Myrina Holmes, tome 2 : Cadavres exquis
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Description


Mon nom est Myrina Holmes. Mes (rares) amis me surnomment « Myri », mes (nombreux) ennemis « l'Amazone ». Mon job ? Traquer de féroces créatures surnaturelles à l'aide de mes pouvoirs et de mes armes.




On ne va pas se mentir : ces derniers temps, ma vie ressemble à un mauvais film de série B. Une sœur succube à la rancune tenace, une carrière de Traqueuse en crocs de scie, une marque démoniaque qui m'empêche de faire des folies de mon corps et un ex-amant devenu Fédérateur des Pécheurs qui m'irrite fortement les écailles. Alors quand un mystérieux virus aussi contagieux que mortel se propage sur Infernum, ça commence sérieusement à empester le démon grillé !




Le symptôme le plus éloquent de la Démonacide ? Quelques jours avant leur décès, les infectés se transforment en bêtes sanguinaires qui attaquent les vivants pour les dévorer, comme des Sans-Âmes ! L'Apocalypse risque de se pointer plus tôt que prévu à ce rythme...




Pour ma part, je suis naturellement immunisée grâce à mon sang d'hybride, mais ce n'est malheureusement pas le cas de tout le monde.




Lorsqu'un de mes proches tombe malade, je n'ai pas d'autre choix que de m'engager dans une course contre la montre pour mettre la patte sur les responsables de l'épidémie et dénicher le remède salutaire.




Et croyez-moi, vu mon état d'esprit, ma Plume aiguisée ne fera pas dans la dentelle.

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Informations

Publié par
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EAN13 9782379930942
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Myrina Holmes, Tome 2 : Cadavres exquis
 
 
 
 
Anna TRISS
 
 

 
 
L’auteure est représentée par Black Ink Éditions. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit, sous n’importe quelle forme.
 
Nom de l’ouvrage : Myrina Holmes, tome 2 : Cadavre exquis
Auteur : Anna TRISS
Suivi éditorial : Marie Delpech
 
© Black Ink Éditions
Dépôt légal mai 2020
 
Couverture © Black Ink Éditions. Réalisation Juliette Bernaz. Crédits photo Shutterstock.
ISBN 978-2-37993-094-2
 
Black Ink Éditions
23 chemin de Ronflac
17440 Aytré
Numéro SIRET 840 658 587 00018
Contact : editions.blackink@gmail.com
www.blackinkeditions.com
 
 
Table des matières

Prologue
Les quatorze légions démoniaques
Chapitre 1   : Satan versus psychocat
Chapitre 2   : Un message suicidaire
Chapitre 3   : L’Amazone contre-attaque
Chapitre 4   : Docteur Aramiel Drake
Chapitre 5   : Scolarités infernales
Chapitre 6   : Faire chanter le maître chanteur
Chapitre 7   : Démarquage
Chapitre 8   : Atmosphère virale
Chapitre 9   : Petits conseils
Chapitre 10   : Le Jardin d’Eden
Chapitre 11   : Pénétrances
Chapitre 12   : Le grand bain
Chapitre 13   : Instants de faiblesse
Chapitre 14   : Expériences génétiques
Chapitre 15   : Cauchemar et pressentiment
Chapitre 16   : Transparence
Chapitre 17   : Surprise   !
Chapitre 18   : Rancœurs et peines de cœur
Chapitre 19   : Descente aux enfers
Chapitre 20   : Abnégation
Chapitre 21   : Perditions
Chapitre 22   : Craquer
Chapitre 23   : Abandon de soi
Chapitre 24   : Conditions et concessions
Chapitre 25   : Association de malfaiteurs
Chapitre 26   : Eva Stark et Jericho Baron
Chapitre 27   : Blood and Flesh Club
Chapitre 28   : Le secret de Kelen
Chapitre 29   : Déchéance
Chapitre 30   : Pécher par procuration
Chapitre 31   : Don de sang
Chapitre 32   : Mesures extrêmes
Chapitre 33   : Hausse de tension
Chapitre 34   : Retour au CIT
Chapitre 35   : Numéro Trois
Chapitre 36   : Danger unicorne
Chapitre 37   : Trahison
Chapitre 38   : Ultimes paroles
Chapitre 39   : Cachotteries
Chapitre 40   : Une dernière danse
Épilogue
Play-list

 
 
 
Je tiens à préciser que j'ai commencé à écrire ce livre en janvier 2019, soit bien avant l'épidémie de Coronavirus qui sévit. Les éventuelles petites similitudes de la Démonacide (que vous allez découvrir dans Cadavres exquis) avec le Coronavirus actuel sont donc le fruit du hasard. Je vous souhaite une belle lecture avec Myri et Kel, et prenez soin de vous en cette période où la solidarité est de mise.
 
Anna
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je dédie ce tome à toutes les Pécheresses et les Vertueuses qui sont en nous...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Prologue
 
« On peut connaître la vertu d’un homme en observant ses défauts. »
Confucius,  Entretiens
 
Marignan, Italie, septembre 1515
 

 
Pierre Terrail
 
Belle journée pour mourir.
Un large sourire aux lèvres, je savoure la déroute chaotique de nos ennemis. Les Suisses battent en retraite vers Milan, poursuivis par les lansquenets 1 allemands et les cavaliers vénitiens qui font partie de nos troupes. Mon arquebuse 2 encore chaude au poing, j’inspecte la vaste plaine qui fut le théâtre de notre lutte acharnée. Des milliers de cadavres ensanglantés de diverses origines gisent sur le sol. J’ai beau être un chevalier vétéran, je n’ai jamais vu autant de morts. Mais nos idéaux valent tous ces sacrifices.
J’admire un instant les étoiles d’or et d’argent qui se reflètent sur les lames des soldats fauchés par la mort, tout en laissant le soleil bienfaisant sécher les perles de sueur sur mon visage.
— Deux jours éprouvants, commente une voix masculine sur ma gauche. Notre victoire n’en est que plus grandiose. Vous y avez d’ailleurs largement contribué, lieutenant Bayard.
Je tourne la tête vers l’immense cavalier âgé de vingt ans, engoncé dans son armure frappée de lions. Il est resté en retrait de la bataille… jusqu’à présent. Au milieu de son visage longiligne, ses yeux noisette balayent le champ de bataille apocalyptique.
Un protecteur des lettres et des arts. Un conquérant ambitieux. Il est destiné à accomplir de grandes choses pour le royaume de France.
— Je n’ai fait que mon devoir, mon roi.
— De nouveaux hauts faits d’armes à rajouter à votre liste de prouesses, Lieutenant. Aussi impressionnants que la défense du pont de Garigliano il y a une décennie.
Je fais mine d’être humble, mais en vérité, j’aime quand il flatte mon amour-propre. Il n’a pas tort : j’ai affronté des centaines de soldats espagnols sur un pont étroit, sans ma cuirasse, à Naples. On raconte mes exploits partout. On me surnomme « Le chevalier sans peur et sans reproche. » Et j’entretiens soigneusement ma réputation de héros légendaire.
— Ce jour entrera dans l’histoire, soyez-en certain. Et votre nom perdurera durant des siècles, Bayard, assure le jeune monarque en rivant son regard calme sur ma figure luisante de transpiration et de sang ennemi.
Je hoche la tête en roulant des épaules pour décontracter mes muscles courbatus par tous ces combats violents.
Au début, je me battais uniquement pour mes valeurs et mes vertus. Mais désormais que j’ai goûté à la gloire, je ne peux plus me passer de ces sensations grisantes. J’en veux toujours plus. C’est pourquoi j’enchaîne les batailles sans hésiter au nom de la royauté pour alimenter mon incoercible besoin de reconnaissance.
— Je tiens à vous honorer, Lieutenant, annonce le souverain avec solennité. Vous êtes le symbole du courage et de la loyauté. Dès demain, sur ce même champ de bataille, devant tous mes hommes, je veux prendre l’ordre de chevalerie de votre main.
— Vous souhaitez que je vous adoube chevalier, Votre Majesté ? m’étonné-je.
— En effet.
— Mais vous avez déjà été adoubé par le Connétable de Bourbon lors de votre sacre.
Il acquiesce en silence, les sourcils légèrement froncés. Un sourire sarcastique fleurit sur mes lèvres. Je lance un coup d’œil par-dessus mon épaule pour vérifier que personne ne nous écoute. Le Connétable de Bourbon, Charles III, commandant de notre armée et futur gouverneur du duché de Milan que nous allons récupérer, ne doit pas être loin de notre position.
— Vous ne lui faites pas totalement confiance, n’est-ce pas ? comprends-je dans un murmure.
Vous craignez qu’il ne vous trahisse auprès de votre ennemi Charles Quint , songé-je en prêtant attention à ne pas formuler cette pensée dangereuse à voix haute.
Mon interlocuteur s’emmure dans son mutisme, ce qui prouve que j’ai visé juste.
— Il risque de mal le prendre, signalé-je d’un ton neutre, bien que le mécontentement de ce petit comte pète-sec me réjouisse par avance.
J’espère d’ailleurs qu’il sera tellement contrarié qu’il n’ira plus à la selle pendant une semaine.
— Je l’ai déjà informé de mon intention, Lieutenant.
— Alors, je serai plus que ravi de vous adouber chevalier pour célébrer cette belle victoire historique, Majesté, décrété-je avec fierté en inclinant la tête vers François I er , roi de France.
 
***
 
Quelques jours après la bataille de Marignan, sur le chemin du retour au bercail, nous faisons halte avec mes hommes dans l’auberge miteuse d’un petit village alpin. Je suis un bon vivant et mon estomac ne cesse de me le rappeler en gargouillant. Je commande les plats les plus copieux au tavernier. Nous mangeons, buvons, chantons, nous vantons de nos exploits à la guerre. Je place des plaisanteries salaces dès que possible en me repaissant de l’attention générale et des rires gras que je provoque.
Tout à coup, mes yeux s’accrochent à ceux d’une femme dans la salle commune.
Une jeune Gitane aux longs cheveux bouclés et au teint mat d’une beauté saisissante. Mais ce sont surtout ses courbes girondes, soulignées par sa robe sombre, qui me donnent le vertige.
Elle me sourit en papillonnant des cils. En lui rendant son sourire, je lui adresse un signe d’invite. J’ai bien mérité un moment avec cette jolie gourgandine 3 pour fêter mon triomphe.
Je recule mon tabouret, elle vient s’asseoir sur mes genoux. Tandis que mes hommes continuent à se goinfrer à la table comme une bande de porcs, je pose mes mains sur sa taille fine, les descends sur ses hanches pleines, retrousse les plis de sa robe pour glisser mes doigts calleux vers une zone cachée à ma vue. Sa peau est plus douce que de la soie. Elle se mordille les lèvres en me dévorant d’un œil débordant de concupiscence qui me chauffe les reins.
On ne peut pas simuler ce genre de regard. Ce n’est pas mon argent qu’elle convoite. C’est moi, l’illustre chevalier sans peur et sans reproche.
— Sais-tu qui je suis, ma belle ? 
Elle secoue la tête sans se départir de son sourire, ses mains à plat sur mon torse. Elle sent merveilleusement bon.
— Je suis Pierre Terrail de Bayard, lieutenant général du Dauphiné, et je viens d’adouber chevalier le roi François I er , révélé-je en caressant sa cuisse mince sous sa robe.
La bohémienne plonge son regard brûlant et ensorcelant dans le mien en écartant les jambes pour que j’accède à son intimité, et je ne pense plus qu’à une chose : la pilonner de toutes mes forces contre un mur jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. J’aime profondément ma tendre épouse qui attend notre premier enfant, mais je n’ai jamais su résister aux charmes des autres femmes quand je m’éloigne de mon foyer pour partir en guerre.
— C’est un plaisir de te rencontrer, chevalier Bayard. Je m’appelle Lilith. Dis-moi, preux guerrier… Es-tu aussi vertueux qu’on le prétend ? souffle-t-elle à mon oreille.
— Et même davantage, rétorqué-je en me rengorgeant.
— Pourtant, je décèle l’ombre de plusieurs péchés en toi, susurre-t-elle en promenant l’ongle de son index sur ma poitrine afin d’y tracer des motifs sibyllins. L’Orgueil. La Gourmandise. Et surtout… (Elle appuie ostensiblement sa hanche contre mon érection.)… mmmmh, la Luxure.
— Mais je parviens à élever ces péchés au rang de vertus. Voilà précisément ma plus belle vertu, chuchoté-je avec aplomb.
En riant, Lilith prend mon visage entre ses mains et se penche vers moi. Juste avant qu’elle ne m’embrasse avec une passion féroce, j’ai la vague impression de discerner un reflet incarnat dans ses prunelles caramel, mais son baiser balaye tout. Je tourne au ralenti, enivré par son parfum sucré qui me fait perdre la raison. Mon doigt aventureux se fraye un chemin en elle sous sa robe pendant que nos langues s’unissent sauvagement sous les acclamations avinées de mes soldats.
Je n’en avais pas encore conscience à l’époque, mais je venais de pactiser avec le diable…
… et ma première véritable descente aux enfers allait commencer.
 
 
 
 
Les quatorze légions démoniaques
 
 
Les Pécheurs, associés aux sept péchés capitaux
 
Les Stuprènes, démons de la Luxure
Les Torpèles, démons de la Paresse
Les Vénades, démons de l’Avarice
Les Enragelés, démons de la Colère
Les Insatiares, démons de l’Envie
Les Appétants, démons de la Gourmandise
Les Arrogèses, démons de l’Orgueil
 
***
 
Les Vertueux, associés aux sept vertus cardinales
 
Les Équitales, démons de la Justice
Les Circonspèles, démons de la Prudence
Les Modérants, démons de la Tempérance
Les Vaillades, démons de la Force d’âme
Les Piétans, démons de la Foi
Les Fianèles, démons de l’Espérance
Les Altrusites, démons de la Charité
 
 
 
Chapitre 1   : Satan versus psychocat
 
« La colère d’une femme est le plus grand mal dont on puisse menacer ses ennemis. »
Pierre-Jules Stahl,  L’esprit des femmes et les femmes d’esprit
 

 
Myrina
 
Un vrombissement continu qui fait vibrer mon pieu me tire de mon sommeil agité.
Flûte de zut, j’ai dû laisser le réveil de mon portable en mode vibreur. La tête enfouie dans mon oreiller, je tâtonne par réflexe sur ma table de chevet. Que dalle. Puis je me souviens que mon lit vibre, ce qui implique que l’appareil est sur mon lit. Élémentaire, mon cher Watson. Donc, à l’aveuglette, je me mets à traquer ma proie électronique qui doit être quelque part sur ma couette.
Cinq secondes plus tard, ma main se referme sur une boule de poils chaude qui ronronne près de ma jambe. Tiens, mon Putride s’est invité dans ma chambre pendant la nuit. Mais ce n’est pas son ronronnement qui fait vibrer le lit, ce n’est pas possible… Je palpe le dos du chat, suis le contour de sa patte… et tripote un long machin tremblant sur lequel est couché Putride. Ce n’est pas mon portable, ça.
Il s’agit de mon amant inépuisable et diabolique du moment, Satan.
Bordel, il m’a tellement fatiguée hier soir que j’ai oublié de le ranger après m’être envoyée en l’air. Mon chat s’est vautré sur lui pour le câliner et l’a allumé par inadvertance. Ce coquin de félin n’a pas bougé de sa nouvelle place car il a dû croire que la vibration était un ronronnement. Eh oui, Satan a conquis le cœur de Putride et de sa maîtresse.
Au fait, Satan, c’est la Rolls-Royce des godes démoniaques, acheté une blinde dans un sex-shop d’Infernum. Garanti sans emmerdes ou remboursé !
Je saisis l’inégalable Trident de Satan. Mon chat puant siffle de réprobation, exaspéré que je lui retire son joujou en caoutchouc. Jaloux le matou !
Imaginez trente centimètres de plaisir rouge phosphorescent, auto-lubrifiant, nervuré, doté de deux mini-cornes souples qui tourbillonnent (un pour le clitoris et l’autre rétractable pour l’Arcadus arrière) incrusté de cristaux chauffants du Vésave. Mon généreux distributeur d’orgasmes qui n’attend rien de moi en retour : la perfection masculine incarnée.
J’actionne le bouton pour l’éteindre.
Pas de bol, comme je suis encore dans le coaltar, je pousse le bitoniau dans le mauvais sens.
Le vibromasseur géant agité de secousses pète une durite et m’échappe des doigts. Je lâche un hoquet étranglé.
Petite précision. Il y a trois modes de vitesse et d’intensité : Chatouille Languide (ça, je n’utilise jamais), Immersion Profonde (classique mais efficace) et Marteau-Piqueur (pour les démones qui n’ont pas froid aux écailles, comme moi.)
Devinez sur quel mode il est passé…
J’allume la lumière de ma lampe de chevet en jurant. Consternée, je vois Satan décrire des cercles furieux sur le parquet comme s’il avait pris vie. Nom d’un moignon de tentacule, j’ai l’impression que toute la chambre tremble, on est au moins à 8 sur l’échelle de Bitchter ! 
Comme si ça ne suffisait pas, Putride saute du lit, se transforme en chasseur et attaque mon démoniaque amant, les oreilles dressées et le poil hérissé. S’ensuit un combat hallucinant entre mon chat obèse et la bite rouge de Satan : en bondissant, le premier donne des coups de patte agressifs et mord violemment son adversaire comme s’il était possédé par l’esprit d’une panthère noire pendant que la deuxième… continue à tournoyer dans tous les sens en vrombissant de toute sa puissance et surtout, en aspergeant les alentours de lubrifiant translucide. Et moi, je suis bouche bée sur mon lit, prise au dépourvu par cette scène complètement surréaliste à laquelle je n’étais pas mentalement préparée.
La première surprise passée, je recouvre mon sang-froid de Traqueuse aguerrie et décide d’intervenir pour séparer les deux improbables rivaux.
— Bordel de mes cornes Putride, ce truc m’a coûté un tiers de mon salaire ! glapis-je en attrapant mon félin poisseux de lubrifiant qui se débat comme un beau diable en miaulant.
Après avoir fichu le fauve incontrôlable à la porte de ma chambre, je ramasse le vaincu bien amoché, l’éteins et l’examine avec désespoir. Des traces de dents et de griffes émaillent la surface de mon précieux, plusieurs cristaux ont été avalés par ma bête domestique, le gland percé qui goutte lamentablement est déformé et les deux petites cornes latérales ont été arrachées. Il est hors service, irréparable. Merde, l’incube du sex-shop n’acceptera jamais de me le reprendre, Satan est foutu !
RIP mon amour, tu me manqueras.
Garanti sans emmerdes ou remboursé, mon cul !
Je balance mon sex-toy contre le mur en vociférant.
Voilà, tout le monde se ligue contre moi pour que je ne baise pas, même mon propre chat !
Si je n’étais pas aussi remontée contre Kelen Wills, je lui enverrais la facture.
Parce que tout ça, c’est sa putain de faute !
 
***
 
La journée commence mal, c’est clair. Mais je ne vais pas me laisser démonter, j’en ai vu d’autres.
Debout devant l’îlot central de ma cuisine, je me prépare le petit-déjeuner devant Télé d’Enfer. Comme tous les matins, je gratifie d’un regard morose le tabouret de bar sur lequel s’installait ma colocataire chérie, son portable à la main, la chevelure en désordre. Tous les jours, le sourire rayonnant d’Ondine était la première image que je voyais en sortant de ma chambre. « Hey, bonjour Myri, bien dormi ? » Pour ma part, je grognais simplement en guise de réponse, car avant d’avaler mon premier café, je suis imbuvable. Le sourire joyeux de ma sœur m’excédait il y a deux mois. Aujourd’hui… il me manque terriblement.
Et elle aurait ri aux larmes si elle avait été témoin de l’affrontement Satan versus psychocat.
Après avoir croqué un morceau de croissant, j’introduis cinq sucres dans mon café brûlant les uns après les autres et je touille ma boisson avec ma cuillère, un œil distrait sur l’écran de télévision. Encore le journal. Je bâille lorsque le présentateur fait un topo sur la brutale épidémie de grippe démoniaque qui se propage à vitesse grand V sur Infernum depuis trois jours. Ouch, vachement contagieuse, cette souche ! Une carte de notre monde comportant des zones géographiques en rouge, orange et jaune apparaît à l’écran. Neethoraa, la cité des Enragelés, est visiblement la plus touchée : les autorités sanitaires rapportent environ 13 % de démons malades là-bas. Le présentateur précise que jamais Infernum n’a connu une telle ampleur et une telle croissance au niveau de la grippe démoniaque et énumère les recommandations usuelles : limiter les déplacements et les contacts physiques pour ne pas contaminer les autres (ou si on n’a pas le choix, porter des masques) se laver régulièrement les mains, effectuer des inhalations de Pratixolaratisme pour guérir la toux et faire baisser la fièvre, ce genre de conneries.
Je ne suis pas concernée. Grâce à mon sang d’hybride mi-Pécheresse mi-Vertueuse, je suis immunisée contre la grippe démoniaque.
Mon portable vibre sur le plan de travail. Je manque de renverser du café sur mon fidèle tee-shirt « Fuck you demon » en voyant le nom qui s’affiche sur l’écran.
Je décroche aussitôt, quelque peu fébrile.
— Ondine, je suis contente que tu m’appelles !
Silence embarrassé à l’autre bout du fil.
— C’est moi, Myrina. Sammaël.
Ah. Mon enthousiasme s’éclipse, remplacé par une inquiétude légitime. En deux mois de bouderie, c’est la première fois que le copain de ma sœur m’appelle. Mon Dieu, j’espère qu’elle n’a pas de problèmes !
— Tout va bien, Sam ?
— Oui, ça va. Ondine m’a demandé de te joindre. Elle aimerait garder votre chat quelque temps, il lui manque.
Je serre les dents jusqu’à en avoir mal aux mâchoires pour ne pas incendier notre intermédiaire.
Putride lui manque, d’accord. Et moi non ? C’est donc ça, une rupture familiale ? On va se partager la garde du chat, maintenant ? Génial, j’en rêvais !
— Elle n’a qu’à me le demander elle-même. On n’est plus à la maternelle !
— Elle est occupée, soupire l’Enragelé.
— Occupée à te faire de grands signes, tu veux dire ! Allez, passe-la-moi.
— Elle ne veut pas te parler, Myrina.
Gifle invisible dans la gueule. Bien sûr mon coco, je sais déjà qu’elle ne veut pas me parler : elle ne décroche jamais à mes coups de téléphone et ignore tous mes messages. Mais entendre dire ces mots même à travers la bouche d’un autre, ça poignarde le palpitant.
— OK. Alors réponds-lui que Putride est très bien là où il est, chez lui. Il a tous ses repères ici. Et je doute que son organisme terrien réussisse à s’adapter à la température et à la gravité d’Infernum. C’est une idée tellement débile qu’on devrait l’inscrire au livre des records des idées débiles.
— Tu n’es qu’une pétasse, Myri ! crie une voix hargneuse derrière Sam.
Je souris avec un mélange de tristesse et d’attendrissement. Ma provocation a fait mouche. Comme je le pensais, le petit ami de la succube a mis le haut-parleur. Même si c’est pour m’insulter, ça me fait plaisir d’entendre à nouveau sa voix.
— Ondine, si tu as envie de voir Putride, viens à l’appart. Tu as toujours tes clés, après tout. Si tu préfères venir en mon absence, ça ne me dérange pas. Tu es encore chez toi, frangine.
Elle garde le silence. Sam pousse un nouveau soupir dans l’appareil. À mon avis, ça le fait grave suer d’être pris entre deux feux. Je peux le concevoir.
— Elle va réfléchir, déclare-t-il au bout d’un instant. (Je capte le claquement d’une porte au loin. Ondine s’est barrée de la pièce en trombe.) Au fait, comment se passe ton boulot ? balance-t-il d’un ton détaché.
Je me mâchouille les lèvres, ma parano en ébullition. Trois options.
Une : il me pose la question spontanément, sans arrière-pensée, de façon sympathique et naturelle.
Deux : il me pose la question parce qu’Ondine le lui a demandé. Elle veut avoir de mes nouvelles, mais elle est trop butée pour faire la démarche elle-même.
Trois : il me pose la question parce que son boss le lui a demandé. Il veut avoir de mes nouvelles, mais il est conscient que je suis trop butée pour lui répondre.
— Hum, pourquoi tu t’intéresses à mon travail, Sam ?
— C’est une tare de m’intéresser à toi, Myrina ?
— Je ne sais pas, à toi de me le dire.
— Je n’ai rien contre toi, miss. J’aimerais vraiment que les choses s’arrangent entre ta sœur et toi. Ça me désole de la voir dans cet état. Elle est constamment sur les nerfs.
— Bienvenue au club des démons qui n’ont plus la niaque ! ricané-je, intérieurement affligée par mon jeu de mots foireux.
—  Il pourrait également adhérer à ce club, d’ailleurs, insinue l’Enragelé.
Enfer et damnation. Je n’aime pas du tout cette conversation. Qu’il se mêle de ses écailles, le beau-frère en papier mâché !
— Sam, moi non plus je n’ai rien contre toi, mais je te déconseille de prendre ce chemin-là si tu veux éviter que ton nom apparaisse dans la rubrique nécrologique.
— Tu devrais lui laisser une chance de s’expliquer, Myrina. Et si tu es capable d’écouter ce qu’il a à te dire, je suis convaincu qu’Ondine est capable de t’écouter aussi.
Perdre du temps à écouter Wills essayer de m’embobiner encore ? Non merci. J’ai été conne une fois, pas deux !
— À plus, Sam, grommelé-je avant de raccrocher.
Secouant la tête, je bois le reste de mon café. Je relève les yeux vers l’écran de télé lorsque le générique musical de l’émission Destins Démoniaques démarre.
Et forcément, l’ironie du sort ayant décidé de me narguer sévèrement aujourd’hui…
Je me retrouve confrontée à la vision d’une belle gueule d’ange des ténèbres, ce qui accroît mon taux de rogne de manière exponentielle et plonge mon cœur battant dans un bain glacé.
En même temps, je ne devrais pas m’en étonner. Ces derniers temps, ce salaud est omniprésent. On bouffe de l’Hybresang à toutes les sauces. À la télé, à la radio, dans les journaux, dans les magazines. Les démons parlent de lui dans la rue et les supermarchés, lors des repas de famille, pendant les activités sportives. Le nouveau Fédérateur Pécheur, c’est THE sujet à la mode. Ah, ça doit le faire bander d’être au centre de toutes les discussions et d’être la personnalité la plus en vue d’Infernum !
Et moi, je suis obligée de tolérer cet étalage médiatique qui m’assaille en permanence dès que j’ai le moindre contact avec le monde démoniaque. Heureusement que j’habite sur Terre, sinon ce serait pire !
En parlant de pire, il va bientôt falloir que je mette un terme à cette période de procrastination Willesque et que je me force à le revoir pour qu’il me débarrasse une bonne fois pour toutes de cette maudite marque à la cuisse qui me pourrit l’existence. Je repousse ce moment depuis deux mois car j’appréhende à mort l’idée de le revoir, mais l’abstinence sexuelle que le sceau m’impose est une plaie sans nom.
Je me suis fait avoir à ce propos une semaine après la soirée catastrophique où nous avons couché ensemble au Palais des Magistraux. Après avoir descendu une bouteille entière de Bile de Dragon qui m’a aidée à noyer ma déception et mon chagrin, j’ai voulu faire des folies de mon corps avec un ancien ami incube… et je me suis évanouie dès la pénétration, victime d’un mal de crâne fulgurant. À mon réveil, mon sexfriend s’était cassé. J’ai cru que c’était à cause de l’abus d’alcool. Mais quand ce phénomène s’est produit une deuxième fois quelques jours plus tard avec un humain levé dans un bar (alors que j’étais sobre !) j’ai fait le lien avec la marque de Kelen que je me coltine sur le haut de la cuisse.
Bref, pour ne pas changer, c’est la merde.
Intitulé du reportage : Destin d’Hybresang.
Je repose si brutalement ma tasse que je la casse en plusieurs morceaux. Mes yeux nerveux furètent dans ma cuisine. Putain, où ai-je mis cette sale pute de vieille salope de télécommande ? J’étais persuadée de l’avoir posée sur l’îlot central ! Je m’accroupis pour vérifier en dessous, au cas où elle serait tombée. Rien.
— … un destin hors norme. Kelen Wills, le Fédérateur des sept légions de Pécheurs. Un guerrier. Un leader. Un survivant. (Je ne veux pas écouter ça ! Je n’écoute pas ! On ne peut pas couper le son sur ces appareils auditifs ?) Né sur Infernum en 653 pendant la Cinquième Guerre Mondiale qui a opposé les Pécheurs aux Vertueux, Kelen n’a jamais connu ses parents. (Ah bon ? Première nouvelle !) Il passe sa prime jeunesse démoniaque dans un modeste orphelinat avant de fuguer à l’âge de quinze ans. Autodidacte dès son adolescence, il vit dans la rue un temps avant de rencontrer le doyen de la prestigieuse école de Piquenale qui, ébloui par son potentiel exceptionnel et son intelligence aiguisée, l’intègre dans son programme pédagogique réservé aux jeunes démons surdoués qui formeront l’élite démoniaque de l’avenir.
Tiens, il n’est pas né riche… Il a trimé, lui  ? Enfin, si ces informations sont authentiques. Toujours est-il que je cesse de chercher la télécommande parce que sur le coup, ma curiosité est un poil plus forte que ma fureur. Je dois avoir un petit côté maso aussi, je suppose.
La biographie de sa jeunesse est courte et peu détaillée comme s’il manquait plusieurs fragments de sa vie. Le présentateur embraye sur la carrière de Magistral de Wills qui a débuté au XVIII ème siècle – ennuyeuse. On aperçoit à la télé le quartier général des Enragelés à Neethoraa, un gratte-ciel moderne aux vitres noires qui mesure 900 mètres de haut. Puis on voit l’intérieur de son club échangiste sur Terre, les 1001 Nuits de Luxure, qui marche du tonnerre depuis qu’il est devenu Fédérateur. Deux autres lieux se succèdent à la télé pour ponctuer le reportage : l’austère Palais des Magistraux et la luxueuse maison de Kelen, photographiée du ciel par un journaliste ailé. Ensuite, le type reparle de l’attentat des Révoltés auquel Wills a survécu in extremis avant les élections. On a un arrêt sur image d’un morceau cabossé de la Corne d’Abondance en or qui était logé dans la cuisse de l’Hybresang et qu’il a mis aux enchères lors d’un gala de malfaisance. Hein, un collectionneur Pécheur a dépensé plus de trois millions de Fourches pour ce machin ? Quelle blague !
Mais le coup de grâce est quand je le vois descendre d’une limousine à l’avant-première d’un blockbuster appelé L’Exorciste exorcisé , un film d’horreur super gore encensé par toutes les critiques d’Infernum. Sous les flashs des appareils photo, le politicien de mes deux se pavane sur le tapis rouge dans un costume chic qui souligne sa musculature, les cheveux en pétard, le regard mutin, un sourire séducteur en coin…
… et tenant étroitement par la taille deux pouffiasses d’actrices qui ont joué dans le film, une Stuprène aux cheveux roux rassemblés sur une épaule qui sourit de tous ses crocs et une Enragelée brune au style rock’nroll. Robes de grand couturier, coiffures et maquillages impeccables, hyper bien roulées : ces deux bimbos Pécheresses donneraient la trique à un moine Piétan. Je plisse les yeux vers les noms qui apparaissent en bas de l’écran. Farah Anah et Shelby Kaly. Je les note dans un coin de ma mémoire. Si un jour je croise ces connasses, ça va barder pour leurs miches. Elles pelotent Kelen en gloussant et en prenant des poses aguicheuses devant les paparazzi. Le présentateur a le culot d’ajouter en rigolant que les deux magnifiques actrices ont accompagné le Fédérateur à la soirée et sont reparties avec lui dans sa limousine…
En résumé, Sam s’est bien foutu de ma tronche : Wills s’éclate à fond la caisse de son côté et n’en a plus rien à cirer de moi, la pauvre idiote qu’il a culbutée dans toutes les positions pour satisfaire son minable goût du challenge !
— ESPÈCE D’ENCULÉ DE CONNARD D’HYBRESANG !!!!
Le cri de rage est sorti tout seul, il vient à la fois du ventre et de la poitrine.
Pas le temps de débusquer la télécommande, je ne supporte plus la vue de son visage souriant ! Je m’empare du premier objet qui me tombe sous la main – le tabouret de bar – et je l’envoie valdinguer à travers la pièce en rugissant.
Deuxième télévision démolie à cause de Kelen Wills !
Les poings contractés, le souffle court, je regarde mon œuvre détruite en cillant.
Ce n’est qu’après coup, lorsque le feu de ma colère s’amoindrit, que je me rends compte de la présence du bouton pour éteindre sur le côté de la télévision.
 
 
 
Chapitre 2   : Un message suicidaire
 
« Un poète est éloquent, lorsque dans ses écrits, c’est le cœur qui pense et qui s’exprime. »
Jean-François Marmontel,  Les réflexions sur la tragédie  
 

 
Kelen
 
En marquant une pause à chaque ligne, je couche sur le papier les mots qui m’obsèdent depuis des semaines. À force de les recopier, je les ai mémorisés. Je pourrais les réciter en dormant. Cela fait la huitième fois que je réécris ce poème constitué de vingt-quatre vers. Sept fois que je me débine après ma relecture. Sept lettres similaires, froissées, déchirées ou incinérées. Je bloque systématiquement, assailli par une pluie de doutes, et je finis toujours par détruire le poème. Puis je cède à la tentation et je recommence à le rédiger. Entre le cinquième et le sixième essai, j’ai voulu écrire un courrier plus classique. Je n’avais pas les mots, ils se dérobaient à moi. Alors, dans ma frustration, j’en suis encore revenu à ce putain de poème. Et il a terminé à la poubelle. Le cercle vicieux par excellence.
Concert de raclements de gorge et de toussotements autour de moi. Je relève la tête, un tantinet déconcerté par ces bruits de fond parasites. Ah, c’est vrai, je ne suis pas seul. Je suis en pleine réunion mensuelle avec mes collaborateurs Pécheurs au Palais des Magistraux.
Je remets le bouchon de mon stylo-plume et me carre dans mon auguste fauteuil de Fédérateur en embrassant des yeux les autres occupants de la salle.
Mon ex Beliale, la reine des péripatéticiennes pré-ménopausées, dont les ongles laqués de noir pianotent sur la table en bois verni. La Magistrale Stuprène porte un haut pourpre fendu au milieu qui tient par la grâce du Malsain-Esprit sur ses nichons (à moins qu’elle ne l’ait attaché avec du scotch double-face sur sa peau, qui sait.) La couleur ne lui va pas du tout au teint et je ne me suis pas privé de le lui faire remarquer au début de la réunion devant tout le monde. Elle s’est contentée de sourire comme si mon attaque lui passait largement au-dessus. Je fantasme régulièrement sur des scènes de torture où je suis le bourreau et elle la victime. Mais je ne peux pas le lui confesser, cela la ferait mouiller.
Le Magistral Arrogèse Valafar, une bonne tête de con avec un bouc qui lui donne des airs de D’Artagnan au rabais. Le looser qui a eu des difficultés à digérer sa branlée à l’élection des candidats Fédérateurs a coutume de m’évaluer d’un œil outrecuidant. Je me tâte à soudoyer un de ses proches pour qu’il lui rase le bouc et les poils pubiens pendant son sommeil.
La Magistrale Insatiare Umbra, la nièce du peu regretté Hallow mort dans l’explosion des Révoltés. Une petite garce teigneuse et survoltée âgée d’à peine un siècle à qui je couperais volontiers la langue si l’occasion se présentait, car elle a une putain de tendance à ouvrir sa déchetterie buccale pour tout et n’importe quoi.
Le Magistral Appétant Moloch, vieux, ventru, barbu, négligé, suintant, hideux. Ce primate me dégoûte tellement que je ne peux pas le regarder plus de cinq secondes sans être pris de nausées. Si je pouvais m’accorder ce plaisir, je lui ferais une liposuccion du bide avec un aspirateur.
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