Flammes Jumelles
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Description

Nancy Mighty, adolescente de seize ans, asociale et au sale caractère, déteste sa petite vie dans la célèbre ville sorcière du Massachusetts, et plus que tout, son lycée, le fameux lycée de Salem.
Elle est habituée à son quotidien monotone et à ses petits problèmes d’adolescente.
Qu’elle va être sa réaction lorsque divers changements surviendront dans sa vie à partir de sa rencontre avec le presque parfait et arrogant Irwiss Heavenly ?
Plus jamais ses journées ne seront comme avant. C’est toujours ainsi lorsque des divinités s’en mêlent.
Et dire que tout à commencé dans un magasin pour animaux.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 octobre 2019
Nombre de lectures 17
EAN13 9782312067070
Langue Français

Exrait

Flammes Jumelles
Nancy Loumingou
Flammes Jumelles
Le Lien
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2019
ISBN : 978-2-312-06707-0
À tous mes proches amis et à ma famille, qui m’ont encouragé à terminer cette histoire et qui m’ont inspiré pour chaque personnage.
L’épreuve a pour but de reconnaître la quantité de sacrifice qui est dans une âme ; la connaissez-vous, messieurs, votre quantité de sacrifice ?
Citation de Henri Lacordaire (1897)
Prologue
De ma vision extérieure je me vis tomber au sol. Je ne pouvais pas détacher mon regard factice de celui réel – et maintenant mort – de mon enveloppe charnelle où brillait encore quelque peu la lueur d’acceptation et de détermination que J’avais eu quelques secondes plus tôt.
Je me regardais tomber, impuissante, le temps suspendu comme-ci celui-ci avait été ralenti afin d’augmenter la sensation de brûlure au fond de mon estomac. Le bruit de mon ancien corps s’entrechoquant avec la surface imposante de la neige était semblable au son d’un marteau s’acharnant une dernière fois sur une malheureuse planche de bois. Le fameux son annonçait que le verdict était tombé, et qu’il n’était pas des plus heureux.
Je reportai mon attention sur ce qui fut, jadis, mon corps.
Le liquide rougeâtre commençait à se répondre à partir de mon ventre pour descendre et enfin terminer son chemin sur la poudreuse, mes cheveux bruns légèrement bouclés formaient un éventail autour de mon crâne et ma peau au teint basané faisait un parfait contraste avec la blancheur maladive de la neige.
J’avais tenté le tout pour le tout en essayant de combattre quelqu’un de fondamentalement mauvais pour le bien des miens et voilà ce que je récoltais.
De ce que je savais cette sentence était irrévocable.
La mort.
1. Aperçu
Les vacances d’été allaient bientôt prendre fin.
À mon grand dam, j’avais dû quitter Lausanne. Je regrettais déjà la belle ville suisse bordée par le Lac Léman. Je m’étais attachée aux moindres détails de mon quotidien dans cette ville.
Les doux courants d’air qui me fouettaient le visage à chaque fois que j’ouvrais la fenêtre de ma chambre d’hôtel chaque matin et l’attitude chaleureuse et accueillante des suisses que j’avais pu rencontrer étaient les deux choses qui allaient le plus me manquer de cette ville.
Malheureusement, pensais-je. J’avais dû rentrer chez moi, dans ma ville natale.
Salem. La célèbre ville « sorcière » du Massachusetts. Elle s’étendait sur près de quarante-six kilomètres carrés et comptait quarante-trois mille cent trente-deux habitants. Cette ville avait été spectatrice de bon nombre de mes malheurs, de mes déceptions et de ma rage.
Peut-être était-ce pour ça que je ne pouvais me résoudre à l’aimer, qui sait.
Quoiqu’il en soit, Je ne m’y étais jamais vraiment sentie à ma place et pourtant j’y étais née et y avait vécu durant toute ma vie, mais je préférais de loin Lausanne, une ville où j’avais passé quelques semaines, à cette ville maudite que l’on nommait Salem.
En fait, en y réfléchissant bien, il n’y avait pas que Salem que Lausanne surclassait, malgré tous les endroits du monde que j’avais pû visiter, Lausanne était de loin mon préféré. J’y étais restée, seule, sans pression familiale, et, j’avais un but, une chose à accomplir dans cette ville.
Je devais l’admettre, ça avait été changeant, rafraîchissant.
Bien évidemment, ces deux mois de vacances avaient été mis à profit. J’avais été envoyée à Lausanne – au début ce n’était pas mon intention d’y aller – principalement à des fins éducatives à un stage de vacances dans le domaine de la psychologie, orchestré par le professeur Michel Bierlaire dans la grande et réputée « École Polytechnique Fédérale de Lausanne » ou simplement « EPFL ». C’était une université spécialisée dans les domaines de la science et la technologie – je n’avais jamais pu encadrer cette dernière matière – mais il y existait un programme de psychologie.
Ma famille m’y avait inscrite, jugeant que je n’étais pas assez stable, psychologiquement parlant, et ils avaient raison, j’étais morbide, constamment indifférente à ce qui m’entourait et sujette à pleins d’autres émotions et attitudes négatives. Parler était pour moi un véritable obstacle quand la situation dans laquelle on voulait m’aborder n’était pas une question de vie ou de mort. Parfois certains arrivaient à m’arracher quelques mots et, me laissant prendre au jeu, j’acceptais alors d’engager une conversation. Mais c’était rare sachant que les personnes à qui J’accordais mon attention se comptaient sur les doigts de la main.
Je me savais parfaitement invivable pour ceux qui m’entouraient et je me détestais de leur faire subir ça. Parfois quand l’un d’eux me parlait, que ce soit un ami ou un membre de ma famille, je n’effectuais aucun geste et je pouvais très clairement voir de la tristesse peindre leurs visages. Je haïssais leur faire du mal, détestais ne pas m’ouvrir à eux plus souvent, et regrettais de ne pas encore trouver un moyen de changer de façon d’être.
Malheureusement, aussi longtemps que je m’en souvienne, j’avais toujours été ainsi.
Celui qui a engendré mon départ n’était autre que mon frère, Thierry , qui avait balancé au reste de notre petite famille ce que je lui avais confié. Il leur avait parlé de mes états-d’âmes, mes envies de tout quitter et de ne jamais me retourner, de tirer un trait sur cette ville à tout jamais. Je lui en avais voulu pour ça. Je n’étais pas du genre à dire ce que je ressentais ou ce que je pensais tout le temps et à tout le monde, je gardais tout pour moi, jusqu’à exploser parfois, alors, le simple fait que je lui en ai parlé, était un miracle.
Pourtant, sachant parfaitement ce fait, il n’avait pas hésité à tout balancer ce jour-là, sans compter, qu’en plus d’aller leur raconter tout ça, il avait carrément insinué que j’aurais très bientôt des tendances suicidaires et que ce serait mieux si je changeais d’air avant de commettre l’irréparable.
Sérieusement ? Moi, suicidaire ?
Je n’étais quand même pas déprimée au point où je jugerais bon de gâcher tout le travail que ma mère avait accompli pour que je puisse exister dans ce monde dix-sept ans plus tôt.
Même si ce monde était loin d’être parfait.
Enfin bon, j’avais fini par lui pardonner parce que je devais le reconnaître, j’en avais eu le plus grand besoin, et puis, j’avais aimé ce stage. Il avait été enrichissant et m’avait permis de développer une capacité que je possédais déjà. J’étais douée pour lire les gens. Chaque geste, expressions faciales, tics et j’en passe, étaient, pour moi, facile à repérer et à décortiquer, on appelait ça les micro-expressions . Les micro-expressions sont des mouvements faciaux de petites durées – une demi-seconde – que l’on faisait involontairement en ressentant une émotion comme la tristesse, le bonheur ou la peur. Elles étaient extrêmement brèves, pourtant, j’arrivais à les voir.
J’étais une brillante élève et avait même réussi quatre-vingt-dix pour-cent du test de fin de stage, cependant, j’avais une lacune d’après mon enseignant. J’avais trop foi en la nature humaine selon lui, et cette foi m’empêchait de croire mon instinct lorsque ce dernier me disait de ne pas croire en la bonté d’une personne. C’était une triste vérité. J’y travaillais en m’efforçant à ne pas trouver de bon fond aux criminels.
Peine perdue, je croyais trop au genre humain.
Pourtant, en y repensant bien, il existait, en ce bas monde, des gens dont la cruauté était telle qu’ils ne pouvaient même plus être qualifiés d’êtres humains. Ils étaient démoniaques, fourbes et représentaient à la perfection le cliché américain des lycéens populaires.
Celui que je pouvais le moins encadré était Travis Connor’s .
Il était le créateur de la dictature lycéenne à Salem High School. C’était un grand brun aux yeux marron clair, presque orange, un véritable symbole du narcissisme par excellence.
Il m’avait fait un long monologue dès mon arrivée à Salem High School pour m’expliquer toutes les lois stupides qui, bien sûr, ne cessaient de tourner autour de sa petite personne. Son discours parlait principalement du comportement à adopter pour lui adresser la parole – je ne saurais le dire avec précision, je ne l’écoutais pas. Il avait terminé son satané discours avec un sourire en m’encourageant à suivre ses lois pour espérer faire partie de son groupe. Il m’avait tellement agacé que j’avais lâché « Ta gueule, tu m’ennuies. Je ne fais pas et ne ferais jamais parti de ta bande de suceurs » et, je me souvenais encore très clairement du choc général présent sur les visages de ceux qui avaient entendu ma tirade, Ils s’étaient retournés, bouche bée que j’ose parler de cette façon à leur maître.
Moutons sans cervelles.
Je me souvenais avoir vu son visage changé de couleurs allant du bleu en passant par le rouge pour finir par son teint pâle habituel.
À un moment j’avais cru qu’il était constipé.
Il m’avait ensuite menacé d’un classique petit « Retire tes paroles ou cette école deviendra ton enfer personnel », une phrase cliché que le mauvais garçon du lycée sortait à la nouvelle élève timide et fragile dans toute série américaine qui se respecte, sauf que, je n’étais ni timide ni fragile et que mon instinct de survie proche de zéro m’avait poussé à lui répondre bêtement « J’ai hâte de voir ce que me réserve l’enfer » avant de lui faire un croche-pied et de marcher paisiblement vers mon prochain cours.
En ce qui concernait mon enfer personnel, et bien je pouvais dire que je n’avais pas été déçue, il m’avait vraiment fait un sale coup, manœuvré avec une intelligence que je ne soupçonnais pas.
Son petit enfer à commencé à cette époque là, au moment où des personnes que je ne connaissais pas encore m’avaient abordé, ils étaient nouveaux, tout comme moi.
Il y’avait Cindy Durkin, la douceur et la gentillesse se lisait sur son visage. Une crinière brune qui descendait sur ses épaules encadrait son visage en forme de cœur. Son visage était marqué par des joues rondes que lui imposaient ses nombreux rires et sourires. Elle avait un caractère enfantin qui allait parfaitement avec sa petite taille. Ses yeux d’un bleu sombre contrastaient avec sa peau de porcelaine. Elle avait été la première avec qui je m’étais sentie aussi à l’aise depuis près de dix-sept ans.
Luke et Thomas Garrod , deux jumeaux au caractère plutôt malicieux. Ces grands blondinets que je considérais comme mes frères de cœur étaient toujours les premiers à suspecter dans les coups tordus, ils n’y avaient pas pires qu’eux pour m’agacer et m’attendrir – un tout petit peu – avec leurs blagues qui étaient souvent de mauvais goût. Leurs yeux aux pupilles plus noires qu’une nuit sans lune étaient plutôt expressifs malgré leurs couleurs.
Et enfin, Chloé Strymann. Nous nous étions détestées au début mais nous avions fini par devenir très proches en discutant et en apprenant que nous avions de nombreux points communs comme par exemple nos humeurs constamment négatives et notre facilité déconcertante à apprendre puis parler plusieurs langues. Elle était rousse aux pupilles d’un gris sombre, presque aussi orageux que le ciel un jour pluvieux à Salem, et me dépassait de quelques centimètres étant légèrement plus grande que les filles de son âge.
Avec eux aussi j’avais été acerbe lorsque nous nous étions rencontrés.
Chloé l’avait mal pris et de là venait notre mauvaise entente du début, Luke et Thomas avaient été tristes mais avaient essayé de me parler de temps en temps et Cindy avait persévéré allant même jusqu’à prendre mon téléphone pour enregistrer mon numéro dans son téléphone pendant que j’avais le dos tourné.
Après une semaine j’avais craqué et les avaient laissé prendre des places importantes dans ma vie, sans me douter, que Travis attendait tapis dans l’ombre. Il avait commencé un enchainement de punitions , qu’il avait soigneusement concocté à mon honneur malgré sa stupidité, et l’avait mis en marche au bout de trois mois.
Il avait attendu trois mois que je puisse me décider à ne plus me complaire dans ma solitude pour m’y replonger de la plus violente des façons.
Plus taré tu meurs.
La famille de Travis et celles de mes quatre amis étaient très liées et il n’avait suffit que d’une conversation entre Travis et son père où cet infâme personnage s’était plaint de ne jamais avoir pu leur adresser la parole pour que son père en discute avec ceux de Cindy, Thomas, Luke et Chloé qui avaient alors imposé à leurs enfants d’intégrer le groupe de Travis.
S’était ensuite enchaînée une série de malheurs où des rumeurs circulèrent sur moi insunuant que je tuais des gens, que je couchais avec tout ce qui bougeait et même que j’étais lesbienne. De fausses rumeurs et aucune preuve, mais, sortant de la bouche de leur maître, c’était forcément véridique pour ces crétins de lycéens.
Je ne m’étais évidemment pas laisser faire et répondait piques par piques m’attaquant aux nombreux défauts qui faisaient de lui le grossier personnage qu’il était.
Sa cour, comme il aimait l’appeler, comptait en totalité six membres qu’il jugeait avoir assez de compétences pour avoir l’immense honneur de rester dans son sillage. Les membres étaient Cindy, Thomas, Luke, Chloé, Ivann et Audrey. Ces quatre premiers n’avaient pas eu le choix, leurs pères l’avaient fait à leurs places. Ils attendaient d’eux qu’ils soient constamment présents autour de Travis.
En ce qui concernait les deux derniers, c’était une toute autre histoire.
Ivann , le frère de Travis était semblable à ce dernier. Il était également brun avaient les mêmes traits que son frère, et ils auraient peut-être pu se faire passer pour des jumeaux si Travis n’avait pas eu dix centimètres de plus qu’Ivann et que ce dernier n’avait pas les yeux plus noirs que le fin fond d’un puit sans fond.
Ivann ne m’avait pas détesté dès le début et avait même trouvé mon acharnement à vouloir me rebeller contre son frère des plus « amusants ».
Je ne voyais pas ce qu’il y’avait de drôle, je considérais plus ça comme des temps de guerre, mais soit, le fait est qu’il m’avait un nombre incalculable de fois demandé de sortir avec lui, que j’avais toujours refusé en lui lançant mes chaleureux – ironie quand tu nous tiens – « Non », cependant, il semblait qu’il ne connaissait pas la définition de ce mot puisqu’il qu’il avait continué jusqu’au jour où il avait osé poser ses mains répugnantes sur mes épaules en me proposant de « passer du bon temps » et que, ayant vu rouge, je lui avais renversé l’intégralité de mon plateau sur la tête, l’humiliant au passage.
C’était à cause de ça que la rumeur selon laquelle j’étais lesbienne avait vu le jour.
Depuis, il me détestait et essayait de me ridiculiser, avec l’aide de ses propres suiveurs, en vain.
Ensuite il y’avait la petite amie de Travis, Audrey .
Une fausse blonde aux yeux bleus. Une personne superficielle comme on n’en faisait plus et qui pour compléter le tout était l’incarnation même du cliché de la méchante lycéenne populaire qui était constamment flanquée de ses deux copines, lesquelles faisaient plus offices de garde du corps et de servantes qu’autre chose, dans les livres et les films américains.
Ce genre de personne était une honte pour l’Amérique selon moi. À cause de gens comme eux, les autres avaient des préjugés sur nous tous. Par exemple, je me souvenais très bien que lorsque nous avions rendu visite à Thierry en Angleterre où il étudiait à l’Université de Cambridge, j’avais vu sur les têtes de pas mal d’anglais qu’ils avaient tous une image définie des américains. Ils pensaient tous qu’on était des drogués, alcooliques, adeptes de la chirurgie esthétique et j’en passe tout ça à cause de l’image que renvoyaient des gens comme Audrey de nous.
La blonde décolorée me vouait une haine féroce et sans faille depuis que son copain le lui avait ordonné et bien sûr comme un petit chien elle avait accepté.
Petite cruche va.
Comme toute personne proche du roi, elle avait des moutons qui suivaient ses moindres faits et gestes, l’admiraient, voulaient lui ressembler et lui vouaient limite un culte. Elle s’était alors servie d’eux pour essayer de me démoraliser et me rabaisser mais en vain. Aucune de ses actions ne pouvaient me toucher réellement, et pas que les siennes, mais aussi celles de son copain ainsi que le frère de ce dernier. Une seule chose avait eu le mérite de me faire souffrir depuis le début de la bataille, c’était mon éloignement forcé avec quatre personnes incroyables.
Travis était un grand adepte de tout ce qui était drogue, sexe, argent qui était selon lui le parfait mélange américain et c’était bien cela qui me terrifiait, j’avais peur. Peur que mes amis finissent comme lui. Peur que la constante mauvaise influence de Travis puisse un jour les conduire à faire des choses indignes d’eux.
C’était peut-être ridicule de penser que des gens aussi bons puissent changer à ce point mais tout pouvait arriver, une seule mauvaise décision pourrait faire chuter toutes leurs convictions honorables et les faire tomber du mauvais côté de la force.
J’avais en horreur cette perspective et c’était pour ça que je me raccrochai à la confiance que je plaçais en eux et en leurs décisions.
Rien que le soutien qu’ils m’apportaient même si Travis était dans les parages me garantissait qu’ils resteront ceux que j’avais rencontré à jamais. Ils auraient normalement dû être contre moi eux aussi, puisque le roi le leur avait ordonné, mais ils faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour calmer le jeu entre les deux camps.
Je commençai vraiment à devenir nostalgique de tous ces moments passés avec eux, comme par exemple, un mois après notre rencontre, lorsque nous avions tenté de rentrer dans le Witch Museum et que j’étais tombée avec Cindy en tentant d’enjamber les grilles, on avait tous éclaté de rire en rentrant dans le musée parce que Chloé avait accidentellement refermer la porte sur son pull et qu’elle avait crié en pensant qu’un voleur lui tirait dessus et allait la prendre en otage. On avait longuement regardé chaque objet, eux sérieusement et moi avec un intérêt feint, et pendant que nous prenions des photos une alarme silencieuse s’était activée. Quand la police à débarqué cinq minutes plus tard on avait cru voir flou.
Au final nous nous étions fait prendre et nos parents nous avaient puni durant deux semaines.
On s’était tellement amusé ce jour-là que la punition nous était passée par-dessus la tête.
Je soupirais. Cette merveilleuse époque était dorénavant révolue.
Maintenant nos interactions se résumaient à de rares sorties dans des endroits peu peuplés où Travis ne pourrait avoir vent de nos retrouvailles, des regards discrets et des conversations uniquement par le biais de nos iPhones très tard dans la nuit.
Cindy et moi ne nous parlions quasiment plus parce que, non seulement on ne pouvait pas vraiment se parler au lycée, mais en plus de ça ses parents avaient décrété que j’avais une mauvaise influence sur elle et ils surveillaient ses appels, ses messages et ses comptes sur tous les réseaux sociaux où elle s’était inscrite pour s’assurer qu’il n’y avait plus de contact entre nous.
En ce qui concernaient mes interactions avec Luke et Thomas, elles étaient à l’extrême opposée de celles que j’avais avec Cindy. Nous nous voyons à chaque fois qu’ils pouvaient fausser compagnie au roi pour me rejoindre en dehors du lycée, ils semaient aussi la troupe pour venir me retrouver quand j’étais avec d’autres amis – moins proches certes mais amis quand même – tels que Julia, Lucy, Harry, Zinn, Justin et Théo.
Ils manquaient à chaque fois de se faire prendre à mes côtés par Travis mais ne prenaient pas autant que ça les règles au sérieux.
Chaque jour à tour de rôle l’un d’eux laissait un mot et un cadeau dans mon casier pour me montrer qu’ils seraient toujours là pour moi quand j’aurai besoin d’eux.
Ces jumeaux avaient des cœurs en or.
En ce qui concernait Chloé et moi, nous nous voyions beaucoup plus souvent encore qu’avec les autres. Elle se foutait un peu des représailles que pourrait lui faire subir le roi des frimeurs s’il venait à apprendre que l’on se parlait, en insouciante qu’elle était.
Elle projetait de s’éloigner du groupe de Travis le plus délicatement possible cette année mais je savais que même si sa démarche était la plus discrète du monde elle n’y parviendrait pas facilement. Il y’avait peu de chances que cette technique fonctionne mais elle insistait pour ne serais-ce qu’essayer quitte à subir des représailles. Elle ne savait pas trop ce qu’elle disait au sujet des représailles. Personne ne veut vivre ce genre de choses. Après pour les chances de s’échapper je savais d’expérience que si l’on pouvait échapper des griffes acérées de ce vicieux aussi facilement, ça se saurai et ça s’essayerai.
J’avais la majorité des lycéens dans mon camp. Ils étaient reliés à ma cause et me soutenaient farouchement depuis que j’avais tenu tête à Travis la première fois. Je ne me rebellais pas simplement pour moi mais aussi pour tous ceux qui subissaient ses fourberies. Je ferais tout pour libérer ce lycée de l’emprise du roi.
Normalement chaque année les lycéens choisissaient leur roi et donc, techniquement, ils auraient tous pu se débarrasser de lui lorsqu’il était entré au lycée il y’a deux ans de cela, pourtant aucun lycéen n’avait osé le faire. Julia m’avait expliqué que lorsqu’il était entré au lycée il s’était imposé de force en instaurant la peur de lui désobéir et jamais l’idée de le faire partir n’avait effleuré l’esprit d’un d’eux. Ma venue avait mis du baume au cœur à pas mal de souffre douleurs.
Je me sentais comme Robin des Bois.
Il fallait que cette année soit la bonne parce qu’au vu de ses notes il était capable de rater son diplôme et de redoubler. Cette possibilité à elle seule suffisait à me foutre les jetons et je ne me sentais pas la force de le supporter une année de plus que ce qui était déjà prévu.
J’avais de l’espoir pour cette année. J’avais eu le temps de peaufiner mon plan pour le faire déguerpir de son trône. Ce sera la dernière fois que j’entendrais parler de Travis Connor’s ou je ne m’appelais plus Nancy Mighty.
En plus cette année j’aurais un soutien des plus importants, une carte que je n’avais pas voulu utiliser l’année dernière, préférant me battre seule.
Le pouvoir de ma sœur aînée, Addisson Mighty. La Reine de Salem High School..
2. Reconnaissance
Je regardais le paysage verdoyant qui longeait le chemin de la route bosselée autour de notre maison au milieu des bois environnants près du lac Cedar Pond dans lequel nous venions piquer une tête pour des bains de minuit ma sœur et moi en cachette bravant le couvre-feu qui était normalement fixé à onze heures du soir que de toute façon nous ne respections pas en général.
Depuis le début du trajet essayant de me perdre dans la contemplation du côté passager de ma Maserati Levante noire de la série 3.0 V6 Q4 Auto GranLusso que j’avais dans un excès de folie laissé ma sœur conduire. J’essayais depuis le début du trajet d’oublier quel genre de rayures elle pourrait lui faire en roulant à cent quatre vingt km/h avec une conduite qui laissait à désirer.
Il fallait que je pense à autre chose parce que si j’y songeais trop je risquerais de faire une crise de panique puis de lui prendre le volant des mains ce qui nous conduiraient vers une mort certaine, du moins plus rapidement que si je la laissais avec le volant.
Le regard toujours rivé vers le paysage qui défilait à toute vitesse je poussai un long soupir.
J’avais vraiment une dent contre cette ville alors qu’elle ne m’avait rien fait de particulier – à ma connaissance. Je ne me sentais pas à mon aise ici comme si cette ville manquait d’un petit je ne savais trop quoi qui une fois acquis la rendrait vivable à mes yeux.
Je sentais simplement que j’avais besoin de quelque chose sans pour autant savoir pourquoi, comme-ci cette chose était la clé d’un coffre-fort verrouillé dont le contenant était de la plus haute importance et qui demeurerait éternellement hors d’atteinte si je ne le déverrouillai pas.
Je ne savais pas comment je le savais, mais je savais juste que je le savais.
C’était peut-être encore juste l’une de mes intuitions légendaires – s’avérant toujours être juste n’étant pas légendaire pour rien. Me fiant à elle, je tentai vainement de réfléchir à ce qui pouvait bien manquer.
Un objet ? Une personne alors ?
Les deux suppositions étaient autant exécrables l’une que l’autre, même s’il fallait avouer que la dernière battait des records.
Une personne ? Qu’allais-je donc faire avec une personne en plus dans ma vie ? En supposant que ça arrive Il ou elle recevrait le même traitement que quasiment toutes les personnes que je connaissais personnellement. Lire la douleur du rejet qui apparaîtra sur ce nouveau visage serait trop dur à supporter.
Je devais d’abord changer radicalement avant d’entamer une nouvelle amitié.
Je voulais bien essayer de me reconstruire, l’envie y était – moyennement mais y était quand même – sauf que je ne savais pas par où commencer.
Que devais-je arranger en premier ? Par quoi devrais-je commencer ?
Je me posais souvent cette question parce que je n’en avais aucune idée. J’avais beau me triturer les méninges jusqu’à avoir des maux de crâne insupportables. Je pourrais toujours essayer de chercher lorsque ma sœur nous ramènera chez nous. Sauf que chez moi j’avais un obstacle pire que tout ce que je n’avais jamais affronté – psychologiquement parlant – auparavant qui m’empêchait de le faire.
La fatigue était le pire des adversaires et de loin. Je pouvais à peine bouger le doigt de pied qu’elle apparaissait aussitôt et me faisait reporter mes réflexions pour le lendemain et évidemment le lendemain c’était pareil et tous les jours s’était le même cirque.
J’étais fatiguée de devoir chercher quelque chose que je ne trouverai peut-être jamais, de me faire des films, d’être dans l’obligation de vivre à Salem, d’être obligée de croiser le roi et ses tintins et enfin de la vie.
Fatiguée de ma vie.
Ma sœur et moi devions nous rendre au Magasin d’articles pour animaux sur l’avenue Highland. J’avais oublié de racheter un beau petit nid douillet à Hope, mon serpent – non venimeux – qui avait pris l’habitude de dormir dans mon lit à Lausanne ce qui avait fait hurler d’horreur Ida, ma mère, qui avait cru qu’Hope allait porter atteinte à ma vie et était déjà prête à me venger, une batte de baseball à la main.
Sans rire, elle a failli le tuer.
Je me souvenais que lorsque j’étais entrée dans cette animalerie le jour de mes dix ans pour mon anniversaire, j’avais tout de suite craqué pour ce majestueux serpent peu commun aux écailles blanches et aux yeux blancs et jaunes luisants. Ce python était devenu au fil du temps le plus formidable des confidents. J’avais un lien avec Hope que je n’avais avec personne et cela depuis le premier jour où nos regards s’étaient croisés.
Je le caressais tendrement tandis qu’il reposait sur mes genoux enroulé sur lui-même.
En y repensant, c’était parce que je l’avais aimé de tout mon cœur dès le premier regard que l’on m’avait permis de le garder et le plus étonnant dans toute cette histoire c’était qu’ils avaient vite accepté de me l’acheter sans chercher à négocier pour que je prenne plutôt un chien ou à la rigueur un chat. C’était bizarre parce que je connaissais mieux que personne la phobie des reptiles – ou tout ce qui y ressemble – de ma mère.
Je soupirai.
Ma mère était un peu – en fait très – peureuse et parfois ça devenait agaçant. C’est vrai quoi, qu’est-ce qui était censé faire peur dans un serpent ? Sans compter que le mien était plus humain qu’autre chose, il était étonnamment civilisé pour un animal.
Personne ne le savait – à part moi sinon on me forcerait à le relâcher – mais parfois, Hope brillait d’un éclat blanc pur vers deux heures du matin et j’entendais sa voix – enfin je ne l’avais jamais entendu parler mais je supposais que c’était lui – dans ma tête qui répétait « Ils vont se retrouver, ce n’est qu’une question de temps ».
Mes réactions étaient assez spéciales et tout ce qui aurait pu paraître bizarre pour d’autres était normal voir naturel à mes yeux du coup je n’étais nullement apeurée mais plutôt réconfortée quand ce phénomène se produisait. Les membres de ma famille avaient à peu près les mêmes réactions quand un évènement étrange survenait – du moins de ce que je pouvais en tirer sur leur visage –, c’était peut-être de famille, qui sait.
En jetant un coup d’œil à Addisson je vis ses sourcils affaissés, elle craqua ses doigts puis déglutit. Elle pinca les lèvres une demi-seconde et battit rapidement des yeux. J’en déduisis qu’elle était mal à l’aise et se retenait de parler ou plutôt de me parler.
Quand je compris qu’elle avait peur que je ne lui réponde pas deux émotions dominèrent instantanément les autres. Elles firent surface plus vite qu’un éclair s’abattant sur un arbre un jour d’orage.
Un zeste de culpabilité et un torrent de colère.
Ne me connaissait-elle pas assez depuis le temps pour comprendre que parler n’était pas mon fort ? Que j’avais un mal fou à être expansive si ce n’était pas pour menacer ou insulter ceux qui me cherchaient des poux ? Que me ressourcer dans mon silence me permettait de me préparer mentalement pour la rentrée dans deux minuscules petits jours ?
Apparemment il fallait avoir des ennemis comme j’en avais pour le comprendre.
En arrivant au lycée, j’avais étais répertoriée dans la catégorie des geeks à cause de mon amour des langues étrangères, ma passion pour les expériences chimiques que j’adorais faire exploser à la fin de chaque cours et aussi parce que je n’étais pas du genre à étaler ma vie comme de la confiture sur un toast.
Être considérée comme une intello dans un lycée, c’était loin d’être facile tous les jours, ça avait duré deux jours puis Travis était venu me parler, je l’avais rembarré et avais par la suite été étiquettée, par l’ensemble des élèves, de rebelle, hors la loi – ce genre d’appellations – et depuis, cette étiquette était restée.
J’avais rendu le lycée meilleur pour les persécutés parce que Travis et compagnie étant concentrés sur moi, n’avaient plus le temps d’attaquer d’autres élèves, de plus tout ce qu’ils essayaient de faire pour m’atteindre ne me faisait rien de plus que m’agacer légèrement et je continuais de faire comme si rien ne se passait de spécial – ce qui les agaçaient –, mais bien sûr il y’avait eu des moments que je ne qualifierais jamais de bon souvenir.
Comme par exemple la dernière fois où j’avais subi l’habituel – et cliché – vol de fringues dans les vestiaires des filles.
Si ça n’avait été que ça il n’y aurait pas eu mort d’hommes. Je n’étais pas complexée et j’aurais pu me balader en serviette jusqu’à ma voiture sans honte – ce que j’avais dû faire – mais lorsque mes sous-vêtements – en dentelle noire de surcroît – avaient été accrochés au tableau d’affichages où tous les élèves pouvaient les voir, ça devenait une atteinte à ma vie privée.
C’était la plus gentille chose d’une longue liste qu’il n’y avait que moi qui pouvait supporter.
Ce jour là j’avais été dans une colère si noire que j’avais remis ces catins – parce qu’il ne pouvait s’agir que d’Audrey et de sa bande de cruches – à leur place en les emmenant sur le trottoir le plus proche de l’école après les avoir assommé et porter avec l’aide de Julia et Théo puis j’avais pris une photo d’elles que j’avais envoyé à tout le lycée avec un petit mot charmant en légende « Salope dans leur habitat naturel ».
Évidemment je l’avais fait uniquement pour illustrer mes propos, ce n’était pas méchant puisqu’elles en étaient fières.
C’était leur étiquette depuis l’arrivée de Travis dans ce bahut, et de toute façon, comment devrions nous appeler des filles qui mettaient des jupes tellement courtes que celles-ci faisaient concurrence avec la longueur de leurs culottes, qui avaient parcouru les lits de plus de la moitié des garçons du lycée et qui comptaient un pourcentage de plastique plus élevé que de chair humaine dans leur organisme ?
Il n’y avait pas d’autres mots pour décrire ce genre de filles.
Je n’avais pas envie de revoir le visage de ces attardés avant un long moment mais j’étais obligée de me rendre au lycée. Heureusement pour moi, il me restait encore un week-end pour me préparer mentalement, et deux jours de plus n’étaient jamais de trop lorsque l’on voulait éviter de voir des personnes indésirables, pourtant j’en aurais voulu plus.
Plus de temps, c’était tout ce dont j’avais besoin et même rien ne me faisait vraiment mal, regarder les visages de Travis, Audrey et Ivann me donnait des envies de suicides et de meurtres.
Je soupirais en réalisant une évidence.
– Je ne serais jamais totalement préparer à tout ça, marmonnais-je découragée.
Nous n’étions plus très loin de PetSmart, le fameux magasin pour animaux. Le trajet ne durait pas plus de vingt minutes mais j’avais pourtant eu cette cruelle impression qu’il avait duré une éternité, pris beaucoup trop de temps à mon goût enfin en même temps j’aurais dû m’y attendre.
Ce n’était pas comme si on pouvait se téléporter de la rue Lynnfield à l’avenue Highland en trois secondes, pensais-je avec mécontentement.
Le silence régnant dans l’habitacle de ma chère et tendre voiture ne me dérangeait pas le moins du monde mais je sentais que Hope avait besoin que je lui chante sa chanson préférée et puisqu’Addisson n’aimait pas vraiment les silences – qui la rendait à coup sûr mal à l’aise – je ferais d’une pierre deux coups et tout le monde serait gagnant.
Enfin tout le monde sauf moi.
Je commençai doucement les premières paroles de Name of Love , chantant dans mon souffle. Addisson, m’entendant, m’accompagna pour le reste de la chanson. Nos voix étonnamment douces et fluides s’accordaient parfaitement bien, les tonalités s’entremêlaient pour donner naissance à une seule et même voix. J’adorais ce genre de moment avec ma sœur – quoique je préfère quand même ma précieuse tranquillité.
Il ne restait plus que quelques phrases avant la fin de la chanson de Bebe Rexha. Addisson venait de se garer sur une des places de parking à côté d’une Venom F5 bleu de nuit et se tourna vers moi pour que l’on chante ensemble les deux dernières phrases tandis que je sentais qu’Hope allait bientôt se réveiller parce qu’il remuait un petit peu.
nous finîmes la dernière phrase à l’unisson dans une note basse, deux sourires complices sur nos visages au teint chocolat clair.
Hope se dandina encore un peu sur mes genoux, ces derniers étant cachés derrière la douceur de mon jean, avant d’ouvrir lentement un œil et de le refermer aussitôt en voyant la lumière filtrée par les nombreux nuages gris.
Qu’est-ce que je disais ? Réaction typiquement humaine que ne devrait certainement pas avoir un serpent.
Addisson ouvrit la portière du côté conducteur avant de sortir de son pas gracieux faisant bouger au passage sa robe d’un blanc éclatant.
Un vrai petit ange.
C’était son air « angélique » qui avait plu et c’était toujours grâce à lui qu’elle avait été élue reine du lycée.
Quand je pense qu’en réalité c’est elle la plus diabolique de la famille, me moquais-je mentalement.
Je secouais la tête avant de me décider de sortir de la chaleur qui régnait dans mon doux véhicule afin de rejoindre Addisson qui me faisait déjà de grands signes dans le but d’exprimer au passage la hauteur de son impatience parce que j’avais promis à cette dernière que si l’on finissait d’acheter ce dont Hope avait besoin et que l’on pouvait le ramener à la maison avant trois heures de l’après-midi – parce que les serpents n’étaient pas admis dans les boutiques, ce que je trouvais profondément injuste – on irait faire un peu de shopping par-ci par-là dans les différents magasins du centre commercial aux alentours de la ville qui était connue pour avoir été témoin du fameux procès des sorcières.
« Le procès des sorcières de Salem » était un ramassis de sottises pour moi. J’avais un avis bien tranché dessus. Les humains avaient tué parce qu’ils avaient eu peur de ceux qui ne rentraient pas dans leurs normes, dans cette période d’extermination, il y avait des innocentes à qui ils ont donné la mort par simple soupçon. C’était pour ces deux raisons que je ne pouvais m’imaginer que des personnes dotés de pouvoirs hors du commun puisse exister. De toute façon, nous n’en découvrirons jamais, parce que nous ne méritions pas qu’ils existent et que nous étions conscients qu’ils vivent à nos côtés.
Nous ne demeurions être que des tueurs, des assassins sans scrupules.
Je me demandais si un des ancêtres de Travis ou encore d’Audrey avait participé au massacre.
Sûrement vu la nouvelle génération.
Addisson me sortit de mes songes – oh combien si joyeux – pour me rappeler que le temps continuait de filer à grande vitesse.
Elle y tenait vraiment à cette robe.
Je soupirais.
– J’arrive, mimais-je avec mes lèvres parce que de là où elle était elle ne pourrait pas m’entendre et parce que j’avais la flemme de crier.
Tenait-elle vraiment à acheter sa robe pour le bal du printemps, dans six mois, pour ensuite aller en rechercher une autre, parce que celle qu’elle achètera aujourd’hui sera moins bien que la prochaine qu’elle verra ?
Étais-ce même si urgent ?
Je regardai son visage pour trouver une réponse et la lueur folle et exaspérée qui brillait au fond de ses pupilles me la donna.
La réponse était oui.
Pour éviter à ma sœur d’avoir ma mort sur la conscience – parce qu’elle essayera à coup sûr de me tuer si je n’accélérais pas la cadence – je commençai à ouvrir la portière mais fus littéralement confrontée à un problème de taille.
Hope dormait encore sur mes genoux et ne voulait plus bouger. Malgré qu’Addisson et moi ayons chanté sa chanson préférée Hope n’avait pas ouvert les yeux comme il le faisait toujours lorsque le son résonnait. C’était la première fois. D’habitude les paroles le faisaient se mouvoir en rythme même lors de ses grasses matinées qu’il s’accordait quasiment tout les jours.
C’était vraiment parce que je m’y étais habituée avec le temps mais tout de même, qu’est-ce qu’il était paresseux pour un serpent !
– Seigneur ! Hoppy, bouge-toi, soufflais-je en regardant Hope dans les yeux, armée de mon légendaire sourire persuasif auquel personne ne résistait jamais, même pas un serpent. Il se bougea presque aussitôt et je pus rapidement me lever et me diriger avec – Hope sur les bras – vers une Addisson faisant la moue, impatiente, et tapant du pied comme une enfant de quatre ans.
Dire qu’elle est censée être la plus grande.
Rien que pour le plaisir de voir son expression devenir de plus en plus contrariée, je ralentis le pas marchant d’une façon délibérément lente vers la boutique.
L’explosion ne se fit pas tarder.
– Bon, c’est pour aujourd’hui ou pour demain, rugit-elle presque en m’attrapant le bras et en me tirant vers l’entrée du magasin.
Je soufflai bruyamment un petit sourire sur les lèvres.
« – Quelle gamine, murmurais-je plus pour moi-même qu’autre chose – sachant à quel point elle devenait agressive face aux remarques – en tirant sur la barre d’acier encadrant la porte bleue marine d’où était écrit “Tirez” et “Ouvert” en grosses lettres plus rouges que le sang.
– Elle a dit quoi la muette, demanda Addison, se retournant vers moi. »
Nullement impressionnée – mais légèrement piquée par la façon dont elle m’avait appelé – je lançai :
« – Tu es une gamine.
– Je n’ai qu’un an de plus que toi tu sais alors j’ai le droit d’être immature enfin même si je ne le suis pas et c’est celui qui dis qui est, se défendit-elle en me tirant la langue.
– D’accord continue de te voiler la face mais en attendant c’est toi qui me sort une réplique de maternelle. »
Elle se renfrogna puis un rapide éclair de malice passa sur son visage.
Oh non, j’avais réveillé la bête.
– Continue sur cette voie et tes livres y passeront tout comme la dernière fois. Tu te rappelles ?
Oh oui que je m’en souvenais. Comment oublier un moment pareil ?
Il fallait que j’arrête tout de suite de pousser ma chance avec elle. Ma sœur n’était pas une fervente admiratrice des contrariétés et le faisait bien savoir à ses proches et de la pire manière qui soit. C’était une chose d’agacer légèrement ma sœur mais s’en était une autre de la rendre folle de rage et de subir les lourdes représailles qu’elle réservait. Elle pourrait me tuer ou pire brûler mes livres. Ma mort ne serait pas réellement importante pour moi. Je voulais juste sauver mes livres et ne plus revivre cet évènement traumatisant.
Je déglutis bruyamment en me rappelant mille et une tortures qu’elle serait prête à leur faire endurer en m’attachant à une chaise pour que je puisse bien profiter du « spectacle » comme l’année de mes douze ans où j’avais malencontreusement renversé du jus d’orange sur son ordinateur portable et que malgré mes excuses – et que l’ordinateur n’ait pas été plus endommagé que ça – elle m’avait sauté dessus, attaché à une chaise, pris l’ensemble de mes bouquins puis des couteaux et les avait entaillé, déchiqueté puis brûlé morceau par morceau. Le but de cette manœuvre n’avait été que de m’apprendre à ne plus jamais faire ou dire quelque chose qui l’agacerait – même une infime remarque.
Très pédagogique.
Un long et douloureux frisson traversa mon échine à ce souvenir.
– Hein… euh… je m’en souviens effectivement, bégayais-je nerveusement en caressant d’une main légèrement tremblante Hope qui demeurait toujours dans mes bras et qui me regardait désormais d’un air moqueur – du moins aussi moqueur qu’un serpent pouvait l’être –, j’étais quasiment certaine que s’il avait pu rire, il l’aurait fait.
Je le foudroyais du regard avant de reposer mon regard sur ma sœur qui affichait un air de pure folie.
J’ouvrais la bouche et la refermais plusieurs fois cherchant les bons mots. D’une vision extérieure, je devais ressembler à un poisson qui sort de l’eau, la scène devait être tellement hilarante que j’en aurais ri, dans une autre vie.
J’allais me lancer dans de lourdes et maladroites excuses quand je vis trop tard une silhouette élancée foncer sur moi d’un pas pressé dans le but d’emprunter la sortie du magasin, bousculant durement mon épaule au passage. Une violente onde de choc me traversa l’intégralité de l’épaule droite. J’arrêtai de justesse un gémissement de douleur sur le point de s’extirper de mes lèvres.
Cela faisait un mal de chien, pensais-je.
La silhouette que je devinais être celle d’un jeune homme était sur le point d’emprunter la sortie sans le moindre regard en arrière pour la jeune fille innocente et mal en point que j’étais. C’était une action emprunt d’un manque de savoir-vivre que je ne pouvais tolérer, alors, avant qu’il ne puisse passer le bas de la porte, je le rattrapai en une enjambée, me plaçant entre lui et la porte vitrée, et, le retînt d’un vif mouvement de l’épaule qu’il avait presque déboîtée, ignorant la douleur que cela me procura ainsi que la grimace qui était sur le point de prendre place sur mon visage.
Le geste eut le mérite de le faire se reculer de plusieurs pas.
Je n’avais nullement apprécié ses actions et j’allais le lui faire savoir.
J’ouvris la bouche pour commencer à injurier ce garçon, fouillant déjà dans ma mémoire les nombreux noms d’oiseaux que j’avais en réserve et dont je pourrais lui faire profiter, quand je fus à cours de mots en voyant son visage qu’il avait pris quelque secondes à relever pour cause du choc de notre collision.
Je ne savais pas qu’un tel visage pouvait exister avant de le voir, et si l’on me l’avait dit, je n’en aurais pas cru un mot.
C’était donc ça la perfection physique, remarquais-je comme une constatation, nullement réceptive au charme qu’il devait dégager contrairement à ma sœur qui bavait presque devant lui.
Je levais les yeux au ciel.
Oui, il était beau mais ce n’était pas pour ça qu’il fallait faire couler autant de salive sur nos lèvres en sa présence.
Après un rapide coup d’œil sur ses traits faciaux, je relevais le regard, voulant le regarder droit dans les yeux afin de paraître plus ferme lorsque je commencerais à lui balancer des propos que je pressentais violents – c’était pas comme ci sa bousculade ne m’avait pas fait mal – mais mes yeux furent happés par les siens et restèrent bloqués sur eux, m’empêchant de détourner le regard. Malheureusement pour moi, je me sentis me plonger dans une longue, douloureuse et chaleureuse descente vers le fond de ses prunelles. Une sensation d’oppression me saisit vivement, une légère démangeaison se créa dans la fosse de mes yeux, tandis que je m’enfonçais plus profondément dans son regard. La descente dans le fond de ses yeux semblait bien partie pour vouloir durer une éternité et aurait pu être aussi longue si – fort heureusement pour moi – ma sœur n’avait pas coupé le contact visuel en m’appelant un nombre incalculable de fois – je suppose puisque je n’avais pas tellement la tête à l’écouter – m’aidant à revenir dans le monde réel échappant aux yeux terriblement distrayant de l’abruti en face de moi.
Un infini sentiment de soulagement s’empara de moi lorsque je pus enfin détourner le regard. Je me sentais moins étouffée par notre échange visuel, comme libérée d’un poids et ça c’était irrémédiable.
Pourtant, pourquoi cette impression de vide au creux de ma poitrine, m’interrogeais-je, reportant mon regard sur l’inconnu en évitant de fixer à nouveau ses yeux, non sans peine.
Il n’avait pas l’air d’avoir repris contenance. Son regard malgré que le contact visuel ait été rompu demeurait toujours bloqué sur mon visage inspectant le moindre de mes traits, comme je le faisais pour lui – du moins plus discrètement.
En commençant mon observation approfondie sur sa personne, je fus sidérée de le trouver plus grand –il me dépassait d’une bonne tête au moins – et semblait particulièrement athlétique. Mes yeux voyagèrent de ses épaules solides à ses longs bras herculéens, en passant par ses mains fermes aux doigts longs et délicats pour finir par son torse robuste – sans pour autant être imposant – et son abdomen parfaitement dessiné était incroyablement mis en valeur par son t-shirt gris foncé qui épousait sa peau offrant une vision bien détaillée de chaque muscle. Il était fin sans être maigre, musclé sans être énorme.

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