L Oeil du Diable, tome 1
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Français

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L'Oeil du Diable, tome 1 , livre ebook

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Description

Au cours de la nuit d’Halloween, une attaque survient, menée au club Black Moon. Orchestrée par un démon bien réel, seules trois amies en réchappent. L’une d’elles, Olivia, une jeune sorcière, a généré un bouclier afin d’échapper au tueur. La jeune femme se lance dans une quête pour retrouver la créature, prête à braver tous les dangers pour venger les victimes.

Hélas, Caroline – sa tutrice et mère de substitution – fait tout pour la dissuader de se lancer à la poursuite du démon. D’après elle, Olivia a encore beaucoup à apprendre avant d’affronter un être des enfers. Surtout, la quadragénaire a une idée bien précise en tête : la reformation du clan Mackenzie afin de venger son mari et son frère, tués dix ans auparavant par le même démon que sa nièce a rencontré, en possession de l’Œil du diable.

Magie, vengeance et amour, tel est le cocktail qui a façonné cette aventure.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782379600616
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Gaya Tameron
© Gaya Tameron & Livresque éditions , pour la présente édition – 2019
© Thibault Benett, Designer graphiste pour la couverture
© Sophie Eloy , pour la correction
© Jonathan Laroppe, Suivi éditorial & Mise en page

ISBN : 978-2-37960-061-6


Tous droits réservés pour tous pays

Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.



1
Début de soirée

Sébastian Delclaive arborait un air satisfait en bouclant sa sacoche. Tout était prêt pour que cette nuit au Black Moon soit fructueuse. Suite à sa petite visite au propriétaire du club, il était certain de pouvoir remplir sa mission. Riche homme d’affaires, Nicolaï Bretsez avait noyé de publicités la ville de Priaz, assurant à toutes et à tous que la soirée resterait dans toutes les mémoires. Son vœu sera exaucé, s’amusa l’individu à la jeunesse éternelle. Il avait à cœur de satisfaire son commanditaire. Il en allait de sa réputation et de son amour-propre.
Avant de quitter son repaire, Delclaive examina son reflet dans un éclat de miroir : son visage exsangue tranchait avec ses yeux sombres comme la nuit et ses cheveux charbon. Ses habits d’une époque lointaine lui donnaient l’apparence d’un croque-mort, mais il s’en moquait.
À cette date précise, les physiques atypiques comme le sien revivaient enfin. Sorcières, zombies et loups-garous n’avaient plus besoin de se cacher ; ils sortiraient de l’obscurité pour faire la fête durant quelques heures.
Derrière l’oculus – seule ouverture sur l’extérieur – la nuit changeait le monde des humains, l’enveloppant d’un parfum de mystère. Une lune pleine nimbait son horizon, telle une douce promesse que tout se déroulerait selon ses attentes.
L’étrange individu de près de deux mètres fit basculer le petit hublot, puis huma l’air frais  ; un sourire chargé de convoitise illumina son visage. Il attendait ce moment depuis bien trop longtemps.
D’une main ferme, il s’empara de son bagage en cuir avant de s’éclipser dans un nuage de fumée. L’homme aux deux cornes de bouc ne reviendrait qu’une fois sa mission accomplie. Cette année, M serait fière de lui. Delclaive avait mis toutes les chances de son côté : un lieu fermé, bondé, peu d’éclairage, et surtout, des victimes assommées par diverses substances.
Il réapparut dans le centre de Priaz, à quelques centaines de mètres du club. Avec une grimace de contrariété, il fouilla dans sa sacoche magique, puis en sortit un chapeau haut de forme. Sans celui-ci, l’homme se sentait presque nu. L’éclat des lampadaires vacillait sur son passage, comme un signal du danger qui approchait. Son aura suffisait à ébranler leur halo. Sébastian considérait la lumière comme une source de déplaisir, à l’instar d’une migraine lancinante. Un désagrément, rien de plus, mais il ne pouvait s’empêcher de s’amuser avec. Juste pour prouver à ces petits globes qui le narguaient qu’il était le plus fort.
Alors qu’il remontait d’un pas mesuré la rue pavée, sa magie se concentra sur un des éclairages et, dans une explosion contenue, celui-ci s’éteignit. Un coup d’œil circulaire le rassura : l’incident était passé inaperçu. M n’appréciait pas ses petits jeux qu’elle jugeait infantiles et idiots.
Il reprit son chemin jusqu’à l’enseigne clignotante et son ombre s’étira sur la chaussée, dévoilant un sourire hilare invisible pour le commun des mortels.
Située en contrebas d’un petit escalier de pierre, la discothèque laissait déjà échapper une ambiance étouffante et bruyante.
Avant d’entrer, Delclaive devait passer devant le garde tout en muscles, semblable à un Cerbère.
La silhouette se détacha du corps du démon, avant de s’insinuer dans le cerveau du videur une fraction de seconde, créant une absence chez lui. Regard figé, Bobby cessa de respirer un bref instant, puis se ressaisit sitôt la silhouette ressortie.
—  Bonsoir et merci de votre collaboration, pouffa Sébastian en entrant de son pas lent.
Sa victime marqua un temps d’arrêt, conscient que quelque chose d’étrange venait d’arriver. Non, ce devait être son imagination qui lui jouait des tours. Cette nuit s’annonçait bizarre de toute façon. Pas question de se ridiculiser en parlant de cette obscure impression. Tous les clients arboraient une apparence et une attitude intrigante, voire inquiétante. Il allait devoir prendre sur lui et calmer ses nerfs. Après tout, Halloween n’était qu’une fête, une occasion supplémentaire pour son patron de s’enrichir.
Le videur reprit son attitude professionnelle – regard sévère et sûr de lui – en tâchant d’oublier son malaise.
Derrière lui, Delclaive s’enfonçait dans le club, englouti par la pénombre. Alcools et parfums se mêlaient, agressant son odorat tandis que les conversations s’étouffaient sous le volume de la musique.
Le nouvel arrivant se fondit dans l’ambiance festive. Il se sentait à sa place parmi les créatures fantastiques. Grâce à son ombre, il n’avait eu aucun mal à convaincre Nicolaï de lui laisser le champ libre pour exercer son travail. Cependant, ses véritables intentions ne demeureraient pas secrètes très longtemps. Il songea, un sourire en coin, à l’appareil photo un peu spécial qui attendait dans son bagage de cuir. Cet instrument, créé au départ par les humains, avait été am é lioré  : il recelait en son sein une magie destructrice. Son arme de prédilection pour la chasse.
Cette nuit s’annonce vraiment inoubliable, s’amusa Sébastian, une lueur d’impatience dans le regard.
2

Le photographe

Longeant les allées, composées de fauteuils et de banquettes, à la manière d’un fantôme, Delclaive passait en revue ses cibles. Leurs âmes brillaient d’insouciance. Malgré la musique assourdissante, le photographe parvenait à se concentrer pour mieux faire son choix et estimer son butin.
Les déguisements défilaient sous ses yeux, tantôt rudimentaires, tantôt plus travaillés. En dépit de leurs efforts, Sébastian percevait leur humanité. Odeur, langage et comportement les trahissaient. Jouer les démons semblait fasciner ces créatures mortelles. Bientôt, grâce au démon photographe, une autre vie les accueillerait. Ce qu’il adviendrait d’eux, il s’en moquait  ; l’obéissance n’exigeait pas de tout connaître. C’était mieux pour lui aussi : M avait la fâcheuse tendance de tout retourner à son avantage.
Sur son passage, les têtes se tournaient et les danseurs chuchotaient. Dans leurs regards, Delclaive lisait le même malaise. Son ombre décelait aussi la curiosité malsaine que suscitait son apparence.
Espèce d’idiot , marmonnait-il chaque fois qu’il en voyait un s’extasier, je ne suis pas déguisé. Ces habits sont ceux que je porte tous les jours.
Les comportements de la jeunesse actuelle ne cessaient de le laisser perplexe.
Poursuivant ses investigations, il croisa une femelle vampire avachie sur le corps velu d’un loup-garou, au fond d’un canapé. Un peu écœuré par ce manque de savoir-vivre, le photographe détourna le regard. Ces conduites en public prouvaient combien leurs repères étaient faussés. Ces femmes-là feront de parfaites cibles pour le Thanotem, se réjouit Sébastian en s’éloignant du couple.
Plus loin, il se perdit en observation le long des murs recouverts de moquette, percée çà et là de petites appliques diffusant un faible halo. Cette atmosphère convenait à merveille au photographe. Ses iris hypersensibles se satisfaisaient de cette douce pénombre, à peine plus intense que celle qui régnait dans son sanctuaire.
À force de déambuler à travers la grande salle, il possédait une liste assez précise de ses futures cibles. Il en profita pour continuer à visiter la discothèque. Il dépassa les toilettes et partit étudi er la population des deux autres pièces.
Calculant le nombre de modèles à immortaliser, Delclaive s’attarda à proximité d’une banquette bleue, située dans la pièce du fond. Oreilles tendues et radar d’âmes perdues en action, le photographe espérait encore voir grandir cet excellent quota avec les trois petites sorcières, assises tout près.
Hélas pour lui, elles parlaient de leurs études et d’une mission à la Croix-Rouge que l’une d’elles s’apprêtait à suivre.
Aussitôt, Sébastian fut pris d’une violente défaillance. Son ombre se recroquevilla tandis que son épiderme exsangue frissonnait de dégoût. Jamais il n’avait éprouvé si grande faiblesse. Serrant les dents, il s’efforça de quitter cet endroit, bien trop dangereux pour lui. Il boita, s’appuyant contre un mur, le dos voûté et la sacoche au ras du sol jusqu’à atteindre le couloir. Plaqué contre la cloison, il profita d’une pause afin de retrouver ses forces. Ces trois sorcières de Salem ne devaient à aucun prix l’approcher de nouveau.
Une fois son malaise passé, il décida de voir de plus près l’endroit que lui avait réservé le propriétaire des lieux.
Sur son chemin, il rencontra un autre couple, corps contre corps, pressé contre une paroi. Son regard glissa sur eux, préférant les ignorer. Jusqu’à ce que Delclaive entend ît la jeune fille s’énerver.
—  Arrête, Billy  ! Non… j’ai dit non.
Le photographe marqua un temps d’arrêt alors que son ombre grandissait à ses pieds. Son intérêt éveillé, il attendit, curieux de suivre l’évolution de cet échange. Faisant mine de relacer sa chaussure, il ne perdit pas un mot de leur altercation.
—  Allez, bébé, laisse-toi faire ! Je sais que t’en as autant envie que moi, répliqua le jeune tatoué d’une voix qui se voulait convaincante.
—  Non, ça suffit, renchérit sa compagne. Tu me prends pour qui, enfin ?
Elle le repoussa de toutes ses forces, mais il revint aussitôt à la charge.
—  D’après toi ? T’as vu tes fringues, on dirait une petite s…
—  Monsieur, intervint Sébastian, une main sur son épaule, je vous conseille de cesser d’importuner cette demoiselle.
Même s’il n’avait pas pour habitude de défendre les dames en péril, le photographe ne pouvait passer devant si belle occasion de ramener un tel spécimen.
Le jeune homme aux yeux rouges – des lentilles de contact, sans doute – et à la crinière hirsute demeura interdit un bref instant. Malgré sa colère et son taux d’alcool, quelque chose chez cet importun le glaçait d’effroi. Qui se cachait derrière ce déguisement un peu trop parfait ? Il recula de plusieurs pas, puis, retrouvant sa fierté, repartit à l’assaut, poings crispés et mâchoire serrée.
—  On t’a rien demandé, mec ! Alors, tu te casses vite fait  ! répliqua-t-il en bombant le torse.
À ces mots , une lueur cruelle se mit à briller dans le regard de Sébastian. Il me le faut celui-là, se réjouit-il.
—  Laissez-nous, mademoiselle, et rentrez chez vous. Cela vaudra mieux. Je m’occupe de votre ami, assura-t-il.
La jeune femme ne se fit pas prier pour déguerpir, après l’avoir remercié d’un timide sourire. Indifférent à cette marque de reconnaissance, Delclaive reporta son attention sur Billy. L’ombre avait fait son chemin en lui, lisant ses fautes. Ainsi, sa proie était-elle devenue inoffensive.
—  À nous deux, Billy le terrible ! ricana le photographe. J’aime tout particulièrement ceux de ton genre. Tu viendras me voir tout à l’heure. Je veux que tu arrives le premier. C’est bien compris ?
Le regard fixe, le jeune tatoué répondit d’une voix sans émotion :
—  Oui, monsieur.
Satisfait, Sébastian lui tapota l’épaule avant de le congédier. En voilà, une belle âme  ! se moqua-t-il.
Puis, il partit en direction de la pièce qu’on lui avait réservée, pour entamer la mission confiée par M.
3

Séance photo

En arrivant devant la pièce étiquetée à son intention , Delclaive grimaça de déception. Il s’agissait en fin de compte d’un placard à balais. Il pourrait à peine installer ses clients devant son objectif. Sa main lâcha la sacoche et ses jambes hésitèrent. L’endroit souffrait d’une saleté répugnante, même pour Sébastian. Les toiles d’araignées étaient bien réelles ici et l’odeur âcre agressait sans ménagement les narines délicates du photographe. Il s’agissait d’un mélange de détergent s formant le dérivé d’un acide très corrosif. Entre ses dents serrées, il maudit l’homme qui avait osé le cantonner dans ce cagibi.
Le démon se promit de s’occuper de lui dans les plus brefs délais, afin de lui signifier sa manière de penser. Il laissa l’ombre vagabonder dans le club et agir sur l’esprit des individus impurs. Autant gagner du temps  ! se réconforta le chasseur.
Pour le moment, il devait faire avec ce lieu étriqué. Sébastian s’y introduisit afin d’arranger au mieux l’espace. Par miracle, il découvrit plusieurs caisses en bois pour installer ses modèles. Balais, serpillères et aspirateurs furent dissimulés au fond d’une petite armoire logée dans un renfoncement.
En se frottant les mains pour les débarrasser de la poussière, il promena son regard à travers toute la pièce. Bien sûr, il avait connu mieux, mais il ferait avec, comme toujours. M ne se souciait guère des conditions épouvantables dans lesquelles il devait parfois travailler  ; à ses yeux, seul comptait le butin. Un jour, se consola Delclaive, je trouverai le courage de me plaindre . Ce n’est pas normal de me considérer si mal après tant d’années de services loyaux  !
Un raclement de gorge l’arracha à ses pensées. Billy piétinait devant la porte ouverte. Son regard injecté de sang témoignait du passage de l’ombre en lui. Le faux vampire n’avait plus la moindre volonté.
Sébastian sourit en le voyant et se tritura les mains d’impatience. D’un geste, il le fit s’asseoir sur l’ersatz de siège, refermant la porte pour davantage d’intimité. Puis il sortit le Thanotem et le plaça sur son trépied.
Durant les préparatifs, le jeune homme demeura absent, comme hypnotisé. Le photographe s’appliqua pour faire les réglages ; il savait que son sujet ne risquait pas de s’enfuir.
Quand il fut enfin prêt, Delclaive se plaça derrière l’appareil et demanda à Billy :
—  Montre-moi ton côté sombre !
Le faux vampire ne se fit pas prier pour laisser éclater sa noirceur, comme en proie à une folie furieuse. Ses grognements secou èr ent son corps de convulsions frénétiques alors que les ongles de ses mains déchiraient sa peau. Sébastian se réjouit du spectacle tandis que l’appareil ensorcelé capturait cette image de sa victime. Une photo émergea du boîtier et un nuage de fumée envahit le petit espace clos. L’hybride attendit qu’il se dissipe pour constater que Billy avait bien disparu.
—  Bienvenue en enfer, mon jeune ami ! s’esclaffa le démon.
L’ Œi l du diable ou Thanotem servait à récupérer les âmes damnées. Le processus était d’une telle violence qu’il détruisait l’enveloppe charnelle de ses victimes. Il était impossible de tromper le regard acéré du diable.
Sébastian ouvrit la porte et jubila en découvrant une longue file d’attente se presser dans le couloir. Ils possédaient tous ce même regard terne et fixe qui caractérisait ceux qui étaient envoûtés. Grâce au pouvoir de l’ombre, ils ne pouvaient résister à l’envie de venir se faire photographier. Delclaive jeta un coup d’œil professionnel sur l’ensemble de ses prochains modèles et fut rassur é de constater que tous avaient bien leur place dans son minuscule atelier.
Le démon se souvenait avec amertume d’une soirée semblable à celle-ci  : une épouvantable erreur avait été commise . L’âme innocente d’une sorcière avait bloqu é le Thanotem, à cause du conflit entre sa magie positive et celle de l’appareil. Sans son système de sécurité, l’ Œi l du diable aurait pu tout simplement imploser. Il avait fallu ensuite le purger avant de pouvoir le confier de nouveau au chasseur. En guise de punition, M l’avait envoyé séjourner durant une semaine avec les Callgellas. Ces créatures, si terribles que même les démons les redoutaient, l’avaient déchiquet é sans relâche. Ce calvaire restait bien ancré dans la mémoire de Delclaive. Aussi s’efforçait-il désormais de ne plus jamais déplaire à M. Toujours vérifier qui se présentait devant son objectif, cela évitait bien des déconvenues. Sa reine était un chef intransigeant et despotique. Lui désobéir représentait une faute, la décevoir, un crime impardonnable. Elle se montrait d’autant plus imprévisible que ses désirs se trouvaient contrari és.
Sébastian fit signe à un couple de faux zombies particulièrement réussi. Cicatrices à peine refermées, plaies encore dégoulinantes, et surtout le regard affamé. Il les trouvait parfaits.
La femelle s’installa sur les genoux de son compagnon, puis adressa un regard provocateur au photographe. Celui-ci ne put réprimer un sourire amusé : ces deux-là avaient bien leurs places en enfer.
—  Allez-y, faites-moi peur, leur donna-t-il comme consigne.
Le Thanotem exerça de nouveau son jugement infaillible et les deux cibles, devenues des bêtes féroces, disparurent dans un nuage de fumée.
Une fois la petite pièce de nouveau opérationnelle, le démon enchaîna. Une chasseuse de vampires se présenta alors. Moulée dans une combinaison de latex, elle arborait des jambes interminables et une poitrine généreuse. À regret, Delclaive la fit s’installer sur le tabouret des martyrs. Entre deux missions, il appréciait de passer ses soirées en compagnie de créatures de rêve comme celle-ci. Quel dommage ! Et dire que pour M, elle n’aurait pas plus de valeur que tous les autres. Avec envie, il la détailla une dernière fois, puis la vit s’évanouir sitôt l’ Œi l du diable enclenché.
Préférant ne pas s’attarder sur ce qu’il considérait comme un beau gâchis, il passa à sa prochaine victime. Un yéti.
Plus tard dans la soirée, la file d’attente devant la porte de la petite pièce ne comptait plus que trois monstres. Un énième vampire – Sébastian en avait vu passer un grand nombre cette nuit – une momie et un fantôme.
La première étape touchait bientôt à sa fin. Il avait hâte de passer à la suivante : le nettoyage. Une phase savoureuse durant laquelle le démon pouvait donner libre cours à ses instincts sauvages.
4

Le nettoyage

Sur la piste de danse d’une autre salle, les trois sorcières se déhanchaient au rythme d’une chanson R&B. Insouciantes, elles se réjouissaient d’avoir tant de place pour tester de nouveaux pas. Quelle ironie de se déguiser en sorcière de Salem pour une véritable sorcière ! songea Olivia, amusée.
Située entre la salle dédiée au hard rock et celle à la musique électronique, cette pièce disposait d’un bar bien approvisionné.
Une chance pour les trois amies qui avaient bien l’intention de profiter de cette soirée. Une heure plus tard, Sam se mit à b â iller. Sa montre indiquait le milieu de la nuit et les bottines neuves commençaient à comprimer ses pieds. Seule, elle ne serait pas rest ée une minute de plus, mais la présence de ses deux camarades changeait tout. Même éreintée, elle n’avait aucune envie d’écourter un de leurs moments privilégiés entre filles. Travailler pour financer ses études ne lui laissait que peu de temps pour les loisirs.
Surprenant un de ses énièmes bâillements, Olivia adressa à son amie un regard compatissant.
—  Ma pauvre chérie, s’attendrit-elle. Te voilà prête à aller te coucher ! Tu veux que je te ramène ?
—  Pas question, répondit son amie en secouant la tête. Je reste avec vous.
Sa détermination ne manqua pas d’amuser ses deux acolytes. Elles savaient combien la future journaliste appréciait leur compagnie.
Soudain, des cris retentirent. Des gémissements de douleur à glacer le sang !
Devenues blanches et muettes, les trois sorcières se figèrent. Que pouvait-il bien se passer ? D’un même mouvement, les jeunes femmes se levèrent, si proches les unes des autres qu’elles pouvaient sentir l’effroi qui les traversait. Leur c œur s’affolait dans leur poitrine. Leur corps tremblait. Devaient-elles rester dans cette salle, seules avec le DJ et la barmaid, ou aller voir ce qu’il se passait  ?
Malgré leur terreur grandissante, des questions assaillaient leur cerveau, comme autant de raisons de partir.
Les trois amies s’observaient, tentant d’oublier leur propre peur en la dissimulant du mieux possible aux autres.
Les deux employés, Freddy et Maria, ne brillaient pas non plus par leur assurance. La musique s’était tue et un verre venait de se briser au sol. L’ambiance festive prenait peu à peu des airs sinistres. Les cinq occupants se laissaient envahir par une panique irrépressible, les rendant incapables de la moindre décision.
Un nouveau cri retentit alors. Suppliant, déchirant. Chacun comprit qu’il se passait quelque chose de grave.

Dans la lumière clignotante, Delclaive esquissa un sourire ravi. Le Thanotem dans sa sacoche et les mains écarlates, il venait de réduire au silence une dizaine de gêneurs. Personne ne sortirait ou n’appellerait les secours tant qu’il resterait dans les parages, le démon y avait veillé. Grâce au champ magnétique qui encerclait le club, aucune onde n’entrait ou ne sortait. C’était comme si, à partir du moment où le chasseur était entré dans l’établissement, celui-ci avait soudain disparu de la réalité.
Sa mission se déroulait selon ses prévisions jusqu’à présent. Excepté ces trois vilaines sorcières, l’ensemble des clients du club lui convenaient à merveille. M serait satisfaite à n’en pas douter  ; l ’appareil photo démoniaque comptabilisait pas moins d’une centaine de nouvelles victimes.
Les yeux incandescents de Delclaive glissèrent sur les corps disséminés çà et là sur la moquette souillée . Ces âmes-là iraient où bon leur semble, il s’en moquait. Elles n’avaient aucun intérêt pour l’ Œil du diable ou pour Miranda. À chacun de ses pas, Sébastian sentait ses chaussures vernies s’enfoncer dans la surface spongieuse. L’odeur s’envolait jusqu’à ses narines, formant un parfum douce âtre qui attisait sa sauvagerie naturelle. Pour un peu, il se serait cru de retour chez lui, dans les Carpates.
L’ombre revint vers lui, rapportant que cinq personnes vivaient encore. Une étincelle cruelle explosa dans les iris de l’hybride.

Le Black Moon semblait complètement vide. Pas de musique, lumières éteintes. Aucun murmure ou bruit de pas. Comme si le club avait été évacué, les oubliant au passage. Un constat guère rassurant qui rapprocha les derniers survivants. Réunis dans un coin de la salle, ils chuchotaient pour échanger, tout en cherchant un signe que le cauchemar était bel et bien fini.
Depuis quelques minutes, les cris avaient cessé. Les secondes défilaient et aucun n’osait bouger. Assis par terre, ils avaient vue sur l’unique accès. Freddy sortit son portable et composa le numéro de la police. L’appel fut refusé, faute de réseau. Pestant entre ses dents, il lança un regard désespéré à sa comparse. Celle-ci tenta le même appel, aussitôt imitée par les trois sorcières tremblantes. En vain. Olivia avisa un détail qui lui avait échappé jusque-là : elle ressentait une présence, comme une anomalie. De surcroît, un léger grésillement sifflait dans ses oreilles. Au début, elle avait cru qu’il s’agissait d’un bourdonnement résiduel, suite au volume sonore que crachaient les haut-parleurs, mais elle dut se rendre à l’évidence : un champ magnétique les empêchait de communiquer avec l’extérieur.
Ces échecs répétés intriguaient le petit groupe. Pourquoi le réseau semblait-il saturé au moment même où ils en avaient le plus besoin ? L’impression d’être pris au piège les engloutit dans un océan d’angoisse qui ne cessait de s’étendre.
Serrant les poings contre ses cuisses, le DJ se redressa et jeta un coup d’œil pour vérifier que la voie était bien libre.
Soudain, une ombre géante se révéla et figea le jeune homme qui tentait de partir. Maria le supplia de se dépêcher et d’être prudent, mais il ne l’entendait déjà plus. Le regard fixe, il se dirigea d’un pas saccadé vers le couloir, puis s’immobilisa, attendant le démon.
Les quatre filles recroquevillées n’en croyaient pas leurs yeux. Freddy semblait possédé, tel un zombie. Désespérées et impuissantes, elles éclatèrent en sanglots. Étouffant leurs gémissements du mieux possible, elles tremblaient de tous leurs membres.
Natacha se blottit contre Olivia et Sam alors que Maria murmurait toutes les prières qu’elle connaissait. Hélas, personne ne viendrait les secourir.
L’ombre surgit à quelques mètres d’elles. Menaçante. Implacable. Son propriétaire se montra, à son tour. Des taches vermeilles suintaient de ses chaussures et maculaient sa veste.
5

Cache-cache

Dans la pénombre, Delclaive guettait ses dernières victimes. Celles-ci suintaient la peur, exacerbant l’instinct du chasseur. Il aimait la traque. Une fois acculée, la proie perdait beaucoup de son intérêt.
Sébastian vibrait dans cette attente à la fois délicieuse et pernicieuse. Ses doigts tremblaient d’impatience. Plonger dans les entrailles de ces faibles créatures lui procurait une jouissance presque aliénante.
Maigre récompense pour mon obéissance sans faille ! songea-t-il avec amertume. Néanmoins, avec M, se plaindre ne servait à rien. Elle se montrait toujours inflexible.
L’ombre l’accueillit avec une première victime – le DJ – que le démon s’empressa de transpercer de ses longs doigts griffus. Ainsi, il aspirait son énergie vitale et un peu de sang. Encore ! exigea son être affamé. L’instant sublime, presque extatique, troublait tous ses sens durant une fraction de seconde. Puis, il se détourna du corps baignant dans son propre fluide, et embrassa du regard la salle silencieuse. Elles étaient là, il le sentait !
Au détour d’une banquette, l’ombre se sépara de son entité charnelle afin de débusquer les survivantes. Elle repéra aussitôt l’employée et la fit sortir de sa cachette. D’une main ferme, elle l’attira vers son alter ego. Devenue une automate, Maria la barmaid se dirigeait vers son bourreau qui l’accueillit, une lueur avide dans le regard. Impatients, ses doigts s’agit èr ent. L’odeur de la chair et le sang qui palpitait dans ses veines excitaient les sens de Delclaive.
Il la laissa approcher tout pr ès , s’humidifiant les lèvres d’envie. Puis, n’y tenant plus, il pénétra le corps féminin de ses griffes acérées à une vitesse fulgurante. L’humaine s’effondra à ses pieds dans une mare écarlate , rejoignant son collègue d’infortune. Sans un cri, sans une larme. Un pur moment de volupté. Le démon se léch a les doigts avec avidité avant d’enjamber les cadavres aux pupilles dilatées.
Le photographe poursuivit ses recherches en compagnie de l’ombre. Encore trois, se ravit-il en frottant ses mains.

Tremblantes, les trois amies, déguisées en sorcières de Salem, retenaient mal leurs larmes de désespoir. Elles n’en revenaient toujours pas. Elles avaient tout vu depuis leur cachette. Le DJ et la barmaid, morts. L’horreur de la scène les faisait entrer dans un vrai cauchemar. En sortiraient-elles vivantes ? Rien n’était moins sûr.
Sans quitter des yeux le meurtrier, elles se faufilèrent sans bruit dans la direction opposée à la sienne. Une idée de Sam : rester mobile en permanence.
Les yeux humides et le souffle erratique, elles se fray èr ent un chemin entre les banquettes. Avancer à quatre pattes n’était ni rapide ni aisé, mais au moins, avec leurs déguisements noirs, elles pouvaient espérer se confondre dans la demi-obscurité. Au diable leurs collants maillés et leurs talons abandonnés un peu plus tôt. Terrifiées, les jeunes femmes ignoraient combien de temps elles tiendraient à ce rythme. L’assassin en costume du dix-neuvième siècle fouillait le moindre recoin. Qui était ce fou furieux ? Comment pouvait-il savoir qu’elles étaient encore là ? Sans rien dire à ses amies, Olivia émit une hypothèse qui se validait de minute en minute. L’individu n’était pas un homme ordinaire, mais un démon. Une aura malfaisante l’enveloppait et ces meurtres paraissaient lui procurer un plaisir intense.
Malgré ses réticences à user de ses pouvoirs encore incertains, elle décida de tout faire pour survivre à cette soirée. La sorcière se rapprocha encore de ses amies, de manière à les envelopper de son champ protecteur. Elle ferma les yeux, afin de se concentrer. En dépit de la tension qui raidissait son être et obscurcissait ses idées, la débutante sentit la magie se répandre autour d’elle avant de venir englober le corps de Sam et de Natacha. Le voile irisé trembla un peu avant de se maintenir, offrant à Olivia son premier succès.

Les sens de Delclaive se retrouvaient plongés dans un brouillard délicieux. Devenu presque aveugle, il poursuivait ses recherches. La fructueuse soirée pouvait expliquer son état second. Il avait rarement autant tué en si peu de temps. Pourtant, ce motif ne le satisfaisait qu’à moitié  ; il y avait autre chose.
Le démon se laissait toujours guider par son instinct, mais, dans ce cas-ci, il semblait comme bloqué ou paralysé. Pourquoi ? Même son ombre – une extension de lui-même – agissait de manière bizarre. Elle ne quadrillait pas tout le secteur, mais se contentait d’aller et venir au même endroit. Il avait beau la rappeler, elle se perdait en vains détour s. Sébastian n’appréciait pas de se sentir ainsi abusé. Au lieu du sentiment du devoir accompli, il ressentait une légère insatisfaction, un soupçon de contrariété.
Le chasseur décida de passer en revue la pièce une dernière fois avant de quitter les lieux. Si un seul survivant venait à parler de cette soirée, Delclaive saurait le faire taire avant qu’il ne soit trop tard.
Le photographe s’immobilisa près d’une table, attendit quelques secondes, puis fit volte-face. Il soupira de mécontentement en ne voyant rien. Il était pourtant persuadé d’avoir perçu une présence.
On jouait avec ses nerfs et il détestait cela. Il huma l’air chaud et repéra quelques grammes de magie. De la magie blanche. Ainsi, une vraie sorcière se cachait parmi les survivants. Ses doigts se resserrèrent, comme un réflexe, autour de sa précieuse sacoche. Son contenu était bien trop important pour risquer de le perdre. M ne le lui pardonnerait pas.
Agac é par l’incident, Sébastian décida de ne pas marcher jusqu’à son repaire. Il s’éclipsa, après un dernier coup d’œil circulaire sur la salle.

Olivia poussa un soupir de soulagement en voyant que toute menace avait disparu. Choquées, ses deux amies gardaient un air absent. Au moins, elles étaient saines et sauves. Pour leur propre bien, la sorcière jugea qu’il était préférable d’effacer cet épisode de leur mémoire. Dans le cas contraire, leurs existences s’en trouveraient bouleversées à tout jamais. Son secret et bien d’autres méritaient d’être préservés. Après toutes ces années de vie normale, la jeune femme avait dû user de ses pouvoirs.
Mécontente, elle se saisit de sa cape pour s’en couvrir de nouveau. Elle avait froid. Preuve que sa magie était épuisée.
Sans son bouclier défensif, le démon aurait sans doute fini par les repérer. Qui sait quel sort horrible il leur aurait alors réservé ? Encore novice en sorcellerie, Olivia préférait se limiter à la théorie. D’après ses observations, elle avait cru reconnaître un chasseur, un pilleur de corps. Pour eux, les âmes représentaient un butin sans prix, et ils étaient prêts à tout pour en voler le plus grand nombre possible.
Nul besoin d’aller vérifier les autres salles du Black Moon pour sentir l’odeur du sang qui envahissait l’atmosphère, malgré la climatisation. Son estomac se soulevait déjà à l’idée du carnage qui l’attend ait.
La sorcière se concentra et ses iris bleus devinrent deux sphères d’un blanc laiteux. Elle récita la formule d’oubli, serrant les mains de Sam et de Natacha, jusqu’à ce que celles-ci s’évanouissent. Leurs fronts se marqu èrent un bref instant d’un losange bleu, signe que le sortilège avait bien agi.
Olivia dut les transporter vers sa voiture, sans jeter le moindre regard sur les nombreuses victimes qui jonchaient le sol. L’odeur de rouille irritait son nez et sa gorge alors que ses pieds slalomaient entre les corps éparpillés. Préférant ne pas les compter, la sorcière se concentra pour ne pas tomber.
Au moins, ses deux amies se souviendraient-elles de la partie agréable de cette soirée.
En rentrant dans l’habitacle, elle avisa l’enseigne du Black Moon. Le propriétaire avait promis une soirée inoubliable. Elle resterait effectivement dans sa mémoire !
6

Le clan des
Mackenzie

Un claquement de porte réveilla Olivia en sursaut. Les cheveux et l’esprit embrouillés, la jeune femme décida de se lever, faute de pouvoir se rendormir. Ses volets avaient beau occulter la lumière du jour, elle était loin de l’apaisement propice au sommeil. Depuis plusieurs heures, les images de la veille tournaient en boucle dans sa tête. Bouleversée, elle resta, quelques minutes, assise sur le bord du lit, espérant remettre de l’ordre dans ses idées.
Son premier geste fut de tendre le bras vers sa table de chevet pour consulter son téléphone. Neuf heures trente-quatre, et pas de nouveau message. Comme elle s’y attendait, ses deux amies profitaient encore de la douceur des bras de Morphée. Elle aimait autant cela. Le souvenir de tous ces morts la hanterait longtemps. Un traumatisme qui lui imposait de se lever et d’agir au plus vite pour empêcher que cela ne se reproduisît.
En tee-shirt long et pieds nus, Olivia dévala l’escalier en chêne et atterrit dans la cuisine. Caroline, sa marraine, et Saori, la fille de cette dernière, avaient déjà commenc é à se servir. Comme à l’accoutumée, sa mère de substitution avait fait les choses en grand : la table, recouverte d’une nappe blanche, était garnie de viennoiseries, fruits frais, pot de miel, confiture, boissons chaudes et froides. Les parfums qui en émanaient formaient un appétissant mélange qui ne manqua pas d’attiser la faim de l’étudiante.
Les rayons de soleil perçaient à travers le bandeau de fenêtres, ornées de ravissants rideaux à motifs floraux, donnant à la pièce des airs de maison de vacances. La jeune femme s’empressa d’embrasser avec tendresse les membres de sa famille. Bien qu’elle soupçonn ât Saori d’être responsable de son réveil brutal, Olivia préféra ne rien dire. Elle avait autre chose à penser. La soirée au Black Moon ne risquait pas d’entrer dans les annales de ses meilleurs moments.
L’étudiante s’installa aux côtés de sa marraine, puis remplit son bol bleu de thé fumant, agrémenté d’une cuillère de miel et d’un croissant. Posé sur la table, le journal de Priaz était encore plié en deux. De toute évidence, elle était la première à le consulter. La première page annonçait une nouvelle vague de meurtres. Son cœur s’affola aussitôt et ses mains se mirent à trembler. Les photos avaient été floutées, mais elle reconnut sans peine l’une des salles du club où elle avait passé une bonne partie de la nuit. Elle s’efforça de dissimuler son trouble afin de ne pas éveiller l’attention. Il devenait impérieux de discuter avec Caroline, seule à seule. Pour ce faire, il lui fallait se débarrasser de l’adolescente, assise en face d’elle. Saori était trop jeune pour entendre ce récit.
L’étudiante se concentra sur son bol, réfléchissant à la manière de l’éloigner. En dépit de ses traits tirés et de ses cernes violets qui lui donnaient un air de zombie, elle s’efforçait de dépasser sa fatigue et le choc dû à la veille. R éprima nt avec peine plusieurs bâillements, elle multipliait les scénarios. En vain.
Absorbée par ses réflexions, Olivia sentit le regard de la collégienne sur elle. En son for intérieur, la jeune femme sourit. Elle s’attendait à une moquerie d’une seconde à une autre.
—  Tu as une drôle de tête !
Sa mère pouffa avant de se reprendre.
—  Ce n’est pas très gentil, Saori, lui reprocha-t-elle. Ne commence pas à l’agacer. Je refuse que vous vous disputiez encore. Regardez plutôt ce beau temps !
Haussant les épaules, l’adolescente préféra mordre dans une viennoiserie. Ce qui fit ricaner Olivia.
—  Bien sûr, Caroline. Et ta fille ferait mieux de surveiller sa ligne. Si ça continue, elle va devoir se mettre au régime.
La chef de famille secoua la tête de désapprobation et débarrassa sa place. Pourquoi trouvaient-elles toujours un prétexte pour se quereller ? À croire que c’était un jeu pour elles !
Saori, quant à elle, foudroya du regard l’étudiante. Son visage devint écarlate et elle crut mettre fin à leur duel en lui tirant la langue.
—  Ah, les gosses, ils sont vraiment… se plaignit la jeune femme, arborant un air faussement choqué. Tu n’as pas des devoirs à faire ?
—  Ça suffit, vous deux ! intervint la mère.
Son visage sévère interpela ses deux filles.
—  Laisse-nous, ma chérie, s’il te plaît, pria-t-elle la collégienne.
—  Mais, maman…
—  Saori, gronda sa mère. Fais ce que je te demande.
—  Très bien, je m’en vais, consentit l’adolescente, vexée. Pour cette fois, tu as gagné…
Son tempérament colérique et fier lui faisait répondre à toute provocation. Elle n’y pouvait rien, c’était dans son caractère.
Olivia éclata de rire. Elle se moquait bien de ses menaces. Saori disparut à l’étage, puis claqua la porte de sa chambre.
L’étudiante reprit son sérieux. Au moins, elle avait obtenu ce qu’elle souhaitait. Prochaine étape : se confier à sa marraine. Tout en continuant de débarrasser la table, celle-ci la prit de vitesse.
—  De quoi voulais-tu me parler, ma chérie ?
Rien n’échappait à son regard émeraude et bienveillant. Son sourire faisait danser les étoiles au fond de ses yeux.
L’artiste peintre se montrait toujours à l’écoute, disponible pour Saori et elle. Des qualités que la jeune femme admirait chez sa tutrice à laquelle elle était très attachée.
L’étudiante sourit, puis hocha la tête.
—  Il fallait que je te dise ce qui s’est passé hier, au Black Moon. J’ai vu un démon.
Sourcils froncés, Caroline se crispa, avant de venir s’asseoir près d’Olivia. Sorcière aguerrie, la veuve Mackenzie savait combien les émissaires du Mal pouvaient ...

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