Le Long hiver du jardinier
109 pages
Français

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Le Long hiver du jardinier , livre ebook

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Description

Michèle Matteau se penche avec une grande finesse sur le deuil, qu'elle conjugue à plusieurs temps. L'absence, la trahison et le lâcher-prise obligé devant la maladie ou le vieillissement sont abordés sans complaisance dans Le long hiver du jardinier. Ce roman de 272 pages s'adresse à ceux et celles qui ont dû, dans de telles situations, réorienter leur vie. L'auteure nous livre dans une magnifique prose le monde intérieur du jardinier Léandre Arcand, qui ressasse ses souvenirs au centre desquels trône Florence. Son absence le hante, surtout après sa découverte du journal qu'elle tenait au cours du dernier été qu'ils ont passé ensemble à Villery. Le long hiver du jardinier est un roman remarquable. L'auteure berce le lecteur dans une saudade où s'entrelacent ce qui fut et ce qui aurait pu être. Un livre essentiel pour qui a besoin d'entendre encore palpiter la vie sous le poids givré de l'hiver.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 juin 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782896994816
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

TABLE DES MATIÈRES

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Le long hiver du jardinier Villery : tome 3



De la même auteure

Chez le même éditeur
Le fol aujourd’hui, poésie, 2013
Avant que ne tombe la nuit, t. 2, roman, 2012 (suite de Du chaos pour une étoile )
Du chaos pour une étoile , t. 1, roman, 2009
Passerelles , poésie, 2008
Terre d’accueil, coauteure avec Esther Beauchemin, pièce créée par le Théâtre de la Vieille 17, théâtre, 2007
Et les regrets aussi... , roman, 2006
À ta santé, la Vie !, trilogie romanesque
Tome iii : Un doigt de brandy dans un verre de lait chaud, 2004
Tome ii : Café crème et Whisky, 2003
Tome i : Cognac et Porto, 2001
Quatuor pour cordes sensibles , nouvelles, 2000 (réédité en 2004)

Chez d’autres éditeurs
La nouvelle Tout feu tout flamme, extraite de Quatuor pour cordes sensibles, a été traduite en espagnol et publiée dans Narrativa Universal Antologia , Otras voces canadienses , anthologie, Aguilar, Difusion Cultural Unam, 2009
Voyage en francophonie canadienne , récit historique et guide pédagogique, Québec/Ottawa, ACELF/CFORP, 2004
Et quatre autres ouvrages, dont trois coéditions du CFORP, entre 1998 et 2000




Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Matteau, Michèle, 1944-, auteure
Le long hiver du jardinier : roman / Michèle Matteau.

(Collection « Vertiges »)
“Villery : tome III”.
Publié en formats imprimé(s) et électronique(s).
ISBN 978-2-89699-479-3 (couverture souple).--ISBN 978-2-89699-480-9 (pdf).--ISBN 978-2-89699-481-6 (epub)

I. Titre. II. Collection : Collection « Vertiges »

PS8576.A8294L66 2015 C843’.6 C2015-904179-1
C2015-904180-5

Les Éditions L’Interligne
261, chemin de Montréal, bureau 310
Ottawa (Ontario) K1L 8C7
Tél. : 613 748-0850 / Téléc. : 613 748-0852
Adresse courriel : commercialisation@interligne.ca
www.interligne.ca

Distribution : Diffusion Prologue inc.

ISBN 978-2-89699-481-6
©Michèle Matteau et Les Éditions L’Interligne
Dépôt légal : troisième trimestre 2015
Bibliothèque nationale du Canada
Tous droits réservés pour tous pays





Aux jardiniers et jardinières
qui m’ont appris la vie


Pour faire un jardin,
il faut un morceau de terre
et l’éternité

Gilles Clément



1
Still life . Ce sont les mots qu’il cherchait !
Still life. Les deux syllabes martèlent la pensée du vieil homme qui, de la fenêtre de son bureau, contemple le jardin. L’hiver est entré en vainqueur à Villery, il y a une dizaine de jours. Avec son panache lumineux et sa cravache de vent, il a tout couvert de blanc. De froid aussi. Rien n’est plus pareil. Le temps s’est figé .
Toutes lumières éteintes, l’homme observe cette nuit que la dernière neige a arrondie de courbes lascives. Il détaille les présences nouvelles qui hantent sa cour. Des boas clairs s’enroulent autour des branches de l’érable. Des nids ouateux s’incrustent dans les fourches des tilleuls. La fontaine se gorge d’un cône duveteux et là-bas, au fond du paysage, les bancs de pierre prennent des poses de gisants.
La belle endormie, alanguie devant ses yeux, n’a rien d’une nature morte. Il la sait toujours vibrante, grouillante sous la neige. Mais ce qui l’étrangle presque, ce sont les bras froids de la parenthèse où l’a jeté la vie…
Ce soir, il a lu. Distraitement. Il a écouté quelques CD, mais s’est vite lassé : rien ne semblait vouloir répondre à la douleur sourde qui l’étreint depuis plus d’un mois. Pas même le violoncelle de Yo-Yo Ma. Il a finalement allumé le téléviseur : catastrophe ! Les émissions spéciales de cette soirée de fin d’année n’ont pas réussi à le faire rire, pas même à le faire sourire. Il se souvient qu’autrefois on disait de quelqu’un qui possédait un sens de la répartie qu’il était spirituel. Ce qualificatif ne colle guère aux blagues lourdes et grasses d’aujourd’hui, pense-t-il. L’esprit français a du plomb dans l’aile… Beaucoup de plomb !
À son âge, la vue baisse, l’ouïe discrimine avec moins d’acuité. Il a sans doute perdu aussi le sens de l’humour, quelque part, entre deux âges. Son âme se recroqueville. Il doit s’incliner devant l’inéluctable : il vieillit. Et rapidement, ces dernières semaines.
Depuis dix jours, Léandre s’est enfermé chez lui. Il n’est pas sorti déneiger après les tempêtes et n’a demandé l’aide de personne pour le faire. Son allée de voiture s’est engrossée d’un demi-mètre de neige. La porte avant de sa maison ne s’ouvre plus.
Il hiberne.
Cette nuit encore, le sommeil lui refuse ses draps chauds. Contre ces insomnies qui l’accablent, les médicaments s’avèrent le plus souvent inutiles. Il s’est exercé pendant tant de semaines à rester sur le qui-vive… ou sur le qui-meurt, il est si longtemps demeuré en alerte que l’éveil s’est incrusté dans ses nerfs, dans ses muscles, dans tout son être.
Il est presque minuit. À Villery Station, village perdu au fond des concessions de l’Est ontarien, Léandre Arcand joue au veilleur de nuit malgré lui.
Il descend à la cuisine. Éveillés par le craquement des marches, ses chats, Gribouille et Tit’Queue, le suivent aussitôt. Léandre s’arrête brusquement au milieu de l’escalier : il a cru voir Mademoiselle, capter l’éclair de son pelage blanc. La pause ramène Léandre à la réalité : Mademoiselle l’a quitté. Insuffisance rénale. La petite chatte restait immobile de longues minutes devant son bol d’eau, droguée par son propre corps. Son poil jusque-là immaculé jaunissait, ses yeux hagards fixaient son maître, l’imploraient. Léandre s’était finalement résolu à se rendre chez le vétérinaire. Trois semaines plus tard, il lui arrive encore de voir sa blancheur fulgurante traverser l’obscurité de la maison, le temps d’une cavalcade animée avec les autres félins.

Léandre se verse du cognac. Un verre bien rempli ! Gribouille réclame un repas supplémentaire par des miaulements déchirants. Le veilleur ne se laisse pas attendrir. Tit’Queue tente de sauter sur le comptoir, mais rate sa cible. Il perd de sa souplesse. Lui aussi vieillit.
Roulant le ballon d’alcool entre ses mains, Léandre pénètre dans la transparence de la serre d’agrément qui prolonge la cuisine. Dans cette verrière, se prélassent hibiscus et lauriers. Derrière la table où Léandre prend ses repas en solitaire, une étagère offre ses rangées de violettes africaines. C’est l’étrange héritage de Ladislas Vermes qui gardait chacune de ces plantes en mémoire d’un de ses proches. À la mort de son ami, Léandre a accepté d’entretenir le cimetière végétal, de le faire sien. Et, depuis, chaque bouquet s’épanouit dans la lumière frisante des fins de journée.
Les deux chats se sont lovés, chacun dans son fauteuil préféré. Léandre, lui, fixe la nuit, debout. À 75 ans, malgré la fatigue, les coups durs de la vie et les tourments présents, il garde la tête haute, les épaules droites. Une habitude prise quand, adolescent, il avait compris qu’il ne dépasserait jamais les cinq pieds trois pouces atteints à l’âge de 15 ans.
Sa barbichette est fraîchement taillée. Ses cheveux blancs ondulés s’animent à chaque mouvement de tête. Enroulé dans sa robe de chambre d’épaisse ratine, il laisse glisser son regard sur l’immobilité de l’instant. Ses sens restent attentifs au moindre bruit, à la plus fugace lueur. Des réflexes affûtés. Ceux d’un gardien de nuit.
Léandre, soudain, frissonne. Il n’a pas froid, mais la saudade vient de s’emparer de lui. La saudade, cet état de manque, cette plaie béante creusée par les bonheurs en fuite. Léandre agite le ballon de cognac et boit, à petites doses, le liquide ambré. Une brûlure s’infiltre en lui. Amère et réconfortante à la fois. Il avale une autre gorgée, après l’avoir longtemps gardée en bouche. Puis une autre… pour attiser la flamme, pour se sentir encore vivant. Quelques fantômes se mettent tout à coup à danser sur l’impassibilité glacée du jardin. Une luminosité émeraude souffle la neige.
C’est juillet. Les rudbeckies allume

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