Incontrôlable Attirance
228 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Incontrôlable Attirance

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
228 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Se faire insulter de "Brice de Nice", puis de "Tarlouze" à la machine à café? Facile à surmonter pour Charlie, qui s'empresse de remettre l'importun à sa place, malgré son statut de nouvel embauché.


Malheureusement, il s'agit du responsable fabrication avec qui Charlie va devoir travailler.


Mécontent de se faire reprendre par ce jeune arriviste, Laurent prend immédiatement le nouveau responsable magasin en grippe.


Interdépendants, leur manque de communication engendre différents couacs et aléas de production qui obligent les deux hommes à se confronter.


Le ton monte, et Charlie s'apprête à frapper Laurent. Ce sont finalement ses lèvres qui se posent sur son ennemi.


Pourquoi l'a-t-il embrassé?


Pire encore, pourquoi Laurent lui-même a répondu à son baiser, alors qu'il est on ne peut plus hétéro?


Où cela va-t-il les mener?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 129
EAN13 9791096784509
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


Malheureusement, il s'agit du responsable fabrication avec qui Charlie va devoir travailler.


Mécontent de se faire reprendre par ce jeune arriviste, Laurent prend immédiatement le nouveau responsable magasin en grippe.


Interdépendants, leur manque de communication engendre différents couacs et aléas de production qui obligent les deux hommes à se confronter.


Le ton monte, et Charlie s'apprête à frapper Laurent. Ce sont finalement ses lèvres qui se posent sur son ennemi.


Pourquoi l'a-t-il embrassé?


Pire encore, pourquoi Laurent lui-même a répondu à son baiser, alors qu'il est on ne peut plus hétéro?


Où cela va-t-il les mener?

' />

Incontrôlable Attirance
Nadège Bernard
Incontrôlable Attirance
© Jenn Ink Editions
Tousdroits réservés.
Le Code de la propriétéintellectuelle interdit les copies ou reproductions destinéesà une utilisation collective. Toute représentation oureproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédéque ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit,est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes desarticles L.335-2 et suivants du Code de la propriétéintellectuelle.
Aucun extrait de ce livre nepeut être reproduit, scanné ou distribué sousforme imprimée ou sous forme électronique sans lapermission expresse de l’auteure, sauf pour être citédans un compte-rendu de presse.
Avertissements
Ce texte est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec despersonnes vivantes ou mortes, des lieux ou des évènementsréels n’est que pure coïncidence pour laquellel’auteur(e) décline toute responsabilité.
Ce livre contient des scènes à caractère sexuelentre hommes, pouvant heurter la sensibilité du lecteur.
Il est destiné à un public averti.
Dédicace
« Certainespersonnes aiment vivre dans des mondes en noir et blanc. Qu’ilsrestent là. Appréciez pour votre part toutes lescouleurs que vous voyez dans votre monde ».
Ashly Lorenzana
Àmes enfants, puissent-ils vivre comme bon leur semble sans craindrele regard d’autrui.
Prologue
Alorslà, je ne sais plus quoi penser !
Voilàtrois mois que je suis ravi de la vie que je mène. Jetravaille dans une entreprise que j'apprécie et où jecommence à me faire ma place. J'ai un mec beau comme un Dieudepuis quatre mois et ça se passe plutôt bien entrenous. J'ai trouvé un super appartement près de la mer àDieppe. J’ai rencontré une chouette bande d'amis. Etl'été arrive enfin !
Quoide mieux ? Hein ?
Bon,OK, je le reconnais, je n'ai pas tout dit (ce n’est pas bien dementir, je sais). 
Enfait, rien ne va plus... Ce tableau de rêve, c'était ily a deux semaines, mais depuis... Mon mec m'a trompé, monappart prend l'eau, les mouettes m'horripilent et surtout, Têtede Con me rend encore plus fou (oui, oui, c'est comme ça queje le nomme).
Vousvous demandez qui est Tête de Con ? Il s'agit d'un collègueavec qui je dois bosser et qui me sort par les trous de nez. Depuisnotre rencontre et sa remarque complètement déplacée,mes yeux sortent des éclairs dès que je le vois. Il n’ya rien à faire ! Macho, moche, vieux et con, désolé,mais ça ne passe pas. J’ai envie de lui foutre mon poingdans ses mâchoires crispées à chaque fois que jele croise - tous les jours, malheureusement.
Lesouci, c'est qu'on doit bosser ensemble. Mais il rejette touteréunion permettant l'amélioration de notrefonctionnement. Et ça commence à se ressentir sur laperformance du site. Il y a eu des loupées suite à deschangements inopinés dont je n'ai pas étéinformé et la chaîne de fabrication a dû êtreinterrompue plusieurs minutes, le temps de recevoir dans l'urgenceles pièces sur le poste de fabrication. Autant vous dire queça m'a foutu en rogne. Foutue Tête de Con !
J'aidonc instauré une réunion de crise, Tête de Conet moi, les yeux dans les yeux. Mais bien sûr, ça aencore débordé. Le ton est monté ; l'airsaturé d'électricité. On aurait dit un combatSangoku contre Végéta 1 (vous avez vu, j'ai de super références, hein !). Saufque mon corps m'a complètement trahi. Au lieu de lui foutre unpoing comme j'avais prévu de le faire, je l'ai embrassé... 
J'aiembrassé mon ennemi juré. 
Maisqu'est-ce qu'il s'est passé, bon sang !
Macho,moche, vieux et con ! Il n’y a rien d'attirant là-dedans.Sans parler qu’il est cent pour cent hétéro.
Franchement,je n'y pige rien. Va falloir reprendre tout à zéro pourcomprendre comment tout cela a pu partir en vrille.
Chapitre 1
Charlie
Neufsemaines plus tôt.
—Yes !!
Jesaute de joie au milieu de mon salon et crie comme un hystérique.De toute manière, personne ne m’en fera la remarque (levoisin de droite hyper relou ? Il est encore au taf vu l’heure).Ma période de chômage est bel et bien terminée !Je viens de raccrocher avec la responsable des ressources humaines del'entreprise pour laquelle j’ai postulé deux moisauparavant. Elle vient de me confirmer que j’ai le poste. Et jecommence lundi prochain !
Ettoc ! PQ TROC ! Oui, je sais, c’est un nom àla con ! Mais c’est mon ancienne boite qui m’aobligé à pointer chez Pôle Emploi, carvoyez-vous, elle a fait un PSE 2  –pour les incultes, elle a licencié pour cause de chute derentabilité financière. Pas étonnant avec un nompareil. Il m’a quand même fallu quatre mois pour trouverdu boulot. Enfin, plutôt deux mois en réalité, leprocessus de recrutement ayant été long. Le poste et ledomaine m’attirant (j’arrête avec les PQ !),j’ai tout misé sur cette offre d’emploi et n’aipas prospecté ailleurs. Je n’ai jamais rencontréautant de personnes à qui je devais vendre mes compétenceset qualités. Après avoir d’abord rencontréla boite de recrutement pour une première sélection,j’ai rencontré les ressources humaines de l’entreprise,ensuite le chef direct et enfin le chef du chef. Mais tout cela aheureusement porté ses fruits : le poste est pour moi !
Suspense,suspense ! Ouverture du rideau, applaudissements encourageantsdu public : vous avez devant vous le nouveau responsablemagasin 3 de l’entreprise ARS, entreprise mythique de Dieppe qui fabriquede superbes voitures sportives !
Est-ceque ça me fait peur ? Peuh ! Vous ne me connaissezpas ! Déjà, j’ai un parcours du tonnerre etconfiance dans mes compétences. J’ai fait six ans chezPQ TROC et trois postes dont deux de management d’équipe.Monter les échelons, ça me connaît et rien nem’arrête !
Etnon, ce n’est pas moi qui ai fait couler PQ TROC (je vous voisvenir, mauvaise langue !). Ils ont tout simplement décidéque l’usine coûtait trop cher en masse salariale pourfabriquer un produit pas cher. Donc, zou ! Direction la Chine,où ils vont faire travailler les petites mains pour moins querien. Tiens, ils devraient en faire leur slogan, ça rime !C’est sûr que la rentabilité va monter, maisalors, les chiffres du chômage aussi avec les cent cinquantepersonnes qui y travaillaient.
Mondernier emploi consistait justement à être responsablemagasin de l’usine de production, mais je n’ai pu exercerle poste que huit mois avant la fermeture du site. Comme ça meplaisait, j’ai voulu continuer l’expérienceailleurs. Par chance, ARS recrutait à ce moment-là.Mais je ne m’attendais pas à ce que ça soit aussilong. M’enfin, ça valait le coup d’êtrepatient.
Bon,allez, reste à téléphoner à l’agenceimmobilière pour trouver un logement près du boulot. Lelong de la mer, ça serait trop bien ! L’air iodédès le matin en ouvrant la fenêtre ! Hmm, je m’yvois déjà.
Enattendant, je ferais les cinquante minutes de route sur une autoroutelimitée à cent-dix, en ligne droite et chiante comme lamooooorrrtttt ! Pourvu que ça ne dure pas longtemps (il yen a qui respectent les limitations de vitesse !).
Chapitre 2
Charlie
—Bonjour, Monsieur Trémont. Bienvenue chez ARS.
Monnouveau chef me serre la main en guise d’accueil, un sourirechaleureux sur le visage. Je me fais de nouveau la réflexionqu’il ressemble à Vernon Dursley 4 sans moustache avec ses cheveux grisonnants, son ventre proéminentet ses bajoues. Avec mon mètre quatre-vingt-sept, je doisbaisser le visage pour croiser son regard pétillant et luirendre son sourire. La comparaison avec l’oncle d’HarryPotter s’arrête aux caractéristiques physiques.Billy semble être quelqu’un de bienveillant et ouvert. Lecourant est bien passé entre nous lors de l’entretiend’embauche et cela a grandement contribué à mavolonté de travailler ici. Par contre, c’est bête,mais j’ai beau avoir trente ans, j’ai l’impressionde me sentir vieux avec le « monsieur »prononcé de manière hyper formelle.
—Bonjour, Monsieur Poquet, merci pour votre accueil. Permettez-vousqu’on s’appelle par nos prénoms ? demandé-je.Cela sera bien plus simple pour notre collaboration.
—Bien sûr, Charlie, s’exclame-t-il en retour, aucunproblème.
Voilàqui est mieux. Par automatisme et pour calmer le stress qui m’habitealors que je mets les pieds dans les locaux en tant que nouveausalarié, je passe la main dans mes cheveux blonds rassemblésen une queue basse sur la nuque. J’ai pris pour habitude de neporter que des catogans (c’est chic et simple, parole de Karl 5 )en entreprise pour ne pas être gêné avec le casquede sécurité. Cette initiative me permet d’évitertoute réaction démesurée dans le cadreprofessionnel, puisqu’il paraît que je représentele fameux stéréotype du surfeur blond aux cheveux longs(pourtant je n’arbore pas la coupe de Patrick Swayze 6 ).J’ai donc l’habitude d’être tantôtdragué, tantôt charrié selon l’interlocuteurque j’ai en face de moi. Et pourtant, je ne les couperai pourrien au monde ; les cheveux courts ne me vont vraiment pas (rienne sert de demander, je ne vous montrerai pas de vieilles photos).
—Cette première journée va être l’occasionde visiter le site et les différents services. Nous allonsd’abord nous rendre au service ressources humaines pour lesdifférents papiers administratifs inhérents àune embauche. Je vous y emmène, mais je vais devoir m’absenterune heure pour une réunion. Ça vous laissera le tempsde traiter les sujets « mutuelle » et autres.
J’acquiesceet suis mon chef dans les couloirs. Le site est agencé desorte qu’il y a les administratifs d’un côtéet la production de l’autre, avec doubles portes ferméesentre les deux. Deux mondes qui se côtoient sans se mélanger ;beaucoup de sites industriels sont sur ce fonctionnement. Les bureauxsont situés sur la face avant de l’usine, sur deuxétages.
Jesuis content de ne pas être arrivé en pingouin ;entendez le costard cravate que tout nouveau arbore habituellementpour son premier jour. Les différents entretiens m’ontévidemment aidé à comprendre que ce n’estpas le style de la maison. Conscient d’être sur un siteindustriel et de ne pas avoir un poste qui implique de passer toutesmes journées derrière un écran d’ordinateur,je me suis mis à l’aise. Je suis habillé debaskets blanches, d’un jean brut taille baisse etexceptionnellement d’une chemise blanche. À partir dedemain, je troquerai la chemise contre un confortable polo en cotonbien plus adapté à mon activité tout en restantdistingué. Point de lassitude pour cette tenue quelque peuclassique, j’en ai de toutes les couleurs.
Iln’y a pas vraiment d’accueil, mais le directeur me faitpasser par un immense showroom. Des photos en noir et blanc mettanten avant la fabrication des premières voitures de la marquesont affichées sur les murs. Monsieur Poquet m’expliquequ’ils utilisent cette pièce lors d’événementstels que la tenue de stands en lien avec l’entreprise oul’accueil de pilotes connus pour des séances dedédicace. Même s’il me donne des noms de gensvisiblement connus qui ne le sont pas pour moi (vous croyez que LewisHamilton 7 est déjà venu ici ?), je suis admiratif et encoreplus content d’avoir intégré cette entreprise.Cela me change définitivement de la feuille de papier toilettedont il n’y a pas vraiment de fierté à enretirer, bien que le produit soit nécessaire, n’endoutons pas.
Aprèscette petite promenade de santé pour m’en mettre pleinles mirettes, nous montons les escaliers et nous dirigeons vers leservice RH-Finances. Au cas où j’aurais une petitevessie, Billy n’oublie pas de me montrer l’emplacementdes toilettes au passage. Je ne devrais pas trop me tromper, le logosur la porte fait l’équivalent d’une feuille A4.Un petit malin y a même laissé sa signature d’unbeau phallus humanisé agrémenté d’unebulle de bandes dessinées « vite, vite, c’estpressé » gribouillés au marqueur noir. Billyclaque sa langue sur le palais en s’en apercevant et m’adresseun regard contrit. Je ne m’en formalise pas et souris, amusépar l’humour dégagé sur le dessin.
Lamatinée passe à toute vitesse. Après avoirrécupéré toute la paperasserie qui faitl’équivalent d’une ramette bien lourde, mon chefm’a fait faire le tour des bureaux pour me présenter.Nous avons donc longé le premier étage pour découvrirdeux salles de réunion ayant vu sur la chaîne deproduction et le service Méthodes. Nous sommes redescendusensuite par un autre escalier pour rencontrer les servicesLogistiques Documentaires, Qualité et Communication. Notreprésence est plus ou moins longue selon les services, puisqueje vais en côtoyer certains plus que d’autres dans lecadre de mon activité. Pour le moment, tout le monde me paraîtagréable. Le site comptant trois cents personnes environ,c’est assez familial. À mon passage, je vois bien que çase connaît, ça communique. Les pauses cafésemblent longues pour certains. Ça devrait me plaire.
Àplusieurs reprises, certaines femmes ont voulu me faire la bise. Jeme suis immédiatement reculé tout en tendant la main eten précisant que je préférais serrer la pince.Il y a une chose à savoir chez moi : je ne mélangejamais la vie privée et la vie professionnelle. Mon crédo :les deux R : Recul et Respect.
Enfin,c’est mon nouveau crédo que j’ai décidéde mettre en place en arrivant ici. J’appelle les gens par leurprénom, mais je les vouvoie et on me vouvoie surtout. Cela metune certaine barrière liée au statut de manager.
Pourquoicette décision ?
Etantquelqu’un un poil trop naïf, je me suis fait avoir lors dema première expérience de management. J’airapidement tutoyé, me suis laissé tutoyer et lesdérives sont vite arrivées. C’est certainementlié à mon jeune âge et au fait que je représenteune sorte de fantasme sur pattes pour certaines, mais les femmesveulent te taper la bise, te charmer. Ça m’a posédes soucis à chaque fois où j’ai dûexpliquer de manière implicite ne pas être attirépar le sexe opposé. Sans parler des hommes qui te prennentpour leur pote et le respect hiérarchique est vite oubliélorsqu’il faut recadrer. J’ai donc décidéd’être vraiment intransigeant maintenant : jevouvoie et je n’embrasse personne (mode froid et impartialactivé).
L’heuredu repas approchant, Billy nous conduit à la cantine, situéederrière l’atelier peinture. Le bâtiment est aussivieux que le reste du site, mais propre. Par contre, on repasserapour le côté chaleureux et cocooning. On dirait le selfd’un hôpital, tout est blanc et gris (ah non, j’aperçoisune plante verte au fond de la salle, mais elle fait la gueule).C’est en tout cas assez bruyant. Mes oreilles sont agresséespar le brouhaha des hommes qui mangent sans discrétion, leschaises qui raclent le sol et les bruits de vaisselle entrechoquéequi nous parviennent de derrière le service. Mais je ne doutepas m’y habituer rapidement.
Aprèsune hésitation plus ou moins longue pour sélectionnermes préférences entre trois entrées, trois platset cinq desserts (il y a du choix, je ne me plains pas), je pose lesdifférents éléments sur mon plateau et me dirigevers la table blanche que Billy me désigne. Elle est déjàoccupée par un homme aux cheveux roux pas beaucoup plus vieuxque moi. Je fais ainsi la connaissance de l’adjoint duresponsable de production prénommé Christophe, son chefétant en congé pour une semaine. On est rapidementrejoint par deux autres personnes que j’ai croisées lematin même et dont je dois redemander les noms.
—Alors Charlie, ça se passe bien jusqu’àmaintenant ? me demande Georges, le responsable Qualité,un grand cinquantenaire assez sec de carrure, mais aimable.
—Très bien, l’accueil est agréable pour le moment,affirmé-je, gêné par l’attention que jereçois de toutes les personnes présentes à notretable. J’ai hâte d’aller sur le terrain et derencontrer mes équipes.
—Patience. Vous les rencontrerez juste après le repas, merépond Billy entre deux bouchées de pain (il en a priscinq morceaux au lieu des deux maximums autorisés, il doitavoir une dérogation avec son statut de chef).
Lerepas se passe dans la bonne humeur et je me détends petit àpetit. Suite à certaines questions de leur part, je leur donnequelques informations sur mon passé professionnel et mesévolutions chez PQ TROC en ne gardant que le meilleur. Nousdérivons ainsi sur l’état de l’industriefrançaise qui est une catastrophe et les différentesentreprises qui ont fermé récemment. Billy m’informemême que ARS aurait pu fermer l’année dernières’ils n’avaient pas récupéré lafabrication de la voiture actuelle. Un sacré répit quia fait du bien au moral des troupes et rassuré tout le monde(euh… dois-je déjà chercher du travail ailleurs?). Billy complète qu’il y en a pour au moins trois ansd’activité, mais qu’ils sont plutôtconfiants pour la suite avec le développement d’autresmodèles s’inspirant des voitures mythiques (ouf, jerespire à nouveau).
Lerepas terminé, mon chef m’emmène au magasingénéral afin que j’y récupère mesEPI 8 ,à savoir les chaussures de sécurité, lacasquette et les gants que je pourrais être amené àporter le cas échéant. La casquette de sécuritéremplace le casque habituellement utilisé dans les entreprisesindustrielles. Espérons que je la porte aussi bien (il paraîtque je suis sexy avec un casque). Nous mettons un bout de temps pourarriver à destination puisque nous devons traverser toute lachaîne de fabrication. Cette dernière est structuréeen U et le magasin se situe à l'autre extrémitédu site. Ça va me faire faire des gambettes de traverserl'usine plusieurs fois par jour, mes fessiers vont êtred'enfer. Bon, en soit, le chemin n'est pas hyper long, mais Billy estun directeur, un vrai. Et il aime parler à ses collaborateursqui sont eux-mêmes ravis de le côtoyer.
Aubout d'une demi-heure, nous arrivons à destination. Mes EPIrécupérés, je fais enfin le tour de ce qui seramon périmètre : le magasin. Cela comprend deux choses :le stockage de pièces pour la production et des consommablesincluant notamment les EPI ; et les flux vers la production. Jevais gérer les stocks à côté des chaînesde production et les réapprovisionnements. Autant dire que monposte est capital. S’il n’y a pas les pièces surla chaîne de fabrication, il y a arrêt de la chaîneet c’est quelque chose qui coûte très cher àl’entreprise. Billy est très sympathique, mais il m’amis un sacré coup de pression tout d’un coup.
Entouréde racks et de chariots, je fais la connaissance des quarante-cinqpersonnes qui travaillent au magasin. Que des hommes là aussi,cela va vraiment du petit jeune de vingt ans qui vient d’arriverau senior à deux ans de la retraite. Je n’en mènepas large de les voir tous devant moi dans la même tenue detravail tel un bloc solide et redresse les épaules pour ne pasme laisser intimider et affirmer ma position. Je repèrequelques têtes déjà aperçues sur lesdocuments récupérés ce matin.
J’aien effet profité de ma présence aux ressources humainespour avoir plus d’informations sur les salariés etrécupérer l’organigramme du magasin à jouravec tous les noms et photos pour connaître les attributions dechacun (et quelle originalité dans les prénoms, il y aau moins dix Jean-Quelque chose, ça va être coton pourm’y retrouver avec ma mémoire de poisson rouge). Je meprépare comme je peux pour mon poste, car je ne vais avoiraucune passation, le précédent responsable magasinétant parti trois mois plus tôt pour dépression(dois-je m’inquiéter ?). Je vais donc devoir toutdécouvrir par moi-même. J’espère que lesdeux chefs d’équipes sous ma coupe me seconderont bienet qu’ils seront d’une grande aide pour mes débuts.Il va falloir que j’apprenne vite et bien pour me crédibiliserrapidement et me faire ma place.
Unchef qui n’est pas crédible est un chef foutu.
Chapitre 3
Charlie
Lereste de ma première semaine d’intégration s’estpartagé entre le magasin et la production. Je me suisconcentré sur les équipes terrain afin de mieuxcomprendre le rôle de chacun. J’ai donc passétrois jours avec Thomas et Frédéric, mes deux agents demaîtrise. Heureusement pour moi, ils sont d’une grandeaide et connaissent leur équipe.
Thomas, un grand moustachu de cinquante-deux ans, arborant descheveux bruns grisonnants, semble bien connaître son métierde chef d’équipe des réassorts. Il m’al’air de quelqu’un d’assez bourru, mais estimépar son équipe au vu des différentes interactions quej’ai pu lui voir avec ses collaborateurs. En tout cas, il n’apas la langue dans sa poche et je devine que tout doit filer droitavec lui sous peine de grosse engueulade.
Frédérica vingt-huit ans, pas très grand, mais bien bâti etchauve. Je ne cache pas qu’il est pas mal, on peut voir qu’ilfait de la gonflette à travers ses pectoraux (il est plusproche d’Éric Judor 9 que de Vin Diesel 10 ,ne vous montez pas trop la tête mesdames, hein !). Il estarrivé sur son poste en montant en compétences quelquesmois avant mon arrivée. Et en l’entendant parler, j’ail’impression qu’il ne maîtrise pas encorecomplètement son périmètre. Il est en charge desstocks, métier que j’ai également exercépendant deux ans. Cela me permettra d’apporter une connaissancetechnique et une certaine crédibilité si besoin. Côtémanagement, il est plus sur une approche amicale que paternaliste,l’ayant vu plusieurs fois déconneur avec son équipe.Cela n’empêche pas que ses consignes soient comprises etappliquées.
Mesdeux agents de maîtrise ont donc une approche différentevis-à-vis de leurs équipes, mais ils communiquentégalement bien ensemble. Le fait qu'il n'y ait pas eu de chefdirect au-dessus d’eux pendant trois mois les a certainementincités à se côtoyer régulièrementet à trouver des terrains d'entente en prenant des décisionsensemble pour le bien du magasin.
Lejeudi, j’ai quitté mon périmètre pourpasser la journée entière en production. Christophe,l’adjoint du responsable production a été monguide toute la journée et on a fait le tour de tous les UAP 11 .Sans mentir, j’ai serré une centaine de paluches aucours de la journée, tantôt une main franche, tantôtle poignet pour éviter le gant plein de cambouis. Cela m’apermis de suivre tout le processus de fabrication d’unevoiture, de la carcasse à la finition. J’ai ainsi pu merendre compte que Christophe connaît son sujet sur le bout desdoigts, et cela me rassure de savoir que je vais travailler encollaboration directe avec des personnes compétentes. Jepourrais croire qu’il a effectué tous les postes del’usine tellement ses connaissances m’impressionnent.
Nousnous sommes plus particulièrement concentrés sur lespièces fournies par le magasin pour chacun des postes. J’aipu voir en direct les gars de l’équipe de Thomas alleret venir avec leur chariot élévateur et les dispositifs« fait-maison » pour remplir les stocks le longde la production. Ce fut une journée trèsenrichissante.
Christopheest vraiment agréable et à l’écoute. Cegrand roux aux nombreuses éphélides est constammentsouriant avec ses petites dents blanches toujours visibles derrièreses fines lèvres. Ses légères rides au coin desyeux montrent que son visage est marqué par cette expressionsouvent employée. Ce n’est pas une mine moqueuse ounonchalante, mais plutôt un sourire bienveillant. C’estcomme si rien ne pouvait jamais le fâcher et qu’il voyaittoujours le verre à moitié plein. D’ailleurs, ilsemble s’entendre avec tout le monde et les gars sur le terrainsemblent toujours ravis de le voir pour lui communiquer telle outelle information qu’il note dans son calepin constammentprésent dans la poche de sa veste.
Ilm’a vraiment bien aiguillé pour comprendre son périmètreet les difficultés que je pourrais rencontrer. Je me suisempressé de prendre des notes sur les postes critiques oùles stocks sont à suivre de près. Je recoupe certainesinformations, me remémorant certaines référencesdont Thomas m'avait déjà parlé (je ne retienspas les noms, mais les chiffres oui).
Quatrejours que je suis arrivé et Christophe m’intègredéjà. À la fin de la journée, j’avaisclairement des difficultés pour continuer à levouvoyer. Si je n’avais pas volontairement décidéde mettre une barrière entre vie pro et vie perso, j’avouequ’il pourrait être un très bon copain en dehorsdu boulot. Il a le don de rendre les gens à l’aise ;nos échanges sont fluides et agréables et je me sensmoi-même en sa présence.
C’estun sentiment troublant que je n’ai pas connu auparavant dansmes précédentes expériences. Il m’avaitfallu plusieurs semaines pour sympathiser de la sorte avec mescollègues, afin que la confiance s’installe et que lespremières confidences se fassent. Je ne sais donc pas tropcomment agir face à Christophe. Percevant son naturel ouvert,j’ai conscience qu’il ne joue pas un rôle commej’ai pu le voir auparavant. J’ai vraiment envie dem’ouvrir à lui et d’être totalement moi-mêmeen sa présence.
Toutefois,je fais le choix d’écouter ma raison et me réfrènedans mes confessions. Je sais que je fais confiance trop vite et çam’a valu des soucis alors j’arrête. Je n’aipas envie qu’on me foute à nouveau un coup dans le doset que cela nuise à ma carrière. De ce fait, lorsquenous dérivons sur des sujets personnels, je transmets quelquesinfos au compte-goutte et le laisse parler. Car de son côté,il ne se prive pas de me raconter les principaux élémentsde sa vie privée. Je connais le nom de sa femme et de son bébéde six mois (bon, en réalité, j’ai déjàoublié !) et son parcours avant d’arriver sur sonposte.
Bref,j’ai vu beaucoup de monde en cette première semaine etje n’ai retenu que cinq prénoms (c’est déjàbien pour la mémoire de poisson rouge que j’ai). Lesdébuts sont prometteurs.
Jeme dirige vers ma moto en ce vendredi soir lorsqu’onm’interpelle :
—Charlie ! Alors cette première semaine ?
Jeme retourne et suis rejoint par une tête rousse.
—Salut Christophe, m’écrié-je. Écoute, jesuis plutôt content pour le moment. Je n’en suis pasencore à apprendre hein, mais j’assimile les infos.
—Super, s’exclame-t-il avant d’enchaîner. Pourinformation, mon responsable revient lundi. Donc, ça seraitmieux que tu t’adresses à lui si tu as des questions oubesoin de renseignements sur la production. Mais je reste toujoursdisponible.
—OK. J’espère qu’il sera aussi cool que toi,confié-je.
—Tu verras, me répond-il, mystérieux, avant de reprendreun ton enjoué. Passe un bon week-end. À lundi.
—Toi aussi, merci. À lundi, le salué-je avant de meretourner.
Jemonte sur ma moto et me refais la conversation dans ma tête. Ehmerde, on repassera pour la barrière pro-perso. On s’estautomatiquement tutoyés l’un l’autre. Vive mesengagements, il ne m’aura fallu qu’une semaine pour lesrompre. Et le deuxième élément, c’estqu’il n’a pas du tout confirmé le point comme quoile responsable de production était « aussi sympaque lui ». Son ton était plus qu’ambigu. Àquoi dois-je m’attendre ?
Chapitre 4
Laurent
—Quoi ? Mais tu te moques de moi, là ? hurlé-jedans mon téléphone.
Évidemment,Véronique ne me répond pas. Pourquoi répondrait-elle ?J’entends la tonalité du téléphone quim’indique qu’elle m’a raccroché au nez. Jefulmine en posant violemment le combiné sur la table de lasalle.
—Tout va bien, papa ? demande Théo, mon fils de six ans,qui regarde la Pat Patrouille 12 à la télé.
Jepasse une main devant mon visage et souffle avant de me diriger versle canapé pour m’asseoir à côté delui.
—Oui, maman a encore changé d’avis concernant votregarde. Désolé de m’être mis en colère.Tu n’as pas dû entendre de jolis mots, m’excusé-jeavant de changer de sujet. Ah, depuis quand les chiens de la PatPatrouille se transforment en sirène ?
—Bah oui ! C’est pour mieux aider les animaux des océans,me répond-il avant de regarder à nouveau son dessinanimé préféré.
Ilest un peu grand j’avoue pour regarder ça, mais c’esttoujours mieux que Peppa Pig 13 .Depuis que ma femme – ex-femme – est partie de la maisonen laissant tout le monde derrière elle, il y a de çatrois semaines, on est tous un peu chamboulés. Mon jeune Théoest devenu bébé Théo. Il fait régulièrementdes cauchemars qui s’accompagnent souvent de pipi au lit. Ils’est même mis à sucer son pouce alors qu’ila lâché la tétine quand il avait trois ans. J’aiorganisé une première séance de psy la semainedernière et il y a du boulot. Mais tant que Véroniquecontinuera sa crise d’ado et ne fera pas son taf de mère,les progrès vont être minimes. La thérapie va mecoûter cher.
Mais,je ne sais pas si c’est le pire, en fait. Me lever toutes lesnuits pour changer les draps n’est franchement pas une partiede plaisir, mais au moins, je peux toujours échanger avecThéo. Ce n’est pas le cas avec ma fille. Lola a beaun’avoir que douze ans, j’ai l’impression qu’ona sauté l’étape de la préadolescence pourentrer dans l’adolescence pure. J’ai repris les mots dela psy, car Lola aussi y a le droit. Depuis que sa mère aquitté le foyer trois semaines plus tôt, elle ne m’aplus adressé un mot et fait passer tout message via son frère.
J’entendsdes pas dans les escaliers et me retourne.
—Théo, tu peux demander à papa quand est ce qu’onmange ? questionne Lola.
—Je t’ai entendu, dis-je en regardant ma montre avant dem’exclamer. Merde, il est huit heures et demie. Euh, pâtescarbo, ça vous va ?
Monfils clame sa joie et ma fille grogne en remontant les escaliers.J’ai essayé au début de l’amadouer avec sesplats préférés, quelques achats de vêtementsqu’elle voulait, rien n’y fait. Elle me considèrecomme responsable du départ de sa mère. Et je vaisdifficilement pouvoir y faire quelque chose. Elle n’est pasbête. Elle nous entendait bien nous engueuler, Véro etmoi. Rien n’allait plus. Madame en avait marre d’êtremère au foyer, elle se sentait, je cite, emprisonnéedans son rôle et étouffait de sa situation. Je veux bienle concevoir, mais je ne l’ai jamais empêchée defaire quoi que ce soit, en tout cas pas directement. C’est ellequi a quitté ses études pour qu’on vive ensembleet qu’on fonde notre famille. Ce n’est pas de ma faute sison niveau BAC+4 en sciences de la vie ne lui permet pas de trouverun travail aujourd’hui.
Jemets l’eau à bouillir et rajoute le gros sel dedans.J’avoue que je ne suis pas encore un pro de la cuisine. Qui ditmère au foyer, dit assistante cuisinière et ménagère.Ça fait seize ans que je ne fais pas grand-chose dans lamaison. Donc je m’y remets petit à petit et je peux direque ça ne m’enchante pas.
Jesoupire de désenchantement. Heureusement que Nathan, mon grandgarçon de quinze ans, est assez loin de tout cela. Je suisfier de lui. Il s’est engagé à l’écolemilitaire de Saint-Cyr en septembre et cela a l’air de luiplaire. En même temps, l’armée et lui, c’estune grande histoire. Depuis tout petit, il a toujours voulus’engager. On aurait pu l’inciter à continuer unpeu ses études avant qu’il n’intègrel’armée, surtout qu’il avait un certain potentielà l’école. Mais cela n’aurait servi àrien. Ses posters dans sa chambre étaient à l’effigiede l’armée, il a regardé tous les reportagesexistants. Bref, je n’avais pas du tout envie d’allercontre sa volonté et ai donc poussé ma femme àrespecter son choix d’entrer en internat dès que son âgele permettait. Bien sûr, Nathan n’ira sur le terrain qu’àpartir de dix-huit ans, mais cela lui permet tout de même debaigner dans son univers dès maintenant. C’est moi quil’ai appelé, deux semaines plus tôt, pour leprévenir que sa mère avait quitté le foyer. Iln’a pas eu l’air plus touché que cela.
J’aitout de même profité de sa venue pour les vacances cettesemaine pour remettre le sujet sur le tapis et avoir une conversationen face à face. Je n’aurais presque pas reconnu mon filsaîné en allant le chercher à son école. Ilchange à vue d’œil physiquement et mentalement.Les exercices qu’il fait durant ses entraînements, cumuléà son développement physique fait que la petitebrindille a laissé place à un jeune homme plutôtmusclé.
Jeme remémore notre conversation sur la route du retour, alorsque nous sommes partis le redéposer à son internat.
— Hé papa ! Tu devrais faire du sport toi aussi,s’est-il exclamé.
— Hein ? Qu’est-ce que tu racontes ? ai-je demandé.
— Tu n’as que quarante-deux ans. C’est l’âgeoù il faut réagir si tu ne veux pas d’embonpoint,tout ça, a-t-il expliqué. J’ai remarquéque tu avais pris un peu plus de bide qu’à Noël. Situ veux rester séduisant, faut te prendre en main.
— Mais… ai-je commencé à dire avant d’êtreinterrompu.
— Si maman est bien partie, peut-être que tu voudras retrouverdu monde, quelqu’un à qui tu veux plaire, a-t-ilinsisté. Mais pour ça, il ne faut pas que tu te laissesaller.
— Mais fiston ! Ta mère est partie depuis troissemaines, ai-je répliqué. Tu ne crois quand mêmepas que j’ai envie de retrouver quelqu’un maintenant ?Il y a un divorce à prononcer, car il va bien falloir passerpar là. Et je veux d’abord m’occuper de vous.
— Sauf que tu n’es pas fait pour être seul, a-t-ilrépondu avec une lucidité digne d’un adulte. Tuas besoin de quelqu’un dans ta vie. Maman, ce n’étaitpas la bonne, voilà tout. Tu sais, tu peux aller à lasalle de sport à côté de la maison avant d’allerchercher Lola et Théo à l’école. Puis, tudevrais te laisser pousser la barbe, ça t’irait bien jesuis sûr. Sans parler de faire un tour en magasin, tu ne portesque des trucs trop débraillés et difformes. Fautprendre soin de toi, aussi.
Cesoir, je suis resté estomaqué face à la maturitéde mon fils. Je n’ai pas su quoi lui répondre. Je nepourrais jamais regretter son intégration dans l’armée.Nathan a tellement changé en quelques mois. Et dire qu’ilprend seize ans bientôt. Quoiqu’il en soit, le retourvers notre maison m’a fait réfléchir à cequ’il a dit. Et il me connaît bien, il a raison. Je nesuis pas homme à rester seul jusqu’à la fin de mavie. J’ai besoin d’une femme, non pour les aspectslogistiques, même si j’avoue que c’est bienpratique, mais parce que j’ai besoin de donner de l’amour.J’ai besoin de sexe dans ma vie et papillonner comme quand on avingt ans, ce n’est pas pour moi. Je ne ressens pas le besoinde vivre une seconde jeunesse comme a l’air de faire monex-femme. Quoiqu’il en soit, je ne veux pas me précipiter.La priorité est à mes enfants d’abord. Et Dieusait qu’ils vont avoir besoin d’aide pour surmonterl’abandon de leur mère. Car on ne peut pas appeler çaautrement.
—C’est prêt ! Théo, tu m’aides àmettre la table s’il te plait ? demandé-je. Théo ?
Commetous les jours, je suis obligé d’aller éteindrela télé et de me positionner devant pour que mon filsdécroche.
—Méééé !! Papaaaa ! râle-t-il.
—La table ! Et que ça saute ! dis-je avec ma grossevoix.
Çamarche à tous les coups, je passe une main dans ses cheveuxchâtains pour les ébouriffer. Reste à monter lesescaliers pour demander à ma fille qu’elle viennemanger. Elle a bien tenté au début de faire repas àpart, en mangeant dans sa chambre. Je suis allé la recherchertout de suite par la peau des fesses. On mange ensemble, point.Déjà que la famille est cassée en deux, ce n’estpas pour semer des miettes partout. Donc, elle peut ne pas parler durepas, mais je mets un point d’honneur à ce qu’ellesoit avec nous.
Jetoque à sa porte et attends quelques secondes. C’estnoté « ne pas entrer sous peine de mort »en rouge, donc je ne tente pas d’enfreindre son avertissement.Elle est déjà en colère contre moi, rien ne sertde la provoquer encore plus.
—Lola, le repas est prêt, tu viens manger ? demandé-je.
J’attendsdeux minutes, mais aucune réponse ne traverse le battant alorsje toque à nouveau.
—Lola ? Si tu n’es pas sortie dans une minute, je vaisdevoir ouvrir, déclaré-je.
Jerecule d’un pas quand je vois la porte s’ouvrir vivementsur ma fille. Je ne me fais vraiment pas à son nouveau stylevestimentaire. Heureusement, ses cheveux blond foncé et sesyeux un ton plus clair que les miens adoucissent le trait. N’empêche,on peut réellement devenir gothique à douze ans ?Elle ne porte que du noir et a jeté tous ses autres habitsdans la benne à vêtements, une semaine et un jour aprèsle départ de sa mère. Comme si elle pensait qu’elleavait pris une semaine de vacances et qu’elle allait revenirtoute pimpante le lundi suivant. Je ne dis rien, j’avoue quej’y ai cru moi aussi. Qu’elle était partie sur uncoup de tête, qu’elle allait revenir en s’excusantpour cette pause en solitaire et qu’elle regretterait songeste. Mais en plus d’être lâche puisqu’ellea embarqué toutes ses affaires pendant mon boulot et l’écoledes enfants sans leur dire au revoir, elle m’a aussi envoyédes photos d’elle et son nouveau mec, semblerait-il, durant lasemaine en question. Plus aucun doute n’était permis.Elle a tout abandonné pour refaire sa vie de son côté.
Onvient de passer une semaine exécrable, pour les vacances dePâques. Les enfants n’étaient pas inscrits aucentre aéré puisqu’on devait partir en vacancestous les quatre. Ayant reconnu les lieux où on devait serendre à travers les photos que j’ai reçues de sapart, j’ai compris que Véronique était partie làoù on avait réservé.
Çam’a foutu dans une rage folle de constater son égoïsme,d’autant plus envers ses propres enfants. Sur le coup, je mesuis même demandé si elle n’avait pas étéembrigadée tellement je ne m’y attendais pas. Ons’engueulait souvent et je prenais conscience petit àpetit de sa volonté de vivre autre chose, mais elle restaitune mère présente pour ses enfants. Partir sur un coupde tête et priver ses propres enfants de vacances est au-delàde ce que je peux accepter et je ne suis pas près de le luipardonner. J’ai voulu rattraper le coup et ai songé àemmener les enfants ailleurs, mais leur état d’espritétait tel que ce n’était pas envisageable dequitter la maison. J’avais peur qu’ils interprètentmal ce départ et vivent péniblement ces vacances,accentuant les problèmes au retour. J’ai donc occupémes fils comme j’ai pu et ma fille est restée dans sachambre toute la semaine, ne la quittant que pour aller au petit coinet manger.
Sion m’avait dit à Noël que je me retrouverais danscette situation, je n’y aurais pas cru. Déjàqu’on me trouve lunatique sur les bords, ça ne va pass’arranger.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents