F.L.I.C.
196 pages
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Description

Thriller - 360 pages


F orte


L oyale


I ntuitive


C harismatique.



Voilà quatre mots qui décrivent l’impétueuse inspectrice Ashley Johnson. Ajoutons à cela un instinct inné pour flirter avec le danger, un sens de la répartie acéré, et nous obtenons un cocktail explosif.


Pourtant, derrière cette solide façade, Ash cache une blessure profonde. Comment construire un présent lorsque le passé n’est que néant, vide de tout souvenir ?



Au cœur de ses enquêtes criminelles, prête à tout, même à se perdre, qui pourra l’empêcher de voler en éclats ?




Laissez-vous surprendre par Ashley, une femme d’exception qui vous fera passer du rire aux larmes, de l’amour à la haine, à travers sa quête de justice et de vérité.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 13
EAN13 9782379611674
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

F.L.I.C. – 1 – Implosion

F orce, L oyauté, I ntuition et C harme


ABBY SOFFER
ABBY SOFFER



Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-167-4
Photo de couverture : Everest Comunity
L’oubli et l’évitement n’offrent jamais la paix de l’esprit.


Le passé fait de nous ce que nous sommes, sans pour autant nous définir.
À mon mari, qui supporte, sans jamais faillir, les extravagances de sa folle passionnée.
Avant-propos



La plupart des gens occultent les premières années de leur existence. D’ailleurs, est-ce vraiment important ? Quel intérêt y a-t-il à se souvenir de sa naissance, de ses premiers pas ou encore de ses premiers mots ? La mémoire « collective » est là pour cela. Elle prend le relais et comble les blancs.
Ainsi, à l’image d’une toile d’araignée, notre personnalité se tisse à chaque expérience, en s’appuyant sur un passé constellé de cases aux bords flous. Bien entendu, ce n’est qu’une esquisse. Ce réseau se tresse et s’entrelace, tout au long de notre existence, afin de faire de nous des êtres pensants, interagissant les uns avec les autres.
Mais qu’en serait-il si, à la place de ce patrimoine, il n’y avait que le néant ? Que se passerait-il si cette période charnière de l’enfance se volatilisait en un simple claquement de doigts ? Qu’adviendrait-il de nous si nos parentés, nos amours et nos attachements étaient gommés, ne laissant qu’une page totalement vierge ? Comment l’enfant, devenant adulte, pourrait-il vraiment savoir qui il est ?
C’est une question purement rhétorique, parce que je sais très exactement quels effets et quelles conséquences peuvent avoir ce genre de situations. Le jargon médical parle d’amnésie rétrograde. Moi, je préfère largement évoquer un foutu « reset », une réinitialisation totale.
Si je connais si bien cette satanée sensation, c’est qu’elle m’accompagne au quotidien.
Un soir de décembre, il y a un peu plus de vingt ans, je me suis réveillée dans une ruelle de Manhattan, sans le moindre souvenir.
Au lieu d’images, de sons et d’odeurs qui auraient dû peupler mon esprit, il n’y avait rien d’autre que le néant. Un gouffre sans fond.
Aucun passé, juste ce voile si opaque que ma tête et mon âme s’apparentaient à une coquille vide. J’avais absolument tout perdu, tout oublié jusqu’à l’apprentissage des mots... Bien sûr, avec un tel trou noir à la place du cerveau, je ne risquais pas de savoir d’où je venais, qui j’étais et encore moins ce qui m’avait conduite dans cette foutue voie sans issue.
C’était et c’est toujours une énigme à laquelle je n’ai pas trouvé le moindre début de réponse.
Heureusement, la vie a mis sur mon chemin deux êtres exceptionnels qui ont fait de moi leur fille. Mes parents d’adoption, Jason et Meredith Johnson, m’ont rebaptisée Ashley, quelques mois après le tapage médiatique qui a fait suite à ma subite apparition. Quand il est devenu évident que, malgré tout ce qui avait été entrepris pour retrouver mes origines, j’étais et restais l’inconnue 19674, ils ont refusé de faire de moi une nouvelle victime du système.
Grâce à leur aide, j’ai réussi à tout réapprendre. Leur soutien, leur patience et leur dévouement m’ont donné les clefs pour faire de moi une femme accomplie, qui sait où elle veut aller, à défaut de savoir d’où elle vient.
Mais repartir de zéro, sans la moindre idée de celle que j’avais pu être, laisse des traces et des cicatrices indélébiles.
Aujourd’hui, je tente de laisser mon parcours quelque peu chaotique à distance. Je tourne mon regard vers les autres et choisis d’œuvrer pour la loi. Je me bats pour aider les plus démunis, les faibles et ceux qui, comme moi, reviennent de loin.
À l’image de mon modèle paternel, mon héros, j’ai choisi de devenir FLIC. C’est ce que je suis, jusqu’au bout des ongles. Pourtant, même si je refuse de me l’avouer, j’ai parfois l’impression que ça aussi ce n’est que du vent. J’ignore qui je suis vraiment et tant que je n’aurai pas trouvé de réponse, je n’aurai de cesse de me chercher.
Chapitre 1

 
 
Je redessine au crayon mon regard de chat et jette un coup d’œil distrait à mon image. Ce soir, après quatre mois de travail acharné et une semaine de planque non-stop, on m’a obligée à faire une pause. Mag, mon amie un poil folle dingue, s’est engouffrée dans la faille et m’a contrainte à passer la soirée avec elle. Elle n’a pas ménagé ses effets en me promettant mille sévices si je la laissais une nouvelle fois en plan. Comme pour moi, ses séances d’épilation et de vernissage d’ongles sont pires qu’une session d’entraînement intensif chez les commandos, je me suis laissé corrompre.
J’aurais préféré, pour mes premières heures de repos depuis une éternité, m’affaler sur le canapé du salon et dormir pendant soixante-douze heures. Mais je me dois, autant que possible, d’entretenir l’illusion que j’ai une vie en dehors du taf.
En réalité, je passe ma vie à travailler. Ma vie, c’est mon job. Chasser les petits malins qui s’imaginent au-dessus des lois, c’est mon créneau. J’aime ce que je fais et je le fais bien.
Pour autant, j’ai bien l’intention de faire un effort, au moins pour la soirée. J’ai conscience que c’est un mal nécessaire. Je le dois à mes parents. Ils ont tant fait pour moi. À défaut de leur avouer la vérité, je peux au moins donner l’apparence d’une vie sociale. Et pour une fois, j’aurai autre chose à offrir à ma mère qu’un silence réfrigérant intrinsèque au secret de mes enquêtes criminelles.
Je m’oblige à éloigner de mes pensées la dernière fosse aux lions dans laquelle nous nous sommes englués jusqu’au cou. Zyan et moi sommes tombés dans un nid de vipères. Reste à espérer que l’on ne va pas se faire mordre, parce que cette fois, c’est clairement du lourd.
Le « bip » strident d’un message me fait reprendre contact avec le réel. Sans même jeter un coup d’œil à mon téléphone, j’enfile mes bottes à talons aiguilles. Pas besoin de vérifier. Ce « Ding » crispant est l’apanage de mon exubérante amie, Magdalena Black, qui s’impatiente. Il faut dire que j’ai au moins une demi-heure de retard.
Dans un dernier geste de coquetterie qui me ressemble si peu, j’essuie le débordement imaginaire de mon rouge à lèvres et attrape mon blouson. Par habitude, je vérifie la poche intérieure de mon cuir, pour sentir le froid du couteau qui ne me quitte jamais. Certaines ne se départissent pas de leur maquillage, moi, c’est de mon cran d’arrêt. Chacun ses priorités. Dans ce genre de contexte, il est évident que je ne peux pas me balader avec mon arme de service. Pour autant, je ne peux me résoudre à m’exposer sans la moindre défense. Même si je suis tout à fait capable de me protéger à mains nues, on n’est jamais trop prudent. Qui sait sur quel fêlé je pourrais encore tomber au coin de la rue.
Je récupère mes clefs sur la console de l’entrée et mon sac à main. J’ouvre le tiroir pour prendre mes papiers et mon regard s’attarde sur mon arme de « fillette ». Mue d’un besoin soudain, j’attrape le petit trente-huit et le glisse dans l’étui, créé à cet effet, à l’intérieur de ma botte gauche. Je sais, je suis ridicule, même pour « bringuer » avec une copine, je ne parviens pas à me détendre suffisamment pour me balader sans une vraie arme. Pathétique ! En même temps, les rares fois où je la laisse à la maison, je me sens aussi nue que si je me promenais à poil sur Times Square.
Et puis, ce n’est pas non plus comme si je sortais avec l’artillerie lourde ! Un petit calibre chez l’oncle Sam, c’est comme un mascara dans le reste du monde.  
Je descends les quatre étages de mon immeuble et ferme ma veste avant de me jeter dans l’hiver glacial de Manhattan. Les premières chutes de neige sont annoncées pour la fin du week-end. En attendant, un froid piquant m’accueille et me brûle le visage. Je resserre le col, ajuste mon écharpe et mon bonnet. Bon sang, on se gèle !
Je parcours au pas de course les deux rues qui me séparent de la station de métro. Habituellement, je prends ma caisse, mais je risque de boire. Ce n’est déjà pas très futé de prendre le volant avec un coup dans le nez, mais ça l’est encore moins quand les routes de « la Grosse Pomme » ressemblent à une patinoire.
Avant de m’engouffrer dans la bouche surchauffée, l’air de Ray Charles Hit the road Jack interrompt mon pas précipité. Je m’arrête net et attrape mon portable sachant précisément qui est au bout du fil.
— Alors, « Nabot », je te manque déjà ?
Je l’entends sourire à ce surnom ridicule qui ne pourrait pas moins lui correspondre.
— Pour sûr ! Tu sais à quel point tu m’es indispensable, surtout quand il s’agit de sauver mes miches.
— C’est Theely qui serait ravie de l’apprendre.
— Ha ! Mais elle le sait ! Ce n’est pas pour rien que je dois supporter tes crises existentielles mensuelles depuis six ans !
Connard ! Plutôt que de relancer ce débat qui pourrait durer des heures, je m’attarde sur la fin de la phrase.
— Bordel ça fait autant de temps ? Rappelle-moi de demander mon transfert dès la fin de l’enquête !
Avant même qu’il me donne la réplique, je connais déjà sa réponse. Ce n’est pas comme si c’était une première.
— Tu dis ça à chaque fois ! Mais, en fait, c’est toi qui ne peux pas te passer de mes exceptionnelles aptitudes !
— Tu parles ! Ton seul talent est d’attirer les emmerdes comme un aimant !
Il éclate de rire et ce son familier se répercute dans ma poitrine. Mon coéquipier, mon ami, la seule personne en qui j’ai suffisamment confiance pour lui permettre d’assurer mes arrières, se marre comme un idiot et ça me tire un sourire. Malgré notre échange léger, je sais d’expérience qu’il ne m’appellerait pas sans une bonne raison.
— Je suppose que ce n’est pas pour le plaisir d’entendre ma voix que tu m’appelles ! Vas-y, accouche, je me gèle !
Comme si on appuyait sur un interrupteur, son rire s’éteint et il enchaîne avec sérieux.
— C’est le moment, Ash. Mon indic vient de m’avertir qu’il a entendu parler d’une livraison dans une heure, dans un vieil immeuble du Bronx.
— Il est certain de ses sources ? Tu es sûr de lui ?
— Yep ! Il a pris de gros risques pour m’avertir, il ne l’aurait pas fait sans être certain de ce qu’il avance.
J’ignore pourquoi, mais à ces mots une boule d’angoisse se forme dans mon estomac. Même si, la plupart du temps, nous préférons la jouer duo « solitaire », j’ai la sensation que cette fois la prudence s’impose. Malgré nos récents déboires, je serais presque tentée d’avertir mon capitaine. Comme si Zyan sentait mes hésitations, il ajoute :
— On va juste jeter un coup d’œil. J’appellerai la cavalerie dès qu’on aura confirmation que les sous-fifres sont effectivement sur place. Je suis déjà passé devant et j’ai laissé quelques cadeaux de ma conception pour assurer nos arrières. Il n’y a aucun risque, « Grenade », remets ta goupille et relâche ton string.
Je souris amusée malgré moi par ses conneries, tandis qu’il poursuit sa plaidoirie d’un ton rebelle qui laisse entrevoir sa détermination.
— En plus, je suppose que je n’ai pas besoin de te rappeler qu’on est déjà sur le fil du rasoir avec ce connard de Patterson qui nous a mis ses avocats dans les pattes. De tes propres conclusions, un des nôtres le renseigne. Si on avertit la brigade, il saura immédiatement que nous n’avons pas lâché l’affaire et qu’on le talonne de près. Tu peux être certaine que dans l’heure, on aura tous les chacals à col blanc sur les talons pour nous couper l’herbe sous le pied. Tandis qu’il se fera la belle avec son putain de fric, avant qu’on ait le temps de dire « ouf ». Vérifions d’abord. Préparons un flag, histoire de la lui mettre bien profond pour une fois ! Marre d’être celui qui doit user de vaseline, j’ai mal aux fesses à force !
Je le coupe avant qu’il ne se lance dans ses métaphores scabreuses. J’ai parfaitement saisi l’idée générale. D’autant que je sais par expérience qu’il est capable de tenir son argumentaire des heures durant. J’étouffe ma désagréable impression en regardant la situation avec froideur et pragmatisme. Ce qu’il vient de décrire est très exactement ce qui s’est passé le mois dernier. Cette ordure nous a glissé entre les doigts, parce que nous avons choisi de jouer les frileux et qu’un gros con a voulu faire le paon. Pas question qu’on se retrouve dans la même situation.
— OK OK ! Tu as raison ! Je récupère ma voiture, où se passe la fête ?
— Je savais que je pouvais compter sur toi ! Tu as déjà l’adresse sur le portable.
Je grince des dents, convaincue qu’il l’a envoyée à la seconde où nous avons commencé à discuter. Il était certain de me faire flancher, le salopard.
Tout en vérifiant l’info, je lance sur un ton qui se veut paternaliste.
— On se rejoint là-bas dans trois quarts d’heure ! Tu m’attends et tu ne fais rien avant que je n’arrive, pigé ?
— Oui, maman ! Promis ! Je vais rester bien sage en les regardant faire leur petit troc !
Inquiète, parce que je sais pertinemment qu’il en est incapable, je rajoute avec plus de conviction encore.
— Ne déconne pas, Zy, ou je te jure que je t’envoie un tel coup de genou dans tes bijoux de famille que tu atterriras en Alaska.
Il rit à nouveau et rajoute avant de raccrocher.
— Faudrait-il encore que tu arrives à m’attraper !
Je suis à une bonne quarantaine de minutes de la fiesta. Impossible de repasser à l’appart pour me changer, surtout en sachant ce crétin, amateur de sensations fortes, seul, face au danger. Il est un peu comme un gosse devant une énorme part de gâteau. Il a beau savoir qu’il va avoir mal au ventre à vomir, il est incapable de se retenir d’y plonger le doigt.
Je reprends donc le chemin en sens inverse, maudissant mes talons qui me semblaient si désirables dix minutes plus tôt. Je manque de glisser à deux reprises sur les trottoirs luisants à l’aspect de savonnette, en slalomant entre les badauds subjugués par les merveilles de la ville qui ne dort jamais. Tout en m’appliquant à rester debout, j’envoie un texto d’excuses à mon amie Mag qui va, à coup sûr, me faire payer mon désistement au centuple. Puis je mets mon Smartphone en silencieux, connaissant sa propension au harcèlement pour me faire flancher quand j’ai l’idée incongrue de me dérober. 
Je traverse Christopher Street, avant de tourner dans le Bedford Street au pas de course pour atteindre le parking qui est encore à deux cents mètres. Je passe devant l’appartement qui a servi de décor pour la série Friends en retenant un grognement. Quelle que soit l’heure, il y a toujours des idiots pour se faire photographier devant la façade qui a bercé une partie de mon adolescence. 
Aujourd’hui, j’ai juste envie de foncer dans le tas. Vu l’inquiétude qui m’étreint la poitrine, ce n’est vraiment pas le moment de se mettre en travers de mon chemin. Quand je réussis enfin à atteindre le parking, je ne perds pas de temps en tergiversations et dévale les deux étages pour rejoindre l’emplacement que j’ai dû payer à prix d’or. Avoir une voiture à New York relève déjà du luxe, mais la stationner à l’abri, c’est carrément du délire ! Peu importe, ma caisse, c’est mon bébé. J’y tiens presque autant qu’à la prunelle de mes yeux.
Je traverse le petit garage mal éclairé et ouvre ma Corvette avant de me glisser derrière le volant. Je suis à peine installée que le moteur se met déjà à ronronner et je démarre sur les chapeaux de roues. Le crissement de pneus se répercute entre les murs du souterrain, tandis que l’odeur aigre du caoutchouc brûlé embaume l’habitacle et me fait plisser le nez.
Je sors dans la rue sans plus de discrétion, m’amusant presque de voir les passants sursauter et se jeter sur les trottoirs. Me la jouer en mode chauffard n’est pas vraiment signe de ma pondération, mais pour le moment, ce n’est pas tout à fait à l’ordre du jour. D’autant que ces braves concitoyens ne risquent pas grand-chose, je tiens bien trop à mon « bébé » pour risquer la collision.    
Connaissant parfaitement ma ville, j’évite les axes surchargés et prends les chemins de traverse pour parvenir, au plus vite, jusqu’aux portes du Bronx. J’avoue faire à peine attention aux bâtiments qui se transforment et encore moins aux lumières qui se font plus éparses. Quand j’atteins la frontière, les graffitis remplacent progressivement les façades policées et marquent l’entrée dans un monde où la loi du plus fort fait office de règle toute puissante. Je ne devrais pas penser ainsi, mais les gangs et la mafia gangrènent cette partie de la ville. Nous avons beau démanteler un réseau, le suivant s’installe déjà sur ses cendres, avant même que les instigateurs ne soient traduits devant la justice. Mais comme dirait mon père, « Ce n’est pas en fermant les yeux que les choses vont s’arranger. On n’est pas censés s’accrocher au problème, mais à la solution ».
Je souris en me remémorant cette litanie qu’il a dû me répéter un bon millier de fois.
— J’essaie, promis, et si ça ne suffit pas, j’essaierai plus fort, prononcé-je à voix haute comme pour m’en convaincre.
Sans quitter la route des yeux, j’attrape dans le vide-poche deux chargeurs que je conserve toujours dans la boîte à gants. Je regrette de ne pas être mieux préparée, mais je vais devoir me contenter de mon instinct, mon couteau, et d’une poignée de balles pour protéger nos fesses.
À mesure que j’approche du point de rencontre, le poids sur ma poitrine s’intensifie et un lancinant Glop hurle dans mes tympans. En réponse, j’appuie un peu plus fort sur l’accélérateur. Ce son familier, qui a bercé toutes mes prises de risque, me semble plus terrifiant que jamais. J’ai beau l’avoir entendu moult fois, je ne parviens toujours pas à refréner la terreur viscérale qui l’accompagne. 
Pourtant, cet instinct de survie ou cette conscience du danger, peu importe comment on le nomme, a sauvé les fesses de Zy et les miennes à de multiples reprises. Mais quand il retentit avec autant de violence, il m’empêche presque de réfléchir. Heureusement, avec le temps, j’ai appris à conjuguer avec cet inconvénient.
Je respire profondément et m’efforce de me concentrer uniquement sur mon objectif : « sauver les miches de cet imbécile de Zyan »
À un kilomètre de mon point de chute, je ralentis et éteins mes phares d’une simple pression. Ici, la discrétion est de mise, rouler toutes sirènes hurlantes, ça ne se voit que dans les films. Je me gare sur le bas-côté, après m’être rapprochée au maximum du lieu de rencontre, sans pour autant risquer d’éveiller les soupçons. Je déteste laisser ma caisse ainsi exposée, mais mon partenaire est en danger et pour l’instant, c’est prioritaire.
Je sors de mon bébé et manque de m’étaler quand mon talon se coince dans une bouche d’égout. Bon sang ! Impossible d’engager une course-poursuite avec ce genre d’accoutrement. Après avoir perdu quelques précieuses secondes pour verrouiller les portes (il ne faut pas pousser quand même), j’avance jusqu’au coffre où je récupère mes baskets d’entraînement. C’est loin d’être idéal, la semelle est lisse et je glisse facilement, mais c’est toujours mieux que mes talons de quinze centimètres. Je frissonne, sous les assauts du froid mordant du début de soirée, quand je change mes pompes et me hâte un peu plus.
Les réverbères sont allumés, mais les halos de lumière fades et éloignés les uns des autres sont loin d’être suffisants pour se sentir en sécurité. Sans quitter les alentours des yeux, je fais mine de lacer mes chaussures et récupère mon arme que je glisse dans la manche de ma veste. Je traverse la chaussée et rejoins l’adresse où doit avoir lieu l’échange.
Je sens quelques regards sur moi, mais entre ma taille standard, mon jean slim passe-partout et mon cuir, le tout rehaussé de l’attirail façon Grand Nord (écharpe, bonnet et tout le « tintouin »), je ne dénote pas vraiment. En plus, il fait tellement froid que les rares passants que je croise se pressent tout autant pour rejoindre un coin chaud.
Quand j’aperçois enfin Zyan, appuyé avec nonchalance à la rampe d’escalier de l’immeuble d’à côté, le poids sur ma poitrine s’allège quelque peu. Je le rejoins, comme une nana se presserait de retrouver son mec. Il me détaille des pieds à la tête, lève un sourcil interrogatif et m’ouvre ses bras. Sans la moindre hésitation, je m’y précipite et le serre affectueusement. Comme je tourne le dos à l’entrée, je murmure tout contre son oreille.
— On en est où ?
Il glisse son visage dans le creux de mon cou et répond dans un murmure.
— Il va y avoir du grabuge, j’ai vu au moins quatre gars armés autour du bâtiment. Deux derrière et deux devant. Patterson ne s’est pas encore montré, mais il est clair qu’il a un comité d’accueil.
Le Glop s’intensifie à chacune de ses paroles et les regards insistants des deux blaireaux à l’entrée, n’y sont sûrement pas étrangers.
— Il faut qu’on bouge, Zy, on est bien trop exposés ici !
— Difficile de prétendre le contraire, « Grenade » ! Même sans instinct de conservation, je suis certain que si Patterson nous trouve ici, on est cuits.
Je confirme et me détache de lui en attrapant sa main. Il emmêle nos doigts, m’entraîne derrière lui, comme s’il était pressé de se retrouver seul avec moi dans un coin plus intime. Je le suis, non sans jeter un œil prudent en arrière pour croiser les regards pas commodes des deux molosses. Difficile de passer à côté de leurs mains à l’intérieur de leurs vestes qui laissent peu de place à l’imagination. Au moindre faux pas, nous nous transformerons en passoire.
À seulement quelques mètres de là, mon pseudo amant, mimant à la perfection l’impatience, m’accule dans une flaque d’ombre, contre l’un des murs du bâtiment d’en face. De là, on a une vue imprenable sur l’entrée au centre de toutes nos attentions. Je connais bien l’architecture des bâtiments du coin, ils sont tous construits sur le même modèle. Ils ont systématiquement une sortie de secours et un escalier extérieur. Mon cher « casse-cou » nous a mis à l’exacte position qui nous permet d’observer les deux sorties à loisir. Il n’y a pas à dire, il a toujours un œil de lynx.
Une personne lambda qui passerait dans le coin ne remarquerait rien de la tension à couper au couteau qui me fait presque grincer des dents. Pourtant à chaque seconde qui passe, la pression s’intensifie à l’instar du rythme saccadé de mon palpitant. Pendant que j’observe la scène alentour, Zy continue à donner le change et soulève ma jambe pour me rapprocher de lui.
— Il nous faut entrer, Ash. On doit à tout prix les prendre sur le vif.
On est d’accord, même en l’absence de la cible, la situation vient de prendre un tournant suffisamment intrigant pour qu’on se rapproche de l’action.
Un grand sourire aux lèvres, ravi que j’aille dans son sens, Zyan demande :
— Comment tu veux la jouer ?
Je réfléchis une seconde.
— Tu as prévu de l’animation ?
Il confirme avec vigueur.
— Bien sûr, comme toujours.
— Alors je la sens « Vent de panique » ?
— Pas très discret, mais plutôt efficace, clame-t-il sans dissimuler son évidente approbation. 
Je ne peux qu’être d’accord.
— Oui, c’est parfait pour approcher, mais il y a toujours le risque que cela les fasse fuir.
— Pff ! Fille de peu de foi ! Fais-moi un peu confiance !
— Je déteste quand tu me dis des trucs pareils !
Il étrécit le regard avec une expression faussement vexée.  
— J’ai payé trois gamins pour partir en courant de la rue voisine quand j’enclencherai mon petit cadeau.
Il sourit, parfaitement serein lorsqu’il s’agit de ses compétences en pyrotechnie. De mon côté, bien plus inquiète, je réplique néanmoins avec un certain enthousiasme.
— Bonne distraction !
— Bien entendu, je suis la perfection incarnée. Je suis blessé que tu n’en aies pas encore conscience.
— Et modeste avec ça !
Fier de lui, il bomberait presque le torse, tout en souriant jusqu’aux oreilles. Connaissant son effronterie, je m’empresse de pondérer son entrain, sinon je vais l’entendre se vanter jusqu’à l’année prochaine.
— Pour l’instant, on observe, on est là pour faire un flag, Zy, pas pour jouer les héros. Donc, on regarde et on voit comment ça se passe. Tant que le patron n’est pas là et qu’on ne se sait pas qui est son interlocuteur, on attend.
Il acquiesce, mais je vois bien que son excitation atteint un palier supplémentaire. Son addiction à l’adrénaline n’en est que plus évidente. Prenant une expression sévère, j’ajoute sur un ton péremptoire.
— Ne fais pas le crétin !
Il recule de quelques millimètres pour m’observer et se contente de lever les yeux au ciel en réponse. Je plisse les paupières, coléreuse, tout en gardant à l’esprit que nous sommes toujours sous étroite surveillance. Afin de ne pas attirer plus l’attention, je poursuis notre comédie de pseudo amoureux transis et passe mon bras derrière son cou. S’ensuit un rapprochement intime, baiser de cinéma et tout le tintouin. Amusé, il intensifie sa prise sur mes hanches dans un simulacre passionnel avant de me pincer le flanc, juste pour m’emmerder. Il sait que je ne peux pas répliquer et il s’amuse à mes dépens. Je sens son sourire plus que je ne le vois. Ce petit con s’éclate. Il ne paie rien pour attendre.
Tandis que je tergiverse encore sur mon envie de lui écraser les orteils, le Glop assourdissant me rappelle à l’ordre et s’accentue d’un coup. Suivant l’avertissement, mon regard se pose sur un véhicule banalisé, à près de cinq cents mètres de là. Certes, la rue est presque déserte et elle pourrait s’arrêter n’importe où, mais je sais d’instinct qu’elle représente un danger. Mes impressions se confirment quand l’Audi se gare devant le bâtiment.
Dans ma position actuelle, je ne vois que le dos du suspect qui s’extrait de l’habitacle. La seule chose dont je suis certaine, c’est qu’il ne s’agit pas de Patterson, ce mec est beaucoup trop massif pour cela. À cette distance, je ne vois pas son visage et ne repère aucun signe distinctif à l’exception d’une assurance qui frise l’arrogance.
Cette sensation est renforcée par son absence d’escorte. Le dos droit, les épaules en arrière, il avance d’un pas assuré vers la porte de l’immeuble, sans que les deux porte-flingues n’esquissent le moindre geste pour lui barrer la route. Il est évident qu’ils le connaissent. Je dirais même qu’ils éprouvent un certain respect pour le gars en question, si j’en crois le léger signe de tête que le balaise de gauche lui adresse.
Intéressant !
Bien sûr, il est possible que je sois totalement à côté de la plaque. Ce type pourrait être le premier corniaud du coin et n’avoir aucun rapport avec notre affaire. Mais entre mon cœur qui fait la samba et mon compteur à emmerdes qui s’affole, je serais prête à mettre ma main au feu qu’il n’a rien d’une « Blanche-Neige ». 
Moins de deux minutes plus tard, la tension atteint son point culminant quand un second véhicule s’arrête juste devant la porte. La portière s’ouvre, je retiens mon souffle. Une silhouette menue sort. Bordel ! Mais qu’est-ce que c’est que ce merdier ! Une jeune femme que je suis fatiguée de connaître, flanquée de deux gardes du corps, s’avance déjà vers la porte de l’immeuble en balançant ses hanches, comme un satané mannequin sur un podium.
Ses longs cheveux, blond platine, cascadent dans son dos, mais plutôt que de la desservir, ils renforcent son aura assurée. Sans le moindre signe d’hésitation, elle gravit les trois marches et entre par la porte qui s’est ouverte devant elle. Les deux molosses qui l’entourent adressent un signe de tête aux gorilles de l’entrée tout en observant les alentours avec suspicion. Ils nous repèrent sans peine, mais comme nous jouons toujours les amoureux transis, ils se détournent en lançant un avertissement silencieux aux deux sbires qui jouent toujours les plantons.  
Le duo rejoint la femme dans l’immeuble décrépi et je les perds de vue. Si j’avais des réticences à prendre quelques risques, elles viennent de s’envoler. La présence de la Madone implique directement Patterson. Elle ne fait rien sans son approbation. Pourtant, elle n’a rien d’une idiote écervelée. Elle est fine, intelligente et impitoyable. Entre elle et moi, les compteurs sont loin d’être à zéro. J’admets bien volontiers que la faire tomber serait encore plus jouissif que de remporter le jackpot à la loterie nationale.
Sa présence signe deux évidences. 
Petit un : elle n’est clairement pas ici pour faire une partie de Scrabble.
Petit deux : c’est du lourd, voire du très lourd. Patterson n’aurait jamais pris le risque d’envoyer son bras droit pour des broutilles.
Comme nous avons pu le constater au cours de l’enquête, ce type n’agit jamais sans raison. Il ne suit que ses propres règles, tout en inspirant à ses hommes une loyauté sans faille. Personne ne peut jamais prévoir ses déplacements et il en va de même pour elle, ce qui les rend aussi insaisissables que des anguilles. Cette imprévisibilité et leur absence de conscience les rendent affreusement dangereux.
Aujourd’hui encore, ils ont su assurer leurs arrières et s’aménager une possibilité de repli. À nous d’agir avec intelligence pour leur couper l’herbe sous le pied. Il faut la jouer fine, pour éviter qu’ils nous glissent entre les doigts.
Il n’y a pas de temps à perdre en tergiversations, et apparemment, mon coéquipier fidèle à ses habitudes est du même avis. Je sens son impatience et son besoin d’action jusque dans mes tripes.
Avant de lancer l’offensive, je jette un nouveau coup d’œil à la rue, pour vérifier qu’aucun civil ne se trouve pris dans un tir croisé. Grâce au ciel, il n’y a pas âme qui vive. Voilà au moins un élément qui devrait nous simplifier les choses, en limitant les risques.
Zyan se rapproche un peu plus de moi, glisse la main dans sa poche et me murmure.
— Je prends les deux types à l’arrière, tu t’occupes des deux plus proches. Sois prudente !
C’est l’accro aux sensations fortes qui me dit ça ! Ma réponse se passe de commentaire. Un majeur enfoncé sans douceur dans son ventre dur comme du béton. Pas le moins du monde impressionné, il affiche cette expression « ne me la fais pas à moi » et je soupire en opinant une nouvelle fois. 
J’avoue que nous ne faisons pas vraiment dans la dentelle, mais c’est notre style et si ça doit me permettre de découvrir ce qui se trame dans ce satané bâtiment alors, allons-y !
— Cinq, quatre, trois…
Il protège ma tête et penche la sienne avant d’attraper son arme sous sa veste. La mienne est déjà dans ma paume.
— Deux. Un…
Les pétards résonnent, tandis qu’une poignée de gosses, qui étaient planqués jusque-là, détalent en gloussant comme des bossus. La petite explosion renverse la poubelle près de laquelle ils jouaient hors de vue. Surpris, les molosses sortent leur arme et par réflexe se baissent pour se protéger. Zyan en profite et contourne l’immeuble pour passer par-derrière, pendant que je me précipite vers l’avant, en hurlant à la mort, comme le ferait n’importe quelle gonzesse effrayée.
Les deux molosses se relèvent et se précipitent dans ma direction, probablement pour me faire taire et découvrir d’où vient la menace. Le premier arrive à portée de coup en moins de cinq secondes, mais il me faut avoir les deux en même temps pour conserver l’effet de surprise. Le blond m’attrape par le bras, je lutte contre tous mes instincts pour lui faire lâcher prise immédiatement. Le martèlement du Glop dans mon esprit hurle comme une cymbale prête à faire éclater mes tympans. Face au danger, mon subconscient me lance cet avertissement, plus parlant qu’un million d’explosions. Il m’aide aussi à vider mon esprit et à me recentrer sur mes compétences de combattante aguerrie. C’est un peu comme un super pouvoir, sauf qu’il ne me sert pas à grand-chose, puisque je me mets volontairement dans la mouise.
Les paluches du gros bras me broient presque les os, tandis qu’il cherche à me réduire au silence en plaquant sa paume moite sur ma bouche. Au même moment, le second nous rejoint et je lâche la bride à la furie que je musèle d’habitude.
Je mords de toutes mes forces le premier, avant de lui enfoncer mon coude dans le ventre. Surpris et un peu désorienté, il relâche sa prise sur mon bras et se retrouve moins d’une seconde plus tard plié en deux. J’avoue que prendre ses parties intimes pour un ballon de football n’est pas très fairplay, mais je m’en contrefous.
Pendant qu’il glapit des insanités, l’autre molosse s’est remis de sa surprise et sort déjà son arme. Seulement, il est trop lent et j’ai déjà devancé son geste. Avec une clef de bras mille fois répétée, je le désarme sans la moindre difficulté.
Pas le temps d’y aller par quatre chemins, dans ce genre de situation, c’est la rapidité et la réactivité qui font la différence. Le gaillard a beau faire deux fois ma taille, je suis spécialisée en self-défense et même avec sa force brutale, il n’a pas la moindre chance. Il me faut moins de trente secondes pour l’envoyer rejoindre son pote au sol.
Ce dernier, incapable de se relever complètement, tente de braquer son arme dans ma direction. Malheureusement pour lui, je gère plutôt aisément ce genre de situation depuis longtemps. D’un coup de pied, je l’envoie rejoindre les étoiles, le visage en sang, le nez explosé, écrasé sur l’asphalte.
C’est plutôt expéditif, j’avoue que je ne leur ai pas laissé la moindre chance de me blesser, mais j’ai conscience de notre différence de morphologie. Un coup de leur part et c’est un probable K.-O. par black-out. Si je prends un tel risque, Zy se retrouve sans soutien et le laisser vulnérable est totalement hors de question.
Je jette un nouveau coup d’œil autour de moi par acquit de conscience, mais les rues restent toujours aussi désertes.
Ailleurs, les pétarades du « Nabot » auraient provoqué une émeute ou un vent de panique, mais pas ici. Par la force des choses, les habitants du coin ont appris à se cacher pour rester en vie. Pas de super héros. Pas d’appel à la police. On ramasse les morts après les fusillades et on se terre en se faisant discret, au risque d’être la prochaine cible. On est dans un espace de non-droit qui pour une fois m’arrange bien.
Si mon sixième sens ne me hurlait pas d’accélérer, j’aurais presque pu me satisfaire de la vision de ces deux imbéciles ficelés comme des poulets avec leurs propres ceintures. Simple, rapide et efficace. Nul doute qu’ils apprécieront la surprise à leur réveil...

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