Monsieur Jean des étoiles
82 pages
Français

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Description

Le vaisseau de transport Chimère a disparu.


Après une longue période de recherches, Jon et Van découvrent enfin son emplacement. Malheureusement leur joie n’est que de courte durée : tous les membres de l’équipage ont été assassinés ! Et tout porte à croire que ce carnage est la faute d’une intelligence artificielle qui veut changer le cours du temps.


Pour ce faire, elle a envoyé dans le passé un prédateur, à moitié mécanique, qui a pour but de tuer un mystérieux jeune homme prénommé Jean.


Sans autre possibilité, Jon part à son tour dans le passé, sur Terre, pour empêcher le monstre de changer la sombre histoire de l’humanité.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782372270830
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Monsieur Jean des étoiles
Nouvelle de
Kevin Kiffer
Monsieur Jean des étoiles
Pilote de la navette, Jon se concentrait sur son objectif. Son appareil approchait du transporteur le Chimère , arche de mille cinq cents mètres de long qui s’achevait sur un museau arrondi. Il se montrait attentif à sa navigation par cheminement afin d’amener peu à peu son nez vers les soutes d’atterrissage. Derrière lui, son coéquipier Van s’agitait sur son siège, cherchant à scanner le vaisseau perdu depuis plusieurs jours tout en observant de visu s’il ne portait aucun stigmate d’un incident.
Au bout de quelques minutes, ils se posèrent dans un sas fonctionnel qui les isola du vide stellaire. La pression rétablie, ils ouvrirent la passerelle arrière et descendirent avec gravité, sans un mot. Ils venaient de retrouver le Chimère et s’attendaient à y découvrir les hommes et les femmes disparus à son bord. Pourtant, leurs appels sur le réseau de communication n’avaient rencontré que le silence et le hangar désert confirmait l’appréhension du duo.
L’alarme résonnait dans les couloirs sans vie aux parois grises. Les néons connaissaient des faiblesses. Jon et Van remontaient la travée principale qui conduisait des hangars au pont du gigantesque vaisseau de transport. Les premiers cadavres s’accumulaient sur leur route, dans des enchevêtrements parfois étranges, parfois improbables, toujours dégoûtants. 
Jon se remémora les conditions de la disparition du Chimère  : la Flotte humaine réunie, la préparation pour l’accélération, le saut et l’absence du transporteur aux nouvelles coordonnées. Des dizaines de navettes rapides avaient essaimé sur leur parcours afin de le récupérer. 
Comment en était-on arrivé là ? Y avait-il encore quelqu’un en vie ? Les renforts ne tarderaient pas, une petite heure tout au plus, mais il faudrait affronter jusque-là l’ampleur du massacre qui terrorisait les deux soldats. Jon se souvenait que sa mission avait deux objectifs : retrouver le navire et sauver le professeur Moffat, le plus important savant de leur temps, dont le laboratoire se trouvait à bord.
Un nouveau tableau d’horreur se révéla au détour d’un corridor : une main gravement brûlée se prolongeait en un corps calciné, suivi de beaucoup d’autres allongés sur le dos. Jon, le grand pilote aux cheveux bruns et au regard de feu, observait les morts et se concentrait sur les signes du carnage ; Van, le scientifique albinos, se désolait de tant de pertes pour sa déclinante espèce tout en grattant machinalement la cicatrice qui parcourait toute la partie droite de son visage.
Les morts portaient une signature : les tirs témoignaient d’un assassinat commis par des humains. Ce constat les bouleversait. Depuis la fuite de leur monde d’origine, l’humanité devait affronter l’hostilité de l’espace, de nations extra-terrestres aussi étranges que dangereuses, de planètes aux beautés séduisantes et aux pièges redoutables. Face à ces périls, Jon prônait tou­jours un front uni des hommes, mais il ne pouvait occulter la réalité à bord des vaisseaux faite de crimes, de meurtres, de vols. Ce carnage, dans l’antre d’un des transporteurs les plus importants de la Flotte, allait rejoindre la longue liste de ces méfaits honteux.
Le pilote échangea un regard avec son ami : ils devaient dépasser leur infinie tristesse afin de reprendre le contrôle du vaisseau et découvrir s’il restait âme qui vive. Van gardait dans sa main un calorimètre connecté à leur navette : c’était la prodigieuse énergie qui émanait d’un des secteurs du Chimère qui leur avait permis de le repérer. Plus ils approchaient du poste de commandement, plus le niveau d’énergie ther­mique atteignait des sommets.
— Tu sais, ça me rappelle les histoires terri­fiantes de monstres que me racontait mon père, fit Jon à son camarade sur un ton grave. J’aimais vibrer et imaginer les bêtes qu’il tentait de me décrire, prêtes à venir dévorer tout le bord du vaisseau si je ne me tenais pas sage. 
L’ambiance lourde de ces couloirs déserts pesait sur les épaules de Van, Jon le voyait bien. Il jetait des regards inquiets aux alentours. Ce commentaire ne le rassura pas.
— Ce ne sont malheureusement pas des créatures animales qui ont commis ces bains de sang, fit le scientifique, craintif.
Jon en était tout aussi persuadé que son ami : les blessures étaient celles d’impacts de tirs, il en avait déjà trop vu au cours de sa carrière.
— Sauf si elles sont nombreuses, bien armées et parfaitement organisées, ironisa-t-il de sa voix puissante afin de détendre l’atmosphère.
Le bip irritant de leur détecteur se manifesta en continu alors qu’ils débouchaient au niveau du dernier croisement avant le pont. Empruntant une échelle de coupée, ils émergèrent à proximité de la salle de commandement, afin de suivre le ronronnement sonore de l’appareil. Il indiquait une zone à bâbord, source d’une émanation de chaleur importante, un puits d’énergie en activité constante. Mais il n’y avait rien, à leur gauche, si ce n’était un mur tout aussi gris et neutre que les autres.
Ils hésitèrent : devaient-ils foncer vers le pont ou vérifier d’abord quelle était l’origine de cette prodigieuse puissance ? La passerelle de commandement leur permettrait peut-être de repérer avec précision ce qui pouvait en générer autant, mais aussi élucider les raisons de ce massacre. Sans en parler, ils s’y dirigèrent de concert et entrèrent dans une large pièce. Des ordinateurs s’y alignaient en rangs serrés comme à la parade. Des projections trois dimensions en rotation achevaient le tableau technologique. Le pont vivait en silence, au gré des défilés de données, du martèlement des lignes de textes. Pendant que Van s’affairait sur des relevés, Jon décida de se pencher sur les enregistrements de sécurité.
Il ne mit guère de temps à découvrir les coupables de ce massacre abject. Quand son collègue vint à ses côtés, il laissa le flux vidéo lui échapper. En boucle se répétèrent inlassable­ment les meurtres des scientifiques et des frères d’armes, commis par d’autres soldats qui sou­riaient avec avidité à l’instant de presser la dé­tente. Les plans se multiplièrent jusqu’à la nausée, apportant tous la même dose d’horreur et de cadavres.
Ils suivirent un long moment ce spectacle morbide. Jon ne manqua pas de remarquer que le nettoyage avait été fait de manière coordonnée, que chaque équipe accomplissait sa tâche avec résolution avant de disparaître des écrans de surveillance. Il en chercha la cause et se fixa sur un groupe de cinq femmes membres de la sécurité qui remontaient le deuxième niveau. Une première caméra les capta à la fin du couloir principal puis une deuxième les rattrapa sur le chemin de leurs quartiers.
Plutôt que de s’engouffrer à l’abri, elles bifurquèrent à droite et entrèrent dans un laboratoire à l’éclairage métallique. Numéro 5-2-3. Van choisit ce moment pour abandonner l’horreur des écrans au profit des murs laiteux et vides de la pièce, une forme d’apaisement pour ses pensées. Puis son esprit scientifique reprit le dessus, accompagné de son ton professoral :
— Sans surprise, ce labo se trouve juste en dessous de la prétendue source d’énergie qui nous intéresse. Regarde !
Quittant son collègue, il pianota sur un clavier adjacent et lança une projection sur le plus grand téléviseur mural. Un plan du Chimère apparut et détailla chaque module dans un style fil de fer. La forme oblongue du destroyer, similaire à celle d’un gigantesque sous-marin terrien, donnait une impression massive à l’ensemble. Le numéro 5-2-3 figurait effectivement en dessous de l’intense chaleur, représentée comme un geyser blanc laiteux.
La vidéo continuait à avancer, les cinq tueuses venaient de se regrouper dans le laboratoire qui ne contenait plus rien, sinon un monceau de cadavres déchiquetés. Une voix leur parlait, vraisemblablement par le canal d’annonce.
— … Et tous, nous nous souviendrons de votre acte de foi !
— Terra ! Terra ! Terra ! répétèrent les criminelles dans un chœur dévoré par la croyance pure et sincère.
Le duo resta interdit devant ce cri de dévotion. Le culte à la planète originelle de l’humanité rampait à travers les couloirs de la Flotte depuis qu’elle errait parmi les étoiles. Il promettait un retour vers le monde des origines, sans jamais revenir sur les catastrophes qui en avaient causé la perte. Mais la génération de Jon était la dixième à être née et à avoir vécu intégra­lement sur des vaisseaux, aussi ne comprenait-elle pas bien cette religion fanatique. Voir de tels adorateurs commettre des meurtres...

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