Horizons
263 pages
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Description

Ils sont là. Tapis sur le bord de la route et guettant le moindre signe de faiblesses. Ils sont là. Ceux qu'elle aimait, qu'elle guidait, ceux qui se sont mis en travers de son chemin. Ils sont là. Ceux qui sont morts. Ceux qu'elle a tués. Ils sont là. Pour elle. Pour l’emporter dans le néant.


Alors que Xalyah est sur le point d’atteindre son objectif, tout bascule. Dans l’ombre, l’ennemi a tranquillement avancé ses pions pour contrecarrer les plans de la Résistance et quand l’étau se referme, il est déjà trop tard.


Elle pensait avoir touché le fond par le passé. Elle se trompait. Le pire reste encore à venir.


Plus seule et perdue que jamais, saura-t-elle trouver la force de se relever afin d’achever ce qu’elle a commencé? Car cette fois, il ne s’agit plus seulement d’elle ou de ses proches, mais de l’avenir de toute une nation qui est en jeu, si ce n’est plus.





«Horizons est une saga young adult française 100% action et addictive!




Pour les fans de Hunger Games, Walking Dead et Tomb Raider.»



Mélissa (Libraire Cultura Epinal)



Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782490630288
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L ’ Auteure
Née en 1988, Lysiah Maro a grandi en région parisienne. Dès le plus jeune âge, Lysiah s’est découvert une passion pour la lecture, dont le premier coup de cœur a été pour La nuit des temps de René Barjavel, bien que son auteur préféré reste David Gemmel.
Cette passion lui a donné des rêves plein la tête. Des rêves qui ont fini par se transformer en histoires pour atterrir sur papier. Horizons est l’une d’entre elles et a vu les premiers rayons du jour pendant ses années de lycée pour se construire au fil des ans, sur des feuilles volantes, des carnets... Une dizaine d’années plus tard, Horizons devient son premier roman publié chez les Editions Inceptio.








Chapitre 57
mercredi 29 février 2108

Un cri rauque, mélange de peur et de rage, s’échappe de ma gorge et je me redresse d’un coup. D’un geste vif, j’arrache toutes les électrodes et le capteur avant de sortir en courant de la pièce, mon manteau sous le bras. Je dois fuir cet endroit. Je dois mettre le plus de distance entre lui et moi. Comment... comment ai-je pu me laisser avoir de cette façon ?! Tout tourne autour de moi. J’ai mal au crâne, mal aux tripes et le cœur au bord des lèvres. Impossible d’avancer droit dans ces conditions ; je dois me retenir aux murs pour ne pas tomber.
— Xalyah ?
Je lève la tête. Au bout du couloir de l’hôpital – plongé dans la pénombre –, Thomas marche dans ma direction, l’air inquiet. Soulagée de voir un visage amical, je lâche le vêtement qui m’encombre puis m’élance dans sa direction pour me jeter dans ses bras et enfouir mon visage contre sa poitrine. Je tremble des pieds à la tête. Le jeune homme paraît surpris et met quelques secondes à réagir avant de me serrer contre lui.
— Qu’est-ce qui se passe ? me demande-t-il, tendu comme un arc.
Alors que je réprime un sanglot, une voix m’interpelle :
— Xalyah ! Attends !
Je me sens complètement paniquée. Mes mains s’agrippent avec force sur le manteau de Thomas et je me blottis davantage dans ses bras puissants qui me rassurent. J’ai perdu le contrôle. Totalement. J’ai cru Alexian quand il m’a proposé son aide pour résister au programme Rémanence. Je l’ai cru, et comme une imbécile, j’ai lâché prise. Il en a profité, me montrant son vrai visage. Celui qui m’a livré jour après jour à mon pire cauchemar : Kraeffer.
— Toi ?! crache Thomas à l’attention de mon tortionnaire. Qu’est-ce que tu lui as fait ?
Il m’écarte de lui si brusquement que je vais taper contre le mur le plus proche. Déstabilisée par le flot d’émotions qui me submerge et les images épouvantables qui m’assaillent, je m’écroule au sol.
Les deux hommes s’empoignent violemment. Bientôt Thomas prend le dessus et exécute une clé de bras pour étouffer Alexian. Ce dernier suffoque et je vois son visage changer de couleur. Malgré toute la répulsion que j’éprouve à son égard, je ne peux pas laisser Thomas lui ôter la vie. Je dois intervenir.
— Thomas, arrête ! m’écrié-je.
Mais il ne m’entend pas, consumé par une rage folle. Je me relève alors et viens poser un bras tremblant sur son épaule.
— Lâche-le, Thomas.
Il me repousse et je tombe à la renverse. Furieuse, je me remets sur pieds plus rapidement et me précipite sur lui pour le faire lâcher prise. Nous roulons au sol et son bras vient se plaquer sous ma gorge. Sa poitrine se soulève frénétiquement et ses yeux fauves, qui ont viré au noir, me scrutent attentivement. Peu à peu il prend conscience qu’il est couché sur moi et non sur Alexian. Sa pression se relâche et il s’écarte, l’air hagard.
Tous les trois, nous nous regardons d’un air méfiant et étourdi à la fois.
— Qu’est-ce que ce connard t’a fait ? Je ne t’ai jamais vu dans un état pareil, si ce n’est quand il a enclenché cet appareil audio sur le terrain vague.
— Je…
Ma voix se brise et je me racle la gorge pour poursuivre.
— Pourquoi as-tu réagi comme ça ? m’interrompt alors Alexian en passant une main sur son cou pour évaluer les dégâts.
Je n’ai même pas besoin de fermer les yeux pour revoir la scène avec une extrême précision. Lui, penché au-dessus de moi, un sourire carnassier accroché aux lèvres, me défiant de lui résister. Lui, posant le casque sur ma tête. La douleur. La terreur. Puis, l’autre, armé de sa lame qui m’a charcuté le ventre tant de fois. Trop de fois. J’ai voulu lui faire confiance. J’ai eu tort.
— Ton..., bafouillé-je encore sous l’emprise de la peur. Ton sourire avant de me planter l’aiguille dans le bras... Et puis tu m’as demandé de te résister... Je crois qu’on en restera là pour les entraînements.
— Je ne t’ai pas piqué et je n’ai jamais souri, Xalyah.
— Je sais ce que j’ai vu.
— Tu étais déjà dans la simulation à ce moment-là.
Je tourne mon bras pour regarder l’endroit où l’aiguille s’est plantée. Il n’y a rien. Aucune trace. Déstabilisée, je ne sais plus quoi penser.
— De quoi parlez-vous ? intervient Thomas.
— De rien…, expiré-je lentement pour évacuer les derniers lambeaux de la terreur qui s’accrochent encore à mon esprit. Je suis fatiguée. Bonne nuit.
Je ramasse mon manteau et tourne les talons, plantant là les deux hommes sans plus d’explications. Si Alexian a visiblement décidé de ne pas me retenir, Thomas a quant à lui décidé qu’il n’en resterait pas là. Il me rejoint rapidement et nous sortons de l’hôpital sans un mot. Sur le chemin, il s’est rapproché de moi, jusqu’à ce que son flanc touche le mien.
— Ça va ? finit-il par me demander alors que nous empruntons le chemin qui mène aux baraquements.
— Pas vraiment. Mais ça passera. Qu’est-ce que tu faisais dans l’hôpital ?
— Je te cherchais, répond Thomas sans insister davantage pour m’arracher les vers du nez. Et quelqu’un t’a vu entrer dans le bâtiment un peu plus tôt.
— Et pourquoi me cherchais-tu ?
— J’aimerais avoir ton autorisation pour retourner à Vichy.
Je m’arrête et le dévisage dans la pénombre de la nuit. Ses traits se sont de nouveau adoucis, mais je ne peux m’empêcher de frissonner en repensant à la lueur assassine qui lui a traversé le regard quand il m’avait à sa merci.
— Que veux-tu y faire ?
— Refaire un peu le plein de munitions pour mes armes personnelles et me rééquiper en fringues et chaussures.
Je n’ai rien contre, mais là tout de suite, je n’ai pas envie de prendre la moindre décision. Je veux juste me déshabiller, prendre une douche et me glisser dans mes draps pour m’abandonner aux bras de Morphée.
— On en reparlera plus tard.
Il hoche la tête avant de faire un pas de plus dans ma direction. Ses mains attrapent mon visage et il se penche en avant. Croyant qu’il s’apprête à m’embrasser j’esquisse un mouvement de recul, mais il n’en fait rien.
— Si jamais cet enfoiré pose encore une fois la main sur toi, je lui réglerai son compte, que tu sois d’accord ou non, princesse.
Malgré ce petit nom affectif qui ponctue sa phrase, je déglutis.
— Ça n’arrivera pas.
— Je te préviens seulement, que les choses soient claires.
Puis il me lâche et se détourne pour bifurquer dans la ruelle qui mène à son logement. Je me sens soudain bien seule, debout dans le noir, au milieu de l’intersection.
Je repense à cette journée qui aura été chaotique de bout en bout. Je repense aux doigts de Khenzo sur ma peau lors de notre affrontement au corps à corps, à ses lèvres effleurant les miennes avant que je ne le repousse violemment, à toutes les décisions prises concernant la prochaine mission pour chopper cet enfoiré de Kraeffer, à Alexian voulant me proposer son aide pour entraîner mon cerveau à résister aux intrusions indésirables mais qui a finalement fait ressurgir des choses trop difficiles à combattre pour le moment, à Thomas qui s’enflamme en un instant dès qu’il s’agit de me protéger. C’est trop. Trop pour une seule journée. Elle aura eu raison de mes émotions. Alors il est temps qu’elle s’achève. Vraiment.



Chapitre 58
lundi 5 mars 2108

Ce lundi, il n’y aura pas de rencontre avec le Prophète. Et cette fois-ci, c’est à mon initiative que le rendez-vous hebdomadaire est annulé. Belary m’a contactée la veille pour me demander de venir plus tôt que prévu à la base afin de faire le point sur les avancées de mon bataillon. De cette réunion – ou plutôt de cette évaluation – découlera notre avenir au sein de la Résistance. J’essaye de me raisonner en me disant que je ne suis plus au lycée et qu’au fond je me fiche bien de leur avis, néanmoins je ne peux m’empêcher de ressentir ces picotements qui me tordaient le ventre avant chaque examen important.
Devant le miroir de la salle d’eau, je contemple mon reflet à la lumière de la guirlande lumineuse me servant d’éclairage. Pour l’occasion, j’ai demandé à Rakia de rafraîchir un peu mon dégradé et ainsi redonner un peu de volume à mes cheveux. La jeune femme en a profité pour les décolorer légèrement sur les pointes accentuant ainsi leur blondeur. Je trouve ça superficiel, mais ça lui faisait tellement plaisir que je n’ai pas su lui dire non.
— Pas question de ressembler à un épouvantail, m’a-t-elle dit en passant le fer à lisser dans mes cheveux afin de les boucler légèrement. Ce sont peut-être des militaires, mais crois-moi, ils sont très attachés à l’apparence et si tu dois être l’image de cette résistance, il faut que tu sois impeccable.
Ça me fait mal de le reconnaître, mais elle n’a pas tort. Même deux ans de chaos n’arriveront pas à changer radicalement les mentalités et nous sommes toujours dans une société – pour ce qu’il en reste – d’apparence.
J’attrape le crayon noir en fin de vie, que j’ai troqué contre une vieille paire de mitaines que je gardais, et dessine un trait sur les extrémités de mes paupières. Puis avec un mascara dégoté dans une ruine de Corbeilles, je recourbe un peu mes cils pour donner plus de profondeur à mes yeux verts. C’est la deuxième fois seulement que je me maquille depuis la Rupture, alors mes gestes sont hésitants, mais le résultat est tout de même au rendez-vous. Pour finir, j’ajuste mon t-shirt et mon veston puis secoue la tête de gauche à droite afin de faire retomber mes cheveux en cascade sur mes épaules.
La demande de Vichy m’a prise un peu de court et la veille, j’ai dû convoquer en urgence mes capitaines pour qu’on finisse de valider la mission de reconnaissance. Khenzo a maintenu son choix d’y participer et nous avons demandé à Kristie et Tung de l’accompagner s’ils étaient d’accord. Tous deux semblaient ravis de pouvoir seconder le jeune capitaine, Kristie en particulier. Il a été décidé qu’ils partiraient ce matin même, sans en informer le reste du bataillon. Et pour m’assurer que cela reste secret, je leur ai donné rendez-vous à l’écart de l’entrepôt et du chantier.
Je recrache l’eau dans l’évier et range la brosse à dents dans une vieille boîte de conserve. Hier soir, j’ai pris le temps de raccommoder mes vêtements ayant un peu souffert. Dans la salle de dépôt, j’ai trouvé quelques boutons en cuivre et les ai ajoutés à mon veston afin de pouvoir le fermer sur ma poitrine. Je boucle ensuite ma ceinture et vérifie que les reprises de mon pantalon tiendront correctement. Satisfaite, je me jette un dernier regard. J’aime bien ce que le miroir me renvoie et je m’autorise même un petit sourire. Il est temps d’y aller.
Je quitte la chaleur de mon nouveau chez-moi pour rejoindre l’obscurité de la nuit. L’air est frais, presque doux, et c’est agréable de déambuler à travers les chemins en terre sableuse qui serpentent entre les baraquements.
Kristie, Tung, Khenzo et l’ensemble de mes autres capitaines patientent déjà en périphérie de la forêt. Pourtant, je ne suis pas en retard au rendez-vous, bien au contraire. Ils discutent à voix basse et lorsque Camélia m’aperçoit, tous se tournent vers moi en me dévisageant avec insistance. Je leur adresse un signe de la main avec un sourire crispé en arrivant à leur hauteur. Je n’ai jamais aimé être le centre d’attention de tout le monde. Ils finissent par reprendre leur conversation et je me joins à eux pour échanger quelques banalités, jusqu’à ce qu’il soit enfin l’heure de nous séparer de nos trois compagnons.
Il ne sert à rien de leur rappeler leur mission, ils savent très bien ce qu’ils ont à faire, alors ils ramassent leur sac à dos et commencent à faire le tour du groupe pour un dernier « au revoir ». Quand Khenzo s’arrête devant moi, je pose discrètement une main sur son bras.
— Pas d’imprudence surtout, lui murmuré-je.
— T’inquiète pas pour moi, rétorque-t-il. Et puis, quoi qu’il arrive, ça ne changerait pas grand-chose pour toi.
Je lève un regard noir vers le jeune homme. Son expression semble impassible, comme s’il s’était déjà fondu dans son nouveau rôle.
— Ne dis pas n’importe quoi.
— Je ne suis qu’un homme parmi tous ceux que ton bataillon comporte, ajoute-t-il alors. Je ne suis pas irremplaçable.
Je ramène ma main vers moi et serre les dents. Il ne me fera pas craquer maintenant. Pas ici. Pas devant tout le monde. Pas le jour de leur départ. Pour dissimuler mon trouble, je me détourne pour aller souhaiter bonne chance à Kristie et Tung.
— Contente-toi de revenir en un seul morceau, lâché-je néanmoins à son intention.
— À vos ordres, m’dame.
Voyant un sourire furtif passer sur son visage, je me retiens pour ne pas céder à la tentation d’aller lui en mettre une, surtout qu’au fond, je crois que j’ai envie de tout autre chose.
Nous les regardons s’éloigner dans la pénombre jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans les sous-bois. Camélia s’approche alors de moi pour éviter les oreilles indiscrètes.
— T’en fais pas pour lui, c’est un mec plein de ressources.
— Je sais.
Elle pose une main sur mon épaule, mais je me dégage aussitôt. Je n’ai pas envie qu’elle se mêle de ce qui ne la regarde pas. La jeune femme a compris le message et fait un pas en arrière. Le groupe se met alors en branle pour retourner vers les baraquements.
— Quand est-ce que tu pars pour Vichy, exactement ? m’interroge Camélia en marchant à mes côtés.
— Ce matin. Je compte sur vous pour veiller sur les intérêts de Corbeilles durant mon absence.
— J’espère que tu as changé d’avis et que tu ne feras pas le trajet seule.
— Oui, Thomas m’accompagnera, finalement. Il a besoin de renouveler son matériel, donc ça fera d’une pierre deux coups.
— Je crois qu’il en pince pour toi, lui aussi, déclare-t-elle soudain de but en blanc.
— Pardon ?
Je me tourne vers elle, observant son profil sévère à travers ses mèches turquoise qui balayent son front. L’image de Thomas – penché vers mon visage qu’il tenait entre ses mains suite à son altercation avec Alexian – remonte à la surface tout comme le contact de ses lèvres sur les miennes lors de la mission « Le vent tourne », aussi fugace fût-il.
— Je sais que tu n’y accordes aucun intérêt, mais tu attires fortement le sexe opposé. Que tu le veuilles ou non, tu es une très belle fille, avec un corps de rêve, un visage magnifique, un sourire à faire chavirer les cœurs quand tu te l’autorises. Et avec tes capacités hors du commun, digne d’une véritable machine de guerre et ton caractère bien trempé, aucune autre femme ici présente ne peut t’arriver à la cheville. Pas même Kristie.
— Tu…
Surprise par sa déclaration, je ne trouve rien d’intelligent à répondre. D’autant plus que certains de ses propos font étrangement écho à ceux d’Alexian. Une machine de guerre . Alors c’est comme ça qu’ils me voient tous ?
— Est-ce que tu es jalouse ? supposé-je à voix basse, bêtement gagnée par un sentiment de culpabilité teinté de tristesse.
Le rire clair de Camélia s’élève au-dessus de nos têtes. Salomé et Mervin se retournent pour nous jeter un regard interrogateur.
— Non, pas du tout, répond-elle alors plus doucement. Je comprends tous ces messieurs. Depuis que je le connais, Mervin lorgne sur toi et le fait que nous nous soyons rapprochés tous les deux n’y change rien. Il suffirait d’un seul mot de ta part pour qu’il accoure dans tes bras. Mais je sais aussi que tu ne pourras jamais lui donner ce que moi je lui donne.
— C’est-à-dire ?
— De l’affection, de la tendresse, de l’amour. Tu en es incapable et je ne t’envie pas du tout.
Sa réponse m’ébranle, mais j’encaisse en souriant.
— J’ai toujours aimé ta franchise, Camélia.
— Oui, je sais. C’est une autre de mes qualités.
Cette fois, c’est moi qui éclate de rire. Vraiment, elle ne manque pas d’aplomb. Et c’est pour ça que je l’apprécie autant.

De retour dans mes quartiers, je prépare mon sac pour quelques jours, car il est certain que nous ne ferons pas l’aller-retour dans la journée. Peut-être rentrerons-nous demain, voire après-demain, tout dépendra de la réunion d’aujourd’hui, j’imagine.
Une fois prête, je rejoins l’entrepôt pour y retrouver Mali qui devait réviser le véhicule que nous emprunterons pour l’occasion. Je la trouve au côté d’une moto, à essuyer la selle humide avec un chiffon.
— Où se trouve la jeep ? lui demandé-je.
— Malheureusement, elle a une fuite au niveau de la boîte automatique et je n’ai pas réussi à la réparer pour ce matin. Je ne peux pas garantir qu’elle tiendra tout le trajet. Toutes les autres jeeps sont soit déjà utilisées, soit en révision, je n’ai que ça à te proposer.
Merde. Je ne suis pas un as du volant, mais je faisais la conduite accompagnée avec ma mère avant la Rupture. De quoi me débrouiller. Mais une moto… Mon père nous interdisait formellement de monter ne serait-ce qu’à l’arrière d’un petit scooter de ville. Trop dangereux, selon lui. Quand je pense à tout ce qu’il a pu m’apprendre à faire suite à la Rupture… son excès de prudence à l’époque prêterait à sourire.
— T’inquiète pas, c’est moi qui piloterai.
Thomas vient de sortir de l’entrepôt, son sac sur l’épaule.
— À deux avec notre chargement, tu crois que ça va passer ? m’inquiété-je en observant l’imposante motocross.
— Mais oui, j’ai fait bien pire.
Je repense à ce qu’il nous a raconté lorsque nous revenions de l’ancien repaire du Prophète en compagnie de Khenzo.
— Je suis sobre et je ne vais pas rouler comme un dingue, promis, m’assure-t-il, ayant probablement deviné ce qui me traverse l’esprit.
— Bien, de toute façon nous n’avons pas le choix.
Il passe son sac sur le devant, attrape l’un des deux casques posés au sol pour le mettre sur sa tête et enjambe la moto avant de retirer la béquille. Mali s’écarte et je me saisis du second casque. N’arrivant pas à attacher la sangle sous mon menton, Thomas me fait signe d’approcher.
— C’est la première fois que tu fais de la moto ? s’étonne-t-il devant mon manque d’assurance.
— Oui.
Il clipse la sangle et l’ajuste au plus près de ma peau afin que la protection ne se balade pas dans tous les sens. Puis il m’invite à m’installer derrière lui.
— Passe tes bras autour de ma taille pour bien me tenir, m’explique-t-il en m’attrapant les mains pour me forcer à l’entourer. Le plus important, c’est que tu suives bien mes mouvements sur la moto. Ne cherche pas à aller dans le sens contraire quand on bascule sur le côté, mais ne te laisse pas aller non plus de tout ton poids, sinon ça risquerait de nous déséquilibrer.
Je commence à appréhender un peu les heures à venir.
— Ça va aller. Fais-moi confiance et tout se passera bien.
— D’accord.
Thomas démarre le moteur, puis après avoir fait un signe de main à Mali, s’élance en douceur pour rejoindre la route qui nous mènera jusqu’à Vichy. Tendue comme un arc, je serre mes bras autour de Thomas et me colle à lui pour poser le haut de mon casque sur son épaule.
— Me serre pas si fort ! s’écrie-t-il pour couvrir le léger ronflement du moteur électrique. Si tu m’étouffes, on va avoir du mal à arriver à destination !
— Dé… désolée.
Je desserre mon étreinte et respire calmement pour évacuer le stress qui me gagne. Malgré ce qu’on pourrait croire, je n’ai jamais été une amatrice de sensations fortes et la vive allure de l’engin, sans véritable protection, m’impressionne. Donc, contrairement à mon frère, je n’ai jamais bravé l’interdit de mon paternel, malgré les supplications répétées d’Adrien qui voulait toujours m’emmener faire un tour sur son scooter.
Afin de ne pas donner trop d’emprise à cette peur ridicule, je décide de me concentrer sur le paysage, tout en étant attentive aux mouvements de Thomas. Sur la route cabossée, à mesure que le jour se lève et que le brouillard matinal se dissipe, la campagne défile, nous dévoilant un paysage triste de fin d’hiver. Quelques congères résistent encore à l’ombre des arbres dénudés et des bosquets épineux, mais globalement la bouillasse a remplacé le manteau neigeux auquel on avait fini par s’habituer.
Si les températures sont plus douces, le fond de l’air glacial est accentué par la vitesse de la moto. Contrairement à Thomas, je n’ai pas pensé à mettre de gants et j’ai rapidement les doigts si engourdis que je ne les sens quasiment plus lorsque je les porte à ma bouche pour souffler dessus. Le jeune homme m’attrape alors les mains une à une pour les glisser dans les poches de son blouson, sous son sac qui reste collé contre sa poitrine.
Je me focalise à nouveau sur les environs. La campagne rase nous permet d’apercevoir sans difficulté les villes qui sortent de terre, plus loin à l’horizon. Parfois, il n’en reste...

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