La règle du jeu
262 pages
Français

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La règle du jeu , livre ebook

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Description

« Runners » n’a qu’une seule règle : le gagnant est le premier participant à comprendre le but du jeu et à atteindre son objectif.


Pendant la partie, tous les coups sont permis, et c’est au gré des alliances et des trahisons que les Runners tentent de remporter le Prix.

Quand Jonas se réveille dans un champ de maïs avec d’autres joueurs, une armée de chasseurs, munie de chiens et de fusils, les attaque. Commence alors pour lui une course folle pour rester dans la partie, quitte à éliminer tous ceux qui se présentent sur son chemin...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9791096960965
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Guillaume Desgeorge
©Guillaume DesgeorgeetLivresque éditions pour la présente édition – 2020 ©Thibault Benett,pour la couverture Kerry Le Gras, pour la correction ©Jonathan Laroppe,pour la Mise en page & le Suivi éditorial
ISBN : 979-10-96960-9-65 Tous droits réservés pour tous pays
Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.
Première Partie L’ile mystérieuse
Chapitre 1 Intégration
Tout est noir et silencieux, puis d’un coup une lumière aveuglante. L’image et le son se mettent en place en une fraction de seconde. Je suis ébloui comme à la sortie d’une séance de cinéma en plein jour. Je suis agressé par les décibels comme lorsque je sors la tête de l’eau après une apnée prolongée dans une piscine municipale un samedi après-midi. Mes yeux s’habituent rapidement à la lumière. Je suis dans un champ de maïs, cerné par des tiges plus grandes que moi. Le jaune des épis ressort par endr oits des feuilles légèrement séchées. L’environnement sonore est anxiogène. Des voix fortes et des aboiements de chiens se font entendre. Ça me rappelle les scènes de chasse à courre que j’ai pu voir dans certains films. Je me retourne et je ne vois rien : le maïs est trop haut. Partout autour de moi, je sens du mouvement. Le bru it des tiges qui cassent et frottent les unes contre les autres. J’entrevois des silhouettes d’ho mmes et de femmes qui passent en courant. Leurs habits ont l’air sales etleurs visages sont marqués et noircis par la crasse. Ils fuient dans la direction opposée aux cris et aux aboiements. Ils sont terrorisés et courent sans regarder en arrière. Qui sont-ils ? Que fuient-ils ? Je ne sais pas où je suis. La peur m’envahit instantanément. Mes jambes se mettent à bouger toutes seules pour s uivre le mouvement. L’adrénaline joue parfaitement son rôle et apporte à mon corps l’énergie nécessaire pour faire face au danger. Je me mets à courir. Enfin… Ce n’est pas vraiment courir : Je tente de slalomer entre les tiges pour fuir le plus vite possible en essayant de garder toujours la même direction. Les hommes et les femmes qui fuient en même temps que moi me guident eux aussi puisque nous sommes plusieurs de front à vouloir nous éloigner de la même chose. J’ai l’impression d’être en plein cauchemar, au milieu de l’enfer, comme Charlton Heston qui doit lui aussi courir dans les herbes au début deLa planète des singes.hommes qui fuient autour de Les moi ressemblent à ceux du livre de Pierre Boulle. Leurs visages sont effrayés, faisant ressortir en eux des réflexes et des peurs primitives, voire animales. C’est la peur du gibier poursuivi par un prédateur. Est-ce que j’ai raison de courir comme eux ? Un homme passe trop près de moi et me bouscule en me dépassant. Je tombe au sol et je me fais mal à la jambe. Je remarque à mon bras un bracelet de plastique jaune fluo. On fait plus discret comme couleur ! Je me relève le plus vite possible et je repars en clopinant quelques mètres. Les maïs m’empêchent de voir où je vais. Mon cœur bat trop vite et m’empêche d’aller aussi vite que je voudrais. Je cherche de l’air comme un poisson sorti de son bocal. J’ai cette impression que mes muscles sont poussés trop loin et demandent à s’arrêter. Mais les aboiements se rapprochent encore : je ne peux pas m’arrêter ! Plusieurs coups de feu retentissent. Les balles sif flent à mes oreilles. Tout va si vite ! Mes mouvements ne sont qu’une succession de réflexes ! Tout en courant, je me retourne. Je ne vois que le chemin que je me suis frayé à travers les maïs. Cer taines tiges restent debout après mon passage, d’autres se retrouvent couchés à terre. Aucun des poursuivants n’est en vue, mais j’entends pourtant leur groupe qui se rapproche.
La dernière rangée de maïs est devant moi. Au-delà du champ, il y a une bande d’herbe à découvert de la largeur d’un terrain de football qui me sépare d’une étendue d’eau : la mer. Et dans celle-ci, il y a des dizaines de personnes qui gesticulent plus qu’elles ne nagent, provoquant de grosses éclaboussures, pour tenter de s’éloigner de la côte. Des fuyards comme moi. Il en sort du champ par dizaines, de partout, qui traversent la partie à découvert en courant. Ils se jettent dans l’eau pour rejoindre le groupe et se mettent à nager frénétiquement. Plusieurs corps sont allongés sur l’herbe, sans vie. Je m’arrête. Une femme passe sur ma gauche sans s’arrêter. À peine a-t-elle fait quelques foulées hors du champ de maïs qu’elle se prend une balle dans la tête et s’écroule par terre elle aussi. Il y a donc des chasseurs qui nous attendent à la sortie pour nous tirer comme des lapins ? Est-ce qu’il y a seulement un être bienveillant dans le coin ? Une chance de s’en sortir vivant ? Je reste sans bouger, hébété. J’essaie de me ressaisir pour analyser calmement la situation, mais ma respiration est saccadée et la peur m’empêche de réfléchir. Quelle angoisse ! Mon cœur est prêt à exploser. Ma main est resserrée sur une tige de maï s et mes doigts se crispent dessus. De grosses gouttes de sueur perlent de mon front et coulent le long de mon visage. J’ai le choix entre des poursuivants qui arrivent derrière moi, et une partie à découvert à la merci de tireurs fous... Derrière la nuée de nageurs, je vois une rive en face qui doit bien être à un kilomètre de distance au plus près. D’ici, on dirait une île. Je regarde vers la gauche, puis vers la droite. Je ne vois rien qui me permettrait de me protéger. Faire demi-tour est impossible et je ne peux pas jouer ma vie à pile ou face en choisissant de partir d’un côté ou de l’autre le long du champ. Surtout que je ne sais pas d’où viennent les tirs. La seule issue semble bien être la mer et le groupe de nageurs. Peut-être qu’il y aura des survivants… alors, autant essayer d’en faire partie ! Au moment où je pousse sur mes appuis pour sortir du champ et partir en sprint, je sens quelque chose qui retient ma jambe et je tombe au sol, tête en avant. Je roule sur le côté. À découvert, sous les balles qui fusent, je me retourne sans comprendre. Un garçon d’une vingtaine d’années, blond, les yeux bleus, me regarde avec un sourire en coin. La situation semble l’amuser. Il a l’air dans un bien meilleur état que moi. Vu son sourire satisfait, j’en conclus qu’il m’a volontairement bloqué la jambe au moment où j’allais partir pour me faire tomber. Mais qu’est-ce qu’il me veut, celui-là ? Il est habillé comme les autres, je ne pense pas qu’il fasse partie des poursuivants ! Je remarque à son poignet un bracelet comme le mien, mais rouge. Des fuyards continuent de passer autour de moi et certains s’écroulent. Je me relève et repars en courant vers la mer dans laquelle je saute le plus vite possible. Je cours encore quelques mètres dans l’eau. La résistance du liquide sur mes cuisses m’e mpêche de courir. Je finis par plonger, tête la première, et j’essaie de nager le plus vite possible. Dès les premiers mouvements, je suis gêné par mes chaussures gorgées d’eau. Je n’arriverai jamais à nager avec ce poids au bout des pieds ! Je me redre sse pour les retirer. La première s’en va sans problème, mais je me fais renverser par les fuyards qui arrivent juste derrière moi quand j’essaie d’enlever la deuxième. Je parviens quand même à mai ntenir mon geste et à retirer la chaussure récalcitrante au prix de quelques coups. Je ressors la tête de l’eau et je vois un flot ininterrompu de personnes qui sortent du champ de maïs pour se jeter à l’eau. Je me retourne et je me remets à nager. Il y a des remous tout autour de moi qui me gênent plus que les vagues. Des bras et des jambes qui s’agitent. Des corps qui me frôlent, d’autres qui m e poussent. Nous sommes comme un banc de poissons en pleine chorégraphie, mais sans aucune harmonie ni symbiose dans nos mouvements. Je ne vois rien du tout, ni dans l’eau trouble ni en dehors. Je bois la tasse, mais je ne m’arrête pas. Je sens le goût salé de l’eau dans ma bouche. Je sais que derrière moi se trouvent plusieurs nageurs qui me passeront dessus si je faiblis. Leurs mains me touchent les pieds à chacun de leurs mouvements. Si le garçon blond de tout à l’heure est là, tout près, et qu’il me rattrape, je suis sûr qu’il n’hésitera pas à me tirer par la jambe et me couler ! Je tousse, je crache. Je n’arrive plus à prendre ma respiration. C’est très désagréable. Je me sens enfermé dans ce flot humain, contraint à l’effort. L’asphyxie gagne peu à peu. Je respire tous les deux mouvements de bras en essayant d’aller chercher l’air toujours plus haut pour ne pas avaler d’eau. Je sens que mon crawl est totalement inefficace par
rapport à celui que je peux produire quand je suis tranquille dans ma ligne d’eau à la piscine. Mais là, il m’est impossible de ne pas subir le rythme du groupe. Je ne parviens pas à me calmer et à poser mes mouvements. À un moment, un homme à côté de moi se prend un cou p de pied dans le thorax qui lui coupe la respiration. Il cherche de l’air sans en trouver. Il a l’air totalement paniqué et bouge dans tous les sens pour prendre appui sur les nageurs qui passent à sa proximité. Je suis juste à côté et je fais un peu de surplace. Les nageurs qui me suivent me donnent des coups de poings et de pieds en passant. L’un d’eux me frappe en plein dans le nez. Je ne vois plus rien. J’ai peur de saigner, mais quand je passe ma main sur mon visage, je ne vois pas rouge. J’ai du mal à reprendre mes esprits. Qu’est-ce que ça fait mal ! Mes yeux pleurent. Quand je vois à nouveau quelque chose, l’homme qui ne respirait plus a disparu. Je le cherche, mais je ne le vois pas. S’est-il noyé ? Je repars en essayant de sortir petit à petit du flot de fuyards. Je parviens à m’écarter sur les bords du groupe de nageurs au prix de quelques coups supplémentaires. Nageant sur le côté du peloton, je peux ralentir un peu la cadence. Au bout d’un moment, j’ai perdu du terrain sur les premiers nageurs. Les écarts se creusent et le groupe est enfin moins oppressant, même si la respiration est toujours difficile. J’en profite pour faire quelques mouvements en nage indienne pour reprendre mon souffle. En regardant vers l’arrière, je vois que je suis plutôt en queue de peloton. Je distingue au loin des hommes debout sur la rive qui regardent dans notre direction. Il doit bien y avoir trois cents mètres qui nous séparent du bord désormais. Devant moi, le soleil est rasant et m’éblouit. Il m’empêche de voir la rive vers laquelle nous allons. Je sais juste que nous nageons vers l’ouest. Je passe à côté d’une fille qui est sur le dos et qui ne bouge presque plus. Elle respire difficilement. Je crois qu’elle essaie simplement de faire la planche pour se maintenir hors de l’eau et ne pas couler. Je regarde autour de moi : tous les autres continuent d’avancer sans s’en occuper. Peut-être que je devrais faire comme eux, mais je ne peux pas. Je m’approche de sa tête et je lui dis : — Ça va ? Tu veux de l’aide ? À peine ai-je ouvert la bouche que je trouve ma question idiote… Elle est en train de se noyer et moi je lui demande comment ça va ? J’espère qu’elle ne m’a pas entendu. En tout cas, elle ne réagit absolument pas et continue à faire des petits battements de pieds pour flotter, ses yeux dirigés vers le ciel. Je passe mon bras sous son bras pour la tenir et je la ramène en arrière sur mon torse. Je remarque qu’elle a elle aussi un bracelet en plastique rouge au poignet. Je la tire dans cette position péniblement pendant une dizaine de minutes. Je suis exténué. Je tente de jeter des coups d’œil en arrière pendant que je la tracte. Je vois le groupe de nageurs qui s’éloigne et la rive qui semble encore si loin ! Nous devons être à mi-chemin à peu près. Le courant m’a dévié de la trajectoire que je suivais jusque-là et je me retrouve excentré sur la droite. Je suis trop fatigué pour continuer à la tirer, je n’arriverai certainement pas à la rive de cette façon. En même temps, je suis incapable de la laisser au m ilieu de l’eau. J’entends sa respiration. Elle continue de battre des pieds. Heureusement, car sinon, nous aurions tous les deux coulé depuis longtemps déjà. Je me mets dans la même position qu’elle : je fais la planche avec de tout petits battements de pieds et je continue de la maintenir hors de l’eau. Ses longs cheveux noirs s’étalent sur ma poitrine. Je sens mon tee-shirt qui me colle à la peau. Je la regarde : elle a également un tee-shirt qui lui colle sur la peau, faisant ressortir la forme de ses seins. Vus de haut, nous devons ressembler à deux feuilles de nénuphar imbriquées l’une dans l’autre, à la dérive… Je me sens épuisé physiquement et mentalement. Je regarde le ciel sans nuages. Nos respirations se font plus calmes. Si nous n’étions pas au milieu de nulle part, nous pourrions nous croire dans notre piscine en train de nous prélasser… Pourtant, je repense à la scène que je viens de vivre : la course, les cris, les tireurs et les morts. Au bout d’un moment, c’est finalement elle qui me sort de ma torpeur en se redressant dans l’eau. Elle a enfin retrouvé un peu de force : — Viens, dit-elle simplement. Je me redresse moi aussi et nous nous remettons à nager sans nous presser. Nous sommes seuls dans la mer désormais. Nous ne voyons plus le groupe de nageurs auquel nous appartenions il y a quelques
minutes encore. Difficile de dire s’ils sont déjà arrivés sur l’île ou pas. Nous ne sommes plus sur la même trajectoire qu’eux et un bout de terre nous empêche de voir l’endroit où ils ont accosté. En avançant, nous voyons mieux la rive que nous approchons, sa végétation et ses reliefs. Il s’agit d’un paysage boisé tout le long de la côte. À droite se dessine une colline sur laquelle est érigée un genre de grosse cheminée. Alors que nous avançons silencieusement en brasse, nous entendons une clameur qui s’élève à gauche de là où nous nous dirigeons. Des cris, des hurlements… qui viennent de l’endroit où le peloton est arrivé. La fille et moi, nous nous regardons d’un air anxieux, mais pas un mot ne sort de nos bouches. Nous sommes fatigués et nous ne voulons pas gaspiller d’air, ce précieux carburant pour notre corps dont nous avons été tant privés un peu plus tôt. Le manque de quelque chose d’aussi simple et naturel nous rappelle que nos vies ne tiennent parfois pas à grand-chose. Les cris perdurent quelques minutes au loin sur la rive, puis c’est de nouveau le silence qui revient. Je remarque que le soleil s’est finalement couché d errière la colline et nous voyons mieux notre destination qui est proche désormais. En approchant le bord, je sens l’espoir qui renait. J’ai tellement hâte de sortir de l’eau ! À proximité de la rive, j’essaie de me mettre debout, mais je n’ai toujours pas pied et je dois me remettre à nager quelques mètres. Les vagues, même très faibles, nous aident à accoster. Nous atteignons la rive. Je me retrouve à quatre pattes pour sortir de l’eau et monter sur le bord. Ce n’est pas du sable, mais de l’herbe que je sens entre mes doigts. Je m’y agrippe pour sortir le corps complètement et je fais encore quelques mètres comme ça, avant de rouler, ou plutôt de m’effondrer sur le côté et de me retrouver sur le dos, les bras en croix, sur l’herbe tendre. Les gouttes d’eau coulent le long de mes jambes et de mon torse. Et toujours ce tee-shirt qui me colle. Mais je n’ai pas froid. La fille reste elle aussi allongée à côté de moi et aucun de nous deux ne bouge. Nous profitons tous les deux de ce plaisir incroyable de ne pas être obligés de bouger pour rester en vie !
Chapitre2 Dissimulation
Nous restons tous les deux allongés dans l’herbe pe ndant quelques minutes. Le soleil est passé derrière les arbres, mais il fait encore jour. Nous sommes toujours au sol lorsque nous entendons des voix qui arrivent de notre gauche. Un groupe de personnes que nous ne pouvons pas encore voir se rapproche. Difficile de dire combien ils sont, mais vu comment se sont passés nos derniers moments en collectivité, je me sens tout de suite en danger. Je me relève d’un bond pour fuir vers la végétation qui se trouve à quelques mètres à peine du lac dont nous venons de sortir. La fille a eu le même réflexe que moi, car elle est à mes côtés et nous nous avançons vers les premiers buissons. Ces derniers ne m’inspirent pas confiance pour une cachette, surtout à deux. Ils sont trop à découvert et pas assez touffus : nous serions trop vulnérables et le moindre de nos mouvements provoquerait un bruit qui éveillerait les soupçons. En avançant encore un peu, nous voyons un noisetier bien garni en branches et en feuilles, et je m’en approche avec l’idée de grimper pour me mettre en hauteur. C’est sans doute une bonne situation, d’autant que le groupe n’est pas censé être à notre recherche et n’a donc pas de raison de lever le nez en l’air, à moins que ce ne soit un groupe spécialisé dans l’observation d’écureuils ! J’agrippe les premières branches avec facilité. J’ai toujours été à l’aise dans les arbres. Jeunes, avec mon frère, nous jouions à cache-cache chez mes grands-parents en été, et les arbres étaient notre cachette préférée. Il faut dire que nous connaissions par cœur toutes les cachettes du jardin, et que seuls les arbres nous permettaient de trouver une nouvell e position ou une nouvelle branche, qui nous apportait un meilleur camouflage. C’est donc tout naturellement que je grimpe dans le noisetier pour me cacher comme je l’ai si souvent fait étant enfant. Après avoir gravi quelques branches, je vois que celle qui m’accompagne reste au sol et me regarde escalader comme une poule devant un couteau. Elle ne semble pas prête à monter me rejoindre. Je redescends et je lui tends la main pour l’inviter à me suivre. Je lui chuchote simplement : — Viens avec moi. — J’ai peur… répond-elle. — Fais-moi confiance ! En disant cela, ma main dirigée vers elle, j’ai l’impression de rejouer une célèbre scène deTitanic. Je lis dans ses yeux qu’elle n’est pas l’aise dans ce genre d’exercice. Je suppose qu’elle aurait préféré se cacher sous le buisson… mais j’insiste en tendant de nouveau ma main de façon affirmée, car je juge les arbres moins risqués et de toute façon, il est trop tard pour changer de cachette. Ça aussi, je le sais de l’expérience de mes longues parties de cache-cache : si tu changes d’avis et que tu cherches une nouvelle cachette, tu le fais dans l’urgence et le résultat est toujours catastrophique ! Des fesses qui dépassent, un angle à partir duquel on ne voit que toi et que tu n’avais pas remarqué de prime abord… bref, un désastre ! Voilà pourquoi il ne faut jamais changer d’avis à la dernière minute. La fille brune semble se résigner à la même conclusion, car, malgré ses craintes, elle attrape ma main et commence son ascension. Le fait que je l’ai « sauvée » dans l’eau il y a peu doit jouer dans la
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