Manon, bien sous tous rapports, sauf
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Description

Un polar de première main écrit au premier sens du terme par son héroïne dont le doigté professionnel, la conduit à s’étendre sur des thèmes de société pour mieux les résoudre à sa manière.
Cette professionnelle de santé va au bout de sa logique meurtrière au bénéfice des victimes et mène en amazone une chevauchée fantastique à double titre contre les hommes et parfois tout contre pour parodier Sacha Guitry à tel point que rien ne la sépare d’eux, pas même un linceul.
À déguster sans crainte de débordements.
Ames sensibles ne pas s’abstenir !
Servi avec des roses, y compris les fragrances…

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Informations

Publié par
Date de parution 22 avril 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312072555
Langue Français

Exrait

Manon , bien sous tous rapports, sauf
Jean Luc Weber
Manon , bien sous tous rapports, sauf
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2020
ISBN : 978-2-312-07255-5
La rencontre
Une rencontre étonnante.
Seule au bar de l’hôtel, un brin éméché, elle a le look de la poule de luxe, à mi-chemin entre call-girl et escorte. A la dévisager, et pas seulement le visage, elle a tout ce qu’on peut attendre d’une femme, tout ce qui promet une tranche de vie captivante, entre un moment d’émotion et une possible liaison durable.
Manon a de la grâce. Elle est grande, blonde, les cheveux mi-longs, un peu bouffants à l’ancienne. Oui, elle a sa place sur une couverture de magazine, n’a rien de vulgaire, ni de déluré, mais dans le regard ce petit plus captivant et mystérieux qui fait que l’homme sérieux s’attarde.
Le pas sérieux du reste également.
Le visage est harmonieux, le corps proportionné. La taille sans être gracile, est gracieuse. Les jambes longues sous une jupe au-dessus du genou, un galbe désirable…
Mais le regard…
Quelque chose d’indéfinissable entre la hargne et la détresse. J’en suis interloqué, interpelé, quelque part, mais où ?
Justement !
Rompant avec mes habitudes, je décide d’en savoir davantage, trouvant mystère à cette façon d’être, intérêt, interrogations, recherches de réponse, d’émotions.
Je m’approche…
Pas de problème, un échange de regards et déjà une complicité s’installe. Je suis seul ce soir, elle aussi, manifestement. Et cela va surement nous emporter loin…
Si je savais.
Mais je ne sais pas encore…
Je saurai dans une minute, une heure, un jour, plus tard.
Je me présente.
– Jacques…
Du tac au tac, elle répond
– Manon !
– Vous permettez ?
– Je vous en prie…
Déjà un mouvement de rotation de son corps sur la chaise haute du bar me fait entrevoir une certaine disponibilité, entre autres, ainsi que quelques objets de fantasmes et de convoitise. Bon Dieu qu’elle est belle, la vue, la vie !
A vrai dire je ne sais pas ce qui m’attire le plus, mon inconscient a-t-il envie d’une aventure, ou simplement de parler ?
Ai-je besoin de m’épancher, de me raconter ?
Il est de ces soirs où la solitude pousse à des révélations, des concessions, des aveux.
Cela n’en prend pas le chemin, la discussion s’engage, d’une banalité affligeante. La soirée se passera, peut-être aussi la nuit et demain, Manon sera au pire le souvenir d’un bon moment, au mieux, une adresse sur mon agenda, à revoir peut-être. Et moi, dans son cœur, son corps, son souvenir ?
Un quart d’heure plus tard nous sommes installés au coin salon du bar. Peu de lumière, pas d’affluence : il est trop tôt ou trop tard. Les consommations ont été renouvelées. La torpeur douceâtre d’une complicité nous envahit et Manon a doucement posé sa tête contre mon épaule. Malheureusement, mais je n’en suis pas conscient, cette propension n’est ni lascive, ni d’abandon. Elle révèle juste une certaine lassitude.
Oui je le crois, nous serons amants.
Et alors ?
Chapitre I. L’agression
Manon s’est mise à parler, et je ne l’ai pas interrompue.
C’était le 20 juillet, un lundi, j’étais de congé.
Je fais mon jogging en venant de l’Esplanade , de chez moi, par la rue de Stockholm , encore animée, il est neuf heures et demie. Je m’engage dans le parc de la Citadelle et rejoins les bords du lac, là où l’ombre des grands arbres rafraîchit l’air ambiant de la ville en été.
Je cours à petites enjambées, j’ai l’habitude, je ne me fatigue pas au début, je jouis de l’effort progressif. Oui il fait chaud, mais je suis à l’aise dans mon short blanc et mon tee-shirt, je me réjouis de l’effort à accomplir. Je me sens bien.
Je cours tous les soirs lorsque je ne travaille pas, pendant une heure, puis je rentre chez moi et prends soin de mon corps. J’aime les lentes caresses de l’eau sur mon corps fatigué, j’aime caresser mes muscles encore chauds, j’aime me caresser, j’aime mon corps. Parfois cet exercice physique puis la détente de la douche sont une préparation à des exercices d’autres natures.
Mais ce soir je sais que la satisfaction que je prendrai sera solitaire. Kathy , mon amie de certains soirs, est partie pour huit jours dans sa famille en Normandie . Elle me manque, mais ce ne sera qu’un soir, dès demain je serai au travail, et la semaine prochaine nous nous retrouverons pour nos séquences-plaisir comme nous disons.
Nous ne sommes pas lesbiennes, nous sommes bi.
De mon côté, j’ai eu quelques amants, des hommes, même un vrai qui m’a entrainé aux délices du paradis physique mais ce n’était qu’un ami, un vrai aussi avec lequel je n’aurais pu partager toute mon existence.
Avec Kathy non plus. Elle ne sera jamais la femme de ma vie. Mais pour rien au monde je ne voudrais manquer ces séquences-plaisir. C’est si bon…
Je cours sans perdre haleine. Mon esprit vagabonde.
Je pense aux confidences de ma collègue Valérie que je remplacerai demain car elle rejoindra son amant, un homme marié, qui partage
sa vie dans des atermoiements et des rendez-vous bâclés, des promesses définitives et toujours renouvelées. Mais Valérie lui est attachée. Et elle m’a raconté tout ce qu’ils se font et se font voir, en noir et blanc et en couleurs. Elle est vraiment accro, elle gâche sa vie, son avenir et malgré-tout, jr l’envie, lui en veux pour ce qu’elle a et que je n’ai pas.
En bleus aussi à l’âme et aux corps. Et cela me révolte que Valérie accepte les coups, même et surtout d’un homme qui dit l’aimer.
Mais c’est son problème, sa vie… Quoique .
Je continue mon avancée entre les massifs bas de haies, quelques bancs, les rambardes de bois, les troncs d’arbres espacés. Cela fait maintenant deux tours que je fais. Je vais agrandir le cercle vers le quai, je dépasserai les rochers, je passerai entre les murs de la citadelle et alors je rentrerai peut-être par…
Le cours de mes pensées s’interrompt.
Je n’ai pas l’impression d’être suivie, je cours seule, il ne fait pas encore nuit, dix heures ont passé. Tout le monde me dit que c’est dangereux de courir seule la nuit.
Qu’est-ce qui est dangereux ?
La vie tout simplement.
Et puis j’ai ma bombe anti-agression, et je peux courir, et me défendre. En fait celui qui m’agresserait devra déjà compter avec ma résistance. Et puis que voudrait-il ? Ou elle ? Mon argent, je n’ai pas d’argent sur moi… ah oui pas de sac non plus pas de papiers, pas même mes clés puisque j’entre dans l’immeuble grâce au code d’accès et qu’elles sont planquées. Pas la peine de s’encombrer.
Et je me fais juste cette réflexion quand me vient à l’idée que la bombe lacrymogène est elle aussi à l’appart.
Bah …
Eh bien ma fille, ne traine pas.
Non je n’ai pas l’impression d’être suivie, mais maintenant que j’ai réfléchi, je me sens un peu nue sans sac sans bombe, sans papiers… Malin si on m’agresse, on ne saura même pas mon nom, ou en cas d’accident, à l’hôpital, oui si c’est à Hautepierre , aux Urgences on me reconnaitra, j’y travaille…
Un peu dingue, presque nue, juste mon short et mon tee-shirt, à peine plus et en plus cela protège de quoi ?
Ce n’est pas dans mes habitudes d’angoisser, mais le doute s’installe…
Oui je vais rentrer par…
A cet instant une ombre s’approche de moi par derrière, par la droite. Un souffle, tout d’abord. Je me raisonne.
Ma fille tu te fais du cinéma ! Tu fantasmes, ou
quoi ? Tu veux te faire violer ?
– Pas un mot, salope !
A mi-voix, dans un français sans accent, le souffle que je venais d’entendre se transforme en ces quatre mots, en même temps qu’un bras enserre ma gorge par la gauche et que ce bras se prolonge d’une main qui a un cutter à son extrémité. Ce cutter pourrait bien me défigurer,
Je déglutis, m’efforce au calme. Pas d’affolement. Un mec qui t’agresse ne veut pas tuer une nana, une inconnue. Il veut l’abaisser, la baiser, la violer,
Déjà la menace se précise, j’avais raison, la main droite du type, s’engage dans mon short. Heureusement qu’il est solide et serré. Il ne me l’enlèvera pas si je ne participe pas.
Ce sera peut-être l’occasion de discuter.
Sa main avance vers mon entre-cuisses. Zut pourvu qu’il n’y arrive pas, je mouille. Comment arrêter ça. C’est vrai que certains disent que c’est un réflexe chez certaines femmes de lubrifier exagérément en cas de viol, afin de ne pas faire du traumatisme fatal, une blessure encore plus physique. Chez certaines. Pourquoi moi ?
Il faut agir.
Je serre les cuisses, mais me débats modérément. Cela fait dix secondes, une éternité qu’il m’a entre ses mains. Dix secondes de gagnées.
Mon objectif est de m’enfuir. Il faut que je surprenne, mais qu’il n’ait pas le temps de baisser mon short, afin que je puisse courir. Au sprint, je n’ai peut-être pas perdu.
Il appuie son cutter contre ma gorge, cela fait mal, mais a priori cela n’a pas encore coupé. Je tourne la tête et me rends compte qu’il porte une cagoule sur la sienne.
– Hé , tenté-je timidement
– La ferme !
Me tirant en arrière. Il a ressorti sa main droite de mon short, il m’entraine vers un rocher. Nous sommes bien seuls. Et je crois sérieusement qu’il ne me permettra pas de discuter. Parce que là je pourrais peut-être le raisonner.
Il faut agir.
Ma tête et mon cou sont dans un étau mais j’ai la liberté de mes bras. Pendant qu’il me tire en arrière sur quelques pas j’explore de ma main droite.
Il est en short lui aussi, mais pas moulant, et il est t excité, çà je le sens bien,
Mon bras est trop court pour lui empoigner ses attributs. Et le temps que je lui fasse vraiment mal, il aura bien réussi à me saigner. Je commence à avoir peur.
Il entreprend de sa main droite de baisser mon short par l’arrière. Pour cela il est obligé de s’écarter un peu. Le talon de ma basket sera-t-il assez dur. Ma ruade assez forte, mon mouvement assez rapide.
Je n’ai pas le temps de procéder à des réglages, je n’ai pas le droit à l’erreur.
Je lance mon pied droit en arrière et vise à l’aveugle son entrecuisse.
Il lance un cri démoniaque que l’on entend à coup sûr à l’autre bout de la ville et tombe en arrière. Une chance, il a lâché son cutter.
Affalé sur le dos il continue de crier et se tord. Et c’est là que c’est parti.
Plutôt que de m’enfuir et d’appeler à l’aide, je me suis mise debout à ses pieds, j’ai bien visé et lui ai successivement décroché trois coups de pied dans son matériel Qui pendait à l’extérieur de son short. Et c’est presque de l’extase lorsque le gargouillis entendu a prouvé que quelque chose était cassé.
Oui quelque chose venait de casser, chez lui, et chez moi.
Mais pour moi, un flash me dit que les ennuis allaient commencer. Il fallait donc en finir proprement.
Il avait promptement arrêté de crier mais respirait encore. Délicatement j’ai enlevé le bas qui lui servait de masque. Je ne le connais pas. Alors me mettant de côté j’ai shooté de trois, quatre fois, je ne sais plus dans sa tempe, son maxillaire puis j’ai sauté sur sa gorge.
De victime, j’étais devenue prédatrice.
Mais les tripes se sont mises de la partie. Une formidable envie d’aller à la selle m’a prise. Je regarde autour de moi. Toujours personne, heureusement. Mon tee-shirt et mon short ne sont plus immaculés, bien évidemment après cette bousculade, si l’on peut dire, mais je peux encore rentrer par la ville, il fait nuit maintenant. Mais je ne pourrais pas faire le chemin sans aller auparavant à la selle.
– Eh bien mon gaillard tu voulais voir mon cul !
Baissant mon short, je lui ai éhontément déféqué sur le visage et les yeux. Par souci d’hygiène, la mission remplie par le papier toilette d’ordinaire fut cette fois opéré par le pan du tee-shirt déjà sale de l’agresseur.
Du calme me dis-je.
Ce n’est pas malin ce que je viens de faire, dans mes selles il y a surement mon ADN . Je ne peux revenir en arrière. Rajustée , j’ai encore rapidement essuyé mes baskets dans l’herbe et me suis remise à courir en petites foulées
Aucun incident ne marque mon retour à domicile.
Chapitre II . Manon Léser , avant
Parc de la Citadelle, la découverte
L’appel téléphonique sur le 17, à savoir la salle de commandement de l’hôtel de police de Strasbourg déclencha tôt au matin du 21 juillet, un mardi, la machinerie complexe et étonnante de l’enquête policière.
Le brigadier de permanence prit l’appel, enregistré, d’un promeneur matinal qui arrosait avec son chien prostatique les abords-est du parc de la Citadelle.
Le cadavre d’un homme inanimé, apparemment sans vie, mort de toute évidence puisque déjà raide et froid était annoncé par Léon Metzger, 68 ans, habitant la rue de Boston et promenant son chien, tenu en laisse, de bon matin.
La patrouille qui arriva rapidement sur les lieux, la distance de l’hôtel de police du Heyritz au lieu d’intervention étant réduite, le trajet ne dépassa pas 8 minutes.
Monsieur Metzger n’attendit pas longtemps.
Cabarrus, Francette et le chef d’intervention Legendre faisaient équipe. Ils étaient déjà la relève, c’était après 7 heures 30 du matin. Leur sirène électronique s’était frayée rapidement le chemin à travers la circulation estivale de ce mardi matin.
– C’est là ! dit Metzger
– Oh ! Vous auriez tout de même pu éviter… scanda Cabarrus
– Quoi ?
– Que votre chien ne s’oublie à cet endroit !
– Mais, mais…
– Il n’y a pas de mais, ça ne va pas être facile pour les relevés scientifiques !
La discussion se poursuivit et Metzger dut longuement plaider que ce n’était pas son chien qui s’était oublié, mais surement un autre, de passage auparavant. Devant cette évidence plausible, Cabarrus se fendit d’un :
– On verra bien !
Tandis qu’avec Francette il délimita un périmètre de protection provisoire et que Legendre , leur chef, rendait compte sobrement des « emmerdements » auxquels ils étaient confrontés, il se faisait huit heures et quart, mais peu de monde heureusement en cette heure matinale ne troublait leur ouvrage.
C’était manifestement un homicide, il y avait eu violence, cela se voyait à l’œil nu, et l’enquête fut confiée au capitaine Basile Koch , dit le Tuberculeux , allez savoir pourquoi, qui remplaçait pour quelques jours les deux commissaires en titre et en vacances pour l’un et en congé exceptionnel pour l’autre.
D’ailleurs BK arriva promptement sur les lieux, accompagné de son fidèle lieutenant, dit le lieutenant !
De son vrai nom, cela ne s’invente pas, Klein, Bertrand Klein, BK aussi, les mêmes initiales que le Tuberculeux, une véritable maladie, contagieuse peut-être.
On n’avait pas dans l’immédiat beaucoup de personnels à disposition et c’est ainsi que l’enquête immédiate fut quelque peu précipitée ou comme c’est souvent le cas, vite bâclée mais surtout avant l’arrivée des « Scientifiques » dont l’équipement de prélèvement et les matériels, la précision et le doigté impressionnent toujours les curieux.
A propos de curieux, il n’y en avait pas beaucoup dans ce coin désert du Parc de la Citadelle, ce matin-là.
BK et BK se tinrent les propos suivants.
– Il faudra voir si c’est un chien qui a sali notre victime, ou son bourreau.
– Oui, mais c’est tellement précis qu’il fallait bien viser.
– En effet. D’autre part, cela fait assez sadique, pervers, les c…, la tête… Il faudra que le doc nous dise de quoi il est effectivement mort, car s’il s’est étouffé dans sa merde…
– Ouais, un détraqué, un pervers, un pédé…
– En effet, reprit Bertrand, un homosexuel, peut-être, ou alors le rapport entre sexe et excréments, à creuser… ça a un nom, dis, coproquelquechose, hein ?
– Halte-là, faudra choisir, homosexuel ou détraqué, l’un n’est pas du tout le corollaire de l’autre, quant à ceux qui baisent dans le cambouis, ou qui jouissent de la merde
– Bien sûr !
Les fins limiers se voulaient déjà fins psychologues
Ils demandèrent aux « képis » de se charger de l’enquête de proximité à la recherche de témoins directs ou indirects après que le légiste enfin arrivé sur les lieux ait provisoirement déterminé une période approximative de décès : la veille en fin de soirée, donnée qu’il préciserait après l’autopsie.
Des prélèvements furent effectués partout et aux alentours, le sol engazonné permit malgré tout de déterminer en plus de l’empreinte des baskets de la victime, des empreintes de deux autres pieds, l’une plus grande et l’autre plus petite. Mais des pattes de chiens et peut-être les chaussures de Metzger avaient laissé aussi des marques de leur passage.
Le Tuberculeux demanda aussi que le soir deux patrouilles se placent de part et d’autre du parc de la Citadelle et interrogent promeneurs et passants dès 19 heures et jusqu’à 23 heures au moins sur ce qu’ils auraient pu voir ou entendre, de joggeurs, promeneurs, amoureux et autres habitués ou occasionnels de l’endroit, voire des péripatéticiennes au travail ou en rupture.
BK téléphona rapidement à ses collègues des Stups pour vérifier s’ils avaient des indications, mais ceux-ci répondirent prestement par la négative, les dealers et leurs adeptes étaient plutôt de l’autre côté. On vérifierait et dès l’identification de la victime, dont on n’avait pas trouvé les papiers, on verrait si dans le contexte drogue on pouvait avoir un point d’attache.
Au bout de la journée on n’avait pas avancé.
Il faudrait publier une photo de la victime dans la presse aux fins d’identification, mais on attendrait encore un jour des fois que quelqu’un se manifeste pour signaler une disparition.
Et surtout pour disposer d’une photo utilisable, il fallait réparer le bonhomme après nettoyage.
On notait et on chercherait dans les fichiers et les mains courantes des jours à venir :
« Disparition d’un homme de 25 ans environ, de type européen, blond aux cheveux courts, mais non rasés, de taille environ 1,85 m, athlétique, portant avant son agression une cicatrice à l’aine droite, coup de couteau a priori vu qu’à l’autopsie aucune lésion organique sous jacente n’avait été relevée ».
L’autopsie justement avait relevé une double fracture du crâne temporale et du rocher à droite dues manifestement à un ou des coups violents assenés par un objet solide mais sans angles contondants, éventuellement une chaussure ou un boudin de caoutchouc par exemple.
Autre lésion, un écrasement du laryngopharynx, a priori post mortem, car de nature à entrainer la mort par asphyxie, mais la cause de la mort étant autre que l’asphyxie.
Celle-ci est survenue par arrêt cardiaque réflexe ou d’origine supérieure, donc éventuellement due au traumatisme crânien, éventuellement suite à un choc vagal dû à la douleur par exemple.
Enfin au niveau des parties génitales, forte hémorragie interne éclatement des testicules, arrachement des ligaments de la verge, pas de plaie. Si ces blessures aux organes ont été précédentes des traumatismes crâniens, elles ont forcément, vu l’impact et la douleur, entrainé une syncope, voire un arrêt cardiaque.
Avant l’analyse histologique des tissus, il n’est pas possible de déterminer avec précision la chronologie des blessures ni la cause immédiate de la mort.
Devant le rédactionnel quelque peu laconique du légiste, d’ailleurs parvenu étonnamment vite, dès le lendemain, l’activité estivale permettant une évacuation rapide de la charge de travail, BK téléphona à l’Institut.
– Doc, c’est du charabia, je veux bien que vous ne vous mouilliez pas, mais votre intuition ?
– Oh, vous n’avez pas lu la page 4 ?
– Euh ?
– Il n’y a pas eu de rapport sexuel ni passif ni actif, c’est à dire pas d’éjaculation, pas de pénétration anale dans les temps précédant immédiatement la mort.
– Cela ne répond pas à ma question ?
– Qui était ?
– Votre intuition ?
– Un homosexuel qui voulait s’en faire un autre, bagarre, coups bas…
– Et l’autre, des dégâts ?
– Pas de sang d’un autre, les excréments sont au labo, mais ce sont des excréments humains… Cela ressemble à une vengeance, exécution, règlement de compte ?
– Merci ; attendez, une femme aurait-r-elle pu provoquer de tels dégâts ?
– En théorie oui, bon gabarit, bien entrainée, et en prenant la victime au dépourvu, mais psychologiquement, une femme organisant un tel traquenard… Psychopathe ?
– Merci et à bientôt.
Chapitre III . L’enquête du Tuberculeux
La journée du 21 ne fit apparaître aucun élément nouveau. Mais le lendemain matin la petite réunion de synthèse dans le bureau pentagonal réservé normalement aux colloques du divisionnaire, le Tuberculeux avait réuni son adjoint, les képis, mais Legendre étant de congé, son remplaçant Villegas qui ne travaillait pas la veille avait accompagné Francette et Cabarrus . Le légiste s’était joint à eux ainsi que Knittel qui quelque peu sur la touche depuis une mauvaise blessure, soignait outre sa santé, également ses connaissances informatiques.
Il aidait souvent de divisionnaire par ses recherches dans différentes bases de données policières ou autres, généralistes ou politiques et discrètement était, associé à ses collègues rendant ainsi l’équipe d’une efficacité douloureuse pour les délinquants.
BK ouvrit la séance. Il avait réfléchi. Il penchait pour l’homosexuel détraqué. La relation qui a mal tourné et que le délinquant, pris de court peut-être a essayé de maquiller en en rajoutant sur le côté excès. Son hypothèse reposait évidemment sur la volonté qu’une relation homosexuelle soit forcément contrainte, et en dehors des voies et espaces habituels.
Klein par contre, alors qu’il s’alignait souvent sur son mentor n’était pas exactement du même avis. Il pensait à une bagarre simple entre deux pochards, par exemple, qui par suite des coups à la tête aurait mal tourné, le vainqueur aurait alors mis en scène l’aspect sexuel pour détourner les enquêteurs, pris au dépourvu peut-être par le tour tragique et irréversibles des événements.
A cela le légiste ajouta deux éléments non encore connus la veille au soir. L’heure du de la mort et donc du crime s’était établie entre 22 h 15 et 22 h 45, la victime n’avait pas mangé ni ingurgité d’alcool au moment des faits,
– Ni de sperme d’ailleurs, si cela peut vous intéresser, termina-t-il.
L’enquête de voisinage n’avait rien donné, si ce n’est que deux personnes avaient entendu un appel.
« Au secours »
L’une à 21 h 45 vers la rue de Leicester et l’autre avant 22 h rue de Stockholm.
Pour celui de la rue de Stockholm, il faudrait réentendre le témoin.
Personne n’avait observé de déplacements inhabituels. Une dame qui promenait son chien avait dit qu’elle voyait presque tous les jours une jeune femme blonde passer dans un sens en provenance de la rue de Stockholm à 21 h 30 et que celle-ci à cette période de l’année revenait une heure plus tard. Mais elle ne la connaissait pas.
– Elle est blonde, grande, une belle fille, porte toujours des vêtements sexy comme les jeunes, pas étonnant si elle se fait agresser un jour. Ne faudra pas qu’elle vienne se plaindre…
Et Cabarrus de conclure :
– D’ailleurs ils sont tous unanimes, quand on leur dit qu’on enquête sur une agression ou un mort dans le parc, la victime à leurs yeux est forcément une femme. Les gens ne veulent rien entendre.
BK répondit :
– Peut-être, mais vous verrez tout de même si cette blonde revient ce soir.
Parce que même si elle n’est ni victime, ni évidemment coupable, elle aura peut-être vu ou entendu quelque chose. Elle était dans le secteur
Et si dans quelques jours elle ne réapparaît pas, il faudra réinterroger votre témoin.
Knittel donnait l’impression d’écouter distraitement. Mais son état d’« invalidité » lui avait appris à relativiser. Et il s’en prenait toujours aux certitudes qu’il entendait assener autour de lui.
Certitude générale : l’agresseur est un homme.
Certitude de son chef : l’agresseur est un homosexuel.
Certitudes scientifiques : que sait-on de ces excréments, qu’ils sont humains. De la victime, du coupable ou d’autre provenance, pourquoi pas rapportés, ils peuvent servir et cette donnée peut être importante.
Les témoins : de près ou de loin, il faut s’en rapprocher du problème, creuser encore. Etre présent les soirs suivants. Le décor ne changera pas.
Enfin le mort finirait bien par parler ; Il devait bien habiter quelque part, avoir des connaissances, des amis, des voisins qui signaleraient sa disparition ou le reconnaitraient dans la Presse lorsqu’on publierait sa photo.…
Enfin il avait un ADN, des empreintes digitales…
Autre certitude qu’il mettait en cause :
La victime était-elle réellement la victime ?
Est-elle un témoin gênant ou encore un agresseur maitrisé ?
Pourquoi pas en effet.
Les pistes ne manquent donc pas.
Bien que faisant la moue, BK dut reconnaître après l’exposé de Knittel que le bon sens ne lui manquait pas. Certes , mais il n’en laissa rien paraître, il était toujours sur sa propre erre, suivait ses certitudes, mais donna son aval à toutes les recherches qui découlaient logiquement des réflexions de Knittel .
Il fut donc décidé de poursuivre les investigations locales, d’interroger encore les promeneurs et passants les soirs suivants, de faire paraître une photo, pour identifier la victime, par voie de presse.
D’interroger encore les Stups, les mœurs éventuellement…
Dès le soir on apprit que les excréments étaient en rapport avec une femme. Non qu’on puisse le déterminer avec certitude, mais des éléments faisaient apparaître des cellules à ADN féminin. On avait une donnée, mais aucune correspondance avec aucun fichier. Enfin une question supplémentaire, comment ces cellules d’origine humaine, féminines avaient pu souiller les excréments déposés sur le visage de la victime ?
La nouvelle réunion au matin du 24 ne sembla donner aucune approche neuve. La publication dans la presse n’avait apporté aucun écho. L’inconnu mort n’avait pas d’identité.
Aucune disparition n’avait été signalée localement qui put correspondre.
L’enquête de proximité à laquelle se consacraient deux patrouilles soutenues et coordonnées par Klein n’avait fait apparaître aucun témoignage. Klein avait réinterrogé Metzger ainsi que la dame âgée qui avait entendu un vague
« Au secours »
vers 22 heures du côté de la rue de Stockholm.
Rien de probant.
On attendait…
Chapitre IV . Tout redevient normal
La soirée était avancée. J’étais tout ouïe. J’avais commandé une nouvelle boisson pour Manon et moi, mais je sentais que quelque chose devrait se passer. Il était presque minuit. Nous ne pourrions pas rester indéfiniment dans ce salon feutré.
Manon après avoir parlé tout d’un trait s’était lové contre moi comme si, en confiance avec une ancienne connaissance ou un intime, elle consommait son refuge cotonneux.
Elle enchaîna :
Je rentre d’une traite. Il fait nuit maintenant. Je suis fatiguée, mais la rage au cœur, au corps, sans réfléchir j’allonge mes enjambées. Je ne croise personne. Plus tard, je me demande si c’est seulement possible. Enfin j’arrive au pied de l’immeuble, tape le code, vais à la cave, récupère la clé et monte par l’ascenseur. Dans l’appartement je me jette dans la salle de bains, me débarrasse de mes vêtements et passe une bonne demi-heure sous la douche.
Je m’assieds finalement au fond du bac et laisse encore couler l’eau. Longtemps , longtemps.
Puis je me rends compte.
Je l’ai tué…
Un moment, je me lève et vais vers le téléphone, pour appeler la police. Ce qui me retient alors, ce n’est pas la gravité de l’aveu, mais le fait qu’ils vont me prendre pour une folle.
Je réfléchis.
Je vais réfléchir toute la nuit.
Que faire ?
J’ai été agressée, jusque-là je me défends, légitime défense. Etonnant que j’ai eu le dessus, vraisemblablement un coup de chance, ou un signe, mais après, qu’est ce qui m’a prise ?
Pourquoi l’ai-je démoli ?
Et pourquoi lui avoir fait caca dessus, un caca nerveux comme on dit ?
Et j’en ai pleuré.
On va pouvoir m’identifier par cela. Des sécrétions trahissent toujours. Et ce fait a été le nouveau déclencheur. Il m’a donné envie de me battre. Il faut que je me trouve une histoire cohérente si des fois on me pose une question. Mon emploi du temps, et comment mes fèces ont atterri sur ce cadavre.
Là je suis déjà plus froide, comme le mort, comme la mort !
Le mort n’est déjà plus mon agresseur, mon violeur…
D’ailleurs il ne m’a pas violée, y serait-il d’ailleurs parvenu ?
Oui quand même, le cutter… Probable que par peur je les aurais écartées, mes cuisses…
La crainte de souffrir encore plus, de mourir…
Mais j’ai résisté.
Et puis zut, je n’ai pas à me justifier.
Juste que je m’en sorte…
Donc …
Oui j’ai fait mon jogging comme d’habitude.
Oui j’ai eu envie d’aller à la selle.
Oui je me suis accroupie dans un coin sombre, avant la nuit et ai déposé mon étron.
Oui j’ai poursuivi par le quai des Belges et suis rentré par la Place Arnold
Et puis j’ai pris ma douche et me suis couchée.
Et demain la vie reprend son cours normal.
C’est la vérité.
Point barre…
Et demain soir je referai mon jogging par le parc de la Citadelle . Celui -là au moins ne pourra plus agresser personne.
Sauf que, je dois remplacer ma collègue pour deux soirs durant mes propres congés. Ce qui fait que l’épreuve du feu sera pour dans trois jours. Il faut que je repasse par là. Il ne s’est rien passé d’exceptionnel.
Et je me suis endormie.
Et cette nuit-là j’ai été agressée tant et tant de fois, je les ai tous étranglé, parfois dès leur apparition, parfois à la dernière seconde. Aucun ne m’a eue, aucun, aucun.
Au matin je me suis réveillée. Pas vraiment fraiche, mais en forme
La vie reprend son cours.
Je pars faire des courses vers 11 heures, déjeune légèrement, puis retourne à l’appart et fais un peu de ménage. Dire que tout est normal est un euphémisme car je ne cesse de me torturer l’esprit. Pas tant à propos de ce que j’ai fait. Aucun sentiment de culpabilité ne m’anime, peut-être un peu de honte de m’être laissée aller à me soulager sur les lieux, je n’ai jamais aimé faire mes besoins dans la nature. Même petite fille, c’était un drame lorsque l’envie pressante obligeait cette affaire lors d’une promenade.
Mais Dieu que cela m’a soulagée de lui « chier à la gueule » c’est le mot juste. Non ce qui me turlupine, c’est que la Police puisse éventuellement me coincer.
Pas que je craigne de devoir répondre à des questions embarrassantes, mais que j’y sois préparée, sans en avoir l’air, toujours naturelle.
Décision importante.
Ne rien changer à mon mode de vie, ne rien changer à mes habitudes, ne me confier à personne.
Le plus sûr, c’est la circonspection, si on me pose des questions, rester distante, flegmatique, un brin fleur bleue peut-être, un brin femme libérée si tant est que cela soit compatible.
Le soir je suis allée au service.
Bon un mardi soir comme les autres. Les Urgences chirurgicales à Hautepierre , l’accueil, le tri de 22 heures à 6 heures du matin. Epuisant quand il y a du monde, que le Service est de grande garde. Par chance ce n’est pas le cas cette semaine et de plus Strasbourg est vide, c’est l’été.
Enfin le train-train.
En sortant de ma garde je vais acheter le journal. On ne parle pas beaucoup de l’affaire. On évoque en pages locales sans photo sur quelques lignes la découverte d’un cadavre d’homme non identifié au Parc de la Citadelle le mardi matin par un promeneur.
Evidemment c’est encore frais.
Je vais me coucher et je dors, normalement jusqu’à 15 heures, comme je le fais toujours. Kathy étant absente je vais seule à la piscine de Schiltigheim pour deux heures de natation. J’aime l’eau, ses caresses.
Cette après-midi il y a pas mal de monde et je me sens mal à l’aise. Je fais mes 20 longueurs de bassin et passe à la douche…
Non ce n’est pas assez, je retourne à la piscine et après 20 nouvelles longueurs, je décide que c’est assez.
Il est 17 heures
Je n’ai pas envie de retourner à la maison.
Juste le temps d’aller au cinéma peut-être. Le journal sur le siège de ma voiture me permet de choisir le programme : un navet.
Le temps passe.
Je retourne au service, un peu en avance
Et tombe sur une note de service.
La Police recherche un individu qui aurait pu être blessé dans une bagarre, peut-être un homosexuel, on nous demande d’être attentifs surtout si les explications quant aux causes des blessures ne sont pas claires.
Je pressens que cela concerne l’Affaire . Mais ce n’est pas mon boulot, plutôt celui des Internes ou éventuellement de la surveillante.
De plus, je sais bien que s’il s’agit de l’affaire, il n’y a pas à chercher. Mais je n’ai pas besoin de faire semblant, il ne se passe rien de troublant.
La garde se passe. Heureusement il y a du travail, plaie par arme blanche, accident domestique, fracture du col du fémur, chute dans les escaliers, et aussi « des plus de peurs que de mal » fréquents et parfois lourds à porter.
La garde s’achève un peu plus tard que de coutume vu un afflux important de cas en fin de nuit.
Je rentre à l’appart vers 7 heures trente et me couche aussitôt.
Je ne vois pas dans le journal la recherche d’information concernant la victime. En effet je n’ai pas acheté le journal, je ne le ferais qu’à 18 heures, après avoir longuement dormi puis rêvassé au lit. Ce que j’adore particulièrement en été, fenêtres ouvertes, une brise effleurant ma peau et me caressant doucement. Cela peut durer des heures.
J’achète le journal et vais manger un brin au snack de la Place de Zurich .
A vingt heures je suis de retour chez moi pour me changer, je vais faire mon premier jogging d’après. Oui il y a maintenant, bien que je ne veuille pas le reconnaître, un avant et un après.
Le journal est ouvert sur le plan de travail de ma kitchenette et j’aperçois la photo de mon agresseur. Je peine à le reconnaître. Je l’ai bien arrangé, ils l’ont bien rafistolé, lavé, etc.
Effectivement , cela confirme mon avis lorsque je lui ai retiré sa chaussette, je ne le connais pas. Je ne peux l’identifier. D’ailleurs personne ne me le demande. A ce titre je suis comme plus de 400 000 Strasbourgeois .
Je me mets en tenue.
Cette fois ci ce ne sera pas un short blanc, mais un bleu-marine, un peu plus long genre cycliste que je revêts. Je mets aussi un tee-shirt et autour de la taille un sweet dont je noue les manches en avant.
Je descends dans la rue, empruntes la rue Schnitzler jusqu’au bout puis rejoins le boulevard de la Victoire , petites foulées. Cette course est toujours un peu longuette pour rejoindre le parc de la Citadelle , mais je préfère passer de ce côté que de traverser l’Esplanade côté rue du Maréchal Juin .
Là où la rue de Stockholm débouche sur une entrée, celle que j’utilise le plus fréquemment, du parc de la Citadelle , je passe sous le porche lorsqu’un homme âgé d’une trentaine d’années m’interpelle.
– Madame , s’il vous plait !
– Oui ? réponds-je sans arrêter de courir sur place
– Auriez -vous quelques instants à me consacrer ?
– Pourquoi ? je demande laconique,
Je sens le flic et de toute façon une femme ne se laisse pas aborder ainsi, facilement.
– Lieutenant Klein , Police judiciaire !
– Oui ?
Il me présente sa carte ce qui est censé me rassurer. Je ne le suis pas mais m’efforce au calme.
– Vous courrez souvent par ici ? me jette-t-il
– Tous les jours quand il ne pleut pas !
– Ah ! Et pourquoi pas hier soir et avant hier ?
– C’est un interrogatoire ?
– Répondez , c’est plus simple !
– Bon , entendu, pour ce que cela a d’importance. Non hier et avant-hier je travaillais…
– A cette heure ?
– Eh oui, je suis… Dites vous exagérez, cela vous regarde-t-il ?
– Oui , j e suis de la Police , j’enquête, je peux aussi vous convoquer…
– Et pour quel motif, parce que je n’ai pas fait mon jogging hier soir… Vous poussez
– Non sérieusement répondez, il se pourrait que vous ayez été témoin de faits troublants, alors…
– Moi ? Bon cinq minutes, on ne va pas y passer la nuit…
– Vous avez couru lundi soir ?
– Lundi ?… Oui , bien sûr !
– A quelle heure ?
– Comme aujourd’hui sans doute,
– Toujours aussi tard ?
– Tard , vous savez habituellement je travaille de nuit, c’est mon rythme, le corps s’habitue…
– Et vous n’avez rien remarqué d’anormal ?
– Pourquoi ?
– Cris , dispute, bagarre ?
– Non , en ce moment c’est plutôt calme et désert. D’ailleurs vous voyez, personne n’est passé depuis tout à l’heure…
– Et vous n’avez pas peur, seule ?
– Peur de ?
– De vous faire agresser !
– Oh vous savez, c’est difficile à dire, non, je n’ai en principe pas peur.
– En principe ?
– En fait on ne réfléchit pas.
Là il a marqué une interruption, il voulait me laisser partir puis il m’a dit :
– Vous habitez où ?
– Vous voulez savoir l’étage aussi ?
– ……
– Rue Henri Schnitzler .
– Et quand vous courrez vous faites toujours le même circuit ?
– Oui , et non, soit je reviens sur mes pas, ou quand je suis en forme je fais la grand-tour et sors du Parc par le quai de Belges …
– C’est pour cela qu’on ne vous a pas vu revenir lundi soir par ici ?
J’ai surement sursauté.
Mais je me suis tout de suite reprise
– On me surveille ?
– Témoins … vous ayant vu passer et pas revenir ont pensé que vous aviez disparu… Et comme il y a eu un meurtre dans le parc ce soir-là ?
– Oh non, je suis vivante.
Ma voix cassée à ce moment-là pouvait trahir une émotion compréhensible.
– Vous n’avez rien remarqué d’autre durant la traversée du Parc ?
– Rien , rien du tout, à vrai dire, lundi mon jogging n’avait rien de particulier.
Puis sortant la photographie qui avait paru en matinée dans le journal :
– Cette tête vous dit-elle quelque chose ?
J’ai fait mine de m’intéresser, ai longuement regardé le mec sans détourner mon regard puis ai dit :
– Elle devrait ?
– C’est la victime. Ne l’auriez-vous pas croisée lundi soir ?
– La victime ? me suis-je permis de rajouter… Ah !
– Où puis-je vous contacter si d’autres questions venaient à se poser ?
– Est -ce obligatoire ? Et puis, oui vous êtes vraiment de la Police …
Je lui ai donné mes coordonnées et mon numéro de téléphone. J’ai pris congé poliment non sans m’entendre recommander d’être prudente et d’appeler la Police au cas où un détail surprenant me reviendrait à l’esprit.
Poursuivant ma course et vu le temps perdu je ne m’attarde pas ce soir-là aux abords de l’endroit, puis me ravise, vais malgré tout y faire un tour, manière d’y laisser mes empreintes de baskets, les nouvelles, achetées il y a quinze jours mais étrennées aujourd’hui, après que la paire du « soir » ait passé à la poubelle de l’hôpital. Ils n’iront tout de même pas les chercher là le cas échéant.
Rendre plausible un petit besoin était délicat. Mon premier mouvement m’y aurait certainement conduit, mais me déculotter à froid, ici, l’endroit étant peut-être sous surveillance, serait difficile à expliquer. Et puis le besoin incompressible, deux soirs de jogging de suite, à qui faire gober cela.
J’y réfléchirai.
Je me dis à ce moment-là que j’aurai mieux fait de préméditer mon acte.
Ce sera pour la prochaine fois.

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