Les Pèlerins De Cythère
183 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

Les Pèlerins De Cythère , livre ebook

-

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
183 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Un plomb saute et c'est le monde entier qui se retrouve plongé dans l'obscurité.
Quand Tobias Cérigo, petit prof de chant désespéré, armé d'un pied-de-biche, s'introduit ivre dans la demeure du fonctionnaire zélé Luc d'Asmodée, il est loin d'imaginer que ce levier de fortune va dessiller les paupières de millions d'apathiques et faire vaciller la terre entière.
Feuilleton imprévisible et palpitant, récit d'aventures picaresques, parodie biblique truculente, thriller initiatique, roman d'amours éthérés et d'amitiés profondes (à moins que ce ne soit le contraire) mais aussi, et surtout, le tableau baroque d'une société en perdition, subjuguée par des forces maléfiques, qui n'attend qu'un battement d'aile (ange ou papillon) pour déclencher une tempête rédemptrice.
Cette fiction, librement inspirée de faits réels et de témoignages, est déconseillée aux moins de 12 ans.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 juin 2021
Nombre de lectures 3
EAN13 9782379796883
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0200€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Rodolphe Chapuis
Les Pèlerins de Cythère
ISBN papier 9782379796883 ISBN epub 9782379796883 ISBN epub PNB 9782379796890 ©mai 2021 Rodolphe Chapuis


Aux victimes d’abus rituels et aux rescapés.


« Aime et fais ce que tu veux. » Saint Augustin « Fais ce que tu veux. » Aleister Crowley


Livre I


Chapitre 1 Lever de rideau
Luc d’Asmod é e traversait le hall des locaux du Conseil Départemental et se dirigeait vers la salle d’attente afin d’accueillir son prochain rendez-vous ; il marchait d’un pas tranquille et d é termin é , et laissait trainer dans son sillage les fragrances subtiles du parfum La Nuit de l’Homme d’Yves Saint-Laurent.
Arriv é à l’entr é e de la pi è ce, noire de monde, il prit le temps d’ é pousseter la manche de son é l é gant costume d’un revers de la main comme s’il voulait, par ce geste, chasser une mouche ind é sirable. Il se pencha à l’int é rieur sans m ê me y poser un pied et appela : « Monsieur C é rigo ? »
Un homme trapu, aux cheveux grisonnants, aux traits tahitiens et à l’air inquiet, se leva, ramassa son petit sac à dos pos é à c ô t é de lui et s’avan ç a vers Luc ; les deux hommes se serr è rent la main et apr è s avoir effectu é les salutations d’usage, Luc invita son visiteur à le suivre vers son bureau.
« Bien. Veuillez vous asseoir, monsieur Cérigo, dit Luc d’un ton ferme mais cordial.
— Merci, monsieur » , r épondit simplement l’autre, en quittant son manteau puis en s’asseyant.

Les deux hommes se regard è rent pendant quelques secondes, sans dire un mot, face à face, simplement s é par é s par un petit bureau surmont é d’un ordinateur qui commen ç ait s é rieusement à battre de l’aile.
Luc, sentant que l’inqui é tude de son interlocuteur allait crescendo, fut le premier à briser la glace : « Monsieur Tobias C é rigo, je suis monsieur d’Asmod é e, le rempla ç ant de votre r é f é rente de parcours RSA.
— Pourquoi c’est pas madame Courtine qui me re ç oit aujourd’hui ?
— Madame Courtine est en arr ê t maladie. C’est donc moi qui suis en charge de votre dossier.
— Elle a rien de grave, j’esp è re ? demanda Tobias avec sinc é rit é .
— Non, rassurez-vous, rien de grave. Juste un peu de surmenage.
— Bon… j’esp è re qu’elle sera vite remise sur p…
— Monsieur C é rigo, coupa s è chement Luc, en ouvrant le dossier en papier Canson pos é devant lui, je me suis pench é sur votre situation et j’ai eu la surprise de voir que vous ne travailliez que cinq heures par semaine. Est-ce exact, monsieur ?
— Euh, oui mais je suis professeur de chant, et la rentr é e en septembre n’a pas é t é tr è s bonne, point de vue « inscriptions », r é pondit Tobias, d é j à sous pression.
— Cette excuse ne va pas me suffire, monsieur.
— Mais… C’est pas une excuse, monsieur Dassmod é : dans mon mé tier, on pense pas en nombre d’heures de cours mais en nombre d’ é l è ves.
— Et combien d’ é l è ves comptez-vous à votre actif cette ann é e ?
— Heu… Dix é l è ves, r é partis dans deux é coles de musique. Madame Courtine a d é j à not é tout ç a dans mon dossier, je crois…
— En effet, dit Luc, qui parcourait en diagonal les notes de sa coll è gue, je lis d’ailleurs que cela fait maintenant cinq ans que vous n’ ê tes employ é que par ces deux é coles et que vous d é clarez « ê tre activement à la recherche d’un autre poste d’enseignant ». O ù en sont vos d é marches, monsieur C é rigo ?
— Comme je l’ai d é j à expliqu é à madame Courtine, r é pondit Tobias sur la d é fensive, quand une é cole cherche un nouveau prof de musique, tout fonctionne par bouche-à-oreille. Moi, j’ai trouv é mes cours gr â ce à des coll è gues qui m’ont fait de la bonne pub.
— Et comment faites-vous pour d é velopper votre r é seau ? Envoyez-vous des candidatures spontan é es aux autres é coles ?
— Ben, bien s û r ! J’ai envoy é plein de C.V. et de lettres de motivations, partout, sans grand succ è s malheureusement.
— Mais encore ? r é torqua froidement Luc.
— En g é n é ral, je re ç ois m ê me pas une seule r é ponse, se d é fendit Tobias en se tortillant nerveusement sur sa chaise, et quand j’arrive à obtenir un entretien d’embauche (c’est arriv é que deux fois en cinq ans) mon « profil » les int é resse pas.
— Comment ç a ?
— Ils cherchaient plut ô t un prof titulaire d’un D.E. ou d’une m é daille d’or du conservatoire.
— Ils ont donc estim é que vous n’ é tiez pas comp é tent pour ce poste ?
— Mais… Pour juger de ma comp é tence, il aurait peut- ê tre fallu qu’ils me voient bosser ! s’emporta Tobias, visiblement irrit é par le ton hautain de Luc, ces gens, ils sont juste amoureux des beaux dipl ô mes et apparemment, ma licence de musicologie ne vaut rien à leurs yeux. Alors d’accord, j’ai pas le dipl ô me du conservatoire qui va bien, mais est-ce que je m é rite ce m é pris parce que je suis juste un chanteur autodidacte ?
— Peut- ê tre faudrait-il alors songer à vous inscrire au conservatoire afin d’obtenir ce dipl ô me, monsieur C é rigo ?
— É coutez, ç a suffit ! J’ai trente-sept ans, je travaille, et j’aimerais pouvoir me consacrer à mes cours. J’ai fait la demande du RSA pour avoir un compl é ment de revenu, sur recommandation de mon conseiller P ô le Emploi. C’est pas encore devenu un crime, non ? »

Luc qui, jusqu’ à pr é sent, é coutait Tobias en prenant quelques notes, les coudes pos é s sur le bureau, s’adossa lentement sur sa chaise sans cesser de fixer son interlocuteur de son regard bleu acier. Il posa son stylo sur le dossier, toujours en silence, et reprit calmement la discussion en fron ç ant les sourcils : « R é sumons la situation, monsieur C é rigo : nous sommes ici pour renouveler votre contrat d’insertion qui, je tiens à vous le rappeler, est ind é pendant de vos devoirs envers P ô le Emploi. Vous reconnaissez ne travailler que cinq heures hebdomadaires, ne pas ê tre en capacit é d’ é tendre votre r é seau depuis maintenant cinq ans et vous vous refusez à toutes formations pouvant am é liorer votre recherche d’emploi…
— Non, mais… C’est pas aussi…
— Laissez-moi terminer, monsieur C é rigo, lan ç a Luc avec autorit é , ici, vous ê tes accompagn é par le Conseil Départemental et vous ê tes cens é rendre des comptes à la collectivit é afin de convenir si, oui ou non, vous ê tes é ligible aux efforts consentis par les contribuables de ce d é partement. »

Ici, Luc fit une courte pause ; sa bouche dessina un sourire entendu puis il reprit, implacable : « En tant que directeur de l’insertion et de l’emploi, et au vu de l’incons é quence de votre projet professionnel et de vos insuffisances chroniques dans sa mise en œuvre, je vous notifie, en ce jour du 30 octobre, que votre dossier va ê tre examin é par une commission à caract è re r é vocatoire qui statuera sur la nature de votre sanction qui sera : soit une r é duction de votre RSA d’environ 80 % pendant trois à six mois, soit la suppression pure et simple de vos allocations. »

Compl è tement stup é fait par la tirade acerbe de son contradicteur, Tobias sentit une rage sourde s’emparer de son cr â ne comme s’il venait de prendre, sans s’y attendre, une grande tarte dans la gueule.
Toujours abasourdi et essayant d’ é teindre à grand peine la m è che enflamm é e de ce cocktail Molotov qui venait d’ ê tre catapult é dans son cerveau, Tobias C é rigo voulut comprendre pourquoi son r é f é rent rempla ç ant – et directeur technique de cette institution de surcro î t – avait d é cid é , de mani è re si arbitraire, de le plonger dans la mis è re alors que selon lui il s’acquittait de tous ses devoirs envers la collectivit é , que ses cours contribuaient au bon « vivre ensemble » et donc au bien commun. Il ne pigeait pas pourquoi il subissait un tel acharnement de la part de cet homme qu’il rencontrait pour la premi è re fois et qui voilait par son z è le le peu d’avenir qu’il arrivait encore à entrevoir.

Luc, de son c ô t é

  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • Podcasts Podcasts
  • BD BD
  • Documents Documents