La tête dans les nuages #2
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Français

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La tête dans les nuages #2 , livre ebook

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Description

Alors qu’Ange découvre son nouvel environnement, Paul ne comprend pas ce qui est arrivé à sa fiancée. Aidé de Claudia, il va mener l’enquête pour tenter de découvrir ce qui l’a mené à sa perte. De son côté, le cardinal leur demande à tous les deux de l’accompagner à Erechthéion : l’endroit le plus secret de la ville où se réunit le Comex.

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Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782379601491
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Guillaume Desgeorge
© Guillaume Desgeorge et Livresque éditions pour la présente édition – 2020
© Thibault Benett , pour la couverture
© Sophie Eloy , pour la correction
© Jonathan Laroppe , Suivi éditorial & Mise en page

ISBN : 978-2-37960-149-1

Tous droits réservés pour tous pays
Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.

#01
Entrevue en haut lieu

– 10 jours plus tard –

V u depuis le ciel, le pays ressemble à une terre décimée, de laquelle toute vie a disparu. Plus un brin d’herbe ne subsiste, plus une feuille sur les arbres morts, parfois figés sur pied, parfois couchés au sol. Aucun animal non plus, pas la moindre fourmi sur ces troncs asséchés, devenus durs comme du béton, ne pouvant même pas pourrir par manque d’humidité.
Pas un nuage ne passe dans l’atmosphère. Dans ce ciel toujours bleu, le soleil arrose le territoire de ses rayons brûlants du matin jusqu’au soir. Les sols à nu, balayés par l’air, s’érodent petit à petit, laissant partir une fine épaisseur de terre qui se promène au gré du vent, se déposant contre un morceau de bois ou un rocher, puis volant à nouveau à la faveur d’un nouveau souffle qui traverse le pays.
Les villes et les villages, sur tout le territoire, ont été désertés, comme figés dans le temps, abandonnés depuis des dizaines d’années. Les bâtiments subissent eux aussi les assauts répétés du sable et de la poussière et sont recouverts d’une couche grise qui donne à l’ensemble une couleur terne et triste.
Un paysage de mort, de désolation, comme une terre sans vie après l’explosion d’une bombe nucléaire…
Seule la capitale, au centre de ces terres dévastées, entourées d’un mur d’enceinte comme les cités fortifiées du Moyen-Âge, et qui s’étale sur plusieurs kilomètres, contraste avec ces étendues lugubres par ses immeubles modernes et ses tours étincelantes qui réfléchissent généreusement les rayons d’un soleil omniprésent.
La ville est divisée en plusieurs quartiers cloisonnés, séparés les uns des autres. Et de chaque côté de cet immense puzzle, est creusé le lit de l’ancien fleuve qui traversait la métropole, mais dont les traces ont disparu au niveau de la cité, recouvert par de nouveaux bâtiments toujours plus grands. Reste le fossé creusé par l’eau qui s’écoulait d’une montagne abandonnée à l ’ est , frontière avec le pays voisin, jusqu’ à l’océan bleu à l ’ ouest , cette eau salée et tellement polluée que plus personne n’en veut, et qui s’étend à perte de vue, sur plusieurs milliers de kilomètres.
Au cœur de cette métropole moderne, dans le premier bloc, celui où se concentrent toutes les instances décisionnaires du pays, se trouve un imposant bâtiment en verre sur la devanture duquel trône un aigle doré qui regarde de haut tous ceux qui passent à proximité.
Aujourd’hui, l’oiseau majestueux, emblème de la Compagnie d’élite, pose ses yeux sur un homme grand, aux cheveux poivre et sel, arborant lui aussi un air fier et assuré, qui pousse la porte du building sans faire attention au rapace qui l’observe, visiblement préoccupé par des intérêts plus profonds que l’esthétique de l’enseigne qui orne la façade de l’édifice.
Vêtu d’un costume beige dont les plis correspondent parfaitement à sa silhouette, il traverse le hall immense dans lequel il vient de pénétrer. Son pas est rapide et décidé, et le bruit de ses chaussures cirées sur le carrelage résonne dans la pièce. Il sait où il va, et dans sa démarche, chacun peut ressentir qu’il ne supporterait pas d’être retardé, son temps étant sans doute trop précieux pour être perdu.
Il passe à côté d’un grand comptoir, au fond du hall d’entrée, derrière lequel un réceptionniste, à la présentation impeccable et habillé d’une tunique blanche, le suit du regard sans rien dire. Son rôle est d’accueillir les visiteurs, mais celui-là n’a pas besoin d’être accompagné, il conna î t le chemin. L’aigle doré, le même que celui de la façade, trône sur le mur derrière lui, observant la scène d’un œil sévère.
L’homme au costume beige entre dans l’ascenseur et appuie sur le bouton du dernier étage. Deux de ses doigts battent un rythme imaginaire sur sa cuisse, seul signe extérieur de son impatience pendant l’ascension, puis les portes finissent par s’ouvrir sur une pièce comportant un petit salon sur la gauche et un bureau à droite. Une femme en tailleur bleu, probablement prévenue par le réceptionniste, l’attend à mi-chemin d’une double porte battante située exactement en face de l’ascenseur.
—  Bonjour, Michelle, la salue l’homme sans s’arrêter.
—  Bonjour, monsieur, lui répond-elle en lui embo î tant le pas dès qu’il arrive auprès d’elle.
L’assistante du cardinal accélère pour parvenir à la porte avant lui et pouvoir la lui ouvrir. Elle annonce le visiteur pressé en poussant le battant, alors même que l’homme passe devant elle sans ralentir et entre sans y être invité  :
—  Monsieur Huver, membre du Comex et directeur exécutif de la Coopérative de l’eau, monsieur.
Au fond de l’immense pièce, près de la façade de verre surplombant la ville et permettant de voir le ciel bleu sans nuages, le cardinal est installé à son bureau et parcourt un rapport, comme affiché dans les airs devant lui sur un écran invisible.
—  Merci, Michelle, répond-il en tournant la tête vers le nouvel entrant avec un sourire.
La femme ressort et referme la porte derrière elle, laissant les deux hommes en tête à tête. Le cardinal, aux cheveux gris et à la barbe bien taillée, effectue un mouvement avec son index dans les airs pour faire dispara î tre son écran suspendu, puis se lève de son bureau pour venir accueillir son invité dont il serre la main tout en l’embrassant chaleureusement comme le font les vieux amis  :
—  Bonjour, Franck.
Pendant qu’ils se dirigent tous les deux vers le coin salon, le cardinal poursuit :
—  Tu as peut-être vu ta fille dans les couloirs ?
—  Non, je n’ai pas croisé Claudia, mais j’irai lui dire bonjour après notre entrevue.
D’un signe de la main, le chef de la Compagnie l’invite à s’installer dans un fauteuil, près d’une table basse, et s’approche de la commode sur laquelle un plateau avec une théière et deux tasses est déjà prêt pour leur rencontre  :
—  Tu prendras bien un peu de thé ? C’est un Bai Mu Dan, ton préféré…
Son ami, confortablement installé, acquiesce de la tête alors que le cardinal apporte le plateau sur la table basse et remplit les deux tasses en silence. Une fois qu’il est lui-même assis dans le fauteuil en face du membre du Comex, il saisit sa tasse et l’encourage à lui indiquer l’objet de sa visite  :
—  Je suppose que tu n’es pas simplement venu me voir pour boire un thé blanc…
—  Non, effectivement, répond Franck Huver avec un petit sourire. Pourtant, je suis sûr qu’il est excellent, comme d’habitude.
Le cardinal ne réplique rien, et sonde son interlocuteur en attendant qu’il lui en dise plus :
—  Je voulais évoquer avec toi l’affaire Ange Dillon, finit par lui dire son ami.
—  Ange Dillon… répète le cardinal en fronçant les sourcils. Toute une histoire en effet. Et que voudrais-tu savoir que tu ne sais déjà  ?
—  Simplement s’il subsiste des zones d’ombre, ou plutôt… m’assurer que tout est sous contrôle, précise-t-il en haussant les épaules.
Le cardinal repose sa tasse, et prend un temps de réflexion pour trouver les mots qu’il va employer. Il sait que son ami s’inquiète surtout au sujet de sa fille, Claudia, qui s’intéresse de près à Paul. C’est d’ailleurs suite à son intervention que le jeune homme a été accepté comme élite malgré quelques éléments qui auraient dû bloquer son dossier. L’histoire d’Ange, sa fiancée, aurait aussi dû remettre beaucoup de choses en cause, et Franck Huver a une fois de plus œuvré pour étouffer l’affaire.
—  Tu t’intéresses au sort d’Ange Dillon ou de Paul Marche ? demande le chef de la Compagnie.
—  L’un n’allait pas sans l’autre jusqu’à cette fin… tragique.
—  Tu veux dire, jusqu’à ce que ta fille l’envoie mourir de soif au fin fond de la zone sèche  ?
—  Claudia n’avait pas l’intention de lui faire du mal ! s’emporte le membre du Comex, piqué au vif. Et puis, que serait-il advenu d’elle, si elle était restée ?
—  Je sais, je sais… reprend le cardinal d’un ton d’apaisement. Calme-toi. Quelque part, la situation est désormais plus simple, en tout cas.
Un léger blanc s’installe entre les deux hommes, que chacun met à profit pour boire une gorgée du liquide chaud et doux de leurs tasses. Puis le cardinal hoche la tête avant de reprendre :
—  Pour te rassurer, je dirais que les deux protagonistes étant probablement morts, tout semble effectivement sous contrôle…
—  Mais ? insiste Franck Huver devant l’air mitigé du cardinal.
—  Mais même si je suis plutôt optimiste sur son issue, soupire son ami, il reste des zones d’ombres sur cette affaire.
—  Sait-on enfin ce qui a pu instiller le doute dans son esprit ? Comment a-t-elle pu se retrouver seule, dans le quartier des indésirables, un lasergun à la main,  face à cet homme ?
—  On a un suspect tout trouvé : son référent de travail, un certain  É douard Palois. Il est le point commun entre Ange et un deuxième cadavre qui gisait dans l’appartement du bloc 19, un de ses collègues journalistes…
—  Mais ?
—  Mais É douard Palois a disparu depuis ce jour-là, et c’est là que le bât blesse, explique le chef de la Compagnie d’élite. On a fouillé tout le reste de la vie d’Ange Dillon sans comprendre comment tout ceci est arrivé. Les interactions physiques de cette fille avec des personnes réelles étaient quasi inexistantes. Il y avait ses parents, son fiancé Paul et ce fameux É douard qui s’est volatilisé. Et dans les images d’archives du Réseau, ils ne sont jamais ensemble et il n’y a rien de louche dans les mondes virtuels qu’elle fréquentait.
Encore un silence, comme pour laisser un temps de réflexion, que le cardinal met à profit en remplissant à nouveau les deux tasses aux arômes de noisette et de châtaigne, puis il poursuit en regardant Franck Huver dans les yeux :
—  Nous savons tous les deux comment elle s’est retrouvée inscrite sur les bases de Miniver, n’est-ce pas ? Et il semble que c’est ce Cyril, chasseur de têtes un peu fou et connu pour ses méthodes douteuses qui est allé la chercher. Il l’a rencontrée dans un monde virtuel où elle allait et il l’a amenée à Miniver. Il est vrai que son intervention a malencontreusement échappé à notre contrôle…
—  Et pour le reste, à savoir comment elle s’est retrouvée dans ce quartier, normalement inaccessible, face à cet homme, nous sommes toujours dans une impasse  ?
—  Oui, les pistes sont minces, répond le chef de la Compagnie en haussant les épaules. Mais j’ai un enquêteur sur le coup qui tente de démêler l’histoire, le meilleur qui soit…
—  Et elle ? insiste le père de Claudia. Elle est vraiment morte ?
—  Nous n’avons rien de plus que la dernière fois, Franck. La localisation de son scoot-air s’est éteinte à plusieurs centaines de kilomètres de la mer du Sud. On ignore pourquoi elle s’est arrêtée à cet endroit-là, près d’une montagne.
—  D’après Claudia, elle avait pourtant largement assez d’eau pour poursuivre jusqu’ à la mer !
—  Oui, confirme l’homme à la barbe blanche. On a envisagé un problème technique sur son scoot-air. C’est rare, mais ça arrive… Mais pourquoi être allée dans ce coin-là ? Elle a quitté les grandes routes pour emprunter des sentiers. Et l’engin a cessé d’émettre le lendemain. Ça fait dix jours maintenant. Vu que la zone est désertique, il n’y a aucune chance qu’elle ait survécu.
—  Elle a peut-être eu un accident ?
—  Peut-être… fait le cardinal avec une moue peu convaincue.
—  A-t-on envoy é un drone sur place pour le savoir ? s’enquiert le membre du Comex.
—  A-t-on vraiment envie de la retrouver, Franck ? réplique le cardinal en le fixant droit dans les yeux.
La question reste en suspens quelques secondes, puis Franck Huver, détournant le regard, continue à réfléchir à voix haute :
—  Effectivement, il vaut mieux qu’elle soit en plein désert qu e dans la ville… Dix jours ! Et l’espérance de vie dans la zone sèche, sans eau, est seulement de 48 heures, alors avec ses quelques litres… M ême avec un entra î nement d’élite, elle n’a pas pu tenir !
Deux coups retentissent à la porte. Michelle entre dans la pièce sans que le cardinal ait besoin de dire quoi que ce soit. Il redresse la tête vers elle, prêt à recevoir le message qu’elle vient lui délivrer :
—  Le président Barne requiert votre présence à Erechthéion demain après-midi, annonce-t-elle. Selon votre agenda, vous deviez accueillir Arthur Vigneron, le formateur en combat aérien pour la nouvelle promotion.
—  Vous pouvez confirmer ma présence avec Barne, réplique le cardinal sans hésiter une seconde. Dites à monsieur Vigneron qu’une urgence me retient ailleurs, il comprendra.
L’assistante en tailleur bleu acquiesce simplement et ressort de la pièce, refermant la porte derrière elle, tandis que Franck Huver lui explique l’objet de cette requête :
—  Barne veut te présenter son nouveau projet. Il voudrait mettre fin une bonne fois pour toutes au quartier des indésirables. Depuis le temps que ces gens se moquent de nous, ça ne peut plus durer.
Le cardinal opine de la tête sans le moindre commentaire. Il n’est pas le genre d’homme à se laisser aller à donner son avis sur les choix politiques du président. Devant son manque de réaction, le membre du Comex change de sujet :
—  Et nos jeunes élites, comment vont-elles ?
—  C’est une bonne promotion, nos critères de sélection sont de mieux en mieux ma î trisés et ça se ressent dans les rangs des nouveaux. Ils sont très doués, et parfaitement dévoués à la cause. Ta fille se débrouille très bien elle aussi.
—  Tant mieux, se félicite Franck avec un grand sourire. Et Paul, comment prend-il tout ça ?
—  C’est dur pour lui, mais il s’en remettra.
—  Il faut le garder sous contrôle.
—  C’est un bon soldat, réplique le cardinal. Je n’ai aucun doute sur sa loyauté.
—  J’espère que tu as raison.
—  C’est toi qui me l’as imposé, Franck, je te le rappelle. Sans toi, son dossier n’aurait jamais été accepté . Il n’avait aucune chance avec ce qui s’est passé avec son grand-père.
—  Tu viens de me dire que tu n’avais aucun doute sur lui. J’ai bien fait de te l’envoyer, non ? Parfois, nos logiciels peuvent se tromper et se montrer trop frileux…
—  Ils choisissent les meilleurs éléments avec le minimum de risque, voilà tout. Mais ne t’inquiète pas, avec ta fille, je les garde tous les deux près de moi. Il m’est parfaitement dévoué. D’ailleurs, je pense même que je les amènerai à Erechthéion demain, avec moi.
—  Demain ? Ne joue quand même pas trop avec le feu ! Souviens-toi de ses origines.
—  Justement. Ça augmentera son envie de rentrer dans la cour des grands et son ancrage à nos côtés. Quand je le flatte, je vois bien qu’il est réceptif. Il a de l’ambition et il aimera le pouvoir… Mais il faut lui donner un objectif, un rêve. Encore plus avec ce moment pénible qu’il traverse, il focalisera sa reconstruction dans ce but.
—  Et où est-il, là ?
—  Les nouvelles recrues ont une journée de repos. Alors il m’a demandé à aller voir ses beaux-parents qu’il n’a pas revus depuis la disparition de sa fiancée. Il faut lui laisser le temps de se remettre sur pieds.
—  Claudia l’aidera aussi à passer le cap, mais ne le lâche pas des yeux.
—  Ne t’en fais pas, tout est sous contrôle, je te l’ai dit. Est-ce que je t’ai déjà déçu par le passé ?
—  Non, tu es un ami fiable et fidèle, répond Franck Huver avec un sourire. Et c’est pour ça que tu es là où tu es, non ?
Le cardinal acquiesce. C’est effectivement grâce à sa dévotion totale au président et aux autres membres du Comex qu’il a pu grimper les échelons et se retrouver aujourd’hui à la tête de la Compagnie d’élite. Obéir sans jamais poser de question, quel que soit l’ordre.
Et c’est désormais cette attitude qu’il conseille à chaque nouvelle recrue qu’il reçoit dans son bureau par une phrase qu’il leur répète systématiquement  : «  Droit dans ses bottes ! C’est ce qui permet de continuer à se regarder dans le miroir chaque matin pour repartir faire le travail. » 
Quoi qu’on ait pu faire par le passé…
#02
Visite chez les Dillon

L e logement des Dillon se trouve dans le bloc 12 de la ville, dans un immeuble rénové abritant une cinquantaine de familles. C’est un appartement moderne, assez simple, mais plutôt spacieux pour trois personnes. Les parents d’Ange n’y sont plus que deux depuis dix jours maintenant.
Louisa, sa mère, dort à peine depuis que sa fille a disparu. Elle travaille plus qu’à son habitude pour occuper son esprit et tenter de combler le vide qui l’a envahi ces derniers jours. Le plus dur, finalement, pour elle, est de ne pas savoir, de ne pas comprendre.
Sa vie a basculé sur une simple communication officielle, en quelques secondes, lorsqu’on lui a expliqué la situation et ce qui s’est passé ce jour-là. Comment sa fille a-t-elle pu se retrouver accusée du jour au lendemain d’un crime de sang-froid et dispara î tre sans que personne ne puisse lui dire si elle est encore vivante ? Sa petite fille, avec sa vie sans histoire, qui ne fréquentait que des scénarios virtuels simples et innocents, ou la salle d’escalade, et qui ne voyait personne d’autre en dehors de son fiancé et ses parents…
Pourtant, Louisa sait bien qu’elle est partie ce fameux jour, tôt le matin, avant même qu’elle et son mari ne se soient levés. Elle s’est enfuie comme une adolescente fugueuse, ce qui ne ressemble vraiment pas à la jeune fille espiègle et sans histoire qui devait se marier quelques mois plus tard avec Paul… Il s’est donc bien passé quelque chose ce jour-là ou les jours précédents, mais Louisa n’a rien remarqué de particulier.
Où est-elle ? Est-elle vivante ? Comment tout cela a-t-il pu arriver  ? Voilà les questions que la mère d’Ange ressasse sans cesse, du matin au soir, et du soir au matin, jusqu’à ce que le sommeil la rattrape enfin ou que son travail parvienne à lui faire oublier quelques minutes sa douleur profonde…
Louisa est justement dans la pièce en verre qui lui sert de bureau, lors d’un de ces moments où son esprit est accaparé ailleurs, en train de revérifier une énième fois la tournée des drones dirigeurs de nuages de sa zone pour le lendemain, lorsque quelqu’un sonne à l’entrée.
Machinalement, elle tourne la tête vers le bureau d’à côté, où se trouvait sa fille quelques jours plus tôt, et l’entend encore dire, comme elle le faisait d’habitude : « Laisse, je vais ouvrir ! » Mais la pièce mitoyenne est désespérément vide, et Louisa arrête ce qu’elle est en train de faire et se lève avec un soupir. Son mari, technicien de l’eau, étant à l’extérieur toute la journée, pour des travaux en ville, elle est seule dans le logement et c’est à elle d’aller voir qui est là.
Elle se dirige donc vers la porte d’entrée qu’elle ouvre sans conviction. Pourtant, lorsqu’elle découvre Paul dans le couloir, le masque sur son visage dispara î t, et elle tombe littéralement dans ses bras :
—  Oh, Paul ! lâche-t-elle simplement dans un sanglot.
L’étreinte entre le jeune homme et la mère d’Ange dure de longues secondes au cours desquelles chacun des deux relâche un peu la pression qui les accable. Il reste là, sans bouger, retenant son émotion, tandis que celle qui devait devenir sa belle-mère se laisse aller sans pudeur.
Au bout d’un moment, Louisa se redresse et s’essuie les yeux d’un revers de la main, reniflant comme une enfant. Puis reprenant le dessus, elle invite enfin Paul à rentrer dans l’appartement.
C’est la première fois qu’ils se revoient depuis la tragédie et Louisa lui assène directement la seule question qui l’intéresse, celle qu’elle rumine dans son esprit en permanence depuis tout ce temps.
—  As-tu des nouvelles d’Ange ? l’implore Louisa.
Paul secoue la tête négativement et ils avancent vers le salon, têtes baissées. Ils s’installent dans le canapé sans un mot. Paul regarde autour de lui, comme s’il espérait y découvrir sa fiancée, et son regard tombe sur l’image apaisante d’une prairie verdoyante sans fin projetée sur le mur, doublée par une odeur d’herbe et de vent frais, et diffusée en correspondance par le gestionnaire d’environnement.
Les yeux bleu clair du jeune homme semblent perdus dans cette pièce où tout lui rappelle de bons souvenirs en compagnie de sa bien-aimée.
—  Je ne comprends pas, Paul, insiste-t-elle sans détour. Sais-tu au moins ce qui s’est passé  ?
Arrêtant de regarder partout, Paul finit par croiser le regard de Louisa et retrouve dans son visage certains traits d’Ange. Essayant de ne pas y faire attention, il répond de façon évasive :
—  Ni moi ni eux. Toutes mes informations viennent directement du chef de la Compagnie, mais tu sais déjà la même chose que nous. Elle aurait fait une rencontre qu’il ne fallait pas dans un scénario, mais ils ne savent pas vraiment ce qui s’est passé ensuite… Ils disent qu’elle est devenue terroriste.
—  Terroriste ! Mais comment est-ce possible  ? s’emporte Louisa. Tu la connais comme moi ! On parle bien d’Ange, là ! Tu y crois, toi ?
—  Elle m’a dit des choses bizarres les derniers temps, murmure Paul, comme pour se convaincre lui-même. Elle a rencontré quelqu’un qui lui aurait monté la tête, à propos de soi-disant complots. Elle m’en a parlé, la dernière fois que nous avions fait de l’escalade, à la salle, mais je n’y avais pas prêté attention. Je ne pensais pas que ça avait pris de telles proportions dans son esprit…
Puis le jeune homme plonge ses yeux très clairs dans ceux de Louisa, avant d’affirmer avec aplomb  :
—  Elle a quand même tué quelqu’un ! Et ça , je l’ai vu de mes propres yeux  ! Je ne sais plus quoi penser…
—  Oui, je sais, se résigne la mère malheureuse. Je l’ai vu aussi… Ça me para î t tellement incroyable. C’ était une jeune fille si simple, si parfaite. Terroriste, criminelle… Tous ces qualificatifs me semblent si loin de l’enfant que j’ai élevée  !
Louisa se penche vers la table basse et attrape une tablette. Elle pianote dessus puis la tend à Paul dans un silence pesant, et lui aussi navigue quelques instants dans des menus avant de la reposer.
Quelques secondes plus tard, un petit drone plat, d’une cinquantaine de centimètres de haut, arrive en roulant. Dessus est posé un plateau avec les deux boissons qu’ils viennent tout juste de commander. Chacun d’eux saisit le verre qui lui est destiné et Louisa continue à poser toutes ses questions à la jeune recrue de la Compagnie d’élite, espérant qu’il puisse lui enlever un peu du poids qui l’écrase depuis la disparition d’Ange :
—  Mais pourquoi n’a-t-il pas été détecté, cet homme qu’elle a rencontré  ? Je croya is que nous étions en sécurité dans les mondes virtuels ? Que les terroristes étaient repérés et arrêtés ?
—  Je ne sais pas, Louisa… Vraiment… C’était un drôle de type, semble-t-il…
Voyant que Paul retrouve son regard perdu, et qu’il semble ne pas en savoir plus qu’elle, la mère d’Ange essaie de ne pas insister.
—  Une enquête est en cours sur moi, lui avoue-t-elle. Tu sais que j’ai accès à des données sensibles avec mon travail, je commande les tournées de drones-dirigeurs sur toute une région. J’ai perdu mon autorisation de contrôle des drones. Jusqu’à nouvel ordre, toutes mes tournées sont validées par quelqu’un d’autre avant d’être exécutées.
—  Ils te laissent continuer, c’est déjà bien. Pour des faits de cette gravité, ils auraient pu te retirer tes accès aux bases de météorologie et t’affecter à des tâches administratives sans intérêt.
—  Oui, je le sais, mais je déteste ça… Je me sens surveillée, épiée… Et il n’y a que mon travail qui me tienne, depuis qu’elle est partie. Alors, savoir que je pourrais le perdre… Parce qu’avec ces histoires de terrorisme, ils peuvent ne pas me laisser continuer  !
—  Ne t’inquiète pas, la réconforte Paul. J’en parlerai au cardinal s’il y a le moindre problème, c’est un homme sensé et juste. Regarde, ils auraient pu m’écarter à cause de cette histoire, mais au lieu de ça, ils m’aident et me soutiennent !
Paul voit dans le regard de Louisa qu’elle est encore à deux doigts de s’effondrer.
—  Il faut tenir bon, Louisa ! continue-t-il avec force. Tout ceci n’est qu’un cauchemar, mais nous saurons la vérité, je te le promets !
—  Tu as raison, répond-elle après un silence en se ressaisissant. En attendant, nous devons faire confiance à Ange, et au cardinal, et continuer à avancer.
Puis posant son verre vide sur la table, elle poursuit  :
—  J’ai essayé de me souvenir de toutes les choses inhabituelles qu’elle a pu faire les derniers jours, mais il n’y a pas grand-chose, juste quelques détails. Elle était sortie se promener deux ou trois jours avant, juste comme ça, sans raison. Tu le savais ?
—  Non…
—  Elle m’a demandé de regarder des coordonnées GPS pour toi, un rapport avec ton grand-père ?
—  Oui, effectivement, réagit Paul en se souvenant du papier jauni retrouvé en haut de la voie Vérité dans la salle d’escalade.
—  C’était vrai alors, soupire Louisa, presque soulagée que sa fille ne lui ait pas menti. Je n’ai rien remarqué d’autre, malheureusement… ça n’est pas d’une grande aide.
Un silence suit cette dernière remarque. Paul se rend compte qu’il est mal à l’aise devant le regard implorant de Louisa, qui cherche des réponses alors qu’il n’a absolument rien à lui proposer pour soulager son chagrin. De plus, le fait de se retrouver chez Ange est pour lui une souffrance et ressasse des souvenirs qu’il préfèrerait pouvoir oublier pour retrouver un semblant de calme intérieur.
Une fois sa boisson achevée, il décide de prendre congé et de rentrer à la Compagnie. Avant de refermer la porte sur lui, alors qu’il commence déjà à s’éloigner dans le couloir, Louisa lui pose une dernière question :
—  Paul, y’a-t-il un espoir qu’elle soit vivante ?
—  Il faut y croire, Louisa, même si c’est difficile, lui répond-il en essayant d’être convaincant.
—  C’est dur, Paul, vraiment dur ! sanglote-t-elle.
—  Je te promets que je vais tout faire pour la retrouver… et traquer le salaud qui l’a entra î née là-dedans, ajoute-t-il les dents serré es.
En sortant de chez les Dillon, Paul a le moral en berne et se déplace à pas lents dans la rue.
Les murs des immeubles autour de lui restituent pourtant la chaleur du soleil qu’ils reçoivent, si bien que la ville est comme un radiateur géant dans lequel les habitants évitent en général autant que possible l’extérieur. Ces derniers préfèrent de loin les espaces intérieurs ma î trisés par des gestionnaires d’environnement qui régulent la température et l’humidité de l’air de façon très précise pour s’adapter au corps humain.
Mais malgré la chaleur pesante, qui pousse d’habitude les marcheurs à ne pas s’attarder trop longtemps, le jeune homme erre plus qu’il n’avance vers la bouche de métro la plus proche, perdu dans ses pensées, n’adressant même pas un regard au drone qui s’arrête pour le scanner et vérifier son identité.
Dix jours qu’elle a disparu. Dix jours qu’il cherche désespérément des informations et qu’il se sent impuissant à apprendre quoi que ce soit sur sa fiancée. Impossible de retrouver sa trace, les raisons de sa folie soudaine… Dix jours qu’il est pendu aux lèvres du cardinal qui le tient gentiment informé de tout ce qu’il apprend à son sujet, mais c’est bien maigre. Et les jours qui passent font fondre l’espoir de la retrouver vivante…
Rejoignant enfin la fra î cheur souterraine, il s’installe dans la première cabine de métro pour rentrer dans le bloc 1, à la Compagnie d’élite.
Une fois dans sa chambre, il s’allonge sur son lit. Il ne se doutait pas qu’après une visite auprès de sa belle-mère, il serait aussi épuisé moralement. Il sait qu’il devra supporter encore longtemps ce poids, qu’il ressent depuis ce fameux soir de sa disparition, le temps que son cerveau accepte et cicatrise. Le fera-t-il jamais vraiment ?
Une vibration de sa montre contre sa peau lui indique qu’un message est arrivé.
« Je ne t’avais pas envoyé les dernières images que nous avons d’elle, c’est désormais chose faite. Tu trouveras également les coordonnées qu’Ange m’avait demandé de regarder pour toi. Gardons espoir… Louisa  » .
Machinalement, le garçon choisit le fichier avec les coordonnées, et une carte du pays s’affiche sur le mur de sa chambre, avec un point rouge, au centre, indiquant la ville où il se trouve, et un point bleu, près de mille kilomètres au sud-est, lui indiquant l’endroit précis indiqué par le message de son grand-père.
Il jette un coup d’œil à la carte sans s’y attarder et se lève pour sortir de sa chambre. À l’étage des jeunes recrues, les salles de réalité virtuelle sont toutes regroupées au bout du couloir. Grâce aux lampes installées à l’extérieur sur chacune d’elles, on peut voir lesquelles sont disponibles. Sur les quatre, deux le sont, et Paul rentre dans la première.
Il choisit alors le scénario-souvenir envoyé par Louisa, et la pièce se met en place. Le sol sous ses pieds se met en mouvement pour l’amener au centre de la pièce. Devant lui, il reconna î t immédiatement tous les éléments du scénario virtuel dans lequel il avait l’habitude de retrouver Ange  : le ponton de bois, et le lac enclavé dans les montagnes.
La jeune femme aux cheveux châtains est là, de dos, debout devant lui, contemplant l’étendue d’eau… Il pourrait la toucher s’il tendait le bras et s’il n’était pas qu’un spectateur fantôme de cette scène enregistrée. Il avance à côté d’elle et observe son visage : elle semble tellement perdue, tellement malheureuse !
Puis lentement, elle s’avance sur le ponton, s’y assoit, les pieds dans l’eau, et s’allonge. Le jeune homme la suit et s’accroupit à ses côtés.
—  Paul ! Rejoins-moi… Paul ! appelle-t-elle.
Paul la regarde et sent sa gorge se nouer. Il sait qu’il la regarde lors de ce soir fatidique, alors qu’elle lui avait envoyé un message pour qu’il la rejoigne, ce qu’il n’avait pas pu faire. Elle venait tout juste de tuer un homme… Mais pourquoi as-tu fait ça ?
Il regarde l’attroupement de personnes qui observent sa fiancée alors qu’elle est allongée en train de regarder les étoiles et il l’entend murmurer, comme pour répondre à sa question  :
—  Je n’ai pas eu le choix, tu sais… Paul… Ce n’est pas de ma faute…
Le jeune homme sent une larme qui coule le long de sa joue. Comment a-t-elle pu en arriver là ? Il savait que sa fiancée n’était pas dans son état normal, Claudia le lui avait dit, mais à ce point, il ne l’imaginait pas.
Le scénario s’arrête alors d’un seul coup alors que Paul regarde Ange avec un air tendre. La pièce s’éclaire d’une lumière neutre  : le jeune homme sait immédiatement qu’il s’agit d’un message universel, des messages visibles sur tous les supports existants – gestionnaires d’environnement, salles virtuelles, montres et tablettes – et invitant tous les habitants à cesser leurs activités pour écouter cette information que chacun se doit de conna î tre.
Le président Barne appara î t à son bureau, impeccablement apprêté, et commence son discours visiblement très bien préparé :
«  Mes ch ère s concitoyennes, mes chers concitoyens, comme vous le savez, nous vivons dans une urgence écologique permanente qui nous oblige à être toujours à la pointe en matière de technologie, car l’écologie est évidemment notre priorité. Dans ce contexte, nous avons choisi de participer au sommet des vingt qui regroupe les plus grands pays du monde, ceux du groupe H 2 O, afin de partager sur les avancées de chacun en matière de gestion de l’eau et des autres ressources naturelles rares.
Ce sommet sera l’occasion de montrer que nous sommes un pays important sur le plan international, mais aussi de conforter notre place au sein de l’alliance du Nord…  »
Paul sèche ses larmes en écoutant d’un air distrait le discours du président, ses yeux bleu clair restant désespérément dans le vide, il ne parvient pas à enlever l’image d’Ange qui l’accueillait les bras ouverts, près du lac, lorsqu’ils se voyaient.
#03
Randonnée en montagne

L es paupières d’Ange se soulèvent, laissant entrevoir ses yeux marron clair, puis se referment. Elle se retourne, profitant encore un peu de la chaleur de sa couette, pendant que son esprit finit de se promener librement avant d’en reprendre le contrôle pour une nouvelle journée.
Elle s’assoit sur le rebord du lit et regarde sa table de chevet, où repose son livre en lieu et place du réveil qui lui récitait ses messages le matin lorsqu’elle était en ville. Elle se lève et revêt une robe de chambre avant de sortir de la pièce et de se diriger vers la salle de bain toute proche.
Une fois sa douche prise, elle s’observe dans le miroir, comme elle le faisait chez elle chaque jour. Elle s’imagine déjà rejoindre sa mère au petit-déjeuner et revoit Louisa qui l’attend avant de commencer sa journée de travail, avec un petit pincement au cœur. Elle sait bien qu’elle doit être triste de ne pas savoir où elle est. Et Paul, qui est resté là-bas, qu’elle n’a pas revu depuis le soir où ils sont allés au théâtre tous les deux. Que peut-il bien penser de tout cela ?
Cela fait dix jours qu’elle est arrivée au village. Le temps de se remettre de ses émotions et de cette histoire incroyable. Elle a, bien sûr, parlé plusieurs fois avec Pierre Marche de ce qui s’est passé, de son petit-fils. Elle a envie de tellement de choses : le revoir, repartir dans la ville, envoyer un message à ses parents et à Paul… Mais pour l’instant, le vieil homme lui a toujours conseillé de ne pas se précipiter et de reprendre des forces, dans un premier temps, lui expliquant que les choses reprendraient leur cours suffisamment vite.
En sortant de la douche, Ange enfile une robe légère et colorée ainsi que des petites sandales bleues assorties. Depuis son arrivée, elle a pu admirer toute sorte de tenues parmi les gens du village, loin des tuniques sobres qu’elle avait l’habitude d’arborer – comme tous les citoyens d’ailleurs – dans la ville. Elle retrouve dans ces habits très diversifiés un peu de ce qui l’a marquée lorsqu’elle est entrée dans le bloc 19, ce mélange de formes et de couleurs, même les gens semblaient tellement différents les uns des autres !
Elle descend l’escalier et entre dans une cuisine rustique, avec des meubles anciens dont les portes au vernis sombre laissent voir les nervures du bois qui ont permis de les fabriquer. Elle est seule. L’eau dans la bouilloire est brûlante et prête à être servie, comme tous les matins. Une brioche, de la confiture et une corbeille de fruits ont été laissées pour elle sur la table.
La jeune femme saisit une tasse sur une étagère accrochée au mur et se sert un thé. Elle reste debout pour manger un morceau de brioche à la confiture de fraise et prend sa tasse dans les mains pour sortir par une porte-fenêtre.
Là, Ange se retrouve sur une terrasse couverte en bois blanc, comme dans les maisons américaines des vieux films, avec une balustrade qui donne directement sur le champ par lequel elle est arrivée au village dix jours plus tôt. Dans le coin de la terrasse se trouve une balancelle équipée d’un coussin moelleux et bariolé sur lequel elle s’installe.
À peine est-elle assise qu’une petite fille apparaît dans son champ de vision, passant d’une jambe sur l’autre en faisant tourner sa corde à sauter. Tout en sautillant, elle s’approche d’Ange. Elle doit avoir moins de dix ans, et arbore une longue tresse derrière la tête, qui descend jusqu’au bas du dos.
La petite fille regarde Ange droit dans les yeux, sans aucune timidité. Et quand elle est assez près, elle s’adresse à elle avec une voix très assurée :
—  C’est vrai que tu viens de la ville ?
—  Oui, confirme Ange, amusée par sa témérité.
—  Et c’est vrai que les gens de la ville ne sortent jamais ...

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