Louane - Le passage des esprits, tome 1
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Description

Louane a grandi auprès d’une mère instable, noyée dans ses superstitions. Lorsque celle-ci meurt ravagée par ses démons, la jeune femme découvre qu’elle ne faisait que la préserver d’un lourd secret.
Un avenir incertain se trace devant elle dans lequel les esprits maléfiques se serviront de ses dons, afin d'amorcer la déchéance de notre monde. Louane réalise qu’elle tient un rôle clé pour préserver l'humanité mais elle peut également représenter un danger.
Heureusement, elle n’est pas seule. Sa quête lui fera rencontrer de nouveaux soutiens, aussi bien dans le monde des vivants que celui des morts.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9791096960361
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© Ella Vanégann&Livresque éditions, pour la présente édition – 2019 ©Thibault Benett, Designer graphiste pour la couverture ©Sophie Eloy, Correctrice ©Jonathan Laroppe, Suivi éditorial & Mise en page ISBN : 979-10-96960-35-4 Tous droits réservés pour tous pays Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.
1 Le monsieur au peignoir
— Maman… Louane détourne la tête, ferme les paupières. Ses mains sont crispées sur Lolly, son doudou lapin, qui accompagne ses nuits depuis toujours. Une boucle de ses cheveux glisse sur son front et l’enfant sursaute. — Maman… s’il te plaît… Mais le son qui s’échappe de ses lèvres n’est qu’un murmure… Louane rouvre les yeux, la fenêtre de sa chambre est fermée. Elle voit le givre qui dessine ses arabesques sur le carreau, comme chaque fois que le monsieur au front plein de sang vient lui rendre visite. Sa respiration forme un halo de vapeur et pourtant elle est trempée de sueur… Sa mèche rebelle est collée sur son front à présent. De sa petite main tremblante, Louane la repousse en arrière. Elle ne peut empêcher son regard de dévier vers ce grand homme dont le visage étrangement pâle ressort dans la pénombre. Ses lèvres bougent, il semble lui dire des choses, mais la petite fille n’entend rien… et ne veut pas entendre. Elle veut qu’il s’en aille et qu’il ne revienne jamais ! L’intrus est debout, au centre de la pièce, vêtu d’une robe de chambre aussi sale que lui. Ses pieds sont nus, il semble vouloir avancer, comme à chaque fois, mais quelque chose l’en empêche. — Partez, s’il vous plaît… murmure-t-elle, tandis que de grosses larmes coulent le long de ses joues. Ma maman va venir… Sa déclaration semble affoler l’homme, il est en colère à présent. Louane ne peut s’empêcher de laisser éclater un bruyant sanglot. Ce son inattendu déclenche chez la petite fille un tel effroi que sa voix, jusque-là bloquée au fond de sa gorge, semble enfin se libérer, jusqu’à prendre une envergure qu’elle ne peut contrôler. — MAMAN ! MAMAN ! MAMAN ! Tandis qu’elle s’époumone, laissant l’affolement qu’elle avait contenu exploser dans la pièce, la porte s’ouvre à la volée et la lumière se répand enfin dans la chambre. Marie se précipite sur sa fillette de sept ans, dont les cris semblent ne plus vouloir s’arrêter. — Je suis là, ma chérie, je suis là, chuuuut… La jeune femme s’agenouille devant le lit et serre son enfant contre elle. — Pardon, ma chérie, je me suis endormie… je suis désolée… pardon… — Maman… Maman… sanglote Louane, incapable de s’exprimer plus, tandis que Marie mêle ses pleurs à ceux de son enfant. Autour d’elles, des jouets, une caisse en bois rose dont la peinture est écaillée, des étagères de peluches de toutes sortes et une petite table jonchée de crayons, de feutres, et de feuilles éparses… Mais les étoiles de givre sur la fenêtre ont disparu… Ainsi que l’homme en colère dont le sang maculait le visage…
2 Seize ans plus tard
— Mademoiselle ! — Oui, je viens tout de suite ! Louane adressa un sourire contrit à l’homme qui pianotait impatiemment sur le coin de sa table, et se précipita vers les cuisines. — Le steak-frites de la table 8 n’est pas encore prêt ? s’enquit-elle. — Et la vosgienne de la table 3 ? lança Michelle, l’autre serveuse, en soufflant nerveusement. Filip leur lança un regard affolé. Son tablier, blanc à l’origine, était maculé de taches diverses et son beau visage, d’ordinaire si pâle, avait viré au cramoisi. — Dans deux minutes, je n’ai que deux mains moi ! Je suis tout seul ce soir et je ne suis pas Superman pour le cas où vous en doutiez ! — Hey ! s’exclama une voix indignée derrière lui. — Oui, pardon, Lili… C’est juste que… enfin… excuse-moi… reprit le jeune homme, arborant une moue à la fois désolée et agacée, à l’attention de la jeune femme blonde, qui coupait des rondelles de tomates derrière lui. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux roux coupés très court, et se remit fébrilement au travail. Alex, l’aide-cuisinier, avait prévenu qu’il était malade une petite heure auparavant, et il avait été impossible de le remplacer ! Le samedi soir était le jour le plus important de la semaine, le jour où le petit restaurant était plein, et même si Lili, la petite amie de Filip, s’était portée volontaire pour donner un coup de main, le temps d’attente s’était peu à peu doublé. Les gens commençaient sérieusement à s’impatienter… De ce fait, Louane et Michelle en faisaient aussi les frais, car les clients mécontents ne manquaient pas de se faire remarquer… La jeune femme soupira bruyamment. — Je le sais bien, mais dans la salle derrière il y a une bande d’affamés qui sont plutôt de mauvais poil et si ça continue c’est nous qui allons servir de repas ! — Ouais… Et le vieux débris de la 3, s’il continue à me chercher, je vais finir par lui envoyer un plateau au beau milieu de sa sale tronche ! maugréa Michelle. Filip leva les yeux au ciel. — Et elle en serait capable ! Seigneur, aidez-moi ! s’exclama-t-il. La soirée passa avec une lenteur désespérante. Louane continua de courir entre les tables, tantôt pour servir, tantôt pour présenter ses excuses auprès de clients qui faisaient plus ou moins preuve de patience devant le retard qu’avait pris le service. Vers 23h00, le coup de feu était passé et les choses devinrent moins difficiles. Michelle put rentrer chez elle afin de libérer la nounou qui s’occupait de son petit garçon de dix-huit mois, et Louane continua seule dans une salle nettement moins bondée.
À 00h45, enfin, elle se laissa tomber sur une chaise, aux côtés de Filip et Lili qui semblaient à bout de forces. Elle détacha l’élastique de ses cheveux, qui s’étalèrent en une lourde masse brune sur ses épaules. — C’était de la folie ! s’exclama-t-elle en posant la tête sur la table devant elle. Elle se sentait sale, épuisée, et ne pensait qu’à une seule chose… Dormir ! — Alex va m’entendre ! grogna Filip. Lili se contenta de gémir en signe d’assentiment. Cette petite blonde au visage si lisse, si doux et d’ordinaire si savamment apprêtée ressemblait à s’y méprendre à un petit épouvantail ! Louane ne put s’empêcher de sourire en voyant son air déconfit, ses joues rouges et son chignon, pourtant serré en début de service, qui pendait à présent tristement. Filip et Louane se connaissaient depuis l’enfance. Ils s’étaient rencontrés alors que sa mère et elle avaient emménagé à Harmony, un petit village de trois cents habitants. La jeune femme avait alors neuf ans, elle était une enfant renfermée et chétive, au caractère sauvage. Le père de Louane les avait toutes deux abandonnées alors qu’elle n’avait que cinq ans. Marie avait toujours été très évasive quant aux raisons de son départ. Elle n’aimait pas en parler et se fermait lorsque sa fille posait des questions à ce sujet. La jeune femme savait simplement qu’il avait un jour décidé de partir vers de plus verts pâturages et elle n’avait jamais obtenu de réponse plus précise. Sa mère ne s’était jamais remise de son départ. Souvent, les nuits, la jeune fille l’entendait s’activer. Elle restait allongée dans son lit, grelottant sous ses couvertures, et l’écoutait déplacer des choses bruyamment et sangloter encore et encore. Chez elles, pas de repas entre amis, pas de soirées pyjama ni de fête d’anniversaire. Marie veillait jalousement sur leur intimité et ne supportait pas la moindre incursion extérieure dans le monde qu’elle avait construit pour elle et sa fille. Elle cumulait deux emplois afin de payer les factures et de leur assurer une vie décente. Aussi n’avait-elle d’autre choix que de confier sa fille aux bons soins de monsieur et madame Baillot, les voisins, qui n’étaient autres que les parents de Filip. Là était la seule concession qu’elle avait faite à son univers si fermé. Louane s’était sentie très vite à son aise au milieu de ces gens ouverts et chaleureux, dans la petite maison entourée de pins qui était devenue son deuxième chez-soi. Auprès d’eux, elle oubliait les silences et les pleurs de sa mère. Auprès d’eux, elle pouvait courir sans craindre d’effleurer par mégarde une des nombreuses reliques « repousse mauvais esprits » disposées partout dans le logis. Auprès d’eux, elle oubliait les stupides superstitions qui faisaient son quotidien… Auprès d’eux, elle avait trouvé un équilibre. Une amitié indéfectible était née entre les deux enfants. Filip avait pris la petite fille sous son aile, il s’érigeait en garde du corps, calmait ses angoisses, et Louane lui rendait la pareille chaque fois que cela lui était possible. Les années étaient passées. Les deux enfants avaient grandi quasiment ensemble, tandis que Louane devenait une jeune femme élancée, inconsciente des regards admiratifs qu’elle déclenchait à son passage. Quant à Filip, il avait pris de l’assurance, sa carrure d’enfant avait fait place à celle d’un homme et il suivait le chemin auquel il se destinait dans une école hôtelière. Neuf ans après leur arrivée à Harmony, Louane s’était levée un matin et avait trouvé sa mère recroquevillée dans le fauteuil du salon, totalement recluse. Elle chuchotait des paroles incompréhensibles, ses yeux roulaient de terreur et semblaient ne rien voir. Totalement affolée, la jeune femme avait appelé les secours et l’avait fait hospitaliser. Les médecins avaient tenté en vain de comprendre ce qui avait pu mettre la pauvre femme dans cet état… Mais sans succès. Au bout d’une semaine, les chuchotements étaient devenus des murmures, jusqu’au jour où finalement, les murmures se turent aussi… Plus les jours passaient, plus Marie semblait s’éloigner de la réalité, et plus Louane se sentait impuissante. Elle regardait sa mère se dégrader à vue d’œil, passant des crises de terreur profondes aux crises de larmes sans aucune raison apparente. Marie avait fini par rentrer à la maison, mais ses yeux ne fixaient plus que le vide, elle restait prostrée dans le même fauteuil, ne s’alimentait, ni ne se lavait plus sans l’aide de Louane. La jeune femme avait consulté nombre de spécialistes, mais aucun n’avait su la sortir de son enfermement, recommandant simplement l’internement. Ce à quoi Louane s’était opposée catégoriquement.
Marie avait travaillé dur pour qu’elle ne manque de rien. Même si Louane s’était beaucoup rebellée contre la vie qu’elle lui imposait, elle savait que sa mère avait fait de son mieux pour lui assurer un avenir décent et elle avait conscience qu’elle se devait d’aider sa mère autant qu’elle le pouvait. La jeune femme, qui poursuivait ses études alors, avait tout arrêté pour s’occuper d’elle et subvenir à leurs besoins. Par fierté, elle avait gentiment repoussé le soutien de la famille Baillot et reprit au pied levé le poste de femme de ménage qu’avait jusqu’alors assuré sa mère, laissant cette dernière aux bons soins d’une auxiliaire de vie qui n’était autre que Lili. Les visites régulières de Filip avaient rapproché les deux jeunes gens et une idylle était née entre la petite blonde et le jeune homme. « Le Petit Monde de Filip » avait ouvert quelques mois auparavant. Il proposait une carte simple, à des tarifs attractifs et s’adressant à une clientèle familiale. Le jeune homme avait tout naturellement proposé un poste à Louane qui avait accepté avec enthousiasme. Travailler pour son meilleur ami et lui apporter son soutien dans cette aventure était excitant, et lui permettait par la même d’assumer plus facilement les factures qu’elle avait tant de mal à régler avec son emploi précaire. De ce fait, elle continuait d’assurer les deux jobs et voyait enfin le bout du tunnel… L’état de Marie s’était malheureusement dégradé plus encore trois mois plus tôt. Alors que Louane lui donnait son repas, la pauvre femme avait été prise d’une crise de démence terrible et avait tenté d’étrangler sa fille. Cette dernière ne devait son salut qu’à l’arrivée inopinée de Filip qui ramenait Lili. Marie avait été placée dans un établissement. Elle fixait dorénavant le plafond et ne réagissait plusà aucun stimulus. Quant à la jeune femme, elle s’était jetée dans le travail, partageant son temps entre les ménages, « Le Petit Monde », et « Les Orchidées », l’établissement où vivait Marie dorénavant. Louane regarda autour d’elle. Les clients partis, le travail n’était pas pour autant terminé. Il allait falloir nettoyer la salle et la cuisine, il y en avait pour des heures… Son expression n’échappa pas à Filip. — Allez, Lou, sauve-toi, va te coucher, tu en as besoin ! — Proposition tentante très cher, mais je ne peux pas vous abandonner dans ce foutoir ! sourit la jeune femme, touchée par cette attention. — Rhooo, ne fais pas ta tête de mule ! Tu es KO, et je suppose que demain matin tu te lèves tôt pour aller voir ta mère, pas vrai ? L’offre était alléchante, la fatigue lancinante, mais elle savait que les deux autres étaient épuisés aussi et ne se sentait pas le droit de les abandonner à leur sort. Elle regarda Lili qui semblait sur le point de s’écrouler. Cette dernière surprit l’œillade de Lou et se redressa prestement. — Mais oui, Filip a raison ! Va donc te reposer, pour nous, demain c’est grasse mat et crois-moi, on va en profiter. Alors, sauve-toi ! — Je ne sais pas… murmura la jeune femme. — Moi je sais ! reprit son ami en haussant la voix, imitant le patron s’adressant à un employé récalcitrant. Sauve-toi, c’est un ordre ! Allez ! Du balai ! Lili et moi, on n’a pas besoin de toi ! Les faibles barrières de détermination qu’elle avait tenté d’ériger s’écroulèrent. L’idée de se glisser dans la douceur de ses draps était trop tentante… Elle aurait mauvaise conscience au fond de son lit ou bien demain matin au réveil, qu’importe ! Elle n’en pouvait plus !
3 La départementale
Dix minutes plus tard, Louane regagnait la vieille Ford de Marie, sur le trottoir, en face du « Petit Monde ». Elle se retourna vers la devanture du restaurant et ne put réprimer un sentiment de culpabilité en voyant Lili s’affairer. La jeune femme poussa un soupir, inséra la clef dans la serrure et s’installa derrière le volant. Le moteur émit une petite plainte, pour finalement ronronner doucement. Tandis qu’elle quittait Bigwest et prenait la direction d’Harmony, elle laissa ses pensées s’envoler vers Marie. Chaque fois qu’elle n’était pas occupée, chaque fois que son esprit n’était pas concentré sur quelque chose de particulier, sa mère était là. Dans les souvenirs qui affluaient, et que Lou essayait de décrypter dans l’espoir de comprendre comment elles avaient pu en arriver là. Ce qu’elle gardait des années où Marie « allait bien » n’était pas très joyeux. Elle n’avait jamais compris pourquoi sa mère était si méfiante à l’égard des gens, pourquoi toute chose imprévue donnait lieu à des recommandations interminables et fatigantes. La seule chose que Louane savait, c’est que sa mère l’aimait profondément et avait l’obsession absurde de vouloir la protéger de tout, comme si chaque jour leurs vies étaient en grand danger. Au final, même si la jeune femme avait conscience que Mérédith Baillot avait été bien plus une « maman » pour elle que ne l’avait été sa propre mère, Marie lui manquait énormément. Un souvenir sous forme de flash lui revint en mémoire. Ce soir-là, Marie devait faire un extra pour un mariage. C’était un fait exceptionnel, car elle avait toujours décliné les offres de travail dont les horaires dépassaient 19h30, estimant que sa fille devait dormir chez elle, dans son propre lit, et auprès de sa mère. Mais le service en question était extrêmement bien payé et cette somme bienvenue dans le budget serré de Marie. Mérédith Baillot, qui savait à quel point Louane apprécierait de passer une nuit en dehors de chez elle et loin de tous les grigris effrayants de sa mère, développa des trésors de patience afin de la convaincre d’accepter l’occasion qui se présentait à elle. Elle lui avait assuré mille fois qu’elle n’avait rien à craindre, que si Louane dormait chez elle, elle ne serait pas loin de sa fille et entendrait le moindre son indiquant un éventuel cauchemar. Elle avait promis qu’au moindre problème, elle l’appellerait et ne laisserait pas Louane seule. Filip dormirait sur un matelas à côté d’elle et tout irait pour le mieux. À force de persuasion, sa mère avait fini par céder, pour le plus grand bonheur de Louane. Malheureusement, un décès dans la famille de monsieur Baillot les obligea à se rendre quelques jours à Flamarian, à quelques centaines de kilomètres d’Harmony. Marie ne put se désister de ses engagements et dut se résoudre à laisser la jeune fille seule pour la première fois. Louane s’apprêtait à aller se coucher. Elle était en pyjama, son favori, rose parsemé d’étoiles bleues. Marie avait été d’humeur massacrante tout au long de la journée, maudissant Mérédith, la famille de
monsieur Baillot, ses employeurs… le monde entier ! Elle tournait en rond dans le salon, ses talons claquant rageusement sur le carrelage. — Lou, avait-elle alors dit, si jamais durant la nuit, tu as peur, si tu vois des ombres ou des choses effrayantes, ferme les yeux, ignore-les et dis-toi que c’est juste un rêve, fais comme si tu ne voyais rien, et elles disparaîtront ! — Mais, maman, ne t’inquiète pas ! avait répondu Louane, agacée. J’ai passé l’âge de craindre les monstres cachés sous le lit ! Sa mère avait pincé les lèvres et insisté : — Je le sais ! Mais je veux que tu me promettes de ne pas te lever, de ne pas t’avancer vers quelque chose qui te fait peur. De ne pas émettre un son, de ne pas parler, d’ignorer simplement la chose qui te fait peur ! Promets-le ! La jeune fille avait levé les yeux au ciel, vexée d’être prise encore pour une enfant. Elle avait 13 ans! Elle était presque une femme ! — Je promets ! Ça ira comme ça ? — N’ouvre la porte à personne ! Ne parle à personne ! Durant mon absence, n’en profite pas pour toucher mes reliques, tu sais que je le verrai ! — Ouiiiiiiiiiii ! répliqua l’enfant. Elle ne risquait pas d’être tentée de s’approcher de ces choses plus laides les unes que les autres ! Lou détestait ces gargouilles qui la suivaient des yeux quand elle se déplaçait ! Maman disait que c’était un effet d’optique, n’empêche, elles lui faisaient peur ! Marie tendit la main vers sa fille. Au creux de sa paume trônait une petite pilule blanche. — Prends ça avec un verre d’eau ! — Mais je ne suis pas malade ! s’était récriée Louane. — Je le sais très bien ! C’est juste un médicament qui t’aidera à dormir ! Elle s’apprêtait à protester, mais Marie la coupa, agacée. — Maintenant jeune fille, ça suffit ! Ne discute pas ! Prends ce médicament tout de suite ou quand Filip rentrera lundi tu ne pourras pas aller le voir ! — Mais c’est pas juste ! s’écria-t-elle. Devant le regard déterminé de sa mère, la jeune fille comprit que cette menace n’était pas une plaisanterie. Elle se renfrogna, alla chercher un verre d’eau et prit le médicament. Elle qui avait prévu de se relever et de regarder la télévision jusqu’à pas d’heure dès le départ de sa mère en fut pour ses frais… À peine eût-elle posé la tête sur l’oreiller qu’elle sombrait dans un sommeil sans rêves… Elle n’entendit même pas la porte claquer et la serrure s’enclencher lorsque Marie quitta la maison… La Ford suivait la départementale, une longue route droite entourée de forêts et de champs s’étalantà perte de vue, et que la jeune femme avait empruntée maintes fois. Le fil de ses souvenirs continuait de se dérouler devant elle, comme un vieux film plein de nostalgie, lorsque les phares éclairèrent une forme incongrue en plein milieu du bitume, à quelques mètres du pare-chocs. Louane tressaillit violemment. — MERDE ! Elle appuya sur la pédale de frein avec l’énergie du désespoir, donna un coup de volant qui dévia la voiture rapidement sur la voie en contresens. Le véhicule donna des soubresauts, les pneus crissèrent sur la route. Un cri terrible s’éleva, lui vrilla les oreilles, et finalement, l’automobile pila. Louane redressa la tête, réalisant que le son strident qu’elle avait entendu sortait de sa propre bouche. Une sueur froide lui coula le long du dos. Elle se retourna vivement et, au travers du pare-brise arrière, chercha fébrilement l’animal qu’elle avait failli renverser. — Pitié ! Dites-moi que je ne l’ai pas touché… Pitié ! murmura-t-elle. Tremblante de la tête aux pieds, elle plaça lentement la Ford sur le côté de la route, remerciant intérieurement tous les dieux qu’il n’y ait pas eu de véhicule en contresens, et descendit de voiture. Tout était si sombre qu’elle ne voyait pas à un mètre… Et si elle avait blessé l’animal ? Et si la pauvre bête gisait quelque part ? Il lui semblait avoir évité l’obstacle… Mais dans le feu de l’action ? Un bruit régulier… un clac-clac stressant s’élevait à mesure qu’elle avançait dans la pénombre. D’où pouvait-il bien venir ? La jeune femme retourna lentement vers l’auto, ouvrit le coffre et saisit une lampe de poche, qu’elle tenta
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