Recueil de Nouvelles T1
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Description


Le choix d'une vie :


Ethan et Reynaud sont amis d'enfance. Les problèmes familiaux de Reynaud l'amènent à tout quitter dès la fin de l'adolescence. Pendant les années qui suivent, ils maintiennent leur amitié à distance.


Dix ans plus tard, ils se retrouvent face à face dans des conditions un peu particulières.


Si Ethan admet par devers lui être amoureux de son meilleur ami depuis toujours, ce n'est pas le cas pour Reynaud. Pourtant, la force de ses sentiments, contre lesquels il a sans cesse lutté, l'oblige à se remettre en question et à faire un choix, celui d'une vie.



Mon talisman :


Alexandre a beaucoup de mal à se remettre du décès de son meilleur ami qui était aussi l'homme qu'il aimait et son amant. Les années qu'il a partagées avec Valerian, ponctuées de joies et de peines, ne le quittent pas et l'empêche d'avancer. Il lui faudra affronter sa douleur, la dépasser et accepter son opportune rencontre avec Lorenzo pour y parvenir et trouver le bonheur.



Sur la toile :


Après avoir traversé un évènement difficile, Morgan quitte la ville où il vit, son appartement et la fac. Cet acte impulsif l'éloigne de ses angoisses et lui offre la possibilité de démarrer une nouvelle vie.


Émilien est peintre ou, tout du moins, c'est ce qu'il veut devenir. Il est obsédé par son art. Il découvre en Morgan l'inspiration absolue et l'intensité émotive qu'il recherche.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 31
EAN13 9782375211533
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Nathalie Marie
Recueil de Nouvelles Tome 1
Le Choix d'une vie - Sur la toile - Mon Talisman
Mix Éditions

N° ISBN Papier : 978-2-37521-152-6
N°ISBN Numérique : 978-2-37521-153-3
© Mix Éditions 2020, tous droits réservés.
© MMC ProdGraph, pour la présente couverture.
Suivi éditorial et correction : Jennifer Verbeurgt
Dépôt légal : Décembre 2020
Date de parution : Décembre 2020
Mix Éditions :
200 route de Bordeaux, 40 190 Villeneuve de Marsan
Site Internet : www.mix-editions.fr
 

Art L122-4 du CPI : Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque.
 
Art L335-2 du CPI : Toute édition d'écrits, de composition musicale, de dessin, de peinture ou de toute autre production, imprimée ou gravée en entier ou en partie, au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété des auteurs, est une contrefaçon et toute contrefaçon est un délit. La contrefaçon en France d'ouvrages publiés en France ou à l'étranger est punie de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende. Seront punis des mêmes peines le débit, l'exportation, l'importation, le transbordement ou la détention aux fins précitées des ouvrages contrefaisants. Lorsque les délits prévus par le présent article ont été commis en bande organisée, les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 750 000 euros d'amende.
 
Art L335-3 du CPI : Est également un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une œuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur, tels qu'ils sont définis et réglementés par la loi. Est également un délit de contrefaçon la violation de l'un des droits de l'auteur d'un logiciel définis à l'article L. 122-6.
 
Le Choix d’une vie
« Mais ce que je crains, c’est de passer
Toute une vie sans te voir,
C’est ça qui me fait mal
C’est ça qui me fait vieillir,
Et j’ai perdu mon âme
Quand j’ai perdu ton sourire. »
 
Véronique Sanson – Toute une vie sans te voir
Prologue
« Il est parti comme il était venu,
Sans un mot,
Avec une larme coulant sur ses lèvres,
Et moi,
Je rêve encore de lui
Toutes les nuits. »
 
Véronique Sanson – Toute une vie sans te voir
 
— Ethan ? T’es où ?
— À la cabane.
— J’arrive.
L’ado courut et grimpa dans l’arbre sur lequel était construite une cabane en bois. Ethan l’avait bâtie avec son père et adorait y venir, tout comme Reynaud.
Reynaud et lui étaient amis depuis quatre ans. Âgés tous deux de douze ans, ils étaient voisins, fréquentaient le même collège et étaient inséparables. Ethan était un gentil gamin, très doux, sans pour autant manquer de caractère. Doté d’une grande détermination, il ne se laissait pas facilement décourager. Il avait la chance de vivre dans une famille unie, auprès de ses deux parents et de sa grande sœur de quinze ans. Ethan les aimait beaucoup et ils le lui rendaient bien.
Ethan aimait lire, découvrir des histoires, des personnages, et plonger dans les aventures que les livres lui offraient. À dix ans, il avait adoré le Club des cinq et dévoré leurs péripéties. Il aimait particulièrement l’univers des chevaliers de la Table Ronde, du roi Arthur et de Merlin, sans oublier les romans de capes et d’épées comme les Trois Mousquetaires. Il s’était mis aussi à la BD et s’amusait beaucoup avec Tintin, Astérix et Obélix ou Lucky Luke.
Ethan avait aménagé sa cabane avec des coussins et des couvertures étendues sur le sol. Il pouvait rester allongé là, des heures et des heures. Parfois, il lisait des passages de livres à Reynaud et c’était magique.
Il aimait aussi la natation et le basket, s’entendait bien avec ses camarades de classe et ses compagnons de sport. C’était un p’tit mec bien dans ses baskets.
— Hé, qu’est-ce que tu fais ? Encore en train de lire ?
— Ouais, mais je peux arrêter, si tu as quelque chose d’autre à me proposer !
— J’irais bien faire du vélo. On pourrait aller jusqu’au lac et profiter un peu du soleil.
— OK. Je préviens ma mère, je prends mon vélo et c’est parti.
— On passe par-derrière.
— D’accord, comme tu veux.
Cinq minutes plus tard, ils étaient sur le chemin du lac, pédalant à vive allure, côte à côte. Le soleil brillait sans pour autant les brûler et une petite brise leur caressait le visage. Dix minutes furent suffisantes pour atteindre leur destination. Assis au bord de l’eau, ils profitèrent de la clémence du temps et des provisions – gâteaux, chocolat et bonbons – qu’avait apportées Ethan.
— Pourquoi tu voulais passer par-derrière ?
— Oh, euh… pour rien, t’inquiète. J’me suis encore disputé avec mon père. J’suis parti vite fait. J’voulais pas qu’il me voie et me demande de rentrer.
Contrairement à Ethan, la famille de Reynaud n’était pas ce qu’il y avait de mieux. Sa mère était décédée d’un cancer lorsqu’il avait cinq ans ; il ne se souvenait plus très bien d’elle. Il était enfant unique et vivait avec son père, lequel se montrait dur et difficile. Ce dernier s’occupait peu de lui et, quand il s’y intéressait, c’était toujours pour des reproches et des critiques. L’alcool n’aidait pas.
— Tu vas bien, dis ? Vous vous êtes juste disputés, hein ?
— Oui, oui, mais j’en ai marre. Un jour, je vais me barrer, dès que je le pourrais en fait.
— Et tu vas aller où ?
— J’sais pas. N’importe où, du moment qu’il n’y est pas.
— Je comprends et je t’aiderai, si je peux, mais tu vas me manquer… y penser me rend très triste.
— Ce n’est pas pour maintenant. Je suis trop jeune, mais d’ici quatre ou cinq ans, ça devrait pouvoir se faire et je n’hésiterai pas, tout comme je sais que je peux compter sur toi.
— Toujours.
— Ouais, à moi aussi, tu me manqueras.
Un silence, teinté d’une nostalgie anticipée, se posa sur eux. Ils étaient perdus dans leurs pensées. Reynaud le rompit quelques minutes plus tard.
— On se baigne ?
— OK, allons-y !
***
Ce fut exactement ce qui se passa. Dès l’obtention de son bac, Reynaud partit et ne revint pas. Ethan en souffrit beaucoup, mais il savait que c’était nécessaire, que son ami n’attendait que cela depuis des années et qu’il s’y était préparé avec opiniâtreté. Ils se téléphonaient de temps en temps, s’envoyaient des mails, mais ne s’étaient pas revus. Chacun de leur côté, ils s’occupaient à construire leur vie.
Ethan était devenu professeur de français et Reynaud, policier.
Chapitre 1
« Comme je l’imagine, il sourit d’un rien,
Comme je l’imagine, il pense bien,
Comme je l’imagine, il pourrait même,
Être celui qui sera l’homme que j’aime. »
 
Véronique Sanson – Comme je l’imagine
 
Dix ans plus tard…
 
Ethan déposa le dernier carton et poussa un soupir de contentement.
Enfin ! Il était chez lui, vraiment chez lui. Ça lui avait pris une semaine, mais c’était fait.
Son appartement était idéalement situé près du centre-ville et possédait un balcon duquel la vue était superbe. Il aurait presque pu se croire à la campagne et, bonus absolu, il était à dix minutes à pied de son travail.
Ethan regarda autour de lui et fit le tour de ce qu’il voyait. Il avait eu beaucoup de chance de le trouver. La disposition des pièces était aisée, la superficie suffisante. Il savait qu’il s’y sentirait bien.
L’entrée possédait un placard intégré qui permettait d’y laisser chaussures et manteaux. La cuisine était suffisamment grande pour cuisiner et y manger à quatre. Il y avait une salle à manger, qu’il avait décidé de transformer en salon-bibliothèque, une salle de bains avec douche et baignoire, ainsi que deux chambres, dont une qui lui servirait de bureau ou, occasionnellement, de chambre d’amis.
Il lui restait une semaine de vacances sur les deux que lui offrait la Toussaint. Une semaine de travaux physiques, avec pour seul objectif de rendre ce lieu à son goût. Ethan anticipait ce moment, travailler de ses mains de temps en temps était pour lui un plaisir. Ça lui rappelait des souvenirs avec son père, lequel lui avait appris tout ce qu’il savait sur le bricolage. Cerise sur le gâteau, c’était pour aménager son espace de vie, son antre.
Ethan avait besoin d’un endroit à lui, dans lequel il pouvait se sentir bien, se ressourcer et se détendre, protégé par ses murs et par l’ambiance créée. Il avait hâte !
Cela faisait un peu plus d’un an qu’il vivait dans cette ville, suite à une mutation qu’il avait demandée, après trois ans d’enseignement dans un lycée de sa région natale. Il avait ressenti le besoin de changer d’environnement, de s’éloigner de ce qu’il avait toujours connu, même si ce n’était pas la raison principale, peut-être même une excuse. Il avait passé un an dans un meublé, à se consacrer à son travail et à s’habituer à sa nouvelle vie. Il n’avait pas encore d’amis ici, mais il avait ses collègues et, pour l’instant, ça lui convenait comme ça.
Ethan était professeur dans un lycée privé où il enseignait le français à des élèves de seconde et de première. Il aimait son métier, il aimait instruire. Il appréciait aussi le temps libre que son emploi lui laissait et qu’il pouvait organiser à sa guise. Ce n’était pas toujours facile, mais il avait la chance de dispenser ses cours dans un bon lycée où les jeunes étaient plutôt sympathiques, les parents présents, les professeurs investis et les équipes de direction à l’écoute, le tout dans une ambiance familiale. La réussite des élèves était le moteur de cet investissement. Il était plutôt bien loti, le savait et en était reconnaissant.
Pourtant, cette première année passée loin de chez lui avait été émotionnellement difficile. Sans sa famille, sans ses amis dans ce meublé impersonnel, Ethan avait ressenti le poids de la solitude. Il était devenu nostalgique, ce qui l’avait ramené à d’autres moments de sa vie qu’il s’était pourtant efforcé de ranger dans un coin de son cœur. Il s’était senti fragilisé. Depuis, cette partie de son existence qu’il s’était efforcé d’enfouir avait tendance à refaire surface et, malgré les années, c’était toujours douloureux. Le temps n’effaçait rien : le dicton populaire ? Ça ne marchait pas pour lui !
Allez, Ethan, n’y pense pas, n’y pense pas ! Tu es chez toi, tu vas faire de ce lieu ton palais, tu as un boulot que tu aimes, des collègues sympas, bientôt des amis. Ferme la porte Ethan, ferme la porte.
Pour être honnête, Ethan n’avait pas choisi cette ville par hasard. Alors, faire l’autruche était un peu lâche et hypocrite. Il sentit ses yeux s’humidifier.
C’est hors de question ! Allez, un peu de lessivage et de ponçage devrait te remettre la tête à l’endroit.
***
Ethan passa sa semaine à remettre en état les murs et à les recouvrir de peinture. Le choix des couleurs n’avait pas été facile, il avait passé beaucoup de temps dans le rayon peintures du magasin de bricolage le plus proche de chez lui.
Pour la cuisine, il avait opté pour des couleurs chaudes, prenant même le risque de peindre un mur en rouge. Le reste était beige clair. Il avait choisi une faïence simple, unie, de différents tons : jaune, orange, rouge et crème. Ça lui plaisait, c’était gai et chaleureux, convivial et idéal pour une cuisine.
Le salon lui avait posé plus de problèmes, car c’était, pour lui, la pièce la plus importante. Celle où il passerait le plus de temps, celle qui accueillerait ses bibliothèques. Ethan voulait absolument s’y sentir bien et protégé. Après de longues hésitations, il avait choisi un vert pâle, un peu à l’ancienne, et avait acheté de fausses moulures en polystyrène pour faire le tour du plafond, ainsi qu’une rosace pour le centre. Avec un lustre, des cadres et un bon choix de meubles, cette pièce devrait être très belle.
Pour la salle de bains, il était resté classique et avait misé sur le bleu et le blanc. Ethan avait craqué pour une faïence blanche décorée de poissons de différents bleus, dessinés naïvement, qu’il poserait plus tard.
Pour sa chambre, il avait aussi hésité. Simple et épurée, juste pour dormir ? Plus intime, reflet de sa personnalité ? Plus sensuelle, on ne savait jamais ? Il avait essayé d’adopter les trois. Les murs étaient taupe très clair, les draps et les rideaux dans des camaïeux de bleus et de verts, le voilage blanc. Il y adjoindrait des tableaux légèrement érotiques… ou pas. Il verrait.
Le bureau fut simplement peint avec les restes de peinture blanche. L’aménagement déterminerait le reste.
Le vendredi soir, l’appartement était impeccable, refait à neuf.
***
Le samedi, Ethan écuma les magasins où il trouva le mobilier et la décoration voulus pour son salon. Un canapé, deux fauteuils, une table basse, un lustre et quelques affiches plus tard, il était de retour chez lui. Tout lui serait livré le mercredi après-midi. Seuls les cadres pour ses posters lui manquaient, il s’en occuperait la semaine suivante. Épuisé, il décida de profiter de sa soirée pour se détendre, avant la reprise des cours le lundi.
Il se prépara un encas qu’il mangea sur le pouce, puis s’installa dans son lit avec un bon livre. Il avait décidé de relire la biographie d’Oscar Wilde de Richard Ellmann, car il comptait étudier le Portrait de Dorian Gray avec ses élèves de seconde.
Une fois allongé, Ethan ne réussit pas à se concentrer sur sa lecture. Malgré le risque, il laissa son esprit vagabonder, sachant d’avance où ça le mènerait.
Ethan avait souhaité venir s’installer ici, dans cette ville, et il avait tout fait pour réaliser cet objectif. Rien n’aurait pu l’arrêter. Et pourtant, il était là depuis un an sans avoir fait aucune démarche, aucun geste, pour reprendre contact avec Reynaud. Juste des mails classiques donnant de simples nouvelles. Ethan s’inquiétait un peu de sa réaction, le jour où ce dernier apprendrait qu’il était là depuis plusieurs mois sans le lui avoir dit. À sa décharge, il était effrayé. Cette amitié si forte entre eux avait trouvé un nouvel écho dans son cœur à l’adolescence. À dix-sept ans, il savait qu’il en était amoureux. Reynaud était parti à dix-huit ans, Ethan n’avait pas eu trop de questions à se poser, puisque son ami n’était plus là. Il n’avait jamais réussi à éteindre ses sentiments, ils étaient intacts. Son angoisse, face à ce qu’il pourrait faire ou dire, ne pas faire ou ne pas dire, le martyrisait. Ethan avait peur de briser ce qui l’aidait à être lui-même depuis toutes ces années : l’amitié de Reynaud.
Il passa un dimanche tranquille à trier et dispatcher ses cartons, lista tout ce dont il avait besoin, notamment dans la cuisine, et profita de la fraîcheur de fin soirée pour aller courir et s’oxygéner.
Le lundi matin, il était fin prêt pour la reprise des cours. Son emploi du temps s’étalait sur quatre jours, il ne travaillait ni le mercredi après-midi ni le jeudi.
***
Pendant ce temps-là, Reynaud était en planque dans un quartier de la ville d’où il surveillait ceux qu’il pensait être des petits trafiquants de drogues. Des ados, encore presque des gosses, qui arrosaient la ville de cette merde. C’était plus fort que lui, il n’arrivait pas à encaisser ce genre de trucs.
Ça faisait plusieurs jours qu’il les suivait, essayant de repérer, sans succès pour le moment, les liens qui reliaient tout ce petit monde et, pourquoi pas, les têtes pensantes.
À cet instant, il était stationné avec son collègue Paul, dans une ruelle très sombre. Ils observaient une maison délabrée dans laquelle aucune lumière ne filtrait. C’était cette heure, entre chien et loup, quand le soleil n’est pas tout à fait couché et la nuit pas tout à fait tombée, qui rendait l’emplacement de cette ruelle difficile à surveiller. Il ne fallait pourtant pas qu’ils se fassent repérer. Ça faisait plusieurs semaines qu’ils cherchaient à démanteler ce trafic. Cinq jeunes étaient en pleine discussion, quatre d’entre eux étaient connus des services de police, mais le cinquième leur était inconnu. Il ne semblait pas être à sa place ; son look était différent, bien plus soigné. Il dénotait franchement, quelque chose clochait. Ce dernier n’était pas à l’aise et semblait presque malade. Au bout d’un quart d’heure, la bande se dispersa et ils stoppèrent leur filature.
***
Dès le lendemain, Reynaud et Paul se retrouvèrent à faire le tour des lycées de la ville et même de quelques collèges. Et ça, ça les faisait encore plus enrager. Pour l’heure, ils stationnaient devant le lycée privé de la ville, et apparemment, ici aussi, le monde artificiel trouvait preneur. Il était treize heures, son collègue s’était rendu au café du coin pour aller leur chercher un sandwich et quelque chose à boire. Reynaud commençait à avoir faim.
Ce fut alors qu’il crut apercevoir une silhouette qui lui disait vaguement quelque chose. Il fixa sur elle son attention et sentit son pouls s’accélérer. Non, ce n’était pas possible, Reynaud le saurait si Ethan était dans sa ville. Il devait forcément se tromper. Ça ne pouvait pas… La portière de la voiture claqua, le faisant sursauter et le coupant de ses pensées. À peine avait-il son encas dans les mains que Reynaud croquait dedans sans attendre, il mourrait de faim.
— Hé ! T’as vu, on dirait que l’un d’eux connaît plutôt bien l’un de nos petits élèves du privé.
— C’est vrai, mais pas la peine d’être méprisant. Ce n’est pas parce qu’ils sont dans ce lycée que ce sont forcément de sales gosses pourris gâtés. Si j’avais des enfants, je les mettrais certainement ici.
— Ouais, désolé !
— On dirait le gamin d’hier soir.
— Hé, mais oui, c’est lui !
— Il n’a pas le profil, si tu veux mon avis.
— Faut pas se fier aux apparences, tu le sais bien. Tu le prends en photo ? Comme ça, on pourra mémoriser sa tête. Je pense qu’on pourrait peut-être essayer de le coffrer et de le cuisiner. Il ne doit pas être du même acabit que les autres.
— Ouais, je vais le prendre en photo, mais on va attendre un peu, le surveiller de plus près et voir ce que ça donne. Ensuite, on l’interrogera. N’allons pas trop vite, ne faisons pas de bourde.
— Humm… T’as sûrement raison.
***
Pendant les trois jours qui suivirent, Reynaud et son collègue prirent ce jeune homme en filature. Ils avaient, en toute discrétion et grâce au chef d’établissement du lycée, obtenu son identité et son adresse. Cet élève avait une vie vraiment très rangée. Tout cela était étrange.
Le lundi suivant, ils décidèrent de l’interpeller et de l’interroger. Ils avaient besoin de savoir ce qu’il en était et d’éclaircir la situation. À douze heures trente, ils se tenaient devant le lycée, à une distance respectable. Ils connaissaient son emploi du temps et avaient repéré ses habitudes. Ils attendirent cinq minutes.
— Julien Doulais ?
— Oui. Que… que puis-je pour vous ?
Reynaud sortit ses papiers officiels, son collègue fit de même.
— Police, nous avons des questions à vous poser.
L’adolescent blêmit.
— Des questions ? Mais… mais sur quoi ?
Reynaud regarda son coéquipier, lequel lui fit un signe désolé.
— Donnez-moi votre sac, s’il vous plaît ?
De blême, Julien Doulais devint transparent. Il était mort de trouille.
— Mais… mais… pourquoi ?
— Écoutez, ce n’est pas à nous de répondre à vos questions, mais à vous de faire ce que l’on vous demande. Votre sac, s’il vous plaît.
Le jeune le lui tendit, Reynaud s’empressa de l’ouvrir et de le fouiller. Il s’y trouvait, comme ils s’y étaient attendus, une certaine quantité de cannabis, quantité suffisante pour l’arrêter.
— Vous allez devoir nous suivre au commissariat. Nous vous expliquerons là-bas ce qu’il va se passer.
Tétanisé, Julien Doulais les regardait d’un air hébété, tremblant de peur et de ce qui semblait être de la honte.
Reynaud allait de nouveau l’enjoindre à les suivre quand une voix s’éleva derrière son dos.
— Julien, que se passe-t-il ? Tu as des problèmes ?
Le fameux Julien se retourna et s’adressa au nouveau venu du mieux qu’il put.
— Euh… Monsieur, je… ce n’est rien. C’est un malentendu.
Reynaud était ahuri. C’était bien la silhouette d’Ethan qu’il avait aperçue quelques jours plus tôt et il n’en revenait pas. Que faisait-il là ?
— Ethan ? Ethan, c’est toi ? Mais qu’est-ce que tu fais là ?
Reynaud l’observa, tandis que ce dernier se tournait vers lui. Ethan était hésitant et mal à l’aise.
— Oui, c’est moi. Euh… mais qu’est-ce qu’il se passe ici ?
Reynaud, grâce à un coup de coude de son collègue, reprit contenance. Il était abasourdi de se retrouver face à son ami, d’autant plus qu’Ethan se comportait comme si tout était normal, comme s’il n’était aucunement étonné de se retrouver face à lui. Reynaud dut faire un sacré effort.
— Tu connais ce jeune homme ?
— Oui, c’est un de mes élèves de première. Pourquoi ?
— Nous venons l’arrêter pour possession de cannabis.
— Tu plaisantes ! C’est impossible.
— Non seulement c’est possible, mais en plus, c’est sûr.
Reynaud lui montra le sachet incriminé, Ethan sembla plus qu’étonné.
— Je vais l’accompagner au commissariat et rester avec lui, le temps que ses parents soient informés.
Reynaud se tourna vers l’élève d’Ethan.
— Julien, êtes-vous d’accord pour que Monsieur Répier vous accompagne ?
— Je… oui, d’accord. Merci, Monsieur.
***
Quinze minutes plus tard, ils étaient tous au commissariat où ils isolèrent le jeune Julien. Ethan se retrouva à attendre, seul.
 
Chapitre 2
« On peut se méprendre
Sur la vie de tous les jours,
Ce n’est pas important
Celui qui le dira est un ignorant. »
 
Véronique Sanson – L’irréparable
 
Ethan était chamboulé. Jamais ce dernier n’aurait imaginé que leurs retrouvailles se passeraient de cette façon. Il avait bien remarqué la stupéfaction de Reynaud, se rendant compte par la même occasion qu’il avait mal géré la situation. Il aurait dû informer son meilleur ami, et ce depuis longtemps, qu’il habitait maintenant la même ville que lui. Ethan n’avait aucun moyen de se justifier, car ce n’était pas excusable, à moins de mettre son cœur à nu, et ça, c’était hors de question. Il se sentait à fleur de peau. Revoir Reynaud, même de cette manière, l’avait profondément bouleversé. Il avait changé, évidemment. La dernière fois qu’Ethan l’avait vu, son ami avait dix-huit ans, et aujourd’hui, il en avait vingt-huit. C’était un homme, un homme diablement beau, viril, ténébreux. C’était pire que ce qu’il avait imaginé. Reynaud était tout simplement à tomber. Déjà sans cela, ses sentiments étaient limpides. Alors, si le désir s’en mêlait de cette façon, la situation serait inextricable. Mais bon Dieu, il était vraiment superbe ! Il était un peu plus grand que lui, un mètre quatre-vingt-cinq à vue d’œil, d’une corpulence moyenne, mais plus costaud aussi. Il semblait n’être fait que de muscles. Ses cheveux étaient toujours aussi bruns et ses yeux – ses yeux ! – marron pailleté de vert. Ethan aurait pu se perdre dans la profondeur de son regard. Son visage avait toujours des traits fins, mais il s’était affirmé. Reynaud était éminemment masculin. Il allait y laisser des plumes, aucun doute là-dessus. C’était couru d’avance.
Et il y avait Julien. Et là, Ethan n’y comprenait rien. Jamais il n’aurait imaginé qu’il puisse tremper dans un trafic de drogue. C’était abracadabrant. Il y avait forcément une explication rationnelle qu’il fallait trouver. Il refusait d’y croire.
Perdu dans ses pensées, il n’entendit pas Reynaud revenir. Il sursauta de surprise quand ce dernier le salua.
— C’est une réelle surprise de te voir là. Pour être franc, le mot est faible.
— Tu as raison, je comprends ta surprise. Mais… pouvons-nous en parler à un autre moment, s’il te plaît ? J’aimerais avoir des nouvelles de Julien. Je suis inquiet et, surtout, je ne comprends pas.
Il espéra de toutes ses forces qu’il acceptât.
— D’accord, très bien. De toute manière, tu as raison, je suis au travail.
Ethan fut soulagé de ce répit, mais Reynaud semblait déçu et cela le peina au-delà de l’exprimable. Le décevoir était difficile à admettre, mais c’était de sa faute. Il avait pris un risque, ne lui restait plus qu’à l’assumer et à rattraper les choses. Il allait devoir y réfléchir sérieusement. Ce qui ne serait pas trop ardu, Ethan savait déjà que les prochains jours, il ne penserait qu’à lui… une fois de plus.
Reynaud reprit la parole.
— Nous enquêtons depuis plusieurs semaines sur un trafic de stupéfiants qui sévit sur la ville. Nous avons plusieurs jeunes dans le collimateur. Il y a quelques jours, nous avons repéré ton élève avec eux. Et aujourd’hui, nous avons trouvé de la drogue sur lui. Pas suffisamment pour le mettre en garde à vue, mais assez pour l’interroger. Voilà pourquoi il est là.
— Je t’avoue que je ne comprends pas. Je ne le connais pas très bien, nous ne sommes qu’à deux mois de la rentrée scolaire, mais c’est un jeune homme calme, sérieux, un bon élève. Je sais que l’on peut se tromper sur les apparences, mais je n’arrive pas à y croire.
— Je vais être franc avec toi, parce que je pense que tu peux nous aider, mais aussi parce que j’ai confiance en toi.
Ethan ne put s’empêcher de rougir. Y avait-il un message caché derrière cette dernière affirmation ?
— Julien Doulais dénote complètement des autres. Nous l’avons aperçu avec eux, il y a quelques jours, et il semblait extrêmement mal à l’aise, presque apeuré. Il y a quelque chose qui cloche. C’est pour ça que nous avons cherché à l’interroger rapidement, mais il ne veut pas parler. Il ne veut rien nous dire.
Il s’arrêta un instant pour réfléchir.
— J’ai hésité avant de venir te voir, car ce que je m’apprête à faire n’est pas très réglementaire, mais je pense que c’est la meilleure solution. Je n’ai pas appelé ses parents. Tu parais proche de tes élèves et il semblerait qu’il te fasse confiance. J’ai pensé que, peut-être, toi, tu réussirais à le faire parler. Il possède forcément des informations qui pourraient nous être utiles, mais je pense aussi qu’il a besoin d’aide. Et c’est là que tu pourrais intervenir, si tu es d’accord.
Ethan le regarda avec surprise. Reynaud était une personne loyale, c’était aussi quelqu’un d’entier et son intégrité était absolue. Ce qu’il proposait se situait au milieu de tout cela. Apparemment, son sens de la justice et son souci des autres avaient fait pencher la balance du côté de Julien. Son intelligence était évidente. Ethan pouvait être un allié important qui lui permettrait de faire avancer son enquête et de la résoudre. Reynaud n’avait pas changé. Ces qualités, il les avait déjà il y a dix ans, elles s’étaient affirmées. C’étaient celles-ci, et d’autres encore, qui l’avaient rendu si important. Ethan se savait perdu.
— Je peux le faire. Je suis d’accord pour t’aider et aider Julien. Je vais essayer d’approfondir notre lien et de lui parler. Je te tiendrai au courant.
— D’accord, merci.
— Et maintenant, que se passe-t-il pour lui ?
— On va le laisser repartir. Tu peux le raccompagner au lycée ?
— Oui, bien sûr. Il a cours et moi aussi.
Reynaud le regarda droit dans les yeux et le sonda. Il sembla hésiter un instant. Ethan savait qu’il aurait dû prendre la parole et lui proposer quelque chose les concernant, mais il ne savait pas trop quoi. Il ignorait dans quel état d’esprit était ce dernier. Ils ne s’étaient pas vus depuis dix ans. Ils avaient maintenu leur lien et avaient suivi l’évolution de chacun, mais ce n’était pas tout à fait pareil de visu. Ils devaient reprendre leurs marques. Ce fut finalement Reynaud qui fit preuve de courage.
— On devrait se voir tous les deux, prendre le temps de discuter. Je… je suis, comme je te l’ai dit, surpris de te voir. C’est encore un mystère pour moi… mais je suis content que tu sois là.
Cette dernière affirmation soulagea beaucoup Ethan.
— Je suis très heureux de te revoir, Reynaud. Tu m’as beaucoup manqué ces dix dernières années. On pourrait aller prendre un verre quelque part ce soir, si ça te dit et si tu es disponible ?
— Ça me va. On se retrouve où ?
— Euh… je ne sais pas. Je ne connais pas beaucoup d’endroits dans cette ville.
Reynaud réfléchit un instant.
— Je connais une brasserie, près de la mairie, que j’apprécie. On peut y boire un verre et y dîner. Leur carte est simple, mais variée. Ça te dit ?
— Oui, plutôt.
— On s’y retrouve à dix-neuf heures trente ?
— D’accord. Tu me donnes le nom et l’adresse ?
Ainsi fut fait.
Dès que Julien apparut, il quitta le commissariat en compagnie d’Ethan. Ce dernier s’adressa à lui, bienveillant, mais intransigeant.
— Je ne te questionnerai pas maintenant, tu dois être suffisamment secoué comme ça, mais je compte sur toi pour me réserver un moment demain. Il faut qu’on parle de toute cette affaire.
Profondément gêné, Julien acquiesça timidement.
***
Reynaud suivit Ethan des yeux, alors qu’il sortait dans la rue. Rien à faire, il n’en revenait toujours pas. Il était content de revoir ce dernier, sans aucun doute, mais il se posait aussi beaucoup de questions. Depuis combien de temps était-il ici ? Deux mois, sûr, puisqu’il avait fait la rentrée début septembre. Il était arrivé quand ? Et surtout, surtout, pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Pourquoi ne l’avait-il pas contacté depuis son arrivée ?
Ethan était une personne discrète, Reynaud le savait, ce n’était pas une découverte. C’était un ami généreux sur lequel il avait toujours pu compter et autrefois ils avaient été inséparables, mais Ethan cultivait une zone cachée et inaccessible, ce dont Reynaud était parfaitement conscient ; il ne lui disait pas tout. Sa vie privée, essentiellement sa vie amoureuse, restait un secret, un secret bien gardé. Alors que Reynaud lui racontait toutes ses amourettes, qu’il lui parlait des filles qu’il rencontrait ou qu’il repérait, Ethan restait muet. Il ne l’avait d’ailleurs jamais vu avec personne. En dehors de lui, de ses cours, de ses livres et du sport, il ne semblait pas avoir d’autres préoccupations. Reynaud ne l’avait jamais interrogé là-dessus. L’amitié qu’ils partageaient, le respect qu’il avait pour lui, l’en avait empêché. Et puis, il y avait cette autre chose à laquelle il ne voulait plus penser. Il l’avait remisée dans un coin de son esprit, des années plus tôt. C’était quelque chose de réglé, qu’il ne voulait pas remettre au goût du jour. Non, vraiment, il avait pris sa décision, il s’y était tenu, il ne reviendrait pas dessus.
— Hé, Reynaud, tu viens ou tu as décidé de te statufier ? Il faut qu’on parle de l’affaire.
Reynaud sursauta. Merde, il avait oublié où il était ! Ça craignait un max. Tous ces souvenirs, toutes ces questions, il devait les oublier… pour l’instant.
— Ouais, désolé. J’arrive.
Il rejoignit Paul dans la pièce qu’ils partageaient et s’installa derrière son bureau.
— Qu’est-ce qu’il t’arrive ? T’es bizarre. C’est ce mec, cet Ethan ?
Paul était son coéquipier, mais il était surtout un ami proche. Ils se connaissaient bien et se fréquentaient en dehors du boulot. Reynaud connaissait sa femme, Hélène, et ses enfants, Louane et Romain. Il faisait un peu partie de leur famille, mais il n’avait pas trop envie de lui parler d’Ethan.
— Ça va, t’inquiète. Mais oui, c’est Ethan. C’était mon meilleur ami, j’ai déjà dû t’en parler. Je ne l’ai pas revu depuis dix ans. On communique par mails et on se parle au téléphone de temps en temps… Je ne savais pas qu’il s’était installé dans ma ville. Et… et ça me perturbe un peu. Je me demande pourquoi il ne m’a rien dit.
— Oui, c’est étrange, surtout si c’est un de tes meilleurs amis. Mais bon, il te l’expliquera certainement.
— Ouais, t’as raison. Passons à autre chose.
Reynaud souffla un grand coup et s’efforça de chasser Ethan de ses pensées.
— Alors, t’en penses quoi du gamin ?
— Eh bien, il m’a l’air pas mal perdu et… muet.
— Ouais, il est resté bien silencieux. Hum… je crois qu’il est un pion dans cette histoire, qu’il est dépassé. Reste à savoir s’il y est volontairement ou pas.
— Je suis d’accord avec toi. Il ne semble pas être partie prenante. Tu as appelé ses parents ?
Reynaud resta un instant silencieux. Il n’avait pas l’intention de faire de la rétention d’informations, mais il voulait faire comprendre et accepter son point de vue.
— Non, j’ai décidé de ne pas le faire.
— Ah bon ? Et tu m’expliques pourquoi ?
— J’ai pensé que si le môme subissait une pression, voire un chantage de ses revendeurs, il serait peut-être mieux de ne pas faire intervenir ses parents tout de suite. J’ai pensé que s’il avait des informations qui pourraient nous servir, mettre ses parents dans l’équation ne serait peut-être pas une bonne idée.
Il se tut de nouveau, cogitant.
— J’ai pensé qu’Ethan pouvait peut-être nous aider sur ce coup-là, tant pour obtenir des informations que pour aider Julien. Il semble avoir de bons rapports avec ses élèves et le môme a accepté qu’il l’accompagne. Oui, je pense qu’Ethan peut nous aider.
Reynaud fit une nouvelle interruption.
— En fait, je lui en ai déjà parlé et il est d’accord. Il va essayer de discuter avec son élève, il nous tiendra au courant.
Paul le regarda droit dans les yeux, dans l’expectative.
— OK. Je pense que ça peut être une bonne idée. Mais tu as décidé ça tout seul ? Tu n’en as référé à personne ?
— Non, j’ai suivi mon instinct et je préférerais qu’en ce qui concerne Ethan, ça reste officieux.
Reynaud plongea son regard dans celui de Paul. Il voulait que le message soit bien clair. Ethan devait rester dans l’ombre et ne pas être impliqué plus qu’il ne l’était déjà. Lui seul serait en contact avec son ami. Il était hors de question de l’exposer, il devait être protégé, coûte que coûte, quel qu’en soit le prix. Ce n’était pas négociable.
Paul lui retourna son regard, il avait compris le message. Il connaissait cette expression. Reynaud était déterminé, inébranlable. Son collègue ne changerait jamais d’avis. Dans ces cas-là, il valait mieux le suivre. De toute façon, faire autrement était impossible. Paul se demanda cependant ce qu’était cet Ethan pour Reynaud. Peu de gens étaient capables de susciter chez lui une telle loyauté, absolue, inconditionnelle. Ce dernier lui avait effectivement parlé d’Ethan, mais si vaguement qu’il n’aurait jamais imaginé une telle attitude protectrice envers lui. Le mystère était total et ça le rendait foutument curieux. Pour l’heure, néanmoins, il devait calmer le jeu.
— D’accord. Je te suis sur ce coup-là, mais je compte sur toi pour ne rien me cacher.
— Je n’ai pas l’intention de te cacher quoi que ce soit concernant l’enquête.
Et seulement concernant l’enquête, Paul avait bien compris l’avertissement. Bizarrement, il s’en était douté. Son attrait, concernant cet Ethan et les liens qui unissaient ces deux-là, prit de sacrées proportions.
Reynaud avait conscience d’avoir semé la graine de la curiosité chez Paul, mais il avait préféré cela plutôt qu’exposer Ethan. Il avait confiance en son coéquipier et en leur amitié. Il le cuisinerait sûrement à un moment ou à un autre, mais il ne le forcerait pas, car ils étaient amis et l’amitié n’était pas un vain mot, ni pour l’un ni pour l’autre.
Sur ces dernières paroles, ils reprirent du début le dossier sur lequel ils travaillaient. Ils s’arrêtèrent deux heures plus tard, leurs réflexions devenant stériles, et mirent fin à leur journée de travail.
Épilogue
« Je lui dédie mes sourires,
Et même tous mes éclats de voix,
...

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