Mysterium
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Description

Le Professeur Humphrey, universitaire émérite, est retrouvée morte en Hongrie. Les circonstances de son décès sont étranges... Sa fille Eva découvre dans ses documents professionnels, un porte-folio intitulé Mysterium. En se plongeant dans l’ouvrage, elle découvre le roman que sa mère a écrit autour des affaires non classées concernant des crimes commis par des veuves noires ou des sorcières. À l’issue de sa lecture, Eva prend conscience du danger qu’elle court en conservant le manuscrit...



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Informations

Publié par
Nombre de lectures 20
EAN13 9791093889399
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

KAAL GREEN
 
 
 
Mysterium
 
 
 
 
 
Copyright © 2018, Éditions Sarah Arcane
 
Ce roman s’inspire de la réalité historique, en prenant appui sur de véritables affaires : Mary-Ann Cotton (Isabella d’Anceny) la première "veuve noire", Elizabeth Bathory, et Olympe Mancini (impliquée dans l’Affaire des Poisons). Toutes ces femmes ont été mêlées de près ou de loin à des crimes sordides qui ont fait d’elles des figures inquiétantes dans la mythologie populaire.
 
Prologue
 
 
 
Paris, février 2018
Eva sécha ses larmes. Cela faisait maintenant douze jours que sa mère était morte, mais la douleur était toujours aussi intense, fulgurante, à chaque fois qu’elle pensait à elle. Comme si l’on cisaillait son cœur. Elle passa une main dans ses cheveux et ouvrit le carton contenant les dossiers de sa mère. « Professeur Humphrey » était inscrit au marqueur noir en lettres capitales. Son père avait rassemblé les documents professionnels de son épouse et était passé les déposer chez sa fille avant de repartir pour New York. Il dirigeait une grande firme aux États-Unis et ne revenait que ponctuellement voir sa famille en France. Eva saisit un énorme porte-folio en papier kraft sur lequel on pouvait lire « Mysterium   » . Elle fronça les sourcils. De quoi s’agissait-il ?
Sa mère était professeur émérite à la faculté de Lausanne. Elle travaillait sur les affaires judiciaires non élucidées en Europe. Eva savait qu’elle était récemment partie effectuer ses recherches à Paris, à Londres mais aussi en Hongrie. Elle avait d’ailleurs proposé à sa fille de l’accompagner mais Eva, en tant qu’avocate, avait de lourds dossiers en cours et n’avait pu se libérer. Elle avait refusé à contrecœur la proposition de sa mère qui avait pris l’avion pour la Hongrie quelques jours auparavant.
Sa famille lui semblait disloquée, écartelée entre la Suisse, l’Amérique et la France. Mais c’était ainsi. Eva avait choisi de travailler à Paris. Cela faisait cinq ans qu’elle exerçait. Elle adorait son métier et n’aurait voulu en changer pour rien au monde.
Et puis, douze jours auparavant, sa vie avait basculé. Elle avait reçu un appel de son père qui la contactait depuis son cellulaire à New York et elle avait répondu de sa voix chaleureuse, en reconnaissant le numéro :
— Allô Papa ? Comment vas-tu ?
Mais à l’instant où son père avait commencé à parler, elle avait compris que quelque chose n’allait pas, que quelque chose de terrible s’était produit. Son père avait gardé le silence pendant quelques secondes, la voix éteinte, écrasé de douleur.
— Eva… C’est ta mère…
La jeune femme avait écouté le discours incompréhensible que son père lui avait tenu. Mais elle n’avait gardé en mémoire que des bribes qui avaient laissé en elle une marque indélébile : « mort mystérieuse »… « empoisonnement »… « morsures »…
Le simple fait de penser de nouveau à ces mots, elle en avait des nausées. Elle savait simplement qu’on avait retrouvé le corps de sa mère, dans une petite commune hongroise dont elle n’avait jamais entendu parler. Les autorités avaient prévenu son père et donné de vagues informations concernant la mort soudaine de son épouse. La police soupçonnait un empoisonnement, mais restait perplexe face aux morsures que le professeur Humphrey portait au cou et aux poignets. Le corps était en cours de rapatriement vers le territoire français, mais le transfert nécessitait plusieurs jours à cause de l’ensemble des formalités administratives et cela compliquait le travail de deuil de la famille.
Eva ouvrit le porte-folio et découvrit une bonne centaine de feuillets empilés les uns sur les autres, numérotés avec soin en bas de chaque page. Sa mère avait imprimé ses écrits avant de disparaître. C’était à peu près tout ce qu’Eva avait pu recueillir pour le moment. Son père lui avait avoué n’avoir pas eu le courage de mettre son nez dans les dossiers professionnels de sa femme et avait confié cela à sa fille.
Eva restait dubitative devant cette liasse de papiers qui se dressait devant elle. Cela ne ressemblait pas aux travaux que sa mère avait coutume de mener. D’habitude, le professeur rédigeait tout et annotait ses réflexions après relecture dans la marge. Ici cela semblait différent. Elle feuilleta rapidement le recueil recensant des lieux qui l’intriguèrent. Londres, Versailles, Čachtice…
Elle eut la sensation de recevoir un coup de poignard dans le cœur. Ces lieux n’étaient autres que les destinations vers lesquelles sa mère s’était rendue ces derniers mois.
Eva revint au début de l’ouvrage, porta sa tasse de café à ses lèvres et se plongea avec fébrilité dans la lecture, cherchant des réponses dans cet étrange dossier au titre énigmatique.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Par le professeur Humphrey
 
Première partie
 
 
SORTIARUS
 
 
 
 
 
 
 
Catherine de Médicis,
La Chambre des Secrets
1520
 
Sous les flamboyantes fleurs de lys
Ornant
Les armoires
de Catherine de Médicis,
Se cacheraient de singulières curiosités royales :
Candélabres et camées
Sculptures et opales,
S’entremêleraient ainsi en secret,
Afin de mieux occulter
Quelques collections sans égales.
Bijoux et trésors cachés
Seraient ainsi les gardiens du soir
De sulfureux venins secrets,
Dans l’envoûtant
Cabinet des Poisons Sacrés
de La Régente Noire.
 
CHAPITRE 1
 
Manoir d’Anceny,
Londres - 7 novembre 1872
 
Isabella
 
 
 
Une brume épaisse était tombée sur la ville sombre, conférant une atmosphère irréelle aux rues piétonnes, martelées par le bruit des sabots des chevaux tirant les fiacres. Les passants s’abritaient sous les portes cochères à peine éclairées par les flammes vacillantes des réverbères.
Seules quelques femmes, vêtues de robes rouges et de corsets blancs, s’affichaient sur le perron des maisons closes. On distinguait à peine les murs des hautes maisons qui s’élevaient le long des rues étroites et obscures dégageant une odeur âcre.
Les marchands ambulants surgissaient au coin des rues, une lanterne à la main, en criant et en bousculant les colporteurs postés devant les marches des bâtisses. Une large pancarte, dans l’avenue principale, affichait en grandes lettres rouges : Absinthe . Les vagabonds, en quête de fée verte, se ruaient dans les bouges mal famés, alignés les uns à la suite des autres dans la rue, d’où provenait un curieux mélange de cris, de rires et de musique.
Le manoir de Mme d’Anceny se dressait au croisement de l’une de ces rues pavées, mais donnait également sur l’un des nouveaux quartiers du centre-ville, tourné vers la modernité.
Comme d’habitude, Emily devait porter les infusions des époux d’Anceny dans leurs appartements privés, au premier étage du manoir.
Le couple était sorti chez des amis pour la soirée et la jeune servante devait laisser leurs tasses sur le guéridon de l’antichambre. Emily lissa son tablier puis poussa doucement la porte et déposa le plateau de bronze. Il faisait très sombre dans la pièce. La jeune femme fit demi-tour, mais son pied heurta quelque chose. Elle se baissa, les sourcils froncés. Emily ne parvenait pas à distinguer ce qui jonchait le sol, si bien qu’elle décida d’aller chercher une bougie, posée sur une console, dans le long corridor. En refermant la porte de l’antichambre, elle sentit quelque chose d’étrange sur ses mains.
Des gouttes de sang perlaient sur ses doigts fins. Prenant son courage à deux mains, elle poussa à nouveau la porte de l’antichambre.
… Elle le vit alors.
Le corps du Chevalier, étendu sur le sol.
Raide.
Le visage figé, les yeux ouverts.
Les larmes aux yeux, Emily étouffa un cri et s’enfuit dans les escaliers en colimaçon qui conduisaient à la cuisine.
 
CHAPITRE 2
 
Château de György Báthory,
Hongrie - février 1570
 
Elisabeth
 
 
 
Dans la région de Nyírbátor, en Hongrie, se dressait au beau milieu d’une campagne aride, un grand palais entouré de vastes jardins. De l’union de György et d’Anna Báthory était née une belle petite fille aux cheveux noirs et aux yeux clairs. Le prince de Transylvanie en personne, futur prince de Pologne, s’était rendu au château afin de fêter la naissance de l’enfant. Elizabeth, de sang royal, grandit comme une rose rouge, au milieu des terres enneigées. Elle n’était pas fragile et sa bonne constitution lui permit de survivre aux maladies infantiles qui sévissaient dans la province. Pour ses dix ans, la famille se réunit, accueillant à nouveau le prince de Pologne au château.
Un matin d’hiver, alors que de légers flocons drapaient les jardins des Báthory, la jeune Elizabeth apparut sur le perron. Émerveillée par la neige qui recouvrait silencieusement le parc, elle se dirigea en courant vers la fontaine dont les eaux avaient gelé. Elizabeth avait un joli visage de poupée boudeuse, au teint d’un blanc porcelaine et de longs cheveux noirs et soyeux.
Ses lèvres vermeilles souriaient à la vue des flocons qui virevoltaient comme des plumes autour d’elle.
Elle aperçut un oiseau sur la margelle de la fontaine et s’approcha doucement de lui. Il tremblait de froid, mû par de grands frissons qui agitaient ses plumes sombres. L’enfant eut l’air ravi et le recueillit délicatement dans ses mains. Elle rentra avec l’oiseau dans le château et demanda à la domestique de lui apporter une cage afin de mettre le volatile à l’abri.
La servante ne tarda pas à réapparaître, portant une grande cage dans ses bras et aidée de la petite fille, elle mit au chaud l’oiseau affaibli. Elizabeth s’en occupait tous les jours, heureuse de voir qu’il reprenait des forces.
Un jour, alors qu’elle lui donnait à manger, il lui piqua le doigt d’un coup sec et une perle de sang jaillit sur l’index de l’enfant. Elizabeth sursauta puis contempla le sang qui coulait le long de ses doigts. Elle referma mécaniquement la porte de la cage et regarda, fascinée, les gouttes qui tombaient, étoilant de rouge le tapis blanc de sa chambre. Elle eut peur d’être grondée et tenta d’essuyer le sang, mais elle se rendit compte qu’elle ne pourrait nettoyer seule et appela sa domestique. Lorsque celle-ci trouva la petite fille, elle vit sur le visage blême d’Elizabeth de grandes traces rouges. L’enfant ne semblait pas effrayée.
Elle s’était approchée de la coiffeuse et se regardait dans le miroir ovale. Une lueur étrange brillait dans ses yeux.
— Nettoie mon visage, ordonna-t-elle à la domestique.
Celle-ci, surprise de trouver l’enfant dans cet état, s’exécuta aussitôt. Elizabeth retrouva rapidement son teint pur et la gratifia d’un grand sourire.
— Je crois que je suis encore plus belle lorsque l’on me lave avec du sang, gloussa Elizabeth, d’un air ravi. Vois comme ma peau est belle et douce, maintenant !
La domestique, sidérée, sentit un long frisson glisser le long de son échine en regardant la fillette rejeter derrière son épaule l’une de ses longues mèches de cheveux noirs, un sourire énigmatique flottant sur les lèvres.
 
CHAPITRE 3
 
Cour du roi de France,
1654
 
Olympe
 
 
 
— Je vous en prie, chère Olympe, après vous, lui glissa le roi, en la tenant par la main.
— Je vous remercie, Votre Majesté, répondit la jeune fille avec élégance, avant d’entrer dans la salle de bal.
Il régnait dans la pièce une atmosphère légère et douce, les rires fusaient et les femmes dansaient. Les robes de taffetas tournoyaient gaiement. Une musique enchanteresse se faisait entendre. Les lustres brillaient de mille feux, conférant à la salle décorée de grands miroirs un effet kaléidoscopique. La salle, blanche et dorée, semblait d’autant plus immense. Une table de banquet s’étendait d’un bout à l’autre.
Des gardes étaient postés de chaque côté des grandes entrées.
Mais Olympe fut soudain prise de vertiges. Elle serra le bras du roi qui, la voyant pâlir, la conduisit vers une marquise de velours rose. Quelques femmes s’écartèrent afin de laisser passer le roi et Olympe, toute pâle. Louis semblait assez inquiet, à en voir son sourire crispé. Il aida Olympe à s’asseoir doucement.
— Respirez vos sels, l’encouragea-t-il, en l’aidant à porter une petite fiole à ses narines. Ce n’est rien, un petit éblouissement sans doute. Vous sentez-vous...

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