine de Félicité. Ramassant son sac, elle franchit rapidement le seuil de la cellule. Mais elle dut s’arrêter quelques mètres plus loin pour s’appuyer contre d’énormes tuyaux descendant des étages supérieurs. Suffoquant, le front contre l’acier, elle ravala avec difficulté sa salive au goût douceâtre du disque alimentaire.
— Tu es malade, Félicité ?
Jude !
— Laisse tomber, Jude, on va être en retard. Félicité n’a sûrement rien de grave.
Félicité se redressa. Elle avait reconnu la voix mielleuse de Sarah. Celle-ci continua :
— C’est juste une grosse flemme à l’idée de passer sa journée à fourrer des hosties. Tu ne craches pas dedans j’espère ?
— Sarah ! protesta mollement Jude.
Accrochée à son bras, celle-ci n’y prêta pas attention :
— Il faut dire que c’est injuste quand même : devoir faire ce sale boulot alors qu’on était destiné aux hautes sphères de notre petit monde, à la douce vie des privilégiés du premier niveau. Dire qu’on était voisines, toi et moi !
— Merci de ta sollicitude, Sarah, répondit Félicité le cœur battant à tout rompre.
Elle avait depuis longtemps compris qu’il valait mieux ignorer les provocations de Sarah. Que faisait-elle encore ici, dans les sous-sols, cette petite peste du premier niveau ? Oppressée, elle se détourna, mais soucieuse de montrer bonne figure devant Jude, elle souffla rien que pour lui :
— Je vais bien, ne t’inquiète pas.
Mon Dieu comme il était beau ! Si grand qu’elle devait se mettre sur la pointe des pieds pour s’abandonner dans son regard si bleu. Elle s’obligea à baisser les yeux modestement, ne voulant pas montrer à Sarah combien elle l’admirait, combien elle espérait lui plaire. Elle eut le temps de voir une veine palpiter sur son cou, juste à l’endroit où sa chemise laissait apparaître sa peau blanche…
Comme Sarah tirait sur la manche de Jude pour l’inciter à poursuivre leur chemin sans plus s’attarder, Félicité se dépêcha d’enchaîner :
— On se verra peut-être au prochain match ? C’est mercredi aujourd’hui…
Jude ouvrit la bouche pour répondre, mais Sarah fut plus rapide :
— Certainement pas ! Jude en a fini avec ces enfantillages ! Désormais, il est sur un tout autre chemin !
Sans comprendre, Félicité dévisagea Sarah, tout sourire. À ses côtés, elle sentit Jude se raidir. Elle vit les joues du jeune homme se couvrir d’une rougeur insolite, son regard échapper au sien. La petite veine s’affolait dans son cou.
— Ben, dis-lui ! insista Sarah.
Devant le silence de Jude, elle s’exclama alors :
— Oh ! Je vais le faire moi-même ! J’espère que tu seras plus réactif quand nous serons mariés !
Se tournant vers Félicité, tétanisée par la surprise, elle reprit :
— Jude va accéder au premier niveau, asséna-t-elle, fièrement. Nos parents se sont mis d’accord. Jude est mon promis. On se marie dans quatre semaines. Le temps de préparer la cérémonie, de rassembler la dot. Et là, justement, on va être en retard à notre entretien prénuptial avec August. Allez, Jude, dis au revoir à Félicité !
— Mais Jude est du moins deux et toi du niveau un… Comment est-ce possible ?
— Mon père, Mickel, fait partie du conseil. Il a obtenu une dérogation auprès du moine de notre étage. Je dois dire qu’August a été plutôt conciliant.
— Je vois. Tout est arrangé…
Remarquant enfin le visage exsangue de la jeune fille, Sarah passa la main sur sa joue :
— Ne fais pas cette tête, dit-elle avec juste assez de fiel pour qu’une personne ne la connaissant pas puisse se tromper sur sa sincérité, toi aussi un jour tu te marieras.
Sarah saisit les avant-bras de Félicité et les serra très fort en se rapprochant. Elle se pencha vers son oreille et conclut :
— Enfin, s’il existe à bord du vaisseau un homme assez fou pour faire de toi la mère de son enfant !
Félicité ferma les yeux. Elle entendit leur pas décroître dans le couloir. Celui rapide de Sarah et celui plus hésitant de Jude. Elle revit son visage gêné, ses épaules basses. Comment pouvait-il envisager de passer le restant de ses jours aux côtés de cette mégère ? À l’office du dimanche, n’avait-il pas caressé sa main alors qu’ils entonnaient le chœur final ?
Oubliant tout ce qui n’était pas sa douleur, son incompréhension, sa déception, Félicité fit demi-tour et referma la porte de sa cellule.
Sa mère était partie prendre son poste.
Elle était seule.
Félicité n’irait pas travailler aujourd’hui.
 
 II 
 
Semaine 3
mercredi
 
 
Extrait du Livret de l’exilé :
Première recommandation de George Beats, de l’utilité de la prière :
« Dans la monotonie du voyage de l’exilé, les prières quotidiennes scandées, seul ou en communauté, sauront rythmer sa longue odyssée vers Éden et rendre des forces à sa volonté défaillante. Aussi, il est vital de se rendre sans jamais déroger aux offices et de renforcer sa foi au moins une fois par jour devant l’interface de sa cellule, connexion privilégiée avec le seigneur. Seule une pratique régulière garantira à l’exilé l’espoir de voir sa descendance fouler le sol béni… »
 
Elias déplia son long corps en réprimant une grimace. Une légère contracture à l’arrière de la cuisse droite commençait à se faire sentir. Quelques minutes de plus dans cette position et c’était la crampe assurée ! Un coup d’œil sur son voisin lui apprit qu’il n’était pas le seul à souffrir à la fin de cette séance de deux heures de musculation. Joshua lui fit un bref sourire avant de reprendre le masque impassible que tout bon archange se devait d’arborer, quelles que soient les circonstances. Elias se sentit moins isolé un court instant. Il réalisa alors combien sa solitude lui pesait. Ces derniers temps, il était à l’affût du moindre signe de connivence, d’amitié, avide de partager avec ses camarades autre chose que les entraînements, les tours de garde, les patrouilles et les offices.
Les archanges étaient répartis par phalanges de dix sur les quatre niveaux du vaisseau. Du niveau un, celui des membres privilégiés au rez-de-chaussée et ses lieux de vie et de prières communs, en passant par les niveaux moins un et moins deux et leur population plus modeste d’actifs et de leurs familles. Le niveau moins trois avec les salles des machines et les manufactures était surveillé par Léon le contremaître, en plus des archanges.
Elias et ses semblables étaient chargés du maintien de l’ordre et de la surveillance des passagers. Au moindre signe d’un comportement non orthodoxe, ils pouvaient appréhender le contrevenant et l’amener devant le moine responsable de l’étage pour une comparution immédiate et un jugement non moins rapide et exemplaire. Il n’y avait d’ailleurs que cinq cellules d’isolement sur le vaisseau. Elles étaient peu exploitées. La sévérité des peines, l’autosurveillance des concitoyens et les écrans muraux suffisaient généralement à éviter les comportements déviants et la délinquance. Même s’ils disposaient de quartiers réservés à leur usage à chaque étage, les archanges y passaient peu de temps et les quarts ne leur permettaient pas d’y rester autrement que pour dormir ou faire de l’exercice dans la salle de sport commune. Elias n’avait ainsi jamais vraiment profité de l’espace de repos pourtant pourvu de fauteuils confortables et d’une table entourée de chaises toujours repliées.
Cette affectation dans le corps des archanges avait été une chance pour lui. Orphelin très jeune, il avait passé son enfance à l’hospice. Sa mère était morte en couches et son père, lui avait-on dit, n’avait pas survécu à un incendie qui avait ravagé les entrailles du vaisseau où il était agent de maintenance. Saul, de passage à l’hospice, avait remarqué le mince adolescent employé comme petite main par les filles de salle. Sa bonne volonté, sa vitesse et sa dextérité avaient plu au moine qui l’avait convoqué dans sa cellule.
— Elias, j’ai pour toi un rôle plus valorisant que celui de porter les pots de chambre des malades.
Devant l’étonnement du gamin, le moine s’était repris et avait ajouté avec conviction :
— Même si chacun sur ce frêle esquif perdu dans l’immensité du néant doit accomplir la tâche qui lui est assignée par le seigneur sans en discuter l’importance, il est parmi nous quelques élus qui peuvent se voir attribuer une meilleure place. Et j’ai l’insigne honneur de pouvoir choisir ces personnes en son nom. Demain, tu intégreras donc le corps des archanges. Prions ensemble George Beats et le seigneur pour qu’ils te donnent force, courage et piété dans ta formation. Agenouille-toi, mon fils !
Elias se souvint de la main du moine pesant sur sa tête alors qu’il prenait position devant lui. Il se rappela la douleur qui n’avait pas tardé à irradier depuis ses rotules dans tous ses membres pendant cette prière interminable ; de la caresse insistante des longs doigts de Saul frôlant le fin duvet à la racine des cheveux dans son cou. Il avait fermé les yeux, regrettant déjà la chaleur exubérante des infirmières et des lingères de l’hospice. Il avait bredouillé les mots dictés par Saul sans vraiment les comprendre, s’engageant à servir toute sa vie le commandant Aaron et à faire respecter sa loi jusqu’à ce jour tant attendu des retrouvailles avec Éden, cette planète vers laquelle le vaisseau se dirigeait depuis presque trois cents années.
Affecté au niveau moins deux depuis la fin de sa formation, il patrouillait désormais dans les longues coursives chichement éclairées de leds verdâtres. Chaque jour, il croisait sans jamais leur manifester la moindre marque d’attention, les passagers dévolus à la maintenance du grand vaisseau. Caparaçonné dans un gilet vieillissant en kevlar, le crâne recouvert d’un casque avec visière grillagée, la main sur sa matraque, il observait leurs moindres faits et gestes. Il aimait déambuler ainsi dans le ventre de l’ Exode d’une démarche souple et assurée. Il appréciait la crainte que son apparition au détour d’un virage inspirait aux hommes comme aux femmes. Ils interrompaient alors leur conversation, rajustaient leurs vêtements, se séparaient très vite. Craintifs. Gênés. Petit plaisir supplémentaire, les coups d’œil furtifs dans les cellules lorsque les portes étaient entrouvertes. Elias y devinait des corps étendus sur les couchettes, des paroles échangées, des effets personnels sur les étagères. Tous ces morceaux d’une intimité familiale qu’il n’avait jamais connue.
Mais cette période bénie pendant laquelle il vivait au jour le jour sans se poser de questions semblait terminée. Aujourd’hui, il aimerait sortir de sa réserve, s’arrêter un soir au coin d’une cellule et discuter avec ses habitants. Il voudrait que ses collègues le saluent, lui demandent comment il allait et s’intéressent à lui. Elias suffoquait à force de se contenir. Il priait chaque jour pour que le seigneur lui rende cette indifférence qui jusqu’ici le protégeait des interférences du monde autour de lui.
Le corps encore brûlant après les nombreux exercices physiques demandés, il se glissa sous le jet puissant de la douche. Aucune parole n’avait été échangée entre les participants à la séance. Ils avaient exécuté en silence les consignes scandées par l’écran mural, puis ils avaient écouté la lecture d’un psaume pendant les derniers gainages. Maintenant encore, seuls les bruits des cascades d’eau s’engouffrant dans les bondes, les gémissements et les râles de ses coéquipiers se faisaient entendre. Pas un mot. Encore moins un rire. En quelques minutes, la salle fut désertée. Elias s’attarda un peu, assis sur un banc. On était mercredi. Il avait sa soirée, tout comme Joshua. Peut-être réussirait-il à l’entraîner au match de boxe. Bien décidé à l’inviter, Elias frictionna ses jambes en massant plus particulièrement sa cuisse droite toujours un peu raide. Il retint un sursaut alors que deux sandales entraient dans son champ de vision. Il reconnut les orteils longs et velus aux ongles épais et jaunâtres, les maigres chevilles frôlées par le lourd tissu de la robe de bure.
— Elias…
Relevant la tête et prenant au plus vite la position réglementaire, il lâcha la serviette. Pieds joints, il se tint droit, le regard fixé sur le mur devant lui.
— Moine Saul ! Pour servir !
— Mon fils, chuchota Saul en réponse.
Elias ne bougea pas alors que le moine faisait un cercle autour de lui. Il pouvait sentir le regard du frère sur son corps nu. Un examen qu’il n’avait pas refait depuis ce jour où il avait franchi la porte de son bureau. Il avait treize ans. Il le vit se passer la main sur sa bouche. Il nota le tremblement des doigts alors que Saul venait les glisser dans la corde qui lui ceignait la taille. Signe de vieillesse ou émotion difficilement contrôlable ? Elias n’eut pas le temps de s’interroger davantage sur le comportement étrange du moine, celui-ci continua de sa voix rocailleuse :
— Je me félicite de t’avoir dans les rangs de nos combattants. Tu n’as jamais failli à tes devoirs. Je le sais. Le seigneur aussi. Quel âge as-tu, Elias ?
— Vingt-quatre ans, moine Saul.
— Vingt-quatre ans… reprit en soupirant le moine. Tu feras partie des élus. Tu verras Éden. Tu fouleras ses vertes prairies. Tu boiras de son eau. Tu chasseras son gibier…
— Moine ? De quoi… ?
Un rire sec secoua la longue carcasse de Saul. Il posa une main affectueuse sur le cou du jeune homme toujours au garde-à-vous. Elias sentit un vertige brouiller son regard. Le mur devant lui se mit à onduler.
— Tu peux te détendre, mon fils… Encore un soupir. Encore une caresse. Ah ! Ne prête pas attention aux divagations d’un vieillard sénile. Que connais-tu des plaisirs de la bonne chère ? Moi-même je n’en sais que ce que j’en ai lu dans les livres. Je ne supporte plus les hosties quotidiennes, marmonna-t-il comme pour lui-même. Mon corps les rejette. Je les vomis. Et mon esprit divague de plus en plus. Il n’aspire qu’à quitter cette coquille misérable perdue dans l’obscurité depuis trop longtemps.
Elias s’obligea à rester immobile. La main du moine était à présent au creux de son dos, à la fois lourde et douce.
— L’homme n’est pas fait pour l’enfermement, la contrainte. Je… Il n’aspire qu’à la liberté, la joie, le bonheur, l’amour. J’aimerais tant…
— Moine Saul ? l’interrompit Elias, dans une dernière tentative pour reprendre le contrôle de cette situation qui lui échappait. Si l’autre continuait ses attouchements et ses insinuations auxquelles il ne comprenait rien, il risquait de faire un geste inconsidéré. Il allait le repousser, s’éloigner violemment de lui et risquer ainsi un châtiment.
— Ah ! s’exclama Saul en se jetant à genoux dans les flaques d’eau mousseuses. Prie avec moi, mon fils, pour le salut de notre âme !
Elias, le cœur étreint d’une sourde angoisse, s’exécuta et ils entonnèrent ensemble la première prière. Il jeta un regard au visage exalté de Saul, à ses mains jointes enchaînées par son chapelet de bois. Il leur fallut égrainer dix billes avant que le calme revienne sur les traits de Saul. Un frisson secoua Elias. La chaleur des douches s’était depuis longtemps échappée par les ventilations automatiques.
— Elias. Je te demande de garder pour toi ce petit débordement. Épargne le vieil homme qui t’a toujours soutenu. Aide-moi à me relever. Et… habille-toi, mon fils !
 
III
 
Semaine 3
mercredi
 
 
Extrait du Livret de l’exilé :
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