Rêves de sable
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Rêves de sable , livre ebook

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Description

Tourelle a tourné le dos à Rivrene et vogue à présent vers un continent brûlant sous un soleil implacable, entre dunes de sable et mines noires d’obsilène. Pourtant elle ne peut se défaire ni de ses fantômes, ni de ses désirs. Dans ce nouveau pays, exact opposé de son passé de glace et de blancheur et qui semble l'attendre, elle devra partir à la recherche d'elle-même autant que de nouveaux cristaux. Car la quête qu’elle croit avoir laissée derrière elle est loin d’être terminée. Et cette fois-ci, il y va de l'avenir du monde.
Après Vestiges de neige, Julie Derussy nous propose de suivre son héroïne dans ses Rêves de sable, le second et dernier volet de sa Chasseuse de cristaux.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782374534084
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Chasseuse de cristaux Tome 2
Rêves de sable
Julie Derussy
Collection du Fou
Pour ma petite sœur, Pauline, Et puis pour les yeux minéraux.
Prologue
Quand on est au bord de la mer, on est aussi au bord de la terre.
La mer. Toute cette eau qui s’étend là, devant moi, immense et salée – je le sais, je l’ai goûtée. La mer.
Il est midi. Avril neige doucement sur la laine noire de mon pull. Je regarde Rivrene s’achever en vagues écroulées sur la digue.
Il est midi, et moi, Tourelle, vingt ans et des débris, je m’apprête à quitter la terre qui m’a vue naître.
Mais avant que je découvre l’or, avant que je m’abandonne au soleil, avant que je ne glane, sur mon oreiller, des cheveux blonds, il faut que je retourne au fond de cette galère, il faut que je retourne au fond de moi-même et que je plonge dans l’obscurité de mes pensées.

Des noms tournent dans ma tête.
Yvain Léo Julieth Anja Léo Furtif Julieth Tourelle Esther Léo Tourelle Julieth Tourelle Léo Léo. Ils tournent, retournent en rond dans ma tête, c’est comme une ronde, Léo Tourelle Julieth je tourne, tourne en rond – Tourelle.
J’habite mes rêves. Obscurité colorée. Parfois j’ouvre les yeux, je m’éveille d’un rêve – ou est-ce le rêve qui m’éveille ? Des yeux de lune s’occupent de moi. Ils me nourrissent et le monde s’accroche à moi. Je suis là, je suis toujours là.
Mais je reviens. Je me sens revenir. C’est plus fort que moi. La vie m’habite. Il faut que je bouge. Je vois ma main se lever, je roule sur moi-même – je suis tombée sur le parquet.
Je reviens.
Je suis une mauvaise herbe.

Quand je repense à ces instants où j’errais quelque part à la frontière du rêve et du réel, et, qu’en fermant les yeux, je ressens à nouveau le mélange des sensations et des songes, c’est cette image qui me vient. Si je voulais une belle comparaison, une métaphore pleine de dignité, je dirais que je suis un phénix – je renais de mes cendres. Mais, si je veux être absolument sincère, l’image sur laquelle s’arrête mon esprit, c’est celle d’une mauvaise herbe. Une de ces vilaines choses qui défient les jardiniers, plantent leur laideur et leurs racines dans n’importe quelle terre, prêtes à tout pour se perpétuer. L’ivraie séparée du bon grain.
Une mauvaise herbe.

Donc, je suis revenue de mes rêves. Il a fallu du temps. Du temps pour que mon corps cesse de marcher au ralenti, et plus encore pour que la réalité se remette à exister. J’ai longtemps continué de parler à mes fantômes, parce qu’ils étaient plus présents que la Reine et Hazi. Elles étaient deux ombres, quand les autres étaient vivants à côté de moi, en moi, et je me blottissais dans leurs bras. Pendant tout ce temps, Hazi m’a nourrie comme une enfant, lavée, bordée, empêchant mon corps de partir. Peut-être que, plus tard, quand je suis revenue, je lui en ai voulu pour ça, pour avoir pris soin de moi, pour m’avoir retenue, liée au monde réel. Je ne sais pas.
J’étais bien. Je ne voulais pas rejoindre la réalité qui fait mal. Je n’étais pas taillée pour elle, je m’y brisais sans cesse. Et pourtant, je suis revenue. Mauvaise herbe.
Chapitre 1 : Dans le ventre du bateau
– Au moins une cuillerée encore. Tu n’as rien mangé.
C’est mauvais. Tout simplement mauvais. Bien la peine d’habiter avec une reine pour subir une bouffe comme celle-là.
– C’est très bon. C’est toi qui n’aimes pas le poisson. Tu devrais en manger plus souvent, ça rend intelligent, a répondu la voix, lisant dans mes pensées.
Je me suis rencognée dans mon oreiller et j’ai pris un air buté. Hazi, contrariée, a froncé les sourcils et m’a fixée de son regard noir. Derrière son épaule, un autre regard noir me fustigeait. Julieth, mince et brune. Je ne m’étais pas encore habituée à sa nouvelle silhouette.
– Ce n’est pas possible, elle a dit, tu es vraiment une enfant gâtée.
– Certainement pas. Je peux t’assurer que personne dans mon enfance ne m’a gâtée.
– C’était juste une expression. Mange.
J’ai soupiré. J’étais têtue, mais Julieth aussi. Sans parler d’Hazi, qui était muette, mais savait très bien se faire comprendre. J’étais en train de considérer la possibilité de résister juste pour le plaisir de les énerver, lorsque j’ai senti une caresse glisser le long de mon bras.
– Elle a raison, il a dit, tu as besoin de reprendre des forces.
Je me suis retournée. Léo était allongé près de moi, et il me regardait avec son petit sourire en coin. J’ai résisté à l’assaut de tendresse.
– Mais qu’est-ce que vous avez tous à vous mettre sur ce lit, il est trop petit, je n’ai plus de place pour mes jambes, c’est toujours la même chose ! Tu ne peux pas aller sur le lit d’Hazi pour une fois, Léo ?
– Je préfère être près de toi.
– Bien sûr, j’ai répliqué, j’ai toujours été ton animal de compagnie préféré.
Mais ça m’avait quand même fait plaisir de l’entendre dire ça et je me suis redressée pour manger. Mon accès d’énervement m’avait épuisée, le moindre mouvement me coûtait. Hazi, imperturbable, a tendu vers moi la cuillère. J’ai essayé d’avaler tout rond, mais j’ai quand même senti le goût.
– Merci, Hazi, je n’ai plus faim.
Mon effort de politesse lui a fait comprendre que je ne mangerais décidément plus. Elle m’a regardée, a hoché la tête, puis elle s’est levée et a quitté la pièce, emportant avec elle l’assiette à moitié pleine. Tout de suite, Julieth a entrepris de remettre en place le drap qui était froissé.
– Tu es obligée de faire ça maintenant ? j’ai demandé. Ça me fatigue.
– Tu es toujours fatiguée et tu ne quittes presque jamais le lit. Quand veux-tu que je le fasse ?
Elle n’avait pas tort. Je me suis retournée pour me blottir contre Léo. Je me rendormais déjà. J’allais rêver et ils seraient là tous les deux. Parfois je regrettais de n’être jamais seule, mais la plupart du temps, j’étais contente. Ils étaient comme deux anges gardiens, comme deux ailes dans mon dos, deux longues ailes de plumes blanches. Autrefois, il avait neigé des plumes. Il me semblait qu’il neigeait à présent, des flocons légers dans la chambre, édredon blanc me protégeant. J’ai souri à mes songes.

C’est le plafond.
Il me regarde dans mon sommeil. Peut-être que ça arrive quand on l’a trop scruté et qu’il se met à vous scruter à son tour. J’ai empoigné l’édredon pour l’empêcher de me voir, mais je sentais qu’il pouvait encore distinguer mes doigts et ma forme crispée sous les couvertures.
– Qu’est-ce que tu fabriques, Tourelle ?
– C’est le plafond. Il me regarde.
– Tu as vraiment de drôles d’idées. C’est à force de rester dans ce lit. Il est temps que tu cesses d’hiberner.
– Encore ? Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi.
Julieth me demandait constamment de me lever, mais jusqu’à présent, Léo avait eu la bienveillance, et surtout la nonchalance, de me laisser tranquille.
– Je t’assure que ça te ferait du bien. D’ailleurs, moi aussi je commence à tourner en rond dans cette cabine.
– Toi ? Tu n’as jamais rien fait de ta vie, je ne vois pas ce que ça peut changer.
J’ai fait une tentative d’émergence. Le plafond avait cessé de me fixer. J’avais encore sommeil. Si j’avais la force de me traîner jusqu’au pot de chambre, je me rendormirais plus facilement. Comme Julieth n’était pas là, je me suis tournée vers Léo. Il contemplait ses ongles.
– Tu crois que je devrais cesser de me les couper et les limer, plutôt ? il m’a demandé, l’air très sérieux.
– Comment peux-tu me poser une question aussi futile ? Est-ce que les morts ne sont pas censés avoir des préoccupations plus importantes ?
– Comment peux-tu passer tes journées au lit ? Est-ce que les vivants ne sont pas censés avoir des occupations plus importantes ?
– Va au diable, Léo, fiche moi la paix !
– Parfait, il a dit, et il est sorti.
Il n’y avait plus personne pour m’aider à sortir du lit maintenant. Toujours là pour me taper sur les nerfs, mais personne quand on avait besoin d’eux. Je me suis laissée glisser sur le parquet. Étourdie par ma chute volontaire, j’ai attendu un moment avant de bouger à nouveau. Je pouvais voir mes jambes, ce qui était détestable, parce qu’elles étaient comme des baguettes raides. Et ils parlaient de se lever. Je voulais dormir encore.
La porte s’est ouverte, j’ai cru un moment qu’on allait s’occuper de moi, m’aider à remuer, mais ce n’était ni Hazi, ni Julieth, ni Léo. C’était la Reine.
Elle a posé sur moi son regard. Ses pupilles étaient si dilatées qu’on distinguait à peine l’eau verte de ses yeux.
– Qui êtes-vous ? elle a demandé, encore une fois.
– Votre servante, j’ai dit, reprenant une de mes vieilles identités.
– Il faudra vous remplacer, elle a répondu, et puis elle a eu un drôle de rire, comme un ricanement.
Ça la prenait régulièrement, ces derniers temps, du moins quand elle n’avait pas le nez dans les cristaux. Ayant ainsi statué sur mon cas, elle a refermé la porte derrière elle.
J’aurais pu supporter des cris, de l’énervement, mais ce détachement et cette lucidité sarcastique m’avaient anéantie. J’étais un colis, une chose à emballer, à renvoyer. Je me suis recroquevillée sur moi-même, tremblante, incapable de pleurer.
Elle pensait que je ne valais rien, et elle avait raison.
J’ai senti le froid du bois sous mon corps, j’ai senti les quatre murs qui m’entouraient et le poids du plafond au-dessus de moi. J’étais dans une boîte de bois, trois mètres sur trois sur trois, enfermée, et tout autour, il y avait encore d’autres boîtes, d’autres êtres vivants, et de l’eau et encore de l’eau. Ils étaient là tous, mais moi j’étais seule et je ne savais pas mourir.
Les parois de bois se sont rapprochées de moi, les murs se sont avancés centimètre par centimètre, le plafond m’est tombé dessus au ralenti. Le plancher m’a engluée. La chair a épousé le bois, mes membres se sont raidis, je ne peux plus bouger, je deviens la boîte qui m’enserre, elle fait corps avec moi, elle me gagne.
L’air manque. Il n’y a personne pour m’aider, pour me sortir du parquet. Je ne me souviens plus du nom des gens que j’ai aimés. Je ne me souviens plus de mon nom. L’étau continue à se resserrer, à me compacter. Les murs m’ont prise. Mes poumons ont éclaté. Mon cœur a disparu.

Je suis un dé. Je flotte au milieu de l’eau. J’ai six faces. Mes pensées s’effacent.

Quand Hazi m’a retrouvée recroquevillée sur le plancher, elle m’a ramassée, remise dans mon lit, dans les plumes, et deux longues ailes sont venues dans mon dos, Julieth et Léo. La voix froide et les mains douces de Julieth se sont posées sur moi comme un songe.
– Ce n’est pas grave, Tourelle, elle répétait. Tu as le droit de dormir. Dors. Tu n’es pas obligée de te lever.
Et c’est comme ça que j’ai senti, finalement, que j’étais prête et que j’allais sortir de mes sommeils.
Chapitre 2 : Barbe rousse et plume rouge
Au début, quand je me suis remise à marcher, mes jambes étaient faibles, c’étaient des jambes de papier. Elles voulaient me lâcher, tout le temps. Le monde autour de moi, par contre, avait une consistance étrangement solide. J’avançais dans une sorte de glu. Mes pensées dormaient, et moi, je mettais un pied devant l’autre. Julieth et Léo me soutenaient tous les deux. Ils avaient essayé d’alterner, mais ça n’avait pas fonctionné. J’avais besoin de mes deux ailes, sinon je tombais d’un côté. Petit pantin désarticulé.
Hazi m’avait mis une robe à elle, une grande robe noire dans laquelle je disparaissais et qui me faisait le visage plus blanc que si j’étais blanche. Marionnette, visage de cendre.
Il m’a fallu des jours pour réapprendre à me déplacer. Quand j’ai pu aligner dix pas toute seule, comme une enfant qui apprend à marcher, ils m’ont fait sortir de la chambre. Je me rappelais les paroles de la Reine, lorsqu’elle avait affirmé que je resterais prisonnière dans ses appartements, mais elle ne s’en souvenait pas, elle. Elle n’a rien dit quand nous avons ouvert le panneau de bois qui menait vers l’escalier. À peine si elle a levé les yeux de son cristal. Elle y passait presque tout son temps, en dehors des moments où on venait la chercher pour qu’elle exerce son travail de reine – je me l’imaginais assise des heures, sourire hiératique sur son trône de bois.
Hors de la chambre, Julieth et Léo à mes côtés, j’ai parcouru des couloirs de bois. Il y avait des marins, habillés de rouge et de blanc. Ils étaient très vivants.
Quand on m’a ouvert la porte du dehors et que le vent froid m’a frappée, mes yeux se sont mis à pleurer, ce qu’ils avaient oublié depuis longtemps. J’ai senti que je faisais partie de ce monde, moi aussi, et qu’il y avait des choses possibles, encore.
Mon œil gauche pleure toujours plus que le droit. Je me demande s’il a davantage de peine que l’autre.
Le froid me piquait, m’agressait de partout. Ça me rendait vivante. Je me suis appuyée à la rambarde, et j’ai regardé Rivrene dans ses glaces, comme je ne l’avais pas regardée depuis longtemps. Des marins s’agitaient autour de moi, mais j’avais à peine conscience de leur présence, prise que j’étais entre le ciel et l’eau. J’ai regardé longtemps la ville, le blanc de la neige, les humains qu’on distinguait vaguement et qui ressemblaient à des fourmis. D’ailleurs, que font les hommes, sinon ressembler à des fourmis ? Je ne sais pas pourquoi, ça m’a fait penser à Yvain.
Alors, j’ai demandé ma pipe. Julieth n’était pas d’accord, mais Léo me l’a donnée, bien sûr. J’ai senti le poids familier de l’objet dans ma main, la douceur de la terre cuite, et il m’a aidée à la bourrer, parce que mes mains tremblaient et ne voulaient pas le faire pour moi. L’allumette a craqué, le tabac s’est embrasé, et l’odeur est montée vers moi, âcre et familière. J’ai inspiré profondément. La fumée a déchiré mes poumons, mes yeux se sont remis à pleurer, des volutes bleues se sont élevées dans le froid de l’air, et Yvain m’est revenu. C’était différent de Julieth ou Léo, parce que je ne pouvais pas le voir, mais il était bien là, comme autrefois, quand je fumais pour lui, près du lit où il mourait doucement.
Les morts nous regardent, mais je ne sais jamais si c’est de l’intérieur ou de l’extérieur. À mesure que la fumée montait et disparaissait, je me sentais revenir, moi aussi, mon corps maigre, mes mains tremblantes, mes cheveux sales, mes sentiments oubliés.
À partir de ce moment, je suis retournée tous les jours, me faire happer par le vent, m’accouder à cette rambarde, et regarder le monde autour de moi, l’eau, les îles, les digues, les êtres en mouvement, le ciel, surtout. J’étais convalescente. J’étais convalescente depuis si longtemps que je ne me souvenais plus quand ça avait commencé. Toujours blessée quelque part.
Le plus souvent, je restais là en silence. Parfois je discutais avec Léo, mais aussi, de temps en temps, avec Julieth, quand elle n’était pas trop d’humeur à me faire la morale. Quelques fois, je racontais des histoires à Yvain. Il ne me répondait pas, mais ce n’était pas grave, c’était bien comme ça, c’était peut-être même mieux. En général, j’aime bien parler à des auditeurs silencieux, c’est plus facile.
Je ne parlais jamais aux marins, qui me prenaient probablement pour une folle, et qui n’avaient pas tort. Comme Hazi était muette et que la Reine n’avait d’yeux que pour ses cristaux, qui me dégoûtaient même s’ils continuaient de m’attirer, ça voulait dire que je n’adressais la parole qu’à des personnes dont j’avais vaguement conscience qu’elles n’étaient pas censées être vraiment là. C’est pour ça que j’ai été surprise le jour où quelqu’un d’autre a subitement eu l’idée de me parler.
Il avait l’air tout droit sorti d’un de mes rêves, mais j’étais sûre que je ne l’avais jamais vu avant. Du coup, quand il m’a regardée, je me suis demandé si c’était un nouveau stade de la maladie, ou s’il était vraiment là.
J’étais, comme d’habitude, transie de froid, entre le ciel et l’eau, à me demander si c’était moi ou ma pipe qui fumait. Lui, il était appuyé sur la rambarde, le dos tourné vers l’eau. Habillé tout de noir, comme moi, sauf la large plume rouge qui surmontait son chapeau et retombait vers son front, pliant avec le vent. Il avait une barbe rousse en pointe, les ongles soignés, et un sourire qui était sûrement celui du diable.
– Renalto, il a dit, et il a enlevé son chapeau d’un grand geste ample.
Je l’ai regardé. Il avait les cheveux bruns. Les gens qui ont les cheveux et la barbe de couleurs différentes, on ne peut pas leur faire confiance, c’est signe de traîtrise à tous les coups. Si on n’est pas fidèle à ses cheveux, comment pourrait-on être fidèle à une personne ? Pour les femmes, évidemment, on ne peut pas dire ça aussi facilement, sauf peut-être avec les sourcils, mais là je ne sais pas trop.
– Je me présente : Renalto, il a répété, et il a de nouveau agité son chapeau en me regardant dans les yeux.
Il y avait très longtemps qu’on ne m’avait pas regardée comme ça.
Léo a posé une main sur mon épaule, et il a murmuré dans ma nuque, comme si on pouvait nous entendre. Je sais bien qu’on ne peut pas nous entendre. Je ne suis pas folle. Pas complètement. Peut-être, c’est pire.
– Maintenant, il faudrait que tu dises ton nom.
Il se fichait de moi. Je me suis retournée pour lui coller un coup de coude, mais il a esquivé.
– Tout va bien, mademoiselle ?
C’était encore l’autre, celui qui n’avait pas l’air réel, mais qui l’était tout de même. J’ai fait un effort pour prononcer les mots. Je n’avais plus l’habitude de parler hors de ma tête.
– Très bien, j’ai dit d’un ton sec, la voix un peu rocailleuse.
Ça n’a pas eu l’air de le décourager. Il continuait de sourire en me regardant.
– Mademoiselle ?
Ce n’était pas normal. On devrait interdire aux gens de vous demander votre nom, comme ça, sans vous connaître.
– Mais dis-lui, enfin, je ne vois pas le problème. Tu ne vas pas cesser un jour de couper les cheveux en quatre ?
C’était la voix agacée de Julieth. Je me demandais bien pourquoi je l’avais choisie comme ange gardien, celle-là. Barbe rousse me regardait toujours, l’air de trouver tout ça parfaitement normal. Il devait bien avoir remarqué que je ne tournais pas rond. Il ne pouvait pas s’en aller, comme tout le monde ? Peut-être que si je lui répondais, il serait content et il me laisserait tranquille.
– Tourelle, j’ai dit, et j’ai relevé le menton.
L’habitude. J’ai une façon de lever le menton quand je m’adresse aux gens, ça leur donne l’impression que je suis prétentieuse. Le suis-je ?
– Pas du tout, me répond Léo.
Il a dit ça parce que lui aussi est un grand orgueilleux.
L’autre avec sa barbe rousse et sa plume rouge – c’est trop pour une seule personne, non ? – était en train de me parler. Je me suis concentrée pour revenir en arrière, reconstituer ses paroles. Il avait dit :
– Vous vous êtes remise, mademoiselle ?
Il me faisait peur. Comment savait-il que j’essayais de me remettre, que je cherchais à me retrouver une place, que l’univers m’avait perdue quelque part ? Étais-je devenue comme un livre ouvert, ou pire, étais-je transparente ? J’ai regardé ma main, mes doigts rouges, engourdis par le froid. On ne voyait rien au travers.
– Tout le monde sait que tu es convalescente, tu as vu ta tête ?
Julieth est raisonnable. C’est pour ça que je l’ai prise comme aile droite. Ça ne peut pas faire de mal, un peu de raison, de temps en temps.
– Je me remets, j’ai murmuré, et j’ai levé les yeux vers lui.
Il a souri, comme s’il était content pour moi, ou pour lui.
– C’est parfait, il a répondu, et j’ai senti qu’il le pensait vraiment.
Alors, je me suis demandé ce qu’il attendait de moi. Les gens semblent toujours vouloir de moi des choses que je ne peux pas donner. Je n’ai que ma personne à proposer, et personne ne veut jamais de ça.
Je n’ai pas appris grand-chose de ses intentions ce jour-là. Il n’est pas resté très longtemps, et il a parlé de tout et de rien. Des marins qui s’agitaient autour de nous et des mouettes qui lançaient leurs cris aigus. Je n’écoutais pas vraiment, mais je me laissais bercer par la réalité de sa conversation. Il ne disait rien d’important. Il ne voulait pas m’effrayer, c’était plutôt le genre d’homme qui vous apprivoise petit à petit, pour pouvoir vous manipuler en grand après. Mais il est revenu le surlendemain, et puis après, et il m’a raconté des choses, sans que je puisse comprendre, au début, où il voulait en venir.
Quand je suis rentrée dans le cocon de bois du bateau, après avoir erré sur le pont, il faisait presque nuit. Le temps avait passé sans que je m’en rende compte. Hazi m’a ouvert la porte et elle m’a souri ; je devais avoir l’air un peu moins mourante. Dans l’ombre de l’alcôve, la Reine était là, assise sur son lit, le cristal dans les mains, abîmée. Elle a relevé la tête quand je suis passée, et j’ai frémi devant l’absence de son regard. Elle avait maigri, elle aussi. Pas autant que moi, mais suffisamment pour commencer à paraître décharnée.
J’ai mangé avec plus d’appétit que d’habitude, ce soir-là. Je voulais reprendre le contrôle de moi-même. Je me suis couchée tôt.
Le lendemain, j’ai pensé à lui, mais il n’a pas pointé sa plume sur le pont. Ce n’est que le surlendemain qu’il est revenu ; j’ai compris après pourquoi je ne le voyais qu’un jour sur deux.

Lorsque je suis arrivée sur le pont, c’était le crépuscule. Le sommeil m’avait désertée depuis longtemps déjà. Il n’y avait presque personne. Le plus gros de l’équipage ronflait dans le ventre du vaisseau. Équipé d’un grand balai, un mousse s’affairait à faire disparaître la neige qui avait recouvert le plancher dans la nuit. Les nuages illuminés par le lever du soleil donnaient au ciel un blanc traversé d’or. Le vent était tombé, les îles dormaient encore.
C’était le meilleur moment. Rivrene blanche au matin, renouvelée par la nuit. Les toits, les rues, les îles, tout était recouvert, mis à égalité, comme une nouvelle page.
J’aime la neige quand elle est blanche et que personne n’a marché dessus. Je peux presque entendre, rien qu’en la regardant, le craquement qu’elle fera lorsqu’on la foulera, le petit craquement de la poudre qui se tasse quand on passe.
J’ai sorti mon tabac, ma pipe et mes allumettes, et, en fumant, j’ai attendu que le monde s’éveille autour de moi.
Renalto est arrivé parmi les premiers. Décidément, il voulait quelque chose. J’ai essayé de ne pas me crisper.
– Ce n’est pas parce qu’on attend quelque chose de toi qu’on te veut du mal, a dit Julieth, mais je la sentais méfiante, elle aussi.
Sans mot dire, il s’est planté à côté de moi, a sorti une pipe d’ivoire de sa poche, et a entrepris de la bourrer.
Diable, j’ai pensé, voilà que j’ai un double.
Il n’a rien dit au début. Je crois qu’il faisait le miroir. Ça faisait partie de sa technique d’araignée patiente, qui tisse sa toile. Quand il s’est mis à parler, c’était doucement, d’une voix mesurée. Il avait une façon d’hésiter, de rectifier systématiquement ce qu’il disait, comme si sa pensée était en mouvement, comme si elle se construisait là, derrière ses yeux, en même temps que les mots. Il me semblait qu’en plongeant mon regard dans le sien, j’aurais pu voir les réflexions s’engendrer les unes les autres, se chercher une route, se faufiler finalement dans une route nouvelle et sinueuse. Je m’y laissais prendre.
Il est parti du bateau, et puis de fil en aiguille, on est arrivé là où il voulait en venir.
– Tout le monde doit être utile, sur un bateau, depuis les mousses qui nettoient le pont, jusqu’au chat qui chasse les rats. Et à plus forte raison sur un navire comme celui-ci, un bâtiment qui représente le pouvoir, qui représente la force de Rivrene. Vous savez, ou, peut-être, vous ne savez pas, vous ne connaissez que les esquifs, pas les navires qui s’embarquent sur la mer, eh bien, sans capitaine, le bateau n’est rien, parce qu’il lui manque la tête, et que sans la tête, les membres, les marins, si vous voulez, ne servent à rien.
Il a fait une pause, tiré sur sa pipe, et puis il a ajouté, dans un nuage de fumée :
– Le capitaine de Rivrene, c’est la Reine. Elle est censée diriger le bateau dans lequel nous sommes tous embarqués. Vous voyez ce que je veux dire ?
– Oui, j’ai dit.
Il voulait dire que sans capitaine, nous risquions fort de sombrer. Mais de toute façon, ça ne changeait pas grand-chose. Rivrene coulait depuis longtemps.
– Et vous, j’ai demandé, vous servez à quoi, sur ce bateau ?
– Je suis Grand Ordonnateur des commissions dernières, il a répondu, l’air de croire à sa propre importance.
Le rire m’a étouffée dans ma fumée.
– C’est quoi, ça ?
– Je suis au service de la Reine et du royaume. Je prends en notes tout ce qui se dit pendant les commissions, qui sont, si vous voulez, des réunions politiques, et je fais en sorte que toutes les informations nécessaires soient transmises pour que les décrets soient appliqués. Vous comprenez ?
– Oui, j’ai dit. Vous êtes secrétaire.
Ça a fait rire Léo, mais Renalto n’a pas moufté. Dommage, j’avais espéré lui clouer le bec.
La neige s’est remise à tomber, légère. Ma pipe était terminée ; la sienne aussi.
Comme il ne disait plus rien, j’ai voulu le relancer. C’était distrayant, ce verbiage. Ça m’occupait l’esprit, et Dieu sait que j’avais besoin qu’on l’occupe.
– Et moi, j’ai ajouté, je sers à quoi, dans cette galère ?
– Tout le monde a sa fonction. Vous finirez bien par découvrir la vôtre. Je vous laisse, j’ai du travail.
Et là-dessus, il est parti, laissant mes pensées s’éparpiller et danser parmi les flocons.

Je suis redescendue vers les appartements de la Reine. Il m’avait intriguée. J’aurais bien voulu savoir le rôle qu’il me réservait. Et puis il avait parlé d’autres bateaux. Des navires s’embarquant pour la mer. Je ne savais même pas que c’était possible, et j’osais à peine y croire.
– Peut-être qu’on pourrait partir, a dit Léo, des étoiles dans les yeux.
Julieth n’a rien ajouté, mais j’ai senti qu’elle était d’accord.
Recommencer ailleurs.
Qu’est-ce que c’était, ailleurs ?
Le lendemain, j’ai aidé Hazi dans ses tâches, histoire de me donner un petit rôle. Ensemble, nous avons fait le grand lit à baldaquin. La Reine n’était pas là. Elle devait être à une de ces réunions où Renalto prenait des notes. Sur l’oreiller, j’ai recueilli un cheveu blond, comme un long fil d’or, ou d’argent, peut-être.
Pendant qu’Hazi cirait le parquet, je me suis assise dans un fauteuil ; il était très beau et très inconfortable, mais c’était le seul de la chambre de la Reine. J’ai regardé le ciel dans le rond du hublot. Julieth et Léo étaient là, à mes côtés, mais je sentais confusément qu’ils avaient perdu de la substance, depuis que je me levais et que je parlais de nouveau.
J’avais peur qu’ils ne disparaissent.
Léo a posé la main sur mon épaule, et je me suis endormie. Dans mon sommeil, il était toujours là, toujours réel.
J’ai rêvé du temps d’autrefois, quand j’étais encore voleuse, et que la vie était simple même quand elle semblait compliquée.

Un rire étrange m’a réveillée. C’était comme un écho à la folie qui habitait parfois mes pensées. J’ai ouvert les paupières. Il faisait sombre dans la chambre ; mon corps était engourdi, figé dans la position inconfortable où il était resté.
C’était la Reine. Elle revenait de la salle du trône. Le cercle d’or qui lui servait de couronne était de travers sur sa tête. Elle riait, elle riait, et les mots coulaient d’elle comme un délire.
– J’ai gagné, j’ai gagné. Donnez-moi les dés, je veux la mer, la mer, la mer !
Hazi s’est précipitée vers elle. Elle l’a prise par le coude pour la mener vers le lit, mais la Reine s’est dégagée d’un coup d’épaule.
– Allez me chercher les dés, vous ! elle a glapi, et de nouveau elle a éclaté de rire.
Je me suis avancée pour aider Hazi, sans trop savoir ce que j’allais faire. Quand elle m’a vue, elle s’est arrêtée de rire, et elle m’a fixée, comme prise de rage.
– Rends-moi les dés, rends-les-moi, sale voleuse !
Elle s’est emparée de mon poignet et l’a tiré à elle, violemment, avant de contempler, stupide, la paume de ma main vide. Alors, son regard s’est levé vers moi, le vert de ses yeux s’est noyé, elle s’est remise à rire, et elle était toujours belle, dans l’écrin blond de sa chevelure et de sa folie.
Hazi en a profité pour lui amener un cristal. Tout de suite elle s’est calmée, son rire s’est perdu dans la transparence. C’était la sphère d’Esther ; je la sentais autant que je la voyais. J’ai essayé de ne pas la regarder.
J’étais fascinée. Je me demandais jusqu’où les cristaux allaient la mener, et combien de temps cela pourrait durer. J’aurais voulu savoir ce qu’elle avait oublié et ce qui était resté, malgré tout, dans la profondeur de son être.
Après ça, Hazi l’a conduite vers le lit. Elle s’est laissé faire comme une marionnette. La suivante muette lui a enlevé sa robe. J’ai contemplé son corps mince, trop mince, vêtu de ses seuls cheveux.
Nue, elle était encore plus belle.
Hazi prenait soin d’elle, comme elle avait pris soin de moi, l’autre folle.
Je n’avais plus rien à faire là. Je suis allée me coucher.

La nuit, j’ai rêvé de la mer. Je ne savais pas à quoi elle ressemblait, mais, dans mes rêves, c’était comme un grand reflet de ciel.
Chapitre 3 : La Suivante du Serment
Quand j’ai émergé des brumes de mes songes, Hazi dormait encore, dans le lit voisin du mien. J’ai passé ma longue robe noire, je me suis enroulée dans un châle de laine et je suis sortie du petit réduit qui nous servait de chambre. En passant devant l’alcôve où dormait la Reine, je me suis arrêtée une seconde. Elle était enfouie sous les draps, repliée sur elle-même, cheveux éparpillés sur l’oreiller, paisible.
 Je suis revenue là où je savais que j’étais attendue. Il était déjà là, la pipe à la main. Il neigeait, et pendant un moment, j’ai regardé les flocons s’enrouler dans les spirales de fumée.
Il m’a parlé des institutions de Rivrene.
Renalto, je l’ai compris très vite, était un animal politique au sens le plus fort du mot. Il ne vivait que par et pour le pouvoir qu’il servait. Au début, il y est allé progressivement, et puis quand il a vu que j’étais intéressée, il s’est passionné pour son sujet. Moi, j’apprenais. C’étaient des idées nouvelles pour moi, qui éveillaient ma curiosité et me permettaient de faire de nouveau partie de ce monde.
– Pour voter, il faut être propriétaire, posséder une terre, vous voyez. Et, bien sûr, ça élimine des gens, beaucoup de monde, à vrai dire… Mais enfin, il y a tout de même un bon nombre de personnes qui votent… Vous avez déjà voté vous ? Non, bien sûr, vous n’êtes pas déclarée, je suppose, ce n’est pas très officiel, votre… profession. Bref, il y a le grand Conseil… l’Assemblée des archipels, et puis le Conseil des dix.
Il m’a regardée en disant ça, et j’ai su que c’était là où il voulait en venir. Docile, je lui ai demandé ce que c’était que le Conseil des dix.
– Vous voyez, ce sont eux qui prennent les décisions… qui font les lois, pour tout dire. Ça se passe dans la salle du trône, bien sûr. Les réunions ont lieu un jour sur deux et commencent au petit matin. La Reine préside les séances, elle rappelle les questions qui sont, disons, à l’ordre du jour.
J’ai haussé un sourcil quand il a dit ça. Je ne voyais pas comment elle pouvait présider quoi que ce soit dans l’état où elle était. Mais je n’ai rien dit, et il a poursuivi.
– Et donc, à la suite de ça, il y a un débat, qui peut durer, quelques minutes… ou plusieurs heures, voire, parfois, plusieurs jours. Le principe, vous voyez, c’est que chacun des dix doit dire, eh bien, tout ce qu’il souhaite exprimer sur le sujet, et, par conséquent, tant qu’ils n’ont pas tous parlé, on ne passe pas à la phase finale.
Ça me semblait presque démocratique. Je n’aurais pas cru que Rivrene fût gouvernée avec autant de subtilité.
– Et la phase finale, comment ça se passe ?
– Donc, vous voyez, quand tout le monde s’est exprimé, ils se mettent en rond par terre, et ils jouent aux dés celui qui va décider.
Je l’ai regardé, interloquée, mais il avait l’air très sérieux, comme d’habitude.
– Mais enfin, j’ai dit, pourquoi est-ce qu’ils débattent, si après ils se contentent de jouer aux dés celui qui l’emporte ?
– Oui, je comprends que cela puisse vous sembler absurde, il a dit, et il a passé la main dans sa barbe rousse. Mais, si vous aviez vu le processus, si vous y assistiez, vous verriez qu’il y a, comment dire, une certaine logique, ou du moins que ce n’est pas dépourvu de raison. Parce que, tous, ils se sont écoutés les uns les autres, ou au moins, entendus, et, en définitive, l’idée de départ, qui peut-être, je le reconnais, n’est pas toujours appliquée, l’idée, c’est que celui qui décide est influencé par le débat qui a eu lieu.
Il parlait avec passion, maintenant, cherchant à prouver la logique de ces rituels absurdes qui le fascinaient.
J’ai repensé à la reine, qui avait cherché les dés, la veille, en revenant dans sa chambre. J’étais sûre qu’elle n’était pas en état de diriger quoi que ce soit. Mais je ne l’ai pas interrogé sur le sujet. Je préférais que ça vienne de lui, que je sache, enfin, où il voulait en venir.
– Et vous, j’ai demandé, vous assistez à toutes ces réunions ?
– Bien sûr. C’est le rôle du Grand Ordonnateur des commissions dernières. On pourrait dire, eh bien, que je suis là pour rendre officiel ce que le gagnant des dix décide. Je suis aux côtés de la Reine.
– À côté d’elle ? Près du trône de bois ?
– Oui, enfin, quand elle est sur son trône, il a dit, d’une voix un peu plus hésitante que d’habitude. Vous voyez, vous comprenez, elle n’est plus vraiment elle-même, ces temps-ci, je suis sûr que vous savez pourquoi.
Il m’a regardée longuement, ses yeux pesant sur moi comme pour me juger, mais je n’ai pas répondu. J’attendais qu’il reprenne le fil de ses paroles, qu’il le suive jusqu’au bout.
– Bref, si je vous parle de cela, il a fini par...

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