Le Concile de Merlin - Tome 3 : Graal
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Description

Gwendaëlle frôle la mort, encore une fois. Alors qu’ils ont parcouru le monde, découvert nombre de secrets et ramené de véritables trésors en Britannia Minor, Gwendaëlle et Gildas sont à nouveau meurtris, tant par leurs blessures que par l’incompréhensible trahison d’Iloan. Que cela cache-t-il ? Quelle est l’étendue de sa félonie ?


Sous les vents froids de la côte de Rhuys, les deux inséparables trouvent à nouveau refuge pour se rétablir comme ils peuvent ; ils se protègent mais se cachent aussi. Pourtant, le destin revient bientôt frapper à leur porte. Maya a voyagé pour suivre les enseignements du nouveau maître des Pèlerins du Temps : Gwendaëlle.


D’autre part, une nouvelle question cruciale émerge par le biais d’un autre mystérieux journal de Merlin qui témoigne d’une nouvelle folle : et si le plus grand enchanteur n’avait jamais cherché le Graal durant toutes ces années de quête ? Se pourrait-il que le Graal ne soit pas du tout ce qu’on croit ? Néanmoins, Gwendaëlle et Gildas y découvriront peut-être le seul moyen de défaire l’Ombre.




Né en 1976 près de Paris, Lionel Cruzille est un écrivain enseignant également le qi gong et la méditation dans une approche laïque. Après plusieurs années passées dans les services d’urgences des hôpitaux parisiens, il change de vie. Ses essais abordent une spiritualité au-delà de la religion, à l’instar des enseignements qu’il a reçus. Dans ce prolongement, ses romans explorent le sens du réel, questionnent le monde actuel et ses enjeux ou encore reflètent la quête intérieure de chacun.

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EAN13 9782379660160
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Gwendaëlle frôle la mort, encore une fois. Alors qu’ils ont parcouru le monde, découvert nombre de secrets et ramené de véritables trésors en Britannia Minor, Gwendaëlle et Gildas sont à nouveau meurtris, tant par leurs blessures que par l’incompréhensible trahison d’Iloan. Que cela cache-t-il ? Quelle est l’étendue de sa félonie ?


Sous les vents froids de la côte de Rhuys, les deux inséparables trouvent à nouveau refuge pour se rétablir comme ils peuvent ; ils se protègent mais se cachent aussi. Pourtant, le destin revient bientôt frapper à leur porte. Maya a voyagé pour suivre les enseignements du nouveau maître des Pèlerins du Temps : Gwendaëlle.


D’autre part, une nouvelle question cruciale émerge par le biais d’un autre mystérieux journal de Merlin qui témoigne d’une nouvelle folle : et si le plus grand enchanteur n’avait jamais cherché le Graal durant toutes ces années de quête ? Se pourrait-il que le Graal ne soit pas du tout ce qu’on croit ? Néanmoins, Gwendaëlle et Gildas y découvriront peut-être le seul moyen de défaire l’Ombre.




Né en 1976 près de Paris, Lionel Cruzille est un écrivain enseignant également le qi gong et la méditation dans une approche laïque. Après plusieurs années passées dans les services d’urgences des hôpitaux parisiens, il change de vie. Ses essais abordent une spiritualité au-delà de la religion, à l’instar des enseignements qu’il a reçus. Dans ce prolongement, ses romans explorent le sens du réel, questionnent le monde actuel et ses enjeux ou encore reflètent la quête intérieure de chacun.

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Lionel Cruzille


LE CONCILE
DE
MERLIN
________
Tome 3
Graal


Les éditions L'Alchimiste
ISBN : 978-2-37966-016-0
Cet ouvrage est une production des Éditions L’Alchimiste et est édité sans DRM.
© Les Éditions L’Alchimiste - 2018
Toute reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation conjointe
des Éditions L’Alchimiste et de l’auteur.
Dépôt légal à parution.

Crédits photo de couverture :
"Horror Halloween decorated conceptual image"
par Zef Art (Adobe Stock)

Les Éditions L’Alchimiste
www.editionslalchimiste.com
Du même auteur
ROMANS
Aux éditions L'Alchimiste
— 2048 (tome 1, 2, 3)
— Le Concile de Merlin (tome 1, 2, 3)

NOUVELLES
Aux éditions L'Alchimiste
— Sorciers : l’Intégrale

ESSAIS
Aux éditions L'Alchimiste
— Être libre des émotions

Aux éditions Almora
— Changer ! Un chemin de transformation de soi
— Se libérer des pensées

Aux éditions Accarias-L’originel
— La spiritualité au cœur du quotidien
Résumé

Dans les tomes précédents

An 535. Les Bretons quittent massivement l’île de Bretagne en proie aux envahisseurs Angles et Saxes. De longs mois se sont écoulés depuis la défaite et la mort d’Arthur à Camlann.
Merlin s’est exilé comme beaucoup de ses compatriotes en Armorique. Gwendaëlle, sa fille, le retrouve dans sa demeure secrète au cœur de Brech El Lean. Ils discutent alors de longues heures des inquiétudes du vieux sage dont une particulièrement le préoccupe : la postérité de l’enseignement traditionnel face au pouvoir accru de l’Église. Au petit matin, le vieil homme lui demande de le suivre jusqu’à une clairière où se tiendra, le soir même, une réunion constituée de druides et de moines. Merlin y évoquera ouvertement ses craintes face à l’attitude du clergé. Il y dévoilera un trésor inestimable, depuis longtemps en sa possession et tenu secret : des manuscrits araméens sur la vie du Christ. Merlin souhaite leur partage, en guise de bonne foi, et pense créer ainsi un pont entre Chrétiens et Druides afin de trouver une issue aux crises actuelles. Mais ni l’Église romaine ni certains mages ne sont prêts à bousculer l’ordre établi. Les manuscrits représentent dès lors un danger qu’il leur faut circonscrire…
Le lendemain de la réunion secrète, Merlin disparait mystérieusement et Gwendaëlle se retrouve traquée, tant par des mages noirs, Anaxis l’Archi-Dru-Wide à leur tête, que par l’Église et ses moines. Dans sa fuite, elle rencontre Iloan qui se révèle être l’élève de Bleiz. Ils sont bientôt tous mêlés à la protection des manuscrits. Mais Gildas et Gwendaëlle se font rattraper, capturer et torturer par les mages noirs. Laissés pour morts, ils ne s’échappent réellement de leur geôle que grâce à l’intervention magique de Merlin et de Bleiz qui, lui, trouve la mort dans son combat ultime contre Anaxis. Anéantis, Gildas et Gwendaëlle prennent refuge chez un vieux Guerrier-Mage du nom de Konogan, vieil ami de Merlin. Là, Gwendaëlle s’interroge sur la magie qu’il enseigne à Iloan. De longs mois passent durant lesquels les deux compagnons se rapprochent amoureusement. Mais bientôt la fin de l’hiver les pousse tous vers la poursuite de la quête et de la vérité. Qui est derrière leur traque ? Qui tire les ficelles en sous-main ? L’Église elle-même aurait-elle pu commanditer des meurtres et des vols, alors qu’on vient d’attenter à la vie de Benoît de Nursie, dernier dépositaire des manuscrits révélés par Merlin ? Gwendaëlle, Gildas et Iloan partent alors tous les trois chacun vers leur destinée.
Leur voyage les entraînera aux portes de la mort mais aussi à de fondamentales découvertes.
D’une part, Myrdhin, le père de Gwendaëlle, aurait fait un long voyage jusqu’en Extrême-Orient et vraisemblablement jusqu’aux hauts plateaux de l’Himalaya. Gwendaëlle et Gildas, suivent cette piste en passant par Massilia d’abord, puis Kemet, dans le désert, par les Pierres Levées où ils rencontrent les témoins d’une époque révolue.
Ils s’aperçoivent qu’on les attend depuis quarante ans. Leur destin paraissant leur échapper encore et toujours, Iloan, Gwendaëlle et Gildas passent de surprise en surprise. Ils suivent malgré eux, le même chemin qu’autrefois feu Myrdhin dans sa quête de sagesse. Gwendaëlle se voit confier un journal contenant d’importantes révélations faites par son père, avant même qu’elle naisse.
D’autres révélations leur sont faites sur la vie du Christ, secret bien gardé au travers de divers autres manuscrits. Gwendaëlle et Gildas s’interrogent, Iloan observe. Leurs péripéties dévoilent un plan invisible bien plus vaste qu’ils ne l’auraient pensé sur leur rôle, celui de Myrdhin et des manuscrits cachés. Ils sont Pèlerins du Temps, gardiens de la sagesse, qui se réincarnent d’existence en existence. Ils ont des dons, des pouvoirs, chacun à leur place, à leur rôle, pour sauvegarder les enseignements de sagesses, les arcanes bien gardés de certaines vérités secrètes comme la véritable fin du Christ.
Gwendaëlle et ses acolytes traversent le monde à nouveau grâce aux Maen-Hirs, qui les emmènent cette fois sur les monts des neiges éternelles où ils rencontrent un mage et sa fille. Celui-ci est un Pèlerin du Temps comme eux et a connu Myrdhin autrefois. Un nouveau journal est encore une fois remis à Gwendaëlle, tel un objet transcendant le temps et l’espace. Le mage leur évoque bientôt l’existence d’un vieux sage sorcier qui vit en amont sur un haut plateau. Gwendaëlle s’y rend et découvre un personnage hors du commun et un enseignement riche. Elle restera auprès du vieux sorcier durant un temps qui se révélera être différent de celui vécu par Gildas, resté plus bas dans les montagnes. Une fois revenue, Gwendaëlle découvre que ce vieux maître était en vérité mort depuis quelque temps déjà en ayant atteint un haut degré de réalisation spirituelle : le corps arc-en-ciel. Gwendaëlle aurait donc vécu dans l’Autre-Monde durant un temps indéfini…
Poursuivant toujours à la fois les indices laissés par son père quarante ans plus tôt et leur propre enquête, Gwendaëlle et Gildas se rendent à Srinagar où se trouverait le tombeau du Christ. Là les attend une révélation mystique mais aussi une prise conscience : les Pèlerins du Temps sont en vérité partout sur Terre et sont donc nombreux. Mais ils ne se connaissent pas les uns les autres, sauf à de rares exceptions près. Serait-ce là leur rôle : unir les Pèlerins du Temps entre eux ? Les organiser en confréries secrètes, reliées entre elles par les Pierres Levées ? Pourraient-ils ensemble faire face à la fois à l’Église et aux Mages noirs, autant que protéger les manuscrits secrets ?
Renouvelés dans leur cœur et leur âme par leur expérience lumineuse auprès du tombeau sacré, le couple repart à Kemet, dans le désert, en quête de leurs premiers alliés et convaincus qu’ils pourront trouver une solution pour protéger les rouleaux sacrés. Arrivés au monastère, ils parviennent à convaincre le vieil abbé : les précieux rouleaux seront cachés dans des grottes du désert grâce à l’aide du vieux moine. Gildas et Gwendaëlle n’en gardent que deux pour eux.
S’impose alors à eux le choix de la destination de retour. Le moine leur fait part de ses connaissances sur le déroulement des événements à Rome et la très probable implication du Pape avec des Mages noirs. Gwendaëlle et Gildas ne voulant plus reporter leur confrontation avec celui qui semble être le nœud de l’intrigue, ils débarquent tous deux à Rome par l’obélisque qui n’est autre qu’une Pierre Levée sculptée. Ils y débarquent alors que le siège fait des ravages dans l’antique cité. Mort, maladies, misère et magie noire hantent les ruelles ensanglantées.
Un mage noir les trouve et les emmène au palais du Pape qui, averti de leur venue, rend les échanges difficiles. L’entretien tourne court quand plusieurs mages noirs se dévoilent pour les cerner. Parmi eux se démarque Iloan. La traîtrise est complète lorsqu’il s’attaque à Gwendaëlle en prononçant une curieuse phrase lui priant de le pardonner un jour. In extremis, Gildas et Gwendaëlle parviennent à s’échapper et à se traîner jusqu’à l’obélisque, puis à retourner en Bretagne. Gwendaëlle est alors entre la vie et la mort.
À Ewen
PREMIÈRE PARTIE
En écrivant ces lignes, je ne doute pas que le monde entier se souvienne, durant les mille prochaines années, de qui furent le roi Arthur et mon père, Merlin l’enchanteur.
Gwendaëlle, Transmissions
CHAPITRE 1 : Course-poursuite


Afin de délivrer mes dévots,
d’anéantir les mécréants,
de rétablir les principes de la spiritualité,
j’apparais d’âge en âge
BAGHAVAD GITA, 4 : 8


An 525, fin de l’hiver, Britannia Major, Londinium

L’urgence vitale le tenaillait. À bout de souffle, le garçon dévalait les allées sinueuses du marché comme si la mort elle-même était à ses trousses. Ses galoches étaient déchirées, trop grandes et rembourrées de tissus sales, menaçaient de rompre à tout moment sur le pavé mouillé. Pourtant, le garçon tenait bon. Il n’avait pas le choix. Coûte que coûte, il devait fuir. Ou mourir.
Il glissa, se releva puis slaloma entre les badauds qui freinaient sa course. Il en percuta d’autres et dut pousser de ses frêles épaules pour se frayer un chemin dans la foule. Tout le monde criait contre lui mais c’était ça ou mourir.
Pour une fois, Iloan avait vraiment peur, une peur viscérale et primaire : celle de sa propre mort. Il n’en était pas à sa première frasque contre le clan du nord mais cette fois, ces brutes ne fermeraient pas les yeux. Ils l’attraperaient, le rosseraient sans limites jusqu’à ce que, noyé sous les coups et inconscient, Grand Rouquin, leur satané chef, le jette au fleuve. Ce sera là sa fin, sans nul doute car c’était l’option préférée du clan pour faire disparaître un corps. L’eau glaciale menait droit à une mort certaine, soit par noyade, soit par le froid, et c’était sans compter les blessures.
Voilà la loi de la rue et il le savait depuis bien trop longtemps. S’ils le jetaient à l’eau, Iloan ne survivrait pas. Il ne savait qu’à peine nager et n’aurait nul endroit pour se réchauffer si jamais il réussissait par miracle à s’en sortir. Pas de maison ou de feu de cheminée. Encore moins de tisane chaude maternelle pour le secourir. La nuit glaciale était déjà rude, mais trempé jusqu’aux os et ses vieilles loques collées à la peau, ce serait la funeste triade assurée : maladie, fièvre et mort.
L’issue serait mortelle à n’en pas douter. Iloan ne voulait pas mourir comme ça. Pas maintenant.
Alors, il courait, encore et encore depuis qu’il les avait vus apparaître de loin pour l’éliminer. Les chiens ! enrageait Iloan. Combien de fois lui avait-on dit ? Ne touche pas aux gars du nord ! Marche pas sur leurs platebandes !
Oui, mais faut bien bouffer , répondait son diablotin intérieur.
Comme en réponse, il dérapa sévèrement sur le pavé détrempé et sa cheville prit un angle douloureux. Il ravala un cri de douleur et se releva en sautillant un peu.
Satané nom de nom, je pense trop , songea-t-il.
Au milieu de la foule, il fit chuter un caisson de bois en travers du chemin pour retarder ses poursuivants. Derrière lui, une nouvelle flopée d’insultes fusa et il y eut du remue-ménage.
— Pas le temps de me retourner, l’vieux ! lança-t-il au commerçant rageur.
Sa cheville devait être sérieusement blessée mais la chaleur du muscle due à l’effort noyait la douleur. Derrière lui, le charcutier bousculé vociférait encore contre les jeunes brigands et une dame s’en prit aussi à l’un d’eux en l’attrapant par le col provoquant un petit chaos. Tant pis, celui-là prendrait pour le reste de la clique. Le gros de la bande ne prenait pas les mêmes précautions que les petits jeunots. C’était chacun pour sa trogne. Point barre.
Iloan poursuivait sa course effrénée sans jeter un œil en arrière. Ses poumons le brûlaient. Perdre une seconde, c’était tendre sa jugulaire. Derrière lui, le dernier garnement parvint à se défaire de la poigne du gros marchand et se contenta de cracher sur la chausse du bonhomme mais le temps qu’il réagisse, son coup finit dans le vent. Le vaurien était déjà loin.
— Sale gosse ! Si je te chope, tu mangeras de la purée pendant trois mois ! Tu m’entends ? cria le marchand furieux.
Iloan haletait maintenant furieusement. Il tournait la tête en tous sens. La nuée de gosses n’y allait pas par quatre chemins et forçait le passage en cognant les gens au besoin. Grand Rouquin lui, était sans aucune pitié. Au premier geste de travers de quiconque, ce serait la lame plantée dans le ventre. Il aurait même déjà tué quelqu’un à ce qu’on dit. Enfin, c’était la rumeur sur les quais. Mais, on disait aussi qu’Arthur allait secourir les pauvres, que Rome reviendrait pour donner du blé à tout le monde et même que les Mages nous sauveraient des Saxes, alors...
En attendant, nous, ici, on crève la faim.
Son cœur cognait furieusement. Iloan cherchait désespérément une issue, une cachette, quoi que ce soit qui pourrait lui sauver la mise. Les yeux écarquillés, il s’arrêta quelques secondes derrière un angle de rue. Il jeta un rapide coup d’œil en arrière. Des petits se faisaient encore attraper mais se défilaient aussi vite. Et rien ne les arrêtait. Ceux-là ne couraient pas longtemps mais très vite et se planquaient tout aussi rapidement. Les étals, les tonneaux, les arbres, les fourrés, tout était bon. Chez ces petits voleurs, chaparder était élevé au rang d’art, celui d’être invisible, sans scrupule et très cruel. Ils étaient les meilleurs et mieux valait être avec eux que contre eux car ils employaient la même implacabilité à éliminer leurs adversaires. Et ils étaient tous à sa poursuite !
Et lui, où allait-il finir ? En planque ou dans l’eau ? Ou pire… Il repartait déjà à toute allure sur le pavé à moitié déchaussé, esquivant les flaques de boue trop profonde. Sa respiration projetait des vagues de vapeur et sa vue se troublait peu à peu sous le coup de l’effort et du vent froid.
Une issue, vite !
Cette fois, il quitterait cette maudite cité. Il se le promit. Pour le moment, il lui fallait une planque et vite ! Mais rien n’apparaissait. Le dédale de ruelles n’en finissait plus et ne promettait aucune issue possible. Il connaissait ce coin comme sa poche trouée et le sentier le menait droit sur des impasses. Pourquoi espérait-il autre chose ? Iloan cria de rage et d’usure. L’ultime chemin se trouvait devant lui avec les quais d’un côté et la rivière de l’autre. Derrière lui, les gars du nord et Grand Rouquin en tête se tenaient tous là. Dans moins de trente secondes, ils seraient sur lui. C’était fini.
Fou de colère et de peur, Iloan freina sa course à bout de souffle. Tout s’arrêtait là, mais il n’abandonnerait pas si facilement. Il lutterait jusqu’à la mort. Iloan serra les dents et les poings à s’en faire mal puis se retourna. Autant faire face à son destin maintenant.
Il vit le grand escogriffe aux cheveux de feu, flanqué de ses acolytes préférés, Ubar et Jacard. Les trois furent bientôt rejoints par la bande au grand complet. Une vingtaine de têtes cassées.
Grand Rouquin avait vraiment cette mauvaise face habituelle, flanquée d’un air malsain, rusé et figé sur ses traits comme un masque gravé par la haine. Il n’avait aucune limite, aucun respect, juste la loi du plus fort. Et encore. Poignarder dans le dos ne l’aurait sans doute pas gêné.
Et tout ça mettait vraiment Iloan hors de lui. Pourquoi ? Il n’en savait rien. Mais rien que pour ça, il ne regretterait jamais ce qu’il avait fait. Il recommencerait même. Les autres se massèrent autour d’eux rapidement. Iloan contrôlait tant bien que mal le tremblement de ses membres.
Je dois bouger, et vite ! Il reste peut-être une chance… réflechit-il.
Iloan se détourna précipitamment et repartit en trombe sur les pavés déformés par l’usure. Il longeait maintenant la rivière, les poumons brûlants à nouveau et le cœur cognant dans ses tympans. Derrière lui, le clan l’insultait et vociférait tout en se relançant à sa poursuite. Devant lui défilait le quai, se prolongeant jusqu’à une jetée, avec des pontons de bois, des pêcheurs, des pirates, des larrons et tout un tas de gens peu fréquentables.
De l’autre côté, une sente remontait vers l’ancien port, la vieille ville puis la campagne. La pente y était rude. Et la boue était du genre à achever de lui tordre sa cheville, mais le temps lui faisait défaut pour faire son choix. Les jeunes bandits gagnaient du terrain. Iloan choisit la droite et se lança à toute allure, espérant se mêler aux badauds traînant là et semer la pagaille pour tenter de s’enfuir. Mais à peine fit-il deux foulées qu’il heurta violemment quelque chose qui l’arrêta net et le fit chuter brusquement au sol.
Sonné, il rouvrit les yeux sans comprendre et découvrit un petit homme ventripotent, campé sur ses deux pieds. Il allait l’insulter lorsqu’il croisa son regard perçant, froid, dur, presque inhumain. Iloan avait le souffle coupé mais se retourna aussitôt vers ses poursuivants qui débarquaient au même instant. Son nez dégoulinait, ses yeux étaient larmoyants, il était essoufflé. Peur, rage, désespoir.
Quant au clan, il s’était massé là, tête rousse en premier, un sourire mauvais gravé sur sa face grumeleuse, souvenir d’une petite vérole incrustée sur ses joues aux côtés des vilaines cicatrices dignes d’un chat de gouttière fou.
— Suis foutu, lâcha Iloan en se parlant à lui-même.
L’homme était toujours là, derrière lui, droit comme une hampe de guerre, solidement ancré sur ses deux pieds, ne montrant aucune intention de partir. Il était petit mais massif. Il semblait attendre.
— Qu’est-ce qu’il fout le gros ?  balança un gamin du clan à son auditoire, comme s’il jouait au théâtre.
L’homme toisa les gosses de rues puis Iloan, et jeta un œil vers le ciel. Il afficha alors une attitude qui décontenança tout ce petit monde. Fermant les yeux quelques brèves secondes, il donna l’impression de se recueillir, de faire un choix peut-être. Le temps se figea. Iloan sentit alors une vague de chaleur qui le baigna entièrement un court instant. Le garçon songea que son esprit lui jouait des tours. Puis, l’homme se détourna pour disparaître derrière la bâtisse faisant l’angle, sans même jeter un regard ni aux uns ni aux autres.
— Salaud ! dit Iloan dans une moue écœurée.
Le chef de bande s’esclaffa devant cette couardise. Que ses gars et lui puissent faire peur le galvanisait. Iloan se remettait déjà sur pied en chancelant mais tous fondirent sur lui comme des vautours sur une carcasse.
Iloan recula, décocha deux ou trois bons directs du poing mais, à un contre vingt, c’était perdu d’avance.
L’ironie voulut que sa sandale lâche à cet instant. Sa cheville se tordit encore selon un angle tout à fait improbable ce qui lui arracha un cri perçant. Il s’écroula et ce fut la rouée de coups, terribles, incessants. Un roulement de tambour mais avec la tête coincée dedans. Cela lui rappela ce que lui faisait celui qui lui avait servi de père, au moins il lui aurait appris ça, encaisser les coups. Quoique, les souvenirs de cet ivrogne étaient si flous. En tous cas, grâce à un type, ou plutôt à cause de lui, il savait encaisser, encore et encore. Le goût du sang, ça ne s’oublie pas.
Ses dents claquaient, ses yeux gonflaient, ses côtes grinçaient, son dos hurlait. Dans la mêlée, sa tête fit des rebonds désagréables. Il se mit en boule, par réflexe. Ça non plus, on n’oublie pas. Puis, il attendit. Les coups s’abattaient comme des sabots claquant sur le pavé. Son ventre n’en finissait plus d’être secoué comme une outre d’eau qu’on pousserait du pied. Il put choper un pied et faire chuter un des gars du nord. Quand il s’écroula, le garçon entraîna un autre qui tomba la tête en arrière puis hurla. Un autre se retrouva à la hauteur d’Iloan qui lui saisit vivement la main pour la mordre jusqu’à l’os, jusqu’à entendre ce craquement caractéristique de la fracture. Il connaissait bien le sujet.
Mais les coups continuaient, malgré tout, et il perdrait bientôt connaissance l’espace de quelques secondes ou peut-être plus. L’habitude. Il prit conscience de sa douleur terrible à la cheville et fit alors ce qu’il avait fait déjà de nombreuses fois. C’était comme un réflexe chez lui. Il cloisonna son esprit en plusieurs segments. Une partie pour sa cheville, une partie pour résister au coup et une partie pour…
Noir. Colère. Tremblement.
Un souffle opaque, terrible et puissant, parcourut son corps. Une force sombre. Non, en vérité, il y en avait deux. La force obscure, brute, puissante et l’autre, la pure survie, claquante de vibrations. Le temps se plia en deux.
Son corps fut envahi d’une pulsion folle, une vitalité bestiale, sourde et explosive. Il saisit un autre pied au vol avec une dextérité qui le surprit lui-même et prit ses adversaires au dépourvu. Durant une seconde, ils hésitèrent en suspendant leur geste. À la vitesse de l’éclair, il tordit la cheville qu’il tenait dans ses mains et fit chuter le gosse. Puis, à genou, il se retourna pour propulser son poing au visage du premier venu. Son cou se balança ensuite pour percuter du front un nez qui se brisa sec. Il lançait déjà son coude dans les côtes d’un autre. Et ainsi de suite. Il se redressa enfin, sans savoir comment, et il se produit encore autre chose d’étrange en lui. Une force folle parcourut son corps, lui donnant cette impression de puissance sans faille. Il devenait une force de destruction monolithique. Iloan crut que le temps ralentissait. Il trouvait les autres lents, maladroits tandis qu’il enchaînait les coups et parades.
Et c’est là qu’apparut le petit homme aux yeux perçants. Le mot qui vint à l’esprit d’Iloan fut : le « loup ». « Le loup est là ». L’homme était sorti de la ruelle et empoignait déjà un, puis deux puis trois garnements. Il distribuait des claques à sonner un cheval, brisait des doigts, fracturait un sternum d’un coup au plexus, assommait du plat de la main d’un coup sec et violent sur le haut du crâne ou écrasait des glottes du tranchant des mains.
Iloan était estomaqué. Cet homme ventripotent était visiblement un guerrier aguerri mais il combattait d’une manière presque élégante et tout à fait originale. Jamais, il n’avait vu ça. Ce qui le surprit plus encore était qu’il allait à la même vitesse que lui, contrairement aux autres toujours aussi lents.
En quelques instants, tout le monde fut à terre. Les derniers résistants s’enfuirent, laissant leur chef sur le pavé, le nez éclaté, tremblant à genoux dans la boue. Iloan saisit l’occasion pour lui envoyer dans le ventre un dernier coup à démonter un tonneau. Il allait l’achever quand l’homme l’arrêta d’un geste sur le haut des poumons.
— Non. 
Son « non » était si ferme, si catégorique, qu’il le bloqua net. En fait, il y avait plus qu’un mot. Il y avait une énergie avec ce mot, une membrane freinant tout son corps. Il était figé. Iloan leva les yeux vers lui, droit, le jaugeant. Son bras était presque bloqué par une force invisible. Ce fut un regard de loup qui lui répondit.
— Viens gamin, ne restons pas là. Les gardes vont finir par arriver. 
Iloan hésita. Il achèverait bien Grand Rouquin. C’était le moment rêvé. Il gisait là devant lui à sa merci. Il ne restait qu’à porter un coup fatal. Cette fois, le petit homme lui saisit cette fois l’épaule et les cliquetis caractéristiques des lances et épées des gardes dans le sentier voisin suffirent à le persuader de partir. Ils s’engouffrèrent alors entre deux maisons pour suivre la sente minuscule qui menait au lavoir, puis bifurquèrent sur la rue principale où ils se fondèrent bientôt dans un flot de chariots et de marcheurs se rendant au grand marché.
CHAPITRE 2 : Guérir


Mais, pour tout ce que nous saisissons par l’intelligence, ce n’est pas une voix qui résonne au-dehors en parlant, mais une vérité qui dirige l’esprit de l’intérieur que nous consultons, avertis peut-être par les mots pour le faire. Or celui qui est consulté enseigne le Christ dont il est dit qu’il habite dans l’homme intérieur, c’est-à-dire la Vertu immuable de Dieu et sa Sagesse éternelle que toute âme raisonnable consulte, mais qui ne se manifeste à chacun qu’autant qu’il peut la saisir selon sa propre volonté, mauvaise ou bonne.
Saint Augustin (354-430), Œuvres dans la Pléiade

Britannia minor, Rhuys, Hiver 538

Noir. 
Blanc. 
Lumière, flou.
Corps en souffrance. Bon retour chez les humains. Tout mon corps n’était que douleurs. Mais je savais déjà que je pouvais remercier les Dieux car la vie ne m’avait pas quitté. 
Se relever d’entre les morts une fois n’est pas le genre de souvenirs qu’on évoque au coin du feu. En revenir deux fois, cela devient chose impossible. Un tabou. Presque une malédiction. Et puis, c’est jouer, malgré soi, le risque de la folie. Pourquoi soi ? Pourquoi à cet instant ? Les questions tournent et les doutes aussi. Alors, on tente d’oublier. On cache tout de peur qu’on nous juge bons à bannir ou pis. Au mieux, on nous craint, au pire nous sommes honnis. 
J’ai souffert plus que de raison. J’ai pleuré, tremblé de frayeur et mon corps a gardé les cicatrices de ces deux embardées avec la Mort. En vérité, si je compte la fois où je fus enterrée vivante, cela ferait trois. Mais ceci est une autre histoire. Néanmoins, je dois coucher tout cela sur papier afin que l’on ne se méprenne point ni que l’on déforme mon récit ; et que ceux qui me liraient dans une époque différente de la mienne puissent avoir une compréhension de l’ensemble. Aussi, rien ne doit être caché ni tomber dans l’oubli. 
En écrivant ces lignes, je ne doute pas que le monde entier se souvienne encore, durant les mille prochaines années, qui étaient Arthur et mon père. Des hommes comme eux inspireront sans aucun doute des générations entières et c’est une chose magnifique. Nous avons besoin de cela, les Hommes ont besoin de figures de proue, d’exemples, de forces qui l’inspirent, ne serait-ce que pour être de pâles reflets des forces divines et des Héros d’antan. Car, au final, n’est-ce pas de cela qu’il s’agit ? Chercher sans cesse au travers de l’autre et des choses, la Nature transcendante du monde, le Divin ? 
Toutefois, face à cet impact profond sur la Grande Marche du monde, il est de mon devoir de raconter aussi les facettes cachées. Les histoires dans l’Histoire. 
Mes souvenirs des semaines passées dans l’Entre-monde sont confus. J’ai franchi plusieurs fois le seuil du monde des morts. Seule une vision est claire dans ce brouillard : j’ai vu mon corps allongé. Je le survolais. J’ai flotté au-dessus de mon enveloppe charnelle inerte. Mais d’autres choses m’ont été révélées ensuite. J’ai découvert le passé et j’ai vu l’avenir. J’ai eu la vision aussi de choses incompréhensibles pour moi, du moins à ce jour. J’ai tout cela en tête, précieusement gardé en moi, gravé dans mon esprit et chaque parcelle de mon corps.
Lorsque je traversai les Maen-Hirs depuis Rome, j’étais presque à côté de moi-même, détachée, témoin de ma propre existence, ce qui fut une indescriptible expérience. Je ne peux mettre de mots sur cela. Les mots sont pauvres et ne sont que des reflets, des fenêtres. Je peux simplement évoquer la comparaison d’un rêve où l’on chute et que l’on se voit chuter dans le même temps, imprégné du sentiment de peur mais sans le mouvement qui devrait l’accompagner. Est-ce possible ? Ce serait comparable à voyager sans se mouvoir. Et c’est cela que permettent les Maen-Hirs.
Je crois que dans certains mondes, les Lois sont différentes d’ici. Comprenons-nous vraiment celles par lesquelles vivent les fourmis ou les aigles ? Que dire des Lois qui régissent le monde des Elfes ou des Arbres-Maîtres, gardiens des forêts ? Alors, je ne peux que témoigner de mon expérience pour ces mondes traversés par nos corps grâce aux voyages par les Maen-Hirs. Mais en tirer une conclusion ferme est au-delà de mon entendement. Étais-je d’ailleurs morte ou vivante à cet instant-là ? Était-ce mon âme ? 
Dans cet Entre-monde, j’ai vu Gildas pleurer à proximité de mon corps. Puis, j’ai plané, irrésistiblement attirée par une grande Lumière. J’ai humé les saveurs de l’Autre-côté durant quelques instants d’éternité. Mais au plus profond de moi, j’étais assoiffée de vivre. C’était une force bien au-delà de ma petite personne. J’étais cette Force, mais en même temps, ce n’était pas moi. 
Une lumière puissante m’attirait mais le moment de partir n’était point venu. Je ne pouvais pas y aller. Je ne le pensais pas, c’était une évidence, une vérité brute, directe et sans équivoque. Alors, dans une distorsion d’un éternel présent, une secousse me ramena brutalement dans mon corps. Puis ce fut le vide.
Après une période d’obscurité totale, je repris conscience peu à peu. Entre deux somnolences, j’émergeais des brumes de l’Autre-côté pour me raccrocher bec et ongles à notre réalité, tel un poisson suffoquant sur la plage, s’agitant sans fin pour rejoindre son monde d’eau. 
Ce passage fut nettement moins agréable. Je me sentis rétrécie, coincée dans mon corps, une enveloppe charnelle qui souffrait. Mais c’était ma chair, mon existence, mon monde, mon époque. J’étais revenue.  
*
Mon premier véritable réveil eut lieu après un temps indéfinissable d’errance interne. C’était le soir, à moins que ce ne fût très tôt le matin. La nuit enveloppait encore la maison de sa gangue noire et la pièce était plongée dans une pénombre opaque. J’aurais pu songer à une veillée funèbre mais j’étais vivante. Je me battais pour rester. Ne le voyait-il pas ? 
Probablement, car une main finit par porter à mes lèvres de quoi humidifier ma bouche. J’eus cette terrifiante sensation que mon corps était un poids mort. Seul mon esprit demeurait en éveil mais il était étroitement coincé dans cette enveloppe charnelle inerte et lourde. Tremblante malgré moi, je bus un peu, mécaniquement. 
Au prix d’une forte nausée, je pus maintenir mes yeux ouverts l’espace d’un instant. Je reconnus notre maison près de l’église de Rhuys mais sombrai aussi vite dans l’inconscience noire. 
*
Plus tard, je soulevai à nouveau les paupières et regardai ma main. Ce fut ma première vision. De la découvrir ainsi décharnée, la peau ridée de sécheresse me catastropha. J’avais considérablement maigri et mon corps affichait les stigmates d’une déshydratation grave. Je n’osai pas imaginer à quoi pouvait ressembler mon visage. 
Gildas apparut dans mon angle de vue, les traits marqués par la fatigue et l’inquiétude. Dans un effort qui me coûta, je tentai de parler mais ma gorge asséchée et douloureuse me freina. J’étais déjà épuisée par ce simple effort. 
Le vertige me prit et le...

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