Le Continent oublié (au-delà du 30e Méridien)
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Description

Pendant deux cents ans, une Amérique civilisée et isolationniste a coupé tout contact avec l’hémisphère Est (l’Europe et l’Afrique), ruiné par la Grande Guerre, débutée en 1914 et qui s’est poursuivie jusqu’en 1937... Et puis le lieutenant Jefferson Turck, de la marine pan-américaine, a, par un malheureux hasard, fait franchir à son sous-marin aérien le 30e Méridien, frontière invisible et taboue que, depuis deux cents ans, on ne doit dépasser sous aucun prétexte et sous peine de mort. Son équipage, horrifié d’un tel manquement, abandonne Jefferson Turck, au cours d’une terrible tempête, sur une simple vedette de reconnaissance avec trois matelots... Son seul salut reste alors de poursuivre vers l’est, vers ce continent occulté qu’est devenue l’Europe. Mais ce Continent oublié a toujours exercé une puissante fascination sur le lieutenant Jefferson Turck... et, nouveau Christophe Colomb — à rebours —, curieux et plein d’espoir, il débarque en premier dans une Angleterre qui s’avère être retournée à la plus pure barbarie, et il va aller de surprise en désillusion au cours de son périple sur le Continent oublié...


Edgar Rice Burroughs, né à Chicago (1875-1950), est connu aujourd’hui comme le créateur des aventures de Tarzan. Mais les œuvres de science-fiction de ce grand précurseur dans le genre planet opera (Cycle de Mars, de Vénus, de la Lune, de Pellucidar), méritent amplement d’être redécouvertes.


Initialement publié en 1915 sous le titre de Beyond Thirty, ce petit roman uchronique et dystopique sera ensuite réédité sous celui plus compréhensible de The lost Continent.

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Informations

Publié par
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EAN13 9782366346213
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection UCHRONIE









ISBN

Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain
Pour la présente édition : © PRNG EDITION S — 2021
PRNG Editions (Librairie des Régionalismes) :
48B, rue de Gâte-Grenier — 17160 cressé
ISBN 978.2.36634.163.8 (papier)
ISBN 978.2.36634.621.3 (numérique : pdf/epub)
Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.
Titre original : Beyon Thirty et ensuite The lost Continent
Traduction : Eric Chaplain

Edgar Rice Burroughs


AUTEUR

edgar rice burroughs




TITRE

LE CONTINENT OUBLIÉ ( au-delà du 30e Méridien )




PRÉFACE : L’ AMÉRIQUE ORPHELINE ou PAS DE FUTUR POUR L’EUROPE
T émoin de son temps, la SF en restitue les idées, les craintes et les espoirs ; comme toute autre forme de fiction. Mais surtout, elle les projette et les prolonge ailleurs ; jusque dans leurs conséquences les plus extrêmes au besoin. C’est peut-être là sa raison d’être.
Conjuguée au futur, que donne l’idée que l’axe de la civilisation occidentale pourrait émigrer d’Europe en Amérique du Nord ? Quelles raisons passées et présentes inspireraient la pensée d’un tel transfert ? Quelles réflexions sur la civilisation cela impliquerait-il ?
Mettons les choses au pire : imaginons qu’un jour l’Europe retombe dans la barbarie et que l’Amérique du Nord reprenne le flambeau de la civilisation. Qu’en ressortirait-il ? Pourquoi imaginer un tel désastre — ou une telle aubaine — à sens unique ? Pourquoi pas l’inverse ?
L’idée d’une Amérique (ou du moins d’une Amérique du Nord) jeune, stable et dynamique, en bref triomphante, face à une Europe (moins l’URSS) vieillie, divisée et ramollie, en bref foutue, s’est imposée et développée durant la première moitié du XX e siècle. Elle se résume en la célèbre antinomie : le Nouveau Monde et l’Ancien Monde ; comme si la civilisation devait se limiter à la moitié nord de l’Amérique et au cap d’Asie lui faisant face, au détriment du reste du globe. Image un peu simpliste et incomplète, mais qui eut son heure de gloire, non sans raison il est vrai, et dont subsistent des lambeaux, non sans raison également.
Il n’en fut pas toujours ainsi. Et la SF s’en est fait l’écho. Citons pour mémoire un texte américain qui eut quelque impact en son temps. The Last American (Le Dernier Américain, 1889) de J. A. Mitchell est la relation d’une expédition persane sur les ruines des États-Unis en 2951. Et l’auteur d’attribuer le désastre à une dégénérescence autant physique que sociologique : l’Américain moyen menait une existence déréglée vouée à l’affairisme. Ceci dit, cette nouvelle éminemment satirique est bien plus un divertissement qu’un avertissement. La situation des États-Unis vers la fin du XIX e siècle n’inclinait guère au pessimisme. N’est-ce pas l’époque où ils accèdent au rang de grande puissance ?
La fin de la Guerre de Sécession (1860-1865) avait ouvert la voie à une expansion sans précédent : économique, avec notamment le développement de l’industrie lourde, démographique, avec l’arrivée de nouvelles vagues d’immigrants, territoriale, avec la liquidation définitive des derniers Indiens. A quoi s’ajoutent l’aventure coloniale, avec l’achat de l’Alaska à la Russie en 1867 et l’occupation des îles Hawaii en 1898, et les protectorats sur les pays latino-américains, selon la doctrine de James Monroe : L’Amérique aux États-Unis. Si bien que lorsque la marine américaine toute neuve anéantit la vieille flotte espagnole en 1898, nul ne conteste plus la place des États-Unis dans le concert des nations.
Il est compréhensible que l’image de marque des États-Unis comme pays d’avenir se soit imposée et n’ait cessé de grandir, chez les Américains eux-mêmes, fiers de leurs réussites, mais aussi chez les Européens, envieux et admiratifs malgré leur morgue. Certes, la grande puissance d’alors reste l’Empire Britannique. Mais sur le continent, la République Française rêve de revanche et tente de compenser ses faiblesses en s’industrialisant et en se dotant de colonies, face à l’Empire Allemand qui, enfin consolidé, étouffe déjà dans ses frontières ; et la Russie tsariste, colosse aux pieds d’argile, subit les contrecoups d’un passage accéléré du Moyen- â ge à la révolution industrielle.
Entre cette Europe désunie et empêtrée dans ses conflits historiques, dont l’Angleterre a de plus en plus de mal à être le gendarme, et les États-Unis, pays neuf et occupé à conquérir son avenir, et qui domine tout un continent ou presque, c’est le second qui semble offrir le plus de perspectives. Et la légende américaine naît dans cette Europe instable où il suffirait d’une étincelle...
Nombreux sont ceux qui n’attendent pas 1914 pour ouvrir le feu : l’anticipation militaire connaît son second âge d’or. Tirant à son tour les conclusions des funestes présages, Léon de Tinseau publie, en 1913, Le Duc Rollon (1) . Écrivain français n’ayant brillé ni dans la littérature générale ni dans la SF, il a du moins la gloire d’inaugurer une sorte de tétralogie à quatre mains.
Son roman sera suivi en 1916 de Beyond Thirty d’Edgar Rice Burroughs. Mais il faudra attendre respectivement 1939 et 1940 pour voir paraître Le Continent Maudit de Morgin & de Kéan et Final Blackout de L. Ron Hubbard. Deux sont français et deux américains. Tous appartiennent à des dates-clés de l’Histoire. Leurs témoignages n’en sont que plus intéressants.
***
Le Duc Rollon s’ouvre sur un tableau détaillé de l’Amérique du Nord en l’an 2000, siège de la civilisation occidentale depuis la chute de l’Europe. Trois états se la partagent. La République Canadienne est indépendante et francophone depuis que, secouant le joug de leurs compatriotes anglophones qui voulaient interdire leur langue, les Québécois se sont révoltés et les ont soumis. La Colombie correspond aux États-Unis moins la côte ouest ; gouvernée par un Empereur débonnaire s’appuyant sur le Sénat, elle a résolu le problème noir en renvoyant ses nègres en Afrique et arrêté à l’aide des Canadiens l’invasion de l’Empire Japonais. Celui-ci s’étend à présent jusqu’aux Montagnes Rocheuses et, disposant comme les deux autres puissances d’armes terrifiantes, il a conclu avec elles un pacte de non-agression.
Ce qui fait l’intérêt de ce roman, ce ne sont pas tant les rappels historiques et les connotations politiques — tous pertinents à des degrés divers — que le postulat économique de l’aventure diplomatique en quoi il se ramène. La Colombie entre dans une crise des matières premières, concept assez avancé pour l’époque : non seulement ses forêts surexploitées ne fournissent plus toute la pâte à papier nécessaire, mais son minerai de fer est presque épuisé. Or l’Europe est un champ de ruines où la ferraille surabonde. Sa récupération résoudrait pour longtemps la pénurie. Mais comment l’exploiter ? D’un côté les deux autres puissances crieraient à l’ingérence et l’équilibre international en souffrirait. De l’autre les barbares européens rendraient la tâche ardue. Il faut donc trouver un biais.
Au tableau de la situation du semi-continent nord-américain correspond celui de l’Europe. L’absence politique de celle-ci en fait une proie toute désignée : déjà le bouddhisme règne en Russie et l’Islam a repris pied en Espagne. Jadis, par la faute du socialisme, d’incessantes grèves provoquèrent l’écroulement de l’économie, et à la guerre des classes s’ajouta la guerre étrangère. Après un gigantesque bain de sang, la barbarie s’instaura chez les survivants. Des bandes de pillards, les Saboteurs, constituées de descendants d’ouvriers révoltés, s’accrochent toujours aux villes dévastées d’où elles ravagent les campagnes. En Angleterre, où la révolte l’emporta très tôt, sont les maîtres et empêchent tout débarquement. Mais il existe en Normandie un embryon d’état organisé avec lequel le gouvernement colombien pense pouvoir traiter.
De fait, lorsque la délégation colombienne, soi-disant en visite de courtoisie, débarque en Normandie, elle trouve une organisation calquée sur les seigneuries médiévales : de son château, le Duc Rollon règne d’une main de fer sur une population de paysans qu’il protège contre les Saboteurs. Elle lui propose de reconnaître diplomatiquement son état et les bienfaits de la civilisation s’il accepte l’établissement d’une tête de pont pour récupérer la ferraille. Mais les Colombiens trouvent aussi sur place les Canadiens. Plus malins, ceux-ci s’adressent au chapelain du Duc, un bénédictin savant venu des montagnes suisses évangéliser le pays. Ils ont avec eux un envoyé du Pape, qui habite maintenant une île du lac Michigan où s’est reconstitué le Vatican. En échange de la pourpre cardinalice, ils lui proposent d’user de son influence pour circonvenir l’héritier du Duc.
Ce sont bien là les méthodes du néo-colonialisme pour s’emparer des richesses naturelles des peuples sous-développés, ce qui prouve qu’il n’est pas nécessaire d’être de gauche pour les déplorer. Homme de droite, L. de Tinseau ne croyait pas aux bienfaits de la lutte des classes. « L’envie socialiste, écrit-il, en détruisant le capital par les impôts progressifs, a tari d’une main la source des revenus publics qu’elle augmentait de l’autre. Les grèves ont tué l’industrie. Les créanciers des états n’ont pu être satisfaits. De là intervention à main armée des puissances voisines, défaites sanglantes jusqu’à l’extermination ». Voilà de quoi l’Europe est morte. Alors que l’Amérique du Nord, pensait l’auteur, protégée par son isolationnisme et non contaminée par les funestes doctrines, supporterait mieux le choc du futur, malgré ses graves erreurs.
Roman lucide donc, sans illusions, où l’auteur ramène tout aux dérèglements des passions humaines, mais non désespéré. Le personnage du Duc Rollon trahit cette méfiance envers l’homme et ses œuvres : ayant vu les effets de la civilisation, il redoute son rétablissement, et s’il ne la rejette pas complètement, il pense que ce n’est pas avec l’aide intéressée des Nord-américains qu’elle doit revenir, mais par l’amélioration progressive et prudente de ce qu’il a créé. D’ailleurs, le complot échoue grâce à une jeune Colombienne, française d’origine et députée en son pays. Éprise de l’héritier du Duc, elle embrasse aussi sa cause et décide de rester à ses côtés pour l’épouser et l’épauler dans sa tâche future : « redonner à la France son rang à la tête d’une Europe régénérée par elle ». Comme quoi, chez L. de Tinseau, le féministe se doublait d’un patriote !
Le Duc Rollon trahit évidemment le point de vue d’un Européen ; de plus, il date d’avant 1914 et est sous-tendu d’une analyse relativement poussée de la situation des deux continents. Voici maintenant la contrepartie américaine avec Beyond Thirty d’Edgar Rice Burroughs, connu aussi sous le titre The Lost Continent , qui date de 1916 et qui, plutôt qu’une réflexion personnelle, traduit l’esprit d’une époque et d’un peuple.
Beyond Thirty fut écrit en juillet et août 1915. Dès cette époque, les tranchées prospéraient et les premières expérimentations de gaz de combat avaient été un succès à Ypres en avril 1915. A la « guerre fraîche et joyeuse » succédait la première des « guerres d’enfer ». Ancien passionné d’art militaire, E. R. Burroughs ne pouvait manquer de s’y intéresser. Le résultat fut ce bref roman qui se situe à part dans son œuvre, même s’il ne s’éloigne pas de ses schémas narratifs habituels.
Beyond Thirty pourrait se situer dans un univers parallèle où les États-Unis ne sont pas entrés en guerre contre les Empires Centraux et ont laissé l’Europe naufrager dans ses luttes intestines. Sous leur direction, le continent américain s’est isolé du reste du globe et uni en une Fédération Pan-Américaine. L’histoire se déroule en 2137, époque où il est toujours interdit de franchir la zone d’influence pan-américaine qui s’étend jusqu’au 30° de longitude Est et au 175° de longitude Ouest.
S’il est permis de se demander ce qu’un lecteur américain contemporain aurait pensé du roman de L. de Tinseau, aucun doute ne subsiste quant aux opinions qu’exprime E. R. Burroughs dans le sien : foutue Europe et foutues querelles d’Européens ! Avec quelques nuances, il est vrai, et non sans sel. Non sans condescendance, voire avec quelque attendrissement, particulièrement envers la pauvre Angleterre, l’ancien colonisateur, chassé du pays mais jamais complètement du cœur. L’Américain est un Anglais qui a réussi.
A travers les aventures du lieutenant Jefferson Turck, c’est une série de tableaux satiriques qui nous est offerte. Abandonné au large de l’Europe par ses subalternes félons, il débarque d’abord dans une Angleterre que ne renierait pas Tarzan : tigres, lions et éléphants, descendant des hôtes des zoos, y prospèrent. Quant aux Anglais, retournés à la préhistoire, ils survivent en tribus ennemies. C’est parmi l’une d’elles que le fringant lieutenant rencontre la Reine d’Angleterre, une charmante sauvageonne nommée Victory que convoite Buckingham, une brute au crâne épais aspirant à la royauté. Il traverse avec elle les ruines de Londres et visite même l’ancien palais de ses ancêtres. C’est maintenant une tanière de lions, et il aura la surprise de trouver un lionceau endormi sur le trône d’Angleterre : après tout, le roi des animaux fut le totem du pays. Le couple se rend ensuite sur le continent qui est aussi sauvage. Mais, grandeur et décadence, l’Europe n’est plus qu’un réservoir d’esclaves pour l’Empire Abyssinien, qui couvre toute l’Afrique et le Proche-Orient et dont le niveau correspond à la fin du XIX e siècle. Capturés par les soldats de Ménélik XIV, ils sont ensuite délivrés par l’armée de l’Empire Chinois qui contrôle l’est du continent et s’avère plus civilisé que les conquérants noirs. C’est enfin grâce aux Chinois que Jefferson Turck regagne son pays avec Victory. Et bientôt, sous la houlette du bienveillant Empire Chinois et d’une Pan-Amérique qui a abjuré son isolationnisme, commencera le relèvement d’une Europe qui a maintenant expié ses fautes.
Sous les espèces d’un roman d’aventures comme l’auteur en écrivit tant, Beyond Thirty reflète tout un courant d’idées qui animaient les États-Unis avant leur entrée en guerre. A travers les nombreux clins d’œil irrévérents apparaissent bien sûr la raillerie et la condescendance classiques des jeunes nations envers les anciennes, mais aussi une irritation devant l’anarchie européenne et une horreur devant ses guerres, toutes choses que les Américains avaient déjà du mal à admettre. D’où la répugnance à se mêler aux querelles européennes qui reculera la déclaration de guerre jusqu’en 1917.
Au moment où l’auteur écrivait, cette éventualité n’avait guère fait son chemin. La doctrine de James Monroe était plus que jamais d’actualité. Et de fait, le roman reprend le rêve d’une hégémonie des États-Unis sur l’Amérique entière. Cependant, si E. R. Burroughs semble considérer l’isolationnisme comme la seule façon de préserver son pays des « guerres d’enfer », il n’y voit qu’une solution passagère. Il pensait visiblement que son pays avait quelque chose à apporter au monde, ce qui est typique d’un citoyen d’une jeune nation en expansion, mais aussi qu’il avait quelque chose à en apprendre, ce qui est notable.
Autre intérêt du livre : les tirades du Lieutenant Turck flétrissant l’effet débilitant de deux siècles de paix et d’isolationnisme sur les Pan-américains et regrettant la vie périlleuse mais exaltante d’antan. Propos d’un militarisme mâtiné de guerre en dentelle, encore possibles à un moment où la technologie militaire promettait beaucoup, mais sans vraiment pénétrer les esprits. Envisager la destruction de l’Europe — qu’au fond l’auteur admire — et dans la foulée un Yalta pan-américano-chinois pour la régénérer était encore une idée plaisante. Même chez L. de Tinseau, pourtant lucide, tout reste hypothèse d’école.
Au fond, les deux ouvrages précédents pressentent les guerres d’enfer. Alors que les deux suivants en héritent. Ils n’ont plus l’excuse d’un romantisme « belle époque ». Entre-temps, l’Europe est sortie vaincue, débitrice, de la Grande Guerre, les Etats-Unis vainqueurs et créanciers. Le dollar a remplacé la livre comme monnaie internationale. Lorsqu’a éclaté la crise de 1929, l’Europe en a subi le contrecoup. Les États-Unis sont retournés à leur isolationnisme et d’inquiétants bruits de bottes résonnent de partout. L’anticipation militaire connaît son troisième âge d’or. Apparaissent alors deux romans, parallèles aux précédents, qui s’en distinguent par leur dureté et leur réalisme.
Le Continent Maudit , signé Morgin et De Kéan, parut quelques semaines avant les hostilités et la censure française en arrêta sans doute la diffusion pour cause de défaitisme. Il se rapproche plutôt du Duc Rollon , dont il partage l’anti-communisme, mais il est anti-américain et bien plus pessimiste. De plus, l’hypothèse des deux auteurs est inverse de celle de L. de Tinseau : c’est d’abord la destruction des villes, supports de la civilisation, qui disloqua l’Europe en guerre, et la tourmente révolutionnaire paracheva le tout. Lorsque débute l’histoire, l’Europe n’est plus qu’un désert dépeuplé retourné à l’état sauvage. Deux hommes, un Allemand et un Français, se dirigent vers la Bretagne.
Là subsiste en effet un îlot de civilisation, tout relatif d’ailleurs, pratiquant une économie de subsistance, mais à partir duquel un avenir moins sombre pourrait se bâtir. Et les deux hommes de bonne volonté prennent leur part du fardeau. La petite colonie est composée de demi-barbares que dirige énergiquement un ancien officier de marine qui compte sur les nouveaux venus pour hâter la renaissance. Mais débarquent des Américains qui offrent des marchandises en échange d’une aide pour aller piller les trésors artistiques de Paris. Une expédition conjointe part et retourne comblée, mais trouve la colonie anéantie par un ennemi inconnu. Et tous s’entre-tuent, malgré les efforts des deux amis.
Si Le Duc Rollon avait une portée politique puis philosophique, c’est l’inverse pour Le Continent Maudit . Il s’en dégage que la civilisation est impuissance face aux faiblesses humaines. Mais les auteurs ne se contentent pas de reprocher à l’Europe de n’avoir su s’unir et au communisme de l’avoir achevée. Ils accusent l’Amérique de n’avoir refusé de financer la nouvelle guerre européenne que pour forger égoïstement une société d’injustice, de racisme, d’hypocrisie et d’uniformisation sous le signe du dollar. En fait, le roman est un hymne funèbre aux ruines de la civilisation occidentale, tant matérielles (l’Europe détruite) que sociologiques (l’Amérique dégénérée). Signe des temps.
La pittoresque visite aux ruines de Londres d’E. R. Burroughs est ici dépassée. Dans deux traversées de Paris, les auteurs expriment leur désespoir. La première fois, les deux héros rencontrent la faune dégénérée qui survit dans le métro et à la surface de cet ex-haut lieu de la culture. La deuxième, ils accompagnent l’expédition américaine qui ne vaut pas mieux. Et les auteurs d’afficher un mépris sans borne pour les pillards qui convoitent sans le comprendre ce que l’Europe à produit de meilleur et finissent par brûler les toiles de maîtres et briser la Vénus de Milo dans leur fureur. En résumé, si l’Europe est morte d’avoir renié son héritage, l’Amérique est indigne de le recueillir. Fin d’une illusion.
Il restait un dernier coup à assener à l’idée que l’Amérique survivra parce qu’elle est meilleure que l’Europe et c’est l’auteur de SF, Lafayette Ronald Hubbard qui, moins artiste mais aussi efficace, va s’en charger en 1940. Final Blackout (Extinction Finale) est d’abord l’histoire d’une figure mythique, le Lieutenant, officier des débris de l’armée anglaise en France, dans une Europe ravagée par une guerre mondiale dont les États-Unis se sont retirés après leur défaite. A la tête de sa Quatrième Brigade, ramassis hétéroclite de diverses nationalités à l’image de l’Europe décomposée, il marche contre ses supérieurs, franchit la Manche et élimine le gouvernement communiste de Londres. Il fonde alors un état comprenant l’Angleterre proprement dite et le Pays de Galles, où il rétablit un semblant d’ordre économique et instaure une société militaire sous l’égide de Junkers.
En soi, la vision d’une Europe morte que propose L. R. Hubbard ne diffère guère de celle de ses prédécesseurs. De plus, il partage avec L. de Tinseau l’idée d’une mainmise américaine sur ses dépouilles ; mais venant d’un Américain, celle-ci a plus de sel. Les deux derniers chapitres du roman concernent la venue d’un vaisseau de guerre américain à Londres. Les États-Unis, après avoir pansé leurs plaies, sont devenus socio-démocrates et socialistes et subissent une crise économique. A travers les paroles de paix des envoyés américains, le Lieutenant devine que leur pays compte résorber la crise en colonisant le sien, en créant à l’extérieur des marchés susceptibles d’absorber la production d’une industrie sans débuchés depuis la chute de l’Europe. Il leur signifie d’abord son refus, mais lorsqu’ils jettent le masque, il est obligé d’accepter la raison du plus fort.
Mais contrairement au précédent, le roman de L. R. Hubbard finit sur une note relativement optimiste, même si en fait il relate les étapes d’une dictature militaire, seule apte d’après l’auteur à redresser une nation en ruines. Le Lieutenant cède le pouvoir aux fantoches des Américains, mais après avoir signé un traité aux termes duquel il reviendra au corps des Junkers si les chefs du nouveau gouvernement disparaissent. Puis, juste après avoir démissionné, il tue lui-même ces derniers et tombe sous les balles américaines. Il entre alors dans la légende et l’Angleterre lui survit, non comme colonie mais comme partenaire forcé des États-Unis, premier pas vers la conquête de l’Europe. C’est en somme la même conclusion que dans le roman d’E .R. Burroughs, mais sans la candeur dont ce dernier l’enrobe. L. R. Hubbard a le mérite d’appeler les choses par leurs noms.
Comme Le Duc Rollon, Beyond Thirty et Le Continent Maudit, Final Blackout date d’une époque où les guerres inter-européennes étaient encore possibles. La politique des blocs y a mis bon ordre et l’Europe est devenue le théâtre des impérialismes américain et russe. Elle pourrait en devenir le champ de bataille. Mais la technologie militaire moderne, même en cas de conflit classique, a trop changé les données. Il reste donc le témoignage d’une époque où le mot « Europe » rimait — plus très bien déjà — avec le mot « civilisation ».
REMI MAURE (2)
Y

Réédition PRNG Éditions, Cressé, .2016.
Préface à la première traduction en français — et première édition — de Beyond Thirty parue aux Éditions Antarès, La Valette, 1982.


CHAPITRE I er
D epuis ma plus tendre enfance j'ai été étrangement fasciné par le mystère entourant l'histoire des derniers jours de l’Europe du XXe siècle. Mon intérêt se concentre peut-être moins sur les faits connus que sur les spéculations relatives à l'ignorance des deux siècles passés depuis qu’ont cessé toutes relations entre les hémisphères occidentaux et orientaux : ce mystère quant à l'état de l'Europe après la fin de la Grande Guerre. En considérant bien sûr, que la guerre en était bien terminée.
Nos livres d’histoire, censurés, nous ont partiellement appris que, pendant quinze ans, après la rupture des relations diplomatiques entre les États-Unis d'Amérique du Nord et les nations belligérantes du Vieux Monde, des nouvelles d'une authenticité plus ou moins douteuse ont filtré, de temps en temps, dans l'Hémisphère Ouest en provenance de celui de l'Est.
Alors est apparue cette propagande historique qui n’est pas mieux décrite sinon par son propre slogan : « l'Est à l'Est - l'Ouest à l'Ouest », et un décret-loi a stoppé toute relation ultérieure.
Et même, bien avant ces événements, le commerce transocéanique avait pratiquement cessé, par suite des dangers et des risques que représentaient les mines disséminées dans les eaux de l'Atlantique comme celles du Pacifique. Quand les activités sous-marines ont cessé, nous ne le savons pas mais le dernier navire de ce type aperçu par un navire marchand panaméricain était l’énorme Q-138, qui déchargea vingt-neuf torpilles sur un pétrolier brésilien au large des Bermudes, à l’automne 1972. Une grosse mer et l’excellente conduite du navire par le capitaine brésilien ont permis au Panaméricain d’en réchapper et de signaler cet ultime attentat d'une longue série contre notre marine de commerce. Dieu seul sait combien de centaines de nos anciens bateaux ont été victimes des requins d'acier vagabonds de la sanguinaire Europe. Innombrables étaient les navires et les hommes qui ont franchi nos horizons orientaux et occidentaux pour ne jamais en revenir ; mais aucun survivant n’a pu dire si leur mort est due aux innombrables torpilles des sous-marins ou aux champs de mine dérivant dans les océans !
Par la suite s’est constituée la grande Fédération panaméricaine qui a réuni l’Hémisphère Ouest d’un pôle à l’autre sous un seul drapeau, et a rassemblé les marines du Nouveau Monde dans la force de combat la plus puissante qui ait jamais navigué sur les sept mers : le plus absolu argument pour la paix que le monde ait jamais connu.
Depuis lors, la paix a régné des rivages occidentaux des Açores à ceux des Îles d’Hawaï, et aucun homme de l’un ou l’autre hémisphère n’a osé franchir le 30 e Méridien Ouest ou le 175 e Méridien Ouest. Du 30 e O. au 175 e O. le territoire est nôtre - du 30 e ...

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