Le Convoi des nuages
78 pages
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Le Convoi des nuages , livre ebook

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Description

C'est le jour de l'enterrement de David, le fils Laflamme qui vient de se donner la mort. Il était pourtant le seul enfant investi dans l'avenir de la ferme familiale... Autour des parents éplorés, les autres enfants sont réunis : Louisianne, bergère romantique ; Gaspard, rasta blanc idéaliste ; et Reggie, l'aîné devenu nomade et délinquant, de retour après des années d'absence. Ces retrouvailles font ressurgir les souvenirs, et chaque personnage dévoile sa vision du tableau de famille. En fliligrane, chacun cherche à comprendre la disparition brutale de David.
Entre conflit des générations et liens du sang, Jean Perron nous offre un récit poétique et tout en nuances : une histoire de famille, intemporelle comme la course des nuages.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 29 juin 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782896990603
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0021€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
Du même auteur
Page titre
Catalogage - Dépôt légal
L’enterrement
I
II
III
Le dîner
I
II
III
La veillée
I
II
III
IV
V
VI
VII
Crédits - Achevé d'imprimer
Le convoi des nuages
Du même auteur
Pour en savoir davantage : http://jeanperron.blogspot.com/

Chez le même éditeur
Instantanés, poésie, 2006.
D’une noirceur à l’autre, nouvelles, 2004. Un Valentin à la fête des Morts, roman, 2003. Les allées lueurs, poésie, 2002.

Chez d’autres éditeurs
Les fancés du 29 février, roman, Montréal, XYZ Éditeur, 2009.
Courant de l’après-midi, poésie, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 2004.
Dans le souffe de l’été, roman jeunesse, Québec, Le Loup de gouttière, 2002.
Les sortilèges de la pluie, roman jeunesse, Québec, Le Loup de gouttière, 2001.
Orchestre fugitif, poésie, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1999.
Autoroute du soir, roman, Hull, Vents d’Ouest, 1998.
Des rêves que personne ne peut gérer, poésie, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1996.
Le chantier des étoiles, roman, Hull, Vents d’Ouest, 1996.
Un radeau au soleil, poésie, Trois-Rivières et Le Havre, Écrits des Forges et Le Graal, 1994.
Parfums des rues, poésie, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1993.
Ce qui bat plus fort que la peur, p oésie, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1991.
Un scintillement de guitares, poésie, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1988.
Le chant des sirènes, poésie, Aylmer, autopublication, 1987.
Rock Desperado, poésie et chansons, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1986.
Jean Perron

Le convoi des nuages
Roman

Collection « Vertiges »
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Perron, Jean, 1960 Le convoi des nuages : roman / Jean Perron.
(Collection « Vertiges »)
ISBN 978-2-923274-34-8

I. Titre. II. Collection : Collection « Vertiges »

PS8581.E7465C66 2010 C843’.54 C2010-900880-4
Les Éditions L’Interligne 261, chemin de Montréal, bureau 310 Ottawa (Ontario) K1L 8C7 Tél. : 613-748-0850 / Téléc. : 613-748-0852 Adresse courriel : communication@interligne.ca www.interligne.ca
Distribution : Diffusion Prologue inc.


Papier ISBN : 978-2-923274-34-8
PDF ISBN : 978-2-89699-059-7
ePub ISBN : 978-2-89699-060-3

© Jean Perron et Les Éditions L’Interligne
Dépôt légal : premier trimestre 2010
Bibliothèque nationale du Canada
Tous droits réservés pour tous pays
Nuage de lune ! Noirâtres tombent
De l’arbre, la nuit, des fruits sauvages
Et l’espace devient tombeau
Et ce voyage terrestre, un rêve.
Georg Trakl 1



1 - Georg TRAKL, Œuvres complètes, traduites de l’allemand par Marc Petit et Jean-Claude Schneider, Paris, Gallimard, 1972.
L’ENTERREMENT
I

Les cloches de l’église résonnent jusqu’au ciel le long de la rue principale du village. Le convoi avance lentement et péniblement, comme un mille-pattes dans le sable. Lourds habits sombres. Visages convulsés ou fermés. Corbillard d’un noir de cire à chaussure.
Cette procession, le matin lumineux la contredit avec une implacable ironie. Le soleil brille sans partage dans l’immensité bleue et une chaleur de canicule écrase la foule, bien qu’on ne soit encore qu’au printemps. La sueur perle sur les fronts.
Par moments, une goutte descend lentement sur une joue. Difcile de départager, parmi les personnes présentes, celles qui donnent libre cours à leur émotion de celles qui ont simplement trop chaud.
Tout le village est là, sauf quelques êtres diaphanes et fripés, qui se bercent à l’abri de galeries vitrées. Ils saluent tout de même le passage de la foule, les yeux luisants dans un faciès quasi mortuaire.
Même les résidents des chalets sont présents. Ils constituent au moins la moitié de la population, mais ne sont pas des habitants du village aux yeux des gens de la place. Pourtant, aujourd’hui ils ont sacrifé une partie de pêche pour assister aux funérailles d’un fls d’une des familles fondatrices de ce village qui n’existait pas encore une centaine d’années plus tôt.
La vigueur de la forêt montagneuse, dont les conifères embaument l’air autour des habitations, donne une idée des eforts surhumains que les colons ont dû déployer pour défricher ce coin de pays, construire un village et travailler la terre.
Pendant son trajet de l’église au cimetière, le convoi passe sous un grand chêne. Au fl des générations, cet arbre a vu défler bien des gens, d’abord vivants, ensuite dans des cercueils. Vaguement ou de façon frappante, ces gens ressemblaient à ceux qui se dirigent ce matin vers une fosse grande ouverte et toute pâle sous un soleil chaud comme un puissant réfecteur.
Le corbillard s’arrête devant une grille grande ouverte et quatre hommes déchargent le cercueil pour le transporter dans les allées du cimetière.
Trois de ces hommes sont vêtus, comme il se doit en pareilles circonstances, d’un complet-veston sombre avec cravate assortie. Mais le quatrième dépareille le groupe : pantalon kaki coupé au-dessus du genou ; chemise multicolore, ample et à moitié déboutonnée sur un torse glabre et hâve ; baskets poussiéreuses.
Indignée, une octogénaire serre son chapelet entre ses doigts et, ayant sans doute l’habitude de se parler seule, elle s’exclame d’une voix assez forte pour que l’entende le principal intéressé :
« Franchement, Gaspard aurait pu se forcer un peu pour s’habiller mieux que ça !
— Vous ne l’avez jamais aimé, celui-là, hein ! madame Longpré ? » lui lance un homme qui pourrait être son fls, dans une tentative évidente de lui faire cracher son fel.
Madame Longpré, plutôt que d’exploser, se radoucit. Elle replace une mèche de ses cheveux, devenus bleu ciel à force de blanchir, et se défend d’une voix à la fois admirative et navrée :
« Ce n’est pas que je ne l’aime pas ! C’est un bon garçon ! Regardez comme il sourit à ses enfants, comme il est doux avec sa femme ! Ce serait un vrai gentilhomme si seulement il soignait son apparence. »
Gaspard fait mine de n’avoir rien entendu et se penche pour saisir une poignée du cercueil.
En se redressant, d’un mouvement de tête il rejette sur ses épaules les longues mèches de cheveux qui lui couvraient le visage.
Cette tignasse cotonnée sur une tête de rêveur désinvolte lui vaut, depuis l’adolescence, le surnom de « rasta blanc ».
GASPARD

C’est en plein à ce temps-ci de l’année que s’était marié David. Le temps où les arbres deviennent fower power.
C’est moi qui prenais les photos. Sauf bien sûr celles où on était ensemble. Toute la famille.
Lumière parfaite. Des princesses sur des tapis émeraude. Les hommes en cravates de soie. Tout le monde en tenue de gala. Sauf moi. Comme toujours.
Le soleil se mirait dans nos cheveux. Dans nos têtes. Têtes ensoleillées. David et Natasha. Enlacés au bord de l’étang. Unis pour l’éternité. Le petit cœur en or au cou de Natasha. La blancheur de la robe nuptiale, un prolongement des pommiers en feurs.
Trois ans et deux enfants plus tard : divorce.
Mais le mariage était beau. Vraiment beau. Le sourire de David. Je ne me souviens pas de la cérémonie à l’église : l’échange des alliances, tous ces trucs-là. Mais c’était magique quand j’ai pris les photos au bord de l’étang entouré d’arbres en feurs. Des feurs d’un blanc plus pur qu’une première neige, d’un rose plus doux qu’un ciel clair après le coucher de soleil au solstice d’été.
Le mariage de David.... Presque autant de monde qu’aujourd’hui. Le même monde. Quelques rides et cheveux blancs en moins, peut-être. Et encore ! On verrait à peine la diférence entre les photos de mariage et celles des funérailles.
Mais je n’en prendrai pas des funérailles. Surtout pas avec des arbres. Surtout pas.
Pauvre David ! Pourquoi tu as fait ça ?
Tu seras toujours l’homme du printemps. Les feurs, promesses de fruits à venir à ton mariage, sont les mêmes aujourd’hui. À ton enterrement.
Tu voulais renouveler, innover, faire de la ferme ancestrale une entreprise mondiale. Beaucoup d’argent, gros stress. Maudite ambition !
Tu me traitais de paresseux, de lâche, de mou. De fyé sans avenir. Toujours dans mon dos, bien sûr. Je ne t’en voulais pas particulièrement. C’est l’opinion générale à mon sujet. Pourtant, j’ai toujours réussi à nourrir mes enfants. En faisant quelques travaux à gauche et à droite. Pour aider. Et en acceptant en retour ce que chacun pouvait me donner. Pas de tarif fxe, pas de taux horaire. Aucun sens des afaires, tu disais. Aucun instinct rapace, moi je dis.
C’était un beau mariage. Vraiment. Je revois défler les cumulus, au-dessus de vos têtes, à Natasha et à toi. Leur blancheur dans la brise qui faisait bouger légèrement la traîne de la robe nuptiale et les branches des pommiers en feurs. Je cherchais un angle pour les inclure dans la photo, les cumulus qui glissaient sur le bleu uni du ciel. J’ai dû y renoncer. Pour ne pas vous prendre trop à distance.
Mais la distance vous a vite rattrapés. Et le convoi des nuages a continué. Pour le meilleur et pour le pire. On ne saura jamais pourquoi les nuages qui ne font que passer sans rien demander fnissent par durer plus longtemps que nous qui voulons tout.
Je dis « nous » par solidarité avec mes frères et sœurs, les humains. Personnellement je ne demande pas grand- chose. Souvent il suft de ramasser ce qui traîne les jours de collecte des déchets. Je me suis entièrement meublé comme ça. Divans, laveuse, frigo, chaîne stéréo, télévision, table de cuisine, four à micro-ondes, même. Jusqu’à un ordinateur. Et quelques bicyclettes.
C’est incroyable tout ce que les gens jettent. Juste pour acheter autre chose. Alors pour continuer d’acheter, c’est sûr que ça prend beaucoup d’argent. Moi je préfère ramasser ce qui traîne. Comme le font les oiseaux sauvages.
Les vêtements, les couvertures, les matelas, ma Fleur du désert les fait elle-même. On se débrouille bien.
Le soir je fume mon joint. En regardant le soleil se coucher. Ensuite j’allume un feu de joie pour les enfants. Je leur conte des histoires. Jusqu’à retomber moi-même en enfance. Les étincelles s’envolent vers les étoiles. La respiration des enfants endormis se mêle au soufe de la nuit. La tête de Fleur du désert posée sur mon genou, je fais chanter ma guitare. Avec les sons de la forêt.
II

Le convoi avance lentement dans les allées bordées de pierres tombales sur lesquelles les vivants côtoient déjà les morts. Par exemple, sous Isidore Côté (1915-1992), on peut lire Raymond Côté (1942-).
Ces gens sont enracinés à leur village ; ils sont issus de son sol et s’inscrivent pour y rester à la fn de leur existence. Avoir leurs noms ainsi gravés à l’avance auprès de ceux des défunts est peut-être aussi une façon de leur tenir compagnie.
La foule se masse autour de la fosse pendant que le cercueil reste suspendu dans le vide.
On dirait que le temps fait une pause avant de continuer à tourner en rond.
Mais le soleil monte encore dans un ciel sans nuages et ses rayons, de plus en plus chauds, comme des fammes de chalumeau, soudent les vêtements sombres aux corps accablés.
Le prêtre exhorte les fdèles à ne pas chercher à comprendre pourquoi un homme si jeune n’est plus de ce monde et il se dit convaincu que Dieu l’accueillera à bras ouverts pour apaiser sa douleur.
Un peu à l’écart, une femme aux cheveux blond cendré, une moue un peu dédaigneuse sur des lèvres peintes en rose, retient auprès d’elle deux bambins de trois ou quatre ans.
« Natasha doit vraiment se sentir mal, murmure une voix d’homme.
— Ce n’est pas de sa faute, quand même ! lance une voix féminine dans un balbutiement outragé.
— En tout cas, les garçons ressemblent vraiment à leur père », intervient un troisième lascar sur un ton plus neutre.
Mais toute cette agitation, ce brassage d’air qu’on appelle sentiments, émotions, perceptions ou pensées, n’a aucune importance sous le soleil. Tout cela n’est que vibrations à peine perceptibles dans le paysage intemporel.
Au bord de la fosse, Gaspard est maintenant auprès de sa compagne Rosita, sa magnifque Fleur du désert, gracieuse silhouette à la peau d’un noir velouté, au sourire lunaire et aux traits fns. Elle est vêtue d’une robe soleil dont les couleurs famboyantes se marient bien à la chemise de son conjoint. Leurs quatre enfants s’amusent à courir et à jouer à cachecache dans les allées du cimetière, parfois en poussant des cris, ce qui attire à Gaspard des regards désapprobateurs et, en sourdine, des commentaires malveillants.
Rosita hausse les épaules pour maîtriser l’indignation qui monte en elle. Ne regardant personne en particulier, elle intervient d’une voix dont le calme n’a d’égal que la fermeté :
« Les enfants ont été tranquilles pendant la cérémonie et en marchant jusqu’ici. Ils peuvent bien lâcher un peu leur fou. »
De son côté, Gaspard se contente d’exhiber ses dents en souriant exagérément à la ronde pour exaspérer ses contempteurs.
« Il a encore fumé ! »
Cette phrase a fusé dans un cri tellement accusateur que le ridicule n’en échappe pas à une partie de la foule ; un rire muet se met à fotter au-dessus des têtes.
Le prêtre ne se laisse pas démonter par l’indiscipline des fdèles et il poursuit son adresse à Dieu en agitant l’ostensoir qui répand une fumée sinueuse le long des pans de sa soutane.
Tout au bord de la fosse, les parents du défunt, Maurice Lafamme et son épouse Simone, se soutiennent mutuellement en se tenant par la taille, à la fois stoïques et dévastés, seuls au monde comme peuvent l’être des parents qui viennent de perdre un enfant.
Maurice ressemble à un personnage de cow-boy tragique dans un vieux western. Au début de la soixantaine, grand et mince, mais un peu voûté par des maux de dos, c’est un bel homme aux cheveux argentés. Son regard franc et direct, dans un visage empreint de force morale et de bonté, ne laisse planer aucun doute sur son intégrité. Ses rides profondes racontent sa vie rude de fermier et de travailleur forestier ; sans doute aussi ses chagrins et ses déceptions.
Simone est plutôt courte et corpulente. Au milieu d’une tête encadrée de cheveux blancs et frisés comme une laine de mouton, elle a le teint rubicond des personnes aux prises avec des problèmes de pression sanguine. Ses grands yeux d’une couleur vague ont toutefois gardé une expression mystérieusement enfantine, comme si dans ce corps et cette tête fétris par les années, l’âme n’avait jamais perdu sa pureté originelle.
Aux côtés du vieux couple, une jeune femme d’une beauté délicieuse et enivrante capte les regards malgré eux et malgré elle, comme une étendue d’eau fait rêver le soleil. Une longue tresse dorée descend jusqu’à ses reins. Elle a les yeux de la même couleur vague que Simone, le même regard pur aussi, ce qui à son âge est beaucoup moins surprenant. Cela suft pour deviner qu’elle est sa flle, mais là s’arrête la ressemblance. Plus grande, la jeune femme a un plus petit nez et les lèvres charnues, contrairement à sa mère qui les a minces sur une bouche étroite. L’harmonie générale des traits et la taille élancée lui viennent du père. Mais la ligne de cette taille tout en fnesse prend des courbes très prononcées à la hauteur du buste, comme plus bas aux hanches.
Une dame donne un coup de coude à son mari et le tance à voix basse : « Arrête de la regarder comme ça ! Franchement ! En plus, elle a seulement seize ou dix-sept ans. Tu n’as pas honte ! »
« Ah ! la belle Louisianne ! » laisse tomber une autre dame, dans un mélange d’admiration et de résignation envieuse.
La « belle » Louisianne. C’est ainsi qu’on la désigne généralement. L’épithète lui colle à la peau et, même si elle est vêtue comme une nonne ce matin, son corps impose ses formes fortement sexuées.
LOUISIANNE

Le plus beau moment de la journée, c’est toujours quand je redescends la colline, avec le troupeau de moutons, à l’approche du crépuscule.
Je suis une bergère. Comme ma mère et ma grand- mère.

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