Naphara 2 – Destinée
125 pages
Français

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Description

Luna apprend enfin la vérité sur la malédiction qui la condamne. Elle découvre l’existence des démons, des anges et de leurs lois impitoyables. Elle comprend que l’amour est le plus grand danger qui soit, ainsi que la plus grande force.Pour avoir sa propre destinée, pour avoir le droit d’aimer, elle est prête à endurer toutes les épreuves, même celle qui consiste à danser avec le diable…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 octobre 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9782365386180
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

NAPHARA
2 - Destinée
Maddy FACCHIN
 
La plus belle preuve d’amour restera toujours ce sacrifice ultime…
Prologue
J’observe ce nuage pourpre, seul bien que je possède depuis la mort de ma femme. Cette vapeur sanguine et démoniaque qui me fait découvrir l’horreur que Luna subit au nom de ma trahison.
Elle lui ressemble tellement. Naphara me manque atrocement. Les traits de son visage se confondent toujours parmi les leurs . Une punition supplémentaire, mais également une bénédiction. Je ne peux pas l’oublier, jamais. Mais je la vois souffrir inlassablement. Pour toujours.  
Fabien, ce démon répugnant aux ordres de Satan, a essayé de la violer.  
Combien de temps l’ange va-t-il réussir à la protéger ? Combien de jours lui reste-t-il à vivre avant qu’elle ne se fasse engloutir par les tén è bres ?
Je me laisse tomber à genoux, brisé. Anéanti une fois de plus devant toute la souffrance que j’ai engendrée. Luna, tu es perdue. Je ne peux pas te sauver. Naphara, je suis désolé. Ça recommence. Tout recommence… Comme au premier jour.
Chaque fois que je sens la fin d’une de mes filles approcher, mon cœur se met à saigner.
Je peux presque l’entendre jubiler à mon oreille. La mort – l’amante – du diable.
Je baisse la tête et entoure de mes mains impuissantes mon organe cardiaque devenu bien trop humain. Fragile. Rien ne s’estompe jamais, surtout pas le poids de mes p é chés.
Alors que je me laisse submerger par ma peine, qui é touffe ma colère, j’entends son rire. Cruel et impitoyable. Vivant et satisfait. Comblé.  
Son spectacle doit continuer. C’est ma sentence. Une agonie pour l’éternité. C’est le prix pour l’avoir aimée.
Chapitre 1
« Tout le monde aime le Diable ! »
Un rayon de soleil vient éclairer mon visage et je me réveille lentement, sous la chaleur du soleil levant. Il ne me faut que quelques secondes pour remarquer, au toucher, que la place qu’occupait Éric cette nuit est vide et froide. Je me mets tout de suite à paniquer , me redressant vivement. Où est-il ? Je regarde partout, sentant déjà la peur envahir tout mon être quand je découvre sa silhouette près de la fenêtre, la tête levée vers le ciel.
— Éric ? soufflé-je soulagée.
— Bonjour, me dit-il en me rejoignant dans le lit. Comment vas-tu ?
— Mieux.
— C’est bien.
Il me caresse la joue avant de me déposer un tendre baiser sur le front.
— On devrait s’habiller. On va bientôt devoir descendre et partir pour une journée de visite.
— Je n’ai pas envie.
Je grogne et me laisse tomber en arrière, remontant la couverture sur moi et fermant les yeux, cherchant à gagner quelques minutes supplémentaires de sommeil, mais surtout de calme. Et d’Éric et moi, seuls dans cette chambre. Comme si rien d’autre n’existait.
Je ne veux surtout pas affronter le monde. Devoir croiser le regard de Fabien. Ce qui s’est passé la nuit dernière, je veux l’oublier. Ne plus jamais voir cet horrible abruti et ne plus jamais l’entendre. Non, je ne veux pas sortir de cette chambre où je vis un rêve et me retrouver dehors où j’endure un cauchemar. Éric s’amuse de mon comportement et vient se glisser derrière moi, calant son torse contre mon dos, m’entourant tendrement de ses bras.
Nous avons passé la nuit à nous embrasser. Après ma déclaration, plus aucun mot n’a été prononcé et nos lèvres n’ont fait que se chercher et se trouver. J’ai partagé avec lui de magnifiques baisers. Tout semblait si parfait et réel. Et maintenant… maintenant, je ne veux définitivement pas sortir de cette chambre.
Je voudrais revivre la fin de cette nuit… Moi dans ses bras, sa bouche contre la mienne et rien d’autre. Je me rappelle juste m’être endormie front contre front avec lui. Sa main sur ma joue et les miennes sur son torse où je pouvais sentir son cœur battre à la folie. C’était tellement parfait. Tellement irréel. J’aurais envie de l’écrire dans mon journal intime, mais je préfère sa présence auprès de moi. La plume peut attendre. Mais mes lèvres, non. Maintenant que j’ai goûté aux siennes, je les désire à chaque instant.
— J’aimerais rester aussi, mais on ne peut pas.
— Chut, dors.
Éric se met à rigoler et je m›extasie devant le son de sa voix qui semble irradi er de bonheur. Le timbre si particulier de son rire vient titiller mes oreilles. J’aimerais entendre ça pour toujours.
— Luna !
— Bon d’accord ! ronchonné-je me levant sous son regard attendri.
Il me rejoint et pose ses mains sur ma taille. Son front vient se coller au mien et il se mord la lèvre. Il a envie de faire quelque chose, mais il n’ose pas, il est nerveux. Je rougis et baisse la tête, intimidée. Je n’ai pas l’habitude d’avoir un petit ami et si j’en crois son comportement, lui aussi a peu d’expérience. Ou alors, s’il est comme ça, c’est juste parce qu’il ne sait pas comment se comporter avec moi ? Je relève la tête et me laisse une fois de plus emporter par ses yeux et la beauté, douce et parfaite, de son visage. Il ressemble à un ange. Il en a toutes les caractéristiques. Ses cheveux blonds brillent au soleil, tout ce qui émane de lui n’est que douceur et ne m’apporte que de la joie. Et puis, il est celui qui me sauve de tout y compris de moi-même depuis que je le connais. Alors oui, pour moi, c’est un ange.
— Il faudrait qu’on parle de ce qui s’est passé… entre nous.
— Tu regrettes ?
— Non, s’empresse-t-il de me répondre. Non.
— Moi non plus, soupiré-je comblée.
Éric sourit et fait enfin ce que j’attends ; il m’embrasse.
— Voilà, maintenant, je peux aller me préparer.
Je veux me soustraire à son étreinte pour entrer dans la salle de bains, mais il me retient pour reprendre possession de mes lèvres.
— Je croyais… que je… devais… me dépêcher, murmuré-je entre chaque petit baiser qu’il me donne.
— J’ai dit ça ?
Je secoue la tête, de façon négative, et on s’esclaffe avant de s’embrasser à nouveau. Avide l’un de l’autre.
Je me regarde dans la glace depuis maintenant dix bonnes minutes. Je souhaite juste être parfaite pour Éric. C’est mon premier jour avec lui en tant que couple et je voudrais que tout se passe bien. Je connais les gens de la classe et j’ai peur que Fabien ne respecte plus notre accord. En fait, j’en ai la certitude. Il ne me respecte plus, alors pourquoi ferait-il attention à mes petites émotions ? Pourquoi ne reprendrait-il pas son habitude qui consiste à me mettre mal à l’aise et à me faire du mal ? De pactiser à nouveau avec le trio infernal qu’est Camille, Jane et Caroline ? Rien que de penser à lui me donne envie de pleurer et j’ai de terribles frissons qui me traversent le corps. Je me revois, hier, paralysée et prisonnière entre le mur et son corps qui cherchait le mien, qui voulait le mien. Les sensations de malaise se rappellent à moi un peu trop rapidement alors qu’elles avaient disparu avec le sommeil. Il m’a rendu faible et malade. Est-ce qu’il faudrait que je parle à quelqu’un de ce qui s’est passé ? Le dénoncer ? Non. Je préfère cloisonner cet incident, l’occulter de ma mémoire. Je suis plutôt forte à ça… Je veux profiter du voyage. D’Éric. Je veux faire comme si rien ne s’était passé.
Je secoue la tête pour ne plus y penser et nerveusement, j’enroule mon doigt autour d’une de mes mèches de jais légèrement ondulée. Je vérifie que mes deux petites tresses qui forment une fine couronne sur ma tête tiennent toujours.
Je reconsidère ma tenue, essayant de trouver la moindre faille qui leur donnerait la possibilité de me critiquer, mais je n’en trouve aucune. J’ai mis un collant opaque avec un short en jean, mes Doc Martens et une tunique grise avec un boléro. J’aime bien. Je me trouve jolie. Sans être à la pointe de la mode et ressembler ainsi à tout le monde. J’ai envie de lui plaire. C’est pour ça que je me suis bien maquillée et que, pour une fois, j’ai rajouté du fard à paupières gris à mon crayon noir que je n’oublie jamais d’appliquer sous mes yeux. Je trouve qu’avec mes longs cheveux sombres, ça fait ressortir le turquoise de mes iris. Je veux plaire à Éric. Et oublier tout le reste. C’est un lourd effort, mais j’en suis capable.
Au début, ma première impulsion a été d’enfiler un jean foncé et un épais pull noir, mais je me suis rendu compte, une fois habillée de la sorte, que j’essayais de me cacher et qu’en faisant cela, je laissais Fabien gagner et avoir un contrôle sur moi. Et je ne le veux pas. Il ne vaut pas la peine que je me pourrisse la vie pour lui. Que je m’éloigne encore plus des autres. Que je me renferme une nouvelle fois sur moi-même. Non, plus maintenant ! Quoi qu’il arrive, je veux avoir une vie. Je veux construire quelque chose qui n’a rien à voir avec le lycée. Et je sais que cela est possible. Parce que les années lycée ne durent qu’un temps… Elles ne durent qu’un temps ! Je peux supporter les mesquineries et la méchanceté de mes camarades. Je peux le faire. Aujourd’hui, encore plus facilement qu’hier, parce que je ne suis plus seule.
Éric. Mon point d›ancrage. J’ai réussi à tout oublier quand j’étais enfouie tout contre son torse. J’ai pensé à lui et j’ai voulu être jolie pour lui. Et qu›importe ce qui se passe aujourd›hui ou ce que Fabien essaye de faire. Cela n›aura pas d›importance. Ça ne doit pas en avoir.
— Luna ? Tu es prête ?
— J’arrive !
J’inspire et expire lentement pour me donner du courage et ouvre la porte. Éric est là, il m’attend. Quand il me voit, son visage aux traits parfaits s’illumine et un sourire très craquant vient orner ses lèvres. Il me fait chavirer. L’intensité de ses yeux bleu foncé, presque noirs, danse sur mon corps. Cela me rappelle sa prestance qui hypnotise et son cœur tendre. Sa carrure – grande et musclée – me rassure. Avec lui, je me sens en sécurité. Il est incroyable.
— Tu es très belle.
— Merci, dis-je en rougissant.
— Tu viens ?
J’agrippe sa main et la serre fort. Ses doigts s’entremêlent et caressent les miens. Ça me donne du courage. Beaucoup plus qu’une grande inspiration. Je suis tellement bien avec lui. Néanmoins, j’appréhende ce qui m’attend quand on ne sera plus entre ces murs. Quand Jane ou ses amis vont découvrir que nous nous sommes rapprochés… alors ça va juste repartir de plus belle . Elles vont peut-être essayer de nous séparer ? J’ai tellement peur de le perdre ! J’ai du mal à croire qu’on est ensemble, qu’il m’embrasse, qu’il soit là et qu’il partage mes sentiments. Tout ce que je vis depuis hier semble irréaliste. Je crois que quelque part, en moi, je ne me rends pas bien compte de tout ce qui s’est passé en si peu de temps. Que ce soit la tentative de Fabien… ou ma déclaration à Éric. Nos baisers.
Il ne m’a peut-être pas avoué ce qu’il ressentait, mais c’est tout comme. Dans ses baisers, il fait passer tant de choses, de sensations, d’amour, que pour moi, c’est tout comme. Il n’est peut-être pas prêt à me le dire de vive voix, mais je sais qu’il ne regrette pas nos baisers, il me l’a assuré ce matin.
Il tient à moi.
Et le savoir me donne une nouvelle assurance. Une assurance bien plus forte que celle que j’ai depuis qu’il est devenu mon ami. Non, là, j’ai confiance en moi… parce que je me sais aimée par quelqu’un que j’aime en retour. Par quelqu’un qui n’est pas dans mon monde familial, quelqu’un d’extérieur… Quelqu’un du lycée m’aime !
Et en m’acceptant comme je suis, en m’aimant, il est entré dans mon monde, dans ma famille et dans mon cœur. Il me fait me sentir bien. Toutes les émotions, en ébullition en moi – les bonnes mais surtout les mauvaises – semblent se calmer au simple souvenir de la tendresse d’Éric. Pour mon bien… je ne choisis de garder que ça à l’esprit.
Je viens de vivre une journée grandiose. Parce que je l’ai passée main dans la main avec Éric, mais surtout parce que j’ai visité des coins sympas. Non, mieux que ça : j’ai visité des endroits magnifiques, des palais fantastiques.
Je comprends mieux pourquoi on devait se lever plus tôt aujourd’hui et qu’il y avait beaucoup de route à faire. Mademoiselle Gascon a consacré cette journée à la royauté et on a pu visiter des royaumes, entrer en plein cœur des souvenirs d’antan. Ces lieux si impériaux m’emmenaient très loin. J’ai adoré m’imaginer dans un autre siècle, traversant ces longs couloirs somptueux remplis de toutes les richesses inimaginables. Tout était si beau et si semblable aux contes de fées. Vivre dans un temps où les rois, les princes et les princesses seraient encore au cœur de l’histoire m’aurait beaucoup plu. Mon âme de petite fille a été comblée par la magie du palais de Buckingham, du château de Windsor et de toutes ces petites boutiques souvenirs où étaient exposés des bijoux identiques à ceux des nobles, des parchemins, poèmes et autres lettres lyriques écrites par des mains romantiques.  
Quand je traversais les corridors et les jardins, je pouvais presque m’imaginer dans une longue robe comme on en voit dans les films historiques. Maquillée et coiffée telle une princesse… C’était si facile, si plaisant et si distrayant. Je n’avais pas envie de partir. Éric aussi semble avoir beaucoup apprécié les visites. En fait, je crois que la plupart de la classe, pour une fois, a été sérieuse. Tout le monde semblait avoir le souffle coupé, sous le charme de ces monuments qui avaient abrité bien des personnages importants du passé et qui devaient garder pour eux de multiples secrets enviables.
Des journées comme ça, j’en voudrais tout le temps, elles sont bien plus enrichissantes que celles où j’observe mes camarades de classe… ou quand je lis pendant les cours.
Si tout s’est bien passé, c’est grâce à Éric qui ne m’a pas quittée une seule fois. Fabien était là et fidèle à lui-même   et au masque qui est son vrai visage. Un Don Juan sans foi ni loi. Le stéréotype du capitaine de l’équipe de foot du bahut qui se sert de sa beauté sauvage, de ses yeux chocolat et de ses boucles brunes pour attraper toutes les filles qui veulent bien tomber dans son piège du gars mystérieux.
Je n’ai intercepté que quelques regards et, à chaque fois, il faisait ce geste répugnant qui me donnait envie de vomir. Il passait sa langue sur ses lèvres. Comme s’il attendait de pouvoir me goûter, et rien que d’y penser, de revoir son geste dans ma tête, un frisson de dégoût et de peur me parcourt. Le revoir a été difficile. Rien que lorsque j’ai aperçu sa silhouette, accompagnée du trio se dirigeant vers le bus, j’ai senti quelque chose en moi se briser. Je me suis souvenue de nous deux, mais surtout de moi insouciante, dansant collée à lui, m’amusant, complètement emportée par une musique quelconque. J’avais cru bêtement qu’il pourrait devenir mon ami, mais il m’a trompée… Il a essayé de me violer. Et il m’est maintenant impossible de le regarder sans avoir envie de fuir. Lui et ses mains.
Comme je me l’imaginais, les filles ont été surprises de voir mes doigts liés à ceux d’Éric et j’ai bien cru qu’elles allaient tomber dans les pommes quand il m’a délicatement embrassée dans le car. Pourtant, elles n’ont rien essayé de faire, elles n’ont parlé ni à Éric ni à moi. Elles se sont contentées d’analyser nos moindres faits et gestes, murmurant des choses qu’on ne pouvait entendre. Mais je ne suis pas crédule, je sais que tout n’est pas gagné et que leur haine pour moi ne s’est pas évaporée. Fabien avait réussi à les calmer, mais il ne m’a pas eue… alors j’attends. Parce que je les connais depuis assez longtemps maintenant pour savoir qu’elles ne supportent pas de perdre. Et là, elles n’ont pas ce qu’elles désirent. Elles vont essayer, comme depuis le début de l’année, d’avoir Éric, et je ne crois pas que moi, qui ne dois représenter pour elles qu’un simple petit insecte sur leur chemin, leur fasse peur.  
Je sors lentement de la douche en repensant à tout ce qui s’est passé aujourd’hui. Pressée d’être à demain pour entamer la troisième journée de visites, mais angoissée à l’idée de dormir.
Après avoir dîné avec les Finshley, nous avons passé du temps ensemble, jouant au Monopoly pour continuer à en apprendre plus les uns sur les autres. C’était très sympa et encore une fois, je suis heureuse qu’on soit tombés dans une bonne famille d’accueil qui semble vraiment contente de nous héberger et d’en apprendre plus sur nous, mais aussi sur notre pays et nos coutumes. J’ai entendu, dans le car, des personnes se plaindre de leurs hôt es. Bien sûr, je ne pense pas que ces gens-là, précisément, soient fiables. Les populaires sont habitués à leur petit confort et à être respectés – presque vénérés – par tout le monde. Ils imaginaient peut-être que des étrangers le feraient aussi parce qu’ils se sont tous mis en tête que des Anglais seraient presque hystériques à l’idée de recevoir des Français chez eux. La réaction des familles n’a pas été assez dévouée aux yeux de la Cour Royale. Je suis pourtant sûre qu’ils s’en remettront !
En parlant de réactions, celles de madame Finshley et de sa fille m’ont un peu étonnée. Elles nous ont posé des questions sur notre relation. Elles semblaient persuadées qu’on était en couple depuis longtemps. Quand elles ont appris que l’on sortait ensemble seulement depuis hier soir, elles ont été vraiment surprises. Kathleen m’a ensuite prise à part, prétextant avoir besoin de mon aide pour préparer du thé. Elle m’a demandé depuis combien de temps je craquais pour lui. Quand je lui ai avoué (facile de se confier à une personne aussi gentille, et surtout quand on sait qu’on a peu de chances de la revoir après cette semaine passée en Angleterre) qu’on ne se connaissait que depuis la rentrée et que nos rapports n’avaient pas toujours été aussi charmants, elle ne m’a pas crue. Elle m’a dit que dès qu’elle nous avait vus, elle avait su qu’on s’aimait et qu’on était ensemble, croyant simplement que nous étions trop réservés pour nous afficher devant des personnes que nous ne connaissions que depuis quelques heures.
Il se dégageait de nous une alchimie qui ne pouvait même pas échapper à un aveugle, selon ses propres mots. Et en m’observant dans la glace, je me demande si mon regard change quand je suis à ses côtés. Si, comme c’est si bien décrit dans les livres, j’ai les yeux qui brillent ou qu’il y a une lueur qui s’enflamme et trahit mes sentiments. Mais je ne vois rien… Non, rien. Je suis toujours moi. Cette même fille au regard clair et aux cheveux très sombres.
Pourtant, je sais que tout est différent. Quand je suis en sa présence, mon cœur ne se contrôle plus et j’ai l’impression d’avoir des papillons qui volent et se chamaillent dans le ventre. Je me sens toute bizarre, comme si chaque particule de mon être voulait se raccrocher à lui.
Et aussi perturbant que cela ait pu l’être à un moment, maintenant j’adore ressentir tout ça.
Je m’habille lentement, enfilant un pantalon bleu nuit avec des lunes blanches dessinées dessus et un débardeur du même motif. J’attache mes cheveux mouillés en un chignon et me brosse les dents. Après avoir terminé ma toilette, je regarde la pièce et me demande quelle excuse je pourrais encore trouver pour retarder le moment du coucher.
Éric, après la soirée avec les Finshley, m’a souhaité une bonne nuit avant d’aller prendre sa douche dans la salle de bains du bas. J’étais avec lui la nuit dernière et il m’a empêchée de continuer mon cauchemar. Mais ce soir, il dormira dans sa chambre et moi, dans la mienne. Et ça me fait peur. Horriblement peur. Parce que depuis que je suis seule dans cette salle de bains, j’ai cette impression ignoble de me déplacer, de faire toutes ces petites choses, sous son regard violeur. Tout à l’heure, j’ai même fait l’erreur de fermer les yeux alors que j’appréciais l’eau chaude qui dégoulinait sur mon visage et rinçais mes cheveux du shampoing à la pêche.
J’ai eu l’impression qu’il était derrière moi et qu’il me murmurait à l’oreille des obscénités. Les paroles d’une chanson que je ne pourrais plus jamais oublier. J’en ai perdu le souffle et j’ai eu toutes les peines du monde pour arrêter de suffoquer et de trembler de peur. Mais je ne peux pas rester toute la nuit ici, les yeux ouverts, ce n’est pas possible. Alors, je prends une grande inspiration et ouvre la porte pour regagner ma chambre.
Une fois dans mon lit, je m’occupe avec mon portable, me concentrant sur les messages que j’envoie à mes parents et les nouvelles que je prends de Mathilde.
— Tu sais ce qui est le plus amusant dans tout ça ? C’est de te voir lutter.
— Lâche-moi, je t’en supplie !  
— Tu ne pourras jamais m’échapper.
Ses doigts serrent fort mes hanches, j’ai l’impression qu’il va me casser. J’essaie de le repousser, mais il s’est allongé sur moi et m’écrase de tout son poids. Mes mains capturent les siennes, mais ça ne suffit pas, il arrive quand même à attraper mon élastique de pantalon et à défaire le nœud.
— Je ne vais pas cesser tant que je n’aurai pas ce que je veux. Tu peux lutter aussi longtemps que tu le voudras, ça ne changera rien. Bien au contraire.
Son souffle perfide brûle ma peau glacée. Ses yeux percent les miens et je me retrouve paralysée. Son regard est si méchant. Je lis tellement de colère et de haine en lui… et tellement de désir. Ma faible force ne me sauvera pas, cette certitude danse dans ses iris enflammés. Je le comprends quand il arrive une nouvelle fois à stopper mes pauvres gestes désespérés pour le repousser. Je sens le coton de mon pantalon me glisser le long des jambes et lui , se mettre à onduler d’impatience sur moi. Ses mains agrippent mes cuisses et les serrent.  
— S’il te pla î t, (ma voix est brisée par les sanglots et je ne sais pas s’il comprend ce que je dis ni s’il y fait attention). Ne fais pas ça. Je ne le veux pas.
— Tu as peur, c’est ta première fois, murmure-t-il en faisant glisser sa langue sur mon cou. J’adore les vierges.
— Je ne veux pas le faire avec toi.
— Je ne vais pas te mentir, ça fait mal, mais après ce moment désagréable, tu verras, tu te mettras à apprécier la chose.
— Écoute-moi, Fabien ! Je ne veux pas ! Lâche-moi !
— Avec de la pratique et un bon professeur, tu deviendras une vraie déesse de l’amour. Tu es peut-être prude, mais ça va changer… Tu vas changer.
— Pitié ! Écoute-moi ! Je ne t’aime pas !
— Ce n’est pas grave.
Ses doigts désertent mes cuisses pour s’attaquer à ma culotte. Sa langue continue de lécher la peau de mon cou et essaie de s’aventurer plus bas. Je le sens pressé une nouvelle fois, avec plus de violence, son corps contre le mien. Fabien, voulant me montrer tout le désir qu’il ressent pour moi, n’en reste pas là et attrape une de mes mains et la fait descendre le long de son torse, traçant un chemin toujours plus bas. Sa brusquerie – sa force – va avoir raison de moi.
Je ferme les yeux et essaie de gigoter pour lui échapper, mais sa poigne d’acier est si implacable que j’ai l’impression d’être attachée au lit, emprisonnée par des menottes. Toutes mes tentatives d’évasion sont vaines.
— Tout le monde aime le Diable ! Luna, tu dois m’aimer de gré ou de force puisque c’est ton destin de mourir.
À ces mots, je me paralyse d’effroi. Je tremble de tout mon corps et prends conscience des phrases que j’ai perçues lorsqu’Éric se battait avec lui. La première fois où il m’a agressée. C’est comme s’il m’avait giflée et que le coup m’avait une nouvelle fois ramenée contre ce mur de briques. Dans cette allée sombre du campus.
« Sale démon ! »  
« Je vais te ramener en Enfer ! »  
« Comme si je pouvais avoir peur d’un ange ! »  
— Luna ! Luna, réveille -toi !
Je sens quelqu’un me secouer. M’attraper par les épaules, essayant de m’éloigner de l’emprise de Fabien. Mais celui-ci résiste. Il est trop fort. Je ne peux pas être sauvée. Il est trop fort, il va me posséder.
— Luna, ce n’est qu’un cauchemar. Réveille-toi !
— Éric !
Chapitre 2
« Je suis moi grâce à toi. »
— Ce n’était qu’un cauchemar, Luna.
Éric me prend dans ses bras et me caresse le dos tout en me murmurant des paroles réconfortantes à l’oreille. Je n’arrive pas à reprendre ma respiration.
— Je suis désolé. J’aurais dû rester avec toi.  
— Pas ta faute, sangloté-je.
— Allez, rallonge-toi, Luna. Ça va aller.
— Reste.
— Je ne te quitte plus.
Toujours accrochée à lui, je le laisse nous allonger et rabattre la couverture sur nos corps enlacés.
— N’aie plus peur, Luna. Je suis là. Je veille sur toi.
Les secondes passent et rien ne change. Je n’arrive pas à oublier qu’ il était encore là, dans mon lit, à vouloir de moi. J’essaie de faire abstraction de tout et de ne penser qu’au souffle régulier d’Éric qui me chatouille la nuque, mais pour une fois, cela n’efface pas mon mal-être. Mes tremblements, bien qu’ils ne soient plus aussi violents, sont toujours présents. Je ne veux plus fermer les yeux. Je ne veux plus jamais être sous son emprise.
— Il est toujours là. J’ai peur, Éric, chuchoté-je, essayant de faire cesser mes pleurs.
— Non, il n’est pas là. Il ne te fera plus de mal. C’était juste un mauvais rêve, Luna.
— Serre-moi plus fort, s’il te pla î t.
Il s’exécute, et je sens ses bras si protecteurs se refermer sur moi.
La différence entre lui et Fabien, c’est que, quand Éric me touche, tout est agréable. Je sais, j’en ai la certitude, rien de mal ne m’arrivera. Il ne sera jamais capable de me blesser. Quand sa peau touche la mienne, ce sont des frissons de bonheur qui me submergent. Je n’ai pas peur.
Quand c’est l’autre qui dépose ses mains sur mon corps, j’ai instantanément des tremblements de dégoût, une peur atroce et la conviction que quelque chose de mal va m’arriver. Qu’il ne veut que le plaisir de la chair et que je ne suis qu’un jouet pour lui. J’ai peut-être de l’importance maintenant parce qu’il n’obtient pas de moi ce qu’il désire, mais je sais qu’une fois satisfait, je n’en aurai plus aucune. Pour Fabien, je ne suis qu’une faible chose, un jouet. Et je ne veux pas l’être. Je ne veux plus l’être.
Mon dieu ! Je me suis tellement trompée sur son compte…
— Il faut que tu te reposes.
— Je ne suis plus fatiguée.
— Luna, si tu savais comme je suis désolé. J’aurais aimé être là avant qu’il ne pose ses mains sur toi. J’aurais dû t’empêcher de le suivre. J’aurais dû faire cesser ton calvaire au lycée ! Sans ça, rien ne serait arrivé ! Je ne t’ai pas soutenue comme il le fallait, je me suis trompé.
— Tu n’aurais rien pu faire. Je t’en voulais, j’y serais allée de toute façon, même si tu avais insisté davantage.
— J’aurais pu…
— Non, tu n’aurais rien pu, le coupé-je. Tu ne peux pas te morfondre et t’en vouloir avec des « j’aurais pu ». C’est trop tard pour ça et si tu veux m’aider, il faut juste que tu restes près de moi.
— Je n’ai pas l’intention de te laisser.
— Alors, je vais aller mieux.
C’est fou ce que mon corps peut ressentir en si peu de temps. Changer à ce point. Lui, pétrifié par mon cauchemar, est maintenant apaisé par ses douces caresses.
Les minutes passent lentement, je suis bercée par les battements de son cœur. Alors que je croyais qu’il dormait, je le sens remuer. Il s’éloigne, ma tête quitte son cou et je ronchonne un peu, vite comblée quand son souffle chaud vient s’écraser sur ma bouche.
— Si je le pouvais, je demanderais à la lune de cesser sa course pour que cette nuit, ce moment avec toi, dure toute une éternité.
— Moi aussi.
— Luna, il faut que je te dise…
— Quoi ?
— Tu as ravi mon cœur d’un simple regard.
— Éric, haleté-je, surprise.
— Je t’aime, m’avoue-t-il d’une voix remplie d’émotions.
— Je t’aime aussi.
— Je t’aime et je me sens bête de ne pas te l’avoir dit hier soir. Mais c’est si… Je te ressemble plus que tu ne le crois. Je n’ai pas l’habitude d’ouvrir mon cœur. Je ne l’ai tout simplement jamais fait, même pas avec ma famille. Je… J’ai été seul trop longtemps. Je suis sans attache depuis toujours et tout ce que je ressens est si nouveau… si interdit et étourdissant.  
— Interdit ?
— Je… Je ne sais pas aimer, Luna. Je ne l’ai jamais fait.
— Alors, on a un nouveau point commun.
— Je… J’ai besoin de t’ouvrir mon cœur et de te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi.
— Je n’ai rien fait. C’est toi qui as tout fait pour moi.
— Laisse-moi parler, s’il te pla î t. Tu n’as peut-être pas remarqué. Tu ne te rends peut-être pas compte, mais je suis vraiment fou de toi. Tu es devenue tellement importante, Luna. Tu n’as pas seulement changé les sentiments que je ressentais, mais tu m’as changé, moi. Tu m’as fait évoluer. Tu m’as fait aimer. Je me suis découvert moi-même. J’ai pu enfin me comprendre et me connaître. Connaître autre chose de moi que ce que je m’étais habitué à être. Cet homme solitaire qui ne se préoccupait que d’une seule chose : combattre la vie. Je… Je suis moi grâce à toi. Et j’aime ça plus que tout au monde. Je t’aime. Et tu m’as rendu meilleur, heureux. Et je t’en serai toujours extrêmement reconnaissant. Depuis que je te connais, j’ai enfin l’impression d’être entier. D’être vivant. J’ai ressenti bien des choses pour toi. J’ai connu la tourmente amoureuse. Et maintenant, je connais ta bouche.
— Alors tu m’as changée comme je t’ai changé.
— C’est ça.
— On fait un beau couple.
— C’est ce que je pense aussi.
— Tu m’embrasses ? quémandé-je, un énorme sourire aux lèvres et les joues toutes chaudes de bonheur.
— Tu n’auras pas à me le demander deux fois.
Sa bouche, déjà toute proche , vient se poser sur la mienne et je soupire de bien-être tout contre lui. La nuit qui était déjà depuis toujours mon moment préféré devient l’instant le plus important. Deux soirs. Ça fait deux soirs que les étoiles et la nuit noire sont les spectatrices de nos déclarations d’amour. De nos premiers baisers, de nos premiers « je t’aime ».
Chapitre 3
« Dis-lui ! Dis-lui qui tu es ! »
Je me sens bien. Les mains d’Éric sont posées sur mes hanches, m’entourant dans un cocon sécurisant, et me permettent de ne pas pleurer mais de sourire. Il dort, mais moi je n’y arrive pas et je ne le veux pas. Je me sens bien. Ou du moins, je fais tout pour ne pas faire attention à ce petit sentiment qui monte en moi et qui me terrorise. Je me sens bien… avec lui. C’est tout ce qui doit compter. J’ai peut-être passé un des plus beaux moments de ma vie cette nuit, mais je n’arrive pas à oublier mon cauchemar. Encore une fois, ça semblait si réel.
Fabien est en train de me faire vivre un enfer. Alors qu’Éric m’offre des instants inoubliables. Et sur le moment, ça rattrape tout le reste. Mais il semble que dès que je me retrouve seule avec mes pensées, Fabien revient me hanter.
Je l’imagine une nouvelle fois se presser contre moi, de tout son poids. Chercher ma bouche pour la mordre tout en essayant de me déshabiller. Le goût du sang se rappelle à moi, la sensation de sa langue qui s’insinue entre mes lèvres avec force. Je sursaute légèrement et me colle un peu plus contre le torse rassurant d’Éric, tout en recouvrant ses mains des miennes pour qu’elles ne s’éloignent pas de ma peau. Je ne sais pas comment je ferais pour surmonter tout ça s’il n’était pas avec moi. Pour pouvoir le supporter et vaincre cette angoisse permanente et ces affreux souvenirs. Ce serait sûrement pire. Fatalement bien pire. Il n’aurait pas arrêté. Il aurait été jusqu’au bout.
J’ai envie d’écrire dans mon journal. Lui avouer ce qui s’est passé et confier mes craintes et mes appréhensions. Lui dire que je suis maintenant en pleine tourmente. Une partie de mon cœur voudrait pouvoir ne plus jamais battre après cette nuit, où à cette stupide fête du campus Fabien a voulu abuser de moi, une autre voudrait continuer de battre beaucoup plus fort et rester accrochée au cœur d’Éric.
Tout est si difficile. Comment je peux aimer et avoir peur de l’amour en même temps ? Si seulement Fabien n’avait pas fait ce qu’il a fait, tout serait parfait. Si seulement.
Mais j’ai tellement honte de moi. De m’être fait manipuler de la sorte. D’avoir cru qu’il pouvait être un garçon bien alors qu’il restait ce que je pensais de lui depuis le début : un obsédé du sexe sans morale ni remords. Comment écrire ça ? Non, je n’en suis pas capable. L’écriture a toujours été mon évasion , mais cette fois, elle ne peut pas l’être. Du moins, c’est encore trop tôt pour ça.
Un coup qu’on porte à la fenêtre vient me sortir de mes pensées. Avec angoisse, et surtout en faisant bien attention de rester dans les bras de mon copain, je me contorsionne pour vérifier que ce n’est rien… que ce n’est pas lui. C’est avec joie que je découvre que tout ce raffut n’est qu’une branche, comme je l’espérais. Je me dépêche d’enfouir de nouveau mon visage dans le cou d’Éric, mais mon regard est attiré par quelque chose qui bouge près du lit et qui est faiblement éclair é par la lune. Une ombre. Et l’inquiétude revient de plus belle se frayer un chemin acide dans mon corps.
Ce n’est pas possible ! Je ne suis pas avec lui, mais avec Éric. Il m’entoure de ses bras et me protège même dans son sommeil. Je me crispe, ferme les paupières et me focalise sur lui. Je dois rester avec Éric et rien d’autre. Non, il n’hantera plus mes nuits. Il faut que je sois plus forte que ce monstre. Il faut que je pense à ce que j’ai auprès de moi. Que je me concentre sur ce qui existe et pas à ce que mon subconscient pense et imagine. Il faut que je me sorte de là… Je ne dois plus être terrorisée par ce que ce monstre m’a fait. C’est fini. Il ne recommencera jamais. Je ne suis pas avec lui dans ce campus sombre, ensorcelée par une fête. Il n’a plus ses mains sur moi. Je suis avec Éric… pas avec Fabien. Il n’est pas là ! Il ne sera jamais plus à mes côtés. Parce que je ne veux plus l’approcher et qu’Éric l’empêchera de me toucher désormais.  
— Il n’est pas là, murmuré-je pour m’en persuader davantage. Il n’est pas là.
Un bourdonnement me parvient aux oreilles. Il se fait de plus en plus précis et ce petit murmure me semble être un rire. Un rire cynique et froid. Je me colle un peu plus – si c’est possible – à Éric et ferme les yeux plus fort pour essayer de faire disparaître cette horrible illusion.
— Il n’est pas là. Il n’est pas là ! répèté-je essayant d’y mettre toute ma conviction.
Le rire devient plus cassant et je suis maintenant sûre de savoir à qui il appartient. Il n’existe qu’un rire aussi machiavélique et abominable. Qu’un seul, et il est à Fabien Scato. Plus aucun doute, il est ici.
— Tu peux te convaincre autant que tu le veux. Je serai toujours là ! me glisse-t-il à l’oreille.
— Ce n’est pas possible. Tu n’es pas ici.
Je tremble et essaie de me concentrer sur Éric qui a les yeux clos. Peut-être que je dors moi aussi et que c’est un nouveau cauchemar ? J’en fais tout le temps en ce moment, ça semble la meilleure solution… Et puis, à chaque fois, ça paraît si réel. Si c’est ça, alors il faut que je me réveille. Je me pince le bras très fort, mais rien ne change. Je vois toujours sa silhouette se dessiner dans l’obscurité faiblement éclairée par la lune. Fabien est là dans ma chambre. Je me pince plus fort, me mords la langue, mais mes tentatives sont toutes des échecs.
— Tu sais que c’est très drôle de te voir dans cet état ?
— Tu n’es…
— Tu n’es pas là, me coupe-t-il en rigolant. Si, malheureusement pour toi.
D’un geste vif et bien trop rapide, Fabien allume la lumière me faisant voir la triste réalité qui m’éblouit. Éric gigote dans le lit, mais ne se réveille pas.
— C’est…
— C’est un rêve. C’est bien ça que tu allais dire ? Désolé, une nouvelle fois , tu as tort !
— Qu’est-ce que tu veux ? lui demandé-je, tremblante de peur.
— Tu le sais très bien.
— Je ne veux pas.
— Vois-tu, ce que tu veux ou ce que tu penses m’importe peu. En vérité, je m’en fous complètement.
— Laisse-moi.
— Ça, c’est impossible.
— Pourquoi ? insisté-je, furieuse que mes larmes coulent, une fois de plus.
— Parce que c’est écrit.
— C’est n’importe quoi !
— Non.
Fabien se rapproche de moi à pas de loup et s’apprête à monter sur le lit quand Éric se lève brusquement, bondit sur lui et le cloue au sol. Je rabats la couverture sur moi, dans un geste inutile et désespéré, pour me faire un bouclier. Quelque chose qui pourrait me protéger de ses attaques incessantes, mais c’est vain.
— Tu vas me faire le plaisir de partir tout de suite d’ici.
— Je vais partir… mais avec elle.
— C’est hors de question ! crie Éric.
— Tu vois, c’est là qu’on va avoir un problème, toi et moi. Parce que moi, je ne peux pas aller voir mon boss sans elle. Il me la réclame. Et tu ne veux pas me la donner… Alors ?
— Il la veut ?
— Figure-toi qu’il semble vouloir la rencontrer.
— Non. Jamais !
— Les paroles d’un mec comme toi valent que dalle !
Éric se relève et attrape Fabien par le col pour qu’il se mette debout , avant de le plaquer contre le mur.
— Tu vas transmettre un petit message. Dis-lui qu’il m’a sur son chemin.
— Ça, il le sait déjà.
Éric cogne la tête de Fabien contre le mur , ce qui me fait sursauter, mais ce dernier se met à rigoler, comme s’il ne ressentait rien.
— Je vais te tuer pour ce que tu lui as fait subir !
Alors que le point d’Éric vient s’écraser contre la joue de Fabien, celui-ci repart d’un rire tonitruant, insensible à la douleur.
— Et si on laissait le choix à la personne concernée plutôt ? Hein, Luna ? Qu’est-ce que tu en dis ?
Je fixe tour à tour Éric et Fabien. Je ne comprends pas ce qui se passe ni de quoi ils parlent. J’ai l’impression de faire un mauvais rêve et j’ai beau continuer de me pincer, cela ne change rien, je ne me réveille toujours pas.
— Oh ! Regarde-la, c’en est presque attendrissant. La pauvre ! Elle saisit que dalle  ! Tu veux t e réveiller d’un cauchemar qui n’en est pas un, Luna. C’est la vie.
— Je te laisse une dernière chance. Va-t’en !
— Non.
Fabien défie Éric du regard, attendant patiemment de savoir quelle sera sa punition pour ne pas lui obéir et lui tenir tête, mais rien ne vient. Et le rire sournois et cruel de ce monstre repart de plus belle.
— Et si tu disais à Luna qui tu es vraiment ? Moi, je suis persuadé qu’elle en a une vague idée. Mais toi… Toi, elle ne le sait pas
— Tais-toi ! hurle Éric en le cognant plus fort contre le mur. Tais-toi ou je t’arrache la tête !
— Pourquoi tu lui mens ? demande-t-il calmement. Après tout, si tu es avec elle, tu devrais être honnête. C’est bien ça la première règle dans un couple, non ?
— De quoi est-ce qu’il parle ? murmuré-je d’une petite voix abasourdie.
— Ah ! Là, je sens que ça va devenir intéressant ! s’exclame Fabien, ravi. Figure-toi, ma chère Luna, qu’Éric t’a menti et qu’il continue, sans scrupules, à te sortir des mensonges.
Fabien – qui a réussi à se dégager de l’emprise d’Éric après que j’aie posé ma question – se retourne vers lui et continue :
— C’est mal, très mal pour toi de faire une chose comme ça. Et moi qui croyais que les personnes de ton espèce étaient des puritains, des hommes sans défauts et qui prônaient les valeurs essentielles de la vie. Je me demande comment va réagir qui tu sais… Sûrement pas aussi bien que l’aurait fait mon patron. Après tout, vous n’êtes que des faibles. C’est quoi la phrase que vous répétez souvent ?! Ah oui ! «  Ayez de la haine pour le péché et de l’amour pour le pécheur  » . Si tu veux mon avis, ce ne sont que bêtises et elles sont pathétiques. Vous êtes pathétiques !  
— De quoi est-ce qu’il parle, Éric ?
— Oui, de quoi est-ce que je parle, Éric ? jubile Fabien.
— Rien. Luna, tu ne dois pas l’écouter, c’est un menteur.
— Dis-lui ! Dis-lui qui tu es ! Ou je le fais. Tu préfères qu’elle l’apprenne comment ?
— Éric ? insisté-je, perdue.
— Luna, il faut que tu me fasses confiance. Je t’expliquerai tout, mais ce n’est pas le moment.
— Si ! C’est le moment. Parce que je ne partirai pas d’ici sans elle.
— Je veux savoir ! Qu’est-ce qui se passe  ? Éric, qu’est-ce que tu me caches ?  
— Tu le sais déjà, Luna, dit Fabien d’une voix calme. Au fond de toi, je suis sûr que tu sais déjà de quoi je parle.
Il se met devant le lit et me regarde dans les yeux. Éric essaie de l’arrêter, de couper notre contact visuel, mais Fabien lui donne un violent coup de poing dans l’estomac qui le fait plier.
— Tu le sais parce que tu nous as entendus en parler. Pas ce soir, mais la nuit précédente, quand ton ami est venu te sauver de mes griffes. Je sais que tu as entendu ses mots.
Je sursaute à peine devant sa violence. Sa silhouette me domine et paralyse un peu plus mon corps apeuré. Ses yeux sont d’un marron sombre qui me sonde, cherchant quelque chose au fond de moi. Ses yeux qui sont déjà devenus feu.
Démon. Ange.
Voilà ce que j’envisage quand je me perds dans son regard et que je pense à tout ce qui s’est passé. Fabien est un démon. Éric est un ange. Je sais que c’est complètement stupide comme idée, mais c’est la seule chose qui me vient à l’esprit.
— Tu sais. Tu as compris. Difficile d’y croire, n’est-ce pas ?
— Luna ! Il ne faut pas l’écouter ! Il veut semer le doute entre nous !
— Ta gueule ! Tu sais très bien que je ne mens pas, cette fois-ci ! hurle Fabien. Même si j’avoue adorer plus que tout semer le trouble entre vous deux. C’est toujours très jouissif de voir que je peux tout briser.
— Luna, s’il te pla î t, m’implore Éric.
Je lis dans ses yeux qu’il tient vraiment à moi et qu’il ne veut pas que je me laisse avoir par Fabien. Le seul problème, c’est que je vois aussi qu’il a peur… peur parce qu’il me cache effectivement quelque chose et qu’il ne veut pas que je l’apprenne.
— Parle.
Ma voix est bizarre, je ne la reconnais même pas.
— Je… je me souviens de certains mots et ça devient étrange et complètement ahurissant, alors dis-moi. Non, dites-moi tous les deux ce que je devrais savoir !
— Oui, Éric ! Dis à Luna ta vraie nature qu’on rigole un peu ! Confesse, insiste Fabien.
— Je veux que tu sortes d’ici et maintenant ! crache Éric en le poussant vers la fenêtre.
— Non, pas sans elle ! aboie-t-il en disparaissant.
J’ai à peine le temps d’analyser ce qu’il vient de se passer que son souffle se fait sentir sur ma nuque. Il est derrière moi comme par magie. Mon cri vient s’étouffer sur sa main alors qu’il m’empêche de bouger et de parler. Je suis complètement effrayée par ce qu’il vient de faire. Comment a-t-il pu se retrouver tout à coup derrière moi, alors que la seconde précédente, je l’avais dans mon champ de vision et qu’il était près de la fenêtre ? Mon cœur loupe plusieurs battements alors que son rire moqueur vient éclater à mes oreilles.
Les mots démon et ange reviennent me pertuber et prennent soudainement un autre sens. Un sens bien réel. Impossible…
— Luna ? Éric ? appelle madame Finshley, réveillée par nos cris.  
— It’s just a bad dream. It’s over, renseigne Éric pour qu’elle ne vienne pas.
— Ne sois pas effrayée. Enfin si, sois-le, mais je ne vais rien te faire pour l’instant. Voir Éric aussi mal est bien trop amusant !
— Lâche-l a, tout de suite !
— Sinon quoi ? Tu vas lui dire qui tu es vraiment ? rajoute-t-il. Tu ne me feras rien. Elle est dans mes bras et tu ne prendras pas le risque de la blesser. D’autant plus qu’il ne m’a jamais ordonné à ce qu’elle lui soit livrée sans dommages.
La langue de Fabien vient de nouveau goûter la peau de mon cou et un frisson de peur et de dégoût s’immisce en moi. Les papillons qui volent dans mon ventre quand je suis avec Éric semblent tous morts. Je n’ai maintenant qu’une envie de vomir qui persiste.
— Je ne te laisserai pas la toucher et encore moins partir avec elle.
— Et si on lui laissait le choix ? Ça pourrait être amusant ! Hein, Luna ? Si on te révélait ce que tu es en droit de savoir… tu pourrais alors décider avec qui être et qui quitter.
— Elle ne te choisira jamais !
— Je n’en suis pas si sûr que toi. Vois-tu, Luna et moi n’étions pas vraiment amis. Notre relation n’était pas aussi forte et pleine de confiance que la vôtre. Je n’ai jamais été son meilleur ami. Le gar çon sur qui elle pouvait s’appuy er ou en qui elle pouvait avoir totalement confiance. J’ai essayé de l’être, mais tu avais déjà pris cette place, alors, j’ai échoué. Vous vous êtes rapprochés encore plus que je ne le croyais possible et je n’ai pas eu le choix ! Pour gagner, je dois lui ouvrir les yeux. Lui montrer à quel point tu lui mens depuis le début.
Fabien retire lentement sa main de ma bouche pour être sûr que je ne me mette pas à crier, mais je n’en ai pas l’intention. L’air qu’a Éric sur le visage me montre que Fabien dit vrai. Éric me ment… depuis le début. Lui, le seul sur qui je pensais pouvoir compter. Cette personne qui a pris tant d’importance dans ma vie, si vite. Lui, que j’aime, m’a menti depuis notre première rencontre. Il a joué avec moi et mes sentiments et je ne sais pas encore pourquoi. Il s’est comporté comme tous les autres.
— Luna, je suis désolé.
Des larmes se mettent à couler sur mes joues sans que je ne fasse aucun effort pour les retenir. Je ne me suis jamais sentie autant trahie qu’à cet instant.
— Dis-lui ! Dis-lui qui tu es qu’on en finisse !
Un silence s’installe dans la chambre qui est devenue un vrai carnage et qui n’a plus rien de rassurant ni de chaleureux. Fabien s’éloigne de moi et s’assoit confortablement à mes côtés , sur le lit. Il a l’air d’être en pleine séance au cinéma et semble captivé par ce qui se passe. Et il se passe quoi ? Éric, debout au milieu de la pièce, s’approche de moi et vient s’agenouiller près du lit pour être à ma hauteur. J’ai l’impression qu’il se met à genoux non pour pouvoir me calmer, mais pour s’excuser. Comme s’il voulait déjà que je lui pardonne les mots qui vont sortir de sa bouche d’une minute à l’autre. Moi, cette pauvre petite chose mortifiée sur le lit, j’attends qu’il prononce enfin des paroles vraies .
— Je suis ton ange gardien, m’apprend-t-il, les larmes aux yeux.
— Mon…
— Oui, ton ange gardien. Tu sais, ces personnes dotées d’ailes et qui ont pour mission de protéger les innocents et tout le blabla qui s’ensuit, m’explique Fabien, blasé.
— C’est… impossible, soufflé-je, perdue, désorientée et toute une autre multit ude d’émotions que je n’arrive pas à déchiffrer pour l’instant.
— Si, c’est possible. Comme tu dois t’en douter, moi, je suis son contraire : un démon. Mais ça, je crois que tu le savais déjà, même si ta définition de monstre m’a plu, je préfère tout de même le mot démon. C’est plus sexy et ça fait tout de suite monter la pression.  
Je les regarde tour à tour. Ils ont l’air sérieux. Vraiment. Éric est en train de me dire qu’il est un ange. Un ange gardien. Le mien. Le penser parce qu’il est génial, c’est autre chose que d’apprendre que c’est sa vraie nature. Que ça existe. Et Fabien est un démon.
Et moi, dans tout ça, je fais quoi ? Pourquoi sont-ils ici  ? P our moi ? Je n’arrive pas à croire que c’est vrai et pour la énième fois , je me pince très fort le bras pour me réveiller, mais toujours rien. Un sanglot m’étouffe. C’est bien réel. Ce que je vis est la réalité. Ma réalité. Et je ne l’aime pas. Celle-ci me semble farfelue et tout à coup impossible. Les démons et les anges sont des créatures surnaturelles, mystiques et bibliques. En aucun cas, une d’entre elles… deux d’entre elles pourraient se tenir près de moi…
— Luna, je sais que ça doit être difficile à croire pour toi , mais c’est la vérité et la seule. Je suis un ange gardien venu sur Terre pour te protéger
— Te protéger de moi, enchérit Fabien toujours avec un hideux sourire accroché sur ses lèvres.
— Pourquoi ? demandé-je, chamboulée.
— Parce que je veux changer ta destinée, me répond tendrement Éric. Je veux que tu sois heureuse et que tu vives une longue vie.
— Mais je ne suis pas heureuse, contré-je. Je devrais l’être, je l’étais, il y a encore quelques heures, quand j’étais près de toi. Je te croyais. J’étais persuadée que tu étais différent des autres. Quelqu’un qui serait entier et honnête avec moi et qui m’aimerait…
— Mais c’est le cas, me coupe-t-il en s’asseyant sur le lit. C’est le cas, murmure-t-il en me capturant les mains. Je te l’ai dit depuis le début. Le lundi de la rentrée, quand on attendait dans le couloir de littérature, je t’ai dit que moi aussi, j’étais différent.
— Comment as-tu pu me cacher une chose si importante ? Je n’arrive même pas à y croire !
Je m’éloigne de lui, ne supportant pas son contact, et me mets debout. Être entourée d’eux est devenu trop étouffant. J’ai besoin de réfléchir, de comprendre ce qui se passe. C’est tellement fou !
— Luna, il faut que tu te calmes.
— Mais je suis très calme, là, Éric ! m’égosillé-je, sur les nerfs.
Je me mets à faire les cent pas dans la chambre. Essayant de mettre mes pensées au clair, mais tout est si embrouillé. Je n’arrive tout simplement pas à y croire. Comment cela pourrait-il exister ? Ce n’est pas possible !
Et pourtant, quand je les regarde tous les deux, je ne peux m’empêcher d’y… croire .
Ils sont sérieux. Ce qu’ils ont dit a l’air d’être la chose la plus naturelle au monde pour eux. Je ne pense pas qu’ils mentent et c’est bien ça le problème. Les minutes passent et je ne sais pas quoi faire, quoi penser. Fabien a les yeux rivés sur moi, tout comme Éric. Je crois que c’est la première fois qu’ils ont la même expression sur le visage : inquiets de ma réaction.
Eux qui ne peuvent pas se supporter sont en train de me regarder assimiler et admettre… la vérité. Parce que c’est la vérité ? Oui. Je pense. Tout semble si vrai que je suis obligée de l’accepter. Je me laisse tomber sur le lit, mais me redresse bien vite quand je me rappelle qu’ils y sont tous les deux assis à regarder le moindre de mes faits et gestes, attendant que je prononce quelque chose pour savoir qui a gagné. Avec qui je suis.
— Luna.
— Je… S’il te pla î t, Éric, tais-toi. J’ai besoin de temps.
— Prends tout ton temps, jubile Fabien. Je ne suis pas pressé.
Je l’ignore et recommence à marcher sans but, réfléchissant à tout ce qui s’est passé depuis l’arrivée d’Éric et de Fabien dans ma vie. Tellement de choses ont changé en moi… et en partie… entièrement même, à cause… grâce à Éric. Je suis perdue. Je ne sais plus où j’en suis.
Alors, depuis le début, tout était prédit. Il m’a manipulée, il a fait de moi ce qu’il voulait. Il m’a menti, m’a sorti des mensonges pour se rapprocher de moi. Rien n’était vrai !
— Alors, si tu t’es rapproché de moi, c’était pour ta mission ?
— Oui.
— Je ne veux plus jamais te parler ! crié-je, hors de moi. Tu es un menteur !
— Laisse-moi t’expliquer, m’implore-t-il en se levant pour me faire face.
— Non ! Je ne veux plus rien entendre de ta part ! Je ne veux plus rien avoir à faire avec toi !
— Laisse-moi t’expliquer, Luna. Je dois te dire la vérité. Tu dois comprendre pourquoi j’ai fait ça.
— Vas-y ! Essaie ! Mais je ne te promets pas d’écouter, cédé-je après de trop longues minutes perdue dans l’abysse de son regard.
— Les… anges ont beaucoup de règles. Tout rapprochement avec des protégés est normalement prohibé, mais… je n’ai pas pu, Luna. Je n’arrivais pas à lutter contre mon envie de te connaître, de te parler, d’être près de toi et de t’aider à te sentir mieux dans ta peau. Je n’ai jamais voulu te faire du mal et jamais je ne pourrai t’en faire. J’en suis incapable. Je tiens à toi. Et je te protégerai jusqu’à la mort. C’est mon devoir, mais je le fais aussi parce que je t’aime, toi. Toi, la personne que tu es et qui m’a fait me découvrir, prendre conscience du mot Amour. Je ne voulais pas te mentir, mais je n’avais pas le choix. Comment j’aurais pu te dire la vérité ? Je n’aurais jamais su par où commencer et ça m’est interdit. Luna, je te l’ai dit tout à l’heure, il m’est interdit d’aimer. Mais pourtant, j’ai des sentiments pour toi. Forts. Que je ne peux renier. Qui sont réels. Et ce n’est pas un mensonge. C’est la pure vérité.
Le timbre solennel de sa voix ne me fait pas flancher.
— Si tu m’aimais, soupiré-je les larmes aux yeux, tu aurais trouvé un moyen.
— Et comment ? Tu crois que c’est facile ? Je n’avais pas le choix ! C’était déjà un miracle que je puisse être près de toi et avoir une vie à tes côtés. J’aurais dû être invisible ! Comme je l’ai toujours été , mais je n’ai pas pu, cette fois-ci ! Je ne le voulais pas. Je n’ai pas pu !
— Ça ne change rien ! Tu dis que tu tiens à moi, mais tu viens de me prouver le contraire. Je t’ai confié des choses ! Je t’ai fait confiance ! Et toi ? Toi, tu m’as menti ! Tu m’as trompée et trahie !
— C’était pour ton bien !
— Non ! Pas du tout !
— Luna, il y a des choses que tu ne sais pas. Tout ce que j’ai fait, je l’ai toujours fait dans ton intérêt !
— Je ne peux pas te croire ! Comment le pourrais-je ? Tu es un menteur ! Tu ne vaux pas mieux que Fabien !
— Merci de penser à moi dans des termes péjoratifs tels que menteur, intervient Fabien. Mais je préférerais que jamais plus tu ne me compares à ce spécimen.
— Reste en dehors de ça ! siffle Éric d’une voix froide. Luna…
— Non ! dis-je, sur le même ton, le coupant. Non ! Je ne veux plus continuer à te parler ! Je me sens trahie, Éric. Rien ne compte à l’instant plus que ça et le fait que je n’ai plus confiance en toi !
— Luna…
— Non ! C’est terminé ! Je… je veux que tu partes.
— Luna, écoute -moi ! s’énerve-t-il. Tu dois m’écouter !
— Je ne le veux plus. Et tu ne me forceras pas à faire ce dont je n’ai pas envie.
— Je suis désolé de vous interrompre. Enfin, ce n’est qu’une façon de parler. Mais Luna, si tu viens avec moi, je pourrai t’en apprendre plus sur ta lignée, sur tes parents, mais aussi sur ta vie et sur la mort.
Éric veut me prendre par la main, m’éloigner de Fabien qui se rapproche de moi, mais je l’évite.
— Sur mes parents ? rép é té-je, surprise.
— Et même sur tes grands-parents et tes arrières grands-parents. Je peux te dire tout ce que tu désires. Mon boss pourra te parler de ton passé comme de l’avenir.
— L’avenir ?
— Luna, s’interpose Éric.
— Je crois qu’elle t’a demandé de te taire, non ?
— Tu veux que je te fasse taire, moi ?
Ange et démon se font face, prêts à se battre quand la porte s’ouvre subitement. Une lumière plus vive vient me brûler les yeux.
— What’s going on ?
— Nothing !
Fabien se matérialise devant elle et claque des doigts.
Il a… Elle ne bouge plus ! Il a… ?
Kathleen a l’air figée. Toute la pièce semble morte, sauf nous trois. Je… C’est…
— Qu’est-ce que tu lui as fait ? m’écrié-je, apeurée. Elle est…
— Calme-toi, Luna, elle n’a rien. J’ai juste fait un tour de magie.
— Quoi ?! demandé-je, ahurie.
— Il a arrêté le temps, suppose Éric en allant vers elle. Ou alors, il l’a pétrifiée.
— Mais…
— N’aie pas peur. Ce petit tour de passe-passe ne dure jamais longtemps. D’ailleurs, si tu veux venir avec moi, c’est maintenant ou jamais.
Je me remémore les mots que j’ai entendus. Il a bien dit à Éric qu’il ne partirait pas sans moi. Que son patron voulait me rencontrer et qu’il ne pouvait pas lui désobéir.
— Est-ce que j’ai le choix ?
— Disons que si tu me suis de ton plein gré, le voyage sera plus agréable pour toi.
— J’apprendrai réellement des choses sur mon passé ? Tu ne me toucheras pas ?
— Oui, tu en apprendras beaucoup. Maintenant pour ce qui est de te toucher…
— Je veux parler d’abuser. Tu n’essayeras pas d’abuser de moi à nouveau ?
— Je resterai sage même si c’est dur !
— Alors, c’est d’accord, accepté-je en m’approchant de lui, déjà devant la fenêtre ouverte.  
Je lutte contre mes tremblements de peur. Je me retourne lentement pour voir ce que fait Éric et remarque qu’il est toujours près du corps statufié de Kathleen. Concentré, il a les yeux fermés et lui touche l’épaule. Une lueur éclatante émane de sa main et vient comme réchauffer la peau pâle de la statue. Je n’ai pas le temps d’en voir davantage que Fabien me tire par le bras pour que j’avance.
— C’est maintenant, Luna.
J’agrippe sa main, même si le toucher me dégoûte. J’escalade la fenêtre avec son aide.
— Ferme les yeux.
— Non ! Pourquoi ? demandé-je, soucieuse.
— Je sais que tu n’as pas confiance en moi, mais là, c’est pour t’emmener trouver des réponses. Si tu gardes les yeux ouverts, tu vas être malade. Et le vomi, ce n’est pas mon truc.
Je l’écoute avec réticence. Fabien me serre plus fort la main et m’entra î ne en avant pour que l’on saute dans le vide. Je retiens un cri de terreur. Je me sens tomber. Une longue chute qui ne semble pas avoir de fin. Comme si on était le plus haut possible et qu’on tombait au plus bas.
Même si je ne l’aime pas et que j’ai peur de lui, je préfère être en sa présence pour le moment.
Lui au moins, je sais que je dois le craindre… Éric m’a trompée. Je n’ai plus confiance. Je préfère risquer le tout pour le tout que de rester avec quelqu’un qui me ment depuis le début… qui se joue de moi. J’ai tellement du mal à croire à tout ce qui arrive. Et pourtant, c’est bien réel. Tout ce que je ressens est bien réel.
Ma chute continue. Je descends. Tombe toujours de plus en plus bas et laisse le vent qui fouette mon visage donner un rythme à mes pensées. Être avec un démon est risqué , mais ce soir, je prends ce risque. Je n’ai rien à perdre. Plus rien. Je veux découvrir ce que mon destin me réserve et ce que mon passé contient de secret. Je veux savoir pourquoi je suis orpheline. Je veux savoir pourquoi cette petite bo î te – si précieuse – qui est cachée sous mon lit est si importante, mystérieuse et troublante. Je veux savoir pourquoi tout prend ce même chemin depuis des siècles et si les lettres sont réelles.

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