Le vampire qui m’aimait
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Le vampire qui m’aimait

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Description

Dougal Kincaid a quelque chose à prouver. Après avoir été blessé lors d’une bataille contre les Mécontents, il est prêt à reprendre du service et à protéger les mortels qui ne se doutent de rien de ces vilains vampires qui veulent régner sur le monde. Il doit cependant et avant toute chose apprendre à se contrôler... car le simple fait d’entrevoir une certaine docteure adorable a comme conséquence d’inspirer sa main blessée à faire certaines choses particulières, sans parler de la sensation de brûlure intense qu’il ressent tout le long de
son tatouage de dragon... Des vampires? Des vampires ?!? En tant que scientifique, Leah a de la difficulté à croire que ces créatures existent. Ils sont cependant là, devant elle, lui demandant son aide afin de résoudre un casse-tête génétique qui pourrait sauver l’humanité. Il y en a même un parmi eux qui porte un kilt plutôt séduisant! Elle n’a qu’à regarder les magnifiques yeux verts de Dougal pour que son rythme cardiaque accélère. Peut-elle toutefois lui faire confiance ? Et que faire de ce désir irrésistible qui refuse de se faire ignorer?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 octobre 2015
Nombre de lectures 203
EAN13 9782897528690
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le flottement de ses cheveux…
… la courbe gracieuse de sa colonne vertébrale, ses épaules bien droites et fermes, l’inclinaison inquisitrice de sa tête alors qu’elle regardait autour d’elle… Cela lui était si familier. Si péniblement familier.
Son omoplate éprouva des démangeaisons tandis que son tatouage se réchauffait.
« Tournez-vous. Tournez-vous vers la caméra. »
Sa tête bougea légèrement et s’inclina sur le côté, comme si elle l’avait entendu.
« Tournez-vous. Tournez-vous vers moi. »
Un crépitement prit naissance sur la queue de son tatouage, puis se fraya un chemin brûlant le long du corps du dragon, remontant son épaule, puis redescendant sur sa poitrine, jusqu’à ce qu’il éclate en un souffle ardent et cramoisi sur son cœur.
« Quelle étrange sensation de brûlure ! » pensa-t-il.
Il serra les dents en réaction à cette étonnante poussée de douleur. Pourquoi le tatouage le torturait-il maintenant, lui qui avait été tranquille depuis 1746 ?

Copyright © 2013 Kerrelyn Sparks
Titre original anglais : The Vampire with the Dragon Tattoo
Copyright © 2015 Éditions AdA Inc. pour la traduction française
Cette publication est publiée en accord avec HarperCollins Publishers
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.

Éditeur : François Doucet
Traduction : Guillaume Labbé
Révision linguistique : Féminin pluriel
Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Carine Paradis
Montage de la couverture : Matthieu Fortin
Photo de la couverture : © Thinkstock
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier 978-2-89752-867-6
ISBN PDF numérique 978-2-89752-868-3
ISBN ePub 978-2-89752-869-0
Première impression : 2015
Dépôt légal : 2015
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque Nationale du Canada

Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7
Téléphone : 450-929-0296
Télécopieur : 450-929-0220
www.ada-inc.com
info@ada-inc.com

Imprimé au Canada


Participation de la SODEC.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Sparks, Kerrelyn

[Vampire with the Dragon Tattoo. Français]
Le vampire qui m’aimait
Traduction de : The Vampire with the Dragon Tattoo.
Suite de : Sauvagement fou de vous.
« Livre 14 ».
ISBN 978-2-89752-867-6
I. Labbé, Guillaume. II. Titre. III. Titre : Vampire with the Dragon Tattoo. Français.

PS3619.P38V35314 2015 813’.6 C2015-941121-1

Diffusion
Canada : Éditions AdA Inc.
France : D.G. Diffusion
Z.I. des Bogues
31750 Escalquens — France
Téléphone : 05.61.00.09.99
Suisse : Transat — 23.42.77.40
Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99
Conversion au format ePub par: www.laburbain.com
Pour les anges,
ceux du ciel comme de la terre,
qui veillent sur nous.
Remerciements
Je n’arrive pas à croire que ce livre est le quatorzième de la série Histoires de vampires ! Je n’aurais jamais pu rêver, alors que je commençais à connaître Roman Draganesti en 2005, que la série aurait autant de tomes. Il y a de nombreuses personnes à remercier. Tout d’abord, mon mari et mes enfants, pour leur amour et leurs encouragements. Puis, mes partenaires critiques, MJ, Sandy, et Vicky. Cela aide énormément de savoir que je ne suis pas seule sur la route qui mène à la création de chacun de mes livres alors que je chemine sans interruption dans l’inconnu.
Du côté des affaires, je suis bénie de pouvoir compter sur l’appui fabuleux de mon agente, Michelle Grajkowski ; mon éditrice, Erika Tsang, et son assistante, Chelsey. Merci à tous les professionnels chez HarperCollins, particulièrement à Pam, Caroline et Jessie, du département de la publicité, et à Tom, du département des arts.
Je remercie aussi personnellement Susan Chao, qui m’a appris comment prononcer « Gun bei ! » Mes remerciements vont également à mon coiffeur Wilson, du Etheria Salon and Spa de Houston, qui est l’inspiration derrière le styliste du Réseau de télévision numérique des vampires.
Et finalement, je désire remercier du fond du cœur tous les lecteurs et les libraires qui ont aidé la série Histoires de vampires à se rendre jusqu’au quatorzième tome. Merci de donner à mes vampires et à mes gens capables de changer de forme de si longues et heureuses vies !
Chapitre un
Dougal Kincaid n’était pas d’humeur à faire la fête.
Son estomac se retourna lorsqu’il entra dans la salle de bal d es Indu stries Romatech. Trop de monde. Le bruit discordant de toutes leurs voix combinées vint irriter ses oreilles, et il redouta la pensée de devoir participer à ce bavardage dénué de signification. Il avait su éviter ces situations pendant des siècles en jouant de la cornemuse, mais cette époque était révolue. Il ne lui restait donc plus qu’une seule option pour survivre à cette nuit.
Le Swhisky.
Il espérait que ce mélange de sang synthétique et de whiskey pourrait anesthésier ses sens déjà morts avant qu’il ne soit de nouveau confronté aux questions auxquelles il devait répondre depuis les quatre dernières années. Comment va ta nouvelle prothèse ? Peux-tu encore manier une épée ? Crois-tu que tu pourras rejouer de la cornemuse ?
Il avait une meilleure question : à quelle vitesse pouvait-il se saouler la gueule ? Il se dirigea vers les tables où se trouvaient les rafraîchissements.
« Ils ont de bonnes intentions », se rappela-t-il. C’était le seul moyen qu’ils connaissaient pour lui démontrer qu’ils se souciaient de lui. C’était mieux que de n’avoir personne qui se préoccupait de soi. Mais merde, c’était sa main qu’il avait perdue, pas sa fierté. Un homme était plus que ses mains. Plus que sa musique ? Sa poitrine se serra avec une douleur familière. Sans musique, son âme se sentait comme étant à moitié vide. Et la moitié qui demeurait était une triste mélodie de regrets.
La première table était couverte de bouchées pour les mortels. Il continua à marcher.
— Hé, mec ! Quoi de neuf ? demanda Phineas en lui donnant une tape dans le dos. Dis bonjour à ma petite.
Dougal jeta un coup d’œil à l’enfant qui se trouvait dans les bras de Phineas. La femme de Phin, Brynley, avait donné naissance à des jumeaux six mois plus tôt. Ça devait être la fille, d’après la robe rose à volants qu’elle portait.
— Salut.
Dougal eut ensuite conscience de faire une bien étrange pause. Était-il censé dire autre chose ? Il se creusa la tête, essayant de se souvenir du nom de la petite fille. Gwyneth. Oui, c’était ça. Et Benjamin était le garçon. Leurs surnoms étaient Gwyn et Ben, ce qui rimait avec les surnoms de leurs parents, Phin et Bryn.
Son estomac se retourna.
— Salut, Gwyn.
La petite fille poussa des cris aigus si fort que Dougal tressaillit.
— Elle t’aime, dit Phineas en la regardant avec fierté. N’est-ce pas qu’elle est belle ?
— Oui.
Dougal fit une pause, puis il soupçonna qu’il y avait encore de la place pour de la flatterie supplémentaire.
— Belle… robe, ajouta-t-il.
— Ouais, sa mère adore faire des courses pour elle. Et puis, mec ? Comment va ta main ? demanda ensuite Phineas en lui souriant.
— Laquelle ? demanda-t-il en serrant les dents.
Phineas éclata de rire.
— Elle est bonne, mon frère. Eh bien, je dois aller voir comment Bryn se tire d’affaire. Ben vient de larguer une bombe dans sa couche.
« Merci de partager ça avec moi », se dit Dougal en lui-même.
Puis, il marcha à grands pas vers la prochaine table. Elle était entourée de mortels et de gens capables de changer de forme, surtout des femmes et des enfants, bouche bée devant un immense gâteau de cinq étages. Mais où était donc le Swhisky, par l’enfer ?
— Hé, Dougal. As-tu rencontré ma Tara Jean ?
C’était Ian MacPhie, qui tenait une autre petite fille dans ses bras. Dougal savait quoi dire, cette fois-ci.
— Elle est belle. Jolie robe.
— Merci.
Ian le regarda tristement.
— Je me souviens de ce moment où tu as joué de la cornemuse à mon enterrement de vie de garçon, dit-il. Je m’ennuie vraiment de ça.
Dougal tressaillit intérieurement.
« Ils ont de bonnes intentions », pensa-t-il.
— Et cette super nouvelle main ? Elle te traite bien ? demanda Ian.
« Et ça recommence. »
— Eh bien, puisque tu me le demandes, elle est composée d’un alliage de titane pur, suffisamment solide pour les vaisseaux spatiaux et les sous-marins qui visitent les profondeurs les plus abyssales. Je pourrais percer ta cage thoracique et arracher ton fichu cœur en moins de trois secondes.
Les yeux d’Ian s’agrandirent.
— Oh, mec. Prends-toi en main.
— C’est à peu près tout ce que je peux faire.
Dougal souleva sa main droite et, grâce à la manipulation de l’esprit des vampires, replia ses doigts en un poing fermement serré. Le mouvement était fluide, mais il était accompagné d’une série de petits clics. La poigne super puissante était géniale pour manier l’épée, mais le manque de dextérité manuelle faisait en sorte qu’il était très difficile de jouer de la cornemuse. Autrement dit, il était maintenant plus outillé pour tuer que pour faire de la musique.
Il avala sa frustration.
— As-tu vu le Swhisky ?
Ian poussa un petit grognement.
— C’est une fête d’anniversaire pour un groupe d’enfants. Il n’y a pas de Swhisky.
« Pas de Swhisky ? » se dit-il.
— Tara a eu un an en septembre, continua Ian. La petite fille d’Austin aura un an dans quelques jours, et le garçon de Robby aura un an lui aussi en novembre. Avec trois anniversaires si rapprochés dans le temps, nous avons pensé organiser une grande fête. Je suis heureux que tu sois ici.
Comme s’il avait eu le choix. La famille Écharpe était venue, et Dougal les avait accompagnés en sa qualité de garde du corps.
— Il doit bien y avoir du Swhisky ici quelque part. Le fichu mélange est fabriqué ici.
Ian secoua la tête.
— Essaie de te détendre et de profiter de la fête.
— Est-ce qu’il y a de la Sbière ?
Ian arqua un sourcil.
— Ce dont tu as besoin est une bonne femme.
« J’en avais une. Je l’ai perdue », pensa-t-il.
— J’ai besoin d’un verre.
Dougal se dirigea vers la dernière table. Combien de choses avait-il perdues, au cours des siècles ? Son premier et seul amour. Sa liberté. Sa famille. Sa mortalité. Sa main. Sa musique. Est-ce que tant de pertes faisaient de lui un perdant ?
Il chassa immédiatement cette pensée. Il n’aurait jamais pu vivre aussi longtemps, s’il avait succombé à ce genre de négativité. C’était un survivant. Il continuait de se battre sans jamais baisser les bras.
« Je vous trouverai. Quoi qu’il arrive. Je vous trouverai, même si cela doit prendre 1000 ans. »
Cette vieille promesse résonna à l’intérieur de son crâne, lui rappelant qu’il avait laissé tomber la personne qui était la plus importante à ses yeux. Son regard erra sur la salle de bal, remarquant au passage tous les couples mariés et heureux de l’être. Ils bavardaient, ils riaient, ils admiraient leurs bébés.
Son cœur se serra dans sa poitrine. Cette perte qu’il avait subie il y a presque 300 ans le frappa de nouveau, comme si elle venait tout juste de se produire.
Il retira brusquement une bouteille de Sang Pétillant d’un seau de glace et versa le mélange de sang synthétique et de champagne dans une flûte.
— Pour toutes ces occasions vampiriques spéciales, murmura-t-il avant d’engloutir la moitié de sa flûte.
Quelqu’un tapota son bras. C’était Bethany, l’aînée des enfants Écharpe. Jean-Luc l’avait adoptée quelques années plus tôt quand Heather s’était retrouvée enceinte de jumeaux.
La fille de neuf ans lui adressa un regard timide et gêné.
— J’ai oublié où sont les toilettes. Tu peux me dire où elles sont ?
Il jeta un coup d’œil autour de lui, cherchant Heather.
— Ta mère ne peut pas s’en charger ?
— Elle est occupée avec les jumeaux, et papa a une réunion importante avec oncle Angus et Roman.
Dougal leva sa flûte et en vida le contenu. Personne ne lui avait parlé d’une réunion importante.
— Dougal ! s’exclama Bethany, le regard désespéré, je dois y aller !
— Je vais t’y emmener, dit-il en s’emparant de la bouteille de Sang Pétillant. Par ici.
Il la guida dans le hall de Romatech en empruntant les doubles portes, puis il se dirigea dans le corridor ouest. Ils arrivèrent aux toilettes, qui se trouvaient à mi-chemin du bureau de la sécurité MacKay. Bethany entra, et il demeura appuyé contre le mur, à boire du Sang Pétillant et à se demander ce qui se passait. Angus MacKay, le chef de MacKay Sécurité et Enquête, envoyait un rapport mensuel à tous ses employés pour les tenir informés, mais il n’y avait eu aucune mention d’une réunion ce soir.
Selon les rapports, la plupart des disciples des maîtres Mécon­tents, Casimir et Corky, s’étaient enfuis en Russie et en Europe de l’Est après leurs décès. Angus dépêchait des équipes de sécurité en ces lieux chaque fois que les vampires maléfiques s’écartaient du droit chemin.
Maître Han, un autre vampire maléfique, grossissait encore les rangs de son armée en Chine tout en gagnant davantage de territoire. Trois seigneurs vampires avaient offert leur assistance à maître Han, mais l’employé de MacKay Sécurité et Enquête, le major Russell Hankelburg, était parvenu à en tuer un avant de se défaire de sa puce de localisation et de disparaître dans la nature. Angus envoyait des hommes à la recherche de Russell environ trois fois par année, mais d’après ce que Dougal en savait, l’ancien fusilier marin n’avait jamais été retrouvé.
La dernière mission de Dougal remontait à un peu plus d’un an, alors qu’il avait été aider un être-ours en Alaska. Qui plus est, il avait seulement obtenu ce travail parce que tous les autres gars étaient occupés ailleurs sur le terrain.
Il but une autre gorgée de Sang Pétillant, puis il se réprimanda mentalement. Pendant que les autres gars luttaient contre le mal, il attendait qu’une petite fille finisse d’utiliser les toilettes.
« Fais face aux faits. Ils ne pensent pas que tu vaux plus qu’un travail de gardien d’enfants », pensa-t-il.
Après cette bataille désastreuse où il avait perdu sa main qu atre an s plus tôt, il avait été reconnaissant de pouvoir demeurer un employé de MacKay Sécurité et Enquête. Angus avait pris des dispositions pour qu’il soit transféré à la maison de Jean-Luc Écharpe au Texas, où il avait remplacé Robby MacKay en tant que chef de la sécurité. C’était un boulot pépère, puisque Jean-Luc était la plus fine lame du monde des vampires et qu’il pouvait facilement s’occuper de lui-même. Reste que lorsqu’il était question de la sécurité de sa famille, Jean-Luc n’allait pas rejeter de l’aide supplémentaire, même si c’était de l’aide à une main.
Dougal avait aussi été reconnaissant envers Jean-Luc, car en dépit de son emploi du temps très chargé, il avait pris le temps d’apprendre à Dougal comment se battre à l’épée avec sa main gauche.
Et puis, il y a deux ans de cela, Jean-Luc l’avait formé de nouveau quand Dougal avait reçu sa première main prothétique.
Dougal pouvait maintenant se battre à l’épée aussi bien d’une main que de l’autre — ce qui était un talent rare parmi les employés de MacKay Sécurité et Enquête. Alors, pourquoi travaillait-il encore comme prétendu gardien d’enfants ? Pourquoi ne l’envoyait-on pas en mission sur le terrain ? L’ennui devenait de plus en plus difficile à supporter. Peut-être devrait-il simplement prendre sa retraite.
Et faire quoi ? Aller s’asseoir dans sa maison de campagne sur l’île de Skye, pour ensuite fixer la mer du regard toute la nuit ? Il n’y aurait personne là, aucun son à part les cris plaintifs des oiseaux et le bruit des vagues venant s’écraser de manière rythmique contre le froid rivage rocheux. Les nuits se succéderaient, un refrain désolé et vide s’étirant dans l’éternité.
Ses amis le harcelaient peut-être avec des questions par ici, mais au moins ils se souciaient de lui. Personne ne le laissait seul avec une âme à demi vide.
Il souleva la bouteille pour prendre une autre gorgée.
— Dougal ?
La voix d’Angus tonna dans le corridor.
— Que fais-tu ici ?
Il avala sa gorgée si vite que ses yeux se remplirent d’eau. Angus et sa femme Emma s’approchaient de lui, leurs regards passant de lui à la bouteille de Sang Pétillant qu’il tenait dans sa main. Merde. Ils allaient penser qu’il buvait sur ses heures de travail. En fait, techniquement, c’était le cas.
— Nous te cherchions, dit Emma avec un scintillement amusé dans ses yeux.
— Oui, acquiesça Angus. Nous devons parler.
Il fit un signe de la main en direction du bureau de la sécurité.
— J’y serai dans un moment.
Dougal jeta un coup d’œil à la porte des toilettes, son visage se réchauffant peu à peu.
— J’attends Bethany, afin de pouvoir la ramener à la fête, ajouta-t-il.
— Je vais m’en occuper, fit Emma en souriant. Allez-y, vous deux.
Dougal hocha la tête et accompagna Angus jusqu’au bureau.
Le jeune frère de Phineas, Freemont, était assis à l’intérieur derrière le bureau, occupé à manger un beignet. Il bondit sur ses pieds et le salua avec le beignet toujours en main, laissant au passage des traces de sucre sur son sourcil.
— Tout est en ordre dans l’édifice, monsieur. Robby a fait une vérification du périmètre il y a 10 minutes. Il n’y a rien ni personne sur les terres.
— C’est bien.
Angus marcha à grands pas à travers le bureau, son kilt cinglant l’air à la hauteur de ses genoux.
— Et notre invité, en bas ?
— L’étrange psychopathe ?
Freemont désigna de la main le mur des écrans de contrôle face au bureau.
— Il est toujours en stase, précisa-t-il.
Un étrange psychopathe ? Dougal examina les écrans. La fête battait son plein dans la salle de bal. Emma ramenait Bethany à la salle par le corridor extérieur. Le hall était désert, tout comme la caf étéria et le laboratoire de Roman. Laszlo se trouvait dans un des laboratoires. Il semblait nettoyer et organiser des trucs. Il n’y av ait aucune activité dans l’espace de stationnement ni à l’entrée avant.
Dougal découvrit une scène intéressante sur la rangée inférieure des écrans et il se pencha pour avoir une meilleure vue. C’était la pièce aux murs tapissés d’argent au sous-sol, une pièce conçue pour emprisonner des vampires. Un homme était couché sur une civière. Il était inconscient, et ses bras comme ses jambes étaient attachés avec des moyens de contention.
— Qui est-ce ?
— Une question plus susceptible de convenir à la situation serait plutôt : qu’est-ce qu’il est, répondit Angus.
— Ce n’est pas un vampire ? fit Dougal en se redressant.
Angus secoua la tête.
— Et il n’est pas exactement humain non plus. Nous l’avons installé dans la pièce en argent afin qu’aucun de ses amis vampires ne puisse se téléporter à l’intérieur pour le sauver. Il est doté d’une force supérieure, tout comme la nôtre. Et comme il est habi­tuellement éveillé pendant le jour, je craignais qu’il maîtrise nos gardes mortels. La seule façon sécuritaire de le retenir était donc de le mettre en stase.
— Tu aurais dû voir ça ! s’exclama Freemont, les yeux miroitant d’excitation. Ce psychopathe est si fort qu’il a fallu trois vampires pour le retenir pendant qu’Abby lui donnait une injection.
Dougal fouilla dans sa mémoire. Il avait été trop longtemps sur la touche, coincé au Texas.
— Abby est la femme de Gregori ?
— Oui. La fille du président Tucker. Heureusement pour nous, c’est une biochimiste qui a obtenu son doctorat en travaillant sur la recherche portant sur la stase.
Angus tapota le dos de Freemont.
— Tu peux aller à la fête, maintenant, lui dit-il.
— Génial ! s’exclama Freemont en se dirigeant vers la porte tout en fourrant le dernier des beignets dans sa bouche. Je pense qu’ils sont sur le point de couper le gâteau.
Une fois la porte fermée, Angus alla s’asseoir derrière le bureau.
— J’arrive d’une réunion avec Jean-Luc et Roman.
— Oui.
Dougal s’assit sur une des chaises faisant face au bureau et déposa la bouteille de Sang Pétillant sur le plancher à côté de lui.
— Phineas et Austin ont été responsables de la sécurité ici à Romatech, commença Angus. Austin veut continuer à occuper cette fonction quand sa présence n’est pas requise sur des missions, mais Phineas veut prendre un congé prolongé. Il est très occupé avec les jumeaux et son ranch dans le Wyoming, et je crois qu’il préfère la campagne puisqu’il doit se transformer chaque mois.
Dougal hocha la tête. Cela avait sans doute été difficile pour Phineas de faire la transition envers son nouvel état d’hybride, mi-vampire, mi-loup-garou. Il était chanceux de pouvoir compter sur une louve-garou pour l’aider à s’adapter.
Angus s’adossa dans sa chaise.
— Il y a donc un poste ouvert ici. J’ai demandé à Robby s’il était intéressé, mais il veut être transféré au Texas. Sa femme, Olivia, a de la famille par là. Elle veut que sa grand-mère l’aide avec l’enfant.
Dougal n’était pas étonné d’apprendre cela. Cela devait être fatigant pour les femmes mortelles quand leurs maris vampires étaient morts toute la journée et incapables d’aider avec les enfants.
— Robby va donc assurer la sécurité à l’installation Romatech du Texas ?
— Il supervisera cela, mais il sera aussi responsable de la sécurité de Jean-Luc.
Angus se pencha vers l’avant en posant ses coudes sur le bureau.
— Il reprend son ancien travail, ajouta-t-il.
Dougal cligna des yeux.
— Cela veut donc dire que…
— Oui. Cela fait en sorte que tu n’as plus d’emploi.
« On me largue », se dit-il.
Dougal se leva.
— Je comprends. Je pensais à prendre ma retraite…
— Par l’enfer, non. J’ai besoin de toi.
Angus lui fit signe de s’asseoir, mais Dougal était trop tendu pour s’y résoudre.
— Jean-Luc m’a dit que tu pouvais manier l’épée habilement des deux mains.
— Oui.
— Il pense que tes talents sont gaspillés. Roman et moi sommes d’accord. Alors, que dirais-tu de devenir le chef de la sécurité ici ?
Abasourdi, Dougal posa ses fesses sur sa chaise.
— Ici ?
— Oui. Et j’aimerais remettre ton nom sur la liste des missions.
Le regard d’Angus se posa sur la main prothétique de Dougal, puis remonta vers son visage.
— Tu peux faire ça ? ajouta-t-il.
— Oui.
Angus continua de le fixer du regard, et Dougal se dit qu’il avait besoin d’être plus convaincant.
— Je peux le faire. Je veux le faire, répondit-il.
— C’est bien, fit Angus en souriant.
Il pointa la bouteille sur le plancher.
— Et si on prenait un verre pour célébrer ?
— Oui.
Dougal s’empara de la bouteille et versa du Sang Pétillant dans les deux tasses à café qu’Angus venait de sortir de l’armoire.
— Quand voulez-vous que je commence ?
— Tout de suite.
Angus but de sa tasse.
Dougal jeta un coup d’œil à l’écran où l’on pouvait voir la pièce en argent.
— J’ai besoin d’en savoir plus à propos de notre… invité. Qui est-il ?
— Nous ne connaissons pas son nom. Il refuse de dire quoi que ce soit d’autre que des jurons à notre intention en chinois. J.L. et Rajiv l’ont ramené il y a deux semaines. Je les avais envoyés en Chine une fois de plus pour trouver Russell.
— L’ont-ils trouvé ? demanda Dougal.
— Non, mais ils pensent qu’il les a trouvés.
Angus but une autre petite gorgée de sa tasse.
— Un groupe de soldats de maître Han les ont pris en embuscade. Ils étaient dans un sale pétrin lorsqu’une pluie de flèches s’est abattue sur le groupe, tuant la moitié des ennemis.
— Russell ?
— C’était sûrement lui, répondit Angus en hochant la tête, mais ils ont cherché dans les environs après la bataille et n’ont pas pu le trouver.
Dougal pointa l’écran du doigt.
— C’est donc un des soldats de maître Han ?
— Oui. C’est un mortel, ou du moins c’est ce qu’il était au commencement, mais il possède maintenant des super pouvoirs comme les nôtres. Nous ne sommes pas certains de comment Han transforme les mortels, mais cela a un lien avec le démon Darafer et certaines drogues qu’il a préparées.
Dougal fronça les sourcils. Ils avaient vaincu des vampires infâmes auparavant, mais jamais un vampire associé avec un démon.
— Le problème lié avec la recherche de Russell est que ce dernier espère tuer maître Han, continua Angus. Ainsi, nous devons aussi chercher maître Han pour le trouver.
— Qu’est-ce qui cloche avec ça ? demanda Dougal. Ne devrions-nous pas tenter de tuer ce bâtard ?
— Nous le devons, oui, mais c’est en fait très difficile de le trouver. Il s’est emparé d’une grande partie du sud de la Chine, du Tibet et du nord de la Thaïlande et du Myanmar. C’est une très grande région à fouiller. J.L. et Rajiv ont passé des mois sur place et ils ont découvert 30 avant-postes, chacun d’eux étant sous forte protection. D’après ce qu’ils peuvent en dire, maître Han se téléporte d’un fort à un autre, et ils ne savent jamais où il surgira par la suite.
Dougal tressaillit.
— Ça ressemble au jeu de la taupe.
— Oui. Maître Han a presque 1000 soldats maintenant, répartis parmi ces 30 avant-postes. J.L. et Rajiv sont tellement surpassés en nombre qu’ils font de leur mieux pour éviter des confrontations, dit Angus en soupirant. J’en parlais avec Roman et Jean-Luc. Nous nous retrouvons face à un dilemme moral.
— Pourquoi donc ?
— Ce sont peut-être nos ennemis, mais ils sont mortels.
Angus tendit sa coupe vers Dougal afin qu’il puisse la remplir de nouveau avec du Sang Pétillant.
— Nous ne nous sommes jamais sentis coupables de tuer des Mécontents. Ils forment une bande de bâtards pourris qui ont passé des siècles à tuer des mortels en aimant le faire.
— Oui, murmura Dougal. Et ce sont déjà des morts-vivants. Ils se transforment simplement en poussière une fois qu’ils sont embrochés.
Tout comme l’avait fait sa main, lorsqu’elle avait été coupée dans la bataille.
Angus hocha la tête.
— Mais lorsque nous tuons les soldats de maître Han, ils ne disparaissent pas. Leurs corps restent là, avec notre culpabilité. D’après ce que nous en savons, leurs âmes vont directement en enfer.
Dougal tressaillit.
— Je ne savais pas cela.
— Nos hommes ont appris cela lors de leur première mission en Chine. Les mortels profitent de leurs super pouvoirs, qu’ils ont reçus en cadeau de Darafer, mais quand ils meurent, leurs âmes lui appartiennent pour toujours.
Angus glissa une main dans ses cheveux.
— Nous ne savons pas si les mortels ont accepté cette entente, ou s’ils sont forcés d’y acquiescer grâce à la manipulation de l’esprit des vampires. Roman et moi avons discuté de cela à maintes reprises, et nous sommes réticents à nous engager dans des combats avec ces mortels. Nous ne voulons pas les tuer.
Et envoyer leurs âmes en enfer. Dougal vida sa tasse de Sang Pétillant et la remplit de nouveau.
— Et pendant que nous attendons, maître Han continue de grossir ses rangs avec ses soldats, condamnant ainsi d’autres âmes.
— Je sais.
Angus but dans sa tasse.
— C’est pourquoi J.L. et Rajiv ont ramené un des soldats. Nous avons quelques bons scientifiques ici : Roman, Laszlo et Abby. No us espé rons qu’ils sauront déterminer comment le mortel a été transformé et comment le ramener à son état originel.
— Nous pourrions alors les sauver au lieu de les tuer, conclut Dougal.
— Oui.
Angus vida sa tasse et la déposa sur la table.
— Abby a étudié le sang et des échantillons de tissu de notre invité et elle prétend qu’il a été modifié génétiquement, précisa Angus. Cela est au-delà de son champ d’expertise, elle a donc suggéré que nous trouvions un expert pour nous aider.
Dougal hocha la tête.
— Avez-vous trouvé quelqu’un ?
— Docteur Lee l’a fait, répondit Angus en mentionnant le nom du docteur des vampires de Houston. Il cherchait à obtenir de l’aide d’un assistant, puisqu’il y a un nombre grandissant de vampires, de gens capables de changer de forme et de petits enfants à s’occuper. Il a trouvé un jeune médecin qui a aussi un doctorat en génétique. Une jeune mortelle. Et un génie, selon le docteur Lee. Il viendra ici avec elle ce soir.
— Avec elle ?
— Oui.
Angus se leva et marcha à pas mesurés à travers la pièce.
— Il l’a embauchée il y a une semaine, mais il a eu quelques difficultés à lui révéler l’existence des vampires et des gens capa­b les d e changer de forme, ajouta-t-il.
Dougal vida sa tasse de Sang Pétillant. Était-ce une bonne idée d’entraîner une femme innocente et mortelle dans ce bordel ?
— Elle ne l’a pas bien digéré ?
— Non. Elle est devenue si inquiète qu’elle a voulu renoncer à l’emploi, et il a fini par effacer sa mémoire afin qu’elle demeure à so n poste. Nous ne voulons pas la perdre.
Dougal tressaillit.
— Et il viendra ici avec elle ? Il y a des tonnes de créatures surnaturelles par ici.
— Nous avons pensé que ce serait mieux ainsi. En tant que scientifique, elle a une grande admiration pour Roman et son invention du sang synthétique. Elle était aussi au courant des accomplissements d’Abigail et désirait la rencontrer.
Angus désigna du doigt l’écran où l’on voyait la salle de bal.
— Et il y a une fête qui bat son plein avec des tas d’enfants. Jusqu’à quel point une personne peut-elle avoir peur en voyant que nous adorons nos enfants ? ajouta-t-il.
Dougal poussa un petit grognement.
— Nous allons donc la convaincre que nous sommes aussi doux que des agneaux ?
— C’est le plan, répondit Angus en souriant.
— Et qu’en est-il du dilemme moral d’exposer une femme innocente à un monde dangereux ? Et si elle ne veut rien savoir de nous ?
Le sourire d’Angus s’effaça.
— Nous avons besoin d’elle. Et comme tu travailleras ici, je compte sur toi pour faire ta part et la convaincre de nous aider.
Il leva la main, lorsque Dougal commença à soulever une objection.
— Tu es peut-être d’avis que nous avons tort de l’impliquer ainsi, mais si elle peut libérer les soldats qui ont été asservis par maître Han ? Elle pourrait sauver plus d’un millier d’âmes.
Ainsi, les besoins de plusieurs l’emportaient sur les besoins d’une personne ? C’était un argument d’une logique impitoyable, mais cela ne convenait pas à Dougal. Combien de fois dans le passé avait-il fulminé contre un destin cruel qui lui était imposé sans son consentement ? La même chose pourrait arriver à cette femme.
Il prit une profonde inspiration. Les dés étaient jetés, et il ne pouvait lutter contre ça. Tout ce qu’il pourrait faire serait de la protéger du mieux qu’il le pourrait.
— C’est à espérer qu’elle réagisse bien ce soir.
— Comme tu l’as dit, nous serons doux comme des agneaux, fit Angus en s’approchant du mur des écrans. Ils sont ici.
Dougal jeta un coup d’œil à l’écran où l’on voyait une berline de luxe noire faire son arrivée dans l’espace de stationnement.
— Qui est avec elle ?
— Abby est passée la prendre cet après-midi à LaGuardia avant de l’emmener à la maison en bande de Roman. Le docteur Lee et Gregori sont venus les rejoindre après le coucher du soleil. C’est la voiture de Gregori, et c’est lui qui est au volant.
— Ils ont l’intention de lui dire la vérité bientôt ? demanda Dougal.
— Oui, répondit Angus. Abby va d’abord la conduire au laboratoire. Laszlo est là à préparer des choses.
Dougal jeta un coup d’œil à l’écran où l’on pouvait voir Laszlo redresser une pile de papiers. C’était donc pour ça que le chimiste avait fait le ménage dans la pièce. Il avait même peigné ses cheveux indisciplinés et avait enfilé une blouse blanche de laboratoire toute propre avec tous les boutons en place.
Le regard de Dougal se dirigea de nouveau vers l’espace de stationnement faiblement éclairé où la berline venait de s’arrêter devant l’entrée. Ses nerfs se tendirent alors qu’une sensation envahissante déferlait en lui. Quelque chose ne tournait pas rond. L’air était soudainement trop épais pour être respiré. Il agrippa la bouteille de Sang Pétillant et prit une gorgée. Cela ne l’aida pas.
Gregori et le docteur Lee émergèrent des sièges avant et ouvrirent les portières à l’arrière. Deux femmes en sortirent. L’une était de petite taille avec des cheveux auburn bouclés. Abigail Tucker Holstein : scientifique renommée, fille du président américain et femme de Gregori. L’autre… Dougal entrevit une jeune femme mince qui se détourna de la caméra, ses longs cheveux noirs se balançant sur ses épaules.
Sa main prothétique se serra autour de la bouteille de Sang Pétillant.
Gregori tapa le code de sécurité à l’entrée, puis il ouvrit les portes afin qu’ils puissent tous entrer dans le hall.
— Le docteur Lee a commis l’erreur de lui dire la vérité à brûle-pourpoint, dit Angus en observant les écrans. Abby pense que nous devrions commencer par piquer sa curiosité de scientifique. No us aur ons ensuite une meilleure chance de faire pencher la balance en notre faveur.
Ils firent une halte dans le hall bien éclairé, et Dougal eut une vue plus claire d’elle de derrière. La courbe gracieuse de sa colonne vertébrale, ses épaules bien droites et fermes, l’inclinaison inquisitrice de sa tête alors qu’elle regardait autour d’elle… Cela lui était si familier. Si péniblement familier.
Son omoplate éprouva des démangeaisons tandis que son tatouage se réchauffait.
« Tournez-vous. Tournez-vous vers la caméra. »
Sa tête bougea légèrement et s’inclina sur le côté, comme si elle l’avait entendu.
« Tournez-vous. Tournez-vous vers moi. »
Un crépitement prit naissance sur la queue de son tatouage, puis se fraya un chemin brûlant le long du corps du dragon, remontant son épaule, puis redescendant sur sa poitrine, jusqu’à ce qu’il éclate en un souffle ardent et cramoisi sur son cœur.
« Quelle étrange sensation de brûlure ! » pensa-t-il.
Il serra les dents en réaction à cette étonnante poussée de douleur. Pourquoi le tatouage le torturait-il maintenant, lui qui avait été tranquille depuis 1746 ? Il eut à déployer de grands efforts simplement pour pouvoir chuchoter.
— Quel est son nom ?
— Docteure Chin. Leah Chin, répondit Angus.
Li Lei . Le cœur de Dougal battait avec force dans ses oreilles, un rythme qui accompagnait la triste mélodie qui le hantait depuis si longtemps.
« Je vous trouverai. Quoi qu’il arrive. Je vous trouverai, même si cela doit prendre 1000 ans. »
Il s’était écoulé près de 300 ans, mais il l’avait trouvée.
« Tournez-vous, Li Lei, tournez-vous vers moi. »
Elle pivota et regarda autour d’elle dans le hall, avant de lever directement son regard vers la caméra.
Ce n’était pas elle.
Son cœur fut soudainement sous l’emprise d’une brusque douleur. Bien sûr que ce n’était pas elle. Comment cela aurait-il pu être possible ? Il l’avait enterrée lui-même dans un monticule herbeux surplombant le fleuve Yangtze qui avait pris sa vie. Il l’avait perdue pour toujours.
Son poing se serra, et la bouteille de Sang Pétillant éclata dans sa main prothétique.
Chapitre deux
Leah Chin n’était pas d’humeur à faire la fête. Ses nerfs se tendirent, lorsqu’elle jeta un coup d’œil dans la grande pièce où la fête battait son plein. Tant de personnes en train de rire, de bavarder, d’être heureuses et à l’aise les unes avec les autres. Elle avait assisté à des événements semblables à de nombreuses reprises au collège, à la faculté de médecine et à l’université, et n’avait jamais fait partie intégrante de ces groupes.
Elle avait grandi sans pouvoir profiter d’amitiés ou de camarades de classe, ce qui faisait donc en sorte qu’elle n’était pas bien préparée pour les à-côtés sociaux du collège. D’avoir aussi commencé à fréquenter le collège à l’âge de 14 ans n’avait pas aidé sa cause. Elle trouvait les gens fascinants, mais seulement à partir d’une certaine distance. Elle pouvait observer les amusantes bouffonneries des poissons vivement colorés dans l’aquarium géant, mais elle n’y était jamais plongée pour s’y amuser. De faire le saut faisait courir le risque de se noyer. Ou d’être mangée par des requins.
Elle jeta un nouveau coup d’œil à la caméra de sécurité sise dans le coin à côté de la porte d’entrée. Elle pouvait sentir que quelqu’un la fixait du regard.
« Arrête d’être aussi paranoïaque ! » se dit-elle.
Elle ressentait toutefois une sensation de picotement étrange sur sa peau. Au lieu d’être la scientifique en train d’observer un spécimen sous le microscope, elle avait l’impression étrange d’être celle qui était observée.
— Voudriez-vous entrer et dire bonjour ? lui demanda le docteur Lee en désignant de la main la grande salle bruyante.
— Je ne veux pas interrompre quoi que ce soit.
Après tout, elle était venue ici en croyant qu’elle visiterait les installations des Industries Romatech et rencontrerait son propriétaire, le scientifique de renom Roman Draganesti. Personne ne lui avait parlé d’une fête.
— Je n’ai pas été invitée, ajouta-t-elle.
— Tout le monde est invité, lui dit le docteur Lee. C’est une fête d’anniversaire pour trois enfants. Les gens présents sont très amicaux. Vous les aimerez.
— Ils ne vous mordront pas, ajouta Gregori Holstein, dont les yeux scintillèrent lorsque sa femme lui lança un regard désapprobateur.
— Vous pourrez les rencontrer plus tard.
Abby Holstein lui tapota doucement le bras pour la rassurer.
— Et si nous commencions par visiter mon laboratoire ?
— Oui, dit Leah en s’accrochant à la bouée de sauvetage ainsi offerte. S’il vous plaît.
— Merveilleux, dit Abby en lui souriant. J’ai hâte de vous montrer ce sur quoi j’ai travaillé.
— Je vais aller voir si je peux trouver Roman pour vous.
Gregori décocha un clin d’œil à sa femme, puis marcha à grands pas le long d’un corridor sur la gauche.
Leah remarqua le regard tendre dans les yeux d’Abby tandis qu’elle regardait son mari s’éloigner.
« Ça doit être agréable d’aimer quelqu’un à ce point », songea-t-elle.
— Je vais vous rejoindre dans quelques minutes. Je vais d’abord aller voir comment vont les jeunes fêtés.
Le docteur Lee fit une pause près de l’entrée de la grande pièce bruyante.
— Je les ai accouchés, vous savez.
Leah cligna des yeux.
— Vous voulez dire que ces gens sont vos patients ?
Il y a une semaine de cela, lorsque le docteur Lee l’avait embauchée, il avait mentionné qu’il était le médecin personnel d’un groupe de clients faisant partie de l’élite. On attendrait d’elle qu’elle l’aide chaque fois qu’il aurait besoin d’elle, mais elle avait été embauchée principalement pour son expertise dans le domaine de la génétique.
— Vous êtes aussi leur docteure, à présent, répondit-il en souriant. Ils voudront vous rencontrer à un certain moment ce soir. Quand vous serez prête.
Elle déglutit avec difficulté lorsque le docteur Lee entra nonchalamment dans la pièce bruyante. Il y avait tant de gens dans cette salle. Elle aurait besoin d’un certain temps pour être à l’aise avec eux. Son regard effleura rapidement la foule. Des enfants dynamiques et heureux. Seuls quelques adultes semblaient être âgés de plus de 40 ans. En fait, la majorité d’entre eux paraissaient être dans la fleur de l’âge.
— Ce sont vraiment des gens très gentils, dit doucement Abby.
— Ils semblent tous être en pleine forme.
Leah recula de quelques pas dans le hall lorsque certains fêtards jetèrent des regards curieux dans sa direction.
— Pourquoi ont-ils besoin de deux docteurs à leur disposition ? demanda-t-elle.
Abby hésita avant de répondre.
— Ils ont… des besoins spéciaux.
Elle esquissa un sourire rapide, puis désigna du doigt les doubles portes au fond du hall.
— Mon laboratoire est par là.
Leah jeta un dernier regard inquiet à la fête, puis elle se dirigea vers les doubles portes.
— Vous n’êtes pas une personne très sociable, n’est-ce pas ? demanda Abby en maintenant une porte ouverte.
Leah entra dans le prochain corridor.
— J’ai toujours voulu aider les gens. C’est pourquoi je suis devenu docteure. J’ai cependant découvert que ma personnalité convenait mieux au travail de laboratoire. Et que j’étais mieux seule.
— J’ai reconnu le regard du cerf qui se fait surprendre par les phares d’une voiture sur votre visage, dit Abby en lui adressant un sourire compatissant. Je me sentais comme ça moi aussi quand mon père voulait que je l’accompagne pendant ses tournées électorales ou pour des dîners d’État. Je devais vraiment faire de mon mieux pour ne pas vomir.
— Vraiment ? dit Leah en la regardant, abasourdie par ce qu’elle venait d’entendre. Vous semblez être si… confiante.
Abby poussa un petit grognement.
— J’ai appris à dissimuler cette gêne, mais je me suis toujours sentie terriblement mal à l’aise dans les événements sociaux. Je ne savais jamais quoi dire, lorsque je mettais les pieds hors de mon laboratoire. Est-ce comme ça pour vous également ?
— Oui. J’ai toujours trouvé que la science était beaucoup plus fiable que les gens.
Abby sourit en hochant la tête.
— Je me sentais comme ça aussi… puis j’ai rencontré mon mari.
Elle tourna à gauche dans le corridor.
— Venez, c’est par ici.
Leah jeta un coup d’œil autour d’elle tandis qu’elle marchait. Le mur de gauche était entrecoupé de portes ; le mur de droite était totalement vitré et surplombait un terrain de basket-ball et un patio bien éclairé doté de tables et de chaises. Elle remarqua un pavillon de jardin bordé de petites lumières clignotantes blanches au loin. C’était si beau.
— Ça semble être un endroit agréable où travailler.
Abby hocha la tête.
— Je suis très heureuse, ici. J’ai un laboratoire fabuleux.
Leah regarda Abigail Holstein d’un air curieux. Pourrait-elle réellement devenir une amie ? Beaucoup d’étudiants avaient voulu se lier d’amitié avec Leah au collège et à la faculté de médecine, mais ils recherchaient seulement sa compagnie dans l’espoir de pouvoir bénéficier de leçons de tutorat gratuit de la part du célèbre phénomène qui était entré au collège à 14 ans et à la faculté de médecine à 17 ans. Docteure Curiosoïde. C’est ainsi qu’ils parlaient d’elle dans son dos. Et quand ils n’avaient plus besoin d’elle pour passer un cours, ils disparaissaient en vitesse.
Elle avait d’abord été très naïve et candide. Cela avait été une leçon cruelle de se rendre compte que les gens étaient souvent peu fiables et imprévisibles. Intéressés et caractériels. On ne pouvait jamais savoir quand un poisson inoffensif en apparence pou­v ait s’avé rer être un requin. La seule façon de demeurer en sécurité en ce sens était de demeurer seule.
Elle pouvait toutefois avoir confiance en la science. À la différence des gens, les produits chimiques se liaient d’une manière cohérente et fiable. Ils pourraient se séparer ou s’enflammer seulement si elle introduisait une nouvelle variable. Dans son laboratoire, elle était en plein contrôle ; la reine d’un univers où tous ses sujets obéissaient aux règles.
Elle prit une profonde inspiration.
— Quand le docteur Lee m’a embauchée, il m’a dit que je passerais la majeure partie de mon temps dans un laboratoire. C’était ma recherche en génétique qui l’intéressait le plus.
— Oui, nous sommes très enthousiastes à propos de cela.
Abby ralentit le pas, puis s’arrêta.
— Ne laissez pas le nombre de patients vous inquiéter, ajouta-t-elle. Vous aviez raison quand vous avez dit qu’ils semblaient être en très bonne santé. Ils n’auront pas besoin de vos services à moins que l’un d’entre eux se blesse. Ou qu’une femme soit enceinte.
Leah remarqua que la main d’Abby s’était déplacée sur son ventre.
— Êtes-vous… ?
Abby hocha la tête en esquissant un sourire.
— Nous l’avons découvert la nuit dernière, répondit-elle.
— Houlà ! Félicitations.
Abby se pencha vers Leah. Son visage rayonnait.
— Ne le dites à personne, d’accord ? Nous allons l’annoncer à la fête.
Leah hocha la tête. Abby serait-elle choquée d’apprendre qu’aucun ami ne lui avait confié un secret, auparavant ?
— Je ne dirai pas un mot.
Abby se serra les mains l’une dans l’autre.
— Gregori est tellement excité. Et sa mère… elle sera en extase !
— J’imagine que vos parents seront ravis, ajouta Leah.
Le sourire d’Abby s’estompa quelque peu.
— Je l’espère aussi.
Y avait-il un problème de ce côté ? Un frisson glissa le long de la colonne vertébrale de Leah, et elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Une autre caméra avec une lumière rouge clignotante.
— Est-ce qu’on nous surveille ?
Abby jeta un coup d’œil à la caméra.
— Peut-être. Nous disposons d’un excellent service de sécurité.
— Peuvent-ils nous entendre ?
— Je suppose qu’ils le pourraient, s’ils augmentaient le volume, répondit Abby en haussant les épaules. Je ne m’en inquiéterais pas. Il n’y a pas eu d’incidents ici depuis les années où il y a eu des bombardements, fit-elle en grimaçant. Ce n’était pas grand-chose. Personne n’a été sérieusement blessé.
Leah fut bouche bée.
— Cet endroit a été bombardé ?
— Je sais qu’il est difficile de croire que quelqu’un pourrait faire ça à une installation produisant du sang synthétique qui sauve tant de vies, mais je crains qu’il y ait des gens… étranges, dehors, dit Abby en lui tapotant le bras. Je n’avais pas l’intention de vous effrayer. Je suis désolée.
— Ça va.
Leah jeta un nouveau coup d’œil à la caméra. Étaient-ils en train de les écouter ?
— Je sais que le monde est rempli de gens tordus.
Abby lui adressa un regard inquiet.
— Comme vous dites.
Elle fit quelques pas, puis s’arrêta à côté d’une porte.
— Bienvenue dans mon laboratoire.
— Oh. Faites-vous la fête sans moi ? demanda Gregori en entrant nonchalamment dans le bureau de la sécurité. Ça sent le Sang Pétillant par ici.
— Il y a eu un petit accident.
Angus pointa du doigt en direction de Dougal, qui était partiellement caché à côté du bureau. Il ramassait des tessons de verre qui avaient autrefois formé une bouteille et les jetait à la poubelle.
— Hé, mec ! Ça fait longtemps ! dit Gregori en le saluant. Comment va la main bionique ?
— Très bien, répondit Dougal en se redressant. Je… J’ai mal calculé ma force pendant une seconde.
Il était hors de question qu’il reconnaisse avoir perdu sa maîtrise de soi. Angus pourrait alors reconsidérer sa décision de le nommer responsable de la sécurité, ou encore lui refuser de participer à des missions.
Heureusement, Angus s’intéressait plus à observer les écrans qu’à spéculer sur les causes de son petit accident .
— Où est Roman ? demanda Gregori en examinant les écrans, à la recherche de son patron.
Angus pointa du doigt le corridor où Roman marchait avec Jean-Luc.
— Ils se dirigent vers la fête.
— Je vais l’appeler.
Gregori composa un numéro sur son téléphone portable, puis il demanda à Roman de se diriger vers le laboratoire d’Abby dans 10 min utes.
Pendant ce temps, Dougal avait trouvé un balai et une pelle à poussière dans le petit cabinet. Si cela allait être son bureau, il commencerait à s’en occuper maintenant. Il ramassa les derniers morceaux de verre et les vida dans la poubelle.
— Je me demande de quoi ils parlent.
Angus monta le volume de l’écran où l’on pouvait voir Abby et Leah.
— Nous l’avons découvert la nuit dernière , dit Abby en souriant et en tapotant son ventre.
— Houlà ! répondit Leah. Félicitations.
— Oh, mec, lança Angus en se tournant vers Gregori. Tu vas être père ?
— Ouep ! répondit Gregori, souriant. Tu peux parier ta petite jupe de tissu écossais.
Angus roula des yeux.
— Pauvre enfant.
Gregori éclata de rire et donna un coup de poing sur l’épaule d’Angus.
— Je savais qu’Abby ne serait pas capable de garder le secret. Elle est si excitée.
— Félicitations, lui dit Dougal.
Son regard se posa de nouveau sur l’écran juste au moment où Leah regardait en plein vers la caméra par-dessus son épaule. Sa main tressaillit et son poing se serra autour de la poignée de la pelle à poussière.
— Est-ce qu’on nous surveille ? demanda Leah.
« Oh oui, par le diable. »
ll tressaillit en remarquant les bosselures qu’il avait laissées dans la poignée de métal. Pourquoi réagissait-il si fortement ? Elle n’était pas Li Lei.
— Peut-être, répondit Abby. Nous disposons d’un excellent service de sécurité.
— Peuvent-ils nous entendre ? demanda Leah.
Il détourna son regard, ressentant une certaine culpabilité à les écouter ainsi. Il rapporta le balai et la pelle à poussière dans le cabinet et remarqua une bouteille de Swhisky à moitié vide sur la tablette supérieure. Exactement ce dont il avait besoin. Il déposa la bou teille sur le bureau, puis alla chercher trois verres en papier sur la crédence.
Lorsqu’Abby lui parla du bombardement qui remontait à quelques années, il se retourna vers l’écran juste à temps pour voir les yeux de Leah s’agrandir. Merde. Ils n’avaient pas le droit de l’entraîner dans ce monde. Elle semblait si jeune. Début vingtaine, peut-être. Il y avait une innocence fragile dans ses traits faciaux, une innocence qui était sur le point d’être fracassée.
Il versa du Swhisky dans les trois verres.
— Une petite goutte ?
— Voilà une idée géniale ! fit Gregori en soulevant son verre. À nos belles femmes !
— À la bonne heure !
Angus agrippa son verre et en visa le contenu.
Gregori jeta un regard amusé à Dougal.
— Ou dans ton cas, à une belle femme future.
Dougal poussa un petit grognement, puis il regarda l’écran. Leah fixait la caméra comme si elle pouvait le voir. Son cœur cessa de battre. Une autre démangeaison se fit sentir le long de son tatouage et il haussa son épaule droite.
— Je sais que le monde est rempli de gens tordus , dit-elle doucement.
« Oh, jeune fille, vous n’en avez aucune idée. »
Elle allait cependant le découvrir bientôt. Il eut une forte e nvie souda ine de se téléporter directement à ses côtés et de l’emmener loin, très loin de ce monde de vampires, de gens capables de changer de forme et de démons. Comment pourrait-il toutefois la protéger des gens tordus alors qu’il était l’un d’entre eux ?
— À la vôtre !
Il avala le Swhisky et le laissa brûler dans sa gorge. Il méritait cette brûlure.
— Bienvenue dans mon laboratoire .
Abby ouvrit la porte et guida Leah à l’intérieur.
Angus se déplaça vers l’écran où l’on pouvait voir le laboratoire et haussa le volume.
— Devons-nous les écouter ? demanda Dougal.
Angus soupira.
— Je sais que ce n’est pas une procédure normale, mais je m’inquiète de la manière dont la docteure Chin recevra la nouvelle.
— Voici un de mes collègues.
Abby désigna Laszlo de la main tandis qu’il s’approchait d’elle en vitesse.
— Laszlo Veszto. C’est le chimiste le plus brillant que je n’ai jamais rencontré.
Laszlo rougit et tendit une main vers Leah.
— Je suis enchanté de vous rencontrer.
Elle posa sa main dans la sienne, et il secoua son bras à quelques reprises.
— Nous sommes très heureux que vous soyez ici. J’ai passé toute la soirée à préparer le laboratoire.
— Vraiment ? dit Leah en libérant sa main de son emprise.
— Oui !
La main de Laszlo s’approcha aussitôt de sa blouse blanche de laboratoire et y agrippa un bouton.
— Nous avons quelques études de cas intéressantes à vous montrer.
— D’accord, répondit Leah, qui jeta un coup d’œil dans le laboratoire. C’est très bien ici.
— Oui.
Laszlo lui sourit tout en tripotant ses boutons.
Les yeux de Leah se plissèrent, lorsqu’elle découvrit une caméra dans le coin. Dougal versa d’autre Swhisky dans son verre, puis il le cala.
Abby marcha à grands pas vers la longue table en acier inoxydable sur laquelle se trouvaient plusieurs microscopes et piles de papier.
— Tout est prêt ?
— Oui, répondit Laszlo en souriant toujours à Leah.
— Ha ! s’exclama Gregori en se dirigeant vers l’écran. Regardez ce sourire idiot sur le visage de Laszlo. Il est amoureux !
Le poing de Dougal se ferma d’un seul coup, écrasant le ve rre d e papier dans sa main. Que diable ? Il se hâta de jeter le verre déformé dans la poubelle avant que quelqu’un ne puisse le voir. Enfin, il tenta de le faire. Son poing refusait de s’ouvrir.
« Ouvre-toi », ordonna-t-il à sa main.
Elle resta fermée autour du verre écrasé.
Angus secoua la tête.
— Épris d’elle, peut-être. J’aurai une conversation avec Laszlo. Nous ne pouvons laisser les sentiments personnels de quiconque mettre en danger nos plans.
« Ouvre-toi, merde ! Ouvre ! »
Le poing de Dougal s’ouvrit enfin, et le verre tomba dans la poubelle.
Pendant ce temps, Leah s’était déplacée vers la table et jetait un coup d’œil dans le premier microscope.
— Intéressant, murmura-t-elle avant de prendre en main la pile de papiers à côté de l’appareil.
— Espérons qu’elle mordra à l’hameçon, dit Angus.
Dougal se rapprocha des écrans.
Leah examina la première page, puis la deuxième. Abby observa la scène en se mâchouillant la lèvre. Laszlo tordait un bouton sur sa blouse blanche de laboratoire.
— Mutations précises dans le séquençage de l’ adn .
Leah s’intéressa à la troisième page.
— Quelques changements plutôt draconiens. Cet homme est-il encore vivant ?
Abby hésita.
— À l’heure actuelle, oui.
Gregori poussa un petit grognement.
Leah déposa les papiers.
— Je n’ai jamais vu rien de tel. Certaines de ces mutations pourraient sans doute renforcer une personne, mais d’autres…, fit-elle en secouant la tête. Je ne suis pas sûr qu’un humain puisse en réchapper. A-t-il des symptômes bizarres ?
La bouche d’Abby eut un tic.
— À part d’éprouver un désir étrange envers la danse disco, non.
Gregori se raidit.
— Qu’est-ce qu’il y a de si étrange à cela ?
Angus lui fit signe de se taire.
Leah secoua la tête, l’air confus.
— Où est le patient ? Puis-je le voir ?
— Vous l’avez déjà vu, répondit Abby. C’est Gregori.
Leah haleta.
— Quoi ? fit-elle en feuilletant les papiers une nouvelle fois. Je ne comprends pas. Votre mari semble si sain.
— Il l’est, acquiesça Abby. Quand il est… éveillé.
Dougal tressaillit. Les choses étaient sur le point de déraper.
Angus fronça les sourcils.
— J’ai un mauvais pressentiment. Gregori, appelle le docteur Lee. Dis-lui de se rendre au laboratoire immédiatement.
Leah tapota la pile de feuilles pendant que Gregori passait son appel.
— Votre mari pourrait avoir de sérieux ennuis. Il devrait être hospitalisé immédiatement et placé en observation. Oh mon Dieu, ajouta-t-elle, les yeux écarquillés, vous êtes enceinte de son enfant ?
— Je vais bien, vraiment. Et Gregori aussi.
Abby échangea un regard inquiet avec Laszlo.
Il hocha la tête tout en tripotant furieusement un bouton.
— Il y a une explication parfaitement raisonnable à cela, je vous assure.
— Vraiment ? demanda Leah en leur adressant un regard incrédule. Comment l’expliquez-vous ?
Abby prit une profonde inspiration.
— Mon mari est un vampire, répondit-elle.
Chapitre trois
Le cœur de Leah accéléra la cadence d’un seul coup. Elle recula d ’un pa s, résistant à une forte envie de courir vers la porte. Son regard passa de la fille du président au soi-disant chimiste brillant, puis sur Abby de nouveau. Le président savait-il que sa fille était folle ?
Merde alors. L’édifice tout entier pouvait être rempli de gens tordus. Même les gens effrayants qui l’observaient à travers la caméra — elle eut le souffle coupé. Bien sûr ! On venait de la piéger ! La caméra l’enregistrait, et cela allait se retrouver quelque part sur Internet. Ce n’était pas la première fois que des gens tentaient de la faire passer pour une idiote.
Dans ses années de collège, son jeune âge et l’étiquette de génie qui lui avait été accolée avaient fait d’elle une cible pour les farces ridicules. À une occasion, un groupe de gars de la fraternité avait tourné autour du dortoir des filles vêtues comme des zombies, et les filles l’avaient suppliée de se servir de son intelligence supérieure pour les sauver de cette apocalypse.
On lui faisait maintenant le coup des morts-vivants. Elle se croisa les bras et adopta un air nonchalant.
— Vous avez épousé un vampire ? demanda-t-elle.
— Oui.
Abby hocha la tête avec une expression remplie d’espoir comme si elle s’attendait à ce qu’elle croie ces foutaises.
Leah jeta un regard désabusé à la caméra avant de ramener son attention à Abby.
— Comment en êtes-vous arrivée à cette conclusion ? S’est-il transformé en chauve-souris avant de voler dans la chambre à coucher ?
L’expression passionnée d’Abby s’estompa en déception.
— Vous pensez que je rigole.
— Vous vous attendiez à ce que je vous prenne au sérieux ? demanda Leah.
Laszlo pointa du doigt la pile de papiers sur la table.
— Mais nous vous avons montré le travail de laboratoire. Et les données…
— Tout cela peut être manipulé, l’interrompit Leah. Ou dans ce cas, fabriqué.
Elle lança des regards noirs à la caméra.
— Le jeu est fini. Je ne joue pas.
Elle se dirigea vers la porte, mais cette dernière s’ouvrit alors qu’elle avait franchi la moitié de la distance.
Le docteur Lee entra précipitamment dans la pièce.
— Y a-t-il un problème ?
— Oui, répondit Leah, en même temps qu’Abby et Laszlo.
Elle les regarda en fronçant les sourcils.
— Ils me font le coup d’une mauvaise plaisanterie.
— Ce n’est pas une plaisanterie, insista Abby. Les vampires sont réels.
Leah poussa un petit grognement.
— Pourquoi le croiriez-vous ? Votre mari vous a-t-il mordue ?
— Eh bien, oui, il l’a fait. Et il peut…
— Quoi ? Sauter d’un arbre à un autre comme un singe ?
Leah souleva une main pour faire taire Abby. La pauvre femme souffrait d’hallucinations.
— Vous devriez vous coucher et vous reposer quelque peu. Étant donné votre condition, vous pourriez éprouver quelques fluctuations hormonales…
— Je n’imagine pas tout cela, bougonna Abby.
— Ou vous êtes peut-être surmenée, continua Leah. Je sais ce que c’est. Quand je m’investis dans un projet, je peux oublier de manger ou de dormir. J’étais justement si occupée cette dernière semaine que j’ai du mal à m’en souvenir.
Le docteur Lee tressaillit.
— Peut-être qu’une démonstration s’impose.
— Bonne idée.
Abby se tourna vers Laszlo.
— Pourriez-vous léviter jusqu’au plafond ?
Laszlo fronça les sourcils en tirant avec force sur un bouton.
— Si vous le voulez, mais elle pourrait s’affoler.
— Allez-y, dit le docteur Lee. Elle a besoin de preuves concrètes.
Leah s’en moqua.
— Donc, le chimiste est un vampire, lui aussi ?
Le bouton de Laszlo se décrocha de sa blouse et alla tomber sur la table en acier inoxydable dans un tintement. Il lui adressa un regard d’excuse.
— Ce n’est pas vraiment une vilaine chose. Pensez-y seulement comme étant… une condition médicale peu commune.
Leah secoua la tête. Ces gens étaient dérangés.
— Vous êtes un vampire ?
— Oui, admit Laszlo, mais il se pressa d’ajouter ces mots : mais je suis un vampire très amical, je vous l’assure.
— Eh bien, voilà qui me… rassure, murmura Leah.
Un suceur de sang amical. Cela était aussi logique qu’un tueur en série amical. Elle jeta un coup d’œil à Abby.
— Et vous ? Êtes-vous Casper, le gentil fantôme ?
Abby lui jeta un regard compatissant.
— Je suis mortelle, comme vous. Je sais que vous devez être choquée. J’ai été choquée, moi aussi, quand je l’ai découvert. Je me suis même évanouie.
— Je ne m’évanouis jamais.
Leah agita la main d’une manière dédaigneuse.
— Et je ne suis pas choquée. Je suis… attristée que vous vous fassiez des idées au point de croire des trucs aussi ridicules…
Elle cessa de parler lorsque le corps de Laszlo s’éleva jusqu’au plafond.
D’accord, ce n’était pas normal. Il devait y avoir des câbles. Une étincelle de colère s’enflamma en elle. Ces gens poussaient vraiment la plaisanterie trop loin.
— Ça suffit ! Je ne crois pas que quiconque ici soit un vampire !
— Mais j’en suis un.
Laszlo tressaillit lorsque sa tête buta contre le plafond.
— Moi aussi, ajouta le docteur Lee.
Leah se retourna pour lui faire face. Son patron était un vampire ?
— J’en suis un aussi.
Un autre homme entra d’un pas nonchalant dans le laboratoire. Il était grand et beau et avait les cheveux foncés.
Et il était un mort-vivant ? Leah le fixa du regard.
— Qui êtes-vous ?
Il inclina la tête.
— Roman Draganesti, à votre service. Je suis enchanté de vous rencontrer, docteure Chin.
C’était le génie scientifique qui avait inventé le sang synthétique ? Leah déglutit avec difficulté. Soit il était aussi fou que les autres personnes dans la pièce, soit ils étaient en fait des…
« Vampires », se dit-elle.
Sa peau se refroidit et se couvrit de chair de poule.
« Non, ce n’est pas possible. »
Il devait y avoir une explication raisonnable et scientifique pour cela.
« Pourquoi se donner la peine de l’expliquer ? Quitte cet endroit au plus vite ! »
Elle marcha vers la porte, mais le docteur Lee et M. Draganesti bloquaient la sortie. Un rapide coup d’œil autour d’elle lui confirma que c’était la seule sortie.
— Son cœur bat la chamade, murmura M. Draganesti.
Elle se tourna vers lui, les yeux plissés.
— J’ai une ouïe supérieure, expliqua-t-il.
— Pourquoi devrais-je vous croire ? Étant donné la situation, quelqu’un pourrait supposer que mon rythme cardiaque serait élevé.
Un bruit sourd la fit sursauter, et elle se retourna en vitesse pour constater que Laszlo avait atterri sur le plancher carrelé.
Elle se précipita vers lui et balaya de sa main l’espace au-dessus de sa tête en se tenant sur le bout des pieds. Pas de câbles.
— Comment avez-vous fait ça ? Portez-vous des chaussures spéciales qui vous soulèvent dans les airs ? Ou peut-être qu’il s’agit d’aimants ?
— C’est de la lévitation.
Laszlo la considéra tristement.
— Dois-je le faire de nouveau ?
— Non.
Elle s’empara de son poignet et appuya ses doigts contre sa veine.
— Vous voyez ? fit-elle en laissant tomber son bras. Vous a vez u n pouls. Vous êtes vivant. Alors, arrêtez cette merde maintenant !
— Leah, calmez-vous.
Le docteur Lee se déplaça vers elle.
— Je ne me calmerai pas ! lança-t-elle en reculant. Et je ne travaille plus pour vous, désormais. C’est une plaisanterie cruelle, et je ne le supporterai pas !
— Leah, de grâce, dit le docteur Lee en la suppliant du regard. Nous n’essayons pas d’être cruels. Seulement honnêtes.
— Non ! fit-elle en secouant la tête. Je n’écouterai pas ! Les vampires ne sont pas réels. Vous me mentez ! Vous mentez…
— Merde ! Ne m’obligez pas à effacer votre mémoire de nouveau !
Le docteur Lee tressaillit et souleva les mains.
— Je ne voulais pas que ça sorte comme ça. Nous ne vous ferons jamais de mal. Vous devez nous croire.
Un frisson déferla sur Leah, puis elle trembla.
— Vous… qu’avez-vous fait ?
Le docteur Lee glissa une main dans ses courts cheveux blancs.
— C’est fichtrement frustrant. J’ai tenté de vous dire la vérité il y a quelques jours, mais vous ne l’avez pas bien pris.
— Vous… vous avez effacé ma mémoire ?
— Vous aviez une crise de panique. Ça a semblé être la meilleure façon de vous calmer.
Leah lutta pour respirer. Oh mon Dieu, était-ce pourquoi les derniers jours semblaient flous dans sa mémoire ? Il avait… manipulé son esprit ?
— Ma chère enfant, dit doucement Roman. Peut-être devriez-vous vous asseoir ?
— Vous semblez très pâle, ajouta Abby.
— Je ne m’évanouis jamais.
Leah tituba jusqu’au mur éloigné, là où se trouvaient un plan de travail et un lavabo. Elle ne savait pas si elle devait être en colère… ou effrayée à mort. On avait manipulé son esprit ? Le docteur Lee possédait ce genre de pouvoir ?
Elle se regarda dans le miroir au-dessus du lavabo et grimaça de se voir aussi pâle et dévastée. Qu’ils soient tous damnés. Elle ne permettrait à personne d’altérer sa mémoire. Elle se souviendrait de tout ceci.
Cela signifiait-il toutefois qu’elle devait accepter une nouvelle réalité ? Une réalité où les vampires existaient ? Elle fit couler de l’eau froide de ses doigts tremblants.
— Laissez-moi vous aider.
Abby alla la rejoindre au lavabo et retira quelques serviettes de papier de la distributrice tout près de là.
Leah recula de quelques pouces.
— Leah, je vous en prie, chuchota Abby. Je suis une mortelle et une scientifique, tout comme vous. J’ai moi aussi eu du mal à l’accepter.
Elle replia les serviettes pour former un tampon et le glissa sous l’eau froide.
— Tenez. Appuyez ceci sur votre nuque.
Leah accepta le tampon humide et regarda dans le miroir au-dessus du lavabo. Elle pouvait voir son reflet de même que celui d’Abby, en plus de la table en acier inoxydable à l’arrière-plan. Elle ne voyait pas Laszlo.
Elle jeta un coup d’œil derrière elle et haleta tout en laissant tomber le tampon humide sur le plancher. Roman Draganesti se trouvait tout juste derrière elle.
— Quoi ? Comment avez-vous… ?
Elle se tourna de nouveau vers le miroir.
Il n’était pas là.
— Est-ce que vous nous croyez, maintenant ? dit-il d’une voix douce derrière elle.
La pièce se mit à tourbillonner devant ses yeux, et elle s’agrippa au bord du comptoir.
« Les vampires sont réels ? » songea-t-elle.
Ce n’était pas possible scientifiquement parlant. Elle ferma les yeux avec force. Son monde venait-il d’être totalement chamboulé ? Avait-elle trébuché dans une autre réalité ? Avait-elle des hallucinations ?
— Prenez de grandes inspirations, chuchota Abby. Vous irez bien.
Leah secoua la tête. Non, ça n’irait jamais bien. Son monde sécuritaire et scientifique venait de s’effondrer autour d’elle. Sur quoi pouvait-elle s’appuyer, maintenant ? Comment pourrait-elle seulement avoir confiance en ses instincts, quand ils lui disaient qu’elle avait perdu la tête ?
Sa peau fut soudainement couverte de sueur froide. Elle joig nit se s mains sous l’eau froide et ses yeux brûlèrent à la vue de s es ma ins tremblantes. Cela était-il vraiment en train de lui arriver ?
Elle se passa de l’eau sur le visage, puis elle se redressa pour regarder les ruisselets s’écouler sur son visage dans le miroir. C’était réel. Le vampire était-il encore derrière elle ? Elle prit encore un peu d’eau dans ses mains et la jeta par-dessus son épaule.
Un son de tressaillement se fit entendre. Elle se retourna et vit M. Draganesti debout derrière elle, à essuyer les gouttelettes d’eau de sa chemise et de sa cravate.
Il lui adressa un regard narquois.
— Ma femme n’avait pas tellement bien réagi à la nouvelle, elle non plus.
— Votre femme ?
Leah s’en moqua.
— Elle a apparemment surmonté cela, à présent.
Il hocha la tête.
— Shanna a hâte de vous rencontrer. Nos enfants sont à la fête, eux aussi. Sofia a quatre ans, et Constantin, six ans.
— Déjà ?
Le docteur Lee s’approcha lentement d’eux en souriant.
— On dirait que je les ai accouchés hier.
— Je sais, dit M. Draganesti en souriant. Ils grandissent si vite.
Leah grimaça en voyant ses canines pointues être ainsi exposées. Avaient-ils des canines qui bondissaient en flèche de leurs gencives comme dans les films ? Combien d’artères carotidiennes avaient-ils perforées avec celles-là ?
Le sourire de M. Draganesti s’estompa lorsqu’il remarqua l’expression horrifiée sur le visage de Leah.
— Docteure Chin, vous n’avez pas besoin de nous craindre. J’ai inventé le sang synthétique pour nous libérer du besoin d’utiliser des mortels pour assurer notre survie.
Donc, les Industries Romatech étaient, pour eux, l’équivalent d’un supermarché. Leah se déplaça sur le côté, hors de leur portée.
— Alors, vous vous nourrissiez des humains avant le sang synthétique ?
M. Draganesti hocha la tête.
— Oui, malheureusement. Nous prenions ce dont nous avions besoin, puis nous effacions la mémoire des mortels.
— Je n’ai jamais aimé faire de mal aux gens, bougonna Laszlo en fichant le bouton défait dans sa poche. Ça a été une bénédiction pour nous de pouvoir compter sur le sang synthétique.
— Nous essayons de ne pas blesser de mortels, mais il y a quelques vampires maléfiques qui le font, l’avertit le docteur Lee. Nous les appelons les Mécontents. Ils aiment torturer et tuer des mortels.
— Nous nous battons contre eux depuis des siècles, ajouta M. Draganesti.
— Ceux-ci sont les bons gars.
Abby fit un signe de la main vers les hommes.
— Je ne serais jamais tombée amoureuse de Gregori, s’il n’avait pas été un des bons gars.
Comment un vampire pouvait-il être bon ? Leur nature même était d’être des parasites. Leah se croisa les bras.
— Quel âge avez-vous ?
— J’ai un peu plus que 100 ans.
Le docteur Lee adressa un regard amusé à M. Draganesti.
— Vous êtes le vieux, ici, dit-il.
Il haussa les épaules.
— Je suis né en 1461, et j’ai été transformé en 1492.
— Vous connaissiez Christophe Colomb ?
Leah tressaillit. Elle était trop lessivée. Voilà qu’elle posait maintenant des questions stupides.
M. Draganesti sourit.
— Mon fils m’a aussi posé cette question. Voudriez-vous aller à la fête, maintenant ? Vous pourriez vous sentir mieux, si vous mangiez quelque chose.
— Vous avez de la vraie nourriture là-bas ? demanda Leah.
— Il y a amplement de nourriture, répondit le docteur Lee. Et un gâteau d’anniversaire géant. Il a cinq étages, chacun ayant une saveur différente. Selon Tino, l’étage chocolaté est le meilleur.
M. Draganesti poussa un petit grognement.
— Je suis sûr qu’il a goûté chaque étage.
— Bien sûr, répondit le docteur Lee en souriant. Quand je l’ai vu, il avait une trace de glaçage au chocolat sur son nez.
Leah prit une profonde inspiration. Malgré la conversation apparemment normale à propos de ce gâteau, elle avait encore des difficultés à digérer tout ça. Des vampires. Des vampires avec d es femme s et des enfants. Comment cela pouvait-il être possible ? Le gâteau au chocolat semblait bon, toutefois.
Elle secoua la tête.
— M. Draganesti…
— Appelez-moi Roman.
Elle lui adressa un regard circonspect.
« Je vous demande seulement de ne pas m’appeler Déjeuner », pensa-t-elle.
— Pourquoi suis-je ici ? Que voulez-vous de moi ?
Ses sourcils s’arquèrent.
— Droit au but. J’aime ça. La vérité est que nous sommes face à un dilemme moral. Nous essayions toujours de protéger les mor­te ls d es vampires maléfiques, mais il y a en a un en Chine qui no us don ne beaucoup de mal. Il est connu sous le nom de maître Han.
— Il fait subir une mutation aux mortels et les utilise comme combattants, ajouta le docteur Lee. Nous devons vaincre maître Han, mais nous ne voulons pas tuer les mortels.
— C’est honorable de votre part, murmura Leah. Où est ma place dans l’équation ?
— Les mortels ont été transformés à un niveau génétique, expliqua Abby. Puisque vous êtes une experte dans ce domaine, nous espérions que vous pourriez trouver une façon de les ramener à leur état premier.
Leah ravala une certaine déception. Elle savait qu’elle était ici pour affaires, mais pendant quelques minutes, elle avait espéré qu’Abby aurait voulu être son amie. Ses yeux brûlaient. Voilà qu’elle se trouvait là, entouré par des vampires et probablement en danger, et elle se tourmentait pour son cœur blessé ? Comme cela était idiot de sa part. Mais tout le monde l’approchait quand même avec quelque chose en tête. Ils voulaient son cerveau, son expertise, son avis éclairé. Personne ne la voyait jamais comme une personne normale avec qui passer du bon temps.
— J’étais impatiente de travailler avec vous, lui dit Abby en la considérant tristement. Et j’espérais que nous aurions pu apprendre à nous connaître.
Le pensait-elle vraiment ? Leah la fixa du regard. Connaissait-elle cette sensation de solitude liée au fait de ne jamais être à sa place dans un groupe ?
— Nous comprendrons si vous refusez, dit Roman. Je vous prie toutefois d’y réfléchir avant de prendre votre décision. Si vous pouvez nous aider, vous pourriez sans doute sauver la vie de plus de 1000 hommes.
Plus de 1000 vies ? Elle ne pouvait pas se détourner de cela facilement.
— Je vais y réfléchir, mais j’ai besoin d’un certain temps.
— Bien sûr, répondit Roman en hochant la tête. Ça fait beaucoup de choses à digérer pour vous ce soir.
— Mais vous vous en tirez bien, ajouta le docteur Lee en souriant. Nous pouvons nous détendre et profiter de la fête, maintenant, d’accord ?
« Se détendre avec des vampires ? » se dit-elle.
Leah jeta un coup d’œil à la caméra. Ces yeux vigilants qu’elle ressentait — appartenaient-ils également à un vampire ? L’avait-il observée comme une souris de laboratoire essayant de trouver son chemin dans un labyrinthe ? Malheureusement, la soirée n’était pas terminée, et elle était encore dans le labyrinthe, à un pas d’une dépression nerveuse.
— Je préférerais être seule avec Abby, maintenant.
— Nous comprenons.
Roman recula d’un pas pour la laisser passer.
— Allez, fit Abby en se dirigeant vers la porte. Allons chercher un morceau de ce gâteau au chocolat.
— Merde, ce que c’est bon !
Freemont fourra un morceau de gâteau dans sa bouche avec sa fourchette tout en entrant avec nonchalance dans le bureau de la sécurité.
— Vous ne savez pas ce que vous manquez.
— Environ 5000 calories, murmura Gregori.
Dougal regarda l’assiette de Freemont, chargée de cinq tranches de gâteau. Il faisait donc comme Tino et essayait toutes les saveurs.
Freemont déposa l’assiette sur le bureau en souriant.
— Je vais faire de ce gâteau ma femelle.
Angus poussa un petit grognement.
— Pendant que tu fais ça, continue d’avoir un œil sur les écrans. Je vais partir quelques minutes pour informer Emma de ce qui se passe. Je pense que tout va très bien.
Dougal n’était pas si sûr de cela. Il regardait Leah avancer dans le corridor et il avait la mauvaise impression qu’elle était sur le point d’entrer dans un état de panique totale. Cependant, sa tête était haute et son dos était droit. C’était une jeune femme courageuse, démontrant du courage alors que son monde sécuritaire s’effondrait autour d’elle. Elle avait tenu tête à tout le monde dans le laboratoire, refusant de les laisser l’intimider. Sa force de caractère était impressionnante.
— Gregori, tu devrais aller à la fête, continua Angus. Va flirter avec ta femme et montre à la docteure Chin à quel point tu peux être charmant.
Gregori s’en moqua.
— C’est un ordre ?
— Est-ce une trop lourde tâche pour toi ? demanda Angus.
— Non.
Gregori lui adressa un regard désabusé.
— Je suis toujours charmant.
— Bon. Montre à la docteure à quel point nous sommes inoffensifs. Doux comme des agneaux, comme Dougal l’a dit.
Les yeux d’Angus se concentrèrent sur Dougal.
— Tu devrais l’accompagner. Elle se sentirait peut-être mieux en sachant qui était derrière la caméra.
Dougal tressaillit. Son cœur s’était serré dans sa poitrine chaque fois qu’elle avait jeté un coup d’œil à la caméra avec ce regard provocant et chargé de reproches. Il savait dans son âme qu’elle n’aimait pas être ainsi observée alors que tout ce qui avait pu la sécuriser venait de lui être arraché.
Il avait été déchiré pendant toute cette période de temps. Une partie de lui avait voulu détourner le regard et lui offrir l’intimité qu’elle méritait, mais une plus grande partie de lui l’avait laissé collé contre l’écran, espérant d’une façon ou d’une autre que sa présence lui donnerait de la force, qu’il pourrait diminuer sa douleur en le partageant. Il savait trop bien quelle était la douleur associée au fait de tout perdre.
Il l’observait sur l’écran tandis qu’elle traversait le hall avec Abby. Il était toujours déchiré. Son cœur battait lourdement d’une manière extravagante à la pensée de la rencontrer en personne. Elle était la femme la plus intrigante qu’il avait vue au fil des siècles. Son esprit lui disait cependant d’attendre. Elle s’accrochait à un fil. S’il se brisait, elle allait s’enfuir et ne reviendrait jamais.
— Je ne suis pas certain qu’elle veuille rencontrer de nouveaux vampires avant un certain temps.
— Je vais appeler Abby et je vais voir ce qu’elle en pense.
Gregori ouvrit la porte du bureau.
— Allons, Dougal. Allons faire la fête.
— Souvenez-vous, dit Angus. Nous sommes aussi doux que des agneaux.
— Et excités comme des chèvres, ajouta Gregori en riant.
Il donna une tape dans le dos de Dougal.
— Allons-y.
Chapitre quatre
Leah fut grandement soulagée de constater que tous les adultes s’étaient précipités vers le côté éloigné de la salle. Ils étaient tous si concentrés à déballer des cadeaux et à regarder les enfants qu’ils n’accordaient que très peu d’attention à Abby et elle.
Elle glissa du fromage, des craquelins et des fruits dans une petite assiette à la première table de rafraîchissements tandis qu’Abby remplissait deux tasses avec du punch. Elle fourra un gros morceau d’ananas dans sa bouche et jeta prudemment un coup d’œil à la foule à travers la pièce. Combien d’entre eux étaient des vampires ? Et comment diable les vampires pouvaient-ils avoir d es béb és ? Est-ce que les canines de ces jolis petits enfants bondissaient occasionnellement de leurs gencives en les transformant en monstres sanguinaires ?
« Maman, je viens de tuer la nounou. Est-ce que je peux avoir un biscuit ? »
Elle frissonna, puis son regard retourna vers le hall. Peut-être devrait-elle dire à Abby qu’elle devait aller à la toilette, pour ensuite se faufiler par la porte d’entrée et appeler un taxi. Le taxi mettrait cependant du temps à se pointer. Pourrait-elle franchir la grille surveillée par un garde à l’avant ou devrait-elle escalader un mur ?
Est-ce qu’ils la laisseraient partir ? Elle connaissait leur grand secret, et ils disaient qu’ils avaient besoin de son aide.
— Tenez, dit Abby en lui refilant une tasse de punch.
Leah but une petite gorgée.
— Est-ce vrai ? Si je vous aide, je pourrais sauver plus de 1000 v ies ?
Abby hocha la tête.
— Nous le pensons.
Elle but une gorgée de punch.
— Si vous vous rappelez bien, il y avait trois microscopes dans le laboratoire. Le premier, celui dans lequel vous avez regardé, présentait un échantillon de sang de Gregori. Le deuxième est celui du fils de Roman, Tino. Et le troisième, celui d’un des soldats de maître Han. Vous être libre de les regarder lorsque vous serez prête à le faire.
Leah soupira.
— Je crains de ne pas bien réagir à cette nouvelle.
— Vous vous en tirez bien.
Abby tapota son épaule, puis se dirigea vers la deuxième table.
— Allons voir les desserts.
Leah la suivit, mais au lieu d’admirer le gâteau géant, son regard se porta de nouveau vers la foule de l’autre côté de la salle. Que diable ? Il y avait deux hommes vêtus de kilts ? Le dernier homme qu’elle avait vu dans un kilt avait été son grand-père irlandais. Une vague de chagrin déferla en elle avec le souvenir diffus d’une mélodie obsédante. Elle s’ennuyait tellement de lui.
Personne n’avait profité de la vie autant que son grand-père, alors c’était une forme de sacrilège pour elle de voir des morts-vivants s’habiller de la même façon. Les deux hommes portant des kilts tenaient chacun un jeune enfant dans leurs bras.
— Est-ce que tous les enfants sont à moitié vampire ?
— Les enfants comme Tino le sont. Vouliez-vous retourner au laboratoire et regarder son échantillon de sang ?
Leah lui jeta un regard désabusé.
— C’était le plan depuis le début ? Faire appel à ma curiosité pour m’embarquer ?
Abby tressaillit.
— Eh bien, vous devez admettre que tout ceci est fascinant. N’est-ce pas ?
— Je n’admets rien. De seulement penser que les vampires sont réels… je suis folle, ou bien je rêve.
Leah mangea un cube de fromage. C’était du cheddar, âcre et crémeux. Aurait-il un goût si réel, si elle rêvait ? Mais l’autre option était qu’elle était folle. Et cette conclusion l’approchait à un pas de plus de la panique.
Elle jeta un coup d’œil à la troisième table de rafraîchissements. Elle était couverte de bouteilles, de flûtes et de verres à vin.
— Est-ce du sang synthétique ?
— Oui, répondit Abby, qui croqua dans une fraise recouverte de chocolat. Les bouteilles sur la glace sont du Sang Pétillant, une combinaison de sang synthétique et de champagne. Roman a inventé un menu entier de cuisine Fusion pour les vampires. La Sbière, c’est fait avec une moitié de bière. Le Swhisky, avec une moitié de whisky. Vous saisissez le principe.
— Les vampires aiment s’enivrer ?
Abby rit sous cape.
— J’ai vu Gregori en abuser quelque peu.
Un bourdonnement émana de la poche de son pantalon, et elle en retira son téléphone portable.
— Oh, c’est justement lui.
Elle sourit et approcha le téléphone de son oreille.
— Hé, mon chou.
Leah frissonna. Mon chou suceur de sang ?
Abby fit une pause, puis elle fronça les sourcils.
— Pas maintenant. Donnez-nous du temps, d’accord ?
Elle raccrocha.
— J’ai pensé que vous ne voudriez pas rencontrer d’autres vampires avant un certain temps.
— C’est le cas.
Leah jeta un nouveau coup d’œil aux vampires de l’autre côté de la pièce. Ils souriaient et bavardaient comme des gens normaux, mais ils n’étaient pas normaux. Rien n’était normal, désormais.
— Pourquoi ces types portent des kilts ? demanda-t-elle.
— Ils sont Écossais.
Abby parcourut la foule du regard.
— C’est Robby MacKay et Ian MacPhie. Ces gars travaillent dans la sécurité.
Leah pivota sur elle-même jusqu’à ce qu’elle découvre la caméra avec sa lumière rouge clignotante. Était-elle toujours observée ? Si elle se précipitait vers la porte d’entrée, serait-elle poursuivie par un vampire vêtu d’un kilt ?
— Si je refuse, ils vont effacer ma mémoire de nouveau, n’est-ce pas ?
Abby demeura silencieuse, alors Leah se tourna vers elle.
— N’est-ce pas ?
Abby tressaillit.
— Est-ce si difficile à accepter ?
Le cœur de Leah accéléra la cadence. Ce qui était difficile à accepter était la manière dont elle se sentait prise au piège. Contrainte. C’était comme s’ils détenaient son cerveau en otage. Entrez dans le jeu, ou bien nous allons le manipuler. Elle déposa son assiette et sa tasse de ses mains tremblantes.
— Leah, personne ne vous fera de mal, l’assura Abby, sa voix semblant assourdie et lointaine.
Une vague de vertige vint brouiller la vision de Leah, mais elle la chassa. Elle préférerait s’enfuir plutôt que s’évanouir. Mieux valait faire preuve de force que de faiblesse. Elle se tourna vers l’entrée, rassemblant désespérément son énergie et son courage pour filer à toute vitesse vers le hall et la porte d’entrée… puis elle figea.
Gregori fit une pause dans l’entrée. Il la vit et vit aussi Abby, puis il les salua de la main. Un autre homme vint le rejoindre. Un homme de petite taille vêtu d’une blouse blanche de laboratoire. Laszlo. Il leva une main pour la saluer, lui décochant en même temps un sourire plein d’espoir.
Le cœur de Leah tonna dans ses oreilles. Aucune évasion possible. La souris de laboratoire était bien coincée dans le labyrinthe. Le guppy avait été jeté dans un aquarium où se trouvaient des requins.
« Bienvenue dans ton nouveau monde », songea-t-elle.
Un troisième homme fut bientôt visible, et elle en eut le souffle coupé. Il était grand, et ses épaules occupaient facilement la moitié de la porte d’entrée. Un kilt. Un autre type de la sécurité ? Pourquoi bloquait-il la porte ? Savait-il qu’elle était sur le point de tenter de l’atteindre ?
Son regard monta le long de sa large poitrine et de ses épaules remarquablement larges jusqu’à son visage. Ses yeux. Il regardait en plein vers elle. En plein à travers elle, comme s’il pouvait voir son âme. Il haussa son épaule droite.
Elle détourna son regard.
Qui était-il ? Son dos picotait comme si elle pouvait sentir ses yeux verts la traverser de part en part, des émeraudes tranchantes traversant ses défenses jusqu’à ce qu’elle soit complètement mise à nue. Le bruit assourdissant cessa dans ses oreilles. Un étrange sentiment de calme vola au-dessus d’elle, un sentiment inéluctable, comme si sa vie entière s’était écoulée dans le but ultime d’arriver à ce moment précis dans le temps. Elle savait sans l’ombre d’un doute qui cet homme était. Elle l’avait senti en train de l’observer toute la soirée. C’était l’homme derrière la caméra.
Dougal tressaillit intérieurement. Leah Chin avait posé ses yeux sur lui, puis avait détourné son regard. Il roula son épaule de nouveau là où le fichu tatouage continuait de grésiller.
— Le docteur Lee et Roman pensent que tout se passe bien, dit Laszlo.
« Ils prennent leurs désirs pour la réalité », se dit Dougal en lui-même.
Elle était prête à s’enfuir. Dougal pouvait voir la tension dans sa posture, ressentir l’aura de désespoir qui rayonnait d’elle. C’était une jeune femme courageuse, mais son courage était poussé à la limite. Cela faisait en sorte qu’il voulait la prendre dans ses br as, quo iqu’il doutait qu’elle accepte le réconfort offert par un vampire.
— Vous ne pensez pas que nous avons tort de la traîner dans notre monde ?
Laszlo tordit un bouton de sa blouse.
— Nous avons besoin de son aide. Elle est absolument brillante, dans son champ d’expertise.
— Elle parle également le mandarin, ajouta Gregori. Dans l’éventualité où nous devions retourner en Chine.
Dougal se raidit.
— Vous l’emmèneriez dans une mission ? Elle ne devrait pas être placée dans une situation dangereuse à cause de nos problèmes.
— Détends-toi, mec, lui dit Gregori. Tant que nous détenons le prisonnier dans la pièce tapissée d’argent, elle sera en mesure de travailler ici.
Laszlo hocha la tête.
— Je suis impatient de travailler avec elle.
Gregori donna un petit coup de coude au chimiste en souriant.
— Admets-le, mon frère. Tu as un sérieux béguin pour elle.
Laszlo rougit.
— Eh bien, c’est un génie. Et elle est aussi très jolie.
La main prothétique de Dougal forma un poing, et il la cacha derrière son dos.
« Ouvre-toi, merde ! ! ! »
Malheureusement, Leah choisit ce moment précis pour jeter un coup d’œil vers lui. Elle détourna rapidement son regard avant qu’il ne puisse chasser de son visage son froncement de sourcils fâché.
« Par l’enfer. »
Elle penserait qu’il la déteste, alors qu’en vérité — quelle était la vérité ? Qu’il souhaitait désespérément qu’elle soit la fille qu’il avait perdue il y a presque 300 ans ? C’était impossible. Et c’était une insulte envers cette jeune femme qui était courageuse, brillante et belle comme elle l’était.
— Je pourrais te donner quelques conseils, lui offrit Gregori.
Laszlo tira plus fortement sur son bouton.
— Je… Je ne suis pas certain qu’elle aimerait une quelconque attention de ma part.
— Mec, fit Gregori en fronçant les sourcils. Si tu la veux, tu dois aller vers elle.
Le bouton se détacha et alla cliqueter sur le plancher de marbre. Lorsque Laszlo se pencha pour le récupérer, ses cheveux rebelles tombèrent devant ses yeux. Il les repoussa et glissa le bouton dans sa poche.
Gregori lui tapota le dos.
— Ne t’en fais pas, mon frère. Je vais te préparer pour elle.
« C’est ce que tu crois, par l’enfer. »
Dougal se tendit, sa main formant toujours un poing. Devrait-il déclarer ses intentions ? Quelles intentions ? Si ce n’était que de lui, il laisserait la pauvre fille s’enfuir d’ici.
— C’est d’une métamorphose dont tu as besoin, mec, annonça Gregori. Je vais t’organiser un rendez-vous avec Wilson, du Réseau de télévision numérique des vampires. C’est lui qui transforme les vampires normaux en vedettes de la télé.
— Il peut me donner une belle apparence ? demanda Laszlo.
— Il s’occupe de mes cheveux, répondit Gregori en glissant une main sur ses cheveux parfaits. Il va refaire ta garde-robe également. Je ne veux pas t’offenser, mon frère, mais tu as l’air… enfin… d’un intello coincé.
Laszlo baissa les yeux vers sa chemise en tissu écossais, son protecteur de poche en plastique et ses pantalons kaki ceinturés bien haut sur sa taille.
— Quelque chose ne va pas avec mes vêtements ?
Gregori poussa un soupir.
— Tu as besoin d’aide, mon frère.
Il jeta un coup d’œil à Dougal.
— Ça ne te ferait pas de mal de te mettre à jour, toi aussi, tu sais. Ça fait combien de temps que tu portes ce kilt ? Environ 200 a ns, ou peut-être 300 ans ?
Dougal s’en moqua.
— Il est nouveau.
Il l’avait commandé à Glasgow, il y a quelques années de cela. Enfin, il y a 10 ans. Il parvint enfin à détendre sa main prothétique.
— Et la chemise bouffante ? demanda Gregori en la regardant d’un air soupçonneux. Tu l’as volée à un pirate ?
— Non.
Dougal avait eu sa part de bagarres avec des pirates, mais jamais pour une chemise.
La bouche de Gregori eut un tic.
— Nous devrions échanger ta main bionique contre un crochet et t’obtenir un cache-œil. Là, tu ressemblerais vraiment à un pirate. Tu as déjà les longs cheveux sauvages.
— Ils ne sont pas sauvages, bougonna Dougal.
Ils étaient attachés à l’arrière avec une bande de cuir. Il jeta un coup d’œil à Leah et remarqua qu’elle le regardait. Elle se détourna. Pour la première fois en plusieurs siècles, il se demanda ce qu’une femme voyait quand elle le regardait. Ressemblait-il vraiment à un fichu pirate ?
— Que vais-je faire de vous, les gars ? dit Gregori en soupirant. Laszlo manque de style vestimentaire, et toi, Dougal, tu dois te défaire de la jupe, de la chemise bouffante et du sac à main velu. Cette chose est effrayante.
Dougal baissa les yeux vers son sporran, fait de fourrure de rat musqué noir.
— C’est très pratique. Où mettrais-je ma monnaie sans cela ?
— Dans tes poches ! s’exclama Gregori en lui lançant un regard incrédule. Tu as déjà entendu parler de ça ? Je te jure, mec, tu es médiéval.
Il se raidit.
— Je ne suis pas médiéval.
— Dougal, tu portes un accessoire fait à partir d’un animal mort.
— Je ne suis pas médiéval. J’ai été transformé après la bataille de Culloden, en 1746. C’était le siècle des Lumières, au cas où tu ne le saurais pas.
Gregori poussa un petit grognement.
— Tu as combattu pour le Bonnie Prince Charlie ? C’était lumineux, ça ?
Dougal serra les dents.
— Je me suis battu pour être libéré de la tyrannie anglaise. En tant que fichu amerloque, tu devrais comprendre ça.
Gregori haussa les épaules.
— Très bien. Mais je te dis tout de même que si tu veux trouver une femme, mec, tu devrais te mettre à niveau.
Ses yeux s’illuminèrent.
— Je parie que tu as aussi besoin d’un peu de pratique. Ne bouge pas d’ici.
Il s’élança à travers le hall, puis dans le corridor.
Laszlo tripota un autre bouton.
— Qu’est-ce qu’il trame ?
— Sûrement quelque chose de pas bien.
Dougal regarda Leah. Elle grignotait une fraise et lançait des regards curieux à la foule de vampires de l’autre côté de la pièce.
— Es-tu sérieux à propos d’elle ?
— Je n’en suis pas sûr, répondit tranquillement Laszlo. Elle peut être en état de choc, alors je devrais sans doute la laisser tranquille pendant un moment et lui donner le temps de s’adapter…
Pendant que Laszlo continuait à raisonner avec lui-même, Dougal étudia Leah du regard. C’était une beauté naturelle, et il parierait son salaire annuel qu’elle l’ignorait. Ses cheveux étaient longs, épais et noirs, son visage petit et délicat, son cou mince et gracieux. Tellement comme Li Lei. Même peau crémeuse de porcelaine. Même inclinaison de la tête. Même petit nez et petite bouche exquisement formés. Il poussa presque un grognement quand elle mordit dans une fraise, puis lécha le jus de ses lèvres.
Ses yeux étaient différents. Ils étaient d’un brun doré plus pâ le et leur forme était un peu plus ronde. Et il y avait une autre différence. Une énorme, celle-là. Leah Chin était vivante. Ce n’ét ait pa s un fantôme enveloppé de regret, mais une belle femme vibrante.
Les cheveux de Li Lei avaient toujours été tirés fermement vers l’arrière, mais les cheveux de Leah étaient détachés. Un glorieux rideau miroitant qui se balançait doucement avec chacun de ses mouvements. Il ne pouvait pas attendre de les toucher, de sentir leur texture soyeuse et d’y glisser les mains.
Son regard dériva plus bas. Son tricot couvrait ses épaules, mais il ne doutait pas une seconde qu’elles étaient belles. Le matériel moulant soulignait délicatement ses seins, lui permettant de deviner les…
— … buttes, dit Laszlo. Plutôt des montagnes.
— Quoi ?
Dougal lui adressa un regard circonspect.
— La paperasse, clarifia-t-il. Des buttes de paperasses. Je doute d’avoir le temps de faire la cour à docteure Chin.

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