Les Morts près de chez soi : Tome 1 : Le Massacre à Valenya
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Description

Dans un monde où les démons changent la vie des humains en véritable films d’horreur, une bande de jeunes sorciers sont là pour combattre les monstres… et leurs serviteurs humains, qui pourraient bien être encore plus dangereux qu’eux. Mais laissez-les d’abord faire des concerts et échanger des références de pop culture.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 octobre 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312085487
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0300€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les Morts près de chez soi
Sophie Laliberté
Les Morts près de chez soi
Tome 1 : Le Massacre à Valenya
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2021
ISBN : 978-2-312-08548-7
Géographie du Monde des Morts Près de Chez Soi
Et où sommes-nous, au fait ? Peut-être lui trouverez-vous des similarités avec le monde réel, et peut-être y verrez-vous des références que je n’avais pas prévues. Mais en tout cas, voici comment retrouver son chemin dans Les Morts près de Chez Soi .
Chada : pays où se situe l’intrigue, localisé sur le continent de Teria. Plus précisément, à l’est, sur la péninsule de Najeski, dans la petite ville de Valenya. La péninsule de Najeski donne sur l’océan de Nalos.
Manchi : une des îles principales de l’océan de Nalos, toute proche de la péninsule de Najeski. Les Manchiens parlent manchien et takéen.
Imikéos : peuple najeskien, culturellement proche des Manchiens.
Takéa : pays à l’ouest de Chada, premier plus grand producteur de la culture populaire de ce monde avant lui. Sa langue, le takéen, est devenue la langue universelle par la force du colonialisme et du pouvoir de la culture pop.
Nerimei : région composée de pays aux cultures similaires, à l’est du continent de Teria.
Ireya : île de Nalos, au sud-est de Chada.
Sorili : île rattachée au continent de Torikéa, situé à l’ouest de Takéa de l’autre côté de l’océan de Dilos. Comme beaucoup d’autres pays torikéens, ancienne colonie de Selanya (petit pays au sud de Takéa).
Nedili : île proche de Torikéa, ancienne colonie de Takéa.
Kaleya : région culturelle plutôt qu’administrative au sud de Chada. Contient les provinces de Lessayl, Talanevya et Shaneyri.
Mnerin : pays torikéen.
Saïjeari : plus grande île de Nalos.
Prologue
Elle avait déjà rencontré un tueur en série avant, dans son enfance. Ce souvenir n’était pas le plus présent dans sa mémoire. Elle avait fait une sorte de blocage dessus, comme si son cerveau lui avait interdit d’y penser pendant plusieurs années. Mais elle ne pouvait pas savoir en quoi cet événement referait surface dans les années à venir.
C’était la sortie des classes, pour elle et sa meilleure amie. Leur classe de CM1 de l’école primaire de Valenya était juste devant le bâtiment, partant seuls ou attendant que leurs parents viennent les chercher. Elle crut voir une silhouette, derrière deux parents d’élèves, mais celle-ci disparut vite.
Puis elle crut la ré-apercevoir. L’espace d’un instant, quelque chose filait entre deux arbres. Mais cela passa si vite que cela aurait pu être un coup de vent ou un jeu de lumière. Elle n’y pensa plus et suivit sa meilleure amie et les parents de cette dernière vers chez eux.
Quelqu’un fonça brutalement vers eux. Il poussa son amie par terre, et était-ce un couteau qu’elle venait de voir ? Elle courut, terrifiée, mais glissa sans comprendre comment, aperçut un couteau pointé vers elle et perdit conscience.
Pendant ce temps, le père de son ami criait pour distraire l’inconnu. Comme celui-ci rapprochait définitivement son couteau du cou de la fillette, le parent se jeta sur lui. Finalement , tous les autres adultes présents le rejoignirent et réussirent à le maîtriser. Quand elle se réveilla, l’inconnu au couteau s’était enfuit. Certains essayèrent de le rattraper, mais il disparut trop vite pour qu’ils l’atteignent.
Cette scène choqua beaucoup les habitants de la petite ville tranquille de Valenya. C’était une honte, disait-on, un tueur aussi près d’une école, et qui avait essayé de tuer des enfants. Cela ressemblait à quelque chose d’horrible qui s’était passé il y a 12 ans, quand 5 personnes étaient mortes.
La police interrogea les parents. Non , durent admettre ces derniers, ils ne connaissaient pas cet homme qui avait tenté de tuer leur fille. La fillette en question ne comprenait qu’à peine ce qui lui arrivait, elle se rendait seulement compte qu’elle avait failli mourir, et elle voulait seulement rentrer chez elle. Sans doute la raison pour laquelle elle oublierait cet événement pendant son adolescence.
École et cauchemars
Nayara Lines et Yumi Naraki, à présent âgées de 16 ans, vivaient toujours à Valenya, et étaient toujours amies. Elles étaient à présent inscrites au lycée Ejai-Corbeau.
En attendant l’arrivée de leur prof d’histoire-géo, elles discutaient de musique à bâtons rompus.
– Ouais , Sildan ! C’est cool qu’on aille enfin les voir dans deux semaines. J’adore ce groupe. C’est incroyable qu’on ait réussi à obtenir ça, du bassiste et de la deuxième chanteuse de Nuitances .
– Oh, je sais que tu ne les aimes pas, mais moi, j’ai toujours bien aimé Nuitances, toujours eu un petit faible pour leur premier album. Par contre après ça, ils ont rien fait d’aussi bien.
Puis, alors que leur discussion évolua :
– T’as vu, en ce moment, pleins de tubes commerciaux ou j’sais pas quoi, c’est n’importe quoi. Il y a cette chanson sur le maquillage magique qui attire tous les mecs !
– Tu sais, Nayara, t’es vraiment snob. Moi j’aime bien les trucs dansants ! C’est entraînant et tout ! Et elle danse bien, cette blondasse trop maquillée. Moi, quand je vois des gens qui dansent bien, sur un beat hyper accrocheur, je résiste pas. Mais sérieusement, il y a une place pour les choses futiles, tu ne trouves pas ?
– Bien sûr qu’il y en a une, quelque part, j’sais pas. Bon, alors, tu vas la faire ?
– Quoi ?
– La danse de ta chanson avec le maquillage.
Yumi se lança dans une chorégraphie très personnelle et improvisée, où elle agitait ses bras un peu au hasard, puis avec plus d’assurance. En plus des bras, elle bougeait ses hanches autant qu’on pouvait le faire assise sur une chaise de lycée. Nayara éclata de rire, la tête baissée vers son bureau. C’était pour ça qu’elle adorait Yumi. Vous saviez qu’une fille était votre meilleure amie quand elle osait danser de manière ridicule en classe, quand vous n’auriez jamais un culot pareil.
– Il y a sans doute une place pour la futilité, mais pas dans mon cours, n’est-ce pas Yumi ? commenta Mme Jilki, la prof d’histoire-géo, exagérant son ton sinistre. Non mais sérieusement, vous pouvez arrêtez de danser, ou continuer dehors !
Mme Jilki avait cette façon de s’adresser à ses élèves dont ils se demandaient toujours si elle était sérieuse ou si elle plaisantait.
Elle entama son cours, honora sa réputation avec une blague impénétrable sur la récolte du maïs, puis vers la fin de son horaire, aborda la question des exposés.
– Nayara et Yumi, vous ne m’avez toujours pas donné la date de votre exposé !
Les élèves de seconde 6 pouvaient s’habituer à l’humour indéchiffrable de Mme Jilki, mais la plupart se plaignaient beaucoup de sa manie de faire faire un exposé à toute la classe. Enfin, Nayara et Yumi s’en plaignaient beaucoup et supposaient que tout le monde faisait pareil.
– Euh, ben, euh… bafouilla Nayara chaque fois que les profs lui posaient une question à laquelle elle ne pouvait répondre, ce qui avait toujours l’effet de les exaspérer, et de les pousser à insister au lieu d’interroger quelqu’un qui avait la réponse. Les circonstances idéales pour être humiliée devant toute la classe, qui d’ailleurs ne se priva pas de glousser.
– Je ne vais pas vous demander si vous l’avez commencé ou si vous allez enfin regarder vos montres plus discrètement pendant mes cours. J’ai juste besoin d’une date.
Elles avaient en effet commencé à rassembler leurs recherches, mais n’avaient pas écrit le plan de leur exposé.
– Euh… Le 15 avril ? proposa Nayara.
On était en février, cela leur laissait largement le temps de finir un exposé pas encore ébauché.
– Le 15, ce sera donc le même jour que le groupe 3…
– Et nous aussi, m’dame ! glapit Veyal.
– Pardon ?
– Le groupe 6, on voudrait passer le 3 parce qu’en fait, Leira aura un empêchement.
– Très bien, Leira tu as une justification pour ton absence du 15 avril ?
– J’vous l’apporte demain, m’dame.
– Très bien, alors le 15, ce sera la journée des exposés, on aura les groupes 3, 6 et 10.
Wow. L’exposé de Nayara et Yumi tombait le même jour que les filles populaires, Leira et Veyal, et leur bande. Ces filles n’étaient pas aussi horribles que les filles populaires dans les films. Mais disons seulement qu’elles avaient tendance à jouer un peu trop aux reines du lycée.
La classe quitta le cours de géo, Veyal et compagnie gloussant au sujet de faire l’exposé le même jour que Yaya et Yuyu. La troisième membre de leur équipe de choc, Din, leur suggéra de ne pas faire ces blagues. Au fond, Nayara et Yumi ne détestaient pas trop cette bande de filles populaires.
La semaine s’écoula parfaitement normalement. Yumi et Nayara décidèrent de rester au CDI à la fin des cours pour compléter quelques recherches. Comme elles flottaient dans une mer de documents, elles se rendirent compte que Leira et ses troupes étaient arrivées avant elles, dans le même but.
– Salut, Leira les accueillit-elle aimablement.
Elles travaillèrent côte à côte, les deux groupes s’aidant mutuellement. Puis Leira & co souhaitèrent aimablement une bonne journée à Nayara et Yumi avant qu’elles ne partent.
Le lendemain, elles retrouvèrent les Leira au CDI après les cours, mais les choses se passèrent différemment.
– Bon, faudrait peut-être qu’on se mette au boulot, les décérébrées, ha ha ha ! gloussa Veyal, un peu trop fort. Les deux filles exotiques et diversifiées y sont déjà.
Nayara commença à se crisper. Exotiques et diversifiées ? Ils n’avaient jamais vu de Soriliennes et d’Ireyennes dans ce beau pays du Chada ? Et c’était un peu fort de café de se moquer de leur « diversité », de la part de la bande d’amies composée d’une vraie blonde, une brune partiellement décolorée et une sorte de fausse rousse bronzée, ainsi que leurs petits amis en différentes nuances de brun et de blond (dont un que Nayara aimait beaucoup regarder). Sur le coup, Nayara détesta vraiment la bande de Leira.
– Très drôle, osa dire Yumi.
– T’as vu, ça leur plaît pas, constata Leira . T’es une vraie décérébrée, Veya , ajouta-t-elle avant d’éclater de rire, comme si le fait de déplaire à quelqu’un était la chose la plus hilarante au monde.
– Vous ne pourriez pas faire moins de bruit ? Je vous rappelle qu’on va au CDI pour travailler, pas pour faire la conversation à ses copines ! les rappela à l’ordre Monsieur Jis -sha, le documentaliste.
– Oui, monsieur Jis-sha. Excusez-moi, monsieur, maintenant je vais bien travailler, minauda Veyal.
Non que le documentaliste soit jeune et irrésistible aux yeux de ses élèves, en particulière Veyal. En fait, Nayara avait souvent entendu les Leira se moquer de son allure sans grâce. Elles étaient vraiment en pleine crise de sournoiserie ce jour-là.
– Arrêtez vos bêtises tout de suite ! s’énerva Monsieur Jis-sha.
– Ouais, franchement, arrête de le draguer, personne a envie de voir ça, râla Mijia, une camarade de classe de Nayara et nombre des lycéennes mentionnées précédemment.
Kerili, la meilleure amie et éternelle compagne de râlage de Mijia, soupira d’un air méprisant.
Comme elles sortirent peu après les Leira , Nayara et Yumi eurent l’occasion de les voir continuer leur phase sournoise. Elles entendirent Leira grommeler au sujet de Mijia et Monsieur Jis -sha :
– M’énerve, cette connasse de Miji, pour qui elle se prend ? Toujours à m’insulter et à se croire mieux que moi ! C’est quoi son problème à cette conne ?
– Elle a pleins de problème, se moqua Leira, déjà qu’elle a aucun style !
– Mais elle doit avoir des problèmes mentaux aussi, c’est une grosse décérébrée ! fit Veyal.
– Et ce Jis-sha, aucun humour ! râla Din.
Nayara et Yumi partirent en secouant la tête. Peut-être qu’elles jugeaient les Leira autant que celles-ci jugeaient Mijia, mais quelle importance ?
– Comment on dit déjà ? Ah oui, j’ai l’impression d’avoir perdu au moins une centaine de neurones en écoutant ces filles discuter. C’est ça la phrase consacrée ? se moqua Nayara.
– Y’a aussi « quelle perte de temps et d’âmes, d’écouter ces abruties ! » renchérit Yumi.
– Pourquoi d’âmes ?
– J’sais pas, j’aime bien l’horreur ! Mais faut que j’arrête de dire ça, ça va porter malheur.
Cela avait-il porté malheur à Nayara ? Eh bien, c’était impossible à dire, mais toujours est-il qu’elle fit un cauchemar la nuit suivant cette conversation. Elle était poursuivie. Dans un lieu inconnu où elle ne distinguait presque rien, une silhouette masquée lui courait après, un poignard à la main. La silhouette la rattrapa et empoigna son épaule droite. Le contact de la main crispée autour de son épaule était l’une des sensations les plus désagréables qu’elle ait connues. Puis elle glissa sur le sol froid et sale. Elle tomba, et tomba, tomba éternellement.
Nayara se réveilla en sursaut. Reprit son souffle. Il lui fallut du temps pour se rappeler que tout n’était qu’un rêve. Ça ne risquait pas de lui arriver parce qu’elle était en sécurité chez elle.
Oh, c’était répugnant. Elle se rappelait parfaitement le toucher de ce type monstrueux dans son rêve. La façon dont il lui pinçait l’épaule. Non, arrête d’y penser, sinon tu ne pourras plus t’en empêcher.
Mais elle sentait toujours la pincée sur son épaule. Elle pouvait complètement s’imaginer la silhouette inconnue lui serrer douloureusement l’épaule lorsqu’elle l’aurait rattrapée.
Elle entendit un léger bruit de coup, comme si on lançait des cailloux à sa fenêtre. Puis un bruit de pas, se distinguant dans la tranquilité de la nuit, se rapprochant de son immeuble et le quittant. Non, là, ça devenait ridicule. Cesse de prendre des clichés de films d’horreur pour la réalité !
Mauvais Signe
Nayara eut du mal à se rendormir après ce rêve. Quand elle réussit à gagner un peu de sommeil, c’était l’heure de se lever pour aller en cours.
Elle se sentit complètement vaseuse au petit déjeuner. Sa mère, Yali, s’en rendit compte et lui demanda :
– Tu n’as pas l’air dans ton assiette du tout, tu as mal dormi ?
Nayara marmonna quelque chose à propos de son cauchemar.
– C’est à cause de ces horribles films d’horreur que tu regardes ! se moqua sa grande sœur, Anay. Il faut empêcher nos enfants de regarder ces films, ils pervertissent notre belle jeunesse !
– Oh, mais non ! la coupa Yali. C’est juste… un rêve, tu as dû repenser à des clichés de films d’horreur, juste comme ça.
Mais Nayara crut percevoir le regard inquiet de Yali à son mari, Arelien. Ou peut-être n’était-ce que son imagination.
– Eh, papa, intervint son petit frère Dalio, c’est quoi les autres grands clichés de films d’horreur à part ceux que je connais déjà ? J’connais déjà la poursuite dans un endroit sombre, et le couple qui se fait buter quand ils se pelotent !
– Voyons, Dalio ! le reprit Arelien avant de lui expliquer les clichés d’horreur.
Nayara les écouta en souriant, avant de se rendre compte qu’elle allait être en retard.
Elle eut une journée parfaitement ordinaire à l’école. Elle rigola et parla musique avec Yumi, les Leira incendièrent verbalement Kerili et Mijia puisque ces dernières l’avaient mérité, ne se firent pas trop réprimander par les professeurs pour leurs bavardages en classe parce qu’elles étaient parfaites, puis allèrent roucouler avec leurs petits amis aussi parfaits qu’elles. Leira la strawberry blonde avait le grand sportif châtain, Timyeran (dit Tim), Veyla la moitié chadaïenne, moitié lessayléenne, avec des cheveux bruns partiellement décolorés avait le beau Mareyo aux cheveux noirs, qui réussissait à être cool et intelligent, mais avant, elle sortait avec l’autre beau brun, Sayel. Nayara n’aurait jamais pu l’admettre devant les Leira, mais elle adorait Sayel. Lui aussi était très sportif, et un grand ami de Tim, mais il était bien plus calme et ne chahutait jamais les autres élèves. Il avait une jolie silhouette athlétique, des traits délicats et des cheveux brun chocolat, qui allaient parfaitement avec son léger hâle (Nayara passait son temps à imaginer des descriptions poétiques de l’ex de l’avant-dernière Leira). Il s’appelait Sayel, et c’était un prénom lessayléen comme Veyal. Mais les petits amis des Leira remarquaient encore moins que ces dernières l’existence de Nayara, alors ce béguin d’adolescente était destiné à rester à sens unique.
Nayara était tellement occupée à regarder Sayel qu’elle se cogna dans une poubelle.
– Tu devrais honte de recycler tellement de clichés, lui fit Yumi en l’empêchant de tomber dans la poubelle. Va lui parler, un de ces jours !
Nayara préféra rentrer chez elle qu’attendre Sayel à la fin des cours. Mais la nuit, Nayara refit son cauchemar. Un grand personnage masqué la poursuivait encore. Elle courait en hurlant, mais l’épaisse couche de poussière au sol la ralentissait. La pince se referma alors cruellement sur son épaule. L’empêchait de bouger. Une lame se rapprocha de son cou. Elle n’eut cependant pas le temps se faire trancher la gorge. En même temps que le métal froid piquait sa peau, elle s’éveilla en criant. S’en suivirent quelques minutes de silence, où elle essayait de reprendre son souffle.
3 h du matin. Il lui restait encore du temps pour dormir. C’est ce qui arriva, avec un nouveau rêve. Elle se trouvait au milieu d’une foule, qui bondissait, secouait la tête, s’amusait dans le pire vacarme. Elle entendit alors un riff de guitare et comprit qu’elle se trouvait à un concert. Est-ce que la semaine était passée et qu’elle était déjà à ce concert de Sildan où elle et Yumi avaient prévu d’aller ? Mais alors, ses parents allaient la gronder parce qu’elle n’avait pas pris ses bouchons d’oreille. Puis elle eut vraiment des ennuis. Plusieurs hurlements retentirent, suivis d’une cacophonie de pieds qui couraient et de corps tombant au sol. Le sang coula à flots, par terre, dans toutes les directions, et semblait couler du plafond. Le sang de plusieurs victimes coula sur les joues et les avant-bras de Nayara. Elle crut néanmoins apercevoir une porte de sortie ouverte, et quelqu’un qui la guidait dans cette direction. Mais elle se réveilla avant de savoir si elle s’en était sortie.
Au petit déjeuner, elle dût expliquer qu’elle avait refait le même rêve, avec quelques différences. Et qu’elle avait eu deux cauchemars pour le prix d’un.
– Mais qu’est-ce que tu peux bien manger pour faire des rêves comme ça ? se moqua Anay.
– En fait, les cauchemars, c’est pas provoqué par des trucs qu’on bouffe, la détrompa Dalio. J’ai lu ça sur Infos Craquées.
Nayara écouta distraitement les chamailleries de son frère et sa sœur. Elle surprit encore ce regard inquiet entre ses parents.
– Quoi ? leur demanda-t-elle.
– Hein ? glapit brillamment Arelien.
– Hier, quand je vous ai parlé du même rêve, vous avez échangé ce regard. Qu’est-ce que vous avez au juste ?
– Eh bien, eh bien… hésita Yali.
– Eh bien, ça nous inquiète que tu fasses ces rêves à deux reprises, compléta Arelien. Il va falloir que…
– Que quoi, que vous m’interdisiez de regarder des films d’horreur ?
– Mais non, c’est simplement…
– Quoi ?
Il se ferma comme une huître. Nayara ne savait pas s’il se taisait parce qu’il n’avait vraiment aucune idée de ce qu’il devait faire, ou s’il lui cachait délibérément quelque chose.
Le week-end de Nayara ne fut perturbé que par un cauchemar dans la nuit du dimanche au lundi. Toujours la même course dans la poussière, enfermée dans un bâtiment obscur. Le même maniaque à ses trousses, qui la poussa par terre après l’avoir empoignée par l’épaule. Cette fois, elle eut plus de détails. Le tueur tourna son visage masqué vers elle, comme pour lui prouver qu’il l’avait attrapée et qu’il réussirait à la tuer sans qu’elle puisse y faire quoi que ce soit. Quelque chose dans ce masque éveilla son intérêt. Le visage était dissimulé par un petit masque noir/gris foncé en tissu épais, le genre que des enfants mettraient pour se déguiser, et une sorte de chiffon grossier de la même couleur, ne laissant que ses yeux, sa bouche et ses narines visibles. Ce masque aurait dû lui rappeler quelque chose, elle n’arrivait simplement pas à déterminer quoi.
Inévitablement, la lame toucha son cou. Survint alors un étonnant retournement de situation : elle n’était pas sûre de bien voir ce qui se passait, mais ce n’était pas elle couchée par terre, à la merci de la lame ! C’était une autre fille à la peau plus claire, aussi plus grande et robuste. Malheureusement, avant qu’elle ait le temps de vraiment savoir qui était la victime, son rêve ne lui montra que le masque de bric et de broc du tueur. Il remonta son capuchon noir puis abaissa sa lame. Cette dernière plongea présumablement dans la chair de cette fille non identifiée. Mais Nayara ne vit pas cela, elle se réveilla avant.
Nayara réfléchissait au sujet de ses rêves. Elle se demanda quelle était la réaction appropriée. Devait-elle en parler ? À qui ? Qu’est-ce qu’on lui conseillerait de faire, de toute façon ? Elle ne pouvait pas exactement choisir ce qu’elle rêvait. Même si elle trouvait quelqu’un, elle n’était pas sûre qu’on arriverait à l’aider. Dans un vague recoin de son esprit, elle avait l’intuition que son problème dépassait les compétences d’un simple psy ou interprète des rêves. Non, elle s’imaginait des choses. Mais c’était quand même étrange qu’elle fasse le même rêve, chaque fois plus long.
Première Victime
Ce lundi, Kerili était absente. Nayara et Yumi ne la virent à aucun cours, et pendant les récréations, Mijia était curieusement seule. Un grand nombre des Secondes observaient Mijia , pendant qu’elle lisait sur un banc, dont elle était la seule occupante. Cela paraissait presque… choquant de voir la grande fille brune, pâle et large d’épaules, aux vêtements sombres et informes, sans cette autre fille brune, pâle et de forte constitution, dont les vêtements convenaient à sa silhouette, qui l’accompagnait toujours. Même autour du banc, il n’y avait personne. Un écart entre Mijia et les autres se faisait depuis qu’elle n’était plus accompagnée de son amie.
– On dirait que, depuis qu’ils l’ont vue sans Kerili, ils ont trop peur de s’approcher d’elle. Mais ils ne peuvent pas s’empêcher de la regarder, Nayara exprima-t-elle ses pensées à voix haute. Elle-même avait fixé Mijia seule pendant quelques bonnes minutes.
– Paraît que Kerili a disparu, fit Din, qui s’était installée près de Nayara et Yumi avec le reste de Leira. Mijia nous a dit qu’elle n’était pas chez elle et qu’elle n’a pas répondu à ses appels.
– Elle n’était pas chez elle ? Alors, même ses parents ne savent pas où elle est ? finit par réaliser Yumi.
– Oui. Ni les parents ni Mijia ne savent où elle est, impossible mais vrai ! On a une vraie disparition sur le dos, les filles.
Din Manaika (le diminutif de Dinyaé) était la fausse rousse au teint mat, dans la configuration chromatique et capillaire des Leira. C’était aussi la Leira qui énervait le moins Nayara et Yumi.
– Oh, alors, si elle a disparu, pas étonnant qu’on ait trop peur de s’approcher d’elle, soupira Nayara.
Cette sensation étrange provoquée par la disparition, puisqu’il fallait l’appeler ainsi, de Kerili, lui resta toute la journée. Un détail semblait lui échapper, mais il la perturbait. C’était… À la fin des cours, elle finit par s’en rappeler. Cela lui sauta aux yeux. Est-ce que la fille de son rêve, celle qui se faisait tuer, ne ressemblait pas beaucoup à Kerili ?
Le lendemain, Kerili brillait toujours par son absence. La classe entra dans le gymnase pour son cours de sport. Bien sûr, les lycéens échangeaient toutes sortes de ragots sur l’absence de leur camarade.
– Elle s’est enfuie avec son grand amour ! plaisanta Vimi.
– Elle, tu rigoles ? Tu crois que la grosse pourrait intéresser un bad boy ? se moqua Leira.
– Et puis c’est pas Mijia, son grand amour ? suggéra Veyal, comme si c’était la blague du siècle.
– Non, en fait, j’pense qu’elle est partie dans la nature pour se retrouver après son échec scolaire et ses engueulades avec ses parents, fit Din. Manquerait plus qu’elle aille faire son trip de nature chez moi, en Manchi.
Pendant ce temps, le prof de sport avait du souci avec la porte du placard à ballons. La porte n’était pas bien fermée. Quelque chose la bloquait, quelque chose de trop gros pour tenir dans le placard. Le professeur finit par ouvrir la porte d’un coup sec, et alors, l’objet finit par dégringoler. Une grande forme humaine s’envola du placard, avant de chuter brutalement et rouler au sol, puis finir au pieds des élèves. Ces derniers réalisèrent qu’elle ne bougerait plus, et que c’était leur première occasion de voir un cadavre. De jeune fille, ou plutôt de tout ce qu’il en restait, c’est à dire une collection grotesque de coups de poignards, de sang séché, de plaies, de vêtements déchirés, de chair transpercée et de veines et nerfs à vif.
Le pire fut lorsque l’on reconnut la morte, et que les pires soupçons des lycéens s’étaient confirmés.
– Kerili ! hurla Mijia.
Elle éclata en sanglots, en tremblant comme une feuille. Le reste de la classe ne se portait pas mieux, eux aussi en larmes, les yeux embués, ou blancs comme des linges.
Le professeur emmena la pauvre Mijia, la soutenant autant qu’il le pouvait. Il annonça à ses élèves qu’il les laissait sortir s’ils en avaient besoin. Yumi entraîna alors Nayara, puis quand elles furent sorties du gymnase, l’enlaça dans une étreinte protectrice.
– Ça va aller ? demanda-t-elle. Tu as envie de pleurer ou de vomir ? Moi, je sais pas, mais je me sans quand même… bouleversée. Je n’avais jamais parlé spécialement gentiment à cette pauvre Kerili. Même moi, je n’ai jamais été là pour elle, même si je me moquais des filles pas sympas avec elle. Je me sens coupable.
– On n’aurait jamais pu prévoir ou empêcher ce qui allait lui arriver, de toute façon, murmura Nayara, laissant échapper certaines de ses pensées les plus sombres.
– Qu’est-ce que tu veux dire ? Yumi pressentit-elle.
Nayara vérifia que personne ne pouvait les entendre. Elle commença de façon hésitante :
– Tu vas me prendre pour une folle… J’ai rêvé de la mort de Kerili.
– Hein ? Yumi en lâcha-t-elle l’épaule de son amie.
– J’ai fait un cauchemar. Je voyais un type avec un masque et un couteau, qui me poursuivait, mais en fait, c’était Kerili qu’il poursuivait, et il la tuait.
– Tu te transformais en Kerili et toi, tu mourais pas mais elle si ? fut la meilleure réponse que trouva Yumi face à cette révélation macabre et étrange.
– Non , j’ai fait le même rêve plusieurs fois. À chaque fois, je voyais plus de choses que la précédente. Dans les premiers épisodes, si tu veux, c’était moi la victime, mais dans le dernier, c’était Kerili .
– Tu as eu une prémonition. C’est… Ça a dû être horrible pour toi. J’espère que ça ne t’arrivera pas de nouveau.
Ce jour-là, tout le monde fut beaucoup plus gentil avec Mijia . Toute la classe, populaire ou non, discuta de cet horrible événement auquel ils avaient assisté. Tous se réconfortèrent mutuellement. Yumi eut enfin une occasion de parler plus gentiment à Mijia .
Hello Zoogri !
Mme Jilki proposa à la classe de discuter de l’assassinat. Tous les élèves en firent des tonnes sur le choc qu’ils avaient ressenti, et ne s’épanchèrent pas avec la plus grande discrétion. Même Tim, l’implacable joueur de volley, paraissait extrêmement nerveux.
– Je vais en faire des cauchemars toute ma vie, gémit Leira.
– Oh franchement Leira Kineysha, tu pourrais éviter de tirer la couverture à toi-même le jour de la mort de ma meilleure amie ? explosa Mijia.
– Mais non, mais… balbutia Leira, mal à l’aise. Je voulais dire que j’ai trouvé des trucs dans un magazine, pour éviter de faire des cauchemars et de garder des mauvais souvenirs.
Nayara dressa l’oreille. Des astuces anti-cauchemar ? Voilà qui pourrait l’aider. Bien sûr, ils n’avaient sûrement pas de conseils pour empêcher les prémonitions. Mais si ce n’était que des cauchemars, peut-être que ça lui ferait du bien.
– C’est vrai ? Tu pourrais nous montrer ce magazine-là ? demanda-t-elle.
Comme si elle n’attendait que ça, Leira sortit de son sac un magazine au nom improbable de Zoogri, d’un air triomphant. Zoogri, sérieusement ? Nayara espérait que ce n’était pas le surnom de quelqu’un.
– Voilà, s’extasia Leira, « 10 trucs et astuces pour éviter les cauchemars… On te dit sûrement de ne pas penser à ce qui t’empêche de dormir, mais tu as juste envie de répondre que, quand on te dit de ne pas penser à des petits vieux en costume de morse, tu ne penses qu’à une chose, des petits vieux en costume de morse ! Pas de panique, on a de meilleurs conseils que ça ! 1 : Ne te couche pas juste après une dispute non résolue. Sinon, tu devras attendre que ta colère passe avant de t’endormir, ce qui perturbera ton sommeil. Si tu ne peux pas éviter la dispute, va te coucher bien après t’être calmé. 2 : Identifie ce qui provoque tes cauchemars (film, vidéo clip, vieux jouet) et évite-le. 3 : Bien que ce ne soit pas si difficile de te remettre à penser aux costumes de morse, ou tout ce qui te fait faire des cauchemars, c’est très bien de ne pas y penser. Si tu l’évites suffisamment et ne te dis pas trop que tu dois l’éviter, tu finiras par les oublier… »
Leira leur lut les ridicules textes de cet absurde magazine comme s’ils contenaient le sens même de la vie. Nayara se retenait à peine de rire aux « petits vieux en costume de morse ». Elle n’était pas sûre si elle riait parce qu’elle trouvait cette phrase drôle ou parce qu’elle avait pitié de ceux qui s’étaient convaincus que cette ligne pathétique aurait pu passer pour une blague. Alors, il suffisait d’arrêter de penser à ce qui provoquait nos cauchemars et on pouvait dormir tranquille ? D’accord, Nayara n’avait plus qu’à oublier… Qu’est-ce qui provoquait ses cauchemars, au juste ? Kerili ? Les hommes en masque gris ? Non, la source de ses rêves étaient les gens qui allaient mourir, mais comment pourrait-elle savoir qui elle verrait dans ce rêve qui lui permettait de savoir à l’avance qui mourrait ?
À la sortie des cours, Leira proposa de prêter son exemplaire de Zoogri à qui en aurait besoin. Mijia le lui demanda. Nayara écouta brièvement leur conversation puis murmura ce qu’elle avait pensé quelques heures plus tôt :
– Mais si tu as déjà rêvé d’un meurtre avant d’en voir un, comment tu fais pour éviter la source de tes cauchemars ?
– Quoi ? demanda Mijia, qui avait entendu Nayara, mais très vaguement.
Nayara se figea. Elle n’avait pas beaucoup d’autre choix que de raconter son rêve, mais les autres filles allaient la prendre pour une folle, ou lui dire que ça n’était pas de très bon goût. Elle trouva alors un moyen de contourner certains éléments que les autres n’auraient pas envie d’entendre :
– Comment on fait pour éviter la source de ses cauchemars, si on en a déjà fait un qui ressemblait à quelque chose qu’on verrait plus tard ?
– Hein ? fit Mijia, avec surprise mais un certain intérêt.
– J’ai rêvé d’une fille qui se faisait tuer, avant que Kerili disparaisse. Alors, c’est presque comme si j’avais des rêves prémonitoires, mais pas tout à fait. Est-ce que Zoogri (elle avait toujours du mal à prononcer ce nom sans glousser) a des conseils pour ça ?
– Oh, pauvre Nayara, c’est affreux ! compatit Mijia.
– Toi, t’as vraiment besoin de conseils de Zoogri. Et d’affection, s’enthousiasma Leira, prenant Nayara dans ses bras.
– Ça te dirait d’emprunter mon Zoogri après que Miji ait fini ? Mij me dira quand elle aura fini, puis elle me le rendra et je te le passerai. Ou tu voudras qu’on aille en acheter un autre ensemble ? babillait Leira comme une noble dame faisant si généreusement le don de l’inestimable Zoogri.
– Ou tu peux lui envoyer les articles sur internet, suggéra Mijia. Oh… Voilà les parents de Keri qui discutent avec un flic.
Leira et Nayara se tournèrent dans la direction où regardait Mijia. En voyant le policier parler aux parents de la première victime, elles décidèrent mutuellement, sans un mot, de s’approcher pour l’écouter.
– Les tueurs, vous voulez dire. C’est encore un peu tôt pour affirmer quoi que ce soit, mais je soupçonne qu’elle a été poignardée par plusieurs tueurs. On dirait. Les coups sont trop nombreux et trop espacés pour avoir été portés par une seule personne.
– Qu’est-ce qui vous fait dire ça, si ce n’est pas indiscret ? demanda le père de Kerili.
– C’est vrai que je ne peux rien révéler au public tant que l’autopsie n’est pas finie. Mais c’est une idée qui nous est venue à l’esprit, en voyant le cadavre. Les coups de couteaux sont assez loins des autres, disposés comme si un tueur avait cherché à faire de la place à un autre, si vous voyez l’idée…
– Oh, franchement. J’avais pas besoin de ce genre de détails ! Mijia frissonna-t-elle de dégoût en se détournant du policier et des parents.
Alors, il y avait un autre tueur que l’homme au masque gris ? Qui était-ce ? Pourquoi Nayara ne l’avait-elle pas vu dans son rêve où Kerili était assassinée ? Ça s’annonçait encore plus compliqué.
– Sinon, Miji, tu veux le Zoogri ? Je te le passe ce soir ? demanda Leira comme elles sortaient de la cour.
– Non . J’ai pas besoin de cette feuille de chou, grommela Mijia .
– Bon alors, tu le veux, Nayara ? Et t’as pas intérêt à refuser, sois un peu plus sympa que cette autre vache de Mijia.
– Ça serait gentil, mais…
– Allez, j’insiste ! Ça va t’aider !
– Non.
– T’es vraiment trop coincée, Nayette ! Pire que Miji !
– Je peux savoir ce que tu as contre Mijia ? Et ta feuille de chou va pas m’aider, parce que ça comprendrait même pas le sens de mes cauchemars d’en ce moment.
– Wow, elle t’a eu, là Leira, commenta Sayel, quelque part à proximité des filles.
– Mais si ! Ils ont aussi une page qui donne le sens de certains trucs qu’on voit dans ses rêves, insista Leira au grand désespoir de Nayara qui ne voyait pas comment s’en débarrasser. Je te dis que ça va te faire du bien ! Zoogri t’aide à chasser tous tes cauchemars.
Et elle entama une chorégraphie tout en chantant cet absurde hymne/slogan de Zoogri, qui ressemblait à « Zoo-Zoogri, Zoo-Zoogri, dis-moi comment chasser mes cauchemars ». Ses Leira, qui les avaient rejointes entretemps, suivaient sa chorégraphie tout autour d’elle, et lui faisaient écho en répétant des mots comme « Zoogri ! » et « Aide-Moi ! ».
– Ah non, là, je me casse. C’est vraiment trop pour moi, fit la pince-sans-rire Mijia en joignant le geste à la parole.
Nayara put faire deux observations : 1 : Leira dansait assez bien, et 2 : Elle n’avait vraiment ni gêne ni sens du ridicule.
– Oh Diable ! Ils vous endoctrinent pour vous apprendre à faire leur pub en chanson, chez Zoogri ! commenta Yumi d’un air faussement catastrophé.
– Parle pas du Diable ! la sermonna Vimi. Je savais que t’étais un peu sataniste, mais…
– Pourquoi, parce que j’écoute du metal ?
– Alors, tu crois en Satan ou pas ?
– Non ! Après cette conversation extrêmement constructive, nous aussi, on se casse !
En plus d’être une bonne danseuse (et une pipelette, et une victime de la mode, et une vraie blonde), Leira devait avoir d’excellents réflexes, parce qu’elle réussit à fourrer son Zoogri dans le sac pourtant fermé de Nayara.
Un désordre
Ce soir, Nayara fit un autre rêve étrange, mais qui heureusement, n’avait rien à voir avec des meurtres. Elle était dans le salon d’une maison où elle n’avait jamais mis les pieds dans la réalité. Elle trébucha sur un tas d’objets dispersés sur le plancher. Des écharpes, des mouchoirs, des chaussettes et des cartes postales. Nayara se demandait dans quelles circonstances ces objets pouvaient se retrouver éparpillés ensemble sur un plancher. Mais avant qu’elle n’ait pu trouver d’explication, elle se réveilla.
Elle resta couchée pendant qu’une idée germait dans son esprit. Non. Eh, c’était fait pour ça ! Mais enfin, c’était un tissu d’idioties. Oh, et puis, qu’est-ce qu’il l’empêchait de regarder la page d’interprétation des rêves, elle avait l’exemplaire de Zoogri, après tout.
Elle vérifia qu’il y avait bien une page d’interprétation des rêves. C’était le cas, une double page avec différentes choses qu’apparemment beaucoup de gens voyaient dans leurs rêves, suivies de quelques lignes d’explication. Quelle définition décrivait le mieux son rêve ? Désordre ? Vêtements ? Cartes ? Non, c’était les cartes à jouer, pas des cartes postales. Alors, désordre : « Il y a un désordre dans ton rêve et probablement dans ta vie aussi. Il est temps de le ranger ! Mais n’oublie pas qu’en fouillant dans tes émotions ou tes souvenirs, tu peux retrouver des choses précieuses que tu croyais perdues ».
Elle était bien avancée avec ça ! Tu parles d’un tissu de conneries complètement clichés qui pouvaient s’appliquer à n’importe qui ! Pourquoi lisait-elle ces bêtises ? Il fallait qu’elle trouve un moyen de rendre l’insupportable magazine à Leira.
Quelques heures plus tard, Mijia n’était pas en cours. Bien sûr, ses camarades spéculaient déjà qu’elle était morte.
– Mais attends, c’est pas drôle, protesta Sayel devant les gloussements de Mareyo qui venait de faire une blague de mauvais goût sur l’assassinat de Mijia.
– Boh, faut bien rire un peu, t’es vraiment trop politiquement correct, Sayel ! le réprimanda Leira. Au fait, est-ce que Nayara a fait un autre cauchemar ?
– Je crois pas que ça t’intéresserait, marmonna Nayara.
Le lendemain fut une autre journée banale, sans Mijia ni publicité pour Zoogri. Jusqu’à ce que Nayara et Yumi surprennent le même policier parlant à un prof :
– Oui, on dirait que le tueur, ou les deux tueurs, s’en sont aussi pris aux proches de Kerili Tages’sha. On vient de retrouver son amie, Miji et sa famille assassinés dans leur salon.
– Oh, bon sang, quelle… C’est une autre amie de Kerili qui vous l’a dit ?
– Non, c’est leur voisine, Mme Sharan. Elle dit qu’elle les a trouvés, euh, si ça ne vous dérange pas d’entendre ça en début d’après-midi, complètement tailladés et couverts de sang, avec toutes leurs affaires en désordre, dans le même foutoir que leur sang et leur chair. Il y avait même une foutue carte postale des îles de Nalos par-dessus le bide transpercé du père, je cite !
Nayara se sentit mal. Alors, elle avait bien rêvé de chez Mijia, juste avant que l’assassin prenne les vies de toute sa famille. Eh bien, heureusement que son rêve s’était arrêté juste à ce moment !
Un horrible doute la saisit. Elle avait rêvé à deux reprises de meurtres qui avaient bien eu lieu. Et elle savait que ça allait arriver, mais elle n’avait rien fait. Puis , après y avoir bien réfléchi, elle se dit qu’elle n’aurait rien pu faire de toute façon. Elle aurait été incapable de combattre un tueur en série, et elle ne savait même pas où habitait Mijia . Oui , mais elle avait aussi rêvé d’un massacre pendant un concert. Rien n’indiquait sans ambiguïté que c’était le concert de Sildan , avec Aucune Option et Quatorze en premières parties, mais c’était le concert auquel Nayara pensait beaucoup ces derniers temps, et elle semblait rêver toujours de choses qui arriveraient dans quelques jours. Elle n’avait plus que deux jours avant le concert de Sildan . Oui , mais qu’est-ce qu’elle devait faire exactement ? Elle ne pouvait pas dire comme ça à Yumi , et au père de cette dernière qui les emmenait, qu’elle préférait ne pas aller au concert parce qu’elle avait peut-être rêvé que quelqu’un y viendrait tuer tout le monde.
À la fin des cours, Nayara vint rendre le Zoogri à Leira.
– Euh, tiens, Leira, c’était sympa de me le prêter mais je crois pas que ça soit ce qu’il me faut.
– Alors, qu’est-ce qu’il te faut ?
– Pas une visite à l’interprète des rêves !
– Non, mais qu’est-ce que tu fais pour le week-end ?
– Je vais à un concert de metal avec Yumi samedi soir. Un concert de Sildan et Quatorze, tu les connais pas.
– Et sinon ?
– On va traîner ensemble samedi avant le concert et faire nos devoirs le dimanche, répondit Nayara au lieu de « Ça te regarde ? ».
– C’est tout ? Veyal fit-elle semblant d’être choquée. Mais faut vraiment que tu te trouves des occupations plus saines, ma pauvre !
– Non, sérieusement, faut vraiment que tu te dérides, t’as l’air un peu glauque en ce moment, renchérit Leira. Même Sayel trouve que tu as l’air méga glauque et qu’il faudrait que quelqu’un te rende le sourire.
Nayara ne put retenir un sourire à la mention du doux nom. Elle se demandait si son penchant pour Sayel était évident pour toute l’école, et qu’elle était la seule à ne pas se rendre compte que tout le monde savait.
– Si Janette et compagnie t’invitent à voir un film à gros budget, ou acheter du vernis à ongle bleu, ou aller au centre commercial de manière générale, je vais m’incruster avec vous et bien me marrer, fit remarquer Sayel en ébouriffant les cheveux de Veyal.
– Oh, mais toi, on t’a pas invité, espèce de décérébré aux cheveux de chocolat !
Nayara espérait que ce n’était pas les surnoms qu’ils se donnaient quand ils sortaient ensemble.
– Ouais, le baveux décérébré, on verra si on le laisse venir. Parce que je l’ai largué, cette cervelle d’algues. Mais toi, on te laisse venir. On te laissera acheter du vernis bleu, parce que t’as l’air d’adorer les machins bleus.
Veyal pointa vers le bandeau des cheveux de Nayara, sa veste en jean et son pantalon de la même matière.
– Mais tu portes que ça en ce moment, faut que tu changes un peu. Faut que tu sois moins glauque.
– Je suis pas sûre… Si Sayel ne vient pas…
– Quoi ? insista Leira.
– Si Sayel ne vient pas ? Mais faut pas non plus que tu m’emmènes faire du shopping tout le temps.
– Oh, un petit peut quand même, fit Leira. Parce qu’il faudrait que tu essayes d’autres trucs un peu moins malsains. Faut que tu fasses un peu les boutiques avec des filles populaires et que tu te trouves ton premier petit copain, au lieu de te fringuer tellement avec la même couleur que tes yeux sont la seule chose sur toi qui ne sont pas bleus, traîner toujours avec la même personne et d’écouter du metal.
– Je traîne surtout avec Yumi parce que je suis un peu trop timide pour oser sortir de ma bulle, en fait. Je me sens moins à l’aise avec des gens que je connais moins, quoi. Et selon certaines superstitions culturelles de mes ancêtres, les yeux bleus portent malheur.
Sayel éclata de rire.
– Ah, j’crois qu’elle parle de toi, Leira !
– Non, mais t’es pas obligée de venir si t’y tiens pas, Din essaya-t-elle de calmer les choses. Mais si tu viens, on te promet de pas être trop horribles.
Plus tard, alors que Yumi et Nayara faisaient leurs devoirs chez Yumi, cette dernière explosa quand son amie lui exposa le programme du samedi après-midi :
– Putain de bois ! Tu m’as obligée à aller faire du shopping avec les Leira juste pour te coller à Sayel !
– Mais euh, juste une fois, et je peux avoir une autre occasion avec Sayel. Mais pour celle-là, ça serait pratique. Et ça nous fait quelque chose à faire.
– Tu sais, t’es une vraie manipulatrice dans ton genre.
– Yumi, on va pas se disputer pour ça !
– J’ai pas envie de me disputer avec toi. Je dis juste que j’aimerais faire autre chose de ma vie que faire la ratte de centre commercial avec les furieuses, répondit Yumi d’un ton qui suggérait qu’elle mentait et voulait une bonne grosse dispute pleine de psychodrames.
– Je t’assure, on peut y aller qu’une fois si on veut, et s’il y a un problème, on s’en va tout de suite.
– Ben j’espère !
– Arrête de faire la gueule.
– Faut qu’on y aille quand même pour que Say et toi puissiez vous pomper le groin, OK, j’avais compris.
– Yumi ! Arrête de jouer la meilleure copine grande gueule et un peu chiante, parce qu’on a des sujets plus importants à l’ordre du jour. Et je ne parle pas des devoirs.
– Le concert de Sildan du samedi soir ! glapit Yumi qui avait retrouvé sa bonne humeur et ne tenait plus tellement aux mélodrames adolescents.
Elles blaguèrent sur leur admiration pour la musique de Sildan, le groupe de metal alternatif dilrien, et sur quel était le plus beau membre masculin du groupe. Puis Nayara essaya d’annoncer une nouvelle moins heureuse en douceur :
– Tu vas trouver ça bizarre, mais… J’ai fait un autre cauchemar. Je ne t’en ai pas parlé, mais c’était la même nuit que l’assassinat de Kerili.
– Et alors ?
– Ça se passait pendant un concert. Quelqu’un tuait tout le monde à un concert !
– Celui de Sildan ? Tu veux dire que samedi soir, on va se faire tuer ?
– Je ne sais pas… Rien ne m’indiquait si c’était Sildan sur scène. Je n’ai même pas reconnu la salle. Mais je rêve des meurtres quelques jours avant qu’ils aient lieu, et comme on va à un concert dans deux jours.
– Oh, seigneur, murmura Yumi, imaginant soudain l’horreur qui pourrait bien vite faire irruption dans leur vie tranquille et mettre fin à leur bonheur pour toujours. Une violence qui s’introduisait dans leur vie, comme un incident de leur enfance…
– À quoi tu penses, Yumi ?
– Hein, que… Pourquoi tu dis ça, Naya ?
– Tu as exactement la même tête que mes parents quand je leur ai parlé de mon cauchemar avec l’assassin et qu’ils avaient l’air de se rappeler de quelque chose dont ils ne m’ont pas parlé. Mais qu’est-ce que vous me cachez, au juste ?
– Tu devines ce que je penses rien qu’à mon expression ?
– Quoi, tu as un visage très expressif.
– Oui, mais c’est assez précis, et tu le compares à quelque chose de très spécifique aussi… C’est bizarre…
– Mais quoi ? faillit hurler Nayara.
– Tu devines pas mal de trucs, c’est curieux.
– J’ai un troisième oeil. D’ailleurs tu me regardes comme si je m’en étais fait pousser un.
– Mais concrètement, Yumi essaya-t-elle visiblement de changer de sujet, qu’est-ce qu’on va faire ? On évite d’y aller pour sauver nos peaux ? Comment on va expliquer ça à mon père ?
– C’était ce que je me disais tout à l’heure !
– Et tu pensais que je serais plus avancée que toi ?
Les filles restèrent silencieuses quelques instants, se tournant le dos mutuellement.
Nayara finit par se tourner vers son amie :
– Ne nous disputons pas, s’il te plaît. Je sais ce qu’on va faire. Puisque maintenant, pour des raisons inexplicables, je peux prédire l’avenir, je sais comment prévenir les autres. Bien sûr, les autres ne vont pas nous croire, mais dès qu’on voit un signe de danger, on les prévient et on fait sortir le plus de monde possible.
– Vraiment ? On est capable de faire ça, nous deux ?
– J’en sais rien. Mais puisqu’on dirait que j’ai une espèce de pouvoir magique à la con, autant me rendre utile avec.
– Et qu’est-ce qu’on fait si on voit le… Tu sais, le tueur.
– On court. On court aussi vite que possible en espérant qu’on ne va pas se retrouver avec des pieds qui refusent de marcher au moment où on en a le plus besoin.
Un après-midi en goguette
Les Leira et leurs garçons de compagnie vinrent chercher Yumi et Nayara à l’arrêt d’un bus, puis toute la bande se rendit au centre commercial de la ville voisine, Tejki. Tout le monde semblait à peu près de bonne humeur, à part Tim.
– Fait chier, grommela-t-il. On a encore perdu un match. Le coach va encore me tuer.
– Timbo peut pas supporter un peu de pression, se moqua Sayel .
– Mais tais-toi ! Tim prétendit-il hurler de colère.
Les adolescents avaient prévu de voir un nouveau film d’horreur ensemble. Mais la salle manquait de places libres. Aussi furent-ils rejetés par une employée de guichet revêche dès que Leira demanda huit places :
– Non, répliqua sèchement la femme au guichet.
– Pourquoi ? insista Leira, copiant les haussements de sourcils de son interlocutrice.
– Il n’y a plus que quelques places disponibles pour la séance de maintenant, et vous êtes beaucoup trop nombreux ! expliqua l’employée comme si elle s’adressait à des demeurés qui l’agaçaient profondément. Sérieusement, qu’est-ce qui vous prend de vous balader aussi nombreux et de penser qu’il y a des places pour vous tous partout ? Bon, maintenant, dégagez, allez faire votre shopping et fumer de la drogue ou est-ce que je sais, et fichez-moi la paix, je travaille !
Elle s’occupa des clients suivants, l’air profondément satisfaite de ne plus avoir affaire à huit ados à la fois.
– Connasse, maugréa Yumi.
Malheureusement, l’employée de guichet l’entendit et lui jeta un « Mademoiselle ! Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton ! » qui lui fit dresser les cheveux sur la tête.
Pendant que Yumi était aux prises avec une méchante employée de guichet, Nayara surprit une conversation entre deux autres employés du cinéma :
– Tu as vu Shadrio récemment ?
– Non… Il a plusieurs heures de retard et impossible de le rejoindre.
Alors Nayara cessa de voir le hall d’entrée du cinéma pour voir ce qui devait être l’intérieur d’un placard. Elle se demanda quoi faire pour revenir à la réalité, avant de se rendre compte qu’elle devait avoir une vision en plein jour. Il n’y avait qu’à attendre que ce soit fini.
Il y avait quelqu’un d’autre avec elle dans le placard. Un homme immobile, assis dans une position peu confortable. Il était livide et entouré d’une énorme tache rouge et visqueuse. Une petite étiquette sur son t-shirt bleu marine le nommait Shadrio.
Nayara en fut presque soulagée quand la voix de Din la réveilla ainsi :
– Ça va, Naya ? On dirait que t’as vu un fantôme !
– Hein ?
– Ouais, désolée pour le gros cliché. Mais je te jure, t’avais les yeux vraiment vitreux et l’air pas bien du tout. On dirait… On dirait que tu as vu des choses vraiment horribles que tu as du mal à comprendre !
– Ça y est, elle nous refait le mythe de Ctulhu et ce genre de conneries ! fit Mareyo.
– Euh, ouais, désolée. Je ressors les folies de ma sœur !
– Mais euh, couina Veyal, je croyais que c’était pas bien de dire que ta sœur était folle !
– Ça va quand moi je le dis, mais les autres, quand ils le disent, je me méfie de leurs intentions.
– Ah bon, tu as une sœur ? fit Nayara, soudain curieuse.
– Euh , oui, une sœur de deux ans de plus que moi, elle s’appelle Jiri . Tu la connais pas, elle est jamais allée au même lycée que moi, Din répondit-elle d’un ton suggérant qu’elle n’en dirait pas plus.
– Bon, proposa la fille aux cheveux teints en rouge, on va faire les boutiques ?
La bande quitta donc le cinéma, Nayara essayant de ne pas penser à sa vision de l’employé assassiné.
N’ayant pas envie de détromper les stéréotypes de genre cet après-midi, les filles allèrent à une boutique de maquillage, et les garçons au magasin de DVD, Tim suggérant qu’ils tenteraient de mettre la main sur un nouveau film rempli de blagues en-dessous de la ceinture. Jani et Vimi firent essayer un vernis à ongles bleu à Nayara. Leira lui proposa même de le payer.
– Et je vais devoir faire quoi en échange ? répliqua Nayara en plaisantant à moitié.
– Venir avec nous au centre commercial si on te le demande, expliqua Leira. Ça lui va bien, hein ?
– Ah oui ! fit Veyal, scrutant Nayara avec intérêt. Naya, faudra qu’on arrange tes cheveux un de ces jours, pour faire ressortir tes frisettes.
– Boucles, corrigea Nayara.
– C’est juste un détail, comment ça s’appelle, mais faut qu’on te fasse ressembler à un caniche brun, expliqua Veyal. Pas un de ces chiens dégueulasses qui passent leur temps à essayer de te mordre, un chien super classe, quoi.
– Quelle joie, ironisa Nayara.
– Mais ça sera trop bien sur le plan etsé, etes, es-thé-tique, Veyal s’emmêla-t-elle les pinceaux. Avec les deux blondes, la vraie et la fausse rousse, la brune aux cheveux raides et celle aux cheveux bouclés, et celle aux cheveux noirs !
– Trop génial, râla Yumi. Ravies d’être tes plus beaux accessoires de mode.
– C’est vrai que c’est trop beau, les accessoires, répondit stupidement Leira en train de se maquiller comme une voiture volée.
– Et vous aussi, vous pourriez être jolies si vous faisiez un effort, commenta Din.
Puis les garçons sortirent en courant du magasin d’en face, poussés vers l’extérieur par un caissier.
– Et que je vous prenne plus jamais à essayer d’acheter un film interdit aux moins de dix-huit ans ! Sales gosses, va, râla ce dernier.
Les frasques de la branche masculine réussirent à décrisper un peu Yumi.
– Timbo ! glapit Leira, employant le surnom ridicule trouvé par Sayel.
– Eh, paye le maquillage avant de sortir de la boutique ! un employé la rappela-t-il à l’ordre.
– Vous connaissez ce petit abruti ? s’énerva le type des DVDs .
– Oh, oui. C’est mon Timy ! répondit Leira avant d’embrasser son Tim goulûment.
Leira et Tim semblaient essayer mutuellement de se dévorer le bas du visage. Et ils y passèrent tout leur temps. Il semblait que Veyal et Mareyo voulaient tenter le même coup, mais ils y mettaient tout de même moins de panache que Leira et Tim.
– Bon, on va ailleurs, les petits choux ? demanda Leira quand elle se détacha enfin de la truffe de son Tim.
Pendant qu’ils se mettaient en route vers la boutique de musique, Yumi s’adressa à Din :
– Au fait, avec quoi tu te teins les cheveux ?
– Oh, euh, du Colorful. Nuance orange sanguine.
– Ah ouais, ça a l’air cool. Ça te va méga bien, au fait. Et, euh, je veux pas causer des problèmes dans la troupe ou quelque chose, poursuivit Yumi d’un air suggérant que, si, elle adorerait causer la zizanie parmi les Leira, mais tes copines acceptent bien une fille avec les cheveux teints, en roux en plus ?
– Elles ont déjà une rousse. En fait, avec Jani, on s’est dit un jour que ça serait cool si je devenais la deuxième rousse de la bande. Mes parents étaient d’accord, parce que c’était au moment où… Enfin, bref, des histoires chiantes de ma vie, ça t’intéresserait pas. Ma sœur est rousse.
– Ah bon ?
– Oui, une Manchienne rousse naturelle, c’est rare mais ça existe. Je sais que Jiri a toujours eu un poil de carotte, si je peux croire les photos de quand on était gamines.
Yumi sentait qu’il y avait quelque chose de bizarre au sujet de la sœur de Din . Quand tout allait bien, on ne refusait pas d’en dire plus sur quelqu’un après s’être rendu compte qu’on commençait à en dire trop, et on ne pensait pas si souvent à quelqu’un si on l’avait tout près de soi. Mais peut-être qu’elle se faisait seulement des idées.
Au magasin de musique, les Leira obligèrent Nayara et Yumi à écouter les derniers succès pop, en écoute grâce à de petits casques. Yumi entendit cette chanson sur le maquillage magique, et un fouillis de synthétiseurs bons marchés qui se ressemblaient tous. Les Leira, par contre, adoraient visiblement cette « musique ». Les filles dansèrent et Tim leva le poing en entendant une chanson dont le narrateur séduisait toutes les femmes au plus grand sex appeal. Puis Leira se repassa la chanson sur le maquillage, et Nayara commenta :
– En tout cas, on sait pourquoi Leira s’identifie tellement à cette chanson. Ça lui parle !
Yumi éclata à nouveau de rire, et Sayel gloussa légèrement, des doigts des deux main sur la bouche. Naya trouva ça adorable.
Ensuite, Tim proposa d’aller voir la section metal. Leira et compagnie eurent la malchance de voir des pochettes de death et black metal et poussèrent des hurlements de dégoûts, se plaignant de la violence de ce genre de musique, et prétendant qu’il faudrait faire interdire certains albums.
– Je préfère te dire que tout le metal n’est pas comme ça avant de faire ma dégoûtée aussi, rapport à quand tu as dit que certains albums devraient être interdits, rétorqua Yumi.
– Tenez, écoutez ça. Pour vous initier au metal en douceur, dit Nayara, tendant aux Leira un album d’Aventures de Vivia. C’est la même batteuse que Chanteurs de Brume, vous en avez peut-être entendu parler.
Elle leur fredonna le refrain de Ressuscite - Moi , le plus grand tube de Chanteurs de Brume.
– Ah ouais, Chants de Brume ! Leira écorcha-t-elle le nom du groupe. Trop bien ! Et trop glauque. Eh, cervelle d’algues, ça devrait te plaire, c’est de la musique de chez toi, ça !
– Ils sont talanevyens, moi je suis lessayléen, c’est pas pareil ! grommela Sayel.
Les Talanevyens et les Lessayléens étaient deux peuples dans la même région du sud de Chada, le Kaleya. Bien sûr, ceux qui ne venaient pas du Kaleya les confondaient tout le temps, un peu comme certains confondaient toutes les îles de l’océan Nalos, tous les pays de l’est du continent de Teria et tous ceux du continent de Torikéa, où se trouvait Sorili.
– Mais ça t’intéresserait d’écouter Aventures de Vivia ? lui demanda Nayara.
– Euh, pourquoi pas, j’ai toute ma vie devant moi !
Nayara sourit jusqu’aux oreilles et acheta un disque de Poésie Elaborée, le groupe de metal progressif, et le disque d’Aventures de Vivia. Elle l’offrit à Sayel et lui conseilla de le prêter à toutes les Leira, et à leurs petits amis.
– Hm, merci, Sayel dit-il à Nayara en faisant passer le disque d’Aventures de Vivia d’une main à une autre. Je peux te revoir d’ici quelques jours ? Les filles me le conseillent depuis quelque temps. Il paraît que je te plais ?
– Ah ben, oui, tu me plais, euh, ah oui, Nayara bavait-elle, ravie que Sayel veuille enfin sortir avec elle. On peut se voir lundi après les cours ?
Elle réalisa alors qu’elle ne savait même pas si elle serait encore en vie lundi.
Le concert
Les parents de Nayara étaient très contents qu’elle ait passé l’après-midi avec les Leira. Ils étaient toujours ravis de voir leur fille se sociabiliser un peu.

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