Par-delà les illusions
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Par-delà les illusions

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Description

Alors qu’il se libère de son passé et du poids qu’il portait depuis la mort de sa mère, l’inspecteur Nolan apprend petit à petit à vivre loin des ombres qui marquaient sa vie. C’est le moment que choisit la famille d’Ismaël pour reprendre contact avec lui, même si les tensions nées de son coming out sont loin de s’être apaisées avec le temps. Malgré cela, le jeune Marocain se rend compte que les siens lui ont sincèrement manqué et à quel point il désire encore leur affection. Concilier quotidien, drames familiaux et vie professionnelle ne se révèlera pas toujours évident, surtout lorsque le suicide d’un adolescent homosexuel entraînera les deux amants et néanmoins équipiers dans une nouvelle enquête. De quoi menacer l’équilibre de leur bulle.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782375210499
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des Matières Remerciements Prologue Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6 Chapitre 7 Chapitre 8 Chapitre 9 Chapitre 10 Chapitre 11 Chapitre 12 Chapitre 13 Chapitre 14 Chapitre 15 Chapitre 16 Épilogue



Par-delà les illusions
 

N° ISBN : 978-2-37521-049-9
Disponible en papier N°ISBN : 978-2-37521-048-2
© Mix Editions 2017, tous droits réservés.
© Jay Aheer, pour la présente couverture.
Suivi éditorial et correction : Charlotte Arnaud
Dépôt légal : octobre 2017
Date de parution : octobre 2017
Mix Editions :
Impasse des Mares, 76970 Grémonville
Site Internet :  www.mix-editions.fr
 

Nathalie Marie
Par-delà les illusions
Nolan & Touzani
Tome 3
 
 
 
 
 
 
 
Mix Editions
 
Remerciements
Un grand merci à tous les lecteurs qui m'ont suivie avec Nolan & Touzani. J'espère que ce troisième et dernier tome sera à la hauteur de vos attentes.
 
Je renouvelle toute mon affection et ma reconnaissance à Jeannine qui, une fois de plus, a porté toute son attention aux relectures et aux corrections.
 
 
 
Prologue
Le ciel était bleu, d’un bleu clair et limpide, alors que le jardin était blanc. Les branches des arbres penchaient sous le poids de la neige. Elle était tombée au cours de la nuit et le froid sec l’empêchait de fondre. Ismaël, derrière la fenêtre de la cuisine, contemplait la beauté des lieux, les pensées vagabondes. Cela faisait un mois qu’il occupait cette maison avec l’homme de sa vie. Martin, comme à son habitude et quel que soit le temps, était parti courir. Ils avaient mis un an avant de trouver leur lieu de vie, à trente minutes du commissariat. C’était un grand pas en avant, celui dont il avait tant rêvé. Il admira quelques secondes son tatouage, celui qui ornait son poignet. Martin.
Deux ans qu’on est ensemble et pourtant, il m’arrive encore d’avoir du mal à y croire.
Martin Nolan. Un inaccessible qu’il avait obtenu Dieu seul savait comment, mais sans trop de mal à bien y regarder. Depuis leur rencontre, sa vie avait énormément changé. Il avait mûri, et ce de façon agréable, pas comme avec ses parents. La nostalgie le prit aux tripes rien qu’en pensant à sa famille. Son regard se perdit au loin, tout devint flou, et ce fut la terre aride de son pays d’origine qui s’imposa à lui. Il ferma les yeux et crut sentir la brûlure du soleil sur la peau fine de son visage. Un visage aux contours nets surgit de sa mémoire et un sourire apparut sur les lèvres d’Ismaël.
Cela faisait huit ans qu’il n’avait pas vu sa grand-mère et, de tous, c’était peut-être elle qui lui manquait le plus à cet instant.
Quelle sacrée bonne femme, ma grand-mère !
Cette femme était une légende pour Ismaël. De prime abord, pour quiconque ne la connaissait pas, elle semblait discrète et inoffensive. À l’extérieur, c’était l’impression qu’elle cherchait à donner : soumise aux côtés de son mari. Mais une fois la porte de sa maison franchie et refermée, elle montrait sa véritable personnalité. C’était une femme forte, au tempérament franc, une matriarche qui régnait en maître sur sa famille. Si elle était intransigeante, elle n’en était pas moins bienveillante. Sa famille, c’était sa vie ; sa maison, la terre sur laquelle ils étaient tous les bienvenus. Bien sûr, il fallait supporter son autorité, son franc-parler et ses manifestations affectives. Ismaël l’adorait et là, perdu dans ses pensées, il aurait donné beaucoup pour se retrouver dans la chaleur de ses bras.
Six ans qu’il avait quitté sa famille, autant d’années sans voir ses parents, et seulement quelques bribes de nouvelles qu’il avait obtenues de sa sœur aînée. Depuis trois ans, il était le seul à l’appeler. Elle ne le faisait plus.
Je me demande ce que ma grand-mère pense de moi, si elle est au courant de la raison de mon exclusion.
Il n’avait jamais osé demander, se gardant le droit d’imaginer, à tort ou à raison, que son homosexualité ne changerait rien pour elle. Parce qu’il ne pouvait en être sûr, il préférait prendre le risque de s’illusionner. Il réalisa alors qu’elle n’était plus toute jeune.
Soixante-dix ans, les années filent bien trop vite.
Un désir infernal lui fit monter les larmes aux yeux. Il avait envie de la revoir, de passer du temps avec elle, de déguster ses gâteaux gorgés de miel ou de se retrouver à même le sol, assis en tailleur autour de sa table basse ronde, devant un couscous qu’il mangerait avec les doigts, comme il se devait. Il aurait aimé sentir le soleil de son Maroc natal, la poussière voler et se mêler à ses cheveux. Il aurait voulu retrouver, le temps d’un instant, des moments de son enfance, alors qu’il n’était encore qu’un gamin innocent, convaincu que sa famille était tout pour lui et qu’il en allait de même pour elle.
Étonné de ressentir tant de tristesse, Ismaël rouvrit les yeux. Le manteau blanc qui couvrait la pelouse était toujours là. Il réalisa alors qu’être heureux sans pouvoir partager son bonheur avec les siens, même s’il ne savait plus s’ils l’étaient encore, lui pesait lourdement sur le cœur. Martin était un homme dont il était fier et il aurait aimé pouvoir l’afficher librement.
Au fond de lui, Ismaël ne put qu’admettre qu’il n’avait pas tourné la page.
Merde ! Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire d’un tel constat ?
 
Chapitre 1
Martin Nolan était sur les nerfs. Si un regard avait pu tuer, la première victime aurait été le tas de paperasse qui traînait sur son bureau. Il en avait marre de remplir des rapports et encore des rapports, pour des affaires de peu d’importance, même s’il admettait qu’elles faisaient partie du job et que les résoudre était nécessaire. Il ne souhaitait évidemment pas une augmentation de la violence ou des meurtres à ne plus savoir qu’en faire. Mais bordel, le monde étant ce qu’il était, ce n’était pas trop exiger que de vouloir sortir de ces murs pour un truc un peu plus consistant que celui de prêter main forte aux collègues des autres services, pour des bagarres de rue qui dégénéraient, des trafics de drogues ou des brutalités conjugales.
Martin libéra son souffle et respira lentement. La tension reflua de ses épaules et il attrapa un nouveau dossier. Un clic sur son ordi, un soupir, et il reprit son ennuyeux labeur. Dans le même temps, son esprit vagabonda. L’année qui venait de se finir n’avait pas été sans bonnes surprises. Avec Ismaël, ils avaient enfin trouvé la maison idéale et déménager leur avait pris un peu de temps, car ils l’avaient fait pratiquement seuls. Le placard dans lequel Ismaël était toujours enfermé les rendait très discrets. Son père, sa belle-mère et Lisa avaient mis la main à la pâte, mais il n’y avait eu qu’eux. De plus, Martin avait voulu effectuer quelques modifications et aménagements avant de s’installer complètement. Les travaux étaient finalisés et il en ressentait une satisfaction qui s’assimilait à de l’orgueil. Sa vie avait été bouleversée, totalement, et il avait fait face, royalement. Alors, oui, il se sentait fier comme un paon. Il se rappelait comme si c’était hier du monologue provocant d’Ismaël, dans sa voiture, après sa dernière virée dans une back room. Mon Dieu, il avait parcouru un sacré chemin !
La deuxième bonne nouvelle de l’année était la promotion d’Ismaël. Suite à l’affaire des poupées aux visages de porcelaine , il avait obtenu le grade d’inspecteur. Bricks leur avait proposé de faire équipe, tout en affirmant qu’il les tenait à l’œil. Ici, ils n’étaient pas un couple et ils n’avaient pas intérêt de l’oublier. Martin ne s’en inquiétait pas. Les habitudes qu’ils avaient prises les maintenaient à distance, ainsi que sa propension à préserver sa vie privée autant que possible. En toute honnêteté, il ne pouvait pas prévoir ce qu’il en serait si Ismaël se décidait à se révéler. Son homme pouvait être un électron libre et, dans ces moments-là, son enthousiasme s’exprimait sans retenue. Martin adorait ça, sans aucun doute, mais Bricks ne serait certainement pas du même avis que lui.
Évidemment, tout n’était pas rose. Quoique, c’était une affaire de point de vue. Nolan se pinça les lèvres pour ne pas éclater de rire. Putain ! La tronche de Bernard pendant le pot qui avait suivi la nomination d’Ismaël ! S’il avait pu lui lancer le gant et le défier au milieu de la salle commune sans risque de se retrouver mis à pied, il l’aurait fait. Et son mec aurait sauté sur l’occasion. Ce n’était que partie remise, ce moment viendrait et, ce jour-là, il serait aux premières loges pour voir ce connard de Traptin se prendre une raclée. Derrière son insouciance affichée, Ismaël avait la tête sur les épaules. À chaque séance de sport, il gardait à l’esprit l’idée qu’il devait se préparer à cet affrontement. Il avait même repris sérieusement les cours de judo. Oh oui, Martin Nolan était impatient d’assister à ce spectacle.
Ses pensées furent coupées par la sonnerie du téléphone. Il regarda le nom qui s’affichait et croisa les doigts.
— Nolan, ramène-toi et attrape Touzani au passage.
— J’arrive.
Au ton de Bricks, l’affaire semblait sérieuse. Il allait peut-être pouvoir enfin sortir de ce bureau.
Nolan n’eut qu’à faire un signe de tête à Ismaël pour que ce dernier le suive. Ils pénétrèrent dans l’antre du commissaire qui les invita à s’asseoir.
— Alors, qu’as-tu pour nous ?
— Une plainte contre X. Pour meurtre.
Nolan haussa un sourcil.
— Qui ? Quand ? Où ?
— Un ado de dix-sept ans, il y a cinq jours, chez lui.
Les deux inspecteurs grimacèrent et Martin regretta de ne pas s’être réjoui d’être cantonné à la paperasse depuis des semaines.
— Chez lui ?
— Ses parents l’ont découvert mort dans son lit. Overdose de barbituriques.
— Un suicide qu’ils n’acceptent pas ?
— Eh bien…
Bricks passa sa main sur son crâne rasé et prit quelques secondes pour répondre.
— Les parents sont convaincus que leur fils ne s’est pas suicidé. Je me suis fait mon opinion en les écoutant, mais je préférerais ne pas vous influencer. Ils sont à côté, dans la salle trois.
— Tu peux tout de même nous donner quelques infos. La situation n’est pas banale si ce sont les parents qui se manifestent et pas le procureur.
— OK… Le gamin a fait une tentative il y a six mois…
— Mais…
— Si tu veux en savoir plus, laisse-moi finir !
Nolan se repoussa dans son siège et Ismaël masqua son sourire. Son homme était vraiment adorable lorsqu’il boudait, même si pour n’importe qui d’autre que lui, il donnait plutôt l’impression de se refermer comme une huître, avec pour seule arme son regard froid.
— Il s’était taillé les veines. C’est sa mère qui l’a découvert et il a passé trois jours à l’hôpital. Depuis, il était suivi par un psy. Ses parents affirment qu’il allait beaucoup mieux et qu’il n’aurait pas recommencé.
— C’est un peu léger pour une plainte pour meurtre. Le légiste n’a rien signalé ?
— Pas à ma connaissance, en tout cas. Allez leur parler et revenez me voir après.
Ils hochèrent la tête de concert et se levèrent. Une nouvelle fois, Nolan et Ismaël allaient devoir faire face à la douleur de parents et ce n’était franchement pas ce qu’ils préféraient. Ils se jetèrent un rapide coup d’œil et entrèrent ensemble dans la pièce où le couple les attendait. Dès que la porte s’ouvrit, les époux quittèrent leur siège et leur firent face. La mère, petite et mince, avaient les yeux rougis par les larmes. Pourtant, elle se tenait droite, les toisant avec défi. Son mari était pâle et raide, mais sa détermination semblait identique, même si la lassitude marquait ses traits. Les deux inspecteurs se présentèrent, offrirent leurs condoléances et les invitèrent à se rasseoir.
Comme souvent, ce fut Nolan qui prit l’interrogatoire en main alors qu’Ismaël sortait son carnet et son stylo, se concentrant sur la conversation, les expressions et le ton employé. Il nota leurs identités, Justine et Franck Guily, et celle de leur fils, Lucas, leur adresse et leurs professions.
— Je sais que ce n’est pas facile, mais pouvez-vous nous relater les faits, s’il vous plaît ?
Ce fut madame Guily qui s’adressa à eux. Elle avait découvert son fils, mardi soir vers dix-neuf heures, cinq jours plus tôt, allongé dans son lit. Il semblait profondément endormi. Après l’avoir appelé plusieurs fois sans obtenir de réponse de sa part, elle avait mis un moment à comprendre qu’il était inconscient. Malgré les larmes qui coulaient sur son visage, elle continuait vaillamment à parler, la main de son mari nouée à la sienne, en marque de soutien.
Elle avait appelé les secours, mais c’était trop tard.
— Qu’a dit le médecin qui a constaté le décès ?
— La mort étant suspecte, sans causes apparentes, il a demandé une autopsie. Nous avons eu les résultats ce matin. Overdose. Absorption massive de barbituriques. Nous n’avons aucun détail et devons nous déplacer pour être autorisés à les consulter. Aucune boîte vide n’était à côté de Lucas et pas de verre non plus.
— D’accord, nous verrons avec le médecin légiste qui s’est occupé de lui. Votre fils allait au lycée ?
— Oui, il était en terminale.
— À quelle heure rentrait-il ?
— Cela dépendait des jours et de son emploi du temps. Le mardi, vers dix-sept heures trente. S’il rentrait plus tard, il m’envoyait un SMS.
— Et ce jour-là ?
— Il m’a juste prévenue qu’il serait un peu en retard et qu’il pensait rentrer vers dix-huit heures.
— Vous a-t-il dit pourquoi ?
— Non, et pour une demi-heure, je ne m’en suis pas inquiétée.
Martin Nolan se racla la gorge et planta son regard dans celui de la mère de Lucas. Malgré toute la bienveillance qu’il aurait souhaité déployer, certaines questions étaient inévitables, quelle que soit la douleur qu’elles occasionnaient.
— Lucas a fait une tentative de suicide, il y a six mois. Pourquoi ne croyez-vous pas à une récidive ?
La posture de madame Guily se modifia légèrement. Elle se redressa et son regard s’affermit un peu plus. Son mari serra sa main.
— Lucas a commis une erreur qu’il regrettait. Il s’en est excusé plusieurs fois auprès de nous. Il s’en voulait de nous avoir fait si peur et tant souffrir.
— Dans un moment de grand découragement, il aurait pu être tenté de recommencer.
Le désespoir, avec une telle finalité, n’était pas quelque chose que Martin Nolan connaissait, mais sa mère, oui. Il avait mis de côté le passé, ce qui ne signifiait pas qu’il avait oublié.
— Lucas avait changé depuis cet évènement, beaucoup changé, et sa vie aussi. Nous avons énormément discuté et il s’est confié à nous. Ses rencontres avec son psychiatre lui faisaient du bien et la relation de confiance que nous avions réussi à instaurer aussi.
— Quels étaient les motifs de sa tentative de suicide ?
— Eh bien, il y en avait plusieurs… Lucas était mal dans sa peau, principalement à cause d’un secret qu’il gardait vis-à-vis de nous, mais qui n’en était pas un dans le lycée qu’il fréquentait. Il était harcelé et sans arrêt moqué. Il n’en pouvait plus et nous n’avons rien vu parce qu’il faisait tout pour.
— Quel était ce secret, madame Guily ?
Pour la première fois, cette dernière lâcha le regard de Nolan pour le diriger vers son mari. Il lui fit un sourire incertain.
— Nous n’avons pas le choix, Justine. Ils doivent savoir pour pouvoir nous aider et rendre justice à notre fils.
La femme pinça ses lèvres, elles ne furent plus qu’une ligne fine. Elle toisa l’inspecteur Nolan. Elle était une sacrée combattante et s’attira le respect des deux inspecteurs.
— Mon fils était homosexuel et subissait sans arrêt des brimades à ce sujet. J’espère pour vous que vous n’êtes pas des flics coincés et bigots !
Merde ! Ne pas éclater de rire à ce moment-là était difficile. Bien sûr, la tension qui régnait dans la pièce ne les y autorisait pas et, de plus, ça n’aurait pas été plus qu’un grognement coincé dans la gorge. Pourtant, c’était tentant. Ismaël se concentra sur ses notes et Nolan afficha son masque de stoïcisme.
— Non, Madame, nous ne sommes ni des bigots ni des coincés. Vous pouvez nous parler librement.
— Eh bien, tant mieux ! Je n’aurais ni supporté ni accepté un quelconque manque de respect envers mon fils.
— Cela n’arrivera pas… De quelle façon a-t-il réglé ses problèmes de harcèlement au lycée ?
— Très simplement. Dès que nous avons été mis au courant, il a immédiatement quitté cet endroit et n’y a plus remis les pieds. Nous l’avons inscrit dans un lycée privé et il a pu se libérer de ces abrutis. Il s’y sentait bien et ses notes ont visiblement augmenté.
— Et vous, comment avez-vous pris cette révélation ?
— Notre fils a failli mourir à cause de sa différence. Que croyez-vous ? On s’en fichait complètement ! Et même s’il n’en était pas arrivé à une telle extrémité, ça aurait été pareil. Nous aimions notre fils tel qu’il était.
La discrétion d’Ismaël avait pris des proportions hors norme. Fixer son carnet était devenu sa raison de vivre. De son côté, Martin soupirait intérieurement. Cette enquête allait, elle aussi, interférer avec leur vie privée. C’était aussi gros qu’une maison !
— D’accord… Et son homosexualité, il la vivait comment depuis qu’il vous l’avait dit ?
— Librement. Notre acceptation et pouvoir en parler lui avaient redonné le sourire. Lucas était heureux, inspecteur Nolan. De plus, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour ça. Nous avons pris contact avec une association LGBT et nous nous y rendons régulièrement pour participer à des groupes de paroles. Nous voulions que Lucas ne se sente plus seul. Il adorait aller là-bas.
— Que pensez-vous qu’il lui soit arrivé, alors ?
— Nous n’en avons aucune idée, mais il ne s’est pas suicidé ! J’en suis convaincue et mon mari aussi. Vous savez, il avait un petit ami depuis trois mois…
Des larmes lui montèrent aux yeux et elle ne put plus parler. Son mari la prit dans ses bras et poursuivit à sa place.
— Ils se sont rencontrés au lycée et ils étaient amoureux. Un premier amour… Lucas était transfiguré par cette relation.
— Comment s’appelle ce jeune homme ?
— Romain Sarget. Il habite à cinq minutes de chez nous.
— Peut-être ont-ils rompu et Lucas ne vous l’a pas dit ?
— Ce n’est pas le cas. Dès qu’il a appris la nouvelle, Romain a débarqué chez nous. Il était complètement retourné et il l’est toujours. C’est l’une des premières questions que nous lui avons posée. Ils ne s’étaient pas séparés et n’avaient eu aucune dispute. Nous lui faisons confiance. Ces derniers mois, il est devenu un habitué de la maison. Ses parents sont moins conciliants et il se sent bien chez nous.
Martin Nolan ne savait que penser. S’il se référait aux seuls propos de ces parents, le suicide semblait peu probable. Pourtant, il ne pouvait laisser de côté le fait que leur fils avait déjà tenté de mettre fin à ses jours et que ces derniers ne savaient sûrement pas tout de sa vie. Les circonstances de sa mort ne parlaient pas non plus en leur faveur. Avaler des barbituriques, si c’était bien le cas, était un acte solitaire, d’autant plus dans sa propre chambre. L’instinct de Nolan le portait à embrasser leurs convictions, les faits et la réalité lui soufflaient le contraire. Ne laisser aucune trace, si c’était prémédité, pouvait aussi s’expliquer. Les pensées d’Ismaël, s’il mettait de côté son malaise lié à la conversation, allaient dans le même sens que celles de son collègue et amant.
Ils mirent fin à l’entretien et raccompagnèrent le couple à la porte du commissariat.
— Nous allons enquêter, et si Lucas a été assassiné, nous trouverons le coupable. Quand a lieu l’enterrement de votre fils ?
— Dans deux jours, lundi, à dix heures.
— Nous passerons chez vous mardi. Ne touchez à aucune des affaires de Lucas et ne faites pas le ménage dans sa chambre, nous en ferons le tour. Quelle heure vous conviendrait le mieux ?
— Je n’ai touché à rien et vous pouvez venir quand vous voulez. Mon mari aura repris le travail, mais pas moi. J’ai posé un congé.
— Très bien. À mardi, alors.
***
Ils étaient dans le bureau de Nolan, à sa demande. Il voulait débriefer avec Ismaël avant de retrouver Bricks et de lui transmettre leurs impressions. Martin se tourna vers son coéquipier.
— Tu me donnes ton avis, s’il te plaît ? C’est rare, mais je n’ai aucune idée de ce que tu penses.
— Eh bien, si les parents de Lucas ne nous cachent rien, alors il n’avait plus aucune raison de vouloir mettre fin à ses jours. Si je regarde les faits, je ne vois pas ce qui aurait pu se passer d’autre. En même temps, qu’a-t-il fait de la boîte de médicaments ? Et puis, ils n’ont parlé d’aucune lettre ou message qu’il aurait laissé. C’est assez rare en cas de suicide.
— Mouais, c’est aussi ce que j’ai en tête. Mon intuition me pousse à leur faire confiance.
— Les dés sont jetés, alors. Ne pas suivre ton intuition serait une grave erreur. Elle te trompe rarement quand elle concerne le boulot.
— Allons voir ce qu’en pense Bricks.
Martin n’eut pas le temps de sortir. Ismaël l’attrapa par le bras et le retint à ses côtés. Il plongea son beau regard velouté dans celui plus froid de son compagnon.
— Tu as quelque chose de prévu ce soir ?
— Sans te le dire ? Tu plaisantes !
— Ce n’est pas ce que je voulais sous-entendre, désolé. Lisa a-t-elle prévu de squatter chez nous ou tes parents de passer ?
— Pas à ma connaissance, non. Pourquoi ?
— Je voudrais une soirée tranquille, seul avec toi.
— Tu as des projets pour nous ?
— C’est bien possible… Je voudrais me coucher tôt, si tu vois ce que je veux dire.
— Je vois très bien… Tu as besoin de moi, c’est ça ?
— Tu as tout compris.
— J’enverrai un SMS à Lisa pour être sûr qu’elle ne se pointe pas. Ça te va ?
— C’est parfait.
Le sourire d’Ismaël lui mangea le visage. Peu de choses le rendaient plus heureux que celle de toujours pouvoir compter sur son amant, quelles que soient ses demandes. C’était rassurant, sécurisant et, dans une moindre mesure, excitant.
Après cela, ils passèrent une vingtaine de minutes avec Bricks. Son opinion allant dans le même sens qu’eux, il prit contact avec le procureur à qui il expliqua la situation. Ce dernier s’engagea à le rappeler dans la journée, dès qu’il aurait obtenu des informations complémentaires qui lui permettraient de prendre une décision. Deux heures plus tard, le magistrat était de nouveau en ligne avec le commissaire à qui il donna son accord pour une poursuite des investigations.
Nolan et Touzani se retrouvèrent avec une nouvelle enquête sur les bras. Celle-ci non plus ne serait pas facile, mais si Lucas avait vraiment été assassiné, alors ils étaient satisfaits de la mener. Il fut décidé qu’ils se rendraient à son enterrement, histoire d’observer ce qu’il s’y passait. Puis ils rencontreraient le psychiatre de l’adolescent, ainsi que les personnes qui s’étaient occupées de lui lors de son hospitalisation, six mois plus tôt. Ensuite viendrait le tour du petit ami, des chefs d’établissement de son ancien et nouveau lycée, de ses professeurs et de certains de ses détracteurs, et de l’association dont les parents leur avaient parlé. Dans le même temps, ils se mettraient en lien avec le médecin légiste, tout en comptant davantage sur leur doc pour les assister de ce côté-là de l’affaire. En bref, Nolan et Ismaël étaient partis pour une sérieuse enquête de terrain, sans savoir vers quoi ils couraient. Confiants, parce qu’il était hors de question qu’il en soit autrement, ils quittèrent le commissariat à une heure décente et rentrèrent chez eux dans la foulée.
***
Installés dans le canapé, Martin sirotait une bière, avec Ismaël confortablement lové contre son flanc gauche. Ce dernier avait l’esprit préoccupé et était bien trop silencieux.
— Dix sous pour tes pensées.
— Tu n’as pas mieux à me proposer ? Ce n’est pas très alléchant.
— Humm… ma bouche au bon endroit ?
Ismaël eut un petit sourire. Il avait bien l’intention de se confier à Martin, mais si en plus il récoltait une récompense de ce genre, il la prenait sans hésitation.
— Ça me convient mieux.
— Marché conclu ! Je t’écoute.
— Oh, ce n’est rien de révolutionnaire… Je pense beaucoup à ma famille ces derniers temps, surtout à ma grand-mère, au Maroc… Tout ça me manque.
— Tu ne m’as jamais parlé d’elle.
— C’est vrai et c’est une sacrée omission de ma part.
Pendant la demi-heure qui suivit, Ismaël se laissa aller à raconter ses souvenirs d’enfance et ses dernières visites dans son pays d’origine. Martin l’écoutait religieusement, toujours heureux d’en apprendre plus sur celui qui partageait sa vie.
— Je ne l’ai pas vue depuis au moins huit ans… Elle ne rajeunit pas et je serais terriblement malheureux de la perdre sans l’avoir revue. La dernière fois, j’étais encore un adolescent. Je finissais le lycée. C’était juste après l’obtention de mon bac.
— Elle est au courant pour ton homosexualité ?
— Pas par moi, en tout cas. Je ne pense pas non plus que mes parents s’en soient vantés. Je n’ai aucune idée de ce qu’ils ont bien pu lui raconter pour expliquer ma désertion.
— Ce sont eux qui-t’ont lâché, Ismaël, pas l’inverse.
— Peut-être, mais ma grand-mère n’y est pour rien. Tu sais, au Maroc, l’homosexualité est sévèrement punie. Tu peux aller en prison pour ça.
Martin haussa les épaules.
— On n’est pas obligés de s’afficher et de prendre des risques inutiles. Si tu veux, nous pouvons lui rendre visite à nos prochaines vacances. J’adorerais découvrir le Maroc.
— Vraiment ? Tu serais partant ?
— Évidemment que oui. Tu as juste à demander.
Le cœur d’Ismaël partit en balade, comme à chaque fois que Martin répondait présent pour lui, sans prendre le temps de réfléchir ou d’atermoyer. Ce dernier était définitivement son roc. Ismaël n’avait aucune idée de la façon dont il allait s’y prendre pour réaliser ce vœu. Il devait encore grandir.
En attendant, ses pensées prirent un autre chemin. Avec langueur, il attrapa la bouteille de bière que son amant tenait dans sa main et la posa sur la table basse. Avec sensualité, il se glissa sur ses cuisses fermes et l’enlaça. Ses lèvres réclamèrent les siennes, puis sa langue s’invita dans sa bouche. Un gémissement commun leur échappa. La douche et le dîner allaient devoir attendre. Ils avaient bien mieux à faire.
 
Chapitre 2
Nolan et Ismaël suivaient discrètement l’enterrement de Lucas Guily. À l’église, ils n’avaient pu que constater qu’il y avait du monde, dont un nombre certain de jeunes, et beaucoup de pleurs. Ils avaient observé la sortie, sans rien remarquer de particulier, et pris de nombreuses photos, à l’abri des regards. Maintenant, ils étaient au cimetière où régnait plus d’intimité. Ismaël s’était mêlé aux personnes présentes. Nolan, caché, continuait de saisir chaque visage avec son appareil photo. Ils voulaient pouvoir mettre un nom sur chacun d’entre eux. Ils s’éclipsèrent à la fin de la cérémonie.
Leur retour au commissariat se fit dans le silence. Ils ne pouvaient se départir d’une certaine tristesse et ils avaient besoin de ce temps pour s’en distancier. Un café, même si c’était celui du distributeur, les aida à faire ce pas en avant. Comme souvent, ce fut Ismaël qui engagea la conversation.
— Ça ne va pas être simple. Tous ces gens avaient l’air sincèrement éplorés.
— Ouais, et ce n’est rien de le dire… Il n’y a pas trente-six possibilités. Soit Lucas a avalé ces médicaments de son plein gré, soit on les lui a fait avaler. Le problème est qu’il était chez lui. Ce ne peut être que quelqu’un qu’il connaissait et qui a ses entrées dans la maison.
— Si on pouvait totalement éliminer la première possibilité, on serait plus à même de nous concentrer sur la deuxième.
— Je crois que la clé est dans cette demi-heure de retard qu’il a eue mardi. Il faut absolument trouver où il était et avec qui. Je m’occupe de faire développer les photos et je vais aller prendre un cours sur les barbituriques auprès du Doc. Nous n’avons toujours pas de nouvelle du rapport du médecin légiste. D’accord, c’était le week-end, mais je vais tout de même lui secouer les puces.
— De mon côté, je vais me renseigner sur qui s’est occupé de lui à l’hôpital lors de sa tentative ratée.
Ils se séparèrent sur un sourire et trois heures plus tard, après avoir pris le temps de déjeuner, ils s’installèrent dans le bureau de Nolan.
— Un médecin, deux infirmières et un psychiatre. Lucas a été soigné aux urgences, puis il a passé trois jours dans le service de pédiatrie.
— Pas en psychiatrie ?
— Apparemment, non. Il avait seize ans. Ceci explique peut-être cela. Et de ton côté ?
— J’ai le cerveau en charpie. Tu connais le Doc, c’était trop tentant de me brouiller les neurones alors qu’il aurait pu faire simple.
Ismaël céda à l’amusement. Depuis que le Doc les avait cloués sur place en leur parlant de leur homosexualité et de leur relation, Ismaël ne le voyait plus de la même façon. Il savait dorénavant que derrière les compétences et la rigueur se cachait un gai luron.
— Épargne-moi les détails et dis-moi l’essentiel.
— Ce ne serait pas drôle.
— Ah, parce que tu te rappelles de tout ?
— Si je fais l’effort, je suis sûr que oui.
— Ne prends pas cette peine et garde ton énergie.
Ismaël fit un clin d’œil à son homme et reprit son sérieux.
— Je t’écoute.
— Pour faire court, disons qu’il est tout à fait faisable de doser des barbituriques pour en contrôler les effets et la durée avant qu’ils n’agissent. Une personne qui tente de se suicider ne se pose pas vraiment ce genre de questions, elle avale tout le contenu de la boîte. J’ai oublié une question importante lors de notre entretien avec monsieur et madame Guily. Je les ai appelés. Lucas ne suivait plus aucun traitement depuis un mois et, avant, ce n’était que de légers antidépresseurs. Le Doc a tenté de joindre le médecin légiste, faute d’avoir son compte-rendu. Il a laissé un message.
— Vu ce que tu as choisi de me transmettre, tu restes sur tes impressions, alors ?
— On dirait bien, même si les conclusions du légiste ne seraient pas du luxe.
Un soupir commun leur échappa. En dehors des proches, ils ne voyaient pas qui aurait pu s’en prendre à Lucas. Un crime homophobe se serait fait dans la violence, pas de cette façon.
— La journée de demain va être très occupée. Je vais tenter de me débarrasser d’une partie de ma paperasse. Ensuite, on s’occupe exclusivement de Lucas.
— Je crois que je vais suivre ton exemple.
Ismaël regagna son bureau et pesta trente secondes contre Nolan. Le sien était toujours dans la salle commune et il trouvait parfois injuste qu’un sale caractère puisse apporter de tels avantages. Ce moment de mauvaise humeur ne dura pas. La vérité était qu’il aurait détesté être en permanence isolé. Il préférait le mouvement, le bruit et les échanges avec ses collègues.
***
Ce soir-là, Martin retrouva Ismaël dans la cuisine. Elle embaumait et son estomac gargouilla. Son homme avait déjà pris sa douche, ses cheveux étaient encore humides, ses boucles brillaient, et il sentait bon. Il ne put résister et se glissa dans son dos pour l’enlacer. Sa bouche se perdit dans son cou, provoquant un soupir des plus tentateurs chez Ismaël.
— Je ne sais pas ce qui sent le meilleur, toi ou ce que tu mijotes.
— Commençons par le dîner, nous verrons pour la suite après
— Ça me va. Qu’as-tu préparé ?
— Un tajine de mouton.
— Tu es vraiment nostalgique en ce moment.
— On dirait bien. J’ai tout ce que j’ai toujours désiré et pourtant, je ne me sens pas totalement bien.
Martin serra un peu plus fort Ismaël contre lui, avant de le retourner et de plonger son regard dans le sien. Ce dernier tressaillit. L’effet était toujours le même. L’intensité de son amant le plongeait illico dans le désir. Ses mains se glissèrent sous son tee-shirt et il savoura la chaleur de sa peau. Martin les bloqua des siennes et déposa un doux baiser sur ses lèvres.
— Tu devrais peut-être contacter tes parents et voir ce qu’il se passe.
— Je vais sûrement finir par le faire, mais j’ai une autre urgence avant.
— Laquelle ?
— Sortir du placard.
L’attention de Martin augmenta encore. Ismaël eut presque du mal à soutenir son regard.
— Maintenant ?
— C’est le bon moment. Nous vivons ensemble et cette maison est parfaite. Je t’aime et je suis fier d’être avec toi. Ça ne peut plus durer. Je suis enfin prêt à tenir tête aux connards qui voudront me faire chier.
— On s’y met quand ?
Ismaël éclata de rire et ce son fit battre le cœur de Martin. Il lui laissa quelques secondes, puis s’empara de sa joie avec délice en l’embrassant à pleine bouche. Très vite, l’hilarité d’Ismaël se transforma en gémissements de plaisir. Son corps alla à la rencontre de celui de son amant et il put se rendre compte que les retombées étaient les mêmes pour chacun d’eux. Martin recula et le maintint à distance.
— Tu voulais manger avant !
— Tu me provoques, tu ne peux pas t’attendre à autre chose !
— Nan, je ne peux pas, mais tu vas pourtant devoir patienter. On dîne, on discute et après seulement on se perd l’un dans l’autre.
Ismaël grogna et lui tourna le dos, puis il lui balança un « mets la table » autoritaire.
— Tu es trop mignon quand tu boudes. Je te promets de te faire crier de plaisir.
— Nous verrons ça.
— C’est un défi ?
— Oh que oui !
— Tenu !
Assis devant leurs assiettes pleines, Martin relança la conversation. Ismaël avait pris sa décision et il voulait en savoir plus.
— Tu vas t’y prendre comment ?
— Très simplement et sans coming out .
— Tu m’expliques ça ? Je ne vois pas où tu veux en venir.
Ismaël avait longuement réfléchi et il s’était rendu compte qu’une partie de son blocage était dû à la colère. S’il avait écouté tout ce qui se disait autour de lui, quel que soit l’endroit où il se trouvait, il se serait retrouvé à s’excuser à tout bout de champ : d’être arabe, d’être gay, d’avoir déshonoré sa famille, d’être flic… C’était sans fin et il n’était pas d’accord avec ça.
— Je n’ai rien à avouer ni à déclarer. Je l’ai fait une fois et j’en ai détesté chaque seconde. Je refuse de me laisser piéger une seconde fois par ce concept débile de coming out . Je refuse de révéler le couple que nous formons comme si c’était quelque chose d’anormal et je ne veux pas plus faire de ma sexualité une confession honteuse.
Martin avait rarement vu la nature passionnée d’Ismaël se manifester en dehors de la joie et du plaisir. Il aimait ce qu’il voyait et ce qu’il entendait. Il n’en avait rien à battre de ce que les autres faisaient dans un lit et avec qui. La normalité n’était pas plus son truc et, de toute façon, il n’en connaissait pas la définition.
— Très bien. Quel est ton plan ?
— Pendaison de crémaillère. Ta famille, nos quelques amis et collègues proches. On les accueille en se tenant la main et je te roule une pelle dès qu’ils tiennent tous un verre auquel se raccrocher.
— Tu devrais peut-être attendre qu’ils en aient bu deux ou trois avant.
— À ce stade, j’en serai à te peloter le cul.
— Tu ne prévois pas de me faire l’amour en public, tout de même ?
— Nan, aucun risque. Je suis le seul à avoir le droit de...

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