Sorciers : l Intégrale
123 pages
Français

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Description

Qui sont réellement les sorciers ? Quels sont leurs points communs ? Subissent-ils ou non leur pouvoir ? Reflet de la vie intérieure mystérieuse des sorciers, qu’elle soit sage, tourmentée ou intriquée dans l’Histoire, chaque nouvelle de ce recueil dévoile une facette de leur personnalité. On glisse dans leur peau, on voyage et on tremble avec eux. Un Indien exorciste, un garçon qui voit ce que personne ne voit, un rasta Obeh plongé dans la violence jamaïcaine, un voyageur de l’étrange et... un curieux sortilège. Bienvenue dans le monde des SORCIERS ! SORCIERS est un recueil de nouvelles pas comme les autres, c’est un sort à lui seul.



Né en 1976 près de Paris, Lionel Cruzille est un écrivain enseignant également le qi gong et la méditation dans une approche laïque. Après plusieurs années passées dans les services d’urgences des hôpitaux parisiens, il change de vie. Ses essais abordent une spiritualité au-delà de la religion, à l’instar des enseignements qu’il a reçus. Dans ce prolongement, ses romans explorent, tour à tour, le sens du réel, questionnent le monde actuel et ses enjeux ou encore reflètent la quête intérieure de chacun.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 10
EAN13 9782379660047
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0067€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Lionel Cruzille


SORCIERS
L’INTÉGRALE
______

RECUEIL DE NOUVELLES



Les éditions L'Alchmiste
DU MÊME AUTEUR

ROMANS
Les Éditions de l’Alchimiste
– 2048 (tome 1, 2, 3)
– Le Concile de Merlin (tome 1, 2, 3)

NOUVELLES
Les Éditions de l’Alchimiste
– Sorciers (L’intégrale)

ESSAIS
Les Éditions de l’Alchimiste
– Être libre de ses émotions
Aux éditions Almora
– Changer ! Un chemin de transformation de soi
– Se libérer des pensées
Aux éditions Accarias-L’originel
– La spiritualité au cœur du quotidien
Cet ouvrage est une production des Éditions L’Alchimiste et est édité sans DRM.
© Les Éditions L’Alchimiste - 2018 Toute reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation conjointe des Éditions L’Alchimiste et de l’auteur.
ISBN : 978-2-37966-004-7
Dépôt légal à parution.
Photo de couverture : "Dream Catcher" By Vecster (Dreamstime)

Les Éditions L’Alchimiste, 9, La Lande - 37460 Genillé
06 31 68 35 51 / contact@editionslalchimiste.com
www.editionslalchimiste.com
OUSAMEQUIN
Souvenirs d’Outremonde
CHAPITRE UN

« Mais, bien sûr, ce n’était que le début de ma descente aux enfers. »


Natick, Massachusetts, USA, 1896
Je me souviens très bien de cette vaste pièce richement meublée, flanquée d’un âtre si monumental qu’avec mon regard d’enfant, je songeais que nous aurions pu y jouer à cache-cache. J’étais assis sur le bord du banc de pierre glacial, dos au mur et face à la pièce. La voisine, Mrs Olderson, femme de Monsieur le Comte, y donnait des cours d’anglais, de calcul, de catéchisme et quelques notions de bienséance aux peaux rouges que nous étions. Charité chrétienne oblige. C’était une dame en apparence douce, mais dotée en réalité d’un comportement erratique. Parfois, sans raison valable, elle s’emportait et il nous apparaissait alors clairement à mes quatre camarades, ma sœur et moi-même que les deux heures suivantes n’amèneraient que remontrances et vexations.
Les cours se tenaient le soir et quelquefois le week-end. Et je dois avouer que sans elle, mon anglais et mon écriture ne seraient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Mais, ce n’est pas ce qui me fut enseigné de plus important entre ces murs sombres. Les quelques mois que j’y passai me révélèrent le visage d’une défiance mêlée de crainte qui sculpterait toute mon enfance.
Pour autant, je dois concéder aux Olderson qu’ils étaient plongés dans un univers qui leur était inconnu, fait d’anarchie et d’une violence rare qui constituaient alors la nouvelle Amérique, bien loin de tout ce qui leur était familier. Ils avaient fait de leur demeure le prolongement d’une monarchie lointaine, et plus encore, la démonstration d’un prosélytisme zélé pour l’Église anglicane.
Persuadés qu’ils étaient de faire leur devoir ainsi que de leur supériorité sur ce monde de sauvages, ils s’appliquèrent à imposer leur mode de pensée et leurs croyances. Mais avaient-ils accepté, eux-mêmes, de comprendre les coutumes du pays qu’ils avaient envahi?
Il en résultait une inadaptation flagrante à cet univers à la fois brutal et avant-gardiste que devenait le Nouveau Monde. Sous des dehors affables, Mme la Comtesse cachait sa peur et son égarement tandis que M. le Comte transpirait un puritanisme condescendant et raciste, ce
qui les figeait tous deux dans une posture rigide vouée à la cassure.
Mais bien entendu, les us et coutumes étaient de leur côté. Et le pouvoir aussi.
Il leur était évident qu’il n’y avait pas d’autre façon de vivre que la leur. Ils le démontraient chaque jour. Nous étions des barbares et eux des gens bien nés, bien pensants, érudits, qui devaient voler au secours d’âmes plongées dans une ignorance sombre, et qu’ils se devaient de ramener dans le droit chemin. Et tandis que mon peuple s’éteignait, noyé dans l’alcool, la maladie et la pauvreté, ces nouveaux Américains pouvaient construire leurs maisons sur nos cadavres. Qui étaient les sauvages ? Qui avait massacré, volé et pillé l’autre?
Ma mère était malgré tout très fière de pouvoir nous emmener à ces cours; et nous, naïvement, qu’elle nous y pousse. Mais à sept ans, je ne connaissais bien entendu rien de toutes ces considérations, je savais juste que Julia et moi devions nous y rendre pour notre bien et parce que notre mère nous le demandait. En vérité, en plus de cette ambiance étrange à mes yeux d’enfant, ce lieu avait des relents de vieillerie. Mes camarades, tout comme ma petite soeur et moi-même, en avions peur pour des raisons que nous pouvions identifier. Mais pour ma part, ce n’était pas parce que la maison, édifiée selon les critères de l’ère victorienne, était impressionnante, sombre, ou encore à cause de la présence de ce vieillard froid et au nez crochu qu’on devait nommer « Monsieur le Comte ». Non, ce n’était pas du tout pour ça. Je n’avais pas peur de ce genre de choses. Non, mon angoisse avait un objet bien différent à l’époque. Un objet sans visage, sans nom et même sans consistance. Cela commença lors de cet hiver 1896. je me le rappelle parfaitement, car c’était le jour de mon anniversaire. Ma mère avait pensé à le noter si bien que, contrairement à beaucoup d’autres, je connaissais mon jour de naissance, le 6 décembre. Mon père était comme d’habitude loin de chez nous pour travailler. Il avait été employé comme négociant entre les peuples indiens et le chemin de fer. Un tiers de la tribu Massachusetts – et les autres – le considérait comme traître, un autre comme profiteur et le dernier tiers le jalousait. En vérité, il nous fallait survivre et mon père se moquait bien de ce qu’on pouvait penser de lui.
Pourtant, notre tribu avait été une des premières à suivre une voie pacifiste, mais finalement, cela ne changeait plus rien au tableau présent.
Ce jour-là, le 6 décembre, ma mère venait de nous déposer pour le cours du soir. Mrs Olderson, nerveuse, nous faisait face, et ma soeur se collait à moi à cause du froid si prégnant dans cette pièce. Je me demandais toujours pourquoi ils n’allumaient aucun feu dans cette si vaste cheminée. N’étaient-ils pas riches ? C’est à cet instant précis que ma vie prit une étonnante direction. Alors que notre institutrice de fortune entamait sa leçon, une ombre apparut derrière elle. Vous savez, à sept ans, le monde est encore empli de magie. Je n’ai donc pas immédiatement réagi. Je me bornai à scruter le phénomène. En vérité, j’étais même fasciné. Voyant que j’étais distrait, Mrs Olderson m’interpella et je me redressai vivement. Mais l’ombre demeura et grandit encore jusqu’à prendre une place imposante. Puis, elle se mut, spectrale, épaisse, d’abord sur la gauche puis sur la droite. Cela dura un bon moment. J’écarquillai alors les yeux. Mrs Olderson s’approcha de moi nerveusement et frappa du poing sur la table. L’encrier vola et renversa son précieux contenu sur deux de mes feuilles blanches. Mes camarades et moi fîmes un bond et le temps parut se figer. En voyant les auréoles grandir sur le papier, j’eus les larmes aux yeux. Ma mère me gronderait et j’eus honte de moi, sans vraiment comprendre ce qui venait de se produire. Raidi, je sentais que mon coeur cognait et je regrettai pour nous tous d’avoir mis en colère notre maîtresse. Je baissai la tête. Nous allions passer un sale quart d’heure, c’était sûr.
Mrs Olderson m’admonesta et quand je relevai les yeux, il n’y avait plus rien. Plus d’ombre ni rien d’étrange. Rien d’autre ne se produisit ce jour-là. Je crus avoir rêvé et pinçai mes lèvres à m’en faire mal. Je ne parlai à personne de cette histoire, mais, bien sûr, ce n’était que le début de ma descente aux enfers. C’est à partir de là que naquit mon angoisse de ces choses que personne ne voyait.
*
Les semaines qui suivirent furent incompréhensibles. Je m’endormais souvent en pleine journée, sans raison et d’un sommeil empli de songes bizarres et singuliers. Ces manifestations curieuses s’intensifièrent. Je ne comprenais rien à ce qui m’arrivait, mais à sept ans, il y a beaucoup de choses qu’on ne s’explique pas. Toutefois, le pire restait à venir.
Le dernier cours de cet hiver 1896 se tint, comme d’habitude, dans l’immense salon lugubre de la demeure de Monsieur le Comte. Mrs Olderson nous annonça qu’elle allait partir pour les habituelles fêtes chrétiennes et que son mari avait une surprise pour nous. Elle insista bien sur le fait que nous étions très chanceux et que nous devions montrer de la gratitude pour cette charité inespérée pour nous «encore un peu sauvages», avait-elle dit.
J’avais très mal dormi ce jour-là et mon esprit était toujours troublé. Tandis que nous nous tenions, comme à l’habitude, assis bien droits sur ce banc froid, nous vîmes, chose exceptionnelle, Monsieur le Comte descendre en personne pour nous voir. Tout en progressant dans l’escalier, il disait d’une voix chevrotante vouloir nous offrir des cadeaux. À la fois heureux et anxieux, nous restâmes tous figés, de peur de mal faire ou mal dire. Alors, nous le regardâmes, muets et statufiés. C’était un très vieil homme, courbé, toujours habillé de noir et arborant à l’extérieur un chapeau haut de forme et une canne. On disait partout qu’il avait «fait la guerre», et qu’il était «important». J’ignorais ce que ça voulait dire, mais constatais une chose: tout le monde le craignait. Raison de plus pour se taire et tenter de faire bonne impression ou du moins de ne pas se faire remarquer.
Nous étions du côté opposé à l’escalier de bois magnifiquement sculpté qui descendait à la fois sur le hall et le salon. Au milieu des craquements des marches, je notai que le vieil homme chancelant s’agrippait à la longue rambarde. Malgré son arrogance, il me semblait bien frêle. Une marche, deux marches, trois marches, tout le monde le fixait en silence. Et, d’un coup, l’homme perdit l’équilibre. Sa cheville flancha, son pied prit un angle improbable et il chuta la tête la première. Mais je notai que ma vision subissait une étrange distorsion et, au moment même où se produisait cette scène, je poussai un cri.
Et là, je me réveill

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