Exode
170 pages
Français

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Description

La Terre se meurt.


Des individus triés sur le volet, première génération d’une longue odyssée, embarquent sur l’Exode à destination d’Éden, une exoplanète.


299 ans après le décollage, dans l’atmosphère confinée du vaisseau, Félicité, fille déchue du commandant Aaron, vit au niveau moins deux avec les passagers les plus modestes et s’interroge sur son avenir tout en s’inquiétant pour la santé mentale de sa mère qui décline chaque jour davantage.


Quelle sera sa place sur le nouveau monde ?


Mais les incidents se multiplient.


Le commandant sombre dans la paranoïa, l’état délabré du vaisseau inquiète le moine Saul, et le diacre Loïc prépare un coup d’état, laissant craindre le pire.


Félicité, aidée d’Elias, un archange affecté à la surveillance des passagers et au maintien de l’ordre, vont unir leurs forces et se rebeller pour réaliser le rêve de leurs ancêtres : voir le ciel orangé d’Éden.



Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9791093889542
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

EXODE
 
Roman SF
 
 
 
 
 
 
 
 
Laurence Lécluze
 
À Jeannine et Aimé, mes étoiles.
 
J’ai vu la beauté de la Terre, mais aussi sa fragilité.
Thomas Pesquet
 
J’aimerais bien mourir sur Mars, mais pas pendant l’impact. Elon Musk
 
Être un homme, c’est sentir, en posant sa pierre,
que l’on contribue à bâtir le monde.
Antoine de Saint-Exupéry, La terre des hommes (1939)
 
Prologue  :
288 après George Beats
 
 
Pressée de toute part dans la foule compacte venue assister à l’office, Félicité se redressa sur la pointe des orteils pour apercevoir l’autel sur lequel sa mère serait châtiée. Les conversations à voix basse des adultes allaient bon train. Chacun y allait de son commentaire sur l’événement que tous attendaient depuis déjà deux semaines. Personne ce matin n’était venu chercher la fillette de onze ans, recluse dans son compartiment. Elle avait traversé seule les couloirs et les pièces communes sous les regards insistants des passagers. Les joues en feu, luttant pour rester droite, elle avait toutefois préféré garder les yeux baissés, priant le seigneur pour que les larmes qu’elle sentait monter ne coulent pas. Inutile de vérifier : aucun de ceux qu’elle avait croisés ne manifesterait de compassion. La plupart parce qu’ils étaient convaincus du forfait, les quelques autres parce qu’ils étaient trop lâches ou trop apeurés pour en douter publiquement.
Maintenant, dans la salle tout en longueur pompeusement appelée la nef, ils piaffaient d’impatience depuis la fin du sermon dominical. L’autel s’était vidé de ses dignitaires depuis quelques minutes et la vue du chevalet dressé par Loïc, le diacre, excitait la foule. Comme personne ne s’écartait et qu’elle ne voyait rien, Félicité décida de jouer des coudes pour se rapprocher. Le cœur battant à tout rompre, elle chuchota d’une voix pressante :
— Laissez-moi passer ! S’il vous plaît, laissez-moi passer !
Un homme se retourna vers elle. Lorsqu’il la reconnut, il la toisa froidement, avant de faire un signe de la main en s’écartant. Loin d’être amical, son geste montrait à quel point elle était devenue insignifiante, misérable… coupable elle aussi, souillée par la faute de sa mère. D’autres suivirent son exemple et firent un pas en arrière. Consciente de leurs regards lourds sur ses épaules, elle s’avança dans l’allée ainsi dégagée jusqu’au premier rang des fidèles. Elle n’eut pas le temps de s’attarder sur le chevalet et les préparatifs de Loïc qui étalait avec soin les lanières en cuir d’un martinet sur un guéridon tendu d’un drap blanc. Son attention fut attirée par la tenture carmin menant à la sacristie qui se soulevait. Le commandant Aaron en sortit, suivi de près par August, Chaim et Saul, ses subalternes et responsables des étages. La mine grave, les mains enfouies dans les larges manches de leurs chasubles blanches, ils avancèrent jusqu’à l’extrémité de l’estrade. Au centre, dominant de sa large stature ses acolytes et la foule massée à ses pieds, Aaron leva les mains, dévoilant de longs bras maigres et pâles. Aussitôt, les murmures se turent et tous s’inclinèrent avec dévotion, un genou à terre, la tête basse. Félicité fit de même, trop habituée au rituel de la génuflexion pour résister.
La voix suave qu’ils avaient entendue officier quelques instants auparavant avait perdu sa douceur lénifiante. Le commandant haussa le ton et prit soin d’articuler chaque syllabe prononcée.
— Chers tous, il y a deux semaines, une femme du niveau supérieur a été montrée du doigt par une conscience - bénie soit-elle ! - horrifiée devant le spectacle de sa fourberie, outrée par l’ampleur même de sa trahison. L’adultère !
Aaron s’interrompit. Il ferma les yeux. Ses longs doigts vinrent froisser ses paupières pour chasser l’horrible scène qu’il visualisait.
— Hors des liens du mariage, l’union des corps n’est que vulgaire accouplement, pulsion bestiale, manifestation indécente d’une libido insatiable ! rappela derrière lui August d’une voix chevrotante.
Un murmure d’assentiment parcourut la salle.
— Cette femme est la mienne ! Leah ! cracha enfin Aaron, les yeux exorbités, postillonnant son dégoût sur les premières têtes inclinées de ses ouailles.
Le commandant fit une longue pause, comme pour reprendre ses esprits avant de continuer.
— Le tribunal que j’ai moi-même présidé, misérablement réduit au silence par mon tourment, précisa-t-il, a statué sur sa faute. La justice des hommes a prononcé sa sentence. Leah et son engeance, dont je ne peux plus désormais authentifier l’origine, ne sont plus ni ma femme ni ma fille. Elles seront bannies au niveau moins deux et perdront tous les droits réservés aux passagers de marque.
Félicité, toujours courbée vers le sol, se sentit chanceler sous le choc. Elle dut poser la main à terre pour ne pas tomber. Elle allait donc suivre sa mère dans son chemin de croix ! Quitter sa confortable cellule du pont supérieur pour une simple couchette dans un dortoir du sous-sol ! De quoi était-elle coupable, elle ? Ce père, déjà si distant, la reniait donc définitivement ! Sous la frange de ses cheveux, elle osa lever les yeux sur lui. Le teint d’Aaron, d’ordinaire couperosé, était écarlate. Son doigt vengeur était dirigé vers la silhouette menue que Loïc poussait maintenant vers eux. Terrorisée devant la fureur paternelle, elle hoqueta, plaquant la main sur sa bouche pour réprimer une nausée.
Aaron continuait :
— Leah, présente-toi devant notre fondateur, le grand George Beats dont la dépouille gît auprès de nous dans sa sainte intégrité. Que tes artifices de femme vénale soient jetés à ses pieds, et que nue devant sa justice divine, tu te repentes de tes fautes. Lui seul pourra intercéder en ta faveur devant le Seigneur. Et sache que sans preuve de son pardon, tu demeureras à jamais parmi les pestiférés !
Pieds nus, Leah s’avança. Ses yeux fébriles fouillèrent l’assistance et se posèrent sur Félicité. Elles ne s’étaient pas revues depuis deux longues semaines, depuis la terrible accusation publique et l’arrestation qui avait suivi. Mue par le chagrin et la peur la petite fille se releva d’un bond, bousculant la femme agenouillée à ses côtés.
— Maman !
— Félicité ! s’écria Leah, désespérée.
— Saul ! s’exclama Aaron avec une autorité méprisante. Occupe-toi donc de cet agneau égaré dont tu as désormais la charge ! Qu’il n’entrave en rien la bonne marche de cette cérémonie.
Saul attrapa Félicité et la ceintura de ses bras maigres. Cette dernière agita les jambes, donnant des coups de talon dans les tibias du moine. Elle se mit à hurler, couvrant ses imprécations. Son père s’approcha d’elle et la gifla.
— Tais-toi donc ! Sinon tu subiras le même sort que ta traînée de mère ! Loïc ! Ne tardons plus !
Chaim et August dépouillèrent Leah de la liquette en coton des détenus qui la couvrait. Les bras de Saul, refermés sur Félicité comme un verrou, empêchèrent celle-ci de s’élancer pour secourir sa mère. Plaquée contre lui, le visage baigné de larmes, s’étouffant dans la morve qui lui coulait dans la gorge sans qu’elle puisse se moucher, elle espéra un instant que le moine l’emporterait loin de cet insupportable spectacle.
Au contraire, elle l’entendit, penché sur son oreille :
— Regarde bien, fillette, et souviens-toi !
Désormais nue, Leah fut présentée devant le caisson transparent contenant le corps debout et embaumé de George Beats, instigateur de leur voyage, fondateur et figure adorée de leur colonie. D’un geste ferme, August fit plier le cou de Leah, faisant d’elle une suppliante misérable attendant son salut. Le silence devint pesant dans l’assemblée. Ils étaient tous tendus vers un possible signe de pardon du grand homme. Un miracle. Comme aucune manifestation divine ne survint, Aaron fit un geste vers Loïc qui répondit d’un hochement de tête compassé à son invitation. Il arracha la main que Leah tenait sur sa poitrine puis

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