Plaguers
167 pages
Français

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Description

La Terre est épuisée écologiquement, les animaux se sont éteints et l’air est à peine respirable. Dans ce monde à l’agonie, les adolescents sont victimes d’une mutation qui les rend capables de créer ex-nihilo toutes sortes de créatures, voire de commander aux éléments.


On les appelle des Plaguers.


Quentin est l’un d’eux. Sous ses pieds jaillissent des sources, et celle qu’il aime, Illya, fait fleurir les orchidées là où elle passe. Ils sont tous deux conduits à la Réserve, une communauté étrange où les Plaguers subissent une transformation plus étrange encore.


Or, sans qu’ils le sachent, la survie du monde est liée à celle des parias qu’ils sont devenus au sein de l’humanité...



Entre allégorie et anticipation, un roman culte qui laisse au lecteur un souvenir impérissable de plaisir et de réfexion mêlés.


Prix Bob Morane 2011

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 septembre 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782367930114
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Jeanne-A Debats
PLAGUERS


L’ATALANTE Nantes
À Haniël, Un et Une, toujours.
CHAPITRE PREMIER

On nous traîna ensemble au parloir par un matin de septembre. Elle était vêtue comme moi de ce gris fer sur gris souris barré du « Π » orange des joggings pénitentiaires qui n’avantageait personne. Une fois la tête rasée, les considérations esthétiques devenaient assez secondaires : on était trop occupé à se colleter avec les conséquences affectives de la trahison familiale. Enfin, moi je l’étais. Pas Illya, bien sûr ; ce fut peut-être pour cela qu’elle m’agaça de prime abord.
Je franchis les grilles électrifiées du check point sous l’œil torturé et accusateur de ma mère, mon père n’ayant pas daigné se déplacer. Cela me crispa au-delà du supportable ; je la dépassai sans lui accorder un regard. Illya pleurait, pressée entre ses deux parents. Ils se serraient les uns contre les autres en reniflant.
C’était pathétique. J’en voulus à ma camarade du ridicule et du dérisoire de cette scène. Du contraste avec l’adieu des miens, aussi. Surtout.
Puis les parents partirent et l’on nous conduisit devant l’Un Ma-Den, après nous avoir débarrassés de nos entraves. Ils auraient pu nous éviter ça, la rencontre immédiate avec notre futur. Je n’osais pas fixer ostensiblement l’Un, trop grand, trop étrange, alors je me concentrai sur Illya.
Elle avait dû être une fille magnifique, avant. Son crâne lisse contrastait avec sa barbe naissante. On devinait les traits délicats, le nez aristocratique, le menton pointu et l’attache fine du cou délié. Les pectoraux n’avaient pas totalement remplacé les seins haut perchés, les hanches rétrécies conservaient les lignes de leur rondeur d’origine. Tout en elle parlait d’une élégance et d’une grâce que la reconstruction chromosomique n’était pas encore parvenue à effacer. Je ne pouvais faire autrement que lui donner du « elle ».
Ils avaient cru la sauver ainsi, par la plus radicale des transformations. Son changement de sexe, son passage à l’état masculin, aurait pu inverser l’ autre métamorphose.
Mais la Plaie se rit des généticiens, Illya devenait un homme maladroit et encombré de lui-même, sans cesser de faire naître des fleurs sous ses sandales. Le ciment sous nos pieds en était envahi. Bientôt les lianes chargées de grappes de pétales dorés s’attaqueraient aux plinthes d’acier. Mes sources n’arrangeaient rien. L’eau pure jaillissant de mes semelles abreuvait les orchidées d’Illya qui croissaient à vue d’œil.
Indifférent aux manifestations exubérantes de nos Plaies respectives, Ma-Den nous observait, impassible. Son visage mouvant n’exprimait que l’égale sérénité de ses deux personæ. Il émanait de sa peau un fumet de soufre qui ne tarderait pas à devenir insupportable dans cet espace clos. Le cercle de lave autour de lui racornissait les fleurs et mes ruisseaux disparaissaient dans des volutes de vapeurs parfumées.
Sa bouche s’ouvrit sur une flammèche argentée :
— C’est l’heure du choix.
Les mots grelottaient entre ses dents et l’on percevait ses deux voix. Je me fis la réflexion qu’il devait s’agir d’une Union récente. À moins que ce que racontait la presse à propos des Uns ne fût, comme d’habitude, qu’une trame d’approximations censées faciliter la compréhension du public, ce troupeau inculte et si facilement affolé. L’image d’une harde de cerfs galopant à perdre haleine vers un ravin traversa mon crâne. Depuis que la Plaie chantait en moi, j’étais sujet à ces rêves éveillés, ces comparaisons inattendues et issues d’un monde mort. Y avait-il encore un endroit sur la Terre où couraient des cerfs ?
Illya scrutait l’Un avec une espèce de fascination horrifiée, mais elle finit par rompre le silence :
— Parce que nous avons toujours le choix ?
— Oui, vous pouvez vous en aller, retourner d’où vous venez.
Illya laissa échapper un rire sec qui tenait beaucoup du sanglot. Je me retins de ne pas hoqueter en chœur avec elle.
— Tu parles d’un choix ! La prison ou le long sommeil.
— La Réserve n’est pas une prison, rectifia Ma-Den posément.
J’intervins :
— Nous ne pourrons jamais en sortir. Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ?
— Jamais, c’est interminable. Nous n’avons pas coutume d’utiliser cet adverbe, ici.
Illya secoua la tête. Elle avait dû avoir les cheveux longs jadis, son geste était celui de quelqu’un habitué à sentir des mèches en bataille voler autour de ses joues.
— Finissons-en.
— Demandez-vous à entrer ? fit l’Un.
Elle inspira avec agacement :
— Je le demande, dit-elle, détachant chaque mot.
— Et vous ?
Je haussai les épaules.
— Je le demande.
Illya et moi échangeâmes notre premier regard quand l’Un ouvrit la porte vers la Réserve. Nous débouchâmes sur un antique perron qui donnait directement sur le parc et le parvis surélevé à l’entrée du château.
Nous avions trébuché simultanément sur les dalles disjointes tandis que le vantail pressurisé se refermait derrière nous dans un sifflement doux. Nous nous accrochâmes l’un à l’autre pour ne pas choir, le souffle coupé.
En pénétrant dans la Réserve, nous avions changé de monde – oh, pas littéralement, bien que certains Plaguers fussent capables, disait-on, de ce genre d’exploit. On voyait dépasser les gratte-ciel banlieusards couronnés d’une neige jaune sale. Les tours et l’hiver pointaient au-dessus des murailles, alors même que la forêt incroyablement printanière nous jetait son vert ardent au visage, à côté du château dix-neuvième aux larges fenêtres ouvertes sur sa douce saison privée.
Je crois que c’était la première fois de ma vie que je contemplais un chêne adulte. Je n’identifiai pas tout de suite les arbres moins hauts à l’écorce blanche rayée de noir ou de gris sombre.
Malgré les relents de kérosène échappés de l’aéroport tout proche, l’air était tout à fait respirable. Il était doux, tiède. Il sentait même le frais et l’herbe, au contraire de celui de l’extérieur, qui nous avait obligés à porter nos masques, y compris sur les deux mètres sécurisés de barbelés séparant le fourgon pénitentiaire de l’entrée du parloir.
Illya me repoussa violemment. Une insulte nerveuse me monta aux lèvres mais sa mine piteuse m’en dissuada. Elle n’avait pas fait exprès. Elle ne maîtrisait pas encore la force et l’efficacité récentes de ses muscles. On avait fait un catcheur d’une danseuse, la puissance de l’ours décontenançait l’ancienne gazelle.
Ma-Den nous abandonna sans un mot à notre stupéfaction. Des graviers se liquéfiaient sur son passage même s’il suivait avec application une longue trace de pierre fondue auparavant. Son sillage flamboyant s’éteignit sur les dalles du grand perron devant l’escalier d’honneur, avant l’entrée monumentale et ses parquets cirés. Quelques adolescents le croisèrent. Ils nous observèrent de loin avant de retourner à des tâches dont nous ignorions tout.
— Je ne m’attendais pas à ça, fit Illya entre ses dents.
— Moi non plus. Pour tout dire, je pensais qu’il mettrait le feu partout en entrant, dis-je en faisant allusion à l’Un.
Elle me jeta un regard agacé. Ce n’était pas à ça qu’elle avait fait allusion mais au parc et à l’apparente indifférence des résidents. Je hochai la tête avec un sourire pour montrer que je plaisantais ; elle se rasséréna. Nous demeurâmes silencieux un moment. Personne ne vint s’enquérir de nous dans l’intervalle.
— La maison ou la forêt ? finit par demander Illya.
— La forêt, répondis-je sans une hésitation.
Je n’avais jamais vu autant de végétation ailleurs que dans mes rêves, lorsque la Plaie avait transformé mon corps d’adolescent et qu’on avait dû rendre ma chambre étanche. La terre noire mêlée de sable but à mes sources. Les arbres nous accueillirent et les fleurs d’Illya se lancèrent dans les frondaisons avec une satisfaction presque palpable.
Nous marchions depuis quelques minutes dans le sous-bois quand une voix claire jeta un avertissement :
— Minter !
Nous n’eûmes que le temps de faire un pas de côté. Un arbuste surgit du sol à l’endroit exact où nous nous étions tenus un quart de seconde plus tôt. Il crut vigoureusement sous nos yeux. Quelques minutes plus tard, un de ces troncs blanchâtres zébrés de sombre se dressait devant nous et la brise en agitait les feuilles une dizaine de mètres plus haut.
— Attention ! s’exclama la même voix joyeuse, au-dessus de nos têtes cette fois.
Une toute jeune fille, presque une enfant encore, se laissa glisser le long du fût rugueux jusqu’à nos pieds.
— Minter ?
Ce fut tout ce que je trouvai à dire. La gosse pencha le front de côté d’un air faussement désolé.
— C’est juste une blague. Bon, elle est pas fine, d’accord ! Les bûcherons canadiens braillaient timber ! quand ils coupaient un arbre. Moi…
Elle désigna son œuvre du menton, un geste empreint d’une fausse modestie transparente.
— Il est beau, mon bouleau, non ?
— Ton boulot ? s’enquit sèchement Illya.
— Mon bou-leau, fit la petite en détachant bien les syllabes, comme si l’homophonie allait s’en éclairer pour autant.
— Son arbre, ça s’appelle un bouleau, intervins-je. Oui, il est beau…
»Illya !
Mon avertissement avait claqué, plus péremptoire que je n’aurais voulu.
— Oh, pardon, grogna-t-elle en faisant un pas de côté pour entraîner ses fleurs à sa suite.
Mais il était trop tard : les lianes enthousiastes envahissaient déjà la cime de l’arbre nouveau-né, le couronnant d’or à travers son feuillage d’argent. Leur parfum sucré descendait sur nous dans un nuage de pollen.
— T’excuse pas, c’est très joli comme ça, dit la gamine. Tu ne contrôles rien, hein ?
Le petit ton supérieur hérissa Illya, son épaule satinée durcit contre la mienne. Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais l’autre la devança :
— Z’inquiétez pas, ça s’apprend, le Contrôle.
Elle fixa deux bourgeons qui se glissaient furtivement entre ses pieds.
— Non !
Les deux pousses frémirent, puis se recroquevillèrent et disparurent dans la terre.
— Vous voyez ? sourit-elle. Bon, je dois y aller, à plus !
Elle prit son élan pour s’arrêter aussitôt.
— Y a un service da

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