Les Voltigeurs de Gy
60 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Les Voltigeurs de Gy , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
60 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

« Les gens de Gy ressemblent beaucoup à ceux de notre plan à ceci près qu'ils ont des plumes au lieu de poils. Le duvet presque invisible des nourrissons devient la douce brosse beige tachetée des enfants ; puis, à l'adolescence, surgit la coiffe de plumes. Les hommes arborent en général une collerette sur la nuque... »



Ursula Le Guin est une très grande dame de l'imaginaire, autrice de chefs d'œuvres comme Terremer.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782376862321
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

présente

Les Voltigeurs de Gy
Ursula Le Guin

Ce fichier vous est proposé sans DRM (dispositifs de gestion des droits numériques) c’est-à-dire sans systèmes techniques visant à restreindre l’utilisation de ce livre numérique




Les Voltigeurs de Gy
Les gens de Gy ressemblent beaucoup à ceux de notre plan, à ceci près qu’ils ont des plumes au lieu de poils. Le duvet presque invisible des nourrissons devient la douce brosse beige tachetée des enfants ; puis, à l’adolescence, surgit la coiffe de plumes. Les hommes arborent en général une collerette sur la nuque, de plus petites plumes sur la tête, et de grandes crêtes érectiles. Leur ramage est brun ou noir, rayé et ponctué de bronze, de rouge, de vert ou de bleu. Les plumes des femmes tombent en cascade le long de leur dos, jusqu’à effleurer le sol en longues traînes diaphanes et bouclées, telles des queues d’autruche aux vives couleurs – pourpre, écarlate, coralline, turquoise et or. Les Gyr, mâles comme femelles, ont du duvet sur la région pubienne et les aisselles, ainsi souvent qu’un plumage court et fin sur tout le corps. Les plus chamarrés d’entre eux constituent un régal pour les yeux quand ils vont nus, mais font aussi le délice des poux et des lentes.
La mue est un processus continu, et non pas saisonnier. Peu à peu, les plumes tombées cessent de repousser avec l’âge, si bien que la pelade affecte beaucoup d’hommes et de femmes passé quarante ans. Nombreux sont donc ceux qui mettent de côté les plus belles plumes de leur coiffe afin de se confectionner perruques ou fausses crêtes au besoin. Ceux dont le plumage est maigre ou terne peuvent acheter des perruques dans des boutiques spécialisées. Au gré des modes, il est courant de se décolorer les plumes, de les poudrer d’or, de les cranter, et les perruquiers des villes décolorent, teignent, poudrent ou crantent selon la mode et proposent leurs créations tout dernier cri. Les femmes de condition modeste aux plumes crâniennes particulièrement longues et belles les leur vendent souvent un très bon prix.
En Gy, on écrit à la plume. La tradition veut qu’un père donne un jeu de ses plumes de collerette, plus raides, à son enfant lorsqu’il ou elle commence à apprendre à écrire. Les amants s’échangent des plumes avec lesquelles rédiger leurs lettres d’amour, jolie tradition mentionnée lors d’une scène fameuse de la pièce d’Inuinui, Le Malentendu  :
Ô ma plume traîtresse, qui a écrit à ma rivale l’amour
Qu’il éprouvait ! Son amour… et ma plume et mon sang !
Les Gyr forment un peuple stable, pondéré. Fidèles à leur tradition, peu enclins à l’innovation, réservés face aux étrangers, ils résistent aux avancées technologiques et à la nouveauté ; personne n’a su leur vendre des stylos à bille ou des avions ni les inciter à entrer dans le monde merveilleux de l’électronique. Ils continuent de rédiger leurs lettres à la plume, de calculer de tête, de se déplacer à pied ou dans des chariots tractés par des animaux de grande taille, semblables à des chiens, appelés ugnunu, de n’apprendre, et seulement en cas d’absolue nécessité, que quelques mots d’une langue étrangère, et d’apprécier les pièces classiques en pentamètres iambiques. Les technologies utiles, les merveilleux gadgets, le savoir scientifique avancé des autres plans – le Gy est une étape touristique très courue –, rien de tout ça ne paraît susciter en eux l’envie, l’avidité ni un quelconque sentiment d’infériorité. Ils poursuivent leur bonhomme de chemin, moins obstinés que blasés, sous un masque d’indifférence polie et d’impénétrabilité derrière lequel se dissimule un contentement de soi suprême, ou tout autre chose.
Les plus rustres des touristes outreplanaires les traitent bien sûr de crânes de piaf, de cervelles d’oiseau, et ainsi de suite. Bien des voyageurs venus de plans plus sophistiqués vont visiter les petites villes placides, parcourir la campagne en chaise à ugnunu, assister à de gentils bals charmants (les Gyr adorent danser), se laisser tenter par une sortie désuète au théâtre, tout ça sans jamais se départir du mépris que les indigènes leur inspirent. « Des plumes, mais pas d’ailes », tel est le jugement le plus répandu à l’égard des Gyr.
Ces visiteurs condescendants passeront peut-être une semaine entière en Gy sans jamais voir un indigène ailé ni s’aviser que la silhouette qu’ils ont prise pour un oiseau ou un avion à réaction était celle d’une femme en plein ciel.
À moins qu’on ne leur en parle, les Gyr restent muets sur leurs congénères ailés. S’ils ne nient pas leur existence, ils s’abstiennent toutefois de la révéler spontanément. J’ai dû poser des questions avec insistance pour pouvoir établir la description qui suit.
Les ailes n’apparaissent qu’à la fin de l’adolescence. Soudain, sans aucun signe avant-coureur, une jeune fille de dix-huit ans ou un jeune garçon de dix-neuf se réveille avec une légère fièvre et une atroce douleur aux omoplates.
S’ensuit une année ou plus d’inconfort physique et de souffrance extrêmes, durant laquelle le sujet doit être gardé au calme, au chaud, bien nourri. Seuls un régime alimentaire riche – en règle générale, les voltigeurs naissants souffrent d’une faim terrible – et un cocon de couvertures offrent un quelconque réconfort tandis que le corps se restructure, se refait, se reconstruit. Les os s’allègent et deviennent poreux, toute la musculature du haut du corps se modifie, et des protubérances osseuses se développent rapidement à partir des omoplates pour devenir le squelette d’ailes immenses. L’étape finale est la pousse, qui n’est pas douloureuse. Les plumes primaires – massives, en comparaison – peuvent mesurer un mètre. L’envergure d’un Gyr mâle adulte atteint quatre mètres ; celle d’une femelle, trois mètres cinquante en moyenne. Les mollets et les chevilles se couvrent également de plumes raides qui se déploieront en vol.
N’importe quelle interférence visant à empêcher ou à interrompre le processus est inutile, et nuisible ou fatale. Si on ne permet pas aux ailes de se développer, os et muscles se tordent et se ratatinent, causant une torture incessante. Amputer les ailes ou les plumes à n’importe quel stade occasionne une mort lente dans un paroxysme de douleur.
Chez certains des peuples gyr les plus conservateurs et les plus archaïques, les tribus qui vivent le long des côtes glaciales des régions polaires du nord et les gardiens de troupeaux des steppes froides et stériles du sud lointain, la vulnérabilité des ailés participe de la religion et des rituels. Au nord, sitôt que les jeunes gens montrent les signes fatals, ils sont capturés et remis aux anciens. Lors d’un rite qui évoque les funérailles dans cette culture, on attache de grosses pierres aux mains et aux pieds de la victime, puis on monte en cortège en haut d’une falaise et, là, on la jette à la mer en criant : « Vole ! Vole pour nous ! »
Sur les steppes, on laisse les ailes croître complètement et l’on s’occupe avec respect, avec adoration, toute l’année durant, de la jeune personne concernée. Supposons que ce soit une fille qui présente les stigmates. Lors de ses transes fiévreuses, elle passe pour devineresse. Les prêtres écoutent tous ses propos et les interprètent à l’intention du peuple. Une fois que ses ailes ont fini de grandir, on les lie à son dos et la tribu entière l’accompagne à pied jusqu’au sommet le plus proche, falaise ou rocher escarpé – souvent un trajet de plusieurs semaines, dans cette contrée plate et stérile.
Là-haut, après des jours passés à danser et à inhaler la fumée hallucinatoire de feux de byubyu, les prêtres et la jeune fille, tous drogués, vont, dansant et chantant, au bord de la falaise. Là, on libère ses ailes. Elle les soulève pour la première fois, puis, tel un faucon quitte le nid, se lance dans le vide en trébuchant, en battant de manière exagérée ses ailes toutes neuves. Qu’elle prenne ou non son essor, tous les hommes de la tribu, hurlant d’excitation, lui décochent des flèches ou lui jettent leurs lances à la pointe tranchante comme un rasoir. Elle tombe, percée de douzaines de lances et de flèches. Les femmes descendent la paroi tant bien que mal et la tuent à coups de pierres si elle a survécu. Puis elles entassent des pierres sur son cadavre pour l’enfouir sous un cairn.
Il y a bien des tombeaux au pied de chaque élévation, d’un bout à l’autre des steppes ; les vieux cairns fournissent des pierres pour les nouveaux.
Certains jeunes gens peuvent tenter d’échapper à leur destin en prenant la fuite, mais la faiblesse et la fièvre qui accompagnent la pousse de leurs ailes les handicapent, et ils ne vont jamais bien loin.
Dans les Marches du Sud de Merm, un conte populaire raconte qu’un ailé saute du rocher sacrificiel escarpé et vole avec tant de vigueur qu’il échappe aux lances et aux flèches et disparaît dans le ciel. L’histoire s’arrête là. Le dramaturge Norwert l’a choisie comme base d’une tragédie romantique. Dans sa pièce, La Transgression , le jeune homme a donné un rendez-vous galant à sa bien-aimée et la rejoint à tire-d’aile ; mais elle a, sans le vouloir, averti un autre prétendant, qui se place en embuscade. Tandis que les amoureux s’embrassent, il décoche sa lance, blessant l’ailé à mort. La jeune fille sort son couteau et tue l’assassin, puis se poignarde après avoir échangé des adieux avec le voltigeur à l’agonie. Certes, il s’agit d’un mélodrame, mais, aux mains d’un bon metteur en scène, celui-ci se révèle très touchant ; tout le monde a les larmes aux yeux lorsque le héros descend du ciel tel un aigle, puis lorsque, en mourant, il entoure sa bien-aimée de ses grandes ailes couleur de bronze.
Il y a quelques années, on a donné une adaptation de La Transgression sur mon plan, à l’Actual Reality Theater de Chicago. Était-ce inévitable ? On l’a traduite sous le titre Le Sacrifice des anges . Or, il n’y a rien dans la mythologie ou l’histoire des Gyr qui évoque nos anges classiques de près ou de loin. Qu’ils visent à émouvoir ou à inspirer le respect, nos petits chérubins, gardiens et messagers divins leur sembleraient une parodie d’un phénomène qui effraie parents comme adolescents : une difformité aussi rare que terrifiante, une malédiction, une condamnation à mort.
Dans une certaine mesure, cette terreur s’atténue chez les Gyr des villes qui, loin de voir dans les ailés des boucs émissaires promis au sacrifice, les traitent avec tolérance, voire avec sympathie, en individus affligés d’un handicap des plus malheureux.
Voilà qui peut paraître bizarre. S’élever au-dessus des contingences terrestres, défier les aigles à la course, voguer avec les condors, danser sur l’air, chevaucher le vent, et non pas enfermé dans une boîte en métal bruyante ou suspendu à un dispositif fait de plastique, de tissu et de courroies, mais à la force de ses grandes ailes déployées… en quoi cela pourrait-il être autre chose qu’une joie, qu’une liberté sans pareille ? Que les Gyr doivent être bornés, maussades et assommants, s’ils vont jusqu’à considérer comme des estropiés leurs congénères capables de voler !
Mais ils ont leurs raisons. Le fait est que les voltigeurs ne peuvent pas se fier à leurs ailes.
Au niveau de leur conception, les ailes ne présentent aucun défaut. Elles permettent, avec un peu d’entraînement, les vols courts, les glissades et l’essor sur les ascendants, et, avec davantage d’entraînement, les cascades et les piqués – l’acrobatie aérienne. Quand les ailés atteignent leur pleine maturité, s’ils volent régulièrement, ils acquièrent une telle endurance qu’ils ne sont presque jamais obligés de se poser. Beaucoup apprennent à dormir en l’air. On a observé des trajets dépassant les trois mille kilomètres, juste ponctués de brèves pauses en vol plané pour manger. Ces parcours sont en général réalisés par les femmes : un squelette plus léger et une masse corporelle moindre leur confèrent l’avantage à la longue. Les hommes, avec leurs muscles plus puissants, remporteraient, s’il en existait, tous les concours de vitesse pure. Mais les Gyr, du moins les sans-ailes, ne s’intéressent ni aux records ni aux médailles, et certes pas à des compétitions présentant un danger potentiellement mortel.
Le problème, c’est que les ailes des voltigeurs sont sujettes à des défaillances soudaines, totales, et désastreuses. Les ingénieurs en aéronautique et les enquêteurs médicaux de Gyr d’ailleurs échouent à les comprendre et, puisque la conception des ailes ne révèle aucun défaut décelable, ces défaillances doivent dépendre d’un facteur physiologique ou psychologique encore non élucidé, d’une incompatibilité des processus alaires avec le reste du corps. Hélas, il n’y a aucun moyen de les prévoir. Elles surviennent sans préalable. Un voltigeur qui, depuis l’âge adulte, a volé toute sa vie sans l’ombre d’un problème, décolle un beau matin et, arrivé à haute altitude, constate soudain avec horreur que ses ailes refusent désormais de lui obéir – elles frissonnent, se ferment, se plaquent contre ses flancs, se paralysent. Et il tombe comme une pierre.
Selon la littérature médicale, ce serait jusqu’à un vol sur vingt qui s’achèverait ainsi. Les voltigeurs auxquels j’ai parlé estiment que la défaillance alaire n’est pas si fréquente et citent des cas d’individus ayant volé tous les jours des décennies durant. Mais ils n’abordaient pas volontiers la question, même entre eux. Ils semblaient ne prendre aucune précaution, ne pratiquer aucun rite préventif, et accepter les aléas. La défaillance survient au premier vol ou au millième. Rien ne paraît pouvoir l’expliquer : ni l’hérédité, ni l’âge, ni la fatigue, ni l’inexpérience, ni le régime alimentaire, ni les émotions, ni la condition physique. Dès lors qu’un voltigeur prend son essor, le risque de défaillance alaire est le même.
Bien sûr, certains survivent à leur chute. Mais ils ne tomberont jamais plus, car ils ne voleront jamais plus. Une fois que leurs ailes les ont trahis, elles restent inutilisables – paralysées, traînant derrière leur propriétaire comme une longue et lourde cape de plumes.
Les étrangers s’étonnent que les voltigeurs ne portent pas de parachute en prévision de la défaillance alaire. Ils le pourraient, certes, mais c’est une question de tempérament. Les ailés qui volent sont ceux qui acceptent le risque d’une défaillance alaire. Ceux qui le refusent ne volent pas. Ou bien ceux qui envisagent le risque ne volent pas, et ceux qui volent n’envisagent pas le risque.
Comme l’amputation des ailes se révèle toujours fatale et que leur ablation partielle provoque des douleurs aiguës, incurables, handicapantes, les voltigeurs déchus et ceux qui refusent de voler doivent traîner leurs ailes toute leur vie, le long des rues, dans les escaliers. Leur structure osseuse altérée n’est pas très adaptée à la vie au sol ; ils se fatiguent vite à marcher, souffrent fréquemment de fractures, d’élongations ou de déchirements musculaires. Rares sont les voltigeurs non volants à atteindre les soixante ans.
Les autres bravent la mort à chaque envol. Toutefois, certains d’entre eux parcourent encore le ciel à quatre-vingts ans.
C’est un spectacle merveilleux que l’envol. Les êtres humains ne sont pas aussi maladroits que je l’aurais cru en voyant des maîtres des airs comme les pélicans et les cygnes se démener au décollage. Bien entendu, il est plus facile aux ailés de s’élancer d’un perchoir ou d’une hauteur, mais, s’ils n’en ont pas à leur disposition, il leur suffit de courir vingt ou vingt-cinq mètres, le temps de deux coups d’aile, et puis ils font un pas qui ne touche pas le sol et les voilà en l’air, à monter en flèche ; parfois, avant de filer comme l’éclair au-dessus des toits ou des collines, ils font demi-tour afin de sourire et d’agiter la main à l’intention de ceux qui lèvent les yeux vers eux.
Ils volent les pieds serrés, le corps un peu arqué ; si nécessaire, les plumes de leurs jambes se déploient en un éventail telle la queue d’un faucon. Les bras étant séparés des ailes – les Gyr ailés sont des créatures à six membres –, ils peuvent les plaquer le long de leur corps pour réduire leur prise au vent et augmenter leur vitesse. Lors d’un vol paisible, ils font tout ce qu’ils veulent avec leurs mains : se gratter la tête, peler un fruit, dessiner une vue aérienne… ou tenir un bébé, ce que je n’ai observé qu’une seule fois, non sans malaise.
J’ai discuté à plusieurs reprises avec un Gyr ailé du nom d’Ardiadia ; ce qui suit, ce sont ses mots, enregistrés, avec sa permission, durant nos conversations.
« Oh, oui, quand je m’en suis rendu compte… quand ça a commencé à m’arriver, vous voyez… j’étais pétrifié. Terrifié ! Je ne pouvais pas le croire. J’étais si sûr que ça ne me concernerait pas… Quand on était gosses, vous voyez, on en plaisantait. On disait qu’untel était “volage”, qu’il ne tarderait plus à “décoller” un de ces jours… mais moi ? Me voir pousser des ailes ? Jamais de la vie. Alors, quand j’ai eu mal à la tête, à la mâchoire, puis au dos, je me suis dit que c’était un mal de dents, une infection, un abcès… Mais quand ça a démarré pour de bon, plus moyen de se raconter des histoires. Ç’a été affreux. Je ne me souviens pas de grand-chose. C’était épouvantable. Ça faisait mal. Des coups de couteau entre les omoplates, et puis des coups de griffes le long de l’épine dorsale. Et ensuite… partout, les bras, les jambes, les doigts, la figure… J’étais si faible, je n’ai pas pu me lever. Je suis sorti du lit, tombé par terre, je n’arrivais plus à me remettre debout. Je suis resté à appeler ma mère : “Maman ! Maman ! Viens, s’il te plaît !” Elle dormait. Elle travaillait tard, comme serveuse dans un restaurant, elle ne rentrait pas avant minuit et elle dormait à poings fermés. Et je sentais le plancher qui chauffait sous moi, j’avais tant de fièvre, et j’essayais de trouver un coin frais sur le plancher pour y poser ma tête…
« Bon, je ne sais pas si la douleur s’est atténuée ou si je m’y suis juste habitué, mais c’est allé un peu mieux après deux ou trois mois. C’était dur, cependant. Et je trouvais le temps long, et je m’ennuyais, et tout était bizarre. Je restais couché. Mais pas sur le dos. On ne peut pas se coucher sur le dos, vous savez. C’est difficile de dormir, la nuit. Quand j’avais...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents