Tension à bord
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Tension à bord , livre ebook

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Description

Bien plus qu'une enquête, c'est une aventure maritime que vont vivre Rossetti, Mac Lane et leurs amis sur un bateau de croisière mythique, le Queen Mary 2.
Malgré l'ambiance romantique, ils devront quitter leurs tenues de soirée pour faire face à des passagers surprises bien décidés à leur gâcher leur voyage... Les talents d'enquêteur de Rossetti, les compétences technologiques de Mac Lane, et la bonne volonté de Martinez et Chloë suffiront-ils à sauver leurs vacances ?
Embarquez dans cette septième aventure et vivez l’expérience d’une croisière…inoubliable !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 avril 2015
Nombre de lectures 1
EAN13 9782924579015
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0010€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Contenu

Titre
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Note de l'auteur
Remerciements
Dans la même série
Notes
Tension à bord

Rossetti & MacLane
Volume 7



Copyright © 2015 - Jérôme Dumont
Tous droits réservés.
ISBN: 978-2-924579-01-5
1.

— Sérieusement ? Une croisière ? Comment j’ai pu m’embarquer dans cette galère ?

— Martinez, c’est plus fort que toi, même quand tu râles, il faut que tu montres à quel point tu es spirituel… Je suis étonné que tu n’aies pas encore mentionné de parapluies…

— Tu ne voudrais pas non plus que je te chante « mon amour, je t’attendrai toute ma vie » ?

— Tu as raison, il ne faudrait pas exagérer, même si nous sommes à Cherbourg. Allez Robert, dis-toi qu’on fait plaisir à nos femmes, elles trouvent ça tellement romantique une croisière. Ça sera l’occasion de se reposer, de profiter des installations : tu te rends compte ? Cinq piscines, huit jacuzzis, plus de vingt restaurants, un théâtre, un casino, un cinéma de plein air et même un vétérinaire à bord si tu as le mal de mer !

— Si quelqu’un risque d’aller voir le vétérinaire, c’est plutôt toi, pour ton mal de mer chronique, Gab’. Quant aux jacuzzis, dois-je te rappeler qu’il y aura à peu près deux mille voyageurs ? Pour l’intimité, on repassera !
Et en plus, ta femme a choisi un bateau anglais et maudit… Le Queen Mary 2, ça sonne comme « le retour de la Reine » doublé, je te le rappelle d’un drame avant même qu’il n’ait pris la mer…

— OK Robert. Si tu commences comme ça, je suis sûr que tu arriveras à nous gâcher à tous les quatre les six jours de traversée direction New York. Tu ne veux pas y mettre du tien, pour une fois ?
Tiens, moi, est-ce que je me plains du mal de mer que je ne manquerai pas d’avoir ou du fait qu’on se retrouve au bout du monde… en plein Cotentin ? Non.

Martinez considéra son ami avec une moue réprobatrice qui fondit rapidement pour faire place à un sourire amusé :

— Tu as raison. Rien que la perspective de te voir vomir m’enchante au plus haut point !
Je vais faire un effort, après tout, nous sommes tous les deux jeunes mariés… Voyons ça comme un second voyage de noces. Heureusement que pour le premier, je ne t’avais pas sur le dos !

— Tiens, en parlant de noces, voilà nos femmes, nous allons pouvoir enfin embarquer !

Chloé et Amandine n’avaient visiblement aucune réserve vis-à-vis de la croisière qui les attendait : une occasion parfaite de décrocher des dernières péripéties vécues par Gabriel sur qui toute la misère du monde s’était abattue 1 en l’espace de quelques jours. Un cadre romantique parfait, l’occasion de se retrouver. Lorsqu’Amandine avait lu un entrefilet au sujet de la croisière anniversaire du navire, l’idée lui était instantanément venue. Elle ne l’avait pas imaginée sans la présence de Martinez et de sa femme, Chloé. Cette dernière avait tout de suite « acheté » l’idée qu’elles dévoilèrent, ensemble à leurs maris. L’effet de surprise laissa leurs deux moitiés littéralement sans voix l’espace d’un instant. Ils s’étaient rapidement repris et avaient dressé dans la foulée un inventaire à la Prévert des inconvénients et contre-indications : mal de mer, iceberg sur la route, tempête… De purs esprits positifs à l’œuvre. Elles ne s’étaient pas laissées démonter et leur avaient précisé qu’ils pouvaient bien râler autant qu’ils le voudraient, les billets étaient pris. Elles avaient ajouté qu’il était hors de question non seulement qu’ils annulent, mais également qu’ils gâchent ce bon moment.
Gabriel s’était facilement rallié à l’idée : une croisière lui permettrait de changer d’air après ses dernières mésaventures. Martinez en revanche fut plus difficile à convaincre. Il n’avait cessé de jouer les rabat-joies durant l’intégralité du trajet les menant de Nice à Cherbourg, réussissant même l’exploit de fatiguer son vieil ami, une des rares personnes à le supporter dans ces moments-là.
Quant à Chloé, sa bonne humeur indéfectible semblait atteindre sa limite.
Était-ce la récente intervention de Gabriel ou une soudaine illumination qui eurent raison de Martinez ? Difficile à dire. Il accueillit Chloé et Amandine avec son plus beau sourire :

— Mesdames, sur ma vie, cette croisière va être inoubliable et je vous garantis qu’arrivés à New York, le capitaine me décernera le titre de voyageur d’honneur !

Tous se regardèrent, interloqués, avant que Gabriel ne lâche :

— Bon Dieu. Ça va être encore pire que prévu…
2.

Le terminal de croisière ressemblait à un gigantesque hall de gare sur plusieurs niveaux. Le processus d’embarquement à bord de cet imposant paquebot ressemblait à celui que les aéroports réservaient à leurs voyageurs : cartes d’embarquement, contrôles de sécurité et passage par des satellites pour, enfin, pénétrer dans le flanc du navire.

Martinez avait radicalement modifié son comportement : il s’émerveillait à présent d’un rien, qu’il s’agisse de la moquette ornée d’arabesques ou encore des balustrades dorées :

— Il faut absolument que j’emmène ma mère en croisière, c’est exactement son style !

Amandine chuchota à l’oreille de Gabriel :

— Une chance que j’aie réservé sur un navire britannique — même s’il bat pavillon des Bermudes : nous n’aurons pas les traditionnels GO et autres amuseurs de certains croisiéristes… La concurrence de Robert eût été vraiment déloyale pour eux !

Gabriel réprima un fou rire. Le fait de se trouver soudainement sur une extension du territoire britannique lui conférait un début de flegme caractéristique :

— S’il continue comme ça, je regretterais bientôt sa vraie fausse mauvaise humeur.

— Profitons en tant que ça dure. De deux choses l’une : soit Chloé joue magnifiquement le jeu, soit elle est positivement ravie.

— J’ai peur qu’elle s’habitue. Plus dur sera le réveil…

— Personne ne l’a forcée à épouser le bellâtre, hein. Et de ce qu’elle m’en a dit, elle a l’air d’y trouver son compte. En tous cas, elle est radieuse, ça fait plaisir à voir.
Bon, ce n’est pas tout ça, mais je vais aller demander où se situent exactement nos cabines, histoire qu’on puisse se poser en attendant l’appareillage.

D’un bond, Amandine se retrouva au comptoir qui ressemblait à s’y méprendre à celui d’un grand hôtel et obtint tous les renseignements dont elle avait besoin.
Elle avait réservé deux mini-suites munies de balcons privatifs, une à tribord, l’autre à bâbord, permettant de jouir d’une magnifique vue sur l’océan. Par la même occasion, ils se retrouvaient ainsi dans les trois ponts supérieurs, les seuls offrant la rare commodité d’un balcon.
Ils prirent possession de leur cabine juste à temps pour se soumettre à l’exercice de sécurité obligatoire précédant le départ. Routine incontournable pour l’armateur qui ne lésinait pas sur la sécurité, rappelant à plusieurs reprises que les moyens étaient « surdimensionnés » par rapport au nombre de passagers.
Lorsque le paquebot largua finalement ses amarres, ils profitèrent de leur terrasse pour jouir d’un point de vue imprenable sur la rade de Cherbourg.
Une fois la mer rejointe, Gabriel en profita pour visiter la suite. Juste ce qu’il fallait de boiseries pour apporter une touche marine à l’ensemble, un petit salon à côté du balcon, un espace bureau, tout avait été prévu pour les longues journées passées en mer. Un majordome s’était occupé de leurs bagages qui attendaient, sagement rangés, à côté de la grande penderie jouxtant l’entrée.
Alors qu’il s’attardait à compulser l’impressionnante documentation de bord, il sentit la main d’Amandine se poser sur son épaule et son souffle sur sa nuque :

— Notre première croisière… Je trouve ça très romantique, tu sais. Je n’ai pas l’air comme ça, mais je suis parfois un peu… midinette.

— Ne change rien ! J’ai toutes les peines du monde à camoufler moi aussi ce petit « travers », même si j’y travaille fort ! Lorsque tu as prononcé le mot croisière, j’ai immédiatement pensé à un remake de Titanic, mais la seconde d’après, je me suis dit que c’était une trop belle occasion pour ne pas en profiter pleinement. Bon, pour Robert, ça a demandé plus de travail, mais je suis sûr que Chloé est « sur le dossier »…

La respiration d’Amandine se fit plus intense. Elle resta silencieuse quelques instants avant de chuchoter à Gabriel :

— Tu devrais toi aussi te mettre sur ton dossier.
3.

Amandine achevait de se préparer pour le dîner alors que Gabriel n’était encore vêtu que d’une simple serviette enroulée autour de la taille lorsque leurs amis frappèrent à leur porte. La délicatesse caractéristique de Martinez était encore à l’œuvre :

— Alors les tourtereaux ? C’est pas un peu bientôt fini ? J’ai faim, moi !

Sans se soucier de sa tenue, Gabriel ouvrit et fit entrer les visiteurs. Martinez s’installa dans le canapé situé à proximité de la baie vitrée et lança :

— Ah, vous avez vraiment une belle vue, vous !

— De quoi te plains-tu, Robert ? Ta cabine est juste en face : tu as la même !

— Je sais, je sais Amandine… Mais si je ne me plaignais pas, ça ne serait plus tout à fait moi, pas vrai ?

Chloé regarda Amandine avec une moue mi-affectueuse, mi-désespérée.
Personne n’était dupe du personnage que Martinez se complaisait à jouer à longueur d’année. Le plus simple était de passer à autre chose pour couper court à ses velléités plaintives. Les deux femmes entamèrent un échange de compliments dont elles seules ont le secret sur leurs robes du soir pendant que Gabriel enfilait son smoking. Tenue de soirée de rigueur pour le premier dîner à bord. La fameuse étiquette britannique à laquelle ils n’avaient aucune intention de se défiler ; ce décorum faisait partie du voyage.

Ils se mirent tous en route pour le pont quatre où se situait leur restaurant. Les places avaient été assignées d’avance, dans cet endroit réservé aux détenteurs de suites ou de cabines encore plus luxueuses. Décidément, ce n’était pas un système de classes qui se perpétuait ainsi, mais bien de véritables castes…
Ils étaient parmi les derniers à arriver si bien que tous les convives étaient déjà attablés, ayant commencé à faire connaissance.
Martinez glissa à l’oreille de Gabriel :

— Tu as vu ça ? Avec la chance qu’on a, on se retrouve à table avec les vieux croutons… Pourquoi on ne se retrouve pas à la table des top models, comme celle de là-bas, ou celle-là ?

Effectivement, au tirage au sort des compagnons de table, ils avaient obtenu la série complète de cartes vermeil…
Gabriel répondit, du tac au tac :

— Parce que nous avons déjà nos top models avec nous, couillon !

— Ouais, c’est ça, rien que de les jeter en pâture aux regards libidineux des papys à table, ça me fout en rogne, moi !

— Susceptible, toujours de mauvais poil et jaloux. Décidément, tu cumules les mandats, Robert !

— Ohhh, je t’en prie, pas avec moi, Rossetti ! Franchement, ne me dis pas que la robe en lamé de ta femme, c’est pas des perles aux cochons pour ces vieux vicelards ?

— J’ai la prétention de penser qu’elle s’est faite belle pour elle et pour moi. Tiens, peut-être même pour toi aussi. Et ça ne me fait rien, alors que si quelqu’un te connaît bien, c’est moi, hein…

La discussion s’arrêta là, le maître d’hôtel assigné à leur table leur indiquait leurs places. Ils se présentèrent aux trois couples déjà installés. Ils avaient en tous cas le privilège d’avoir des convives de tous les pays : à leur gauche se trouvait un vieil anglais rougeaud dont les moustaches le faisaient ressembler à un morse, flanqué de son épouse aussi fripée que famélique. À leur droite, un américain jovial et visiblement très satisfait de lui et sa femme trop siliconée et botoxée pour être vraie. Enfin, face à eux, le dernier couple était formé d’une femme très distinguée et de son mari, un peu effacé. Des Madrilènes qui rendaient visite à leur fils installé à New York depuis six mois.
Il ne leur fallut pas plus de cinq minutes pour que l’américain ait détaillé l’intégralité de son CV, dont les Anglais avaient déjà dû supporter une première fois le récit, à voir l’air contrarié du sujet de sa gracieuse Majesté. Bill Sanders, c’était son nom, avait fait fortune dans le recyclage et les déchets.
Gabriel avait immédiatement jeté un regard noir préventif à Martinez pour qui l’association entre l’épouse de Bill et la profession de ce dernier ne pouvait être qu’une évidence, ce qui permit à l’américain de poursuivre et d’indiquer qu’ils avaient aussi trois magnifiques enfants et… deux grosses BMW.
Profitant d’une heureuse pause de Bill, qui ne savait pas parler et boire en même temps, ils apprirent de leur voisin de gauche qu’en fait de citoyen anglais, ils avaient affaire à un authentique Lord : David Mason et son épouse, Mary. Son éducation l’empêchait manifestement de s’épancher comme Bill, si bien qu’il se contenta de se qualifier de propriétaire terrien avec une imprécision délibérée qui pouvait sous-entendre qu’il possédait la moitié du pays de Galles.
Finalement, Bianca Goya se présenta et se contenta d’uniquement mentionner le nom de son mari, Eduardo.
Les amis se présentèrent tour à tour. Lorsque Chloé, Martinez et Gabriel eurent décliné leur profession commune, Bill ne put s’empêcher de demander s’il y avait un congrès d’avocats sur le navire. C’est Amandine qui rectifia en précisant qu’ils n’étaient pas « en service » et que, de son côté, elle avait temporairement pris congé de sa compagnie, Stuff for Fun. Une fois ne fut pas coutume, aucun des convives ne connaissait les jeux sociaux pour mobiles que sa compagnie montréalaise fabriquait. Elle ne s’en formalisa pas pour autant tant il était vrai que démographiquement, le profil de ses joueurs était éloigné de ses vis-à-vis.

Avant que le service ne commence, un tintement de verre se fit entendre dans la salle, de plus en plus fort, suivi d’un laconique « your attention please » .
Restaurant VIP oblige, ils eurent droit à un discours du capitaine, leur souhaitant la bienvenue à bord de ce navire au nom mythique, qui fêtait son dixième anniversaire. Il leur promit un voyage encore plus inoubliable qu’à l’accoutumée et en profita pour ajouter que, pour lui aussi, cette traversée serait particulière puisqu’il prendrait sa retraite à l’issue de celle-ci. Bien entendu, il finit par lever son verre à la santé de la Reine, comme il se devait.

On évita de peu l’incident diplomatique lorsque Bill se mit en tête de revenir sur la tradition monarchique, prenant à témoin sa voisine espagnole qui le recadra très rapidement en précisant qu’elle vouait une grande admiration à Sa Majesté catholique Felipe VI. Décidément, l’américain avait le don de se faire des amis rapidement.
Tout en pointant discrètement ce dernier du menton, Gabriel s’adressa à Chloé :

— Je crois que nous avons trouvé un champion à côté de qui Robert passera pour un débutant…

— Gabriel, je t’en prie ; ils ne jouent pas dans la même cour, tout de même !

— Tu as raison, mais je t’avoue que j’ai vraiment eu peur qu’il ne lui échappe un bon mot dont il a le secret, ou qu’il rebaptise Madame Goya d’un prénom plus… enfantin !

— Tu ne laisses pas ta part au chat ! N’oublions pas cependant que Robert est un pénaliste : le doute doit profiter à l’accusé !

Gabriel n’eut pas le temps de répondre, Bill revenait à la charge. Dans un élan de galanterie insoupçonné, il proposa de lever son verre aux dames présentes à table et, joignant le geste à la parole, se leva et porta une main sur son cœur tout en ne quittant pas des yeux sa femme :

— À ma tendre épouse et…

Sa main passa subitement de son cœur à sa gorge et il devint soudainement tout rouge, semblant manquer d’air. Il se mit à hoqueter, en proie à de soudaines convulsions. Il lâcha son verre qui vint se briser sur son assiette, tenta un mouvement de recul qui fit basculer sa chaise, avant qu’il ne s’effondre, essayant vainement de se raccrocher à la table. Il fut ensuite en proie à de brutales contractions avant de finalement se raidir, définitivement, à la plus grande stupéfaction des convives qui n’avaient même pas eu le temps de réagir.
4.

Avant même qu’ils n’aient pu dire un mot, le médecin de bord arriva, comme surgi de nulle part. Il ouvrit une trousse de secours en cuir qui semblait remonter à l’époque victorienne et attrapa son stéthoscope d’une main, tout en posant l’autre sur le cou de Sanders. Son élan digne d’un médecin de guerre s’arrêta brutalement : tournant la tête vers le capitaine, il se contenta de hocher négativement la tête. La main posée sur Sanders lui avait confirmé la triste réalité : il était trop tard. Bill Sanders venait de faire son dernier repas.
Son épouse posa ses mains sur son visage, comme si elle cherchait à effacer cette vision.
La salle au complet était médusée par ce décès aussi brutal que soudain. Seul Lord Mason semblait impassible. La mort d’une mouche ne lui aurait pas fait moins d’effet. Bianca Goya, pour sa part, feignait au moins d’avoir l’air affectée, même si Gabriel, en la détaillant, se doutait que cela ne durerait pas. Leurs conjoints respectifs jouaient à merveille leurs rôles de potiches, aidés par de trop bonnes manières qui anesthésiaient leurs réactions.
Chloé avait les yeux grands comme des soucoupes tandis qu’Amandine fixait intensément les échanges entre le médecin du bord et le capitaine, qui avait également accouru. Martinez s’adressa à Gabriel :

— Non mais franchement Gab’, est-ce que c’est possible qu’il n’y ait pas de mort, de disparition mystérieuse, de mafieux ou de truands Croates là où tu passes ? Tu n’en rates pas une, c’est pas possible ! Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Pauvre de moi…

— Ah ! Bientôt ça va être de ma faute aussi si l’oncle Bill a cassé sa pipe ?

— Tu avoueras qu’il y a des coïncidences troublantes… Je me demande si la scoumoune ne te poursuit pas de ses assiduités. Ou alors… Mon Dieu, c’est pire que ça ! Tu ES la scoumoune !

— Et bien, te connaissant, tu vas me trouver un marabout à bord et organiser un désenvoûtement express… Ou alors tu vas laver ma cabine à l’eau de mer et la jeter ensuite par-dessus bord, balancer des foulards dans chaque coin de ma cabine pour chasser le mauvais œil ?

— Tu sais bien qu’on ne rigole pas avec ça, Gab’. Pour les foulards, ça peut s’arranger, il y a des boutiques sur la promenade. En revanche, pour le marabout, je ne suis pas sûr qu’ils aient ça à bord, mais je vais me renseigner.

— Non mais je rêve… Parce qu’en plus, il est sérieux !

Leur conversation fut interrompue par le capitaine qui les prévint avec tact que, même si la mort semblait accidentelle, ils devraient néanmoins être entendus par l’enquêteur de bord. Pour limiter le dérangement, ce dernier leur rendrait directement visite à leurs cabines respectives dans la soirée, ce qui était une façon élégante de leur demander d’être à la disposition du Sherlock Holmes de service. Tous opinèrent sans mot dire. Plus personne n’avait d’appétit. Ils se levèrent simultanément et quittèrent la salle sous le regard insistant de l’ensemble des convives.

*

Ils n’échangèrent pas un mot durant tout le trajet les ramenant dans leurs suites.
Une chose était sûre : il y avait mieux qu’un décès soudain à sa table pour entamer une croisière. Quand bien même le défunt leur était quasiment inconnu et avait réussi à se rendre antipathique en quelques minutes, ça faisait tout de même un choc.

À peine étaient-ils arrivés dans la suite d’Amandine et Gabriel que Martinez ôta sa veste de smoking, releva ses manches et entreprit de servir un remontant de circonstance à la compagnie.

— Chivas pour tout le monde ? De toute façon, il n’y a que ça.

Personne ne répondit. Amandine se contenta d’un hochement de tête affirmatif. Avec ses origines écossaises et le goût prononcé de son père pour le whisky, elle était en terrain connu.
Tout en se concentrant sur le service, Martinez posa très calmement une question :

— La grande question qui se pose avec ce décès est la suivante : que va faire sa veuve de deux BMW ?

Amandine se tourna vers lui et marqua une longue pause avant de lâcher, tout en regardant Gabriel :

— Mon chéri, il est vraiment impayable ton ami !

Ils partirent tous à rire, plus nerveusement que pour la qualité du bon mot. Précisément au moment où l’on toqua à la porte.
C’était l’enquêteur de bord, un géant noir de près de deux mètres, affichant une carrure de rugbyman :

— Je me présente : Joshua Jones, enquêteur de bord.
Je n’imaginais pas interrompre une fête après les événements du dîner.

— Oh, je vous rassure tout de suite Monsieur Jones, j’ai fait un bon mot stupide concernant un élément que nous avait confié le défunt avant qu’il ne passe de vie à trépas. Il faut bien détendre l’atmosphère, vous savez, un peu comme les chirurgiens qui font des blagues pour tromper le stress.

— Je vois. En tous cas, votre bon mot devait être drôle. Ou vous êtes tous très ébranlés par ce décès soudain.

Amandine intervint alors :

— Les deux, Monsieur Jones. Cela dit, j’imagine que vous n’êtes pas là pour évaluer la qualité des bons mots de Monsieur Martinez…

— Effectivement. Est-ce que l’un d’entre vous aurait noté quoi que ce soit de particulier concernant Monsieur Sanders ?

Gabriel prit la parole :

— Rien en dehors du fait que nous venions d’arriver à table, quelques instants avant le discours de bienvenue du capitaine et que ce monsieur semblait particulièrement jovial, un verre — qui ne devait pas être son premier — à la main. Il était fort disert et en deux minutes nous savions qu’il avait fait fortune dans les déchets et le recyclage, qu’il avait trois enfants et deux BMW et que tout ce petit monde vivait à Houston. J’ai l’impression qu’il avait déjà raconté tout ça aux convives présents avant notre arrivée et je suis prêt à parier que si l’étiquette le lui avait permis, il serait venu dîner en short et chemise à fleurs.

Joshua Jones avait sorti de son blazer un petit carnet noir sur lequel il nota tous ces détails. Lorsqu’il eut terminé, il releva la tête et, s’adressant à la cantonade, demanda si quelqu’un avait quoi que ce soit à ajouter.

Chloé en profita pour demander :

— Je ne suis pas médecin, mais simplement avocat. Cela dit, son décès me rappelle des expertises médico-légales en matière d’assurances, je pense notamment à des crises cardiaques. Pensez-vous que c’est de cela dont il s’agit ?

— Il est trop tôt pour se prononcer, madame. Notre médecin de bord va procéder aux premières constatations et nous allons vérifier auprès de sa veuve s’il a un historique de problèmes cardiaques. Cependant, à ce stade, aucune piste n’est exclue. Il pourrait très bien s’agir d’une mort accidentelle… comme d’un crime.
Je vous remercie de votre coopération à tous. Si j’ai d’autres questions, je me permettrai de revenir vous voir. J’espère que cela ne gâchera pas totalement votre séjour à bord.

À peine avait-il fermé la porte que Martinez s’empressa d’ajouter :

— Eh ben ! Ils devraient en prendre de la graine à la PJ de Nice… « je me permettrai de revenir vous voir »… Sur ma vie, ils ne parlent pas à mes clients comme ça, à la maison !

— Ça, c’est parce que tes clients sont des crapules, Robert !

— Voilà, tout de suite ! Maître Rossetti s’assoit allègrement sur la présomption d’innocence. Nous voilà bien !

— En tous cas, avec ta blague vaseuse, on a failli passer pour des coupables… il ne nous manquerait plus que ça !

Amandine calma le jeu :

— N’exagérons rien, nous ne connaissions même pas ce bonhomme dix minutes avant son décès et j’ai tendance à penser comme Chloé : ça sent la crise cardiaque tout ça.
Je pense que nous n’avons plus grand-chose d’autre à faire que d’aller nous coucher. Demain sera un autre jour.

Martinez et Chloé prirent rapidement congé, ce qui permit à Amandine d’enchaîner :

— Gab’, tu ne trouves pas que tu es un peu dur avec Robert ? Bon, j’avoue que sa blague n’était pas du meilleur goût, mais de là à nous faire passer pour des coupables…

— Mmmm. Écoute, j’ai sans doute été échaudé par mes dernières mésaventures. Je sais à présent à quel point tout peut basculer en un seul instant. Disons que j’ai sans doute les nerfs un petit peu à vif…

— Tout s’est arrangé. Et puis, tu étais, nous étions, je te le rappelle, la cible d’un complot. Rien de comparable ici.

— Tu as raison. Encore une fois. C’en devient presque pénible, d’ailleurs ! Enfin… Nous pouvons compter sur Robert pour conjurer le mauvais sort en disséminant des foulards dans la suite et trouver un marabout à bord. Avec ça, je ne risquerai plus rien !
5.

Wallace Gunn contemplait le cadavre de son patient dans l’infirmerie, d’ordinaire essentiellement consacrée à dispenser des injections de Promethazine, afin de soigner le mal de mer de passagers aussi téméraires que peu habitués à la vie en mer.
À l’occasion, il supervisait les traitements de certains patients atteints de maladies préexistantes : rien de bien sorcier. Quant aux accouchements, ils lui étaient épargnés puisque les femmes enceintes de plus de vingt-quatre semaines n’étaient tout simplement pas acceptées à bord. Voilà qui tombait bien puisqu’il n’avait pas pratiqué la moindre mise au monde depuis son internat à Glasgow. Il avait passé l’essentiel de sa carrière comme médecin dans la Royal Navy , embarqué sur divers bâtiments et participé à la guerre des Malouines, ainsi qu’à différents déploiements dans le golfe persique, à l’occasion de la première guerre du Golfe.
Il jouissait à présent de la tranquillité d’une semi-retraite bien méritée, faisant enfin honneur à la première moitié de la devise de son clan : « Aut pax aut bellum » … Ou bien la paix, ou bien la guerre.
La guerre, il l’avait vue d’assez près pour perdre le peu d’illusions qu’il avait dans l’humanité et les gouvernements. Il était fatigué de tenter de sauver des hommes, parfois des gamins qui, quelques jours avant qu’ils ne se retrouvent sur sa table d’opération, riaient, buvaient et trinquaient avec leurs camarades. L’ingéniosité sans cesse renouvelée des hommes à trouver les pires moyens de se mutiler, s’entretuer, avait eu raison de sa carrière dans la Navy . Il s’en retira avec tous les honneurs pour retourner pratiquer dans son Écosse natale, au cabinet médical de son oncle.
Très vite, il se rendit compte que l’appel du large était plus fort. Il se délitait un peu plus chaque jour. Alors qu’il essayait encore de lutter, c’est son vieux parent qui le sortit de cette impasse. Il avait appris que l’armateur du Queen Mary 2 avait besoin d’un nouveau médecin de bord et, sans même lui demander son avis, avait envoyé sa candidature.
C’est ainsi que le vieil oncle put à la fois identifier et adresser le problème de son neveu : « tu n’es pas fait pour la vie à terre. J’ai l’habitude de soigner les morveux braillards, mais pas toi. Ta place est en mer, tu embarques dans trois jours sur le Queen Mary 2 »

Wallace, Wally, comme l’appelait affectueusement l’ensemble de l’équipage, n’avait pas hésité une seconde. Il se contenta d’une longue accolade avec son oncle, qu’il gratifia d’un aussi simple que sincère « merci »
Son état de célibat persistant lui permettait d’accepter d’autant plus facilement cette opportunité. Il portait un amour immodéré à deux choses dans la vie : les livres et les cigares.
À ces égards, il était largement comblé à bord : non seulement la cave à cigares du navire était à la mesure du nom qu’elle portait, le Churchill’s Cigar Lounge , mais en outre, la bibliothèque de bord comptait pas moins de huit mille ouvrages. Elle était l’une des fiertés de l’armateur. Du reste, lorsqu’il était requis, c’était à ces deux endroits qu’on l’envoyait chercher en priorité.
Il avait du reste été interrompu en pleine dégustation d’un Montecristo No. 1 lorsqu’on l’avait appelé au chevet de l’homme qui reposait à présent dans l’infirmerie. Ce n’était pas une raison suffisante pour lui en vouloir. Quoique.
Alors qu’il était encore à regretter les épaisses volutes de fumée qui lui avaient été arrachées, l’enquêteur du bord fit irruption dans la pièce, sans prendre la peine de toquer :

— Et bien, lieutenant Jones, vous avez vite perdu les bonnes manières de la Royal Navy pour ainsi entrer en scène ?

— Wally, vous savez bien que le protocole et moi, nous n’avons jamais fait bon ménage. Mais vous avez raison. La relative urgence avec laquelle je souhaite régler ce malencontreux incident m’a poussé à cet horrible crime : entrer sans frapper…

— Joshua. Si je ne vous connaissais pas sous un autre jour, je pourrais facilement penser que vous êtes volontairement sarcastique. Allez, faute avouée, à moitié pardonnée. J’imagine que vous souhaitez en apprendre plus sur notre auguste défunt ?

Du haut de ses deux mètres, Joshua Jones contemplait en souriant le médecin. Il haussa finalement un sourcil en guise d’affirmation.

— L’examen préliminaire n’a guère été probant. En dehors d’une évidente mauvaise hygiène de vie, que vous pouvez constater à l’aide d’un simple examen visuel. Il en va de même pour un surpoids que je me risquerai à qualifier de caractéristique chez ce genre de client. Son teint au moment de sa mort trahit une forte consommation d’alcool qui ne remontait pas qu’à sa dernière journée. Ajoutez des doigts jaunis par des cigarettes bon marché et nous avons le parfait client à l’accident cardio-vasculaire.

Tout en baissant le drap qui recouvrait le torse du cadavre, Wally ajouta :

— Dont les probabilités augmentent à voir la cicatrice d’une opération à cœur ouvert. Ça ressemble à des cicatrices de pontage coronarien. Encore un qui n’a pas écouté les signes évidents, ni les conseils des médecins.

— Il s’agit donc d’un banal accident cardiaque ?

— Nous pouvons conclure ce que vous voulez, ou presque. Tant que je n’aurai pas pratiqué d’autopsie, un doute pourra subsister. Mais puisque nous sommes en mer, il faudrait que l’autorité suprême à bord l’ordonne. Pensez-vous que le capitaine désire que nous procédions de la sorte ?

— J’en doute. Comme vous le savez, c’est son dernier voyage. J’imagine qu’il aspire à la tranquillité, afin de jouir, une dernière fois, de ses fonctions.
Par ailleurs, je me suis entretenu avec sa veuve. Elle m’a confirmé votre diagnostic concernant les habitudes de vie de son mari. J’ai pris les devants en envisageant une autopsie. Elle m’a confirmé que ce n’était pas nécessaire compte tenu de ses antécédents et des innombrables mises en garde des médecins texans du défunt. Elle m’a indiqué avoir immédiatement compris ce qu’il se passait lorsqu’il a commencé à se sentir mal.
Mon petit doigt me dit que notre veuve éplorée ne le restera pas longtemps, mais de là à envisager un lien avec le décès, je ne pense pas. Disons simplement que le malheur de l’un fera le bonheur de l’autre…

— C’est donc parfait comme ça. Nous allons donc le mettre au frais jusqu’à la fin de la traversée et à moins que le capitaine ne m’ordonne de l’autopsier, ma foi, je vais aller profiter d’un cigare. À la mémoire du défunt, qui me doit bien ça.
6.

Gabriel se réveilla de bonne heure. Rien d’inhabituel pour lui. En revanche, Amandine dormait encore profondément et ne semblait guère encline à ouvrir les yeux bientôt.
Était-ce l’air marin ou les événements de la veille qui avaient eu raison d’elle ?
Il s’extirpa le plus délicatement possible du lit et entreprit de s’habiller sans faire de bruit. Il faillit sortir en oubliant sa carte d’accès, véritable passeport et sésame à toutes les activités à bord, l’argent comptant n’y étant pas accepté. Avec une infinie précaution, il referma la porte de sa suite et se retrouva face à face avec Chloé, qui sortait elle aussi de sa cabine à pas de loup.
Ils échangèrent un sourire complice et se dirigèrent en silence vers les escaliers. Chloé ouvrit finalement la bouche, après avoir mis quelques cabines entre eux et leurs conjoints encore endormis :

— Robert dort encore comme un bébé…  

— Il dort une heure, il pleure une heure, c’est ça ?

— Gabriel, je ne te savais pas à ce point contaminé par l’humour de mon cher mari ! Ou alors tu l’as soigneusement dissimulé depuis que je travaille à ton cabinet !

— Ah ah ! Non, je n’en fais pas mystère. Disons simplement qu’en règle générale, ça me vient plus facilement en sa compagnie… Te voilà donc « assimilée » à lui, pour le meilleur et pour le pire !

— Tu serais sûrement étonné de découvrir à quel point il est différent dans l’intimité… Un vrai romantique. Mais ne lui dis surtout pas, d’accord ?

— Ne t’en fais pas. Tant que tu ne me dis pas qu’il t’a fait sa demande en mariage à genoux, je serai muet comme une tombe !

Un sourire gêné, teinté d’une évidente fierté, vint confirmer à quel point Martinez était une source inépuisable de découvertes en tous genres. Gabriel repensa à sa propre demande, formulée au milieu d’une foule anonyme en plein Las Vegas : il n’avait pas démontré autant de théâtralité avec Amandine.
Chloé sentit une pointe de mélancolie chez lui, sans même qu’il ne prononce le moindre mot. Elle commençait à connaître celui qui était devenu son patron il y a quelques mois. Sans oublier qu’elle décelait avec une facilité déconcertante le non-verbal de ses vis-à-vis, qualité qu’elle avait toujours possédée aussi loin qu’elle se souvienne et qui avait pris une toute nouvelle dimension depuis qu’elle pratiquait comme avocat :

— Alors, que dis-tu d’un bon petit déjeuner typiquement british  ? Ça te changera de ton habituel café – croissant !

— Voilà qui confirme mes pires craintes : cette traversée va bouleverser mon bol alimentaire ! Je me ferai pardonner en faisant du jogging sur les ponts extérieurs…

Ils étaient matinaux ; l’immense restaurant qui offrait les petits déjeuners était quasiment désert. Ils en profitèrent pour choisir une table offrant une magnifique vue sur l’océan. Tout respirait le luxe à bord de ce paquebot et le personnel servant le thé en gants blancs n’était pas étranger à cette impression, tout comme les magnifiques services en porcelaine. Le raffinement se nichait dans les moindres détails.
Gabriel se contenta d’œufs brouillés au saumon qui auraient parfaitement pu tenir une bonne place comme plat principal dans bien des bistrots français, alors que Chloé avait opté pour une assiette de fruits qui ressemblait plus à un panier de Noël qu’à une légère collation. Ni l’un, ni l’autre ne purent cependant se résoudre à troquer leur café pour du thé, aussi excellent fût-il.
Après avoir fait honneur à son plat, Gabriel prit l’initiative de revenir sur les tragiques événements de la veille. Il avait tiqué lorsque Chloé avait mentionné à l’enquêteur de bord des expertises médico-légales. Ça n’était sûrement pas au cabinet de Gabriel qu’elle avait pu traiter ce genre de dossiers :

— Dis-moi, lorsque tu l’as mentionné hier soir, je ne n’ai pu empêcher de me demander où tu avais traité des dossiers impliquant des expertises médico-légales…

— Ah, ça ? J’en ai traité au tout début de mon stage. Ça ennuyait copieusement mon patron, qui me demandait systématiquement de lui résumer les rapports d’expertise, principalement pour faciliter la rédaction des dires à l’expert 2 . Il défendait des compagnies d’assurance, alors tout était bon pour ne pas indemniser… Dans le cas d’assurances vie, parfois les conditions médicales préexistantes, comme des problèmes cardiaques, permettaient aux assureurs de se décharger des paiements.

— Et bien, te voilà donc de l’autre côté de la barrière lorsque nous « persécutons » les vilains maris qui cherchent, eux aussi, à se défausser des paiements de pensions alimentaires !

— Oui, et je t’avoue que ça convient mieux à la vision que je me faisais du métier d’avocat avant de commencer à pratiquer… Je n’étais vraiment pas à mon aise dans ce genre de dossiers. Je t’avoue que je trouve mille fois plus satisfaisant ce que je fais actuellement !

— Je te comprends. On ne va pas commencer de bon matin un débat sur la nécessité de défendre les pires des crapules — sujet sur lequel ton pénaliste de mari aurait long à dire !

— Je dirais même qu’il est intarissable sur le sujet !
Pour en revenir à notre malheureux d’hier soir, je persiste à penser que c’est un accident. Tragique, malheureux et soudain. Ça me semble, a priori , limpide.

Gabriel regarda brièvement son assiette avant de fixer, silencieux, son regard sur l’horizon. Au bout de quelques instants, après avoir religieusement éliminé toute trace d’ananas dans sa volumineuse assiette, Chloé reprit :

— Ne me dis pas que tu as des doutes ? Je sais bien qu’avec Amandine vous êtes souvent embringués dans des histoires pas croyables, mais là, ça ne te parait pas évident ?

— Je suis tenté de te répondre : justement. La thèse de l’accident s’impose tellement que c’en est suspect.
C’est peut-être de la « déformation professionnelle » due à ma carrière « parallèle », mais je tique. Je suis prêt à parier que l’enquêteur, s’il fait bien son travail, va vouloir creuser. J’adorerai être une petite mouche pour ne rien rater de l’entretien qu’il aura avec la veuve.

— S’il fait bien son travail ? Parfois, lorsque c’est évident, c’est tout simplement qu’il n’y a rien à aller déterrer. Peut-être que tes dernières aventures t’ont simplement rendu… paranoïaque.
Madame Sanders va sûrement hériter, encore que, aux États-Unis les règles de succession donnent plus de liberté au testateur. Tiens, si ça se trouve, il a légué toute sa fortune à la SPA, va savoir !

— Hmmm, je suis prêt à parier que sa Barbie devait veiller au grain. Son manque d’étonnement et sa réaction en voyant son mari s’écrouler me laissent dubitatif…

— Elle peut finalement très bien y trouver son compte sans pour autant être une meurtrière, tu ne crois pas ?

— Certes. N’empêche…

— Je serais curieuse de savoir ce que nos moitiés en pensent…

— Oh, Robert est persuadé que j’ai la scoumoune, il ne voit que ça ! Quant à Dine, ça ne m’étonnerait pas qu’elle voie les choses comme moi.

— Vous vous êtes décidément bien trouvés tous les deux. Je sens que je vais avoir droit à un remake du crime de l’orient express… Chic, je vais vous voir à l’œuvre !
7.

Cette traversée aurait dû s’annoncer tranquille pour le capitaine Daniel Turner. La fortune de mer en avait décidé autrement. Il en était encore à se demander si le décès d’un passager influait sur cette notion teintée d’une superstition toute maritime lorsque Joshua Jones arriva au poste de commandement, suivi de près par le docteur Gunn. Les regards de tous les officiers présents sur le pont, à commencer par celui de son jeune second, son first officer , étaient braqués sur les deux hommes, y guettant le moindre signe qui leur donnerait plus d’informations sur le décès de la veille.
Aucun des deux ne leur donnèrent matière au plus infime commérage ; ils pénétrèrent dans le bureau du capitaine, stoïques tels des spartiates.
Il les accueillit en ces termes :

— Messieurs, comme vous vous en doutez, nous n’avions nul besoin de ce genre de désagréments à bord. Pas tant parce qu’il s’agit de ma dernière traversée, mais bien plus parce que nous déplorons le décès d’un pauvre homme. En trente ans de carrière, je n’ai jamais eu à vivre cela et je vous avoue que mettre un terme à ma carrière de cette façon est… ennuyeux.

Wally ne lâchait pas le capitaine du regard. Il semblait sincèrement troublé. La seule question qu’il se posait était d’en connaître la raison : humanisme, empathie avec la famille du défunt, tâche à son dossier irréprochable, conséquences pour l’image de marque de l’armateur, qu’il défendait à chaque occasion avec la dernière énergie ?
Joshua Jones brisa le silence de circonstances du maître du bord :

— C’est effectivement un déplorable… accident.
Tous les éléments recueillis nous portent à croire qu’il s’agit d’une simple et malencontreuse crise cardiaque.

Wally, contrarié de n’avoir pu encore jouir de ce cigare qu’il appelait de tous ses vœux, en profita pour tempérer la certitude de l’enquêteur de bord :

— Mon capitaine. Ainsi que je l’ai dit au lieutenant… pardon, à monsieur Jones, tant qu’une autopsie complète n’aura pas été pratiquée, un doute, infime certes, peut subsister sur la cause du décès. Il est de mon devoir de médecin de vous en informer, même si nous tous ici préférerions largement conclure un décès accidentel. Monsieur Jones pour venir en aide aux passagères en détresse, vous pour vous concentrer sur la perfection de votre dernière traversée et moi, ma foi, pour essayer d’entamer les réserves de havanes du Churchill’s Lounge .

Jones grimaça. Il n’appréciait pas particulièrement que soit rappelée au capitaine sa réputation de joli cœur qui lui avait déjà valu mésaventures et remontrances officielles.
Turner fixa le médecin, droit dans les yeux. Sa profession lui permettait une franchise que n’avaient pas les autres membres de l’équipage. Et il en usait allègrement, même si aucune de ces interventions passablement irritantes n’était critiquable. Il naviguait entre franc-parler et insubordination tel un funambule sur sa corde. Sans jamais tomber. Ce n’était pourtant pas faute pour le capitaine d’avoir essayé de le pousser.

— Docteur Gunn. J’hésite à attribuer votre réponse à la conscience professionnelle dont vous avez toujours fait preuve ou à l’entêtement typique des Écossais.

— Dans ce cas, n’hésitez plus capitaine. Rien ne vous oblige à faire de cette pensée une alternative. D’autant plus que, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de compliments.

Wally jouait décidément avec le capitaine, qui l’avait bien cherché. Certains sujets britanniques avaient de la difficulté à se défaire du poids de l’histoire. Turner faisait partie de ceux-là, ne faisant confiance qu’à des Anglais « pure souche ». Ces a priori n’avaient pas échappé à Jones, même s’il subodorait que ses lointaines origines jamaïcaines le plaçaient cependant plus haut qu’un Écossais dans l’estime de Turner.
Cherchant à calmer les échanges acrimonieux entre les deux hommes, il revint au sujet principal de la conversation :

— Mon capitaine. En votre qualité d’autorité suprême à bord, la décision de procéder ou non à cette autopsie vous revient. Si cela peut vous être utile, la veuve n’y voit pour sa part aucun intérêt. Enfin, si je ne m’abuse, l’autopsie pourrait parfaitement être reportée à l’arrivée du navire en sol américain, dont le défunt est originaire.

Cette habile suggestion semblait convenir à Turner qui esquissa un sourire en coin. Il ne fallait pas être devin pour imaginer comment travaillaient les méninges du capitaine : différer un événement potentiellement source d’ennuis, sa réputation et celle de la compagnie demeureraient intactes, une assurance de tranquillité…
Wally vint quelque peu briser l’emboîtement parfait en train de s’agencer dans la tête du pacha :

— Certes. Cependant une autopsie se pratique en général dans les vingt-quatre heures suivant le décès. Passé ce délai, à moins d’un embaumement en règle, les résultats risquent de donner des faux positifs. Enfin, vous allez dire que je pinaille. D’une part, il n’est pas question de repousser l’autopsie aux calendes grecques et d’autre part, nous disposons d’excellents frigos à bord. Dans ces conditions, et compte tenu qu’il est très vraisemblable que nous soyons en présence d’un problème cardiaque, je pense que, d’ici une semaine, le médecin qui pratiquera l’autopsie pourra encore examiner avec profit son cœur pour identifier lésions, hypertrophies, ou que sais-je d’autre.
Enfin, ce n’est pas non plus en une semaine que notre cadavre risque de montrer des signes d’adipocire. De toute façon, à cet égard, il a de la marge…

L’emploi de termes médicaux peu banals faisait toujours le même effet sur Turner : un haussement de sourcil circonspect auquel Wally s’empressait de répondre sur le ton le plus scolaire possible :

— Veuillez m’excuser. L’adipocire est la décomposition des graisses qui peut, même si elle préserve l’apparence des tissus mous, en compliquer l’autopsie puisque ces derniers deviennent friables et crayeux. Pour vulgariser, ce phénomène transforme le gras d’un cadavre en une substance savonneuse gris blanchâtre et, ma foi, grasse et molle au toucher. Je précise que ces cas sont rares et surviennent dans des conditions bien spécifiques de froid et d’humidité. Pour prévenir tout risque, je suggère de placer le défunt loin de toute source d’humidité.

— Et bien, nous en apprenons tous les jours avec vous, docteur.

Conscient qu’il irritait au plus haut point son supérieur, Wally s’arrêta là et ne renchérit point. Les deux hommes ne s’étaient jamais guère appréciés, il était inutile d’aller plus loin dans ce chemin à l’occasion de leur dernière collaboration.
Turner ajouta :

— Puisque c’est ainsi, je rencontrerai la veuve et, après confirmation de ses intentions relativement à une éventuelle autopsie, nous en resterons là. Monsieur Jones, veillez, sous la supervision de notre estimé homme de l’art, à la meilleure conservation qui soit de la dépouille du défunt.
8.

Amandine et Chloé avaient décidé de profiter du beau temps de cette fin de matinée pour se promener à l’extérieur. Les recommandations de la brochure de bienvenue n’étaient pas exagérées ; malgré un grand soleil, le froid était pinçant :

— Dis donc, j’ai plus froid qu’à Montréal en plein mois de janvier !

Chloé lui sourit :

— C’est déjà de l’histoire ancienne, maintenant que vous avez enfin sauté le pas et décidé de vivre ensemble, à Nice…

— C’est vrai. Cela dit, quand bien même j’ai développé le bureau de Sophia Antipolis, je dois néanmoins continuer à me rendre sur une base régulière à Montréal… Non pas que je n’aie pas confiance dans l’équipe, mais je pense que ma présence est…

— Un plus ?

— Oui, c’est ça. Je ne veux pas paraître prétentieuse non plus ; ils sont parfaitement capables de se débrouiller sans moi. C’est peut-être moi qui en ai plus besoin qu’eux, en définitive. Après tout, Stuff for Fun, c’est mon bébé…

— Déménager ton « camp de base » pour demeurer auprès de Gabriel ne fait pas de toi une « mère indigne » pour autant. Entre toi et moi, pour le côtoyer tous les jours au bureau, le changement est bien perceptible : les urgences, les mauvaises nouvelles ont beaucoup moins de prise sur lui depuis ton emménagement. Sans jouer à la psychologue à deux centimes, on peut dire qu’il est encore plus rayonnant. Je le sens… comblé et heureux.

Chloé n’eut comme seule réponse qu’un sourire illuminant le visage d’Amandine. Ses longs cheveux châtains, plaqués contre ses joues par un bonnet rouge vif ne parvenaient pas à masquer ce même air que Chloé trouvait à Gabriel.

— Vous vous êtes bien trouvés, il n’y a pas à dire !

— J’en ai autant à ton service : Robert et toi semblez filer le parfait amour, sous des façades différentes ! Heureusement que tu n’as pas son — apparent — caractère de cochon !
Je sais bien qu’il prend plaisir à en rajouter afin de passer pour le mauvais coucheur qu’il n’est pas. À cet égard, tu es bien plus égale.

— Imagine un seul instant si j’étais comme lui ! Plus personne ne nous supporterait !
Tu as bien saisi en tous cas le côté factice de son attitude ; il joue en permanence un personnage, je me demande même parfois s’il n’en est pas devenu prisonnier… Par habitude ou parce que les gens s’attendent à ça de sa part. Je sais qu’en tous cas, ça l’aide à se déstresser face à tous ses dossiers criminels. Il a beau dire qu’il prend de la distance, que ça fait partie du métier, je sais que cela l’atteint plus qu’on ne le pense. Gabriel et moi avons notre lot de fous furieux en faisant des divorces, mais Robert, ce sont des psychopathes auxquels il a affaire. Et parfois, sous des façades tout à fait anodines… Tiens, récemment, il s’est occupé d’une mère de famille, tout ce qu’il y a de plus normale et rangée… Soupçonnée d’avoir froidement abattu un homme pendant le carnaval, tu imagines ?

— Oh que oui ! Entre mes amis d’enfance qui se débarrassent de leur femme ou des mafieux qui détournent les jeux de Stuff for Fun, je vois exactement ce que tu veux dire !
Tiens, en parlant de mères de famille, ce n’est pas la veuve de notre malheureux Texan qui est là-bas, sur un transat ?

Chloé opina. Madame Sanders fixait l’horizon derrière d’énormes lunettes de soleil qui n’auraient pas déparé dans les années soixante-dix. Elle était adossée à son transat, totalement immobile. Lorsque Amandine et Chloé arrivèrent à sa hauteur, elle prit l’initiative de leur lancer un sourire convenu, sans dire un mot.
Amandine entreprit de lancer la conversation :

— Madame Sanders. Nous sommes tellement désolées par le décès brutal de votre époux. Acceptez nos sincères condoléances.

— Merci.

Elle retira ses lunettes. Ses yeux étaient secs et ne laissaient transparaître aucune émotion. Pour qui ne le savait pas, il était impossible de deviner qu’elle venait de perdre son mari.
Excès de dignité ou indifférence ? Impossible à dire.

— Je crois me souvenir que Bill, comme d’habitude, n’avait pas pris la peine de me présenter, préférant étaler sa réussite professionnelle. Je m’appelle Nora.

— Enchantée, Nora. Est-ce que nous pouvons faire quelque chose pour vous ?

— Vous êtes bien aimables toutes les deux. Je vais cependant être honnête avec vous : Bill et moi, ce n’était plus vraiment le grand amour. J’avais déjà fait mon deuil de notre relation : il préférait courir après des gamines de l’âge de ma fille… Si je n’avais pas eu un contrat de mariage solide comme le roc, il se serait depuis longtemps débarrassé de moi. Il avait fait ses comptes : sa liberté ne valait pas la moitié de sa fortune.

Chloé était pensive : elle n’était pas familière des contrats de mariage américains en dehors du fait que les époux étaient à peu près libres de conclure n’importe quoi et même de prévoir des arrangements prénuptiaux aux détails les plus alambiqués. Cela dit, si le mari devait verser la moitié de sa fortune en cas de divorce, il y avait fort à parier que cette compensation serait également due en cas d’une rupture lui étant imputable. Elle aurait donc parfaitement pu divorcer, compte tenu des incartades, semble-t-il, avérées de son mari.
Elle savait cependant qu’il y avait parfois un grand pas entre les allégations d’une épouse et la preuve effective d’adultère… Mais tout de même.
La question lui brûlait la langue. Nora anticipa la question, s’adressant à Chloé :

— Vous êtes avocat, n’est-ce pas ? J’imagine facilement votre questionnement : pourquoi n’a-t-elle pas divorcé ?

Avant même que Chloé n’eut l’occasion de répondre, elle enchaîna :

— La réponse est toute simple. En cas de divorce aux torts de Bill, j’aurais reçu la moitié de sa fortune. S’il avait pris l’initiative du divorce, ç’aurait été les deux tiers. Sans parler de la difficulté de prouver sans l’ombre d’un doute ses infidélités, je ne désirais pas divorcer, car je savais que s’il se retrouvait libre comme l’air, il se serait empressé de dilapider sa part, ne laissant rien à nos enfants. Et ça, pour moi, c’est inacceptable. Tout simplement.

— Votre moitié de sa fortune n’aurait pas suffi à assurer l’avenir des enfants ?

— Si, mais pas au même niveau. Et nous avons beau être Texans, le recyclage n’est pas l’industrie du pétrole, si vous voyez ce que je veux dire…
Le problème n’est en tous cas plus d’actualité. J’avais insisté pour que notre contrat de mariage prévoie qu’en cas de décès d’un des époux, l’ensemble des biens soit placé en fiducie, géré dans le seul intérêt des enfants. C’est donc ce qui va être le cas à présent.

Amandine prit la parole :

— Ainsi, vos enfants sont à l’abri du besoin.

— Oui. Et c’est ce qui compte. Plus que tout.
9.

— Robert, je n’arrive pas à croire que tu sois parvenu à me convaincre de t’accompagner !

— Oh, mademoiselle Gab’ fait sa mijaurée ! Dis donc, tant que tu fumais de vraies cigarettes et pas des trucs bizarres, tu étais bien moins chipoteur ! Ce n’est pas un petit cigare qui va te tuer, hein !

Gabriel contempla sa cigarette électronique : elle avait eu le mérite de réduire à néant son envie de « vraies » cigarettes et comme, tout ex-fumeur, il appréhendait de retomber dans le piège, ne serait-ce qu’avec un simple cigare.

— C’est juste que je me sens beaucoup mieux sans tabac et je doute de ma capacité à résister si je remets le doigt dedans…

— Tu sais ce qu’on dit : quand on recommence à fumer, la première est toujours dégueulasse. Tu n’auras qu’à ne pas en prendre une seconde ! Et puis, ce sont des cigares, et pas n’importe lesquels… Tout ce qui se fait de mieux ! La Mecque des Puro 3  !
Je me demande si je vais me laisser tenter par un Monte Cristo ou Vegas Robaina, moi…

— Robert, je me demande si tu y vas par goût des cigares ou juste pour le plaisir de te vanter…

Martinez s’arrêta net, en plein milieu de la coursive menant à la cave à cigares du navire, contraignant son ami à faire de même :

— Voyons Gab’… Depuis quand ai-je besoin d’avoir fait quelque chose pour m’en vanter ?

— Ah ah ! Vu sous cet angle, c’est vrai : je ne vais pas te contredire !
Allez, vieux brigand, allons donc fumer tes barreaux de chaise, mais si tu es malade après, ne compte pas sur moi, ni pour te soigner, ni pour te plaindre !

Gabriel attrapa par l’épaule son ami et les deux amis se remirent ainsi en marche.
Le Churchill’s Cigar Lounge était quasiment vide. Il n’y avait que les amateurs les plus endurcis pour s’y trouver avant l’heure du déjeuner. Un vieil anglais et, compte tenu de l’air de famille marqué, celui qui devait être son fils, à peine moins vieux, devisaient paisiblement sur des Chesterfield brun meublant la grande pièce.
De l’autre côté de la salle, Martinez reconnut au premier coup d’œil le docteur qui avait accouru au chevet de Bill Sanders, confortablement installé sur un autre canapé. Avec sa discrétion habituelle, il donna un solide coup de coude à Gabriel :

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