Sorciers : l Intégrale
118 pages
Français

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Description

Qui sont réellement les sorciers ? Quels sont leurs points communs ? Subissent-ils ou non leur pouvoir ? Reflet de la vie intérieure mystérieuse des sorciers, qu’elle soit sage, tourmentée ou intriquée dans l’Histoire, chaque nouvelle de ce recueil dévoile une facette de leur personnalité. On glisse dans leur peau, on voyage et on tremble avec eux. Un Indien exorciste, un garçon qui voit ce que personne ne voit, un rasta Obeh plongé dans la violence jamaïcaine, un voyageur de l’étrange et... un curieux sortilège. Bienvenue dans le monde des SORCIERS ! SORCIERS est un recueil de nouvelles pas comme les autres, c’est un sort à lui seul.



Né en 1976 près de Paris, Lionel Cruzille est un écrivain enseignant également le qi gong et la méditation dans une approche laïque. Après plusieurs années passées dans les services d’urgences des hôpitaux parisiens, il change de vie. Ses essais abordent une spiritualité au-delà de la religion, à l’instar des enseignements qu’il a reçus. Dans ce prolongement, ses romans explorent, tour à tour, le sens du réel, questionnent le monde actuel et ses enjeux ou encore reflètent la quête intérieure de chacun.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782379660047
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Lionel Cruzille
SORCIERS
L’INTÉGRALE
______________
RECUEIL DE NOUVELLES
L'Alchmiste éditions
DU MÊME AUTEUR
ROMANS
Les Éditions de l’Alchimiste
– 2048 (tome 1, 2, 3)
– Le Concile de Merlin (tome 1, 2, 3)
NOUVELLES
Les Éditions de l’Alchimiste
– Sorciers (L’intégrale)
ESSAIS
Les Éditions de l’Alchimiste
– Être libre de ses émotions
Aux éditions Almora
– Changer ! Un chemin de transformation de soi
– Se libérer des pensées
Aux éditions Accarias-L’originel
– La spiritualité au cœur du quotidien
Cet ouvrage est une production des Éditions L’Alchi miste et est édité sans DRM.
© Les Éditions L’Alchimiste - 2018 Toute reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation conjointe des Éditions L’Alchimis te et de l’auteur.
ISBN : 978-2-37966-004-7
Dépôt légal à parution.
Photo de couverture : "Dream Catcher" By Vecster (Dreamstime)
L9, La Lande - 37460 Genillées Éditions L’Alchimiste,
06 31 68 35 51 / contact@editionslalchimiste.com
www.editionslalchimiste.com
OUSAMEQUIN
Souvenirs d’Outremonde
CHAPITRE UN
«Mais, bien sûr, ce n’était que le début de ma desce nte aux enfers.»
Natick, Massachusetts, USA, 1896
Je me souviens très bien de cette vaste pièce riche ment meublée, flanquée d’un âtre si monumental qu’avec mon regard d’enfant, je songeais que nous aurions pu y jouer à cache-cache. J’étais assis sur le bord du banc de p ierre glacial, dos au mur et face à la pièce. La voisine, Miss Olderson, femme de Monsieur le Comte, y donnait des cours d’anglais, de calcul, de catéchisme et quelques not ions de bienséance aux peaux rouges que nous étions. Charité chrétienne oblige. C’était une dame en apparence douce, mais dotée en réalité d’un comportement erra tique. Parfois, sans raison valable, elle s’emportait et il nous apparaissait alors clai rement à mes quatre camarades, ma sœur et moi-même que les deux heures suivantes n’am èneraient que remontrances et vexations.
Les cours se tenaient le soir et quelquefois le wee k-end. Et je dois avouer que sans elle, mon anglais et mon écriture ne seraient pas c e qu’ils sont aujourd’hui. Mais, ce n’est pas ce qui me fut enseigné de plus important entre ces murs sombres. Les quelques mois que j’y passai me révélèrent le visag e d’une défiance mêlée de crainte qui sculpterait toute mon enfance.
Pour autant, je dois concéder aux Olderson qu’ils é taient plongés dans un univers qui leur était inconnu, fait d’anarchie et d’une violen ce rare qui constituaient alors la nouvelle Amérique, bien loin de tout ce qui leur ét ait familier. Ils avaient fait de leur demeure le prolongement d’une monarchie lointaine, et plus encore, la démonstration d’un missionarisme zélé pour l’Église anglicane.
Persuadés qu’ils étaient de faire leur devoir ainsi que de leur supériorité sur ce monde de sauvages, ils s’appliquèrent à imposer leur mode de pensée et leurs croyances. Mais avaient-ils accepté, eux-mêmes, de comprendre les coutumes du pays qu’ils avaient envahi?
Il en résultait une inadaptation flagrante à cet un ivers à la fois brutal et avant-gardiste que devenait le Nouveau Monde. Sous des dehors affa bles, Mme la Comtesse cachait sa peur et son égarement tandis que Mr le Comte tra nspirait un puritanisme condescendant et raciste, ce qui les figeaient tous deux dans une posture rigide vouée à la cassure. Mais bien entendu, les us et coutumes étaient de leur côté. Et le pouvoir aussi.
Il leur était évident qu’il n’y avait pas d’autre f açon de vivre que la leur. Ils le démontraient chaque jour. Nous étions des barbares et eux des gens bien nés, bien pensants, érudits, qui devaient voler au secours d’ âmes plongées dans une ignorance sombre, et qu’ils se devaient de ramener dans le dr oit chemin. Et tandis que mon
peuple s’éteignait, noyé dans l’alcool, la maladie et la pauvreté, ces nouveaux Américains pouvaient construire leurs maisons sur n os cadavres. Qui étaient les sauvages? Qui avait massacré, volé et pillé l’autre?
Ma mère était malgré tout très fière de pouvoir nou s emmener à ces cours ; et nous, naïvement, qu’elle nous y pousse. Mais à sept ans, je ne connaissais bien entendu rien de toutes ces considérations, je savais juste que Julia et moi devions nous y rendre pour notre bien et parce que notre mère nous le demandait.
En vérité, en plus de cette ambiance étrange à mes yeux d’enfant, ce lieu avait des relents de vieillerie. Mes camarades, tout comme ma petite sœur et moi-même, en avions peur pour des raisons que nous pouvions iden tifier. Mais pour ma part, ce n’était pas parce que la maison, édifiée selon les critères de l’ère victorienne, était impressionnante, sombre, ou encore à cause de la pr ésence de ce vieillard froid et au nez crochu qu’on devait nommer «Monsieur le Comte». Non, ce n’était pas du tout pour ça. Je n’avais pas peur de ce genre de choses. Non, mon angoisse avait un objet bien différent à l’époque. Un objet sans visage, sa ns nom et même sans consistance.
Cela commença lors de cet hiver 1896. Je m’en rappe lle parfaitement, car c’était le jour de mon anniversaire. Ma mère avait pensé à le noter si bien que, contrairement à beaucoup d’autres, je connaissais mon jour de naiss ance, le 6 décembre.
Mon père était comme d’habitude loin de chez nous p our travailler. Il avait été employé comme négociant entre les peuples indiens et le che min de fer. Un tiers de la tribu Massachusetts – et les autres – le considérait comm e traître, un autre comme profiteur et le dernier tiers le jalousait. En vérité, il nou s fallait survivre et mon père se moquait bien de ce qu’on pouvait penser de lui. Pourtant, n otre tribu avait été une des premières à suivre une voie pacifiste, mais au fina l, cela ne changeait plus rien au tableau présent.
Ce jour-là, le six décembre, ma mère venait de nous déposer pour le cours du soir. Mrs Olderson, nerveuse, nous faisait face, et ma sœur s e collait à moi à cause du froid si prégnant dans cette pièce. Je me demandais toujours pourquoi ils n’allumaient aucun feu dans cette si vaste cheminée. N’étaient-ils pas riches?
C’est à cet instant précis que ma vie prit une éton nante direction. Alors que notre institutrice de fortune débutait sa leçon, une ombr e apparut derrière elle. Vous savez, à sept ans, le monde est encore empli de magie. Je n’ai donc pas immédiatement réagi. Je me bornai à scruter le phénomène. En véri té, j’étais même fasciné. Voyant que j’étais distrait, Mrs Olderson m’interpella et je me redressai vivement.
Mais l’ombre demeura et grandit encore jusqu’à pren dre une place imposante. Puis, elle se mut, spectrale, épaisse, d’abord sur la gau che puis sur la droite. Cela dura un bon moment. J’écarquillai alors les yeux. Mrs Older son s’approcha de moi nerveusement et frappa du poing sur la table. L’enc rier vola et renversa son précieux contenu sur deux de mes feuilles blanches. Mes cama rades et moi fîmes un bond et le temps parut se figer. En voyant les auréoles grandi r sur le papier, j’eus les larmes aux yeux. Ma mère me gronderait et j’eus honte de moi, sans vraiment comprendre ce qui venait de se produire.
Raidi, mon cœur cognait et je regrettai pour nous t ous d’avoir mis en colère notre
maîtresse. Je baissai la tête. Nous allions passer un sale quart d’heure, c’était sûr.
Mrs Olderson m’admonesta et quand je relevai les ye ux, il n’y avait plus rien. Plus d’ombre ni rien d’étrange. Rien d’autre ne se produ isit ce jour-là. Je crus avoir rêvé et pinçai mes lèvres à m’en faire mal. Je ne parlai à personne de cette histoire, mais, bien sûr, ce n’était que le début de ma descente aux enf ers. C’est à partir de là que naquit mon angoisse de ces choses que personne ne voyait.
*
Les semaines qui suivirent furent incompréhensibles . Je m’endormais souvent en pleine journée, sans raison et d’un sommeil empli d e songes bizarres et singuliers. Ces manifestations curieuses s’intensifièrent. Je ne co mprenais rien à ce qui m’arrivait, mais à sept ans, il y a beaucoup de choses qu’on ne s’explique pas. Pourtant, le pire restait à venir.
Le dernier cours de cet hiver 1896 se tint, comme d ’habitude, dans l’immense salon lugubre de la demeure de Monsieur le Comte. Mrs Old erson nous annonça qu’elle allait partir pour les habituelles fêtes chrétiennes et qu e son mari avait une surprise pour nous. Elle insista bien sur le fait que nous étions très chanceux et que nous devions montrer de la gratitude pour cette charité inespéré e pour nous «encore un peu sauvages», avait-elle dit.
J’avais très mal dormi ce jour-là et mon esprit éta it toujours troublé. Tandis que nous nous tenions, comme à l’habitude, assis bien droits sur ce banc froid, nous vîmes, chose exceptionnelle, Monsieur le Comte descendre e n personne pour nous voir. Tout en progressant dans l’escalier, il disait d’une voi x chevrotante vouloir nous offrir des cadeaux. À la fois heureux et anxieux, nous restion s tous figés, de peur de mal faire ou mal dire. Alors, nous le regardions, muets et statu fiés. C’était un très vieil homme, courbé, toujours habillé de noir et arborant à l’ex térieur un chapeau haut de forme et une canne. On disait partout qu’il avait «fait la guerre», et qu’il était «important». J’ignorais ce que ça voulait dire, mais constatais une chose : tout le monde le craignait. Raison de plus pour se taire et tenter de faire bon ne impression ou du moins de ne pas se faire remarquer.
Nous étions du côté opposé à l’escalier de bois mag nifiquement sculpté qui descendait à la fois sur le hall et le salon. Au milieu des cr aquements des marches, je notai que le vieil homme chancelant s’agrippait à la longue ramb arde. Malgré son arrogance, il me semblait bien frêle. Une marche, deux marches, troi s marches, tout le monde le fixait en silence. Et, d’un coup, l’homme perdit l’équilib re. Sa cheville flancha, son pied prit un angle improbable et il chuta la tête la première . Mais je notai que ma vision subissait une étrange distorsion et, au moment même où se produisait cette scène, je poussai un cri.
Et là, je meréveillai.
Comment était-ce possible? Je l’ignorai.
«J’ai des cadeaux pour vous, mes jeunes amis», disait la même voix nasillarde.
Tout se passa ensuite en une fraction de seconde. L es yeux écarquillés, le cœur battant, je vis que mes camarades me fixaient tous, mi-apeurés, mi-amusés. Ma sœur
se cramponnait à la toile usée de mon pantalon. Qu’ avais-je fait? M’étais-je endormi? Puis je rencontrai le regard réprobateur de Mrs Old erson et entrevis au même instant, juste derrière elle, le vieillard trébucher. Son pi ed loupa une marche, sa cheville se tordit et il chuta la tête la première.
Une série de bruits sourds et dérangeants nous figè rent tous de stupeur. Tout cela ne dura que le temps d’un ou deux battements d’ailes.
Mon sang se glaça. Cette scène était la même que ce lle dont j’avais «rêvée». Exactement la même. Image après image. J’étais stup éfait et totalement désemparé. Mrs Olderson se précipita auprès du corps étendu de son mari. Le vieillard était effondré au sol, inerte, une mare de sang entourant sa tête et son chapeau haut de forme tombé au loin. Un homme de couleur, certainem ent le majordome, accouru aussitôt vers son maître. À leur expression, nous c omprenions que c’était grave. Ils s’activèrent autour de lui puis j’entendis de loin une voix catastrophée annoncer : «Je suis désolé. Il est mort, maîtresse».
Ma première réaction fut la stupeur : c’était la pr emière fois que je voyais quelqu’un mourir. Les autres enfants retenaient leur souffle et je sentis pour ma part le drame arriver sous la forme d’une masse de pression invis ible s’abattant sur nous. Non. Sur moi.
Bouleversée, Mrs Olderson mit les mains sur son vis age puis l’instant suivant – et je m’en souviendrai toute ma vie – se tourna vers moi et d’un doigt accusateur lança : «C’est de ta faute! Toi, le Peau-Rouge! Tu dormais et tu as crié! Tu lui as fait peur! Je l’ai vu. Seigneur, c’est à cause de toi que mon mari est mort!»
Alors, prise de furie, elle fonça sur moi et me gif la violemment. Puis, elle nous poussa tous dehors, sans ménagement, jetant nos affaires e n l’air, bousculant, insultant, pour claquer aussi vite la porte derrière nous avec rage .
Mes souvenirs de cet instant sont encore très clair s. Sur les marches du perron, nous étions tous abasourdis. Traumatisée, ma sœur trembl ait comme une feuille tandis que les quatre autres garçons me regardaient déjà d’un œil dur. «Pourquoi t’as fait ça?», dit le plus grand.
— Fait quoi? lui demandai-je interloqué.
J’étais sincèrement débordé, émotionnellement et me ntalement. Je ne comprenais rien à ce qui venait de se produire et n’arrivais pas à penser clairement.
— Pourquoi t’as crié, crétin?
— Bah, en fait, j’sais pas... répondis-je alors que les larmes me montaient aux yeux.
— Tu ne sais pas?
Et je sentis nettement qu’il allait passer sa colère sur moi.
— T’es idiot ou quoi? Il est idiot, les gars! dit-il en s’adressant à ses trois copains.
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