Recueil de Nouvelles T2
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Description


La brûlure du lien :


Jules est un métamorphe tigre. Une centaine d’années plus tôt, il a tragiquement perdu son âme sœur. Cependant, un deuxième destin s’offre à lui, sous les traits d’un bel humain nommé Thibault. Jules saura-t-il saisir cette nouvelle chance ?



L’esprit fantôme :


Suite à la mort de son meilleur ami, Maxence, est inconsolable. Ce qu’il ne sait pas, c’est que Clément rode autour de lui. Ce dernier n'est effectivement pas du genre à laisser les choses se faire sans y mettre son grain de sel, ce qu’il va lui prouver sans attendre.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 18
EAN13 9782375211557
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Nathalie Marie
Recueil de Nouvelle Tome 2
La Brûlure du lien – L’Esprit fantôme
Mix Éditions

N° ISBN Papier : 978-2-37521-154-0
N°ISBN Numérique : 978-2-37521-155-7
© Mix Éditions 2020, tous droits réservés.
© MMCProd Graph, pour la présente couverture.
Suivi éditorial et correction : Jennifer Verbeurgt
Dépôt légal : Décembre 2020
Date de parution : Décembre 2020
Mix Éditions :
200 route de Bordeaux, 40 190 Villeneuve de Marsan
Site Internet : www.mix-editions.fr
 
Art L122-4 du CPI : Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque.
 
Art L335-2 du CPI : Toute édition d'écrits, de composition musicale, de dessin, de peinture ou de toute autre production, imprimée ou gravée en entier ou en partie, au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété des auteurs, est une contrefaçon et toute contrefaçon est un délit. La contrefaçon en France d'ouvrages publiés en France ou à l'étranger est punie de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende. Seront punis des mêmes peines le débit, l'exportation, l'importation, le transbordement ou la détention aux fins précitées des ouvrages contrefaisants. Lorsque les délits prévus par le présent article ont été commis en bande organisée, les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 750 000 euros d'amende.
 
Art L335-3 du CPI : Est également un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une œuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur, tels qu'ils sont définis et réglementés par la loi. Est également un délit de contrefaçon la violation de l'un des droits de l'auteur d'un logiciel définis à l'article L. 122-6.
 
 
La Brûlure du lien
Chapitre 1
Des mains couraient sur sa peau, agréables et sensuelles. Il en avait connu de nombreuses, mais celles-ci étaient les plus douces que son corps ait expérimentées depuis un certain temps. Elles prenaient leur temps, le savourant avec une délectation indéniable. Ce type qui le caressait était un inconnu, rencontré à peine deux heures plus tôt, mais cette exploration qu’il initiait sur son épiderme s’apparentait à une découverte et à une reconnaissance. C’était un peu comme si des années plus tôt, dans un lointain passé, il était déjà passé par là et qu’il redécouvrait un trésor oublié.
Cette connivence murmurait à ses oreilles. Ces mains n’étaient pas des étrangères, elles lui parlaient, telle une réminiscence qu’il n’effleurait qu’à de rares occasions, quand sa solitude lui pesait et, qu’accoudé à la fenêtre de son appartement, il scrutait la nuit à la recherche d’un signe tangible qui lui aurait signifié que le passé n’était pas mort et qu’il pouvait encore se manifester par quelques étrangetés qu’il savait possibles. Dans son monde, les bizarreries pouvaient se présenter à tout moment.
Un gémissement lui échappa alors qu’une bouche humide s’attardait sur l’un de ses tétons. Une main s’occupait de l’autre et la deuxième vagabondait sur son ventre, s’approchant dangereusement de la partie dressée et excitée de son corps en alerte.
Contrairement à son habitude, il se montrait passif. Cela faisait si longtemps qu’un homme ne l’avait pas touché.
Un râle lui échappa. Il avait autant à voir avec ce que ce mec lui faisait qu’avec les souvenirs qui inondaient son cerveau. Sa mémoire n’avait rien mis de côté, elle se faisait juste discrète au quotidien.
Des lèvres expertes descendirent le long de son torse et se focalisèrent sur ses abdominaux, aussi idéalement dessinés que des tablettes de chocolat. La langue joua avec son nombril, s’y attardant jusqu’à ce que son sexe durcisse un peu plus et atteigne sa taille maximale. Son gland à peine affleuré, une perle de désir s’en échappa, elle fut lapée dans un même mouvement. Il se cambra, elle savoura sa longueur pendant un temps qui lui parût infini, un plaisir et une agonie. Quand son sexe se retrouva entouré par cette bouche humide, il geignit d’envie.
L’ondulation de son corps n’était que délicatesse. Il profitait sans rien initier de plus que ce que souhaitait cet homme qui éveillait tous ses sens. Les minutes défilaient à un rythme qu’il n’aurait su mesurer, tendu et les poings crispés pour ne pas jouir trop vite. Son amant le prit profondément dans sa gorge une fois, puis deux, à la troisième, il recula. Il voulut lui attraper le visage pour le ramener là où il le voulait, afin qu’il lui donne ces quelques instants qui lui manquaient pour exprimer son plaisir. Son amant ne se laissa pas faire et remonta sur lui jusqu’à atteindre sa bouche. Il l’embrassa, un sourire coquin sur les lèvres, le regard brillant de plaisir.
— Je suis plus passif qu’actif. Il serait temps que tu te bouges et que tu me montres ce dont tu es capable.
Sa voix était belle, claire et chaude, un brin rauque, conséquence de son excitation.
— Humm… Fais-moi jouir d’abord, en finissant ce que tu as commencé. Ne t’inquiète pas, je serai encore en pleine forme après.
— Sûr ?
— Sûr.
— D’accord…
Le jeune homme se décala sur le côté et reprit son voyage. Sa bouche se posa dans son cou et lécha son pouls. Il remonta à son oreille et mordilla le lobe.
— Dis-moi ton prénom. Je veux le connaître avant de te goûter.
— Jules.
— Jules ? C’est pas commun.
— Plus de nos jours, c’est vrai. Et toi ?
— Thibault.
— Joli…
— Que mon prénom ?
— Non…
Les caresses de Thibault ne s’étaient pas arrêtées. Elles se faisaient de plus en plus ciblées et bien moins subtiles qu’en début de parcours. Il abandonna la discussion, satisfait de ce « non » qu’il pensait sincère. Ce mec, ce Jules, avait allumé toutes ses connections, dont celles de son corps, bien évidemment. C’était un très bel homme, grand et musclé, brun aux yeux marron clair, exactement comme Thibault les aimait. Il n’avait pas cherché à résister à l’attrait qu’il avait ressenti. Il n’était habituellement pas si rapide dans ses rencontres, mais un parfum d’évidence l’avait amené à ne pas mettre de frein à cette violente attirance qui l’avait poussé dans ses bras. Il n’avait aucun regret ; sans vêtement, il était encore plus appétissant et Thibault était un gourmet.
Sa bouche reprit le chemin qu’elle avait déjà tracé, avec bien plus de rapidité. Thibault voulait bien lui donner ce que Jules voulait, sans aucun doute, mais il était tout autant pressé de goûter à sa prise de contrôle. Avec conviction, et un but parfaitement ciblé, il reprit ses caresses, dégustant ce sexe magnifique qu’il rêvait de sentir en lui. Il espérait juste qu’il ne lui avait pas menti, qu’il avait de la ressource.
Jules retrouva son excitation à la seconde où son sexe fut de nouveau enfoui dans la cavité humide de Thibault. Il ne chercha à maîtriser aucun de ses geignements, trop heureux de ce plaisir qu’il prenait. Thibault n’était pas n’importe qui, le sang qui bouillonnait dans ses veines et son tatouage qui le brûlait comme s’il était une part vivante de lui-même – ce qu’il était en vérité – lui indiquaient tout ce qu’il avait besoin de savoir. Il avait retrouvé son âme sœur. Elle n’avait pas la même forme. En lieu et place d’un corps de femme et d’un visage de poupée, elle avait celui d’un homme, beau et élégant, terriblement masculin et affolant : un visage aux traits fins, des pommettes délicatement marquées, une mâchoire ovale marbrée d’une courte barbe de deux jours, une peau claire et des cheveux châtain, des yeux d’un bleu délavé au contour plus foncé. Thibault était réellement superbe.
Jules n’avait pas d’a priori au fait qu’il fut de sexe masculin, même si sa préférence avait toujours été du côté des femmes. Peu d’entre eux l’avaient attiré et il avait rarement cédé à ce désir. Face à Thibault, rien n’était pareil. Qu’il soit un homme ou une femme aurait été pareil. Ce qu’il ressentait ne pouvait se limiter au physique. Tout son être y participait.
Son corps se contracta, son plaisir ne pouvant être plus longtemps retenu, et un râle bien plus bruyant que tous les précédents lui échappa. Il prit naissance dans le creux de ses reins, là où les lignes d’encre l’incendiaient, remonta sa colonne vertébrale et le fit frissonner. Tout son corps vibra et sa tension redescendit pour se contracter dans ses testicules fermes. Son sexe se tendit et son orgasme se libéra dans la bouche chaude de son amant.
Jules ferma les yeux, se concentrant sur sa jouissance en essayant d’oublier ce qui se passait sur ses reins. Il arborait un autre tatouage, sur l’épaule gauche, mais celui en bas de son dos était particulier, unique et inimitable. De couleur brune, abstrait, il était un entrelacs de lignes courbes qui s’éveillait dans certaines circonstances. Il dormait depuis plus de cent ans.
Le corps chaud de Thibault le recouvrit, les paupières de Jules se soulevèrent. Le regard luisant qui s’ancra dans le sien le fit presque trembler.
— Tu as aimé ?
— Oui, et un peu plus que ça, même.
— Ah ! Tant mieux !
Son regard brillant, ses lèvres humides et son corps en attente réveillèrent la passion de Jules. Avec une vélocité surprenante, il renversa Thibault et s’allongea sur lui. Sa bouche prit la sienne et sa langue n’eut pas besoin de plus de trois secondes pour l’envahir. Il les emmena dans un baiser torride et ardent, le dévorant sans chercher à brider son appétence. Il fit durer et ne se résolut à y mettre fin que lorsque des gémissements impatients et douloureux sortirent de la gorge de son compagnon. Son sexe dur frottait contre son ventre avec de plus en plus d’exigence. Son amant n’en pouvait plus et cherchait un assouvissement.
Il abandonna ses lèves et couvrit son cou de baisers tendres. Dans le même temps, ses mains redessinaient ses muscles agréablement sculptés. Ils étaient plus subtils que les siens, mais n’avaient rien à lui envier. Jules ne voulait pas lui faire l’amour ce soir. Il en avait le désir, mais pas la possibilité. Posséder le corps de Thibault enclencherait des interactions qu’il ne pouvait pas encore autoriser. Cette confirmation s’était solidifiée au cours de l’heure passée. De par ce qu’il était pour lui, les conséquences seraient trop importantes et il se refusait de les lui imposer sans qu’il ne soit un tant soit peu informé de ce qu’ils étaient l’un pour l’autre. Cela se ferait, Jules en était convaincu. Il était impossible d’aller à l’encontre du destin. Il attendait Thibault depuis plus d’un siècle, il était hors de question qu’il le laisse partir.
En attendant, il avait d’autres moyens de le satisfaire. Ses mains et sa bouche étaient tout à fait capables de remplir cet office.
Avec autant de révérence que de passion, il s’octroya ce corps et le fit chanter de plaisir. Il le fit jouir une première fois rapidement, par des va-et-vient vifs que sa main droite s’empressait de lui offrir. Ses lèvres le cajolaient partout où elles avaient accès, et les possibilités étaient nombreuses.
Son deuxième orgasme, il le savoura sur sa langue et s’en lécha les babines. Il avait un goût des plus succulents et le parfum de sa peau mettait tous ses sens en émoi. Jules était déterminé à ce que Thibault ne soit pas frustré par sa détermination à ne pas s’enfoncer en lui alors que tous ses instincts lui criaient de le faire maintenant, de le revendiquer sans attendre quitte à prendre le risque de le perdre. Son tatouage le faisait souffrir et il aurait rugi de dépit s’il n’avait pas eu peur de l’effrayer et de le voir s’enfuir en courant.
Quand le sperme de Thibault jaillit avec force dans sa bouche et que son corps se contracta dans un cri, Jules releva la tête et l’admira dans la jouissance. Ses yeux le brûlèrent alors qu’il retenait ses larmes. Il avait tant espéré, s’assombrissant au fil des jours, des mois et des années qui n’en finissaient pas de passer. Et il était là sous ses yeux, le visage crispé, la peau moite et brillante, chancelant sous le plaisir qu’il lui avait donné.
Tendrement, Jules caressa la joue de Thibault, passa sur ses paupières et redessina ses lèvres charnues. Il remonta jusqu’à lui et le prit dans ses bras. Leurs chaleurs communièrent entre elles et un même soupir s’échappa de leurs lèvres. Le corps de Thibault se détendit contre le sien et il se lova contre Jules qui lui fit un baiser dans le cou.
— Tu n’avais pas envie de moi ?
— Si, férocement.
— Alors, pourquoi n’as-tu pas pris ce que je t’offrais si généreusement ?
— Peut-être parce que je veux prendre mon temps. Nous allons nous revoir.
— Ah oui ? Comment peux-tu l’affirmer ?
Jules se redressa légèrement, afin que son visage se retrouve face à celui de Thibault, et plongea son regard dans le sien.
— C’est une évidence, Thibault. Toi et moi, ça ne peut pas s’arrêter là. Je pense que tu le sais aussi bien que moi.
Thibault ne pouvait échapper de ce regard ancré dans le sien. Les iris de Jules étaient plus clairs qu’ils ne l’étaient au début de la nuit. Le marron s’était retranché dans leur contour, ses yeux étaient à présent dorés et d’une brillance comme il n’en avait jamais vu. C’était fascinant et troublant.
— Je… C'est-à-dire que…
— Tu as l’habitude de suivre des hommes comme tu l’as fait avec moi ce soir ?
— Non, mais tu n’es tout de même pas le premier qui partage mon lit.
Le ventre de Jules se crispa et de la bile remonta dans sa gorge. Imaginer Thibault avec d’autres hommes éveillait une colère sombre en lui, de celle qui en faisait un homme dangereux. Jules était capable de tuer.
Thibault sursauta devant l’éclair de violence qui traversa le regard de Jules. Ses yeux flamboyaient et étaient encore plus pâles.
— Euh… J’ai dit une connerie ?
— Non, non… Je me sens juste un tantinet possessif.
— Ça m’a l’air d’être plus que ça et c’est un peu flippant, tu sais. On ne se connait pas, je ne suis rien pour toi.
La bouche de Jules se posa avec délicatesse sur celle de Thibault, alors que sa main s’égarait dans ses cheveux. Il glissa le long de sa mâchoire, papillonna sur son cou et mordilla sa carotide. Il huma son odeur, juste derrière son oreille, et ronronna.
— Je te connais, au fond de moi, je te connais. Je veux plus, bien plus qu’une nuit dans ton lit.
— Je n’ai rien contre, tu vaux bien plus que quelques heures de plaisir. C’est juste que tu sembles savoir des choses que j’ignore. T’es bizarre et mystérieux. Ce n’est pas tant dans ce que tu me dis que dans ta façon d’être… Dans ton regard, surtout.
— Excuse-moi. Tu as raison, je dois te paraître étrange… Écoute, pour l’instant, je ne peux pas te parler de ce à quoi je pense, mais ce n’est qu’une question de jours. Je n’ai pas l’intention de me montrer secret, c’est juste que je ne peux pas faire ce que je veux comme je veux. Le plus important, dans l’immédiat, c’est que je veuille te revoir et que tu en aies envie aussi.
— J’ai envie de te revoir. Tu es tellement intense…
— Parfait. Que dirais-tu d’un petit somme ? C’est le cœur de la nuit et nous avons encore quelques heures devant nous avant d’être obligés de nous lever. Tu peux rester chez moi, si tu veux.
— Bonne idée, je suis crevé. J’étais juste sorti pour boire un verre et me changer les idées. Ça va être dur au boulot demain.
— Tu fais comme quoi comme boulot ?
— Éducateur de chiens guides pour aveugles.
— Vraiment ? Un métier rare, non ?
— Très rare. Nous sommes très peu à l’exercer, il y a peu de débouchés. J’ai eu de la chance.
— Pourquoi ce choix ?
— Ma sœur est malvoyante. Quand mes parents ont décidé de lui prendre un chien, j’ai assisté à tout le travail pour en faire un bon chien guide. Ça m’a fasciné et passionné. J’avais douze ans et, depuis, c’est ce que j’ai toujours voulu faire.
— Tu travailles où ?
— À Lyon. J’ai dû partir de chez moi pour venir habiter dans un endroit qui m’offrait cette possibilité. Depuis, je vis ici, à la périphérie parce que je n’ai pas envie de vivre dans une grande ville. Je préfère le calme de la campagne et je n’ai que trente kilomètres à faire si j’ai envie de bruit et de mouvement.
— Tu dresses les chiens et quoi d’autre ?
— Oh ! Plein de choses. Il faut s’en occuper, les nourrir, les soigner, entretenir le chenil, et il faut aussi être capable de travailler en équipe, d’agir avec les associations, les bénévoles et les familles d’accueil, tout comme je dois bien connaître ce handicap qu’est la malvoyance. J’ai une relation directe avec le futur maître du chien.
— C’est très intéressant.
— J’adore mon métier !
Thibault bailla, attrapa le drap et la couette, et s’en couvrit le corps. Il fit un sourire à Jules et ferma les yeux.
— Et il faut que je dorme si je veux être efficace demain. Est-ce que tu pourras me prêter des fringues ?
— Bien sûr.
— Super ! Une heure de gagnée. Peux-tu mettre le réveil à sept heures, s’il te plaît ?
— Pas de problème.
Jules le regarda s’endormir, étonnamment serein, alors que lui, il avait l’esprit en ébullition. Les jours à venir allaient être compliqués. S’ils démarraient quelque chose ensemble – ce dont il ne voulait pas douter – il ne pourrait pas reculer trop longtemps l’union de leurs corps. Thibault ne comprendrait pas. Il le devait à leur rencontre surprise dans un bar et à cette décision stupide qu’il avait prise de précipiter les choses. Il n’aurait pas dû le ramener si vite chez lui. Maintenant, Jules n’avait plus le choix. Il se retrouvait à devoir hâter les évènements.
Chapitre 2
Jules regarda partir Thibault, un soupçon de crainte dans le cœur. Ce n’était pas facile de se dire que, dans l’absolu, il n’était qu’une rencontre d’un soir, une opportunité attrayante saisie dans un bar alors qu’ils partageaient une bière.
Il quitta son appartement quelques minutes plus tard, monta dans son pickup et fit les quarante kilomètres qui le séparaient du domaine qu’il cherchait à rejoindre, non sans quelques appréhensions. Aucune n’avait à voir avec ceux que Jules allait voir, mais toutes avec Thibault. Il ne voulait pas commettre les mêmes erreurs que celles qui l’avaient conduit à la solitude.
Jules franchit le grand portail qui sécurisait les lieux et salua d’un geste de la main le garde qui s’y trouvait. Il connaissait Richard depuis toujours et aurait pu prendre le temps de s’arrêter pour discuter cinq minutes, mais ne le fit pas. Il était trop sur les nerfs. La réalité de ce qu’il était en train de vivre prenait lentement racine dans sa tête et dans son être. S’il avait tout fait pour y croire, il n’avait pourtant pas su empêcher les doutes de s’immiscer dans la magnifique croyance qui était celle des siens. Il y avait souvent, très souvent pensé, il ne pouvait le nier, mais se retrouver à le vivre véritablement allait bien au-delà de tous les fantasmes qu’il avait pu imaginer.
Jules se gara devant la grande résidence de ses parents et quitta sa voiture. Il passa ses doigts dans ses cheveux, frotta ses mains moites sur son jean et souffla un grand coup, tout en regardant la porte s’ouvrir. Son père apparut sur le pas, un sourire heureux aux lèvres. Jules prit quelques secondes pour l’admirer. C’était un bel homme à la stature impressionnante, une force de la nature avec un caractère bien trempé, l’archétype du chef de clan. Avec son crâne rasé, ses yeux de la même couleur que les siens et la force qui en émanait, peu se risquaient à lui chercher des noises ou à lui tenir tête, Jules pas plus qu’un autre.
— Bonjour, fils. Quelle bonne surprise ! Ça fait plaisir de te voir.
— Salut, papa. Comment vas-tu ?
— Je vais bien. Et toi ?
— Bien aussi.
— Humm… Ton odeur me dit un peu le contraire.
— Je vais bien, ne t’inquiète pas.
— Ok. Entre, ta mère va rayonner en te voyant. Tu as choisi ton jour, elle est dans la cuisine depuis l’aube. Une envie virulente de faire le ragoût que tu préfères. Elle a dû sentir que tu allais nous rendre visite.
Un sourire éclaira le visage de Jules. Il adorait sa mère, qui était plus que maternelle avec lui. Elle lui rendait son amour au centuple.
— C’est bien possible. Elle a un sixième sens très alerte.
— Allez, viens. Elle sait que c’est toi. Ton café chaud doit être déjà sur la table et la pâte à crêpes en cours d’élaboration.
Jules rejoignit son père et lui fit une accolade. Ensemble, ils entrèrent dans la maison. Les parfums les conduisirent directement au cœur de la cuisine. Sa mère était tournée vers l’entrée, un beau sourire éclairant son visage et une spatule en bois dans les mains.
— Jules, mon cœur, je t’attendais.
— Pourquoi ne suis-je pas étonné ?!
Jules s’approcha de sa mère et la prit dans ses bras. Ce n’était pas une petite femme, loin de là, mais dans l’antre de ses bras puissants, elle paraissait presque fragile. Le penser aurait été une erreur, mais entre les deux hommes qui occupaient l’espace, elle n’était physiquement pas de taille. Il l’embrassa sur les deux joues et la laissa passer ses mains dans sa tignasse. Un geste affectueux auquel il était habitué.
— Assieds-toi, ton café est sur la table. Le tien aussi, Émile.
Il prit place et enserra sa tasse des deux mains. Se retrouver dans sa maison d’enfance, chaleureuse et vivante, lui faisait un bien fou. Il venait souvent, toutes les semaines, mais rarement de si bon matin.
— Alors, que nous vaut ta visite matinale ? Tu ne travailles pas, au fait ?
— Si…
Le regard de sa mère se voila d’inquiétude. Il s’empressa de la rassurer.
— Je vais bien, maman, ne te mets pas des idées négatives en tête.
— Je veux bien te croire, mais tu es sur les nerfs, Jules. L’atmosphère crépite d’électricité statique.
Sa mère reposa ce qu’elle tenait dans les mains et s’installa à côté de son mari.
— Jules ?
Ce dernier se racla la gorge et ses yeux prirent cette teinte claire qui avait tant fasciné Thibault.
— J’ai retrouvé Amélia. Merde ! Ce n’est pas...

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