L INTEMPOREL
354 pages
Français

L'INTEMPOREL

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Description

Symrik poursuit sa formation d’Intemporel au Morne-du-Protecteur, le cœur militaire de son royaume. Il est à l’âge où les liens d’amitié se forgent avec passion, particulièrement lorsqu’ils sont motivés par une haine commune. Djassa, Roya, Ismiel et Zoma s’unissent pour espionner les faits et gestes du mystérieux sergent Geirza,
leur précepteur.
Des actions aux apparences anodines peuvent générer de lourdes conséquences...
Assigné à la protection des frontières, il constatera que fuir son royaume se révélera plus compliqué que prévu.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 novembre 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782925009924
Langue Français
Poids de l'ouvrage 40 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le cycle du cachemor
Tome II
Les douleurs de l’apprentissageCopyright © Les éditons ÉdiLigne Inc.
44 de Darvault, Candiac, Québec, Canada, J5R 6X5
Tél. : 514.990.6534
Tous droits réservés. Toute reproducton en tout ou en parte, par quelque
moyen que ce soit, graphique, électronique, manuelle ou mécanique, est
strictement interdite sans l’autorisaton écrite de l’auteur et de l’éditeur.
Catalogage avant publicaton de Bibliothèque et Archives natonales du
Québec et
Bibliothèque et Archives Canada
Titre: L’intemporel / écrit et illustré par : Alex S. Girard.
Noms: Girard, Alex S., 1976- auteur, illustrateur. | Girard, Alex S., 1976-
Douleurs de l’apprentssage
Descripton: Nouvelle éditon | Sommaire incomplet: 2. Les douleurs de
l’apprentssage.
Identfants: Canadiana 2019003212X |
Vol. 1 (couverture souple) ISBN 9782925009184 (Epdf) ISBN 9782925009917
Vol. 2 (couverture souple) ISBN 9782925009191 (Epdf) ISBN 9782925009924
Vol. 3 (couverture souple) ISBN 9782925009207 (Epdf) ISBN 9782925009931
Vol. 4 (couverture souple) ISBN 9782925009610 (Epdf) ISBN 9782925009948
Classifcaton: LCC PS8613.I693 I57 2019 | CDD jC843/.6—dc23
Dépôt légal - Bibliothèque et Archives natonales du Québec, 2019t Archives Canada, 2019
D’après l’idée originale d’Alex S. Girard
Éditrice : Annie-Claude Larocque
Concepton de la couverture: Alex S Girard et Pierre Rig Rodrigue
Image de couverture : Éléments trés de livre d’Etenne Milete de MilleCuirs
Mise en pages : Annie-Claude Larocque
Illustratons : Alex S. Girard
Révision et correcton : Catherine Sirois, André LaRocque
Partcipaton de la SODEC.
Nous reconnaissons l’aide fnancière du gouvernement du Canada par
l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos actvités d’éditon.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’éditon de
livres — Geston SODEC.
Créé au Québec, Canada.Au clan Langlois-LarocqueTable des matières
En route vers le Morne ..................................... 9
Au Morne du Protecteur ................................... 17
Dans les baraquements .................................... 23
Geirza Sorwig .................................................... 28
Un vent mutin ..................................................... 43
Les Compagnons de l’Oreille .......................... 46
La flature ............................................................ 53
La tentation d’écraser un Saymir ................. 68
Dans l’ombre des Makzirs ................................ 86
Contrecoups ........................................................ 122
La Nouvelle Union ............................................ 130
De retour dans l’atelier .................................... 142
L’archer ................................................................ 149
Les Guetteurs ...................................................... 171
La missive ........................................................... 210
Le visiteur 231
Markodja ............................................................. 250
Longueur variable d’une courte route ..............275
Grande bibliothèque ......................................... 291
Sagearbre ............................................................ 302
Préparatifs .......................................................... 315
Fuir dans le secret ............................................. 325
L’oeil du cyclone ................................................. 331
Annexe ................................................................. 337
Biographie 347
À suivre ................................................................ 350En route vers le
Morne
Le cœur léger, l’esprit bouillonnant de
visions d’avenir radieux, Symrik n’avait
pas vu passer les quelques jours de route le
séparant des voûtes du Temple des Passages
aux toits pointus de Val-Aux-Pics. Il y ft ses
adieux à ceux qui marquèrent son enfance :
sa nourrice, la bibliothécaire et les divers
maîtres qui l’initièrent aux beautés de ce
monde. En route vers le
Morne
Le cœur léger, l’esprit bouillonnant de
visions d’avenir radieux, Symrik n’avait
pas vu passer les quelques jours de route le
séparant des voûtes du Temple des Passages
aux toits pointus de Val-Aux-Pics. Il y ft ses
adieux à ceux qui marquèrent son enfance :
sa nourrice, la bibliothécaire et les divers
maîtres qui l’initièrent aux beautés de ce
monde.
9Étrangement constitués d’adultes, les Symrik avait l’impression d’emprunter des
gens comptant pour lui ne se trouvaient pas montures de légende pour se rendre dans un
parmi les jeunes de son âge. lieu tout aussi légendaire.
Tous le regardaient d’un œil bienveillant, Ils dévalèrent le fan de cette cha îne
mais, s’il avait été plus attentif, il aurait de montagnes où se nichait son village,
remarqué plus d’une nuance d’ambiguïté jusque dans la Grande Vallée Helwite, puis
dans ces œillades. Comme si certains descendirent plein sud. Ils contournèrent
pouvaient lui envier ce statut de Fendji, ou la base du Perce-Ciel, offrant à Symrik
qu’ils savaient que le chemin qu’il empruntait la possibilité de revivre en partie ce rite
n’était pas pavé de roses. qui le menait à présent sur cette nouvelle
route. Humant l’air rempli des sels qui se
Peut-être n’avait-il pas la maturité pour
dégageaient de ce gargantuesque prisme de
saisir ces subtilités, mais il semblait si
consciencium, il se promit d’y revenir avant
heureux que personne ne réussit à ternir
longtemps.
l’éclat de son bonheur. Il ramassa le peu de
possessions dont il disposait à la Maison
des Garçons et se joignit aux quelques
autres Helwites qui entamaient leur service
sociétaire.
Ils montèrent dans un malinaki, mû par
quatre yerzas fringants attelés à la voiture.
Ces bipèdes à pattes musculeuses semblaient
frais et dispos pour la longue route qui les
attendait. Le contraste de leur sang chaud
dans l’air frais du matin voilait leur pelage
ras et soyeux d’une couche de vapeur,
ajoutant une teinte mystique au tableau.
10Symrik avait l’impression d’emprunter des
montures de légende pour se rendre dans un
lieu tout aussi légendaire.
Ils dévalèrent le fan de cette cha îne
de montagnes où se nichait son village,
jusque dans la Grande Vallée Helwite, puis
descendirent plein sud. Ils contournèrent
la base du Perce-Ciel, offrant à Symrik
la possibilité de revivre en partie ce rite
qui le menait à présent sur cette nouvelle
route. Humant l’air rempli des sels qui se
dégageaient de ce gargantuesque prisme de
consciencium, il se promit d’y revenir avant
longtemps.
11Après cela, le jeune Fendji dépassa le lac
de la Pause. Puis, il put constater la qualité
supérieure du revêtement des routes près
de Martodeau, la capitale, car l’absence
de cahots lui permettait de griffonner plus
aisément dans ses inséparables carnets.
C’était l’une des plus vieilles cités de son
royaume. Il n’y avait jamais mis les pieds.
Encore un endroit de plus à visiter. En
fait, durant cette route d’un peu plus d’une
semaine, arrêtant dans plein d’endroits
inconnus, il se jura plusieurs fois de sillonner
ces terres de long en large dès qu’il le pourrait.
Il éprouvait un désir ardent de découvrir le
monde qui, à cette époque, se limitait aux
1frontières de son royaume hermétique .
Enfn, au bout du voyage, dans la
grande plaine qui précédait les Monts
Ronds qui limitaient l’horizon, émergeait
une impressionnante protubérance : le
Morne du Protecteur. Cette immense butte
recouverte de bâtiments, de cours, de statues
monumentales et de parcs insuffa en lui un
étrange pressentiment. Il se rendait en ce
haut lieu historique pour débuter son service
sociétaire. Rien d’extraordinaire, puisque
1: Voir la carte du royaume hermétique (Helwite) en page 338
12tous les Helwites devaient passer par là. Mais
lui, c’était un Fendji, du moins, le croyait-on.
Or lui, le croyait-il ? Malgré le résultat de son
Rite de l’Oreille, il en doutait encore. En quoi
cela changerait-il son expérience ?
Sauraitil assurer ? Il n’y avait qu’une façon de le
savoir : le vivre. Tel le canoteur face à un
rapide, trop loin de la berge pour entamer un
portage, il allait baisser la tête et affronter le
bouillant destin au-devant.
1314151617
Au Morne du
Protecteur
4 985 post Lunaclysme18
20e jour du deuxième quart
Me voici en ce lieu mythique où tout wigan est
appelé à se rendre lorsqu’il prend sa place dans
2la société helwite. Le Morne du Protecteur
porte ce nom en l’honneur du grand Royourik
Anwag, un des plus célèbres et anciens wigans
de l’Histoire. Il a côtoyé le Premier Éternel ;
survécu au Lunacysme et à la terrible Ère des
Poussières qui suivit ; joué un rôle important
dans l’érection et la déchéance du Deuxième
Empire. Mais, on le connaissait surtout pour
avoir dirigé les opérations qui menèrent à la
création du royaume helwite. De ce morne, il
2: Voir la carte du Morne du Protecteur en page 344 19
20e jour du deuxième quart dirigea les assauts cruciaux qui permirent
d’établir les frontières telles que nous les Me voici en ce lieu mythique où tout wigan est
connaissons aujourd’hui.appelé à se rendre lorsqu’il prend sa place dans
2la société helwite. Le Morne du Protecteur Ce devait être grandiose d’entendre ses
porte ce nom en l’honneur du grand Royourik directives et ses légendaires discours délivrés
Anwag, un des plus célèbres et anciens wigans aux cohortes de wigans rassemblées sur les
de l’Histoire. Il a côtoyé le Premier Éternel ; plaines, au pied de cette colline solitaire. Ce
survécu au Lunacysme et à la terrible Ère des qui ft de lui un héros, outre ses victoires,
Poussières qui suivit ; joué un rôle important son parcours extraordinaire et sa verve
dans l’érection et la déchéance du Deuxième incomparable, fut son humble solidarité. Il
Empire. Mais, on le connaissait surtout pour accompagnait ses compatriotes dans chacune de
avoir dirigé les opérations qui menèrent à la leurs sorties militaires, inspirant l’unité des
création du royaume helwite. De ce morne, il classes et renforçant la confance de tous dans
ses stratégies. En quelque sorte, il incarnait
les valeurs qui unirent les peuples libres et les
survivants des royaumes décimés du Deuxième
Empire, en accord avec les principes de l’Oracle
qui fondèrent le Troisième Empire et dans lequel
je vis aujourd’hui.
On dit qu’il fut emporté à la bataille de
3Vertcorail , alors que ce n’était encore qu’un
2: Voir la carte du Morne du Protecteur en page 344
3: Voir la carte de Vertcorail en page 34220
archipel servant de frontière naturelle entre
la mer Intérieure et la mer d’Argent. Son
corps momifé logerait au plus profond des
catacombes, au cœur du Morne.
Presque au sommet de ce dernier, là où je
suppose que le héros donnait ses discours, se
trouve maintenant une gigantesque statue. À
ses pieds se déploie le complexe militaire où
j’amorcerai ma formation de Deuxième Cycle.
Je trépigne d’impatience à l’idée d’apprendre
comment utiliser la Volonté dans des contextes
pratiques. Je préfère le concret au théorique.
Or, augure favorable s’il en est un, je viens de
découvrir que je logerai et étudierai en compagnie
des quatre larrons qui m’ont accompagné à la
sortie de mon Rite de l’Oreille. Je trouve ça
plutôt improbable que cinq personnes qui se sont
croisées à la sortie d’un examen soient tirées
au sort pour faire partie de la même décadre,
un groupe de dix individus. Nous étions plus
d’une centaine d’Helwites à avoir passé notre 21
test ! Bah, je ne m’en plaindrai pas, ce sont les
seuls qui m’ont réellement montré de l’intérêt.
Je crois que l’on va bien s’entendre malgré nos
différences d’âge.Une multitude d’escaliers abrupts
menaient à des paliers bordés de créneaux. Dans les baraquements
Tout était construit en pierres ou taillé à
même le roc.
Le cocher du malinaki le déposa sur une
grande place à mi-hauteur du Morne. Symrik Les nouveaux pensionnaires se
prit son bagage qu’il lança sur son épaule rassemblaient sur une place bordée de deux
et suivit ses camarades qui entamaient rangées de bâtiments vétustes. On aurait dit
l’ascension de la colline. On aurait dit une qu’ils incarnaient la solidité et l’immuabilité
fle de fourmis qui répondaient à l’appel du des principes millénaires. L’un de
ceuxProtecteur. Ils empruntaient un chemin large ci deviendrait familier au jeune Helwite
qui sillonnait les fancs du monticule. De puisqu’il y résiderait pour quelques années.
profonds sillons dans les pavés permettaient Tout était bien organisé, des professeurs et
aux esprits analytiques de croire que des des étudiants accueillaient les nouveaux,
véhicules lourds y passaient fréquemment. leur donnaient des parchemins avec des
Une multitude de portails rendaient directives pour les jours à suivre, puis les
l’ascension plutôt diffcile pour toute armée amenaient à leur dortoir.
désireuse de chatouiller les orteils de la
statue du Protecteur.
22Une multitude d’escaliers abrupts
menaient à des paliers bordés de créneaux.
Tout était construit en pierres ou taillé à
même le roc.
Les nouveaux pensionnaires se
rassemblaient sur une place bordée de deux
rangées de bâtiments vétustes. On aurait dit
qu’ils incarnaient la solidité et l’immuabilité
des principes millénaires. L’un de
ceuxci deviendrait familier au jeune Helwite
puisqu’il y résiderait pour quelques années.
Tout était bien organisé, des professeurs et
des étudiants accueillaient les nouveaux,
leur donnaient des parchemins avec des
directives pour les jours à suivre, puis les
amenaient à leur dortoir.
23C’était bien des baraques militaires, mais — Bonjour Symrik, dirent en cœur deux
aussi un collège important où l’on voyait le autres Helwig, Djassa et Zoma.
bon goût et l’intelligence dans tout. Le peuple
Derrière eux, installant ses bagages dans
helwite, intemporel, peut se permettre le luxe
les tiroirs de son lit, Roya le salua de la tête.
d’améliorer constamment l’utilité d’un lieu
et de choisir des matériaux optimaux.
Symrik fut invité à prendre place dans un
dortoir au bout de l’étage. C’était le plus loin
des escaliers principaux, mais la vue était
superbe et un immense arbre touchait de ses
branches le rebord de la fenêtre. À son arrivée,
il ne restait plus qu’un lit en hauteur dans le
coin sombre de la pièce. Ayant vu leur nom
sur une des feuilles remises à son arrivée,
il chercha du regard ses compatriotes du
Temple des Passages. Ils s’étaient présentés
brièvement à l’ombre du Perce-Ciel avant
de se quitter pour leur maison respective. Il
douta un instant d’être dans le bon dortoir.
Une douleur soudaine à l’oreille lui confrma
qu’il était dans la bonne pièce.
— Eh bien, qui voilà ? demanda le grand
rouquin.
— Bonjour Ismiel, répondit Symrik en se
frottant l’oreille. J’étais presque content à
l’idée de te revoir, mais j’avais tort.
24— Bonjour Symrik, dirent en cœur deux
autres Helwig, Djassa et Zoma.
Derrière eux, installant ses bagages dans
les tiroirs de son lit, Roya le salua de la tête.
25Symrik ne sentait pas de mépris ou
même de méfance de leur part, impression
perçue fréquemment durant son Rite, ce qui
le rassura sur le départ de cette nouvelle
aventure loin de Nounou Sarcelle.
Une fois installés, ils discutèrent dans leur
lit jusqu’à l’annonce du couvre-feu. De leurs
connaissances réunies, ils défnirent ce qui
les attendait. Le groupe de dix étudiants de
ce dortoir suivrait son enseignement sous
la gouverne d’un supérieur militaire, un
sergent, la plupart du temps. La première
partie de leur deuxième cycle se ferait là, sur
le Morne ; et la deuxième partie, sur le terrain
à mettre en pratique les notions acquises.
Ils se souhaitèrent tous et toutes, car
c’était des dortoirs mixtes, de bons rêves
et un sergent-décadre à la hauteur de leurs
attentes.
262728
Geirza Sorwig
e21 jour du deuxième quart
Les attentes sont des nounous qui bercent les
déceptions. Mes nouveaux potes et moi avons
rencontré aujourd’hui celui qui s’occupera de
notre formation. Le sergent-décadre Geirza
Sorwig s’occupera de nous pour le cycle à venir.
J’espère que les journées suivantes ne seront pas
à l’image de cette première, car je l’ai trouvé
très désagréable.
— À l’ordre, jeunots ! Faites-moi une ligne
avec un bras de distance entre chacun. Pour
toi, le minus, prends la longueur du bras de ton
voisin obèse comme référence. — Si vous croyez entrer dans un camp
de vacances, vous vous trompez. Vous êtes ici Un instant plus tôt, nous discutions en cercle
pour apprendre à défendre votre royaume et, avec les cinq autres Helwites de notre décadre,
accessoirement, trouver votre voie dans la vie. c’est-à-dire un groupe de dix individus. L’obèse
En ce qui me concerne, je n’en ai rien à battre était Zoma Helwig. On le reconnaissait à son
de ce que vous ferez plus tard, tant que j’ai poids, oui, mais aussi à son teint rougeaud et
l’assurance que vous saurez combattre et faire à sa tignasse pâle. Suite au commentaire du
ce qu’il faut pour la gloire et l’immuabilité du sergent, il rougit davantage.
Troisième Empire.29
— Si vous croyez entrer dans un camp
de vacances, vous vous trompez. Vous êtes ici
pour apprendre à défendre votre royaume et,
accessoirement, trouver votre voie dans la vie.
En ce qui me concerne, je n’en ai rien à battre
de ce que vous ferez plus tard, tant que j’ai
l’assurance que vous saurez combattre et faire
ce qu’il faut pour la gloire et l’immuabilité du
Troisième Empire.30
Il nous chauffa les oreilles d’un long discours
sur les mérites de notre royaume, la décadence
des Faux-Frères et l’hostilité de tout ce qui vit
à l’extérieur de nos frontières. Il vanta aussi
les prouesses et le génie du Protecteur qui avait
conçu les enseignements qu’il s’apprêtait à nous
transmettre. Il nous ft bien comprendre que
la passation de ce savoir correspondait plus à
un privilège, qu’à un droit, et qu’il se plairait
à nous le rappeler durant tout notre cursus. Il
semblait trouver que la racaille qui se tenait
devant lui ne méritait en rien cet honneur, mais
qu’il s’abaisserait néanmoins à faire de nous des
Helwites dignes de ce nom.
J’espère que cette journée ne sera pas à l’image
des prochaines et que toutes ces élucubrations
ne servaient qu’à capter notre attention, afn
que nous prenions au sérieux les enseignements
passionnants qu’il s’apprêtait à nous prodiguer. 31Ce qui aurait pu être une partie de plaisir
se transforma rapidement en cauchemar.
Outre les problèmes interpersonnels qui
l’attendaient au Morne, il frappa un mur en
matière d’apprentissage. Son responsable se
révéla un piètre enseignant, plus appliqué
à réprimander face à l’absence d’évolution,
qu’à partager sur l’art de la Volonté Externe.
32Il réveillait ses ouailles en leur lançant des
seaux d’eau ou en frappant à grands coups
de cuillère sur des cymbales improvisées. La
décadre de Symrik était toujours la première
à être levée. Les autres groupes de deuxième
cycle bénissaient l’Un de ne pas avoir cet
hurluberlu comme précepteur.
Avant de déjeuner, il leur faisait
faire des échauffements sur la Place du
Rassemblement, dans la cour entre les
deux bâtiments longilignes au pied de la
statue de Royourik. Les muscles en feu,
crevés, ils partaient à la course faire divers
parcours dans le Secteur des recrues, avant
qu’ils soient laissés à d’autres enseignants
spécialistes.
Il faut savoir que le Morne du Protecteur
était divisé en plusieurs secteurs. La plupart
des portails, traversés durant l’ascension de
la montagne, correspondaient aux limites de
ces divisions. Il fallait avoir fait les rites de
passage adéquats pour accéder aux sections
correspondantes. Les fnissants du Rite
de l’Oreille devaient rester dans leur zone
spécifque, sous peine de sanctions sévères.
33Le cursus scolaire des étudiants de
deuxième cycle se donnait sur toute la
superfcie du secteur qui leur était assigné.
Tout dépendant de la matière, la décadre
était invitée à se rendre aux locaux du
professeur assigné. Tout déplacement se
passait sous l’aile de leur précepteur.
Le sergent-décadre avait toujours
quelques tâches pénibles à leur faire
accomplir avant et après leurs cours
spécialisés. C’était probablement pour les
endurcir, se disaient-ils. Son ascendant
militaire le trahissait peut-être, mais des
fois, on eut dit qu’il tirait simplement plaisir
de leurs tourments. C’eut été peut-être plus
supportable si, quotidiennement, il ne se
choisissait pas un bouc émissaire qui en
bavait jusqu’à la tombée du jour où, enfn,
ses victimes pouvaient se retrancher dans
leurs quartiers.
3435

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