Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante
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Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante , livre ebook

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Description

Aux yeux d'Anne, ses copines constituent le centre de l'univers - si on fait abstraction de son nombril, évidemment ! Mais justement, elle rêve de revoir ses priorités et elle n'attend pour cela qu'une chose, que l'Homme se présente enfin. Le vrai, le bon. Idéaliste, vous dites ? Orgueilleuse, surtout…
Bien qu'Annie L'Italien se soit sagement rangée du côté d'une carrière (relativement) stable en communications interactives, elle a toujours caressé l'idée d'écrire un roman. Le rêve est devenu réalité avec le Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante, une comédie romantique aussi pétillante qu'un mimosa. Gageons que vous ne pourrez vous arrêter avant d'avoir vu le fond du verre.
Depuis quelques années déjà, Anne semble s'être installée dans un joyeux célibat. Toutefois, malgré une vie bien chargée, partagée entre le boulot qui prend trop de place, les séances de magasinage thérapeutique et les 5 à 7 avec ses précieuses copines, cette jeune trentenaire n'a pas complètement écarté l'idée de rencontrer un homme pour qui elle acceptera de perdre un peu de sa liberté. Mais l'homme en question se fait attendre. Ses quatre amies ont d'ailleurs diagnostiqué qu'il s'agissait là d'une conséquence directe de son excès d'orgueil, ce défaut qui l'aurait trop souvent empêchée d'oser/rigoler/pleurer/ chanter/vivre pleinement : pour son anniversaire, elles lui offrent donc une étonnante chasse au trésor qui l'amènera à sortir de sa zone de confort et, par la même occasion, à rencontrer un homme potentiellement intéressant. Un événement à la fois espéré et terriblement appréhendé par cette célibataire (pas tout à fait) endurcie. Osera-t-elle risquer le ridicule et s'ouvrir à l'inconnu ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 04 octobre 2012
Nombre de lectures 8
EAN13 9782764419021
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

De la même auteur
De la même auteure chez Québec Amérique
Toujours orgueilleuse, mais (à peine) plus repentante, coll. Tous Continents, 2009.
Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante, coll. Tous Continents, 2008.
ANNIE L’ITALIEN
Crédits
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

L’Italien, Annie
Petit guide pour orgueilleuse légèrement repentante
(Collection QA compact)
Publ. à l’origine dans la coll. : Tous continents. 2008.
ISBN 978-2-7644-0673-1 (Verdion imprimée)
ISBN 978-2-7644-1531-3 (PDF)
ISBN 978-2-7644-1902-1 (EPUB)

I. Titre.
PS8623.I89P47 2008c C843’.6 C2008-942014-4
PS9623.I89P47 2008c

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329, rue de la Commune Ouest, 3 e étage
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Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010

Dépôt légal : 4 e trimestre 2008
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada

Mise en pages : André Vallée — Atelier typo Jane
Révision linguistique : Céline Bouchard et Annie Pronovost
Conception graphique : Isabelle Lépine
Illustration en couverture : Roselyne Cazazian
Conversion en format ePub : Studio C1C4

Pour tout commentaire ou question technique au sujet de ce ePub: service@studioc1c4.com

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

©2008 Éditions Québec Amérique inc.
www.quebec-amerique.com
Exergue
Qui va à la chasse perd la face
Montréal‚ jour -2
Une de mes copines soigne un retentissant cas d’épuisement professionnel. Son thérapeute lui a recommandé trois mois d’arrêt : le premier pour se reposer, le deuxième pour s’amuser et le troisième pour réfléchir à son avenir professionnel. Comme je n’ai pas trois mois à consacrer à un arrêt de travail, j’ai pensé expédier mon burnout autodiagnostiqué en trois semaines de vacances hivernales. J’ai passé la première chez moi à dormir et à végéter devant la télévision. J’entame ma deuxième semaine ce matin même, avec la ferme intention d’en profiter au maximum. Ça s’annonce bien d’ailleurs, j’ai rendez-vous pour un brunch de filles avec mes quatre meilleures amies.
Bonjour, je m’appelle Anne et je serai votre hôtesse pour la durée de ce récit
J’ai trente-cinq ans depuis hier. Je suis une passionnée réservée qui se cherche. J’aime la vie, ma famille, mes amis, mon chat (pas LES chats, MON chat). J’adore les surprises, les gestes spontanés. J’aurais voulu devenir actrice ou correspondante à l’étranger, pourtant je travaille sagement en communications. J’aime le pop-corn (mais pas le partager), les sushis et la bouffe en général. Si je ne surveillais pas mon poids, je mangerais sans arrêt. J’essaie d’être de plus en plus moi, pas seulement l’image que je veux projeter. J’aime la symétrie et les chiffres pairs, les orages et le vent. J’adore les gougounes 1 . Pour moi, la thérapie la plus efficace est le magasinage. J’aime écouter de la musique et m’imaginer que je suis l’interprète, mais dans la réalité je ne joue d’aucun d’instrument et je chante vraiment, vraiment très mal. Je déteste l’injustice, la condescendance, les poivrons verts et les oignons crus. Mon passé amoureux est peuplé de mecs qui portent des noms d’apôtres. J’en ai assez d’attendre que quelque chose d’excitant me tombe dessus, je veux croquer dans la vie à pleines dents et aller au bout de moi-même. Mais pour ça il faut de l’énergie, et j’en manque cruellement. OK, ce n’est peut-être pas un vrai burnout . Je suis juste… fatiguée.
Enfin, je suis visiblement centrée sur mon nombril, considérant ce charmant paragraphe de « je-me-moi » que je viens d’écrire. Vous allez devoir vous y faire, après tout, c’est mon histoire que vous lisez !
Prélude au brunch
Les copines que je dois rejoindre pour le brunch sont Bianca, Christine, Dominique et Esther, et elles constituent le centre de mon univers depuis plusieurs années. Bianca et moi allions à la même école secondaire. Ensuite, j’ai rencontré Dominique à l’université, où les pauses cigarettes qui s’éternisent et les romans de Michel Tremblay nous ont réunies. Esther était une habituée du bar que fréquentait Bianca et s’est rapidement jointe au trio. Christine, la plus récente recrue, est une ex-collègue à moi devenue tout naturellement l’amie de toutes.
Nous nous rapprochons et nous éloignons les unes des autres au rythme des saisons et des amours que nous vivons, nous retrouvant le plus souvent en groupe de deux ou trois. Les rencontres à cinq se font de plus en plus rares, mais elles conservent toute la chaleur et l’intimité des amitiés durables. Au fil des années, nous avons partagé nos moments de crises, existentielles ou réelles : les affres de la vie monoparentale de Dominique, les peines d’amour à répétition d’Esther, les épisodes d’angoisse de Christine, les aventures compliquées de Bianca, mon célibat chronique et, bien entendu, à tour de rôle, les nombreux effondrements de couples et les séparations. Nous avons aussi partagé les bons moments : promotions, naissance, déménagements et autres bonnes nouvelles méritent toujours une réunion de famille, question de ne pas s’en tenir qu’aux drames. Justement, le brunch d’aujourd’hui souligne deux événements positifs : mon anniversaire et le retour de voyage d’Esther.
Donc, le brunch
Presque toutes maniaques de ponctualité, nous nous pointons chez Esther en même temps, y compris Christine-la-retardataire-chronique, puisque je suis passée la prendre. Jusqu’à maintenant, c’est le seul truc que j’ai trouvé pour qu’elle soit à l’heure : je l’appelle en me levant, puis en partant de chez moi, puis en arrivant devant son appartement, puis aux cinq minutes jusqu’à ce qu’elle réponde et/ou sorte de chez elle.
L’appartement d’Esther est typiquement plateau-ien 2 : tout en longueur, plein de boiseries, chaleureux et croche. C’est souvent ici que nous nous retrouvons, en partie parce que nous nous y sentons bien et en partie parce que nos bars préférés sont à portée de jambes. Ce n’est pas particulièrement pratique pour Dominique, qui habite la campagne (OK, la Rive-Sud), ni pour Christine et moi qui habitons dans les bas-fonds, c’est-à-dire respectivement à Saint-Henri et Pointe-Saint-Charles, deux quartiers populaires (dans le sens de pauvres) mais en plein développement (dans le sens que les condos et les cafés se multiplient à vue d’œil pour attirer les Plateau-iens qui n’en peuvent plus de payer des loyers exorbitants).
Puisqu’il s’agit de notre quartier général, nous avons depuis longtemps pris nos habitudes, ce qui donne lieu à un rituel d’arrivée bien rodé : Esther nous accueille en faisant jouer la Compagnie Créole à plein volume, Christine s’empresse d’aller remplacer le CD par quelque chose de plus calme, généralement Tori Amos. Bianca attaque la vaisselle qui traîne immanquablement dans l’évier pendant que Dominique met la table. De mon côté, je fais le tour de l’appartement pour redresser les cadres et replacer les coussins, puis je remplace Tori Amos par Coltrane ou Ibrahim Ferrer. Tout ça ne dure que quelques minutes, le temps qu’Esther prépare ses traditionnels mimosas et nous appelle en hurlant « les biberons sont prêts ».
Pendant qu’Esther fait le service, nous nous extasions brièvement sur son bronzage, malgré un léger pincement au cœur généralisé. Ce voyage aux Bahamas, nous devions le faire toutes les cinq ensemble. Mais la vie étant ce qu’elle est, Christine voulait garder ses sous pour aller en Italie cet été, Dominique n’a pas pu trouver de gardienne pour son fiston et Bianca craignait qu’un troisième voyage sans son chum ne soit la goutte qui ferait exploser son couple. Lorsque, sans me consulter, Esther a proposé à sa copine Viviane de nous accompagner, j’ai prétexté une envie de partir seule de mon côté pour ne pas avoir à lui avouer que Viviane me tape royalement sur les nerfs et qu’il était hors de question que je passe une semaine à l’endurer. Évidemment, je n’ai fait aucune réservation, et je suis restée en ville.
Comme toujours lorsque nous nous retrouvons toutes les cinq, les phrases sont comprises avant même d’être terminées et les longues explications sont généralement superflues. C’est d’ailleurs un reproche fréquent des hommes qui traversent ou partagent nos vies. Ils n’arrivent pas à suivre, surtout le copain de Bianca, un Britannique au français approximatif. Les trajets de retour vers nos foyers respectifs sont généralement utilisés pour les explications du type « Elle a dit ça parce que… Non, c’est pas pour ça, c’est parce qu’elle n’a jamais vraiment compris pourquoi elle avait perdu son emploi… Oui, c’est ça, Éric c’était son ex, celui juste avant Benoît, celui qui ne voulait pas habiter en ville… ». Il faudrait vraiment que nous apprenions à laisser tomber les insides et à respecter les conventions introduction-développement-conclusion. Ça aiderait.
D’ailleurs, la conversation qui suit est un exemple typique de ce que nous devrions éviter de faire en public.
— J’ai finalement eu ma vision, lance Dominique.
— Trois jours dans le bois sans manger, mets-en que t’as dû avoir des visions ! répond Bianca.
— C’est ça, ris de moi. Mais si tu savais combien ça m’a permis de comprendre ben des affaires, tu rirais moins !
— Plus que la fois des totems en pâte à modeler ?
— C’était pas de la pâte à modeler, pis non, ça ne m’a pas « plus » aidée, juste d’une façon différente. Je comprends un peu mieux mon burnout maintenant.
— C’est quoi le rapport avec le burnout ? Tu travaillais trop, c’est tout !
— Ben non, c’est pas tout. C’est pas la somme de travail ou les heures que tu y mets qui font la plus grosse différence. Le jour où ça t’arrivera, tu comprendras.
— Ça ne m’arrivera pas, je te l’ai déjà dit.
— Anne aussi disait ça, pis regarde dans quel état elle est ! C’est peut-être pas un vrai burnout , mais c’est certainement une grosse grosse fatigue !
— Merci, c’est gentil de me rappeler que je suis dans un état lamentable.
— C’est quand même moins pire qu’après l’épisode de l’écureuil, intervient Esther.
— Ou la fois du grand ménage, ajoute Christine.
Vous arrivez à suivre ? Non ? Alors vous comprenez maintenant comment se sentent nos hommes. Mais je vous promets de relater les conversations avec plus de clarté à l’avenir. Vous le dites si vous ne comprenez pas.
À bien y penser, je ferais mieux de vous présenter les filles plus officiellement, ça vous aidera sans doute à mieux comprendre la suite.
Ne vous inquiétez pas si vous n’arrivez pas à tout retenir, l’objectif est de vous mettre dans le contexte, pas de vous bourrer le crâne. De toute façon, s’il y a des points importants dont vous devez vous souvenir, je serai là pour vous les rappeler.
Bianca : trente-cinq ans elle aussi. Le Plateau représente tout son univers. À l’extérieur, c’est le néant. Parle encore de sa seule et unique expédition sur la lointaine Rive-Sud comme d’une expérience traumatisante. Est égocentrique et l’assume pleinement. Aime la vie, son chum, ses amis, son oiseau. Quand elle rit, et elle rit souvent, c’est tout son corps qui est crampé. Travaille pour une banque, au service des cartes de crédit. Voue un culte reconnaissant au fer plat en céramique qui a changé sa vie. Les copines demeurent sa priorité, parfois au détriment de son couple. Ne croit pas aux signes, aux histoires programmées d’avance. Aime les conversations téléphoniques à huit heures le samedi matin, les kangourous (pas les animaux, les chandails à capuchon) et les cadavres exquis (pas les morts, les jeux de mots). Important à retenir : Bianca est la journaliste à potins du groupe.
Christine : vingt-huit ans. Aime ses parents, ses amis et ses collègues de travail, avec qui elle vit des péripéties dignes des meilleurs soaps américains. Adore le cinéma de façon générale, et Woody Allen en particulier. Travaille dans un musée. Anachronique, elle s’est mise à fumer à vingt-trois ans, alors que tout le monde commençait à vouloir arrêter. N’aime pas répondre au téléphone ou prendre ses messages. S’en met plein les doigts chaque fois qu’elle ouvre un gobelet de crème à café. Aime les magasins à gugus 3 (prononcer gugu , sans le « sss » à la fin) et surtout prononcer le mot gugu sans le « sss » à la fin. Dotée d’une voix superbe, espère faire une carrière de chanteuse, mais est souvent paralysée par le trac. Important à retenir : Christine est la petite sœur lunatique du groupe.
Dominique : trente-quatre ans, très bientôt trente-cinq. Aime son fils, son chum, ses amis et son frère. Toujours à la recherche d’expériences qui lui permettront de mieux se connaître et d’être plus heureuse, passe souvent ses week-ends dans des groupes de croissance personnelle un peu étranges. A une fascination profonde pour les autres et leurs histoires. Plus il y a de détails, mieux c’est. Travaille dans le communautaire, mais préférerait ne plus travailler du tout. Sauf que, pleine de contradictions, aime l’argent et ce qu’il peut lui procurer. A toujours besoin d’un « p’tit sucre » après les repas. Éternelle insatisfaite qui se soigne. Soigne également un retentissant burnout . Important à retenir : Dominique est la sage ésotérique du groupe.
Esther : trente-neuf ans. N’arrive pas à croire qu’elle approche la quarantaine et qu’elle est toujours célibataire. Plusieurs fois a cru dénicher « l’Homme », plusieurs fois s’est trompée. Propriétaire de quelques salons de coiffure branchés. Aime son appartement, son emploi, ses amis, pas nécessairement dans cet ordre. A tendance à prendre les choses au pied de la lettre et est légèrement susceptible (elle dirait plutôt hypersensible), mais se soigne. Croit aux signes, à l’astrologie, aux tireuses de cartes et à tout ce qui peut l’aider à savoir ce que la vie lui réserve. Bèche souvent, dans le sens de tomber, sans raison apparente. Important à retenir : Esther est la médiatrice du groupe.
Tout va bien ? Vous arrivez à assimiler l’information ? Parfait, on continue.
Comme je n’avais plus de vie avant mes vacances, le groupe complet ne s’est pas réuni depuis plusieurs semaines, alors il y a beaucoup à raconter : les progrès en français du chum de Bianca (il continue à dire « autour du coin » et « rire à s’enlever la tête », mais en gros ça s’améliore), le nouveau trip de méditation dynamique d’Esther (avec démonstration à l’appui, très drôle), les dernières cuteries 4 d’Hugo et Mariane, mes filleuls adorés, et surtout mon dernier flirt avec un collègue que je surnomme (pas très) affectueusement Pétard Mouillé.
— Alors, ça avance votre histoire ? demande Bianca.
— Pffff. Pas vraiment, non.
— Tu m’étonnes, ironise Dominique.
— Qu’est-ce que tu insinues ?
— Tu l’appelles Pétard Mouillé parce qu’il te fait des avances qui n’aboutissent pas, sauf que c’est toi l’obstacle !
— Ben voyons ! C’est ma faute s’il gèle dès que ça pourrait mener quelque part ?
— Pourquoi tu penses qu’il gèle, justement ? Te connaissant, tu dois éviter à tout prix de dévoiler une quelconque émotion, tout d’un coup qu’il changerait d’idée alors que toi tu t’es montrée intéressée !
— Nous y voilà. On va encore parler de mon orgueil, c’est ça ?
Petite parenthèse sur l’orgueil
J’aurais dû me douter que l’une d’elles remettrait mon orgueil sur le tapis. Vous connaissez le principe d’une « intervention » ? J’en ai vécu une récemment. Il s’agit d’une rencontre organisée par la famille et/ou les amis pour brasser la cage de quelqu’un qui abuse de quelque chose, généralement d’alcool ou de drogue. Il semblerait que moi, j’abuse d’orgueil. Je sais, ça ne se dit pas vraiment. On ne peut pas consommer de l’orgueil. Cependant-toutefois-néanmoins, comme il m’est déjà arrivé de passer une soirée complète à me faire taper sur la tête à propos de mon orgueil, je pense que j’ai mérité le droit d’exposer les faits à ma façon. Intervention pour abus d’orgueil donc.
Il y a quelques mois de cela, mes merveilleuses amies (sarcasme ici) ont eu la charmante idée (ici aussi) de me convoquer à un souper où le sujet de conversation principal était : Anne est trop orgueilleuse, rentrons-lui dedans à tour de rôle pour qu’elle change. Alors on m’a exposé (pas de diaporama à l’appui mais presque) une jolie liste de toutes les fois où mon orgueil m’a empêchée de vivre/oser/avancer/rigoler/pleurer/chanter/rencontrer l’homme de ma vie. Mon orgueil serait selon elles l’ennemi public numéro un, l’origine de tous mes maux, la raison de mon workaholisme (ne pas livrer un projet à temps est hors de question, aussi ridicule qu’en soit l’échéance), la cause principale de mon simili- burnout (je n’oserais pas quitter l’emploi que je déteste pour entreprendre une nouvelle carrière parce que j’ai peur de me planter), et serait également à l’origine de mon célibat chronique (encore une fois, peur de me planter). Il paraîtrait même que mon orgueil a causé une série d’inondations au Bangladesh (mais non).
Malheureusement pour elles, ça n’a pas eu l’impact escompté. Pour leur faire plaisir, j’ai fait semblant d’avoir changé pendant quelques semaines, particulièrement dans le domaine de l’abordage de mecs potentiellement intéressants (par exemple, ce voisin mignon croisé à l’épicerie et à qui j’ai demandé ce qu’il pensait du nouveau yogourt probiotique), mais au premier obstacle (il n’a pas attrapé la perche que je lui tendais), je suis retombée dans mes vieilles habitudes (j’ai arrêté de lui dire bonjour lorsque je le vois). Les copines n’ont rien dit, mais je me doutais bien que ce ne serait que partie remise.
Fin de la petite parenthèse, retour au brunch
— Ça suffit, c’est ma fête, et je décide qu’on change de sujet. Alors à part du mini-bien-cuit non sollicité, est-ce que j’ai droit à un cadeau ?
J’ai beau avoir trente-cinq ans, les cadeaux m’excitent toujours autant. Ça pourrait être un minuscule gugus provenant du Dollarama, j’aurais autant de plaisir à le recevoir que si on m’offrait un voyage.
Mes amies sont aussi excitées que moi, elles sourient de toutes leurs dents et se lancent des regards complices.
— Maintenant ! Maintenant ! J’en peux plus !
— Ça tombe bien, nous autres non plus, dit Esther.
— Taadaaa ! crie Bianca en me tendant une enveloppe.
Je l’ouvre, m’attendant à une carte rigolote qui se moquerait gentiment de mon âge ou de mes rides. Mais non, c’est simplement un petit carton bleu où il est écrit :
Bienvenue à ta chasse au trésor anniversaire !
La chasse est ouverte
L’heure de la revanche a donc sonné. Depuis le temps que je leur impose mes chasses au trésor annuelles cucul, il fallait bien que ça arrive un jour. Mais j’ai beau scruter les visages, je n’y aperçois aucune méchanceté, seulement une joie intense. Et j’en suis bêtement émue. Je retourne la carte, le premier indice s’y trouve :
Indice 1
C’est maintenant que tes heures perdues à jouer au scrabble vont payer : le thé une doser sable.
Tic, tac, tic, tac, quelques minutes de réflexion et quelques essais ratés plus tard, j’arrive à : Esther les a en double .
À part les différentes parties de son corps, la réponse la plus probable est le poêle et le frigo qu’Esther avait accepté d’héberger pour un ami qui se trouvait sans domicile fixe pour un temps. L’ami s’est un jour complètement volatilisé, et Esther n’a jamais eu le cœur de se débarrasser des électros, même s’ils sont un élément de décor assez incongru pour une chambre à coucher. Bien que la réponse soit évidente, je ne peux m’empêcher de taquiner un peu notre reine de la bèche (vous vous souvenez, je vous en ai déjà parlé) :
— Deux bleus sur les genoux !
— Deux bleus sur les fesses ! renchérit Bianca.
— Deux bleus sur les coudes ! hurle Christine.
Bon, assez divagué, j’ai une chasse à poursuivre moi. Effectivement, un carton bleu se trouve dans le four.
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Ce coup-là, tu nous l’as servi assez souvent, on ne va quand même pas te dire comment le trouver. 17-21-1-14-4 12-5-19 12-1-13-5-19 19-15-14-20 16-12-21-19 16-18-1-20-9-17-21-5-19, 3’5-19-20 12-1 17-21’15-14 18-1-14-7-5 12-5-19 2-15-20-20-5-19
Je m’installe à la table et associe chaque numéro à une lettre, en espérant fortement que ce sera aussi simple que ça. Et ça l’est ! Prenez quelques minutes pour le faire si vous voulez, je vous attends.
C’est bon ? Je peux donner la solution ? Ça donne : Quand les lames sont plus pratiques, c’est là qu’on range les bottes . Hein ? Quel rapport entre des couteaux et des bottes ? À moins que…
— Lames dans le sens de couteaux ?
— Non, répond Christine.
— Lames dans le sens de patins ?
— Oui, répond Dominique.
— Patins dans le sens de patinoire ?
— Oui, répond Esther.
— Patinoire dans le sens de parc Lafontaine ?
— Tout le monde s’habille ! crie Bianca.
Avec une température de -22 ºC, ou de -8275 ºC avec le charmant refroidissement éolien, j’aurais préféré que la chasse se déroule à l’intérieur, ou en juillet plutôt qu’en janvier, mais bon. Vieillir a quand même ses avantages, et l’un d’eux est que je n’ai plus honte de me couvrir chaudement de la tête aux pieds.
— Es-tu folle ? On va pas là à pied ! s’insurge Dominique.
— De toute façon, tu vas avoir besoin de ta voiture pour le reste, dit Christine.
Nous nous entassons donc dans ma superbe Echo et Bianca entonne un « Dans ma belle Echoooo je t’emmèneraaaaiii sur tous les chemins d’étéééé » qui nous fait grelotter de rire.
Le chalet du parc Lafontaine dispose de bancs dont les sièges se soulèvent pour que les patineurs puissent y déposer leurs bottes. Le message se cache sous le trente-cinquième banc.
Indice 3
Alphabétiquement de trop ! HaabmcbdeegfugehuijPkâlâmântoaptqe
Hum. J’imagine qu’il y a des lettres de trop. Une sur deux. Ah, tiens, et elles sont en ordre alphabétique : Hambegueu Pâââtate.
Souvenirs, souvenirs
Ça, c’est du Bianca. Lorsque nous étions au secondaire, il était interdit de sortir des limites du collège à l’heure du lunch, mais tout le monde délinquait 5 à un moment ou à un autre pour aller chez Harvey’s et se commander invariablement un hamburger et une frite, juste parce que la dame derrière le comptoir prononçait « Hambegueu Pâââtate » et que ça nous faisait rire chaque fois.
— OK, mais une fois là-bas, je fais quoi ?
— Tu fais comme au secondaire, dit Bianca.
— Je cherche des yeux le mec sur qui je trippe, je commande et je vais m’asseoir le plus loin possible pour qu’il ne soupçonne pas un seul instant qu’il m’intéresse ?
— Ah, t’étais comme ça au secondaire aussi ? me taquine Dominique.
Je ne peux pas croire qu’elles m’obligent à faire ça, mais je le fais. Je me pointe devant la jeune fille derrière le comptoir et je murmure, rouge comme une tomate, « Hambegueu Pâââtate ». Elle me fait répéter. « Hambegueu Pâââtate. » Encore. « Hambegueu Pâââtate. » Après la cinquième répétition, j’ai pratiquement les yeux pleins d’eau. Elle me prend en pitié et éclate de rire en me tendant un carton bleu. « Bonne chasse », qu’elle me dit, la petite maudite.
Indice 4
rends c’est frenché première deux où pas toi puisque et à tu à Antoine la fois dernière as l’endroit
Bon, ce n’est pas sorcier, il suffit de remettre les mots dans le bon ordre : Puisque c’est à deux pas, rends-toi à l’endroit où tu as frenché 6 Antoine la première et dernière fois.
Je vais tuer Bianca. On se connaît depuis nettement trop longtemps. Antoine était un emmerdeur de première qui poursuivait de ses assiduités toutes les filles de notre groupe au secondaire. Il nous collait à tour de rôle comme une sangsue, espérant chaque fois qu’on succomberait à son (beurk) charme. Le pauvre, il était devenu un véritable running gag ambulant. À un point tel que j’ai fini par le prendre en pitié. À l’époque, j’étais une de celles qui parlaient à tout le monde de l’école, y compris aux nerds et aux rejets de toute sorte. J’avais donc une prédisposition pour la pitié mal placée. Un jour, j’en ai eu assez que mes amis s’en prennent à Antoine et se foutent de sa gueule ouvertement. Je lui ai donc proposé d’aller manger notre lunch à l’extérieur pour l’éloigner des sarcasmes. Je pensais qu’il allait faire pipi dans sa culotte tellement il était content. On s’est installés sur le gazon, à côté des fenêtres de la cafétéria. Ce n’est qu’une fois assise que j’ai vu que tous mes amis étaient massés près des fenêtres pour voir combien de temps je supporterais la torture avant d’envoyer valser Antoine et de revenir à la cafétéria. Devant cet auditoire captif, Antoine a décidé d’oser un coup d’éclat : il s’est jeté sur moi et a tenté de me frencher à pleine bouche. J’ai entendu les hurlements de mes amis à travers la fenêtre, puis les hurlements d’Antoine après qu’il eut reçu mon coup de tête sur le nez. Fin de l’histoire. Antoine ne m’a plus jamais adressé la parole. Ma première réaction a évidemment été une honte totale. Mais rapidement, mon malaise s’est transformé en culpabilité. C’est lui qui a eu l’air le plus con. Ma honte n’a duré que quelques jours, alors que son humiliation l’a poursuivi jusqu’à la fin du secondaire, jusque dans l’album des finissants, où l’événement a été relaté en détail.
Je me rends donc dans la cour du collège. Mon cœur s’arrête pendant une fraction de seconde lorsque je vois qu’un homme se trouve exactement où l’événement a eu lieu.
Je m’immobilise et me retourne pour regarder les filles. Bianca sourit doucement. Je ne sais pas comment elle a fait pour retrouver Antoine. Tout ce que je sais, c’est qu’elle a compris que j’avais gardé un souvenir douloureux empreint de culpabilité de l’avoir humilié, et qu’elle me donnait l’occasion de racheter ma faute. C’est ce qu’on appelle une amie.
Mes jambes avancent toutes seules, mais je suis terrorisée. Je n’ai aucune idée de ce que je vais dire. La seule chose qui me vient à l’esprit, c’est :
— Je suis tellement désolée.
— Je sais. C’est ce que Bianca m’a dit quand je l’ai croisée au Bar Inc. le mois dernier.
— Comment vas-tu ?
— Bien, très bien. Je suis content de te voir. Quand j’ai jasé avec Bianca, je me suis vite rendu compte que ce qui s’est passé t’a traumatisée plus que moi. Moi, tout ce qui me reste comme souvenir, c’est que j’avais réussi à embrasser une des filles de la gang , dit-il en riant.
J’éclate de rire, légèrement hystérique.
— Es-tu marié ? En couple ?
— Non, séparé depuis peu.
Alors je m’approche doucement et je l’embrasse sur les lèvres. Pas un gros french , juste un baiser gentil. Je le remercie de s’être déplacé, je lui souhaite bonne vie, je prends le carton bleu qu’il tend et je repars le cœur léger.
Même si elle déteste ça au plus haut point, Bianca mérite un méga-gros-câlin, sous les applaudissements taquins des autres copines.
— Tu vois qu’on n’en meurt pas, dit Christine.
— Qu’on ne meurt pas de quoi ?
— Antoine avait osé faire quelque chose qui le sortait de sa zone de confort, intervient Dominique. Oui, il a frappé un mur, mais il ne s’en trouve pas plus mal aujourd’hui. Au contraire, je suis sûre que ça l’a aidé à avancer dans la vie !
Ah, nous y voilà. Me soulager de ma culpabilité ne constituait qu’une petite valeur ajoutée. L’objectif premier, encore une fois, était davantage de me donner une leçon. Super.
— T’es fâchée, chérie ? s’enquiert Esther.
— Non. Mais ne soyez pas surprises si à la prochaine chasse au trésor que j’organise vous en bavez comme jamais !
— Parlant de chasse, lis donc le prochain indice au lieu de faire des menaces à tes charmantes amies qui ne veulent que ton bien ! suggère Dominique.
Indice 5
Comme dans un Astromois ! Edutibah’d euq esohc emêm al sarednammoc ut, ùo 1B ua iot-sdner
Une phrase-miroir, effectivement comme dans l’Astromois, notre quétainerie mensuelle préférée. Rends-toi au B1, où tu commanderas la même chose que d’habitude.
Celle-là, je l’attendais. J’aurais été vraiment étonnée que le Barraca ne fasse pas partie de la chasse au trésor. C’est mon bar favori, mon Cheers à moi.
Je vous explique le « B1 ». Mes amies et moi semblons irrémédiablement attirées par les bars dont le nom commence par la lettre B. Comme nous communiquons souvent par messages textes sur nos cellulaires, nous avons simplifié les choses : B1 = Barraca, B2 = Baptiste, B3 = Boudoir, B4 = Bar Inc. Nos messages se résument souvent à un laconique « je B1 », qui signifie « je suis assise au bar du Barraca, j’apprécierais énormément que tu me fasses l’honneur de ta présence, d’autant plus que le weirdo habituel me fixe depuis quinze bonnes minutes, s’il te plaît viens me rejoindre au plus viiiiiiiiiite ! ». OK, pas nécessairement ça, mais vous comprenez ce que je veux dire.
Donc, B1
Anne-Marie et Émile sont derrière le bar. J’ai droit à un tonitruant « Bonne fête à toi ! », auquel se joignent tous les habitués, ce qui me met profondément mal à l’aise. Je n’aime pas vraiment être le centre de l’attention, ça me fait rougir, et quand je rougis, mes yeux se remplissent de larmes, c’est plus fort que moi.
Je n’ai même pas le temps de commander, une Boréale rousse apparaît sur le bar devant moi. Selon l’indice, je devais commander la même chose que d’habitude, pas la voir apparaître sans articuler une seule parole. Je lève les yeux, les quatre filles me fixent, les deux barmans, la serveuse et le cuisinier me fixent aussi, tout le monde me fixe. Je saisis.
— Euh… je vais aussi prendre du saumon…
— PAS D’OIGNONS AVEC D’LA P’TITE LAITUE EN DESSOUS ! ! ! crient-ils tous en cœur.
Visiblement, ils n’attendaient que ça et se payent joyeusement ma tête. Bon, j’ai mes petites habitudes de vieille fille. Y compris venir à ce bar plus d’une fois par semaine. Plus de deux, mettons. OK, plus de trois généralement. Mais maximum cinq, c’est promis.
Mon côté fille-de-bonne-famille me dit que je ne devrais pas sortir autant, que ce n’est pas normal à mon âge, que c’est malsain et tout le tralala. Mais c’est mon côté je-veux-avoir-du-plaisir-dans-la-vie-et-je-ne-vais-pas- rester-enfermée-chez-moi-juste-parce-que-ce-serait-plus-raisonnable qui l’emporte. Et puis, c’est vraiment rassurant de savoir qu’il existe un endroit sur terre où je peux me pointer à tout moment, où on m’accueillera chaleureusement et où neuf fois sur dix je tomberai sur quelqu’un que je connais. Autre fait non négligeable, mes copains du bar sont presque tous célibataires, ce qui fait que je me sens moins seule au monde à me débattre dans la célibatitude 7 .
On me sert mon plat, accompagné d’une enveloppe bleue. Une grosse enveloppe bleue. Je sens encore une fois tous les regards converger vers moi. J’hésite un moment avant de l’ouvrir, j’ai comme un pressentiment qu’il ne s’agit pas d’un simple indice. Et je ne me trompe pas. Il y a bien un carton bleu dans l’enveloppe, mais aussi une autre enveloppe cachetée. Je commence par lire le carton bleu.
Félicitations, tu as réussi à te rendre jusqu’ici !
Ce qui se trouve dans l’autre enveloppe est un cadeau collectif offert par tous tes amis, ta famille ainsi que toi-même, parce que tu devras y contribuer financièrement. Mais ne t’en fais pas, c’était prévu à ton budget, alors ça ne devrait pas poser de problème. Bon anniversaire !
Prévu à mon budget ? Je ne vois pas ce que c’est, à moins que… Non, ils n’oseraient pas… Eh oui, ils ont osé. L’autre enveloppe contient un billet d’avion et une confirmation de réservation pour le Club Med de Paradise Island, aux Bahamas.

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