Les passagers des étoiles
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Français

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Description

Chambord, haut lieu touristique, son château attire jusqu'aux confins de la galaxie. Un astronef Goozmes s'écrase deux cents kilomètres plus loin, près d'Alençon. Certes, une paille en comparaison des 40 années-lumière déjà parcourues. Mais, pour les sept membres d'équipage, venus dans un but d'exploration culturelle, terminer le voyage va relever d'un sacré défi. Le monde de Humains recèle, en effet, moult dangers pour des Goozmes, petites peluches espiègles. Réfugiées dans une maison, ces dernières trouvent en Jérémy, jeune garçon solitaire un précieux guide. Mais l'enfant entend bien garder ces jouets tombés du ciel, quitte à leur faire revoir leur priorité.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 16
EAN13 9782490637539
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LESPASSAGERS DES ÉTOILES

Tome1




NicolasGautun
Lespassagers des étoiles
Tome1









©Les Éditions ETHEN
LeCode de la propriété intellectuelle interdit les copiesou reproductions destinées à une utilisationcollective. Toute représentation ou reproduction intégraleou partielle faite par quelque procédé que ce soit,sans le consentement de l'auteur ou de ses ayant cause, est illiciteet constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2et suivants du Code de la propriété intellectuelle.








Deuxièmeétoile à droite… et tout droit jusqu'au matin !

PeterPan





AChristophe, Solène, Léodamgan, Faith.

Unmerci tout particulier à Maryvonne.








PREMIÈREPARTIE




PARUN SOIR D’OCTOBRE
CHAPITRE 1
1.1
SAMEDI5 OCTOBRE 1996
Lesoir se posait sur la région d’Alençon, luifaisant voir de toutes les couleurs vespérales. Lentement,inéluctablement, le ciel glissait vers le côtéobscur.
Lecrépuscule, plus que tout autre moment de la journée,invitait à la contemplation.
VictorLeblanc, sur son vieux tracteur rouge Pony, préféraitla poésie de la terre aux rêveries célestes. Cecultivateur de 75 ans s’activait à labourer un champ detubercules.
Sondomaine agricole s’était réduit à peau dechagrin ces dernières années, santé oblige.« Ménagez-vous, vous arrivez sur la réserve ! »lui avait recommandé son médecin, l’œil surla jauge.
Victorpossédait tout de même encore quelques parcelles dontcet hectare de patates sur lequel il traçait des sillonssymétriques.
Toutroulait pour lui quand soudain, sa machine diesel se mit àtoussoter, hoqueter, cracher. Puis plus rien.
Lepaysan tourna plusieurs fois la clef dans le démarreur. Envain.
  Ilmit pied à terre en pestant. Une panne à l’oréede la nuit ! Louison (le nom donné par le conducteur àson antiquité ronflante) choisissait bien son heure!   C'est à cet instant précis qu'une lueur trèsvive fit pâlir le soleil couchant. Oh, elle ne lui fit pas del’ombre bien longtemps ! Tout au plus cinq secondes, selonle témoin. La diagonale incandescente coupa le ciel empourpré,pour disparaître derrière un petit bois qui jouxtait lechamp. Une météorite ? Victor mit l’interrogationde côté, préoccupé par un autre mystèred’ordre mécanique.
Auterme d’une entrevue avec son moteur, ponctuée de nomsd’oiseaux que le vieil homme appelait des mots tendres, il seréinstalla au volant. C’était le moment devérité.
Allezma Louison ! Ranime-toi !
Ilallait pour tourner la clef de contact quand un détail lui fitsuspendre son geste. Une fumée grisâtre et lancinantes'élevait non pas du capot du tracteur mais derrière laligne des arbres à l’horizon.
Undépart de feu ! 
C’estdu moins ce qu’imagina Victor. Le paysan sauta de son destrieret courut vers le bois. Il n’était peut-être pasencore trop tard !
Iltraversa son champ aussi vite que le pouvait un homme mûr,de surcroît chaussé de bottes en caoutchouc. Laterre fraîchement labourée crissait sous ses pasprécipités.
Ilescalada un talus et s’enfonça directement dans une zonede taillis. 
Lesbranchages des sous-bois lui raclaient sa barbe poivre et sel detrois jours. Les ronces n’étaient pas en resteet griffaient le bas de son pantalon. La nature sauvage ethostile s’exprimait ici sans complexe, mais il en fallait pluspour arrêter Victor qui parcourut une centaine de mètresjusqu’à freiner sa course à l’approched’une petite clairière. 
Descarcasses de tôles gisaient disséminées surplusieurs mètres carrés, en proie aux flammes. Unefumée s’en dégageait, si puante, si irritante quele travailleur de la terre dut se plaquer un mouchoir sur le nez. Ilne rebroussa pas chemin, mais au contraire, arracha quelquesbranchages et combattit le foyer. Il frappa à coups redoublés,protégé des projections par son carré d’étoffe.Le feu n’étant heureusement pas très virulent, ilen parvint vite à bout.
Lafumée se dissipa peu à peu, levant le voile sur unspectacle de désolation. Des fragments métalliques,dont les plus importants ne dépassaient pas une vingtaine decentimètres de diamètre, se trouvaient éparpillésfaçon puzzle. Que s’était-il passé ?  Accroupi, Victor ne résista pas à la tentation detoucher un débris. Il s’en mordit les doigts, ouplutôt se les brûla. Ses jurons de douleur, couplésà une sorte de danse de St Guy tandis qu’il secompressait l'index, durent effrayer les petits animaux du bois. Saufun, plus hardi… En effet, notre pompier en bretelles repéraune tête émergée des fougères qui lescrutait avec étonnement : une frimousse de lapin. Sesyeux mi-clos très expressifs le rendaient singulièrementsympathique. 
—  Quoi ?T’veux finir en civet ?  lui lança Victor, demauvaise humeur.
  Commes'il avait pris acte de la menace, l'animal détalasur-le-champ.
Lecultivateur promena son regard sur les arbres en périphériede la clairière. Les troncs des hêtres présentaientdes traces de roussi. Il baissa de nouveau les yeux et repéraau milieu de ce fatras fumant deux cylindres concentriques. Cestubes, de la longueur de sa pogne calleuse, émettaient uneétrange lueur verte incandescente.
Victorpensa à des résistances électriques. Mais dansce cas, où puisaient-elles leur énergie ? Est-ceque ces trucs rayonnaient d’eux-mêmes comme desémeraudes ? Échaudé par sa récenteexpérience, il effleura l’un des objets du bout desdoigts. La surface était lisse et tout juste tiède. Ilenveloppa chacun des cylindres dans un mouchoir qu’il glissadans sa veste de bleu de travail.
Satête fourmillait de questions, et quelque chose lui disait queles éléments de réponse ne tomberaient pas toutcuits. À propos de tomber, le responsable de cechantier est peut-être justement la gravité ,subodora une petite voix intérieure. C’estce qui reste d’un crash .
***  Victor rentra à la maison vers vingt heures. Louison, muetjusqu'alors, avait repris connaissance sans qu'il eût besoin detourner deux fois la clef dans le démarreur. Encore unmystère.
Il partageaitsa vie avec Jeannine depuis plus de quarante ans. Une femme robuste,au visage couperosé et sillonné de rides dontquelques-unes imputables à Victor, les meilleures, comme sespattes d’oie attrapées à force de rire de seshistoires. C’est de cette manière qu’il l’avaitséduite. Quant aux autres plis… les témoinsd’usure d’une vie de travail à la ferme.
— Pourquoiqu’tu regardes ta soupe comme ça ? lui demanda sonépouse qui se coupait une rondelle de pain. Elle t’plaîtpas ? 
Il nerépondit pas. Depuis plus de deux minutes il contemplait sonpotage, les mains sous le menton, pareil à un écolierface à un devoir.
—  Çava pas ? demanda-t-elle en se penchant sur lui.
-–-Hein ?... Euh, si ! sursauta-t-il.
– --T'es sûr ?  
– --Oui ! 
Ellen'insista plus. Mais elle le connaissait par cœur son Victor.Pensez donc, après presqu’un demi-siècle de viecommune !  Jeannine le devinait absorbé maisétait loin de s’imaginer la raison.
Victorrepensait à se découverte dans le bois. Une question,toujours la même, enchaînait les tours de circuit dans satête: à quoi diable appartenaient tous ces débris? Sa boîte à gamberge passait en revue diverseshypothèses possibles, notamment celle d’un satellite.Sur la quantité d’objets à tourner autour decette bonne vieille Terre, il devait bien en dégringoler detemps à autre ! L’absence de minérauxexcluait la piste d’une météorite.
— T’espas comme d’habitude, déchiffra Jeannine qui ne cessaitde l'observer. Dis-moi ce qu’y a !
Etpuis, il y avait ce lapin qui le regardait si bizarrement avec cetteexpression dans le regard... presque humaine   !
Allons,tu débloques, ressaisis-toi   !
Jeanninese leva pour allumer la télévision. Le poste de téléet la machine à laver étaient les seules concessionsfaites à la modernité dans une cuisine froide oùla fenêtre jaunâtre dispensait une lumièreavare.    — Quand t’auras décidéde m’causer, j’te servirai la suite du repas, grommela lafemme, en prenant place dans un canapé déformé,au tissu déteint par le temps.      Àcette heure-ci, Michel Drucker assurait Studio Gabriel, son émissionde variétés quotidienne. L’imitateur LaurentGerra se faisait la voix de Johnny Hallyday. 
Victoracheva sa soupe, lâcha un pet, se rinça les doigts àl’évier avant d'attraper son béret et sa vestebleu foncé.        —Où qu’tu vas ? glapit Jeannine en se relevant de sonfauteuil. 
Victorhésita. Comment lui expliquer ? Tout ce qu’ilsavait, c’était qu’il avait ététémoin d’un spectacle pas clair du tout. Dans un sens ily verrait encore moins à la nuit tombée, mais sonintuition lui disait de retourner dans le bois. Il en ressentait lebesoin irrépressible.
— Oùqu’tu vas ? répéta son épouse, en haussantle ton. Tu vas me dire, à la fin ? 
— Euh…Je retourne au champ. J'ai oublié que’que chose.
  Mieuxvalait taire sa découverte. Elle lui interdirait d’yremettre les pieds ou serait bien fichue de vouloir l’accompagner.
— Etquoi don’ ?        —Un pull.       — Mais y faitnuit ! Ça peut attendre demain, non? Personne va t’lepiquer ! 
Levieil homme sentait qu'il n'allait jamais la convaincre. Aussi, il laprit par les épaules et lui promit avec une grosse voix poséeet autoritaire, à la Jean Gabin.
— J’suisrevenu dans un quart d’heures ! RegardeDrucker en attendant !
Jeanninene put rajouter quoi que ce soit. Son mari était déjàparti dans la nuit, rejoindre sa 4L garée dans la cour. Saguinde, ça faisait bien 30 ans qu'il roulait avec, et elle seportait comme un charme... enfin, presque. Il s’installa côtéconducteur avec sa conscience comme passagère.
T’aspassé l’âge de jouer aux aventuriers nocturnes,mon pauvre vieux ! Sans compter que tu mets ta bonne femme enpanique, tu t’en rends compte ?
Victorlaissa parler la petite voix et tourna la clé decontact.                                              ***
Depuisle bourg de Condé sur Sarthe, une route descendait vers lepetit-bois. Le massif, d’à peine un hectare, s’étendaiten bordure d’une carrière de granit désaffectée. 
Victorstoppa sa guimbarde à la lisière, rue du Châteaud’eau. Les phares jaunes éclairèrent l’infimeportion d’un sentier dont le tracé escarpébordait l’ancien gisement.
Àcette heure, le bois n’était plus qu’une masseténébreuse. Pas très engageant tout ça.
Levieil homme tira une pile électrique de la boîte àgants et descendit de voiture. Un vent frais le fit frissonner danssa veste de tissu bleu. Il revêtit son chandail laissésur le siège passager avant. Sa main plongea dans l’unedes poches de son pantalon de toile et reparut tenant l’un desdeux cylindres. Plus de radiance verte. La lumière se trouvaitpeut-être encore à l’intérieur, mais oùexactement ?
Ilclaqua la portière un peu fort, ce qui fit aboyer un chien.Depuis la route Nationale 12, toute proche, lui arriva le bruit deferraille d’un camion.
Victorrapatria sa trouvaille cylindrique dans sa poche et, à lalueur de sa lampe, attaqua le sentier. Dans le silence sépulcralil lui semblait que le bruit de ses bottes sur le sol pierreuxrésonnait à des kilomètres à la ronde.Son tacot, abandonné à l’orée dubois, éveillerait-il des soupçons ?L’explorateur s’imagina menotté, tentantd’expliquer aux gendarmes qu’il ne se livrait pas àquelque trafic… Mais à quoi au juste ?
— Examinerdes épaves tombées de l’espace.
— Vraiment ?Et ben il va souffler dans le ballon, le grand-père !   
Victormarcha une cinquantaine de mètres jusqu’àbifurquer sur sa gauche et entreprendre du hors-piste. Un monticuleherbeux, encore humide de pluie, traçait la frontièreavec la partie sylvicole. Nul bruissement de feuilles, nulfrémissement d’animal. La faune semblait en sommeiljusqu'aux premières lueurs de l'aube. Le visiteur franchit letalus pour s’immerger alors dans une obscurité que lalune au dernier quartier, par sa lueur pâle au-dessusdes châtaigniers, des hêtres et autres cèdres,perçait timidement. 
Lesarbres avaient pris racine sur un relief accidenté, façonnépar les activités d'extraction d’antan. Victor devaitprendre garde en marchant à ne pas glisser surce sol pierreux, précieux mais redoutablementinstable. L'exercice était d'autant plus périlleux àune heure où le Bon Dieu avait éteint lalumière, nonobstant sa torche qui lui ouvrait la voiedans ce noir d'encre.
Plusieursfois, des pierres se dérobèrent sous ses pieds alorsqu’il franchissait quelques escarpements. Les branchagesau-dessus de sa tête, auxquels il put se raccrocher,l’empêchèrent de suivre le mouvement.
Leterrain rocailleux rendait sa progression délicate etretentissante. Ses oreilles résonnaient du bruit de seschaussures lourdes sur ce tapis minéral.
Ils’arrêta soudain, avec la sensation d’avoir entendubouger autour de lui. Nerveux, il pratiqua un balayage circulaireavec sa lampe. Le tronc frêle d’un jeune pin et celuid’un érable couvert de lichens surgirent dans sonfaisceau.
L’hommeresta quelques secondes immobile, l’oreille tendue. Riend’autre que sa propre respiration pesante. Il reprit sa route,se sentant tout à coup ridicule. Quelle raison avait-il àse sentir épié? Il devait être le seul idiot dansun environnement pareil, à la nuit tombée !Les gens normaux se trouvaient chez eux, devant leur télévision.
Victorpoursuivit son trajet vers la clairière, calculant la distancelui restant encore à accomplir. Le faisceau de sa lampesautillait çà et là sur les branches battantesdes arbres.
Quelquechose coupa sa trajectoire sur sa gauche. Il poussa un cri, manqua detomber à la renverse. Pas de panique, ce ne devait êtrequ’un hibou. « Hou hou ! » Se mettredans un état pareil ! Un peu honteux, Victor reprit saroute.
Ilpénétra dans une zone de sous-bois. À lui dedémêler les branches basses des arbustes.
Destraînées lumineuses surgirent au loin, glissant tantôtsur le sol, tantôt sur les branches basses des arbresenvironnants. Des torches ? Il n’était donc pas leseul à se livrer à des excursions nocturnes ?
Etalors ? Le bois ne t'appartient pas, et c'est un lieu de promenadesautorisé !  
Seulement,à une heure pareille, les rencontres dans ce genre d’endroitétaient rarement les meilleures. Mais pas question de s’êtredonné tout ce mal pour rien ! Victor voulut en savoirplus.
Ils'avança à petits pas, le dos voûté,jusqu’à s'accroupir à nouveau derrière unetouffe de fougères. La clairière se trouvait àprésent devant ses yeux. Au-dessus de lui, dans le ciel ànu, luisaient des étoiles fantomatiques.
Lesfaisceaux des torches balayaient constamment les débris. Detoute évidence, d’autres que lui s’yintéressaient. Mais qu’est-ce que ces individuscomptaient en tirer au juste ? 
Ettoi-même, que voulais-tu en faire ?  
Victorouvrit grands ses mirettes de septuagénaire encore vert, pourtenter de discerner les silhouettes.    — Allez,on s’active ! fit une voix rocailleuse.
Çadevait être le chef du groupe.
Notreespion grimaça de douleur. Il n’avait plus l’habitudede la position accroupie. Il débattit en lui-même ducomportement à adopter. Deux options s’offraient àlui : tailler la zone fissa ou oser aller à la rencontre deces gens, peut-être à ses risques et périls. Ilpouvait fort bien s’agir de gangsters enterrant un butin !  Les visiteurs entreprirent de déplacer les bouts de tôlesd’un endroit à un autre de la clairière. Victorsentit un frisson le parcourir. Ces ombres en face de lui n'avaientaucune appartenance humaine. Elles relevaient plutôt del’espèce animale. Voyons,   c’estgrotesque ,raisonna-t-il.  C’estla nuit qui te joue des tours. Tu en connais beaucoup d'animauxcapables de tenir une lampe torche ?
Toutà coup, des fougères s’écartèrentsur sa droite. Surgit un petit animal aux oreilles développées.La lune faisait ressortir la rousseur de son pelage. Ce lapin sedémarquait des lapins classiques par sa stature bipède.Oui, aussi étrange que cela pût paraître, ilmarchait sur deux pattes, à l’image de Bugs Bunny. Sapoitrine était étroite et ses hanches grossières.L’animal mâchait un brin de fougère avecnonchalance. Par réflexe, Victor braqua sa torche dans sadirection. Ébloui, le petitêtre couina et détala en un éclair.
  S’ensuivitune grande effervescence dans la clairière. Le paysan seredressa sur ses jambes et avança droit devant lui, commehypnotisé. Des faisceaux de lampes se croisèrent, commedans un duel de lumière.        —Qui êtes-vous ? demanda le vieil homme en mettant sa maindroite en visière.
Lesvisiteurs nocturnes lui apparurent. Il ne s’agissait nid’enfants en train de jouer, ni de malfaiteurs. Pas des êtreshumains... mais des peluches !
Oui,des peluches. Aucune d’elles ne devait dépasser lahauteur d’une bouteille de cidre. Pétrifié,Victor passa une main devant ses yeux puis la retira, espérantque ses visions s’évaporeraient et qu'il ne verrait plusque les fougères et les arbres. Il n'en fut rien.
L’undes êtres présentait les traits d’un ours desbanquises, au pelage immaculé. Toutefois quelques détailsnon négligeables le démarquaient de son homologue duPôle Nord. Outre son format rétréci (vingtcentimètres de la tête aux pieds, d’aprèsVictor) il adoptait lui aussi une démarche bipède.Sa patte droite enfermait une sorte de lampe électrique commeun veilleur de nuit. Ses yeux de billes brûlaient d’unevie insondable. À ses côtés, une grenouille auxyeux globuleux, entièrement recouverte de poils verts, lereluquait avec amusement. Elle se tenait également droite. 
      MonDieu, dites-moi qu’j'ai trop forcé sur la goutte ouqu’ça ne tourne plus rond dans ma vieillecafetière ...      Mais il n’avait pas bu. Enfin si, juste un petit verre de cidreà midi. Un coup de dive bouteille occasionnel ne faisait quandmême pas voir des éléphants roses ! Alors commentexpliquer ÇA ? D'où ÇA venait et qu'est-ce quec'était ? Des animaux mutants échappés d’unlaboratoire clandestin ?
Demande-leur,peut-être qu’ils te répondront.
Lescréatures se gaussèrent de son air pantois.    — Bon Dieu ! J’perds la boule ! se dit-il enreculant d'un pas. 
Victorsavait pourtant pertinemment que c'était réel. Lephysique de ces êtres n’avait rien de vaporeux. Une sortede chien s’avança vers lui, anthropomorphe, au museaud’épagneul. Plutôt élégant avec seslongs poils couleur crème et ses oreilles noires pendantes.Vraisemblablement myope, il portait une paire de bésicles surle museau.
—  Vousm'avez l'air sympathique, flaira ce dernier en lui tendant sa patte.Comment vous appelez-vous ?        Ceschoses savent causer ! V’là aut’chose !      —Vous ne savez plus votre nom ? C'est l'émotion, hein?       Ilresta muet. Sa respiration haletante parlait pour lui.       —Vous ne voulez pas faire connaissance ?       Victorperdit son sang-froid et le chien à lunettes prit seulementconnaissance de son pied qui le fit valdinguer dans les fougères.L'homme réalisa sa bêtise quand ses congénèress’avancèrent d’un même pas vers lui, l’airulcéré.
C'estmalin ! Tu t'es fait des ennemis !  
Iln'attendit pas son reste et prit les jambes à son cou. Ni lesbranches basses, ni les escarpements de rocaille sur sa routen'arrêtèrent sa course dopée par la panique. Soncœur battant à tout rompre, il courut, faisantabstraction de tout le reste comme les ronces et des branchettes quilui giflaient le visage. Il était la proie de lanuit, une nuit noire qui avait la couleur du cauchemar. 
  Heureusement,l'orée du bois n'était plus très loin.
1.2

Cesoir-là, Jérémy ne dormait pas. Blotti contreBunny, son lapin blanc en peluche, le petit garçon rêvait,les yeux ouverts, à un plafond d’étoiles. Leréveil Mickey posé sur la table de chevet égrenaitson tic-tac régulier et rassurant. L’enfant tourna latête vers le poster placardé à la porte de sachambre. Sa mémoire lui en dessina le moindre détaildans la semi obscurité. Il vit l’index allongéd’E.T rejoindre celui d’Eliott. Une seconde affiche tiréedu film montrait la toute jeune Drew Barrymore embrassant le frontchenu du botaniste extraterrestre.
Leson de la télévision lui parvenait depuis la salle deséjour, à l’état de murmure. Puisque lemarchand de sable était en grève, pourquoi ne pasmettre son insomnie à profit pour regarder un bon film ?
L’enfantsauta hors de ses couvertures, enfila sa robe de chambre, semartyrisa le pied en marchant sur des Legos. Maman lui répétaitsans cesse de ranger ses jouets, ça lui apprendrait.
Ils’engagea dans le couloir. Un liseré de lumièredécoupait l’entrée de la salle de bains sur sadroite. À son grand soulagement, car le noir l’effrayaittoujours un peu. Mais chut, ne le répétez pas !
Ilpoussa la porte de la salle d’eau, surprit son grand frèreVincent avec une belle barbe blanche onctueuse.
— T’espas au lit, Lutin ? l’interpella ce dernier en approchant sonvisage du miroir.
— M’appellepas comme ça, tu sais que j’aime pas!
— Désolé,Lutin.
— Tufais quoi ?
— J’merase. Toi aussi t’y auras droit le jour où t’aurasdes poils.
Jérémyle regarda s’administrer les premiers coups de rasoir avec unedextérité forçant l’admiration. A croirequ’il avait fait ça toute sa vie.
— Tufais ça pour les filles, hein ?
— T’astouuut compris. Maintenant va voir ailleurs si j’y…
Unefraction de seconde de relâchement suffit au drame. Vincentrendit une grimace horrifiée à l’entailleécarlate déjà en train de fleurir sur sa jouedroite.
***
Assiseaux côtés de son mari Pierre, Catherine Dutilleul nedétachait pas ses yeux de l’entêtant génériquede fin d’ X-Files :Aux Frontières du réel .La dernière histoire portait sur un tueur au régimealimentaire exclusivement constitué de foie humain. Bonappétit ! Captivée, elle avait laissé decôté son travail de raccommodage d’un pantalon.Mais maintenant que le terrible Eugène Tooms dormait derrièreles barreaux, du moins pour le moment, elle pouvait se remettre àl’ouvrage.
Catherinetutoyait la quarantaine, se voyant difficilement la vouvoyer. Cettejolie femme aux cheveux châtain coupés au carréavait de grands yeux bleu clair à faire chavirer bien descœurs. Combien de naufrages à son actif depuis le début? Un seul, et c’était son mari, assurait-elle.
— Tuperds ton temps à recoudre ça. D’abord tu rentresplus dedans, la taquina Pierre alors que démarrait un nouvelépisode.
— Maissi ! Et dis-donc, tu peux parler, monsieur Du Bidon !
Catherinese sentait en petite forme question répartie. Et Dieu sait sison conjoint avait déjà pu mesurer son sens durépondant, parfois cinglant. Mais ce soir-là, soninspiration devait être partie se coucher avant elle. Tiensd’ailleurs, en parlant de dodo, qui vit-elle entrer dans leliving ? Un charmant bambin en robe de chambre, ses cheveuxblonds en broussaille.
— Tudors pas, poussin ? s’étonna-t-elle en reposant sa boîtede couture sur la table basse.
— J’aipas sommeil. Je peux regarder la télé avec vous?
— Niet! trancha Pierre. Ce n’est pas un programme pour les enfants !Retourne te coucher !
Facileà dire. Si le chemin était court du salon jusqu’àla chambre, il n’en allait pas toujours autant du lit aumarchand de sable. Une prise en charge s’imposait, mais pourça, Catherine sentait qu’il ne faudrait pas compter surla figure masculine du foyer.
— Mamanva lire avec toi un ou deux chapitres d’un livre que tu aimes,susurra-t-elle au petit garçon en lui prenant la main.
— Etaprès ça, je tomberai dans les bras de Murphy ?
— Euh…C’est Morphée, mon chéri.
Dansle hall d’entrée, Catherine intercepta son fils aînéVincent en partance pour la Java. Quelques indices trahissaient sesprojets immédiats, parmi lesquels le paquet de gel sur sescheveux bruns plaqués en arrière, ou encore leseffluves de Channel N°1.
– Héle beau gosse ! J’peux savoir où tu vas ?
– AuLoustic voir les potes.
– Bon.Amusez-vous bien… (le rappelant au vol) Hé ! Nerentre pas trop tard !... Hé ! Pas d’alcool,hein !
– Tum’connais, m’man !
– Vincent!
– Quoiencore ?
– T’oubliesrien ?
Vincentrevint faire la bise à sa mère et repartit en footing.Dehors, le temps s’était rafraîchi.
1. 3

DIMANCHE6 OCTOBRE 1996
LaVolvo laissa derrière elle le bourg endormi de Condésur Sarthe et descendit la rue de la Jardinière en directiond’Alençon. La nuit était déjàpresqu’à la moitié de sa vie. Pressé deretrouver sa couette, Francis écrasa le champignon.
— Onarrive ? marmonna son épouse dans un demi-sommeil.
— Presque,répondit le chauffeur avant de tourner le volume del’autoradio. 
Lapassagère rouvrit les yeux et redressa son dos en grimaçant.Elle baîlla et regarda la lune sur sa droite. L’astreavait laissé sa première moitié dans l’ombre.La belle bouille de Marlène rayonnait quant à elled’une rondeur un peu enfantine.
—  Rasepoildoit s’impatienter ! dit la jeune femme en pensant à sonchat resté à la maison.
Leraminagrobis, ou plutôt « gros bide » auregard de ses quelques kilos superflus, devrait encore attendre. Car,tout à coup, un claquement déchira l'air du soir. Lespneus miaulèrent sur l'asphalte et alors la voiture partit enzigzags, dispersant un arôme de gomme brûlée. Lechauffeur, grâce à une certaine maîtrise deconduite, resta tant bien que mal entre les deux fossés.
LaVolvo s’immobilisa au bout d’une dizaine de mètres.Un ange passa, heureusement il n’arrivait pas du paradis.Francis se tourna vers son épouse, s’inquiéta àla vue de son visage devenu blême.
—  Çava, ma chérie ?
— Oui,parvint-elle à articuler, d’une voix atone. Qu’est-cequi s’est passé ?
— Jevais voir.
Iltira une lampe torche de sa boîte à gants et sortitinspecter. Ses soupçons se vérifièrent. Le pneuavant droit avait roulé sur un clou. À moins de deuxkilomètres de la maison, quelle poisse ! Hélas,une autre surprise l’attendait.
—  Jecherche le cric ! dit-il agacé à sa femme quil'avait rejoint au coffre.
Lepauvre pouvait le chercher encore longtemps. Et Marlène de luien expliquer la raison, d'une petite voix embarrassée.
— Euh...Chéri, tu te souviens, quand je t'ai dit que j'avais prêtéton cric à monsieur Castel ?
— Oui,dit-il avec la grimace de quelqu'un pressentant une mauvaisenouvelle. 
— Ehbien, je l'ai rangé... dans ma voiture, sans faire attention,avoua-t-elle, abrégeant le suspense.
— Ah !Bien joué ! Et comment je fais maintenant pour démonterla roue ? 
— J’suisdésolée.
Unsoupir affligé. Sa femme était adorable mais quellepetite tête ! Après analyse de la situation, ildésigna un hameau à deux cent mètres.
  — Bon,je vais frapper à une des maisons là-bas. Ça nem’enchante pas de réveiller les gens, mais j’aipas le choix, il me faut un cric. Attends-moi dans l'auto.
Ilprit soin de poser un triangle de détresse à l’arrièrede la voiture immobilisée avant de partir en quête duGraal. Bientôt, ses pas ne furent plus qu'une rumeur dans lesténèbres.
Marlènesentit un vent frais caresser son visage et agiter ses bouclesrousses. Si Éole s'était levé, on ne pouvait endire autant de la nature environnante en plein sommeil. Pas decriquet à striduler, nul hululement de chouette. Rien nevenait décacheter l'enveloppe du silence sinon le bruissementde l'herbe du pré au bord de la route et le ronronnement d’unavion très haut dans le ciel.
Lajeune femme remonta à bord de la Volvo, baissa la vitrepassagère, inclina sa calebasse sur l'appui-tête. Laradio jouait Holdingby the years dugroupe Simply Red. Les yeuxfermés, elle repensa à cette fête de famille donttous deux revenaient. Elle ressentait encore le vertige de sonétourdissant tango avec un cousin. Un sourire germa sur sonvisage au souvenir des histoires drôles et salaces d’unoncle, fieffé boute-en-train.
— Quelletête je vais avoir demain ! frémit-elle, revenuesoudain à des considérations de premier ordre.
Réalisantque demain était déjà là, elle baissa lemiroir de courtoisie pour en avoir un aperçu. L'astre dePierrot se répandit en éclats d'argent sur la glace.Ses cernes au clair de lune lui sautèrent moins aux yeux quele hayon relevé à l'arrière. Étrange ! Francisl’avait pourtant refermé.
Tuas dû rêver. Un coffre ne s'ouvre pas tout seul!
Elledescendit de voiture pour le rabattre. Des aboiements résonnèrentdans la nuit, premiers signes de vie depuis son arrivée.Machinalement elle allait flanquer le hayon quand un détailincongru la fit suspendre son geste. Sept peluches occupaientl’intérieur du coffre, campées droit sur leursdeux pattes, alignées comme des militaires lors d’unpassage en revue.
Lajolie trentenaire plissa le nez, sa manière naturelle demanifester de la surprise. D’où sortait ce chargement ?
L’assortimentcomprenait deux modèles d’ours : des jumeaux aupelage brun hirsute et un autre tout blanc, plus petit et trapu. À côtéd’eux, un lapin roux chétif et une grenouille vertedégingandée. Il y avait aussi deux chiens. Le premierarborait un pelage orge éclatant de toute beauté. Celuide son camarade présentait une couleur crème àl’exception de ses oreilles pendantes noires. Les verresoptiques, juchés sur son museau, le démarquaient de sescongénères.
Marlèneavança une main vers le chien à lunettes dont les yeuxsemblaient recouverts d’un étrange métal argenté.La lune en quartier se reflétait dans ses prunelles. Ellesaisit la peluche, l’examina sous toutes les coutures, caressason poil soyeux, goûtant à un lointain bonheur de sajeunesse qu’elle ne revivait d’ordinaire qu’àtravers les yeux de son petit-neveu.
Quandsoudain, le chien esquissa un sourire.
— Bonsoir! 
Lasurprise lui fit lâcher la créature. Ce qui s’ensuivitfinit de défier les lois de la rationalité et dechambouler les repères cartésiens de la jeune femme.Chacun leur tour, les autres jouets en peluche émergèrentde leur sommeil comme autant de marionnettes animées d’uncoup de baguette magique. Marlène recula d’un pas,partagée entre peur et fascination. Jem’invente tout ça, c’est la fatigue !
Lechien miro sauta du coffre. Toute sa clique suivit le mouvement.
—  Pardonsi je vous ai fait peur, ce n’était pas dans mesintentions. Je m’appelle Athos. Nous cherchons notre chemin.Nous avons atterri ici par accident. Savez-vous si nous sommes encoreloin de Chambord ? 
Qu’est-ceque ces peluches comptaient faire à Chambord ? Du tourisme ?Elle restait plantée là à les contempler, lesyeux comme des soucoupes. Le chien réitéra sa questiontout en avançant vers elle. Marlène recula, se repliavers l'avant de la voiture. Dans sa course, un talon de sa chaussurese brisa. Ce comportement était-il imputable à unenature associable ou au stress ? Sa respiration haletantefaisait pencher pour la deuxième hypothèse.
Unepeluche qui parle, ça n'existe pas. Une peluche qui parle, çan'existe pas, semartela-t-elle une fois réfugiée dans l'habitacle.
Uneminute s’écoula, égrenée par sesbattements de cœur accélérés. Elle tournala tête vers le coffre. Le hayon avait étérabattu. Un profond silence l’enveloppait, comme si rien nes’était jamais produit et qu’elle n’avaitjamais bougé de son cocon à air conditionné.L'alcool ? La fatigue ? Marlène voulait s’en tenirà la seconde explication.
C’estalors que des coups raisonnèrent sur le toit. L’instantd’après, la créature grenouille prit possessiondu capot sur lequel elle entama un joli numéro de claquettes.Réincarnation d’un Fred Astaire en amphibien aquatique ?
Cen’est pas vrai, je deviens folle !
Non,elle ne l’était pas. Le batracien lui donna la preuve deson existence matérielle en s’attaquant aux balaisd’essuie-glaces. La passagère les mit en marche. Ledispositif déglingué balaya l’air. Fièrede son coup, la bestiole facétieuse éclata de rire.Marlène tenta alors de garder son calme au moyen d’intensesexercices respiratoires.
Unbruit attira son attention sur sa gauche. Elle poussa un hurlement.Un jumeau grizzli tentait d’introduire son mufle par uninterstice de la vitre passager. Ses ahanements témoignaientdu mal qu’il avait à passer sa tête. Marlèneenclencha le bouton électrique de la glace. Bloquée auniveau de la trachée-artère, la bête émitun râle déchirant. Ses yeux s’exorbitèrentjusqu’à émerger de l’épaisseur deson poil. Dans d’autres circonstances, Marlène eûttrouvé cela comique. Les congénères del’assaillant le tirèrent par le bassin, ne faisantqu’accroître son supplice.
Seigneur! Je suis en train de le tuer !
Lechien aux bésicles sauta sur le capot pour interpeller lapassagère.
—  LibérezOrsie, je vous en prie ! Nos intentions sont toutespacifiques ! 
Dansun élan d’humanité, Marlène abaissa lecarreau. Délivrée de son carcan, la créatures’écrasa sur ses camarades. Depuis le capot, leporte-parole s'évertuait à rentrer en communicationavec la jeune femme.
  — Jeveux juste quelques renseignements ! Quelle est la route pourChambord ?
— Allez-vous-en! s’égosilla-t-elle, contrariée qu’on laprenne pour une carte Michelin.
Marlènerenchérit son ordre d’un furieux concert d’avertisseursonore qu'elle fit durer jusqu'au retour précipité deson époux. Deux minutes plus tard ? Ou mille ans ?Toujours est-il qu'à son retour précipité,Francis ne trouva pas sa femme exactement dans l'état oùil l'avait laissée. Ses yeux révulsésappartenaient à une bête aux abois.
  — Marlène! Mais qu’est-ce qui te prend ! s’écria-t-il enouvrant la portière.  
L’hystériquerelâcha le klaxon, regarda autour d’elle, adressa unregard hébété à son mari. Les monstresétaient-ils toujours là ? Elle sortit pourvérifier, sans calculer la présence d’unetroisième personne, le propriétaire du cric. Ce dernierla dévisageait, perplexe.
Plusde signes d'activité autour de la voiture, en dehors des bondsque faisait à présent son mari en voyant lesessuie-glaces disloqués. Elle scruta le décor. Derrièrele rideau des ténèbres, les criquets stridulaient ànouveau... Et sans doute, des musaraignes, peut-être desrenards aussi, embusqués dans le champ voisin. Et quoi d'autre? D’où sortaient ces créatures ?
—  Marlène,dis-moi ce qui s’est passé !
Luidirait-elle la vérité ? Jamais il ne la croirait.
— C’étaitune bête... comme un gros chien... il a escaladé lecapot. J'ai eu très peur.
— Quoi ?Il est parti par où ?
— Je...Je ne sais pas !
Sansmentir davantage, elle remonta dans la voiture et attendit queFrancis eût changé la roue. Comment imaginer un seulinstant qu'il la prendrait au sérieux ? Une fois le pneuchangé, la Volvo redémarra au quart de tour, laissantl’endroit maudit derrière elle. Le bon samaritain, quihabitait l’une des maisons le long de la rue de la Jardinière,ne voulut pas s’y éterniser non plus.
1. 4

Vincentet Fred marchaient vers le Loustic, d’un pas conquérant.L'un avait hâte d'y rejoindre sa chérie, l'autre sefaisait une joie d'y retrouver une jolie demoiselle qui, pourl'instant, n'était pas encore sienne.
— Allez,Vincent ! Ce soir t’attaques !
— J’saispas… Non, je vais observer.
– Maistu ne fais toujours qu'observer ! C'est bien le lèche-vitrines,mais il faut savoir aussi rentrer dans le magasin. 
Enguise d’arguments, Fred s’appuya sur un groupe de fillesdont l’une aux cheveux teints en rouge portait un T-shirt avecécrit : Kiss me ! Sic’est pas de la provocation ,pensa Vincent. Dans la soirée,un type entreprenant prendra l’invitation du maillot au pied dela lettre. Et ça partira en bagarre!
— Non,pas mon genre. Un peu trop délurées pour moi.
— Toutà fait d'accord avec vous, cher ami, renchérit Fred endéformant sa bouche en queue de poule. Elles sont d'unvulgaire !
Lafille qui faisait chavirer le cœur de Vincent était auxantipodes de ce style. Son moral était au beau fixe depuis queson meilleur ami et Olivia sortaient ensemble. Si un grand blond endélicatesse avec son peigne et adepte d'un humour décomplexépouvait tomber une belle brune, alors pourquoi pas lui ?
Labrunette en question taillait la bavette à l'entrée dela boîte avec Fabien, un camarade de classe de Vincent. Noyésdans un smog de fumée de cigarette, tous deux échangeaientleurs impressions sur le double album History de Mickael Jackson. Unetuerie, convenaient-ils. Fabien, qui arborait une coupe militaire,accueillit les arrivants par un sifflement admiratif.
—  Ouah,le beau gosse ! Il va les rendre folles !
— Sije savais danser comme Travolta…
— Oùest-ce que j'l'ai mise ? ouh ouh ouh ! Où est ma ch'misegrise ? Où est ma ch'mise grise ? chantonna le jeunehomme, plus en hommage ...

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