La Saison des singes
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La Saison des singes , livre ebook

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Description

3976 : Gabriel Burke, enquêteur privé, monte à bord de l’Abondant, un gigantesque vaisseau chartiste. La cible que poursuit Gabriel Burke – une mystérieuse et dangereuse criminelle – intéresse aussi deux agents de l’Office pour l’application de la Charte, Anna Rank et Anton Margos, qui ont pour mission de l’arrêter. Mais lorsque la « rencontre » a lieu, rien ne se déroule comme prévu : la criminelle parvient à s’attaquer à l’Abondant, qui fait naufrage.


Gabriel Burke se retrouve seul sur une planète inconnue où il va entamer une planque de plus de mille ans qui le conduira très loin de sa petite vie tranquille d’enquêteur hédoniste.


Au fil des siècles et du sommeil cryogénique renouvelé de Burke, nous suivons l'évolution de cette planète où des humains obscurantistes et les autochtones, les Ninhsis, sont en train d'entrer en contact. Tandis que d'autres survivants au naufrage réapparaissent. Or, aucun d'entre eux n'a renoncé à ses projets d'origine...


Roman d'aventure et de suspens, ce space opera qui se déroule sur plus d'un millénaire est aussi une réflexion sur le rôle de la technoscience.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 15
EAN13 9782367930121
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Sylvie Denis




La saison des singes



L’ATALANTE
Nantes
Dans cet espace-temps, il y a…
Des étoiles et des singes.
Des singes et des étoiles.
Par milliards.
Les étoiles soumises aux lois de la physique se sont rassemblées en galaxie spirale. Obéissant à celles de l’évolution, un unique phylum de singes a accédé à la conscience. Et après des milliers d’années de tâtonnements, d’erreurs et d’errances, la civilisation des singes conscients et connaissants, scientifiques et techniques, bâtisseurs et artistes a englouti leur planète, s’est étendue à leur système et l’a quitté.
Il y a quelques centaines d’années, ils ont enfin vu de leurs propres yeux que leur système solaire n’est qu’un parmi d’autres. Ils ont vraiment compris que la Galaxie n’est qu’une spirale commune appartenant à un petit groupe, lui-même insignifiant au sein de l’amas local, qui n’est franchement qu’une chiure d’acarien perdue dans le super-amas.
Les singes ont étudié et compris le fonctionnement du vivant. Ils ont rédigé la Charte des hommes libres et singuliers. Certains se sont modifiés, comme ils disent. Mieux : ils ont mis les modifications à ­disposition des signataires de la Charte. Qui les ont adoptées. Ou pas.
Parmi eux, les plus entreprenants, les premiers à partir, ont été plus loin que les autres. Certains de ces grands modifiés sont aussi vastes que des corps planétaires, d’autres sont des organismes aussi volumineux que des continents. Certains sont des vaisseaux. Ils voyagent entre les mondes habités par les singes. Ils explorent et étudient. Grâce à eux, le système d’origine des singes a cessé d’être la référence unique et absolue de toutes les comparaisons et ne pourra plus jamais le redevenir.
Les grands modifiés ont exploré son voisinage et vu des ceintures d’astéroïdes autour d’une, de deux puis de cent étoiles, envoyé des clichés de dix Neptune et de trente Jupiter. Ils ont diffusé des milliards d’images des boules de glace, des chrondites, des planétoïdes, des planétésimaux qu’ils ont étudiés, et même, finalement et bien qu’elles soient rares, des planètes telluriques.
Les singes ont besoin des vaisseaux.
Les singes vivent, les vaisseaux voyagent, leur permettant d’échanger personnes, idées, technologies et autres objets manufacturés dont ils sont si friands.
Il se peut que certains singes voient l’univers comme une immensité vide et obscure qu’illuminent à grand-peine de lointaines et froides lueurs. Mais les vaisseaux ont choisi de le voir vivant.
Il est né il y a onze milliards d’années et il braille encore. Pour ceux qui se sont donné les moyens de l’observer, la Galaxie tourne, scintille et rayonne. Les novæ explosent. Les étoiles naissent au cœur des nuages de gaz. Les comètes tournoient autour des soleils, dont certains s’entrechoquent et se fondent. L’espace n’est ni silencieux ni vide : il est éruptif et tournoyant. Il baigne dans les rayonnements éléctromagnétiques.
Dans cet univers il y a des étoiles et des singes, mais sans les grands modifiés, ils n’auraient jamais pu se rencontrer.
Les vaisseaux se parlent…
Première partie

LES ENFANTS DE L’AUTOMNE




Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus.

Umberto Eco
… Après cet incident, les familles consignèrent leurs rejetons respectifs. Il fut décidé qu’ils ne se verraient plus. Jamais. […]
Au bout de quelques jours, Paul fit envoyer des messages à Émilie, qui trouva aussitôt un moyen de lui répondre. Dès le deuxième échange de lettres, ils résolurent de s’enfuir. […]
Il y avait un endroit où le fleuve était plus étroit et la [mot inconnu] moins inégale. Paul était au milieu du lit de la rivière lorsque l’inconcevable se produisit.
La [mot inconnu] produisit un bruit étrange. Saisi d’un pressentiment, Paul voulut presser le pas. Son pied [mot inconnu] sur la [mot inconnu]. Un grand craquement déchira l’aube. La [mot inconnu] se brisait. Elle avait [mot inconnu]. Ce n’était plus qu’une fine couche de [mot inconnu], au-dessous de laquelle les eaux [mot inconnu] du fleuve clapotaient. Battant des bras, Paul s’enfonça soudain au milieu des [mot inconnu]. C’est en vain qu’il tenta de se raccrocher aux [mot inconnu] : le sang de ses mains entaillées se répandit sur la [mot inconnu]. Les eaux [mot inconnu] l’engloutirent, et il disparut.

La Complainte de Paul et Émilie,
brouillon de traduction d’Aleshka Rork.
UN - LE PÊCHEUR ET L’INSTITUTRICE
Pierre pêchait.
Aleshka était venue lire au bord de la rivière, et dans l’éclat laiteux du petit matin elle avait découvert Pierre, sa ligne à la main. Le dos tourné, il était si absorbé dans la contemplation de l’eau sans couleur qu’il ne l’avait pas entendue arriver.
Elle étala son fichu sur l’herbe humide et s’assit, toujours sans attirer son attention.
Il n’était pourtant pas loin – quelques mètres à peine. Quand elle levait les yeux, son regard pouvait caresser à loisir le dos et la nuque de Pierre et y retrouver, inscrit dans le mouvement des épaules et l’inclinaison de la tête, tout ce qu’elle savait de lui – et qu’elle aimait.
Elle savait par exemple qu’il n’allait pas rassembler ses affaires et rentrer à temps pour la classe du matin. Il n’était pas venu, comme Aleshka, passer un moment de calme avant l’activité de la journée. Il était ici pour pêcher et il pêcherait jusqu’au milieu de la matinée.
Non, vraiment, elle n’arriverait pas à lire. Son cerveau distrait était incapable d’attribuer aucun sens aux mouchetures noires étalées sur la page.
Elle songea à rester – mieux, à le suivre. Comment occupe-t-on ses journées quand on ne va pas à l’école, voilà un sujet qui l’intéressait tout à coup. Pure velléité : elle savait bien qu’elle n’allait pas tarder à se lever pour rejoindre mademoiselle Weerde. Elle ferait la classe toute la matinée, mangerait avec ses parents puis s’en irait rejoindre son oncle Sven. Avec Dorhan, son autre élève, ils travailleraient tout l’après-midi.
«Tu es une étudiante prometteuse !» disait l’oncle Sven en clignant de l’œil, qu’il avait noir, brillant et niché au centre d’un réseau de rides.
Aleshka ne savait pas dans quelle mesure les compliments de son oncle étaient exagérés. Il avait enseigné les mathématiques et l’histoire à l’université de Karshat. Il savait donc ce qu’était un bon étudiant. Mais il avait aussi dû interrompre sa carrière cinq ans auparavant, après avoir publié des articles qui n’avaient pas plu au parti édéniste, le moins tolérant des principaux courants de l’Église. Peut-être avait-il perdu l’habitude d’estimer les capacités des élèves. Sa mère n’avait-elle pas toujours dit qu’il la gâtait trop ? Il l’avait poussée à se présenter à la première partie de l’examen de sous-maîtresse avec deux ans d’avance. Son père n’avait pas d’opinion sur la question et sa mère avait de toute façon un faible pour ce frère érudit qui occupait un poste sans prestige à la mairie et fréquentait les tripots du port, mais qui continuait à correspondre avec des gens importants de Karshat, la capitale.
Alors, dit soudain Pierre, on n’est pas en classe ?
Toi non plus.
Pour y faire quoi ?
Que dire ? Qu’elle trouvait magnifiques ses yeux verts en amande, que son sourire insolent la faisait se sentir légère et d’une incroyable bonne humeur ? Pierre et elle avaient le même âge, avaient eu longtemps les mêmes jeux et les mêmes amis. Mais depuis qu’elle était sous-maîtresse, le fossé qui s’était ouvert entre eux grandissait un peu plus chaque jour.
Apprendre, tiens. À moins que tu comptes sur les poissons pour t’enseigner l’histoire et la géographie ?
Ils en savent sans doute plus que tes livres ! Surtout en géographie. Je parie que tu ne sais pas que certaines espèces remontent très loin vers le nord au moment du frai. Sans doute jusqu’aux sources du Karsh. Tu sais, là où aucun explorateur n’est jamais allé.
Bien sûr que je le sais. Je l’ai appris en cours de sciences naturelles, comme tous ceux qui vont à l’école. Et tout le monde sait qu’il est impossible de voyager dans le Nord.
Et tu as appris à quoi ressemblent les régions de la forêt où vivent les Ninhsis ?
Aleshka haussa les épaules. L’univers des hommes était circonscrit par deux frontières infranchissables : les milliers de kilomètres de la quasi légendaire chaîne des montagnes du Nord, et la jungle tout aussi mystérieuse et légendaire où vivaient les créatures nommées Ninhsis.
Aleshka se dit que seul un argument pratique pouvait toucher Pierre.
Si tu continues, dit-elle, mademoiselle Weerde va signaler ton absence à la direction des écoles et on supprimera ta bourse.
Il écarta les mains.
Tant pis. De toute façon, je vais arrêter.
Tu es fou. Tes parents ne voudront jamais.
Mes parents sont idiots. Je leur répète depuis des années que je n’ai pas la moindre envie de devenir apothicaire, mais ils sont persuadés que je vais changer d’avis. (Il secoua la tête.) C’est impossible. D’ailleurs…
Il s’interrompit et évita le regard d’Aleshka, qui fronça les sourcils.
Tu ne ferais pas ça ?
Quoi ?
Partir.
Devinait-il qu’elle voulait dire «partir sans rien dire, sans me prévenir» ? Une lueur dorée pétillait dans les yeux verts de Pierre. Il riva son regard au sien.
Non.
Ne sachant comment répliquer à un mensonge aussi flagrant, Aleshka se pencha pour ramasser son fichu.
Tu retournes à l’école ?
J’y travaille.
Je sais. Avec cette bique.
Ce n’est pas un monstre. Ses méthodes sont démodées, mais elle a des résultats. Tous ceux qui sont passés entre ses mains ont appris à lire.
Elle s’abstint d’ajouter qu’ils étaient aussi convaincus qu’il n’y avait rien d’intéressant dans les livres.
C’est incroyable ! Tu la détestes et pourtant tu la défends. Je ne te comprendrai jamais.
Je ne la déteste pas, et je ne la défends pas non plus ! Je reconnais que malgré ses défauts elle a un certain savoir-faire et de l’expérience. Que je n’ai pas.
Et, songea-t-elle, des principes rigides, des idées arrêtées qui lui font enseigner – entre autres fariboles – que

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